En lisant « Zakhor, Jewish History and Jewish Memory » de Yosef Hayim Yerushalmi – 2/4

 

II – Le Moyen Age. La mémoire, ses canaux et ses réceptacles.

La littérature juive médiévale est immensément riche. Elle montre pourtant peu d’intérêt pour l’histoire juive de cette époque. Seul genre historique reconnu : cette littérature qui consigne chronologiquement la transmission de la Loi et de la doctrine rabbinique. Précisons qu’elle ne vise pas à écrire ou interpréter l’histoire du peuple juif mais à répondre aux hérésies judaïques ou aux ennemis extérieurs qui nient la validité de la Loi orale.

La force du judaïsme talmudique et la dimension historique de la pensée rabbinique expliquent cette particularité. Maïmonide n’exprime que dédain pour les travaux historiques de l’Islam tandis que Moïse Ibn Erza se plaint du désintérêt des Juifs pour leur langue (l’hébreu) et leur histoire alors que toutes les autres nations (tant chrétiennes que musulmanes) s’emploient à écrire la leur et excellemment. Les Juifs répareront leur négligence par la linguistique et la poésie mais ils continueront à ignorer l’histoire. Au début du XVIe siècle, Salomon Ibn Verga formulera une plainte proche de celle de Moïse Ibn Erza.

Pour les Juifs d’alors, le seul passé digne d’intérêt (autre que le passé vécu personnellement) est le passé lointain, clé de la signification des temps postérieurs. C’est pourquoi le « Yosippon » (l’histoire en hébreu du second Temple) est considéré par le judaïsme médiéval comme la plus importante chronique depuis la Bible. Les agissements des ancêtres « expliquent » les malheurs présents, à commencer par l’expulsion d’Espagne et du Portugal. Rappelons que le « Yosippon » eut d’autant plus de succès que les Juifs l’attribuèrent à Flavius Josèphe.

 

Wiener Memorbuch der Fuerther Klaus-SynagogeWiener Memorbuch der Fuerther Klaus-Synagoge 

 

Les chroniques juives du Moyen Age tendent à assimiler les événements à des canevas conceptuels établis depuis longtemps ; ainsi, selon elles, les malheurs d’Israël résultent-ils de l’exil, la plus lourde punition de péchés anciens… La nouveauté des événements s’inscrit dans des archétypes familiers. Les vieilles catégories sont réactivées. La Haggadah rabbinique a tracé les frontières entre Juifs et Gentils. Un regain d’intérêt pour les événements contemporains se manifeste pourtant au cours des périodes de tension messianique. Mais la tradition est suffisamment souple pour l’interpréter et, de ce fait, se l’approprier. Voir par exemple les guerres de Gog et Magog, l’un et l’autre rôles étant tenus par différents protagonistes au cours des siècles. Quoi qu’il en soit, c’est la littérature apocalyptique juive qui réfléchit le plus volontiers et le plus directement aux événements mondiaux, sans qu’il ne s’agisse d’historiographie stricto sensu.

Dans toute la littérature juive médiévale, seuls deux écrits rendent compte d’une rupture des schémas et archétypes face à l’ampleur du désastre auquel est confronté le peuple juif. Tout d’abord, les quatre chroniques des Croisades, écrites en hébreu au XIIe siècle, puis « Le Livre de la Tradition » d’Abraham Ibn Daud. Il est vrai que face à l’incompréhensible et à une horreur inédite par son ampleur (comme ces suicides collectifs de Juifs dans les pays rhénans), le chroniqueur évoque le sacrifice d’Isaac pour donner une lisibilité à l’horreur et s’en soulager, en quelque sorte.

Nous en revenons donc au constat que l’historiographie n’a jamais été un vecteur pertinent de la mémoire juive au Moyen Age, ce dont témoigne l’imprimerie juive d’alors, une imprimerie en plein développement.

Le vecteur de la mémoire juive d’alors : les rites et la liturgie, les rites fondamentaux vivifiés par la Halakha rabbinique, rites et leurs pratiques autour desquels s’organisent les souvenirs communs à un peuple. Les jours sanctifiés, les rites et les liturgies acceptés par l’ensemble des Juifs datent tous d’avant la destruction du second Temple ; la littérature talmudique et midrashique dépose une autre strate ; et le Talmud (codifié dans sa version définitive vers 500 de notre ère) devient pour nombre de Juifs le socle de l’éducation (παιδεία dirait le grec) juive.

Mais comment les Juifs des époques médiévales parvinrent-ils à conserver le souvenir d’événements qu’ils avaient directement vécus ? Pour tenter de répondre à cette question, retenons quatre modalités de la mémoire juive :

1 – Les selihot (prières pénitentielles) dont un très grand nombre nous est parvenu. Bien que certains d’entre eux évoquent de vrais noms et de vrais événements, leurs formes poétiques rendent leur interprétation particulièrement difficile.

2 – Les Memorbücher donnent d’importantes informations historiques sans être pour autant des ouvrages d’histoire. Leur raison d’être : préserver les noms de ceux pour lesquels une communauté priait dans sa synagogue.

3 – Les « seconds Purim » furent institués dans les communautés du monde entier pour commémorer la délivrance d’un danger de persécution. Ces Purim (qui n’avaient qu’une dimension locale) suivaient scrupuleusement le style, la structure et la langue du livre d’Esther.

4 – Les jours de jeûne et les selihot qui les accompagnaient, destinés à commémorer les événements dont le dénouement n’avait pas été heureux pour la communauté. Voir le martyre de Blois (mai 1171).

 

 Feuillet de selihot daté du VIIIe siècle

Feuillet de selihot daté du VIIIe siècle, découvert en 1908 par Paul Pelliot dans les grottes de Mogao (Chine).

 

Cet événement de 1171 (20 de Sivan) a été mis en rapport avec un autre événement survenu presque cinq siècles plus tard, en 1648, avec les pogroms conduits par Bogdan Chmielnicki. Ces pogroms qui pétrifièrent d’horreur les Juifs furent à l’origine d’un nombre considérable de selihot et de poèmes liturgiques. Ainsi, et malgré les différences de situation, ces persécutions furent amalgamées l’une à l’autre par des écrivains juifs comme Rabbi Shabbetaï Katz ou Yom Tov Lipmann Heller qui ordonna qu’en souvenir des massacres de 1648, les selihot composées au XIIe siècle (suite au martyre de Blois) soient relues. Le 20 de Sivan sera encore observé en Europe orientale, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, en souvenir de 1648.

Le jeûne du 20 de Sivan révèle plusieurs mécanismes de la mémoire collective juive au Moyen Age :

1 – La longévité du jeûne de Blois.

2 – La primauté de la liturgie et du rituel sur le récit historique. Le jeûne fut observé par des communautés entières dont la plupart des membres en ignoraient l’origine.

3 – La puissance commémorative d’une observance. La célébration du souvenir essentiel d’un événement dont le souvenir historique s’est effacé.

4 – La tendance à fondre la catastrophe récente (1648) dans le moule d’une catastrophe bien antérieure (1171)

5 – Si Rabbi Jacob Tam (Rabbenou Tam) n’avait pas appelé à un jeûne annuel perpétuel, les événements de Blois n’auraient laissé aucune trace dans la mémoire juive. D’autres événements non moins dramatiques n’ont pas trouvé place dans le calendrier et ont été effacés de cette mémoire.

Les trois voies royales pour la créativité intellectuelle et religieuse chez les Juifs du Moyen Age : la Halakha (la jurisprudence), la philosophie et la Kabbale. En regard, l’étude de l’histoire est considérée comme peu sérieuse.

 

(à suivre)

Olivier Ypsilantis 

 

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En lisant « Zakhor, Jewish History and Jewish Memory » de Yosef Hayim Yerushalmi – 1/4

 

I – Les fondements bibliques et rabbiniques. Le sens dans l’histoire, la mémoire et l’écriture de l’histoire.

Mais tout d’abord, un riche article intitulé « Freud and the Marranos: How Yosef H. Yerushalmi Gave Voice to Jews Caught Between Worlds » et signé David N. Myers. Il permettra à ceux qui ne connaissent pas l’œuvre de Yosef Hayim Yerushalmi de prendre la mesure de l’amplitude de ce penseur :

http://tabletmag.com/jewish-arts-and-culture/books/161991/freud-marranos-yerushalmi

Le présent livre s’articule en quatre parties. J’en ferai une recension en quatre articles respectivement intitulés : 1 – Les fondements bibliques et rabbiniques. Le sens dans l’histoire, la mémoire et l’écriture de l’histoire. 2 – Le Moyen Age – La mémoire, ses canaux et ses réceptacles. 3 – Au lendemain de l’expulsion d’Espagne. 4 – Notre époque et ses dilemmes. Malaise dans l’historiographie. Ce petit livre, un recueil de quatre conférences, a d’abord été publié par University of Washington Press, en 1982.

Dans ces quatre conférences, Yosef Hayim Yerushalmi s’efforce de se définir en tant qu’historien juif. Après avoir constaté que le judaïsme a toujours été imprégné du sens de l’histoire, l’auteur se demande pourquoi l’historiographie a toujours été sous-estimée dans le monde juif, lorsqu’elle n’a pas été tout bonnement oubliée. Les Juifs ont pourtant la réputation d’être particulièrement attentifs à l’histoire et d’y chercher une direction, guidés par une mémoire particulièrement imposante et soucieuse d’elle-même. Mais quel genre d’intérêt les Juifs portent-ils à l’histoire ? Dans le texte de présentation à « Zakhor, Jewish History and Jewish Memory », Yosef Hayim Yerushalmi nous rappelle que sa notion « mémoire collective » / « mémoire du groupe » doit beaucoup à Maurice Halbwachs (voir « Les Cadres sociaux de la mémoire » et « La Mémoire collective »). Pourtant, concernant ses recherches sur la mémoire collective juive, Yosef Hayim Yerushalmi dit n’avoir trouvé aucune aide directe, même chez Maurice Halbwachs. Pourquoi ? La tradition orale n’est pas si pertinente chez les Juifs, le peuple le plus précocement alphabétisé et adonné à la lecture. Par ailleurs, l’étude de la mémoire collective juive doit tenir compte de deux éléments, et non d’un seul, les Juifs ayant opéré tout au long de leur très longue histoire une fusion inédite entre religion et peuple — le sentiment d’appartenance à un peuple. Il est impossible d’étudier le monde juif sans faire aller ces deux vecteurs main dans la main.

I – La mémoire est si fragile, si peu fiable, et pourtant ! La Bible des Hébreux nous ordonne de nous souvenir — Zahhor – Souviens-toi ! Le verbe zakhar passe cent soixante-neuf fois dans la Bible, et diversement conjugué. Son antonyme, shakach, oublier, vient l’appuyer. Se souvenir ! Souviens-toi ! Ne pas oublier ! N’oublie pas ! Le peuple juif a survécu en respectant ces injonctions. Mais quel est le rapport des Juifs à leur passé ? Et, dans ce rapport, quelle est la place qui revient à l’historien ?

 

 Zakhor, revue italienneUn volume de la première série « Zakhor », soit neuf volumes publiés entre 1997 et 2006 par Eurostudio editore, responsable entre autres publications de « Zakhor Rivista di storia degli ebrei d’Italia ». 

 

Nombre de cultures n’éprouvent aucun intérêt pour l’histoire, à commencer par la culture indienne et l’immense littérature sanscrite qui a pourtant étendu sa curiosité à presque tous les champs de la connaissance. Les Grecs peuvent être considérés comme les pères de l’histoire au sens où nous l’entendons encore ; pensons à Hérodote. Mais le sens de l’histoire fut l’invention des Juifs et ses prémisses fondamentaux furent repris par le christianisme et l’islam. C’est la foi de l’Israël antique qui permit une compréhension qui fit que la rencontre entre l’homme et le divin passa du cosmos à l’histoire, avec défi lancé par Dieu à l’homme, sa créature, qui dût s’efforcer d’y répondre par le libre-arbitre, avec cette formidable tension entre obéissance et révolte. Le départ d’Adam et Ève du Paradis marque l’entrée irréversible de l’homme dans les temps historiques, des temps d’épreuves souvent terribles au cours desquelles la créature comprend que Dieu se laisse lire dans l’histoire.

Les rites et les fêtes d’Israël rendent compte de ce passage des archétypes mythiques au temps historique. Ils célèbrent à satiété un passé historique et ses temps forts, des temps de grandes épreuves. Dieu lui-même se révèle « historiquement », dans le Sinaï par exemple ; Israël apprend qui est Dieu par ce qu’il fait dans l’histoire. La mémoire est donc essentielle pour la foi d’Israël, pour l’existence même du peuple d’Israël. L’injonction « Zakhor ! » éclate partout, comme la foudre. Elle gronde dans le Deutéronome et les Prophètes. Pourtant, la Bible sait que la mémoire historique est toujours vacillante et que l’histoire ne se répète pas. Tout passe et à jamais. Il n’y aura pas d’autre traversée de la mer Rouge, il n’y aura pas de retour au Sinaï ; c’est pourquoi la mémoire est impérativement convoquée, pour qu’Israël devienne une nation de prêtres et une nation sainte — pas une nation d’historiens. A cet effet, la mémoire doit être sélective afin d’éviter le désordre, l’encombrement, l’illisibilité. Mais le principe de sélection de la mémoire d’Israël est particulier : Israël doit d’abord se souvenir des interventions de Dieu dans l’histoire et des réactions en tout genre qu’elles ont suscitées chez l’homme. Les deux principaux canaux de cette mémoire : les rites et le récit.

Les conceptions historiques fondamentales de la Bible furent assurément l’œuvre non pas d’historiens mais de prêtres et de prophètes. Et pourtant… Les récits historiques que consigne ce corpus de textes ont une dimension profondément humaine. L’histoire s’organise autour des actes de Dieu mais les actions des femmes et des hommes d’Israël et des nations ne cessent d’être rapportées. L’histoire est une théophanie et non pas une théologie. Par ailleurs, l’histoire biblique a de bout en bout une puissante saveur : les faits ne sont pas sacrifiés à la légende, pas plus que le détail n’est sacrifié au schéma ; chaque période a sa spécificité ; les personnages ne sont pas réduits à des types ; l’histoire a un sens ; une chronologie s’oppose à la fixité, l’hétérogène s’oppose à l’homogène.

 

 Zakhor de Yosef Hayim Yerushalmi

 

Dans la Bible, le sens, la mémoire et l’écriture de l’histoire sont liés les uns aux autres. Dans le judaïsme post-biblique, ces trois éléments ne fonctionnent plus ensemble. Le canon des textes sacrés fut fixé au synode de Yavne/Jamnia, en Palestine, vers 100 de notre ère. Au cours de l’élaboration d’une anthologie des textes sacrés, certaines œuvres historiques furent écartées, dont l’histoire juive de l’époque hellénistique, des textes préservés par les Chrétiens et qui resteront inaccessibles aux Juifs jusqu’à l’époque moderne. Par ce qui fut ainsi retenu, l’histoire d’un peuple allait s’inscrire dans des écritures saintes lues à haute voix dans les synagogues et sur un mode cyclique. Les scribes copiaient et transmettaient. Les exégètes expliquaient. Peu à peu, les récits et leurs interprétations devinrent le patrimoine non pas d’une minorité mais de tout un peuple. Ainsi, après avoir établi le canon, les Juifs cessèrent pratiquement d’écrire de l’histoire. L’avenir allait appartenir aux rabbins et non à Flavius Josèphe. Il faudra attendre presque quinze siècles avant qu’un Juif (Joseph ben Josué Ha-Kohen d’Avignon) ne se déclarât lui-même historien. La littérature rabbinique (le Talmud, l’œuvre essentielle du judaïsme avec la Bible), fascinante à bien des égards, reste déconcertante pour l’historien. Les récits de la Bible sont historiques (l’histoire de la période biblique est racontée par la Bible elle-même) tandis que les rabbins jouent à volonté avec le temps (la chronologie), avec dialogues incessants entre les différentes périodes, ce qui est stimulant pour l’esprit mais quelque peu fatigant pour l’historien.

L’histoire de la période talmudique ne peut être appréhendée par sa vaste littérature tant elle est fragmentaire ou retouchée. Il est vrai que si l’anachronisme n’aide pas l’historiographie, il peut être légitime et participer pleinement au génie de certains genres comme la Haggadah rabbinique. Les rabbins n’eurent pas en tête une histoire de la période biblique mais l’exploration incessante du sens de cette histoire ; et les contradictions historiques — les anachronismes  — leur furent à cet effet un précieux outil. Notons que la Haggadah ne fait subir aucune distorsion au texte biblique ; elle y prend son envol pour mieux s’y poser dans un mouvement sans fin ; et chaque envol produit commentaires et interprétations. Mais pourquoi les rabbins n’ont-ils jamais écrit l’histoire post-biblique ? Pourquoi n’ont-ils jamais consigné ce qu’ils purent savoir de l’histoire de ces périodes qui avaient immédiatement précédé la leur, sans oublier l’histoire de leur propre époque ? Les rabbins se considéraient comme héritiers des Prophètes ; mais si ces derniers ont tous interprété les événements de leur temps, les rabbins quant à eux ont observé un silence relatif sur leur temps tout en fournissant des interprétations sur le sens de l’histoire. Pourquoi ? Pour les rabbins, la Bible n’était pas seulement le livre de l’histoire advenue, elle révélait la trame de toute l’histoire — le passé, le présent et l’avenir —, l’histoire qui avait une fin : l’établissement du royaume de Dieu sur terre. La Bible leur avait appris qu’il leur fallait être attentifs à l’histoire invisible. On pourrait dire, comble de l’ironie, que l’imprégnation absolue des rabbins par l’histoire pourrait en grande partie expliquer qu’ils n’aient jamais écrit d’ouvrages historiques. Au fond, le récit biblique peut donner sens à toute contingence historique à venir. En attendant la destruction/rédemption, le premier devoir des Juifs était de se conformer à l’impératif biblique d’être une nation sainte. En regard d’un tel impératif, l’histoire contemporaine semblait n’être qu’un bourbier. Et si les rabbins se considéraient comme des héritiers des Prophètes (qui dévoilaient le sens profond d’événements historiques particuliers), ils ne prétendaient pas pour autant être des Prophètes. Suite aux soulèvements contre Rome et à l’implacable répression, les rabbins s’employèrent à réfréner l’activisme messianique. L’héritage rabbinique si a-historique n’en transmit pas moins aux générations un passé juif vital. Le judaïsme ne perdit ni son lien à l’histoire, ni sa dimension fondamentalement historique.

Une intéressante étude autour du mot « zakhor » mise en ligne par le Mouvement juif libéral de France (MJLF) :

http://www.mjlf.org/index.php?option=com_content&view=article&layout=tenoua&id=135&Itemid=229

Un extrait du plus célèbre des livres de Yosef Hayim Yerushalmi, « Zakhor. Histoire juive et mémoire juive », publié  chez Gallimard, dans la collection « Tel » :

http://www.idixa.net/Pixa/pagixa-1104190956.html

Un lien intitulé « Zakhor : le devoir du souvenir » (à propos du « Chabbat  Zakhor », le chabbat qui précède Pourim) :

http://www.chiourim.com/zakhor_%3A_le_devoir_du_souvenir.html

 

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

 

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En lisant « Pour une éthique iranienne » du général Bahram Aryana – 2/2

 

 Général Bahram Aryana

Le général Bahram Aryana (1906-1985)

 

Bref compte-rendu du préambule au livre du général Bahram Aryana, « Pour une éthique iranienne ». [J’ai choisi de placer entre crochets les remarques personnelles suscitées par cette lecture.]

Depuis les temps reculés, des forces étrangères se sont employées à détacher l’Iranien de son passé culturel en commençant par abâtardir sa langue. Et le général se fait fort de dénoncer l’invasion d’Alexandre, surnommé « le Maudit », puis celle des Arabes, de Gengis Khan et de Tamerlan. Il constate que les Grecs et les Égyptiens ont beaucoup donné à un moment de leur histoire avant de se taire. Le cas de l’Égypte, arabisée et islamisée, est particulièrement dramatique. A l’inverse, et toujours selon le général, l’Iran n’a cessé de produire l’illustres figures, héritières de l’Iran millénaire mais aussi de l’islam que l’Iran a absorbé (suite à l’invasion arabe) pour l’enrichir.

Le peuple iranien a été aliéné car il a rompu le lien qui l’unissait à sa mémoire. [Je rappelle que cet appel a été rédigé dans les convulsions de la Révolution islamique de 1979]. L’Iran a été un centre de production de valeurs philosophiques et religieuses qui ont fécondé le monde, des confins de l’Occident à l’Inde. Comment ignorer que « la culture iranienne a jeté les fondements de nombreux éléments de la civilisation mondiale » ? Parmi les réalisations de cette culture multi-millénaire, le système d’irrigation le plus élaboré du monde [et le bâd-gîr ou tour à vents, que le général ne mentionne pas. Ci-joint, un lien sur cette magnifique création iranienne :

http://www.teheran.ir/spip.php?article112#gsc.tab=0].

Ahura Mazda a donné la joie à l’homme. La tristesse est l’un des signes du Mal. Même à l’époque islamique, en Iran, cette joie transparaît avec notamment Omar Khayam et Hafez.

A Behistun, une inscription en trois langues (vieux-persan, élamite et akkadien, inscription déchiffrée par Henry Rawlinson) attribuée à Darius le Grand se termine par une prière adressée au Dieu unique : que l’immense empire soit préservé du mensonge, des ennemis et de la sécheresse. Fort d’une inscription vieille de deux mille cinq cents ans, et placée sur le canal creusé par Darius le Grand, canal qui deviendra le canal de Suez, le général nous invite à dire non pas « Golfe arabique » mais « Golfe persique » car : « Le jour où fut gravé sur la pierre le nom de Mer Persique, il n’était question ni d’Arabes ni d’Islam ! » [De fait, depuis des années, je reprends ceux qui disent « Golfe arabique » et les invite à dire « Golfe persique » ; de même, je reprends ceux qui disent « Territoires occupés » et même « Cisjordanie » et les invite à dire « Judée-Samarie »]. [Les Iraniens sont supérieurs aux Arabes en tout. Même l’islam dans ses formes les plus élaborées est le fait de l’Iran. Et pourquoi l’Iranien est-il supérieur à l’Arabe, me demandera-t-on ? Parce que ce dernier n’était qu’un gardien de chèvre avant l’islam tandis que l’Iranien était imbibé de mille doctrines et de la philosophie antique. C’est aussi pourquoi l’Iran a fécondé l’islam, cette religion de frustres, copie effroyablement pauvre et maladroite du judaïsme]. [Le général glorifie les techniques des ingénieurs de Xerxès, notamment des pontonniers chargés de faire traverser les Dardanelles à son armée afin de « donner une leçon aux Grecs ». Mais à ce que je sache, les Grecs étaient eux aussi extraordinairement avancés, et plus que les Perses, ces glorieux ennemis, ingénieurs grecs et architectes grecs, sans oublier ces chefs militaires grecs qui en quelques batailles décisives, navales et terrestres, écrasèrent les Perses bien plus nombreux avant de soumettre leur immense empire. Désolé général !]

Le général rappelle à raison les défaites romaines face à l’Iran. Il se lance dans des énumérations prestigieuses, de doctrines, de penseurs, de poètes, de savants, de mouvements patriotiques (1), etc. Il appelle l’Iranien d’aujourd’hui, cet homme aliéné, à s’immerger dans cet océan de culture. Il pose des rafales de questions, parmi lesquelles la suivante : « Que savent-ils (les Iraniens) de ces contrées lointaines où la culture iranienne a rayonné ? En d’autres termes, que savent-ils de l’Iran au-delà des frontières ? » Les étrangers se sont efforcés de couper les Iraniens de leurs origines, d’où l’inquiétude existentielle de ces derniers. Les pires d’entre eux ont été les Arabes qui se sont employés à faire entrer l’Iran dans le rang des pays dénués d’histoire afin de mieux le dominer. Le général déplore l’acculturation des Iraniens de l’exil, une élite d’un certain point de vue, volontiers issue des grandes universités occidentales, mais qui oublieuse de sa propre histoire ne pourra en écrire une autre.

Le livre du général s’articule en quatre parties, soit  : « Réflexion des Azadegan sur la construction de l’Iran », « L’Économie », « L’Art de gouverner » et « La Politique culturelle » ; il se termine sur un communiqué : « Appel à la Nation du 19 juin 1980 ». Je n’en ferai pas une recension et je vous invite à la lecture de ce livre de moins de cent pages écrit avec un bel enthousiasme et débordant d’amour pour un pays, l’Iran, l’Iran multi-millénaire. Je me contenterai de relever quelques remarques qui me séduisent particulièrement ; certaines font écho à des idées qui me visitent depuis des années, plus ou moins spontanément.

 

Première partie. Les Iraniens et leur gnose ont enrichi l’Europe médiévale bien plus que ne l’ont fait les Arabes. La gnose islamique de l’Iran est irriguée par des sources diverses dont le bouddhisme, le zoroastrisme, la philosophie pahlavi et khosronavi, les religions manichéenne et chrétienne, le mazdakisme, etc. Cyrus le Grand encouragea la philosophie d’Ahura Mazda. Dans l’Article deux de la Proclamation des Azadegan, il est écrit que la liberté de la femme est inscrite dans l’antique culture iranienne. Le matriarcat avait des antécédents à l’époque où les Aryens s’installèrent en Iran. Hélas, l’invasion de cultures primitives a fait de la femme une marchandise avec, notamment, le mariage temporaire qui n’est qu’une forme déguisée de prostitution. « Mais le pire, c’est le linceul noir, ce voile laid et humiliant, symbole des périodes obscures du nomadisme, qui nous fait paraître très primitifs et méprisables, notamment aux yeux des étrangers. Quant à la polygamie, il vaut mieux ne pas en parler. Voyez comme elle fait de la femme un être qu’on méprise, qu’on rabaisse et qu’on rend malheureux. »

Les Azadegan prônent la séparation du spirituel et du temporel, du religieux et du politique. Le général écrit : « La politique, avec ses multiples méandres, ses mensonges et ses ruses, n’est pas du ressort du prêtre. » Les Azadegan refusent toute religion officielle et, de ce fait, aucune religion ne peut être considérée comme minoritaire.

Les réflexions de Zoroastre sur la dynamique des contradictions de l’existence humaine précèdent de plusieurs millénaires celles de Hegel.

 

Deuxième partie. Notre culture ancestrale, zoroastrienne, blâme la pauvreté et loue la richesse ; elle s’élève contre ce hadith du Prophète qui loue la pauvreté. Le dénuement et l’indigence incitent aux idées laides et malignes. Il s’agit avant toute chose de concilier les ressources matérielles et les besoins de l’homme pour un socialisme libéral (non marxiste). Le socialisme a en Iran des précédents historiques ; voir le mouvement de Mazdak. « Quel dommage que ce grand idéal fût réduit au silence par Khosrow Anushirvan et que ce roi tyrannique qui élimina Mazdak et ses partisans en un jour fût appelé Anushirvan le Juste. Hélas, hélas, si le Shah avait assenti aux idées élevées de Mazdak, jamais l’Iran ne serait tombé aux mains des Arabes. » Parmi les différents modèles de socialisme, la social-démocratie qui est en accord avec l’idéal des Azadegan. Ci-joint, un lien intitulé « The Religion of Mazdak » :

http://www.cais-soas.com/CAIS/Religions/iranian/mazdak_religion.htm

 

Troisième partie. Les apogées de l’Iran, soit six fois en trois mille ans : les Achéménides, les Arsacides, les Sassanides, les Abbassides (empire fondé et gouverné par les Iraniens), les Seljoukides (dynastie fondée par les Turcs mais dont les gouvernants étaient iraniens), les Safavides.

Les Grecs, ennemis des Iraniens, ont reconnu leurs qualités humaines. Héraclite, Démocrite et Platon furent séduits par la doctrine zoroastrienne. Il faudrait célébrer Cyrus l’Achéménide qui sut faire preuve de bienveillance envers les vaincus et qui respecta leurs religions et leurs coutumes. Il faudrait célébrer Darius mais aussi le gouvernement des Arsacides et leur inclinaison vers le mithraïsme. Sous les Sassanides, une religion officielle fut instituée ainsi qu’une monarchie héréditaire qui remplaça la monarchie élective des Arsacides. Les quatre dynasties suivantes gouvernèrent selon des principes religieux et, de ce fait, elles connurent le destin tragique des Sassanides. Ce sont des preuves historiques qui montrent que religion et politique doivent être strictement indépendantes l’une de l’autre. Sous les Sassanides, les soulèvements de Mani, de Mazdak et des Chrétiens nestoriens contre l’arbitraire du clergé s’acheva par la tragique domination arabe. Toutes les dynasties qui suivirent celle des Arsacides s’effondrèrent aussi parce que le religieux s’était emmêlé avec le politique. Le général fait l’éloge des Parthes dont l’excellence tenait d’abord à ce que la nomination des hauts fonctionnaires se faisait non pas à partir de critères dynastiques (héréditaires) mais des qualités personnelles et des compétences. Le roi en personne détenait son pouvoir d’une assemblée d’élus qu’il consultait et écoutait.

 

Quatrième partie. Dans cette quatrième partie, un chapitre s’intitule « La simplification de l’écriture persane » et un autre « Le début de notre histoire ». Le général (voir sa biographie) est un ardent défenseur du persan. Il vante la richesse de son alphabet, un patrimoine qu’il décrit de la page 80 à 82 de l’édition en question. Il reconnaît toutefois que cette richesse (cette complexité) est un obstacle au progrès de la science dans le pays ; et il se propose d’exposer ses imperfections (au nombre de vingt-cinq) dans un ouvrage à venir. Dans « Le début de notre histoire », le général insiste une fois encore sur l’ancienneté de la culture iranienne que certains esprits malveillants veulent faire commencer à l’Hégire (622). Et avant les Achéménides, il y eut les Mèdes. Il convient par ailleurs d’étudier les dynasties encore plus anciennes, comme celles des Pishdadian et des Kayanian :

http://heritageinstitute.com/zoroastrianism/legendary/index.htm

Ci-joint, une notice biographique mise en ligne par Iran Chamber Society sur cette personnalité iranienne, le général Bahram Aryana :

http://www.iranchamber.com/personalities/bariana/bahram_ariana.php

Et ci-joint le lien le plus riche (en français tout au moins) sur le fondateur de l’Ordre des Azadegan :

http://www.aryana2500.fr

 

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(1) Parmi ces mouvements, la shu’ubiyyeh, un mouvement nationaliste issu de races asservies par les Arabes et cherchant à se libérer de leur joug ou, tout au moins, à marquer une différence entre arabisation et islamisation. Chez les Iraniens, ce mouvement prit divers aspects : dynastiques, politiques, religieux, culturels. Citons également les Mo’tazélites, défenseurs d’un courant créé dans la première moitié du VIIIe siècle, par le Persan Wasil Ibn ‘Ata, et dont les principaux représentants sont chiites et défendent le principe du libre arbitre. Citons également les Qarmates, mouvement qui conteste la domination des Arabes au Xe siècle. Et n’oublions pas les Ismaéliens et la société des « Frères au cœur pur » dont le livre majeur s’inspire largement de la science pythagoricienne des nombres [où je pourrais en revenir à Simone Weil]. Les Ismaéliens apparus à la fin du XIe siècle furent atrocement persécutés et durent prendre les armes pour combattre le fanatisme. « Ainsi ont-ils rejoint ce courant historique de la lutte que les Persans intellectuellement indépendants ne cessèrent de livrer contre le caractère dogmatique des idéaux politiques et religieux de l’Islam. »

 Olivier Ypsilantis

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En lisant « Pour une éthique iranienne » du général Bahram Aryana – 1/2

 

Baram Aryana avec des officiers israélienLe général Bahram Aryana (1906-1985), deuxième à partir de la gauche, et le général Hassan Toufanian avec des officiers israéliens au quartier général de l’IDF, en 1975.

 

J’ai devant moi « Pour une éthique iranienne », un livre-manifeste. En quatrième de couverture, on peut lire : « Pour une éthique iranienne est la première formulation idéologique en termes clairs du nationalisme iranien. » Ces pages ont été traduites, présentées, annotées par Yseult Aude Henry (1), éditées chez Conti-Fayolle (1, Quai de Conti – 75006 Paris). Dans sa préface, rédigée à Paris en septembre 1981, Yseult Aude Henry évoque dans un style à la fois contenu et ardent la personnalité du général Bahram Aryana.

Afin de lutter contre le régime théocratique instauré par l’Ayatollah Khomeyni, le général Bahram Aryana fonde à Paris l’Organisation des Hommes Libres, le 11 février 1980, et publie le manifeste « Pour une éthique iranienne ». Il y expose ses idées maîtresses avec la volonté déclarée de structurer et de propager une idéologie nationaliste mais aussi de concevoir un cadre constitutionnel faisant appel à l’histoire du pays et capable de garantir la liberté individuelle.

Lorsque je me suis mis à étudier l’idéologie du général Bahram Aryana, j’ai compris que nous avions des intuitions communes — les siennes étant bien sûr plus étayées que les miennes. J’ai volontiers exprimé ces intuitions dans un certain nombre d’articles et d’interventions diverses. En étudiant la vie et la pensée de cet homme, je me suis senti moins seul. On étudie, on ne cesse d’étudier, et d’un coup, un homme se découvre et on éprouve à son égard une sorte de gratitude, de reconnaissance : un phénomène assez rare pour mériter d’être noté.

Mon intuition me souffle (à moi le sioniste irréductible, l’amoureux d’Israël) que l’entente durable viendra du côté de l’Iran, au-delà de ce régime qui passera mais du peuple qui restera ; et j’espère ne pas faire preuve de naïveté. Il existe certes un très grand danger (je me répète) : que les Iraniens instrumentalisent les Arabes, un danger d’autant plus grand que l’Iranien est mentalement infiniment plus doué que l’Arabe. Je ne crains pas d’assener de telles généralités et les assume avec une férocité joyeuse.

Avant de présenter brièvement la vie et la pensée du général Bahram Aryana, je me permets de faire part d’une brève analyse qui prend appui sur l’histoire de l’Iran. Ce n’est pas la haine d’Israël qui anime l’Iran mais le désir de rompre un sentiment d’encerclement qui ne procède en rien d’une paranoïa nationale. Il suffit par exemple d’étudier l’histoire de ce pays au cours de la Deuxième Guerre mondiale, avec pression russe au nord et pression anglaise au sud, puis la vie politique de Mohammad Mossadegh, grand Iranien et homme d’honneur, pour commencer à entrevoir le bien-fondé de ce sentiment, son assise historique et géopolitique. L’Iran vit dans un perpétuel sentiment d’encerclement, imposé tant par les Arabes que par les Occidentaux. Je fais ce rêve pas si fou que l’Iran et Israël (cerné par la haine arabe) pourront mutuellement s’extraire de ce sentiment et entreprendre une coopération féconde dans tous les domaines, coopération qui aura pour effet, entre autres effets, de marginaliser l’ensemble du monde arabe.

Mais j’en reviens au général Bahram Aryana, ancien chef d’état-major des forces armées iraniennes, avec quelques faits marquants de sa carrière :

Le général séjourne en France à deux reprises. Une première fois à Paris pour parfaire sa formation à l’École Supérieure de guerre (en 1951-1952) tout en poursuivant des études de droit dans la capitale française où il obtient son doctorat en 1955 avec une thèse intitulée « Napoléon et l’Orient ». Une deuxième fois à l’occasion d’une mission diplomatique.

En 1942, l’occupation de son pays par les Alliés et l’exil de Reza Shah blessent le jeune officier qu’il est. Il organise la résistance contre les Anglais dans les montagnes du Sud du pays. Il est arrêté et emprisonné jusqu’à la fin de la guerre.

Au cours de l’automne 1964, alors que l’Iran est menacé d’éclatement par une guérilla active dans les provinces du Sud, guérilla soutenue par l’étranger, le général est désigné par Mohammad Reza Shah pour y mettre fin. Après plusieurs mois d’opérations, il pacifie les tribus rebelles en les isolant les unes des autres.

Ce succès lui vaut d’être promu chef d’état-major des forces armées en 1967. C’est au cours de cette période qu’il rédige un traité d’art militaire, « La guerre en territoire iranien », traité qui fait de lui le premier théoricien de la guerre iranien.

En 1969, lors du conflit frontalier entre l’Irak et l’Iran, le général présente sa démission afin de créer les conditions objectives d’un règlement du contentieux par le shah et par les voies diplomatiques à une époque où l’Iran subit encore l’influence anglaise.

Placé dans un relatif retrait, le général devient l’inspirateur d’un petit cercle universitaire, « Les Quatre Compagnons », des intellectuels qui font des disciples. C’est ainsi qu’en 1975 naît le Mouvement national des Azadegan d’Iran (Azadegan, pluriel de Azadeh, le preux chevalier), un mouvement désireux de contrer l’emprise grandissante des marxistes et des islamistes en s’opposant à la politique du shah qui favorise le cléricalisme dans le but d’affaiblir le communisme.

Suite à la proclamation, en février 1979, de la République islamique d’Iran, le général reprend la lutte contre les forces cléricales à l’origine de l’insurrection de 1964 dans les provinces du Sud de l’Iran, insurrection soutenue par l’Ayatollah Khomeyni qui élabore en 1969 un modèle de conquête du pouvoir s’inspirant point par point du modèle de « Gouvernement islamique » élaboré dans les années 1930, en Égypte, par les Frères musulmans. L’avatar iranien des Frères musulmans est né au cours des années 1930-1940 d’une organisation qui porte le nom suivant : « Les Sacrifiés de l’Islam » (voir Leonard Binder : « The Ideological Revolution in the Middle East », Ed. Krieger, Huntington, New York, 1979, pp. 40-48).

L’arrivée sur la scène politique de l’Ayatollah Khomeyni incite le général à écrire une histoire politique et culturelle qui stigmatise le fanatisme en se référant à des courants de pensée humanistes dont se sont inspirés des mouvements politiques nationalistes. Il consigne ses réflexions dans un manifeste intitulé « La doctrine des preux chevaliers », présenté sous le titre « Pour une éthique iranienne ». En février 1980, il fonde l’Organisation des Preux Chevaliers d’Iran, établissant son cadre structurel (idéologique, politique et militaire) et vivifiant le mouvement fondé en 1975. Le 19 juin 1980, il lance un appel solennel au pays et rallie de nombreux opposants à la République islamique d’Iran, tant militaires que civils, avant de devenir Commandant en chef des Forces armées de libération de l’Iran. Le 21 juillet 1980, il dirige l’ « Opération Tabarzin » qui montre que l’union des factions patriotiques s’est faite autour de lui. Ci-joint, un curieux document ina.fr qui, je l’espère, incitera le lecteur à quelques recherches :

http://www.ina.fr/video/CAB8101460001

Et un article du New York Times du 22 août 1981 intitulé : « Iran Exiles plan new military acts » :

http://www.nytimes.com/1981/08/22/world/iran-exiles-plan-new-military-acts.html

Face à la théocratie communiste, le général Bahram Aryana propose un modèle de liberté où l’Iranien est invité à se pencher sur ses origines et, ainsi, à redevenir le créateur de son avenir et de celui de sa patrie. C’est pourquoi il élabore une idéologie nationaliste formellement exposée et dotée d’un cadre institutionnel riche en références historiques.

Le général Bahram Aryana est l’auteur d’un certains nombre d’écrits. Outre sa thèse de doctorat (« Napoléon et l’Orient » soutenue en 1955, à Paris), ses œuvres traitent essentiellement de l’art militaire et de la civilisation persane. L’un des titres se rattachant à cette dernière catégorie est éloquent : « La destruction de l’histoire et de la culture iraniennes par les étrangers ».

Le préambule à ce manifeste invite l’Iranien à se revivifier au contact de son antique culture, à retrouver la mémoire — les valeurs — des Azadegan, des hommes libres, des chevaliers dont l’arme essentielle était la force morale.

 

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(1) Yseult Aude Henry est l’auteur de « Pensées politiques de Ayatollah Khomeyni. Présentation thématique au travers de ses écrits et discours depuis 1941 ». Par une sélection de textes de l’Ayatollah Khomeyni sur les rapports entre Islam et politique, Yseult Aude Henry rend compte de la pensée moniste de ce dernier.

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

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Carnet 22

 

Certes, évitons les amalgames ! Et je m’empresse d’ajouter que je me moque radicalement de ce nouveau mot d’ordre : « Pas d’amalgame ! », l’un des aboiements de la meute encadrée par ses maîtres. Si nous oublions le joyeux foutoir médiatique pour nous reporter dans l’histoire, nous ne pouvons que prendre la mesure de ce qu’est véritablement l’amalgame, avec ce lexique élaboré par le pouvoir stalinien. Le trafic de la IIIe Internationale — Komintern et plus encore Kominform — sur le langage doit être étudié de très près car nous en subissons encore les conséquences, l’air de rien. Le mot « fasciste » y figure en bonne place. Pourquoi pas « nazi » ? Pour cause de pacte germano-soviétique ? Il y a pourtant des différences doctrinales considérables entre le nazisme et le fascisme. Le stalinisme se sentait-il plus proche du nazisme que du fascisme, d’où l’emploi frénétique de l’injure « fasciste » ? Les Pas-d’Amalgames ont pratiqué et pratiquent encore l’amalgame à leur guise sitôt qu’ils espèrent en retirer un avantage politique et, ainsi, préserver leur confort et leurs rentes morales. Ils ont fait et font encore usage du mot « fasciste » d’une manière éhontée. Ils sont les dignes héritiers de Staline, le maître de l’Amalgame.

Je n’aime pas le néologisme « nazislamisme ». Pourquoi ? Parce qu’il empêche d’envisager la spécificité du nazisme et celle de l’islamisme. On peut avoir une même détestation de ces deux idéologies, mais notre détestation doit rester lucide face à leurs spécificités afin que nous puissions mieux ajuster nos coups ; autrement dit, il faut éviter la superposition d’images dans la lunette de son arme, c’est préjudiciable au tir. Par ailleurs, le néologisme « nazislamisme » a tendance à occulter ce fait essentiel : l’aire de la Shoah n’a pas été musulmane ; elle a nidifié et s’est développée dans l’Europe christianisée. Il est néanmoins vrai que les sympathies nazies ont été réelles dans le monde arabe :

http://www.akadem.org/pour-commencer/histoire-de-la-shoah/les-sympathies-nazies-du-monde-arabe-23-04-2014-58875_4522.php

L’influence nazie n’a pas été des moindres dans le monde arabe, notamment au cours de la structuration des nationalismes arabes. Cette influence a perduré après la défaite du IIIe Reich, avec le recyclage de responsables nazis — excellents techniciens —, tant dans les services de sécurité que de renseignement. L’U.R.S.S. qui avait favorisé la création de l’État d’Israël et accompagné ce jeune pays avec sollicitude (pensant ainsi faire la nique aux Anglo-Saxons dans cette région du monde) se reprit en constatant que le sionisme (envisagé comme un simple pion dans la Guerre froide) risquait de lui échapper. L’accusation de « sionisme » devint donc passible du peloton d’exécution, du goulag ou d’épuisantes tracasseries. Elle remplaçait en quelque sorte celle de « trotskisme » pour ne citer qu’elle. Sentant que le pion « Israël » risquait de lui être pris, l’U.R.S.S. activa donc une propagande dans le monde arabe et dans le monde entier sur le thème des « Palestiniens », un peuple inventé dans les années 1970. Cette propagande reste extraordinairement agissante mais ils sont de plus en plus nombreux à en méconnaître la généalogie. Il est vrai que le ragoût antisioniste est si nourrissant qu’ils ne sont pas nombreux à ne pas se donner la peine d’en analyser les ingrédients…

 

 logo_BDS_France_TRK010

La campagne BDS ? Pour ma part, cette étiquette m’incite à acheter israélien, une discrète manière de réagir à la crétinisation ambiante, de contrecarrer les mots d’ordre de la horde. 

 

« Quel autre État (que État d’Israël) est-il visé par une campagne BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) ? »  Réponse : AUCUN. Mais les crétins n’en finissent pas de se crétiniser car, tout en refusant d’acheter les délicieux produits agricoles étiquetés Israël, ils font grand usage de la haute technologie sans savoir que nombre de ses composants viennent d’Israël ou ont été conçus en Israël. Le consommateur est un… con  ; et le monde est si bête que c’en devient enivrant. Combien sont-ils à profiter du Juif tout en lui crachant à la figure ? C’est qu’il a bon dos le Juif. J’observe ces citoyens repus qui ne savent pas tout ce qu’ils doivent aux Juifs et à Israël et qui se mêlent de légiférer dans des affaires particulièrement complexes dont ils ignorent tout, avec pour seul guide une « morale » infatuée d’elle-même et qui recycle, parfois à leur insu l’ordure antijudaïque et antisémite — ils sont si ignorants ! Ils se foutent de tout ce qui ne touche pas à leur confort mais prononcez « Israël » ou même « Juif » et les voilà qui s’échauffent, se mettent à pérorer. Ils éprouvent envers les Palestiniens une sollicitude de nurse, de garde-malade. Ça pourrait être touchant ; ça me dégoûte.

Je me dois de rapporter ce que j’éprouve, fort de mon expérience, une expérience certes très limitée mais unique, modestement unique. Je suis sioniste et iranophile ; et j’ai de plus en plus le sentiment de faire le grand écart au-dessus d’un gouffre ; mais c’est ainsi et j’assume cette position probablement ridicule, avec un fond de culotte proche du déchirement. Je vais me répéter, mais il n’est pas nécessairement mauvais de se répéter. Mes nombreuses conversations avec des Iraniens (entre vingt et soixante-cinq ans), des Iraniens de l’exil mais aussi d’Iran — et c’est le plus important —, ont confirmé l’une de mes intuitions : le djihadisme est bien leur cauchemar. Par ailleurs, la situation intérieure de l’Iran n’est que rarement prise en compte par les mass médias alors qu’elle devrait être étudiée de près, de très près. Le sentiment d’encerclement explique en grande partie la stratégie du régime de Téhéran, bien plus que cette histoire de Madhi et d’illuminés tendant les bras vers l’Apocalypse, une histoire agitée à souhait.

Je ne cesse d’écrire que je suis partisan d’un Grand Kurdistan, d’une nation construite à partir de l’éclatement de l’Irak et de la Syrie, en attendant celui de la Turquie, plus problématique mais souhaitable. Il est vrai que je me garde d’évoquer l’Iran, le Kurdistan iranien. Pourquoi ? Mes espoirs et mes rêveries géopolitiques cherchent à ménager l’Iran, c’est vrai. Il me semble que le monde ne gagnera rien à un fractionnement de l’Iran, pays ethniquement composite dont le ciment est le chiisme mais aussi un nationalisme fédéré par le puissant noyau perse. Sous le shah, l’unité du pays fut essentiellement célébrée par la glorification de l’Antique perse, de l’Achéménide. Aujourd’hui (mais ce n’est pas nouveau), le chiisme se présente comme le principal vecteur de la spécificité iranienne. Certes, le chiisme ne se limite pas aux frontières de ce grand pays mais l’Iran peut être considéré comme « le Vatican du chiisme ». (Début d’un article, à développer).

 

 Empire achéménideL’Empire achéménide, 490 av. J.-C.

 

On ne peut s’enivrer de l’individuel pour appréhender le collectif, c’est vrai ; mais c’est aussi dans l’individuel que se lisent ces parcelles de lumière que désigne Isaac Luria. Ai-je raison ? Ai-je tort ? Je tente de survivre, de ne pas étouffer sous le poids de l’horreur mass médiatisée, de ces tonnes d’ordure déversées devant nos portes, jour après jour.

Les lignes de fractures qui parcourent le « monolithe » islam sont terribles ; et elles vont puissamment agir sur l’avenir du monde. Par ailleurs, les termites prolifèrent dans la toiture et elles grignotent, grignotent…

A un intervenant : « Vous avez raison de signaler qu’une mollahcratie équipée de l’arme atomique « n’est pas une heureuse idée » — bel euphémisme ; mais s’embarquer avec le pire du monde arabe (j’ai nommé l’Arabie Saoudite) dans l’espoir de régler la question iranienne est une idée guère plus heureuse — encore un bel euphémisme. Car c’est tout de même ce qui se profile, une alliance de circonstance (alliance of convenience) entre Israël et le pire du monde arabe. Lorsque j’ai écrit cette suite d’articles intitulés « Iran et Israël, deux pays aristocratiques », je savais fort bien ce que j’écrivais.

Mon appréciation de l’Iran va à l’encontre de presque tous. Et je ne crains pas de m’exposer, suspendu au-dessus du gouffre médiatique, petit funambule en proie au vertige mais bien décidé à poursuivre — et d’abord parce que rebrousser chemin m’exposerait à des dangers encore plus grands.

Je ne prétends pas que mes espoirs, mes intuitions et mes expériences puissent dessiner une stratégie géopolitique ; je ne puis pour autant en faire fi. Lorsqu’un Pasdaran me signale après une longue conversation (en anglais) que les pires ennemis de l’Iran sont le djihadisme, le wahhabisme, le salafisme et non Israël, comment réagir ? Traiter l’Iranien de perfide, de calculateur ? Mais alors, pourquoi m’empresserais-je de plaquer cette image sur l’Iranien alors que je refuse de le faire sur « le Juif » ? Et rassurez-vous, ce n’est pas parce que j’accorde quelque crédit à ses déclarations que je suis confit en dévotion devant le régime des mollahs.

D’une manière générale (et je ne suis en rien un spécialiste de l’Iran), je suis terrifié par le désintérêt des médias pour la situation intérieure de l’Iran, un pays qui souffre d’un sentiment d’encerclement, d’isolement, et pour diverses raisons qui plongent leurs racines loin dans l’histoire. Personne ne semble comprendre que malgré la terrible Révolution islamique de 1979, certaines préoccupations de ce grand monsieur qu’a été Mohammad Mossadegh n’ont rien perdu de leur actualité. Mohammad Mossadegh est l’un de ces hommes tragiques sur lesquels j’aimerais écrire un essai, homme tragique comme le furent Miguel Primo de Rivera et Stolypine pour ne citer qu’eux.

 

Olivier Ypsilantis 

 

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Antisémitisme, antisionisme, le couple infernal.

 

« Si chaque Arabe tuait un Juif, il ne resterait plus de Juifs », déclarait sur la chaîne de télévision LBC, le 5 mai 2001, le ministre syrien de la Défense, Mustapha Tlass. 

 

Après la Shoah, on juge qu’il ne reste plus d’antisémites ou, tout au moins, qu’ils se tairont à jamais. Et pourtant… L’extrême-droite commence par minimiser puis par nier l’entreprise d’extermination des Juifs dans le but inavoué de remettre en selle l’antisémitisme. Le premier écrit négationniste a pour titre « Nuremberg ou la Terre Promise », publié en 1949, de Maurice Bardèche. Paul Rassinier s’engouffre derrière lui avec « Le Mensonge d’Ulysse », publié l’année suivante. Le négationnisme fait ses premiers pas. Ces années de l’immédiat après-guerre voient l’émergence des luttes anti-coloniales et anti-impérialistes. Le projet d’un État juif permet à la judéphobie (une dénomination de Léon Pinsker reprise par Pierre-André Taguieff) de se refaire une santé : ce projet est assimilé au colonialisme, voire au racisme… Et n’oublions pas qu’après leur accession à l’indépendance, tous les pays arabo-musulmans font de l’islam une religion d’État, tous ! La haine du Juif s’exacerbe. Quoi ! Nos dhimmis (pièce maîtresse de l’économie mentale des sociétés arabo-musulmanes) occupent une aire arabe et musulmane ! L’horizon ultime de ces sociétés devient l’anéantissement de l’État juif, une haine qui sature leur activité mentale. Environ neuf cent mille Juifs quittent les pays arabes ; les deux-tiers partent pour Israël. Aujourd’hui, près de 60 % des Juifs d’Israël descendent de ces réfugiés.

 

Caricature 1

 

L’antisémitisme se nourrit dans les poubelles, festoie dans les décharges publiques, ingurgite jusqu’aux vomissures et aux excréments, ce qui explique l’horreur de son haleine. Il s’ébroue dans les fosses d’aisances. « Les Protocoles des Sages de Sion », dégueulés et chiés un peu partout, sont goulûment lapés par un grand nombre. Dès avant la Seconde Guerre mondiale, des traductions en sont éditées en arabe, au Caire, à Damas, à Beyrouth et à Bagdad. Aujourd’hui, elles sont en vente libre dans l’ensemble du monde arabo-musulman. Dans des hôtels d’Arabie Saoudite, le voyageur trouvera en évidence dans sa chambre d’hôtel — et dans sa langue ! — un exemplaire de ce faux…

La « nouvelle judéophobie », telle que la définit Pierre-André Taguieff, est post-antisémite. Elle est repérable après la guerre des Six Jours (juin 1967). C’est une tendance redoutable, bien que débarrassée de toute définition « raciale » des Juifs. Cette « nouvelle judéophobie » se nourrit de la haine d’Israël, d’une volonté de le délégitimer, avec appel à son éradication. L’antisionisme démonologique se répand alors comme la peste. Les antiracistes patentés (voire le pullulement de leurs associations) prospèrent avec cette écrasante victoire israélienne contre une formidable coalition arabe. Ces antiracistes accusent les Juifs sionistes — et plus généralement les sionistes — d’être des racistes. On bat le rappel, on convoque les « idées sublimes » et les « nobles sentiments » afin d’en finir avec les sionistes, rebuts de l’humanité. Pierre-André Taguieff a montré que cette corruption idéologique de l’antiracisme procède de son « infléchissement à la fois populiste et misérabiliste ». Les présupposés qu’active cette corruption fabriquent des slogans, des prêts-à-penser que favorise notre époque de prêts-à-porter, de standardisation, de massification. « L’instrumentalisation de l’humanisme et de l’antiracisme à des fins antijuives est au cœur de la nouvelle judéophobie » note Pierre-André Taguieff. Ainsi, les actes antijuifs peuvent-ils être dénoncés comme des manipulations sionistes. Voir à ce propos la déclaration de José Bové, chef de file du mouvement anti-mondialisation qui, au printemps 2002, hésite pas à attribuer les violences antijuives en France aux services secrets israéliens. Et permettez-moi de citer les propos du moustachu (cité par le quotidien « Libération », du 3 avril 2002) : « Il faut se demander à qui profite le crime. Je dénonce tous les actes visant des lieux de culte. Mais je crois que le gouvernement israélien et ses services secrets ont intérêt à créer une certaine psychose, à faire croire qu’un climat antisémite s’est installé en France, pour mieux détourner les regards. »

 

Caricature 2

 

Le sionisme est volontiers associé au racisme génocidaire, au nazisme. L’État d’Israël est accusé de vouloir mener à terme un programme d’extermination des Palestiniens, ce qui explique le succès d’un autre faux : « Le Manifeste (Judéo-Nazi) d’Ariel Sharon », sous-titré : « Les origines du génocide actuel des Palestiniens ». Ce faux a été généreusement distribué en France, notamment par le Parti des Musulmans de France. Il s’agit d’une prétendue profession de foi (nazie) du général Sharon, profession de foi qui s’emploie à fondre dans un même moule sionisme et nazisme. L’auteur : Mondher Sfar, opposant marxiste tunisien résidant en France, antisioniste et négationniste, collaborateur de la « Revue d’histoire révisionniste » fondée par le militant d’extrême-droite Henri Roques.

Ce qui me rend odieux la quasi-totalité — et peut-être même la totalité — des défenseurs de la cause palestinienne, c’est qu’ils prennent appui sur des prémisses judéophobes qui conduisent mécaniquement à la nazification d’Israël, « au retournement antijuif de l’antiracisme » pour reprendre les mots de Pierre-André Taguieff. « Les Protocoles des Sages de Sion » sont recyclés dans un va-et-vient de dément, dans un radotage de gâteux. Du sionisme au racisme de type colonialiste voire génocidaire et inversement. L’État d’Israël se voit accusé de « palestinocide », avec programme d’extermination. Et, pirouette, les Juifs (sionistes) seraient passés du statut de victime à celui de bourreau, une aubaine à ne pas laisser passer pour l’Europe — aire de la Shoah — qui, soit explicitement soit implicitement, s’empare avidement de cette accusation dans le but d’opérer une sorte d’annulation de la Shoah. J’ose affirmer que la popularité de l’abbé Pierre (qui fut l’homme le plus populaire de France à en croire les sondages) ne tient pas uniquement à son action (admirable) en faveur des sans-abris mais aussi à certains propos que le saint homme a lâchés dans son grand âge comme autant de pets foireux. Il a par exemple déclaré en 1991 : « Les Juifs, de victimes, sont devenus bourreaux », une considération de chiasseux. Mais pourquoi me demanderez-vous ? Parce que le signe = est placé l’air de rien entre la Shoah et la « question palestinienne ». Je rappelle à tout hasard que les victimes israéliennes sont également nombreuses dans cette suite de violences, violences en rien unilatérales contrairement à ce qu’aboient les meutes. L’antisionisme joue volontiers la carte de la victimisation ; c’est son joker. Et l’antique antijudaïsme vient épaissir ce brouet. Les souffrances des Palestiniens peuvent être assimilées à celles de Jésus-Christ. Le Palestinien est lui aussi crucifié par le Juif (!!!???) ; je n’exagère rien ; regardez certaines caricatures. L’antijudaïsme suscite nombre de réflexes pavloviens, même chez des individus qui considèrent le christianisme avec défiance voire hostilité mais qui n’hésitent pas à fouiner du côté de l’antijudaïsme chrétien le plus grossier pour huiler leurs rouages mentaux et leur verser du carburant. Le Juif tueur d’enfants, vous vous souvenez ? L’affaire Al-Duhra doit en grande partie son succès à une certaine image d’origine chrétienne. Tous les coups sont alors permis contre Israël diabolisé, y compris les attentats dont les attentats-suicides. Souvenez-vous d’André Jacquard déclarant le 2 avril 2002 sur France Inter : « L’humiliation fabrique des kamikazes. »

Au point où en sont les choses, il me faut dire haut et fort que tout homme libre ne peut qu’être sioniste, un engagement qui n’interdit pas la critique aussi longtemps qu’elle ne remet pas en question l’existence d’Israël. Nous sommes en guerre contre des démagogues cyniques que suivent des masses d’idiots utiles. Et souvenez-vous des mots de Jean Lartéguy : « Car pour un certain nombre d’hommes dont nous sommes, Israël ne peut pas disparaître, ou alors nous n’aurions plus jamais d’espoir et nous devrions nous résigner à vivre pour toujours dans un monde clos, déterminé par les facteurs les plus humiliants de l’Histoire, dont celui du nombre. » Le nombre est bien l’un des facteurs les plus humiliants de l’Histoire ! Et il pèse de plus en plus lourd…

 

Olivier Ypsilantis

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Sur les routes d’Espagne, mai 2014.

 

1er mai. Traversée de l’Andalousie orientale. En route vers La Linea de la Concepción et Gibraltar. Des paysages d’Espagne me disent l’Iran et des paysages d’Iran me disent l’Espagne. Provincia de Jaén, son relief couvert de stricts alignements d’oliviers, et à perte de vue. La Sierra Nevada, enneigée dans ses hauteurs. Peu avant l’arrivée sur La Linea de la Concepción et Gibraltar, des paysages qui pourraient être écossais ou bretons, un paysage de moorland et, soudain, une fraîcheur délicieuse. Les Colonnes d’Hercule, la ligne de partage entre la mer et l’océan, entre Méditerranée et Atlantique.

Gibraltar, point stratégique essentiel pour l’Empire britannique, un empire non pas continental comme l’ont été la plupart des empires, mais un empire maritime, édifié et organisé à partir des mers et des océans. Le City Centre, une saveur anglo-espagnole. Des Hindous et des Pakistanais, des Juifs (beaucoup de kippas), des Marocains, autant de communautés qui vivent tranquillement les unes à côté des autres. J’ai pris note de cette tranquillité dans des petits pays, comme la République de Maurice ou la République de Malte.

Gibraltar et ses fortifications trapues en pierres grises avec larges créneaux évasés pour pièces d’artillerie. Beaucoup de tatouages sur des peaux roses. Dans un jardin public de La Linea de la Concepción, des ouvrages défensifs à coupoles bétonnées partiellement enterrées avec embrasures à redans au ras du sol. Des souvenirs d’heures studieuses me reviennent, des heures passées à étudier l’Atlantikwall et ses monuments de l’Attente, jusqu’à l’aube du 6 juin 1944… Des souvenirs me reviennent, en particulier l’exposition au Musée des Arts décoratifs de Paris et le catalogue de Paul Virilio qui l’accompagnait, ‟Bunker archéologie”.

 

2 mai. Le jour se lève, humide, voilé. Le cri des mouettes et la formidable silhouette du Peñón où je devine les ouvertures des Great Siege Tunnels. L’animation augmente. 7h 30 : un Anglais en short et débardeur, les bras couverts de tatouages, commande une bière qu’il se met à boire à grandes gorgées ; une petite balayeuse municipale articulée pousse ses brosses en tous sens ; le bruit de la circulation devient continu. J’aimerais que le temps s’arrête pour goûter encore ce petit-matin voilé, humide. La serveuse est équatorienne, à en croire son accent. La pureté de son visage m’évoque le modèle de Cornelis Zitman — des sculptures en bronze qu’avait exposées Dina Vierny dans le sous-sol de sa galerie au 36 rue Jacob, à Paris.

 

Gibraltar, vue aérienneGibraltar, vue aérienne. Au premier plan, La Linea de la Concepción.

 

Longue marche dans Gibraltar. Arrêt prolongé chez Luis Photo Studio, la mémoire de Gibraltar, avec ses très nombreuse images (généralement en noir et blanc) qui relatent des événements (souvent militaires) de ce bout d’Europe si particulier. Arrêt dans The Alameda Botanic Gardens. A l’entrée, le buste du général George Augustus Eliott, célèbre pour sa défense de Gibraltar au cours du Great Siege (1779-1783) conduit par une coalition franco-espagnole. Dans ce jardin, des canons fraîchement repeints (il y a beaucoup de canons commémoratifs à Gibraltar), des canons pris aux Russes au cours de la guerre de Crimée (1854-1856). On s’arrange entre les bastions et sur les glacis. L’espace est optimalisé. J’aperçois un beau voilier entre deux immeubles, son nom s’inscrit en lettres blanches le long de sa coque bleu marine : ENDEAVOUR. Solomon Levy F.R.I.C.S. – Estate Agents & Valuers. Longest established Estate Agent in Gibraltar et, un peu plus loin, Elizabeth Srahlberg – Dental Surgeon. Vue panoramique sur la baie d’Algeciras. Un bateau de croisière se glisse entre des cargos et des pétroliers au mouillage. Police Barracks – 1909, tous volets fermés, un bâtiment à l’abandon. Un singe se promène sur le faîte d’un mur. Des ruelles me font penser à Naples avec ces fils à linge qui vont d’une façade à une autre, des façades légèrement décrépites contrairement à celles des rues de la partie basse du City Centre. Abecasi’s Passage. Un graffiti d’époque a été rafraîchi : We shall fight to the last but we shall never surrender (W. S. Churchill 1940). Une belle place calme et ombragée bordée sur l’un de ses côtés par une petite église endormie, St. Andrew’s Church (Church of Scotland). J’entends l’anglais autant que l’espagnol. D’assez nombreuses kippas. Cohen & Massias Jewellers. Est. 1870 Lewis Stagnetto Importers & Distributors Purveyors of Wines, Spirits, Beers & Tobacco.

 

Gibraltar jewish cemetery Jewish Cemetery (Windmill Hill Cemetery), Gibraltar : http://jewishgibraltar.info/cemeteries.html

 

Au Gibraltar Museum. Les travaux du Rev. John White (frère du naturaliste Gilbert White of Selborne) sur le passé de Gibraltar. L’homme de Neandertal et Gibraltar. Le naufrage du vapeur Utopia dans la baie de Gibraltar, en 1891, et ses 574 victimes. Chargé d’émigrants italiens, il avait levé l’ancre à Trieste et se dirigeait vers New York City, avec diverses escales dont une à Gibraltar. The Great Siege of Gibraltar et une vitrine dédiée à George Augustus Eliott (1717-1790). Au sous-sol du musée, des bains arabes parmi les mieux conservés de la péninsule.

Le soir. A quelques kilomètres de Guadix, Baños de Graena, un village blanc partiellement troglodytique. De la terrasse, je contemple le soleil couchant qui rougit une terre d’un ocre rouge intense. Au-dessus du village de Purullena, des vagues de terre rouge comme prêtes à recouvrir les casas cuevas. Tout est intense : la terre, les façades (passées à la chaux vive), le vert des hauts peupliers plantés par l’homme dans de stricts alignements. Dominant cette splendeur ardente, la fraîcheur de la Sierra Nevada encore nervurée de neige. Une fois encore, je pense à l’Iran ; toute une géologie espagnole m’y ramène. L’érosion a ciselé ce relief comme nulle part en Europe. Les environs de Guadix sont parmi les plus beaux espaces de ce continent.

Un repas simple comme je l’aime. Les complications culinaires sont préjudiciables à la santé. Au repas donc : des olives de Sevilla, un bol de gaspacho et un verre élancé que j’élève vers le soleil pour admirer le brun roux-rosé de ce vin local.

Dans ma chambre, un poster de La Calahorra (province de Granada), une forteresse qui, dans mon imaginaire, se tient devant le désert des Tartares, une forteresse rouge aux tours surmontées de coupoles.

 Casa cueva de GuadixCasa cueva dans les environs de Guadix.

 

3 mai. Baños de Graena au petit-matin. Les façades blanches encastrées dans un relief d’argile rouge. Les petits jardins enclos avec leurs roses ardentes, leurs figuiers, leurs treilles. Le balnéarium est placé au centre du village, dans un repli de terrain. L’eau en sort à 44°C. Les villageois s’y rendent et en reviennent en peignoir. Certains s’attardent même dans cette tenue à la terrasse d’un café-bar qui lui fait face. Une villageoise m’explique qu’elle est née dans une grotte, comme ses ancêtres, et qu’elle vit toujours dans une grotte. Tout le monde ici a vécu dans une grotte, à commencer par la marquise, Doña Isabel de Angulo y Rodríguez del Toro (voir marquesado de Cortes de Graena), morte en 1960 sans descendance. Je détaille l’entrée de sa grotte qui se distingue à peine des autres, si ce n’est par deux discrètes colonnes engagées et un entablement non moins discret, le tout taillé dans la paroi même. La casa cueva dispense une température stable, 18°C été comme hiver, pas de chauffage ni d’air conditionné donc. La terre argileuse est imperméable. Les murs sont enduits d’une fine couche de plâtre passé à la chaux vive, ce qui achève d’assainir les lieux. C’est la maison écologique par excellence : dépenses énergétiques réduites au minimum, faible impact visuel dans un paysage à nul autre pareil ; et des impôts locaux particulièrement bas.

Guadix, La Calahorra, Desierto de Tabernas, entre Sierra de los Filabres et Sierra Alhamilla, l’un des paysages d’Europe que mes yeux et mes poumons préfèrent. Arrêt à Texas Hollywood.

 

Texas HollywoodUne vue de Texas Hollywood (Fort Bravo)

 

 Olivier Ypsilantis 

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Du côté de Granada

 

1er mai.  Alors que je contemple le paysage de la terrasse un air me revient : « C’est une maison bleue adossée à la colline… » de Maxime Le Forestier. Mais cette maison n’est pas adossée à la colline, elle y est encastrée ; c’est une casa-cueva, comme il y en a tant dans les environs de Guadix, province de Granada. C’est une maison blanche encastrée dans la colline, une colline d’argile pur que l’érosion a sculptée comme elle a sculpté ce paysage, et à perte de vue. Je détaille les travaux de l’érosion, du ciselage. Dans les vallées frémissent de hautes peupleraies. Il y a donc de l’eau dans ce désert, beaucoup d’eau, car le peuplier est avec le saule-pleureur l’arbre des cours d’eau. Le soleil couchant embrase doucement ces terres diversement ocres et rosit les dernières neiges de la Sierra Nevada.

 

Casas cuevas à GuadixUn quartier de casas-cuevas, du côté de Guadix.

 

Lorsque je suis venu ici, il y a quatre mois, un paysan m’a offert des sacs de coings (membrillos) dont nous avons tiré une pâte épaisse, chaude, dorée et lumineuse. L’homme est fait pour ces terres et ces terres sont faites pour l’homme, avec ces casas-cuevas et leur température résolument stable (18°C), des intérieurs tièdes en hiver, frais en été. Les casas-cuevas et leurs pièces avec voûtes en berceau (bóvedas de cañón), comme dans les églises, les monastères et les palais. Le temps est lourd, l’orage menace, la température dépasse les 30°C. Je rentre dans la casa-cueva et la fraîcheur m’enveloppe dès le seuil, une fraîcheur d’église, une fraîcheur divine.

Dans les patios du village prospèrent le figuier, le grenadier et la vigne avec ses treilles (parras) diversement aménagées et jusque sur les balcons et les terrasses. Je m’engage dans une ruelle partiellement troglodytique. Sous un énorme figuier, une famille s’est installée autour d’une longue table avec, posée en son centre, une paella dorée dont le diamètre doit approcher le mètre. Je pense « paradis terrestre » et aussitôt mon regard rencontre le nom de la rue, Calle Paraíso

Retour dans la maison blanche encastrée dans la colline. La vaisselle s’orne d’entrelacs végétaux peints à la main, des entrelacs bleus où prospère la grenade et où parfois vient se percher un oiseau. Je suis les entrelacs, leurs pleins et leurs déliés, toute une gestuelle du pinceau. Sur la table en bois sombre, devant la lumière roux-doré du soir, un repas simple est préparé, avec olives de Sevilla, amandes grillées, morceaux de manchego, tortilla agrémentée d’oignons et d’asperges sauvages. J’élève la carafe de vin dans le soleil couchant et je pense à l’ambre de Mazovie. Les nourritures doivent être simples ; sitôt qu’elles se compliquent, elles portent préjudice à l’organisme. Idem avec l’alcool. Les alcools fermentés sont de loin préférables aux alcools distillés. En Espagne, je commande le vin du village, de la terre que je puis voir de l’endroit où je vais boire, un vin tiré du tonneau, dans la fraîcheur d’une bodega. La beauté et la santé résident dans la simplicité. Je suis toujours plus effrayé par la quantité d’ingrédients qui entrent dans la composition de nombre de produits vendus dans les commerces. Cette complexité est bien la marque d’une dégénérescence, d’un cancer qui prolifère dans le tissu même des sociétés. La simplicité doit également inspirer l’architecture et l’urbanisme.

2 mai.  Tôt le matin, dans la lumière naissante. Les iris sauvages, presque luminescents. L’iris sauvage, la plus belle fleurs de nos régions, une fleurs qui me transporte dans le vieux jardin de l’enfance où je détaillais ses pétales comme que détaillais les bandes circulaires et concentriques des cendriers en onyx du salon.

 

Céramique de Grenade La belle céramique de Granada, comme on en trouve encore dans les commerces.

 

Les puissants travaux de l’érosion, à perte de vue, dans une lumière bleutée et voilée. A quelques pas de la terrasse, le jet d’un peuplier (álamo), un petit marronnier (castaño) et deux néfliers (nispero).

Je reprends la lecture de « Desde mi celda » de Gustavo Adolfo Bécquer, le poète mort de tuberculose à trente-quatre ans. Une fois encore, en lisant ces pages, je me vois boire à la source, une source fraîche et pure. C’est l’un des plus beaux livres de la littérature espagnole, un livre écrit par un homme qui donne au mot « romantique » sa tonalité la plus pure. Graena et Baños de Graena sont partiellement troglodytiques, encastrés dans l’argile. L’argile et la Bible. Le vin et la Bible. La grenade et le puissant symbolisme qui se rattache à ce fruit. Le vin chez les Chrétiens, le vin chez les Juifs, le vin chez les Grecs, avec cette peinture sur vase belle entre toutes, Dionysos en bateau, une peinture de 550-525 av. J.-C. qui orne l’intérieur d’une coupe exposée au Staatliche Antikensammlungen München. Aux sept grappes de raisin répondent sept dauphins bondissant. Le mât sert aussi de tuteur à un cep de vigne. Dionysos est allongé de tout son long dans l’embarcation et il boit. Deux binômes se répondent, [navire – lit de banquet], [mât – vigne]. J’aurais beaucoup à dire sur cette composition sans bordure où le ciel et la mer ne sont pas délimités, sur Dionysos enfin.

Je poursuis la lecture de Gustavo Adolfo Bécquer, la troisième lettre (« La carta tercera »). Le lit-on encore ? Le comprend-on encore ? Dans cette lettre, l’enfant de Sevilla, le fils du Betis — du Guadalquivir — célèbre les arbres, ces arbres qui prospèrent le long des cours d’eau, à commencer par les peupliers, si présents dans les environs de Guadix. Il y a peu, je contemplais les arbres, à Cieza, au bord du Segura, les peupliers blancs (Populus alba) surtout, ces arbres aux feuilles dont le verso est argenté, plus argenté que celui des feuilles d’olivier. Gustavo Adolfo Bécquer, l’homme qui ne cesse de rêver le temps et ses effets, et de la manière la plus intime, les effets du temps sur sa sépulture : « … para leer mi nombre, ya borroso por la acción de la humedad y los años, sería preciso descorrer un cortinaje de verdura. »

La Peza, village de la province de Granada. On sait que chaque localité d’Espagne a sa fête. Celle de La Peza a trait à la Guerra de la Independencia, année 1810 (15 avril). Elle s’inspire d’un fait rapporté par Pedro Antonio de Alarcón (1833-1891) dans « El carbonero alcalde. Episodio de la guerra de la Independencia ».

Ci-joint, un aperçu de cette reconstitution historique jouée librement par des habitants de La Peza, en 2013 (23 août) :

https://www.youtube.com/watch?v=t5jknOE15Vg

Et pour les hispanophones, l’intégralité du récit de Pedro Antonio de Alarcón :

http://www.biblioteca.org.ar/libros/130620.pdf

 
Eglise de La PezaLa Peza, (province de Granada), le porche de l’église paroissiale, Nuestra Señora de La Anunciación. 
 

Olivier Ypsilantis

 

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Des regards sur l’Espagne ; quelques photographes.

 

Heinrich Kühn — José Gutiérrez ‟Filuco” 

La photographie intitulée ‟Escena familiar” (ou ‟Familia campesina”) et datée de 1905 a longtemps été exclusivement attribuée à José Gutiérrez, surnommé ‟Filuco”. On sait à présent que cette image est également l’œuvre de Heinrich Kühn.

Ci-joint, une suite de dix photographies de José Gutiérrez à télécharger. Elles ont été mises en ligne par Biblioteca digital de Castilla y León. On y verra essentiellement des monuments de Zamora :

http://bibliotecadigital.jcyl.es/i18n/consulta/busqueda_referencia.cmd?campo=idautor&idValor=39597

Heinrich Kühn se rattache au mouvement pictorialiste international, un mouvement qui s’employa à faire reconnaître la photographie comme un art à part entière, capable de rivaliser avec la peinture d’alors. Deux autres noms essentiels se rattachent à ce mouvement, Alfred Stieglitz et Edward Steichen. Certaines photographies de Heinrich Kühn prises en plongée me ramènent avec une extraordinaire précision vers des souvenirs de juillet, avec ma mère assise sur un banc curviligne, placé sur un carré de gravier, sous un dais de marronniers. De fait, je ne puis rencontrer ce nom, ‟Heinrich Kühn”, sans penser à ma mère, en été, à Cesson, sous le dais de marronniers.

Ci-joint, un lien intitulé ‟Heinrich Kühn and the Development of Color Autochromes” :

https://www.youtube.com/watch?v=tVJ_tmgqfF4

 

José María Díaz Casariego 

 Guerre du Rif, 1921Une position espagnole photographiée dans le Rif (Maroc), en 1921.

 

José María Díaz Casariego est un grand du photo-journalisme (periodismo fotográfico) en Espagne. Il est notamment l’auteur d’une série de photographies prises en compagnie de son collège Alfonso Sánchez Portela, série dans laquelle apparaît le chef rifain Abd el-Krim.

José María Díaz Casariego est un important témoin de la Guerre Civile d’Espagne, son  témoignage est pourtant resté occulté durant plus d’un demi-siècle. A la fin de la Guerre Civile, il est condamné à mort puis gracié : il a eu la chance de rencontrer au Maroc des officiers, futurs vainqueurs de la Guerre Civile de 1936-1939, parmi lesquels le général Franco. Il ne peut toutefois reprendre son métier et travaille comme employé à l’Hemeroteca Municipal de Madrid, au service des microfilms. Le pouvoir franquiste a détruit une bonne partie de sa production ; ce qu’il en reste se rapporte essentiellement à la guerre du Rif (1921-1926).  

L’Espagne a compté — et compte encore — nombre de grands photographes. De fait, je ne cesse d’en découvrir, notamment en consultant revues et journaux espagnols. Certains d’entre eux ont été durablement oubliés pour cause de guerre civile et de répression. Mais depuis quelques années, il me semble que la mémoire est interrogée avec des moyens renouvelés. Des noms ont été sortis de l’oubli, parmi lesquels : Luis Marín, Pepe Campúa, Alfonso Sánchez García (plus connu sous le simple nom de ‟Alfonso”) et José María Díaz Casariego. Je dois le dire, ces photographes oubliés et redécouverts participent à mes plus belles surprises lorsque je consulte la presse espagnole.

Ci-joint, un riche documentaire ‟Héroes sin armas, los otros reporteros de la Guerra Civil”, dirigé par Ana Pérez de la Fuente et Marta Arribas. Luis Marín, Pepe Campúa, Alfonso Sánchez García et José María Díaz Casariego, quatre figures sauvées d’un relatif oubli :

http://hastalosmegapixeles.com/tag/jose-maria-diaz-casariego/

Ci-joint, un lien rend brièvement compte de ces quatre vies dédiées à la photographie :

http://www.abc.es/20100422/cultura-arte/heroes-guerra-civil-201004221342.html

Ci-joint, enfin, un article où passent ces quatre témoins essentiels de la Guerre Civile d’Espagne, quatre témoins longtemps oubliés : José María Díaz Casariego, Luis Marín, Pepe Campúa et ‟Alfonso” (Alfonso Sánchez García), bien moins connus que ces autres témoins : Robert Capa, Gerda Taro, ‟Chim” (David Seymour) et Agustí Centelles :

http://www.lavanguardia.com/cultura/20100504/53920008550/salen-a-la-luz-fotografias-ineditas-de-la-guerra-civil.html

 

Oriol Maspons

Je ne vais pas dresser l’inventaire de cette œuvre imposante. Simplement, Oriol Maspons Casades (1928-2013) m’évoque des femmes en bikini sur des plages d’Espagne, dans ces années du franquisme finissant — les années du destape. Le meilleur de sa production, ses photographies prises à Ibiza (Eivissa) avec le premier bikini (dans les années 1950, me semble-t-il) puis les hippies au cours de la décennie suivante. Bref, cet artiste est un modeste représentant — mais un représentant — de l’immense mémoire espagnole et, à ce titre, il m’est cher.

Ci-joint, une entrevue de 2013 réalisée dans l’atelier du photographe :

http://vimeo.com/73687704

 

Manuel Ferrol

 Emigrants espagnols en partance pour l'Argentine en 1957

La plus célèbre et la plus émouvante photographie de Manuel Ferrol

 

Dans ma mémoire, le nom de Manuel Ferrol reste indéfectiblement lié à une image qui s’inscrit dans un reportage commandé par l’Instituto Español de Emigración créé dans les années 1950. Cette image montre un enfant dans le port de La Coruña, en 1957, un enfant qui pleure, appuyé contre son père qui pleure pareillement. Ils s’apprêtent à partir pour l’Argentine ; ils vont laisser derrière eux le reste de la famille. Leurs larmes se répondent. Aucune photographie ne m’émeut plus ; je ne puis la regarder sans avoir moi aussi les larmes aux yeux. Il y a peu, j’ai appris que le photographe a surpris ce père et ce fils le 27 novembre 1957, alors que le transatlantique Juan de Garay s’apprêtait à lever l’ancre. Le père et le fils ont été identifiés : Xan Calo et Xurxo Calo, originaires de Fisterra (La Coruña, Galicia). Une ombre au tableau : les protagonistes de cette célèbre image se sont imaginés que le photographe avait fait fortune grâce à elle ; aussi se mirent-ils en tête de réclamer leur dû ; et ils exprimèrent leur mécontentement au cours d’une émission télévisée de la TVG (Televisión de Galicia), à la fin des années 1980.

Ci-joint, une suite intitulée ‟Masters of Photography – Manuel Ferrol” :

https://www.youtube.com/watch?v=gxXNCIbzFs8

 

Juan López

J’ai découvert l’œuvre de Juan López au Centro cultural Las Claras de Murcia, à l’occasion d’une rétrospective de son œuvre organisée pour le centenaire de sa naissance. Environ cent vingt photographies superbement tirées en grands et très grands formats montrent des lieux de Murcia et ses environs entre 1939 et 1965. Juan López est considéré comme la référence du photo-reportage dans la région de Murcia. Pour celui qui connaît cette ville et sa province, cette exposition est tout simplement passionnante. Le visiteur commence par prendre la mesure du changement dans une ville qui de gros village dans les années 1950 s’est faite agglomération urbaine d’environ sept cent mille habitants dans les années 1990-2000, une croissance exceptionnelle qui a engendré, on s’en doute, des bouleversements considérables dans la structure urbaine. Enfin, le visiteur s’attache à la composition des photographies : ce sont bien des photographies de maître.

Juan López a été journaliste, notamment à La Verdad. Il ouvrit un commerce Calle de González Adalid avant de déménager Calle Trapería où il resta plus de quarante ans, jusqu’à sa retraite, en 1985. Foto López a longtemps été une référence.

Ci-joint, une suite de ses photographies commentées :

https://www.youtube.com/watch?v=GapwQWbpzK8

 

Olivier Ypsilantis

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« La Palangana » et ses six jeunes photographes 

 

Je suis toujours plus émerveillé par la richesse de la création photographique en Espagne, et jusqu’à nos jours. Il me semble que la redécouverte des photographes espagnols s’est accélérée au cours de ces dernières vingt années. Il n’est pas rare que la presse (tant nationale que régionale, revues et journaux) rende compte d’une œuvre oubliée ou très peu connue, à l’occasion d’une exposition dans une galerie ou un musée, de Madrid ou de Barcelone, mais aussi de villes de moindre importance. Dans une presse qui ne rend plus compte que d’affaires de corruption et de faits divers sordides, ces articles offrent quelques instants de grâce. J’y découvre des noms qui m’étaient inconnus, ce qui stimule ma curiosité et m’incite à des recherches sur Internet qui à l’occasion donnent un article, comme celui-ci. Il a aussi ces photographes très connus (des noms généralement liés à la Guerre Civile espagnole) dont une partie de l’œuvre réapparaît après avoir été durablement cachée et oubliée. Le cas le plus célèbre est celui de la maleta mexicana et ses quelque quatre mille négatifs qui se rattachent à ces trois noms emblématiques : Robert Capa, David Seymour (« Chim ») et Gerda Taro. Autre découverte d’importance, cet ensemble de quelque mille trois cents photographies prises par Bartomeu Boix et son fils Francesc, connu pour ses témoignages sur le camp de Mathausen, le camp des Spanischen. Je le redis, l’Espagne, pays de poètes, d’écrivains, de peintres, de saints, de théologiens et de conquérants, est aussi un pays de photographes.

L’article ci-joint m’a été inspiré par un article paru dans la revue XL Semanal. J’ai en tête d’autres articles sur les photographes espagnols, à commencer par l’extraordinaire élan créateur qu’a suscité la Agrupación Fotográfica de Almería (AFAL). Lorsque j’habitais dans cette province andalouse, dans les années 1990, j’ai pu voir dans le beau cloître de la Escuela de Arte de Almería nombre de magnifiques expositions de photographies argentiques, en noir et blanc, organisées par le Centro Andaluz de la Fotografía, dépendant de la Junta de Andalucía. Un thème souvent travaillé, le Parque natural Cabo de Gata-Níjar.       

http://www.juntadeandalucia.es/cultura/caac/programa/afal00/frame.htm

La Palangana est le nom familier que se donne un groupe d’amis photographes, plus connu sous la dénomination Escuela de Madrid. Palangana (ou palancana) signifie « cuvette ». Ce groupe est fondé par de jeunes photographes appartenant à la Real Sociedad Fotográfica de Madrid mécontents des critères qui pèsent sur cette association. Nous sommes en 1957. L’Espagne commence à s’ouvrir et à se moderniser, notamment suite au Mutual Defense Assistance Act (1953) signé avec les États-Unis. Bien que La Real Sociedad Fotográfica de Madrid ait favorisé la créativité dans le pays, certains de ses membres prennent leur distance et proposent une autre orientation, soit le rejet du pictorialisme pour le néo-réalisme présent aux États-Unis et dans certains pays d’Europe. Ce groupe désireux de renouveler le langage photographique finit par se recentrer sur six noms : Francisco Ontañón, Rubio Camín, Leonardo Cantero, Francisco Gómez, Gabriel Cualladó et Ramón Masats. L’appellation La Palangana est choisie à partir d’une photographie de Francisco Ontañón où dans une cuvette flottent les six portraits des six membres.

 

 La Palangana« La Palangana » de Francisco Ontañón, la cuvette aux six portraits.

 

En 1963, le groupe des six amis se dissout mais reçoit de nouveaux collaborateurs comme Juan Dolcet, Fernando Gordillo et Gerardo Vielba. Au cours des années 1960, il se fait connaître comme Escuela de Madrid.

Cette dynamique venue de la Real Sociedad Fotográfica et de la Escuela de Madrid est stimulée par la circulation de revues étrangères comme Photography Annual mais aussi Life (qui reproduit « The Family of Men » d’Edward Steichen présenté au MoMA de New York), Vogue, Domus, Esquire, Twen, des livres de Walter Evans, Irving Penn, Henri Cartier-Bresson, Richard Avedon et William Eugène Smith pour ne citer qu’eux. A ces publications internationales s’ajoutent des publications nationales comme Arte Fotográfico ainsi que la création du I Trofeo Luis Navarro (décerné au II Salón Nacional de Fotografía Moderna de la Agrupació Fotogràfica de Catalunya), le I Salón de Fotografía Actual organisé par Joaquín Rubio Camín, etc. Ces jeunes artistes aidés par la Junta Directiva de la Real Sociedad Fotográfica vont revitaliser la création photographique et lui faire prendre l’air. Il s’agit pour eux de s’extraire d’un certain académisme (le pictorialisme) propagé par les Salons et d’ouvrir les yeux sur la réalité quotidienne. Ces artistes non-conformistes ne sont pas tracassés par un régime pourtant tatillon ; d’abord parce qu’ils touchent un public très réduit et qu’ils se présentent comme des amateurs face à la photographie « artistique » défendue par les réseaux commerciaux. La Real Sociedad Fotográfica aide ces jeunes madrilènes à revitaliser la photographie espagnole de l’après-guerre. La Escuela de Madrid est à l’origine d’une production photographique sociale et/ou documentaire considérée comme humaniste, avec influence venue du Neorealismo (italiano) dans le style Toni Del Tin ou Luigi Comencini.

Ci-après une brève présentation de ces six photographes espagnols. Dans l’ordre, Ramón Masats, Leonardo Cantero, Paco Gómez Martínez, Joaquín Rubio Camín, Gabriel Cualladó, Francisco Ontañón :

 

Ramón Masats (1931). Son premier reportage date de 1953, avec pour thème Las Ramblas de Barcelona. En 1957, quelques années après Henri Cartier-Bresson, il fait un reportage sur les fêtes de la San Fermín (à Pamplona, Navarra), los sanfermines, un reportage emblématique, un tópico ; mais écoutez ce photographe qui dit aimer les tópicos, les taureaux, l’Église, etc. :

http://www.xatakafoto.com/fotografos/ramon-masats-palabras-mayores-de-la-fotografia-espanola

Il me semble que sa photographie la plus célèbre est ce séminariste gardien de but qui arrête le ballon dans un élan digne d’Iker Casillas ou de Gianluigi Buffon ; ce séminariste en soutane s’élance à l’horizontale au-dessus d’un sol en terre battue !

 

Leonardo Cantero (1907-1995) est l’un de ces nombreux photographes espagnols quelque peu oubliés. Cependant il est vrai que depuis quelques années la presse multiplie les articles à leur sujet et des éditeurs défendent leur œuvre ; La Fábrica Editorial vient de publier un livre intitulé ‟La Palangana” et une monographie sur Leonardo Cantero :

http://www.rtve.es/alacarta/videos/la-fabrica-cultura-en-movimiento/fabrica-leonardo-cantero-cercano-tierra/1052220/

La monographie (la première consacrée à cet artiste) est agrémentée de cinquante-neuf photographies qui traitent généralement de la vie rurale, de la terre et des visages. La première exposition monographique de Leonardo Cantero eut lieu en 2008 au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía :

http://www.museoreinasofia.es/exposiciones/leonardo-cantero-dehesa-hoyo

 

Paco Gómez Martínez (1918-1998). Ci-joint une belle suite de ses photographies mises en ligne par La Fábrica Editorial :

http://video.es.msn.com/watch/video/paco-gomez-la-fotografia-de-la-diferencia/18yhiy8f5

J’ai une tendresse particulière pour cette œuvre, son silence. Nombre de ses photographies tendent vers le conceptuel, mais un conceptuel tendre, un conceptuel en clin d’œil, loin de l’intellectualisme que cette tendance affiche généralement. La série ci-dessus m’évoque les villages blancs aux ombres géométriques de Carlos Pérez Siquier (1930) et Chema Madoz (1958), un autre artiste qui s’adonne au conceptuel tendre, en clin d’œil.

 

Paco GomezPaco Gómez Martínez, « Tramvia al passeig d’Extremadura », 1959. 

 

Joaquín Rubio Camín (1929-2007) l’Asturien fut peintre, sculpteur, designer et photographe. La richesse de son œuvre sculptée est comparable à celle des Basques Eduardo Chillida (1924-2002) et Jorge Oteiza (1908-2003). Ces trois œuvres ont un air de famille prononcé. Je connaissais bien ses sculptures mais ce n’est que très récemment que j’ai découvert ses photographies.

 

Gabriel Cualladó (1925-2003) vit jusqu’à l’âge de seize ans dans son village natal, Massanassa, province de Valencia. En 1941, il se rend à Madrid pour travailler chez son oncle Gabriel qui dirige une société de transport ; il en prend la direction en 1949. En 1956, il intègre la Real Sociedad Fotográfica avant de rejoindre « La Palangana ». Gabriel Cualladó est membre de la Asociación fotográfica de Almería (AFAL), un groupe à l’origine d’une revue essentielle dans l’Espagne des années 1950-1960, une revue qui rend compte de la créativité de jeunes photographes espagnols originaires d’un pays encore replié sur lui-même, une revue qui par ailleurs divulgue l’œuvre de grands photographes étrangers, parmi lesquels : Henri Cartier-Bresson, William Klein, Robert Frank, Otto Steinert.

Ci-joint, « Un diálogo con Gabriel Cualladó » conduit à d’autres liens :

http://fotocolectania.wordpress.com/2013/06/18/un-dialogo-con-gabriel-cuallado/

Gabriel Cualladó a décrit le quotidien des Espagnols durant un demi-siècle. Parmi ses reportages, le Rastro de Madrid. Le qualificatif qui revient le plus souvent à son sujet est humanista — en opposition à costumbrista. Les enfants sont très présents dans ce quotidien où le petit Espagnol jouait dans la rue.

 

Francisco Ontañón (1930-2008). En feuilletant des revues espagnoles, il m’est arrivé de rencontrer des photographies d’enfants mis en situation. C’est par elles que j’en suis venu à étudier l’œuvre de ce Catalan, né dans un milieu ouvrier et resté orphelin pour cause de Guerre Civile.

Ci-joint, une magnifique suite intitulée « Más que niños » avec pour thème les enfants — l’enfance — dans l’Espagne des années 1950-1960. Elle rend compte d’une exposition dans une galerie de Segovia, fin 2012 :

http://www.galeriartesonado.es/exposiciones/22_F._Ontanon_catalogo_reducido_para_web.pdf

On notera dans cette série le tópico (voir Ramón Masats) de la religion, si présent en Espagne. Je ne connais pas de plus beau témoignage photographique sur l’enfance, l’enfance dans la banalité du quotidien, banalité qui se fait beauté sous l’effet de ce regard, de cette attention. L’enfance ! Mais j’allais oublier Edouard Boubat !

 

 Francisco Ontañon, Seat 600Francisco Ontañón, « Vivir en Madrid. Casa de Campo », 1967. On reconnaît l’emblématique Seiscientos (SEAT 600)

 

 Olivier Ypsilantis

 

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