En lisant « Qu’est-ce que le sionisme ? » de Denis Charbit – 1/5

 

 Chaim WeizmannChaim Weizmann (1874-1952)

 

« Not here, not like now, not as we are » Benjamin Harshav

 

L’étude de Denis Charbit (maître de conférences en science politique à l’Open University d’Israël), « Qu’est-ce que le sionisme ? », est publiée aux Éditions Albin Michel (2007) dans la collection ‟Présences du judaïsme/poche” » dirigée par Mireille Hadas-Lebel. Le présent compte-rendu reprend l’intégralité de ce livre à l’exception du dernier chapitre, le VI, intitulé « Le sionisme contesté : diasporisme, post-sionisme, antisionisme » qui pourrait faire l’objet d’un article à part.

 

Introduction

Naissance du sionisme : le mot et l’idée

Le mot Zionismus apparaît pour la première fois le 16 mai 1890, sous la plume d’un publiciste juif de langue allemande, Nathan Birnbaum (1864-1937). Sait-il que ce néologisme est appelé à une grande destinée ? Probablement pas. Le mot Sion a une longue histoire, mais Zionismus… Le mot tel que le conçoit son auteur a une vocation politique et nationale, avec orientation territoriale exclusive. En 1893, Nathan Birnbaum signe un article intitulé « Les principes du sionisme ». Max Bodenheimer publie un texte qui s’ouvre sur ces mots : « Sionistes de tous les pays, unissez-vous ! » Mais c’est Theodor Herzl qui va porter ce mot à sa maturité.

Si la date de naissance du mot Zionismus est précise, il est difficile de situer l’avènement du sionisme ; il varie selon le critère retenu. Par exemple, Georges Bensoussan suggère l’année 1860 tandis que Denis Charbit retient l’année 1882 qui combine trois critères : la publication de « Auto-émancipation » de Léon Pinsker ; la création du cercle décidé à répondre à cet appel, les Amants de Sion ; la prise en charge par ce cercle de l’alyah. Entre 1881 (assassinat d’Alexandre II et pogroms consécutifs) et 1914, plus de 1 800 000 Juifs quittent la Russie pour les États-Unis, l’Europe et l’Amérique latine. Les Amants de Sion ne visent qu’une seule destination : la terre d’Israël. Avec « Der Judenstaat » (1895), Theodor Herzl n’invente rien mais il donne une orientation politique et diplomatique à une idée. Il faudrait évoquer les nombreux projets proto-sionistes, notamment au XVIIIe siècle, projets restés sans suite vu le contexte ambiant.

 

Sionisme et modernité

Il y a bien une filiation entre l’émancipation, les Lumières et le judaïsme. Pour Léon Pinsker, le sionisme est conçu comme dépassement de l’émancipation vers l’auto-émancipation. Quel que soit l’angle sous lequel on l’envisage, le sionisme est un produit typique de la modernité. Ce retour vers la terre d’israël « eut été impossible sans le détour par la modernité politique et la rupture constituée par le mouvement des Lumières », un mouvement auquel les Juifs ont participé. Le sionisme est le produit d’une histoire européenne.

L’antisémitisme n’explique que partiellement le sionisme. Le sionisme est aussi « la manifestation mimétique du mouvement des nationalités qui touche d’autres peuples soucieux d’affirmer leur identité au XIXe siècle ». Les Juifs désirent rompre avec une définition strictement confessionnelle de leur identité. Eux aussi veulent faire leur le principe d’État-nation. Et plutôt que d’associer le sionisme à une tradition religieuse, on peut l’envisager comme porté par les Lumières (soit le droit des Juifs d’agir dans l’Histoire) et le romantisme (soit la conscience d’un héritage culturel ancien et unique), un romantisme qui est aspiration vers la terre millénaire d’Israël et vers la résurrection de l’hébreu pour le peuple juif enfin rassemblé.

 

Sionisme et tradition

Le sionisme peut également être envisagé comme une veine qui court dans l’histoire juive depuis ses débuts. La Bible ne rend-elle pas compte de retours vers Sion ? Dans ce cas, le nationalisme juif ne peut être regardé comme un simple calque des nationalismes européens. « Toute l’histoire juive peut-être, en effet, appréhendée comme une succession d’exils et de retours dont le sionisme est la phase ultime à ce jour ». Le sionisme réactualise une aspiration millénaire : mettre fin à la dispersion, retrouver le chemin qui conduit à la terre d’origine et, ainsi, prendre le relai d’une tradition qui veille à transmettre la conscience de l’Exil et le souvenir de la Terre promise.

 

Entre l’ancien et le nouveau

Le projet sioniste est un projet nouveau et une vielle antienne ; il ne peut être limité à l’un ou à l’autre. De ce point de vue, le mot sioniste est révélateur. Sion-iste : soit Sion, terme biblique, antique, alors que iste est le suffixe même de la modernité. Histoire juive, antisémitisme, mouvement des nationalités, Lumières, romantisme, tous ont concouru à l’émergence du sionisme. Le sionisme n’est pas réductible à un but unique : il est conjonction d’objectifs qui procèdent autant de la modernité que de la tradition, du politique que du théologique. Cinq dimensions en résument la quintessence : le projet territorial, le projet national, le projet politique, le projet culturel et le projet humanitaire, cinq dimensions qui seront examinées dans cette suite d’articles. Dans le dernier chapitre (dont je ne rendrai pas compte ici) est examinée la contestation du sionisme par des Juifs mais aussi par des adversaires extérieurs au peuple juif. Il convient de rappeler que chaque sioniste donne une priorité à l’une ou à l’autre de ces dimensions car si le sionisme rassemble autour de quelques principes fondamentaux, il n’en est pas moins riche en nuances, si riche qu’il conviendrait de mettre ce mot au pluriel : il y a des sionismes. Le sionisme est un consensus riche en hétérogénéités. Le sionisme est éclaté, chargé d’antinomies et pourtant… Le sionisme n’est pas réductible à des idées ; il est à l’origine de réalisations pratiques considérables plus ou moins conformes aux aspirations initiales.

 

I – Un projet territorial : le retour à Sion

Avant tout, le mot sionisme fait référence à un lieu, Sion, l’une des collines de Jérusalem. Sion est vite devenu « une métonymie de la terre d’Israël pour exprimer à la fois la nostalgie douloureuse de la lointaine Cité perdue et l’espérance ardente d’un retour collectif qui mettra fin à la dispersion et l’exil ». Le sionisme se distingue de l’émancipation libérale et de la révolution socialiste par l’importance qu’il accorde à la dimension territoriale. Le projet sioniste a pour socle la terre, tout le reste suit, une terre à soi qui mette fin à une condition marginale, de précarité, et qui procure enfin la sécurité. Trois options ont été élaborées en ce sens : les autonomistes (voir Simon Doubnov), les territorialistes (voir Israël Zangwill) et les sionistes. Ci-joint, un essai de Simon Doubnov (1860-1941) :

http://www.memorialdelashoah.org/attachments/article/193/A4_edi_list_temoign_doubnov174.pdf

Et une biographie d’Israël Zangwill (1864-1926) :

http://www.victorianweb.org/authors/zangwill/diniejko.html

De ces trois options, seule la dernière a pris forme, probablement grâce à la puissante résonance de la terre d’Israël dans la tradition juive. Le sionisme a proposé un espace, et pas n’importe lequel : « Espace public sous forme d’un foyer national reconnu, puis d’un État souverain ; espace naturel pour réapprendre aux Juifs trop liés à la vie urbaine le contact immédiat avec la nature et la vie rurale ; espace historique pour se retremper aux sources bibliques, jouer son histoire future sur les lieux où elle s’était déroulée ; espace sacré dans lequel, sous une forme sécularisée ou religieuse, pourrait se réaliser, fut-ce partiellement, l’espérance messianique. » Le sionisme proposait de mettre fin à l’anomalie d’un peuple sans terre, d’autant plus que la chute de l’Empire ottoman et de l’Empire austro-hongrois où vivaient de très nombreux Juifs et l’émergence d’États-nations ne présageaient rien de bon pour eux. On passait de nationalismes de nature juridique et civique au nationalisme ethnique. Vouloir une terre à soi, c’était non seulement espérer accéder à une certaine tranquillité mais aussi espérer maîtriser son destin.

 

Terre ou territoire ?

La possession d’un territoire est un objectif politique mais aussi un impératif social voire une exigence existentielle. Le sionisme est conscience historique (dépositaire d’un passé), il est aussi proposition d’avenir. Et ce territoire ne pouvait être n’importe lequel ; il devait être réappropriation, territoire au centre de la religion, de la mémoire et de la culture juives. Rappelons qu’Israël « n’est pas le nom propre d’un pays à partir duquel le peuple a forgé sa propre dénomination : au contraire, Israël est, d’abord, le patronyme de Jacob après sa lutte avec l’ange et, par la suite, celui de sa postérité. » Le Livre fut central dans la structuration et la pérennité de la vie juive en diaspora. Le sionisme replaça la terre d’Israël au centre de la conscience juive.

 

Eretz Israël dans la conscience juive

Le peuple juif en diaspora a maintenu la fidélité à la terre d’Israël. Bien qu’il n’ait cessé de parcourir la planète, il a indéfectiblement maintenu sa prédilection pour cette terre, y compris aux heures où le spirituel était dégagé de toute visée politique. La Terre promise est restée lisible au peuple de l’Alliance à tout moment de l’Exil. « Sans dissocier le salut de l’humanité de celui d’Israël, l’idée de la rédemption messianique n’a jamais fait l’économie de l’espérance du retour du peuple juif sur la terre dont il avait été séparé. » Les choix fondamentaux du sionisme restent incompréhensibles si on néglige certains faits inscrits dans la mémoire du peuple juif, faits consignés dans la Bible. « Cette espérance fonde-t-elle un droit ? Il n’entre pas dans le propos de ce livre d’y répondre » écrit Denis Charbit. Toutefois, le sionisme ne se limite pas à la tradition religieuse étant donné qu’il a fait d’un espace religieux un espace national et politique. « La légitimité dont il se réclame n’est d’ailleurs pas tant religieuse qu’historique : la terre est palimpseste et porte en elle les traces visibles et invisibles (que les archéologues s’efforceront plus tard d’exhumer) d’une présence juive continue. » Le sionisme qui est nouveauté et rupture s’inscrit néanmoins dans une continuité multi-séculaire.

 

Sionisme et territorialisme

Nombre de sionistes envisagent de rassembler les Juifs ailleurs qu’en Eretz Israël si les circonstances l’exigent : ce sont les territorialistes, une tendance à laquelle adhèrent notamment Léon Pinsker et Theodor Herzl. Ce qui leur importe : réparer cette anomalie d’un peuple sans terre. Or, les enjeux et les obstacles qui risquent de contrarier le retour des Juifs dans leur patrie ne manquent pas. Les territorialistes sont pragmatiques. Il faut lire « Auto-émancipation » de Léon Pinsker et « L’État des Juifs » de Theodor Herzl pour lesquels la Palestine n’est qu’une option, en aucun cas un impératif, à part égale avec l’Argentine. Il est vrai qu’au Premier congrès sioniste (Bâle, 29-31 août 1897), Theodor Herzl comprend enfin que seule la Terre promise est à même de susciter un ralliement massif. Lors de sa fondation, l’organisation sioniste est donc bicéphale : Amants de Sion d’un côté, territorialistes de l’autre, avec des projets en Cyrénaïque, en Angola et en Mésopotamie.

 

Ouganda et Eretz Israël

Peu après le pogrom de Kichinev, David Lloyd George craint une poussée migratoire juive.  Aussi rédige-t-il le 14 août 1903 une proposition qui attribue à l’organisation sioniste un territoire en Ouganda. Theodor Herzl est ravi. Il réunit un congrès extraordinaire, le 23 août 1903. Il affirme que le projet Ouganda n’est qu’une mesure provisoire qui n’altère en rien la primauté de Sion et il obtient la majorité des suffrages. Les sionistes se sentent floués. Le nombre des opposants au projet et des abstentionnistes traduit un certain désarroi chez bien des Juifs. En décembre 1903, le gouvernement britannique fait savoir que le territoire promis sera réduit de moitié. La mort de Theodor Herzl l’année suivante met un terme au débat (houleux) et le projet est oublié, sauf par Israël Zangwill et ses partisans territorialistes qui fondent l’Organisation territorialiste internationale (I.T.O.)

 

Le triomphe des « sionistes de Sion »

L’attachement à Sion est d’abord une fidélité à l’Histoire, une fidélité géopolitique. En effet, n’est-il pas étrange de se dire sioniste et, par ailleurs, de promouvoir une implantation en Afrique ? Le sionisme est plus qu’une opération de sauvetage : il est entreprise de renaissance nationale, politique, linguistique et culturelle. Les sionistes de Sion savent que face à l’immensité de la tâche il leur faut s’appuyer sur un formidable idéalisme que seule la terre d’Israël peut insuffler et porter : il ne s’agit plus seulement de mettre fin à la détresse mais aussi de réaliser un vieux rêve.

 

Le passé juif de la terre d’Israël

Cet immense passé confère au sionisme sa légitimation de principe. L’archéologie et l’histoire juives commencent par être les sciences maîtresses de l’Université hébraïque de Jérusalem (inaugurée en 1925). Les historiens « procédèrent au recensement exhaustif et systématique des formes, des discours, des pratiques et des moyens divers par lesquels le peuple juif, même en exil, a préservé son attachement à la terre d’Israël et démontré qu’elle n’avait nullement disparu de sa mémoire collective ». La désignation « peuple d’Israël » (Am Israël) est plus éloquente que celle de « peuple juif », elle est comme l’avers et le revers d’une même pièce car elle sous-entend terre/peuple. Ces historiens étudient les rapports des Juifs de la diaspora à la Terre d’Israël, avec les « quatre villes saintes » (Tibériade, Safed, Hébron et Jérusalem), les pèlerinages et immigrations, la généalogie des expressions littéraires, artistiques, spirituelles et culturelles, autant d’indices de l’attachement de la diaspora à la terre d’Israël. La réévaluation de ce patrimoine renforce l’unité juive dans un territoire où ils ne sont guère nombreux et menacés.

 

Le retour à la terre

En finir avec l’exil, le ghetto et la ville (considérée comme décadente) et donner priorité à la terre censée régénérer, tel est l’un des buts primordiaux du sionisme. C’est aussi par l’effort que la terre doit devenir légitime, et non seulement par les conditions juridiques et financières de son acquisition et par la référence à la Bible.

Entre 1882 et 1903, plus de cinquante mille Juifs immigrent en Palestine. Seule la moitié tient bon tant les conditions sont rudes. Le baron Edmond de Rothschild répond à leur détresse.

 

Le sionisme pratique

« Ce sionisme physiocratique supporte mal la doctrine de Theodor Herzl qui repose sur la réussite d’un effort strictement diplomatique suspendu au feu vert donné par une puissance. » Ce sionisme ne veut pas se perdre dans les méandres d’une diplomatie tortueuse et souvent oiseuse. Il veut des actes, des manches retroussées, de la sueur, de l’effort. Foin des sionistes professionnels qui vont de congrès en congrès et des intellectuels discoureurs ! La légitimité par le travail plutôt que par une charte !

 

« Conquête du travail » et « Conquête de la terre »

Les immigrants de la première alyah veulent devenir des paysans indépendants, avec un lopin de terre d’où tirer leur subsistance. Ceux de la seconde alyah (1903-1914) ne sont pas moins sionistes mais ils sont également socialistes (marxistes ou non). La concurrence de la main-d’œuvre arabe employée chez des patrons juifs (concurrence dont souffrent ces arrivants) conduit des institutions sionistes à acheter de la terre et à la confier à des travailleurs juifs organisés dans des structures coopératives : les kvoutsoth, les kibbutzim et les moshavim. Ainsi le problème social et le problème national se trouvent-ils conjointement résolus. On connaît le succès de cette formule dans la mise en valeur du pays.

 

Quel territoire ? Quelles frontières ?

La terre commence par être acquise parcelle après parcelle. Ainsi la propriété juive passe-t-elle de 480 000 à 2 000 000 dounams (un dounam = 1 000 m2) de 1914 à 1948, une moitié étant détenue par des sociétés privées et des particuliers, l’autre moitié par l’organisme foncier du mouvement sioniste — le Fonds national juif —, soit un peu plus de 10 % de la Palestine mandataire. L’ensemble dessine une forme disséminée en N.

Jusqu’à la Première Guerre mondiale, les aspirations juives à un territoire restent floues. Les premiers Juifs s’installent là où les Arabes leur vendent des parcelles. Rien à voir avec une quelconque volonté de se réapproprier les lieux historiques du passé juif. Quant aux limites d’Eretz Israël, comment les envisager ? La Bible offre des interprétations multiples, avec changements territoriaux continuels. « En dépit de ces références explicites, il apparaît très nettement qu’aucune lecture fondamentaliste du texte biblique n’a jamais été à l’origine des revendications territoriales exprimées dans l’espace politique sioniste, avant et pendant le mandat, puis lors de la création de l’État d’Israël. Celles-ci ont varié en fonction des époques, des intérêts, mais surtout des clivages politiques et idéologiques qui se sont constitués précisément autour de ces divergences territoriales ». En 1919, le mouvement sioniste est invité à présenter ses revendications territoriales, à Versailles. Chaim Weizmann justifie par des considérations exclusivement économiques le territoire réclamé, soit 45 000 à 50 000 km2, un calcul qui s’efforce de prendre en compte le potentiel migratoire juif — la diaspora compte alors plus de quinze millions d’individus.

Les frontières du mandat sur la Palestine sont l’objet de négociations compliquées, avec la France au Nord et l’émir Abdallah à l’Est. Le Jourdain est retenu comme ligne de démarcation entre la Transjordanie achémite et la Palestine mandataire. Hormis les révisionnistes (ils jugent que les Britanniques violent la déclaration Balfour), le mouvement sioniste s’incline devant le fait accompli. Il ne peut guère faire mieux, considérant la faiblesse de la population juive de Palestine. Les sionistes limitent donc leurs ambitions territoriales à la Palestine occidentale, soit 26 000 km2.

Un point important et pas assez évoqué : le mouvement sioniste est réaliste. La revendication d’un État juif de la Méditerranée au Jourdain n’est pas inspirée de la Bible où des lieux saints du judaïsme, elle se fonde sur les frontières que le mandat britannique réserve au Foyer national juif. Après bien des hésitations, le mouvement sioniste se décide pour la création d’un État juif sur un territoire d’une superficie inférieure à celui de la Palestine mandataire afin de permettre la création d’un État arabe de Palestine. Les ambivalences du mouvement sioniste sont patentes tout au long de la Guerre d’Indépendance : David Ben Gourion ménage le roi Abdallah en vue d’une paix séparée ; par ailleurs, la victoire israélienne fait passer le territoire juif de 14 000 à 20 325 km2.

 

La terre des Six Jours

La guerre des Six Jours (juin 1967) transforme la donne idéologique. Cette écrasante victoire israélienne révèle que le territoire sur lequel s’étend l’État d’Israël ne recouvre que très partiellement le berceau historique du peuple juif. En 1967, Israël ne déclare pas une guerre d’expansion mais une guerre de défense et se trouve dans l’embarras face à l’étendue des territoires conquis. Cette guerre amplifie le ressentiment arabe qui se nourrit de la Guerre d’Indépendance (1948-1949). Les travaillistes au pouvoir conçoivent l’idée d’un compromis territorial en fonction de critères essentiellement stratégiques et géopolitiques, avec quinze implantations. La droite qui est animée par une autre idéologie et qui parvient pour la première fois au pouvoir en 1977 va amplifier cette politique.

 

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

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Trois chambres retrouvées (en souvenir de Georges Perec)

 

« Trois chambres retrouvées » de Georges Perec est inclus dans « Penser / Classer », un recueil de textes publiés entre 1976 et 1982 dans des journaux et des revues. « Trois chambres retrouvées » a été écrit en octobre 1977. Les trois chambres s’intitulent respectivement : « Blévy : la petite chambre du premier », « Nivillers » et « Enghien ». Ne sachant où se trouvent Blévy et Nivillers, j’ai fait une recherche. Je ne sais de quel Blévy il s’agit. L’auteur donne toutefois un indice : « la route de Brézolles », mais un indice suivi  d’un point d’interrogation. Brézolles se trouve en Eure-et-Loire ; il pourrait donc s’agir de Dampierre-sur-Blévy, également en Eure-et-Loire. Nivillers est dans l’Oise, en Picardie.

 

Entrée Rue Linné

Entrée de l’immeuble du 13 de la rue Linné (Paris Ve) où Georges Perec vécut de 1974 à 1982.

 

« Trois chambres retrouvées », quatre petites pages, répond à un projet intitulé « Lieux où j’ai dormi », un projet inachevé dont il existe un dossier génétique d’un peu plus de cinquante feuillets. Danielle Constantin signale dans son article intitulé «  Perec et Proust : le travail de la mémoire » que « Lieux où j’ai dormi » est un projet inachevé « pour lequel nous sont parvenus presque exclusivement des documents appartenant à la phase préparatoire. Ainsi, à part quelques morceaux textuels, publiés du vivant de Perec, le projet n’existe pour ainsi dire que dans l’archive de l’écrivain. » Georges Perec esquisse ce projet dans le lien suivant :

http://textesenlignes.free.fr/depart/perecchambre.htm

Ci-joint, un lien très dense intitulé « Sur ‟Lieux où j’ai dormi” de Danielle Constantin » :

http://www.item.ens.fr/index.php?id=76107

 

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J’ai choisi à mon tour trois chambres, précises dans ma mémoire, trois chambres où je reviens par le souvenir, à l’improviste et comme malgré moi, parfois d’une manière plus volontaire, avec le désir de m’installer un temps dans le souvenir afin de m’y reposer.  Mais je n’ai pour l’heure aucun projet comparable à celui de Georges Perec.

 

I – La chambre rose à Milly-la-Forêt. C’est une chambre spacieuse qui n’en est pas vraiment une puisqu’elle sert à l’occasion de salon. Les murs sont tendus de tissu rose d’où son nom : la chambre rose. Le lit est placé sur le côté, à droite en entrant, un lit comparable à celui de Little Nemo in Slumberland. Ce lit m’oblige à dormir en diagonale car il a été conçu pour des individus ne dépassant guère 1m80. Au-dessus du lit, une estampe de Yoshi-Toshi est accrochée dans un cadre sobre — le mari de ma grand-tante, ingénieur de l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de Paris, collectionnait les estampes japonaises. Je ne sais ce qui a inspiré cette image en laquelle se concentre toute une ambiance qui se diffuse dans la chambre rose. J’ai plaisir à détailler ce clair de lune dans la roselière et le si délicat dégradé de gris en toile de fond. Par la fenêtre de la chambre, un énorme saule-pleureur dont les branches caressent les vitres et un jardin rectangulaire à la composition strictement symétrique aux allées bordées de buis soigneusement taillé. Derrière le mur du fond, des tilleuls aussi soigneusement taillés. Au-dessus de ces parallélépipèdes de feuillages, les créneaux des tours du château de Milly, un ensemble remanié à la fin du XVe siècle par l’amiral Louis Malet de Graville. Dans cette chambre-salon — ou dans ce salon-chambre —, un électrophone (sa coquille finement chinée noir et blanc) sur lequel j’écoute les vinyles de ma chère grand-tante : des Haendel (je me souviens plus particulièrement de « Water Music »), des Lully, les grandes orgues de Notre-Dame de Paris, des musiques brillantes, riches en cuivres, des promesses de chevauchées. Les livres sont entreposés dans le salon du rez-de-chaussée. Il n’y a dans cette pièce que des revues, à commencer par une pile de « Point de Vue – Images du Monde ».

Que faisait donc cette revue orléaniste (« Point de Vue – Images du Monde ») dans cette maison légitimiste ? Je me souviens avec précision de la lampe sur la table de nuit, avec son pied en cuivre annelé et son abat-jour en tissu rose (comme les murs) et froncé. Mais y avait-il un plafonnier ? Je me souviens de chaises et de fauteuils Louis XVI disposés autour d’un guéridon Empire, le tout provenant de propriétés achetées puis vendues par la famille. Je me souviens d’une commode dont les tiroirs sentaient la lavande. On y trouvait un mélange de tissus (des serviettes et des nappes) et de papiers (des prospectus touristiques, entre années 1920 et 1970).

 

II – La chambre de Cesson, la chambre des vacances d’été, des mois de juillet. Une chambre rectangulaire à haut plafond avec deux portes et une fenêtre. L’une des portes donne sur la chambre de mes parents, l’autre sur l’escalier, un escalier monumental en chêne qui (avec ses paliers) occupe près de la moitié du volume intérieur de la maison. Par la fenêtre, je vois un pré duquel s’élève un bouquet de très hauts bouleaux. Ces arbres ont une grande importance : ils soutiennent ma lecture de « Crime et châtiment », le bouleau étant le symbole même de la Russie. Mon lit est placé dans un coin, à droite de la fenêtre. Au-dessus, deux étagères en bois sombre, de la longueur du lit, sur lesquelles s’alignent des livres de la Bibliothèque Rose et de la Bibliothèque Verte. De fait, je ne puis aujourd’hui voir l’un de ces livres sans revenir dans la chambre de Cesson. Je revois la cheminée en marbre gris, imposante, avec ses courbes et ses contre-courbes. Sur son manteau, une glace au cadre doré et mouluré autour duquel (ainsi que je l’ai écrit) ma mère coinçait les cartes postales que je recevais. La carte postale* entrait alors dans une véritable culture et on ne pouvait imaginer partir en vacances sans en envoyer aux parents et aux amis.

Dans « Nivillers », Georges Perec écrit : « Cette année-là fut ma grande année vélocipédique (et d’ailleurs pratiquement la seule). J’avais un vélo mi-course dont j’avais moi-même entouré le guidon d’une espèce d’albuplast ad hoc, comme les vrais pros, et je revins à Paris avec en me prenant pour Louison Bobet. » Cette histoire de vélo me fait elle aussi revenir à Cesson : les mois de juillet de mon enfance furent vélocipédiques. Considérant mon âge, il n’était pas question que je sorte sur la route. Je restais donc dans les allées de la propriété à pédaler sur un petit vélo bleu qui portait fièrement sur son cadre Raymond Poulidor — ou peut-être simplement Poulidor. Il ne s’agissait pas d’une version course mais d’une version ville. Je ne me prenais pas pour Louison Bobet pour la simple et bonne raison que j’ignorais jusqu’à son nom. Je ne me prenais pas pour Raymond Poulidor pour la simple et bonne raison que je ne savais rien de lui. Je me contentais donc de pédaler dans les bois en pensant à Robin des Bois et à Ivanhoé, à Buck Danny et à Pierre Clostermann.

 

III – La chambre de Mojácar. C’était une chambre blanche (peinte à la chaux), avec deux fenêtres qui donnaient sur le bleu du ciel et de la mer. Attenante, une petite salle d’eau entièrement carrelée bleu outremer avec un bandeau type alicatados mudéjares. Je me souviens qu’une odeur d’urine s’éleva longtemps du lavabo malgré les désinfectants que je lui fis avaler. J’avais acheté la maison à un Anglais fort éduqué mais très grand buveur ainsi que me le confia le patron du bar, un bobby à la retraite qui se faisait passer pour un inspecteur de Scotland Yard. Ce squire avait donc pissé durant une bonne décennie dans ce qui allait être mon lavabo. Et comment lui en aurais-je voulu ? Lorsque l’on est éméché, il est plus facile de se laisser aller dans le lavabo que de viser juste au-dessus de la cuvette des WC. La maison avait été construite par un Suédois, Herbert Bosson Ribbing, dans un style qui ne pouvait déplaire au passionné du Bauhaus que j’étais et que je reste. Herbert Bosson Ribbing avait été ambassadeur de Suède en Espagne, à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Sa femme était née von Rosen, un nom qui ne m’était pas étranger : il traînait dans la biographie d’Hermann Goering. L’ancêtre de cette très noble famille : un certain Theodoricus de Ropa qui combattit au tout début du XIIe siècle avec les chevaliers Porte-Glaive. A ce propos, je me souviens qu’Olof Palme séjourna à Mojácar, en septembre 1984, soit peu de temps avant son assassinat, en février 1986.

* Georges Perec a écrit un petit texte intitulé « Deux cent quarante-trois cartes postales en couleurs véritables » et classé dans « L’infra-ordinaire ».

 

Olivier Ypsilantis

 

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Notes griffonnées à Lisbonne – 6/6

 

Genghis Khan Genghis Khan (1155/1162-1227) au fronton du Parlement de la Mongolie, Oulan Bator.

 

Il faut cesser de considérer les Mongols comme l’archétype de la violence et de la destruction. Genghis Khan est progressivement entré dans la galerie des hommes avec lesquels je m’imagine dialoguer. Genghis Khan m’intrigue de plus en plus et je m’efforce de préciser le portrait de ce conquérant au-delà des images convenues, et elles ne manquent pas.

Les tribus nomades unifiées sous son autorité se lancent dans la conquête. Sa mort marque une pause ; puis l’avancée reprend, notamment vers l’ouest. Milieu du XIIIe siècle, les Mongols franchissent de nouveau l’Oxus (Amou-Daria) sous le commandement du prince Houlagou Khan, petit-fils de Genghis Khan, avec l’ordre de conquérir toutes les terres de l’Islam jusqu’en Égypte. Ses armées emportent tout. En 1258, Houlagou Khan s’empare de Bagdad et fait exécuter le calife. Le califat tombe entre ses mains. Le centre légal de l’Islam est frappé à mort. Il est vrai qu’il était entré en décadence avant l’arrivée des Mongols.

Je le redis, trop de préjugés entourent les Mongols. Tout d’abord, les destructions qu’ils ont provoquées ont été exagérées. Elles ne répondaient en rien à un plan systématique, elles étaient de nature ponctuelle et exclusivement stratégique ; et elles cessèrent sitôt que cessèrent les campagnes de conquête. Par ailleurs, n’oublions pas que l’Iran connut sous le règne des Mongols une autre brillante période qui s’ajouta à son antique et prestigieuse histoire. Les conquérants mongols ne manifestèrent tout d’abord aucun intérêt pour l’Islam contrairement aux Turcs, ces nomades d’Asie centrale entrés massivement dans l’aire de l’Islam vers 970 et qui se convertirent sans tarder. Ils appartenaient à la grande tribu des Oguz et étaient appelés « seldjoukides », du nom du clan militaire qui les dirigeait. Forts de leurs traditions guerrières de nomades, les Turcs seldjoukides se montrèrent meilleurs guerriers que les Arabes et les Iraniens et conquirent d’immenses territoires là où les Arabes avaient échoué (soit une grande partie de l’actuel Iran, ainsi que Bagdad, avec incorporation de territoires qui correspondaient à l’actuel Irak, à la Syrie et la Palestine) ; mais surtout, ils s’emparèrent d’une majeure partie de l’Anatolie alors byzantine, restée turque et musulmane jusqu’à aujourd’hui. La prise de Bagdad fut alors considérée par beaucoup comme une libération du joug des Buwayhides chiites — les Seldjoukides étant sunnites.

Genghis Khan et son petit-fils le prince Houlagou Khan, deux hommes qui parvinrent (presque) à libérer le monde de l’emprise musulmane. Que leur mémoire soit honorée ! Les Mongols ne pratiquèrent pas la destruction systématique. Il convient de mettre fin à certains préjugés. Et le monde a besoin d’un nouveau Genghis Khan. On trouvera dans le site mis en lien, et dédié à l’étude du djihad, un texte à méditer intitulé « Reasons for the Mongol attack on Islamdom ». On y trouvera ce passage : « From the seventh to the thirteenth centuries many Persian Zoroastrians, the Persian Nestorian Christians, the Turks, Chinese and the Mongols had nursed within themselves a grievance against the savagery which Muslims used to convert the non-Muslim population of Persia and Central Asia to Islam. » :

http://www.historyofjihad.org/mongolia.html

L’un des premiers royaumes mentionnés de l’Arabie méridionale pré-musulmane est le royaume de Saba ; il remonterait au Xe siècle av. J.-C. Vers 750 av. J.-C., l’un des rois de Saba fait construire le barrage de Ma’rib qui règle durablement la vie agricole du royaume. Il est possible que les Sabéens aient colonisé l’Afrique en profondeur et fondé le royaume d’Abyssine. Vers la fin du Ve siècle av. J.-C., le royaume de Saba est en déclin. Le dernier  souverain de la dynastie des Himyarites est Yūsuf Dhū Nuwas. Ci-joint, deux liens à caractère synthétique sur ce souverain :

http://www.jewoftheweek.net/2012/01/04/jews-of-the-week-abu-kariba/

http://www.jewishencyclopedia.com/articles/5159-dhu-nuwas-zur-ah-yusuf-ibn-tuban-as-ad-abi-karib

En représailles aux persécutions byzantines contre les Juifs, ce souverain promulgue des mesures contre les Chrétiens de son royaume, ce qui a pour effet d’augmenter l’oppression des Juifs tant à Byzance qu’en Éthiopie devenue chrétienne. Une invasion éthiopienne (soutenue par les Chrétiens locaux) met fin au royaume de Saba. Mais la domination éthiopienne ne dure guère. En 575, une expédition venue de Perse réduit sans peine la région à l’état de satrapie sassanide, une domination elle-même éphémère qui cède devant la poussée de l’Islam.

A ses débuts, la littérature musulmane subit de fortes influences chrétiennes et juives. Nombre de matériaux empruntés aux littératures apocryphes et talmudiques ont été incorporés dans la « tradition ». La littérature théologique musulmane se déploie sous l’impulsion du christianisme syriaque puis de la pensée grecque, cette dernière fondamentale en philosophie et dans toutes les sciences. Un immense labeur de traduction des écrits grecs (soit à partir des originaux, soit à partir de leur version syriaque) stimule la connaissance au IXe et Xe siècles. Ce labeur (généralement mené par des Chrétiens et des Juifs) a commencé sous les Omeyyades d’une manière sporadique et individuelle avant d’être organisé et soutenu sous les Abbassides. Parmi ceux qui œuvrèrent, citons Masardjawayh, un Juif de Bassora, traducteur des livres médicaux syriaques et fondateur de la science médicale arabe. Citons aussi Hunayn ibn Ishaq (IXe siècle), un Chrétien de Djoundishapour, traducteur entre autres écrits du corpus des œuvres de Galien et des Aphorismes d’Hippocrate. Les traductions d’Aristote ont influé en profondeur sur la philosophie et les conceptions théologiques de l’Islam.

L’immense influence des civilisations antérieures sur le monde arabo-musulman. Idées juives, zoroastriennes et chrétiennes de prophétie, de religion officielle et légale, d’eschatologie et de mysticisme. Pratiques administratives impériales empruntées aux Byzantins et aux Sassanides. Mais l’influence la plus imposante — et de loin — sur ce monde fut celle de l’hellénisme, en science, philosophie, art et architecture, mais aussi littérature, bien que plus discrètement, une influence si imposante que l’Islam a été décrit à l’occasion comme le troisième légataire de cet héritage, avec le christianisme orthodoxe et le christianisme latin. « Pourtant (ainsi que le fait remarquer Bernard Lewis, dans « The Arabs in History », rédigé au début des années 1940), l’hellénisme de l’Islam était l’hellénisme tardif du Proche-Orient, à demi « orientalisé » par les influences araméennes et chrétiennes ; ce fut un prolongement de l’Antiquité tardive, sans solution de continuité, plutôt qu’une redécouverte du classicisme athénien de la grande époque, comme cela devait se produire plus tard en Occident ».

L’Arabo-musulman, toujours à geindre, à se poser en victime sitôt qu’il n’a pas le vent en poupe. Par exemple, il a compris tous les bénéfices qu’il pouvait retirer de la cause palestinienne, l’antisionisme-antisémitisme étant la chose au monde la mieux partagée. L’Arabo-musulman commence généralement par dénoncer les autres comme responsables de tous ses maux. Cette faiblesse de l’autocritique (et de l’autodérision) explique en partie son affaiblissement progressif. L’Arabo-musulman qui considère l’histoire des Arabes va commencer par accuser les Mongols, grands destructeurs de la civilisation du califat, dévastateurs du monde arabe qui, de ce fait, se retrouvera à la merci de nouveaux envahisseurs, les Turcs Ottomans qui le soumettront jusqu’à la Première Guerre mondiale avant que leur empire ne soit morcelé et ne passe sous le contrôle des Britanniques et des Français.

Le monde arabe eut à subir violences et destructions, comme toutes les civilisations, il n’y a là rien d’exceptionnel. L’Arabe honnête doit reconnaître que la civilisation islamique (dont le monde arabe constitue le cœur historique) était déjà sur le déclin lorsque les Mongols firent irruption au XIIIe siècle. Il ne doit pas oublier que les massacres et destructions causés par ces envahisseurs se limitèrent à l’Irak, que la Syrie fut à peine touchée, que l’Égypte et l’Afrique du Nord furent complètement épargnées. Il ne doit pas oublier que les Mongols ne firent pas que massacrer et détruire. Il ne doit pas oublier que dans l’aire où ils gouvernèrent (soit la moitié Est du Moyen-Orient) les Mongols furent à l’origine d’une ère de prospérité — plus persane qu’arabe, il est vrai.

Toujours à la recherche des « Damnés de la Terre », les de-gauche ne peuvent qu’être sensibles aux jérémiades du Musulman. Orphelins du prolétaire version XIXe siècle, ils ont enfin trouvé un substitut à leur fétiche, un substitut d’autant plus imposant que lorsque le « Palestinien » entre en scène, des masses diverses se trouvent pareillement titillées et communient dans une partouze aux dimensions continentales voire planétaires.

La théorie de Winckler-Caetani (du nom de ces deux chercheurs, Hugo Winckler et Leone Caetani). Ci-joint, un bref exposé intitulé « The Desiccation Theory Revisited » :

https://ifpo.hypotheses.org/1794

Selon celle-ci, les territoires que couvre aujourd’hui l’Arabie auraient été d’une grande fertilité et la terre d’origine des peuples sémitiques. Au cours des millénaires, la sécheresse n’aurait cessé d’augmenter. Le déclin de la production agricole et l’augmentation de la population auraient conduit à des crises de surpopulation et à l’émigration des peuples sémitiques de la péninsule arabique, soit les Assyriens, les Araméens, les Cananéens (Phéniciens et Hébreux, entre autres) et enfin les Arabes vers le « Croissant fertile ». Selon cette thèse, les Arabes des temps historiques seraient le résidu indifférencié laissé par ces migrations.

 

Hugo Winckler

Hugo Winckler (1863-1913)

 

Olivier Ypsilantis

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Notes griffonnées à Lisbonne – 5/6

 

Écrit le 30 novembre 2015, quatre-vingtième anniversaire de la mort de Fernando Pessoa.

 

Fernando PessoaLa silhouette de Fernando Pessoa à Lisboa. 

 

L’appartement de Lisbonne, tout blanc, avec aux plafonds de délicates moulures. Peinture d’un blanc mat et soyeux. Volets intérieurs en bois. J’ai toujours jugé que ces volets étaient l’une des marques du chic, sans pouvoir m’expliquer pourquoi. Notons que l’entretien s’en trouve facilité, surtout en bord de mer. Le plancher blond et ciré à larges lattes. La cuisine et son marbre rose très pâle et délicatement moucheté, ce marbre qui se retrouve dans les grands édifices tant civils que religieux de la capitale portugaise.

Dans un texte, le Breton Pierre-Jakez Hélias nous dit son plaisir à entendre et à prononcer ce nom, Lisbonne. Et il s’empresse de faire remarquer que presque tous les noms des capitales européennes comportent la consonne r, une lettre derrière laquelle ces villes se retranchent. Cette étrange et intéressante remarque m’a fait penser que je préférais aussi Tel Aviv à Jérusalem pour son nom, cette absence de r. Tel Aviv a je ne sais quoi d’ample et de doux, comme un souffle venu du large… Je préfère Lisbonne à Lisboa. Avec Lisbonne la résonance est augmentée, comme avec la pédale d’un piano. Avec Lisboa le son emplit la bouche comme une pâtisserie certes savoureuse mais quelque peu bourrative.

Il est vrai que Lisbonne doit être observé de la rive gauche du Tejo afin de mieux apprécier sa parfaite implantation. Lisbonne a été construit à l’entrée de cet étranglement qui marque la limite entre le large — l’océan Atlantique — et cet estuaire intérieur — une mer intérieure. Marque entre ces deux espaces, la tour de Belém, si délicate, comme une concrétion marine. La conurbation s’étire vers Estoril et Cascais, le long d’un estuaire qui s’ouvre insensiblement au large. A partir de Cabo da Roca, on bifurque franchement vers le plein nord, vers une côte plutôt rectiligne, vers le cap Finisterre, Cabo Fisterra en galicien.

Bairro Alto et la Igreja do Carmo laissée en l’état comme témoignage du tremblement de terre de 1755. La place dédiée à Luís de Camões, la plus urbaine des places de la capitale. Il n’est pas rare de voir prospérer sur les corniches d’immeubles et d’églises non seulement des herbes mais aussi des arbustes, de quoi inspirer un certain romantisme, le romantisme des ruines, entre Piranèse et Hubert Robert pour ne citer qu’eux. Mais il ne s’agit pas de ruines, simplement d’un peu de négligence. Il est vrai que pour être nettoyées ces corniches nécessitent la mise en place de toute une machinerie.

A Lisbonne, certains travaux de restauration exigent une grande ingéniosité et tout laisse supposer des coûts élevés. Il m’est arrivé de rester tête levée et bouche bée à suivre les évolutions de tonnes de matériaux levés à des hauteurs vertigineuses par le bras télescopique de camions-grues géants LIEBHERR (combien de roues ?), béquillés sur leurs vérins à l’occasion calés par des pièces de bois sur le pavé inégal et pentu d’une rue.

Marcher dans Lisbonne est un sport, vraiment. A moins qu’on ne décide de s’en tenir à certains axes, comme la rua Augusta. Ces marches sportives sont récompensées par les miradouros desquels on jouit de vues panoramiques dont les plus belles s’ouvrent sur  l’estuaire du Tejo. Il faut avoir la cheville souple pour marcher ainsi dans la ville car ces petits pavés (sensiblement plus petits que les pavés parisiens) ont vite fait de sortir de leurs alvéoles. Il faut donc marcher sans jamais cesser de surveiller ce pavé qui selon l’humeur du moment peut évoquer un filet de pêche ou des bas à résille. Mais j’y pense, il est fragile comme un bas et a vite fait de filer. Comment expliquer cette folie portugaise ? Car cet entêtement à couvrir ainsi des surfaces considérables relève bien d’une folie. Combien de Portugais ont travaillé et travaillent encore à l’extraction, à la taille, au pavage et à l’entretien de ce pavage ? Et pas question de s’adonner à l’asphalte comme en Espagne. Au Portugal, on aime le pavé, on rapetasse, on ne cesse de rapetasser. Je trouve au temps portugais un air indien, oui, indien. Et j’ai grand plaisir à observer cette lenteur perceptible jusqu’au cœur de la capitale. Elle me repose, m’aide, m’inspire tant elle est en harmonie avec l’air qui s’y respire.

A Lisbonne, mon plus grand plaisir n’est pas tant la visite des musées et monuments que des petits commerces. Certains me replacent dans les années 1960, des quincailleries (lojas de ferragens) surtout. Il en est une dans mon quartier, le Bairro Alto, où je me rends volontiers autant pour acheter que pour observer la lenteur courtoise du vendeur, la soixantaine, pour me pénétrer d’une ambiance qui me propose un voyage dans le temps, voyage autrement plus dépaysant qu’un voyage dans l’espace. En détaillant certains articles, des « Je me souviens » me viennent et je les consigne.

Lisbonne est une ville qui absorbe sans peine (plus facilement que bien d’autres villes) les influences les plus diverses sans perdre son caractère, son lusitanismo. Le pastiche ne lui porte pas préjudice, elle l’absorbe — et je pense à la façade néo-manueline de la Estação Ferroviária do Rossio.

C’est dans le Chiado, à deux pas du Bairro Alto, au Quartel do Carmo, sur le Largo do Carmo, qu’a eu lieu l’un des épisodes les plus emblématiques de la Révolution des Œillets, la Revolução dos Cravos (également connue sous de nom de Revolução de 25 de Abril). C’est dans le Quartel do Carmo, quartier général de la Guarda Nacional Republicana (GNR), que le président du Conseil de l’Estado Novo, Marcelo Caetano, trouva refuge suite à la rébellion du Movimento das Forças Armadas (MFA). C’est là que l’Estado Novo plébiscité le 19 mars 1933 expira le 25 avril 1974. Il avait un peu plus de quarante ans. De beaux jacarandas ornent cette place au centre de laquelle s’élève une très élégante fontaine, la Chafariz do Carmo. On peut y remarquer une plaque en hommage au capitaine Salgueiro Maia (1944-1992) qui encercla la caserne de la GNR où s’était réfugié le successeur d’António de Oliveira Salazar. Marcelo Caetano se rendit avant d’être escorté jusqu’à l’avion qui le conduisit dans l’exil, au Brésil, après une halte de quelques jours à Madère. Le général António de Spínola lui succéda. Salgueiro Maia, homme tout de modestie, eut un rôle central dans cette révolution au cours de laquelle les insurgés du MFA n’ont pas fait une seule victime. Ci-joint, une notice biographique sur cet officier qui mérite qu’on se souvienne de lui :

http://www.cm-santarem.pt/pracapublica/noticias/Documents/Biografia%20de%20Salgueiro%20Maia_19-02-2014.pdf

Et une entrevue en deux parties avec ce même officier, réalisée un an avant sa mort (le cancer) :

https://www.youtube.com/watch?v=sbJVk2gq17M

https://www.youtube.com/watch?v=zvwuu04BcmI

Au visiteur qui se rend à Lisbonne, je conseille le guide (qui est aussi un guide intérieur) de Fernando Pessoa, écrit en anglais : « Lisbon : What the Tourist Should See ». Il l’écrivit à son retour de Durban où il avait séjourné de 1896 (après le décès de son père et le remariage de sa mère) à 1905. Il ne quittera plus Lisbonne et ses environs, à l’exception d’un voyage à Portalegre et à Evora. A Durban, il avait pris la mesure de la méconnaissance qu’avait le monde des Portugais mais aussi de leur rôle dans l’histoire de l’humanité. Il se mit donc en tête de rédiger un guide qui puisse contribuer à placer son pays à la place qu’il méritait. Le projet se réduisit (tout au moins le suppose-t-on) à ce petit guide centré sur la capitale portugaise. Écrit en 1925, ce texte a été découvert après la mort de son auteur, dans ses papiers, et édité à Lisbonne en 1992. Il reste actuel. On peut certes le compléter par d’autres guides.

Découverte après sa mort, la malle de Fernando Pessoa contenait exactement 27 543 documents les plus divers, parmi lesquels des recherches initiatiques et des défenses de la maçonnerie. A ce propos, c’est probablement l’interdiction des loges maçonniques début 1935 qui aurait poussé l’écrivain à s’opposer au régime et à renier ses positions de 1928. Manuel Villaverde Cabral qui fut directeur de la Biblioteca Nacional déclara : « Il était trop élitiste pour être fasciste, c’était un conservateur à l’anglaise. »

Le 13 juin (1888), jour de la naissance de Fernando Pessoa, est aussi la fête du saint patron de Lisbonne, Santo António. Sa mort dans la chambre 27, au troisième étage de l’hôpital Saint-Louis-des-Français. Sa dernière parole : « I know not what tomorrow will bring ». Un air de famille (le définir) entre le Grec Constantin Cavafis (Κωνσταντίνος Πέτρου Καβάφης) et le Portugais Fernando Pessoa. Lisboa et Pessoa ; Praha et Kafka.

 

Brazileira, Chiado 1925 Lisboa, 1925, l’un des cafés favoris de Fernando Pessoa. 

 

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

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Notes griffonnées à Lisbonne – 4/6

 

Rabbi Binyamin Elon Rabbi Binyamin Elon (né en 1954)

 

L’imbroglio syrien va probablement permettre de séparer le bon grain de l’ivraie, si vous me permettez l’expression. Ivraie, la Turquie d’Erdogan dont j’espère la partition, l’éclatement, la réduction à un croupion. Israël a consommé sa rupture avec un pays où l’antisémitisme le plus ignoble est cultivé, avec accusation de meurtre rituel et j’en passe. La rupture est consommée depuis l’affaire de la flottille dite de « la liberté » et son navire-amiral avec équipage d’humanitaires-terroristes financé par l’IHH, une ONG « humanitaire » turque, officine des services secrets turcs (MİT) qui multiplie les bonnes affaires avec l’État islamique. Le plan concocté par Oded Yinon au début des années 1980  ne serait-il pas en voie de réalisation, tant dans le monde arabe que turc, avec structuration d’un Grand Kurdistan ? J’ose l’espérer. Plan Yinon et Plan Elon ; mais ceci est une autre histoire.

Ma colère contre le cœur du monde arabo-sunnite, l’Arabie Saoudite et le Qatar, n’a d’égal que ma colère contre la Turquie d’Erdogan, une Turquie islamisée à pas tranquilles et jusque dans les casernes, une Turquie que nous étions prêts à accueillir dans l’Europe. Souvenez-vous, entre autres choses, des minauderies de Zapatero face à Erdogan. Il est vrai que la bêtise de ce chef de gouvernement — et sur toute la ligne — dépassait tout ce qu’on avait pu voir. On se frottait les yeux en se répétant : « Ce n’est pas possible, je rêve… » Quant à la France, elle est extraordinairement emberlificotée avec ces Arabo-sunnites, prise dans une suite de figures du Kamasutra…  L’envie de faire irruption dans ce qui est bien un bordel, de mettre fin à ces laborieuses copulations, d’ouvrir grand les fenêtres et de désinfecter méthodiquement cette turne.

Nous nous trompons d’amis et nous nous trompons d’ennemis. Bien sûr, il ne s’agit pas de déclarer tout de go que nos amis sont nos ennemis et que nos ennemis nos amis mais d’avoir un peu plus de discernement et ne pas se contenter de vivre au jour le jour. Serions-nous privés de vision ? Lorsque j’entends le chef du Gouvernement Emmanuel Valls inviter les Saoudiens et Qataris à investir en France, je m’inquiète. Les manœuvres de Nicolas Sarkozy auprès des Qataris m’inquiétaient déjà ; je me disais que nous manipulions des produits hautement toxiques sans avoir pris soin d’en étudier la composition et sans même avoir éteint nos cigarettes. Cette politique arabe de la France m’inquiète grandement depuis au moins une quinzaine d’années. Il ne s’agit en aucun cas de justifier les attentats du 13 novembre, à Paris, et de dénoncer un pays blessé ; mais peut-on pour autant continuer à mener une telle politique étrangère ? Et la France n’est pas seule en cause. Il faudrait évoquer la Belgique où le radicalisme musulman est particulièrement bien implanté et pour diverses raisons. Je n’en évoquerai qu’une. Le roi Baudouin, homme pour lequel j’éprouve par ailleurs un profond respect, a accordé à l’Arabie Saoudite la gestion de la principale mosquée de Bruxelles, en 1967, la mosquée du Cinquantenaire. Je le répète, la Belgique est devenue un nid de salafistes pour bien des raisons, mais celle-ci ne doit pas être ignorée.

L’incident du 24 novembre (le SU-24 abattu par des F-16 turcs) pourrait faciliter cette opération : séparer le bon grain de l’ivraie… La Turquie d’Erdogan, suppôt des Frères musulmans, apparaît enfin à visage découvert. Les cartes vont-elles être redistribuées, pour reprendre une expression consacrée ?

On accuse Obama d’être un suppôt des Frères musulmans. Ne tomberait-on pas une fois encore dans le conspirationnisme ? Il me semble que les États-Unis ayant réduit à presque rien leur dépendance envers les Saoudiens et autres Bédouins, et peu désireux de ce retomber dans un guêpier, se désintéressent tout naturellement de cette région en nous laissant le soin de nous débrouiller, nous dont le confort dépend encore — et pour combien de temps ? — de ces salafistes, wahhabites et autre engeance.

Je ne suis en rien un partisan de Bachar el-Assad, vraiment en rien ; mais si son armée s’évaporait, que resterait-il face à État islamique ? Que resterait-il ? Répondez-moi ? Nous allons probablement vers un éclatement de la Syrie, rien de bien grave en fait. Le Grand Kurdistan et un territoire avec façade maritime se dessinent, ce dernier sous la protection des Russes, avec Alaouites, Chrétiens et autres minorités menacées, un territoire qui pourrait devenir une sorte de Liban septentrional. Ce « réduit syrien » n’a probablement pas vocation à être dirigé par Bachar el-Assad ; mais il faut le constituer et le sécuriser avec son aide. Il me semble que c’est précisément ce que les Russes ont en tête. Et les intérêts des Russes et de l’Europe ont de plus en plus tendance à converger, ce qui n’est pas pour plaire aux États-Unis.

La France qui ne manque pas d’intelligence a une « élite » politique particulièrement incapable. Cette « élite » méprise la connaissance et n’a que peu de contact avec les intellectuels, un mot qui ne suscite plus qu’indifférence et moquerie. Je rejoins le jugement de Gilles Kepel qui déclare dans une entrevue : « La France est gangrenée par une haute fonction publique omnisciente et inculte qui méprise l’université… » Et il poursuit en insistant sur l’incapacité du monde du renseignement à comprendre le djihadisme de troisième génération (un point auquel Gilles Kepel ne cesse de revenir, un djihadisme de type réticulaire et non vertical) avec sédentarisation de l’islam de France. Mais soyons juste : le monde du renseignement a probablement compris beaucoup de choses que la classe politique dans son ensemble n’a pas voulu et ne veut pas comprendre, par clientélisme autant que par souci de « paix sociale ».

Lorsque j’observe le ministre des Affaires étrangères de la France (pour ne citer que lui) ânonner qu’avant toute chose il faut en finir avec l’actuel Président de la République arabe syrienne, je m’inquiète. Une fois encore, je ne suis pas un suppôt de l’actuel régime syrien, mais tout de même… Il aura fallu les tueries du vendredi 13 novembre 2015 pour que François Hollande se réveille et cesse lui aussi d’ânonner. L’éviction de Bachar el-Assad n’est pas la priorité ! Depuis ces attentats, le Président de la République française cherche à mettre sur pied une coalition contre l’État islamique. Mais, bon sang, à quel mot d’ordre obéissait-il en déclarant inlassablement vouloir d’abord en finir avec le Président de la République arabe syrienne ? Agissait-il de son plein gré ? Ses maîtres saoudiens et qataris (ses fournisseurs et ses clients, inquiétés par le fameux « croissant chiite ») ne le tenaient-ils pas en laisse ? Hollande a-t-il enfin compris que les attentats de Beyrouth, dans le fief du Hezbollah, et contre l’avion de ligne russe au-dessus du Sinaï étaient des signes annonciateurs ? Il y a des années que je répète à mes proches qu’un attentat islamiste particulièrement grave se produira en Europe et plus précisément en France, en France ! Et je n’appartiens à aucun service secret ; j’observe, modestement.

Je ne sais de quelle crédibilité peuvent bénéficier ces deux rigolos (Hollande et Fabius) qui après avoir bêlé et beuglé que le problème était Bachar el-Assad se proposent de pactiser avec son régime pour éradiquer l’État islamique, je ne sais vraiment pas.

En lien, un article essentiel. Tout au moins, je le juge comme tel puisqu’il rejoint une analyse que j’ai faite il y a plusieurs années. Cet article intitulé « Daesh, autopsie d’un monstre » désigne l’une des racines du mal, et non des moindres. La France, pour ne citer qu’elle, fréquente assidument les parrains de ce monstre. Souvenez-vous du racolage auquel s’est livré le Premier ministre Manuel Valls peu avant les attentats du 13 novembre 2015. Un mois jour pour jour avant ces attentats, celui-ci en visite à Riyad annonçait une série d’accords, de contrats et de lettres d’intention portant sur dix milliards d’euros. Pecunia non olet pour reprendre une expression consacrée ; certes, il n’empêche que nous fumons dans une poudrerie sans même regarder où nous jetons nos mégots… Ci-joint, le lien en question présenté sous deux formes :

http://www.franceinter.fr/emission-lenquete-daesh-autopsie-dun-monstre

http://www.les-crises.fr/france-inter-daesh-autopsie-dun-monstre/

Le juge Marc Trévidic a déclaré il y a peu : «  Proclamer qu’on lutte contre l’islam radical tout en serrant la main au roi d’Arabie Saoudite revient à dire que nous luttons contre le nazisme tout en invitant Hitler à notre table », une déclaration qui restera dans les annales.

Le lien ci-dessus met par ailleurs l’accent sur un point assez peu évoqué : l’inquiétude de l’Arabie Saoudite et du Qatar face à ce projet de pipeline qui irait de l’Iran à la côte méditerranéenne après avoir traversé l’Irak et la Syrie, un projet qui concurrencerait  dangereusement leur production. C’est alors que Bachar el-Assad fut déclaré hautement dangereux, l’ennemi à abattre…

Je me suis d’emblée moqué des « Printemps arabes », une stupide expression concoctée dans je ne sais quelle officine. Nombre de narines se sont alors dilatées pour humer le parfum de jasmin venu de Tunisie… Je me suis dit que « la fête » allait commencer. J’ai également compris dès le début que l’ASL (Armée Syrienne Libre) n’était qu’un fragile écran derrière lequel s’opéraient (et s’opèrent encore) de bien étranges manœuvres…

Il est beaucoup question du Captagon, une drogue à base d’amphétamines qui serait abondamment utilisée par les combattants de l’État islamique. Certains médias profitent de cette révélation pour rappeler que bien des armées ont fait usage de drogues afin de soutenir des troupes engagées dans des combats particulièrement éprouvants, ce qui est généralement (très) peu rapporté par les historiens. Pourquoi ? Par ignorance ? Heinrich Böll en réclame à ses parents, dans des lettres. Les Allemands ne sont pas les seuls à faire usage de ce puissant stimulateur, synthétisé, breveté en 1937 et commercialisé l’année suivante sous la marque Pervitin.  Si cette drogue aide les soldats à surmonter leur peur et leur fatigue, elle a semble-t-il de terribles effets secondaires en cas d’addiction, parmi lesquels crises cardiaques ou transes qui mènent au suicide. Norman Ohler a mené une enquête à ce sujet, dans un livre intitulé « Der totale Rausch. Drogen im Dritten Reich ». Je ne l’ai pas lu et ne puis donc juger du sérieux de ses conclusions.

 

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 (à suivre)

Olivier Ypsilantis

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Notes griffonnées à Lisbonne – 3/6

 

Grynszpan-Vom RathHerschel Grynszpan (1921-1944 ou 1945) à gauche ; Ernst vom Rath (1909-1938) à droite. 

 

Herschel Grynszpan veut partir pour la Palestine et à cet effet il se met à l’hébreu (en 1935-1936). A Paris, il loge chez son oncle Abraham sans parvenir à régulariser sa situation. Par une lettre de sa sœur Berta, il apprend l’expulsion de sa famille vers le camp de Zbąszyń. Ci-joint, une brève histoire de ce camp :

http://www.yadvashem.org/yv/en/exhibitions/this_month/resources/zbaszyn.asp

Il se met en tête de venger sa famille et plus généralement les Juifs victimes de ces mesures. A cet effet, il achète un révolver calibre 6.5 mm (avec barillet à cinq coups) à « La fine lame », 61 rue du Faubourg Saint-Martin. Le 7 novembre 1938, au 78 rue de Lille, il est reçu par le troisième conseiller de l’ambassade d’Allemagne, Ernst vom Rath. Herschel Grynszpan vide son chargeur. Ernst vom Rath décède de ses blessures le 9 novembre. Nuit du 9 au 10 novembre, Kristallnacht. Selon certains témoignages, Herschel Grynszpan et Ernst vom Rath se seraient rencontrés dans le milieu homosexuel parisien. Ernst com Rath qui avait été en poste au consulat général d’Allemagne à Calcutta était revenu d’Inde avec une gonorrhée rectale. Herschel Grynszpan est placé en détention préventive. Juin 1940, les prisons sont évacuées face à la poussée allemande. Dans la confusion, il se retrouve libre mais préfère rejoindre Bourges pour se livrer. On ne veut pas de lui à la prison. Même scénario à Châteauroux. A Toulouse, il finit par se faire admettre à la prison. Il ne sait probablement pas que les Allemands sont à ses trousses et qu’ils font pression sur Vichy (Toulouse est alors en « zone libre ») pour qu’il le livre, ce qui adviendra le 18 juillet 1940, quelque part sur la ligne de démarcation. Transféré à Berlin, il est interrogé sans brutalité compte tenu de son importance pour la propagande de Joseph Goebbels. 18 janvier 1941, il est transféré au camp de Sachsenhausen où il bénéficie d’un régime préférentiel : le régime a prévu un procès médiatisé. Suite à des contretemps, son procès est prévu pour le 11 mai 1942. C’est alors que l’accusé déclare avoir eu des relations homosexuelles avec sa victime, ce qui a pour effet de bloquer la machine judiciaire. Dans son journal, Joseph Goebbels note qu’il ne s’agit que d’un mensonge éhonté mais bien trouvé : s’il était rapporté au cours d’un procès public, il deviendrait à coup sûr l’argument principal de la défense adverse. Herschel Grynszpan est probablement mort à Sachsenhausen, en 1944 ou 1945.

Le projet de Friedrich Schlegel et de Friedrich Schleiermacher de traduire ensemble l’intégralité des écrits de Platon. L’amitié entre les deux hommes va déterminer l’évolution philosophique de Friedrich Schlegel durant sa période berlinoise (1797-1799). L’un et l’autre s’efforcent de se détacher du formalisme de la doctrine kantienne du devoir et de fonder une éthique romantique. Selon une théorie romantique de l’union mystique des esprits (appelée symphilosophie par Friedrich Schlegel), l’individualité des auteurs doit s’effacer dans leur contribution à l’Athenaeum, une revue fondée en 1798 par les frères Schlegel, August et Friedrich. Les auteurs restent anonymes ou signent d’un pseudonyme. Friedrich von Hardenberg choisit celui de Novalis qui fera (presque) oublier son vrai nom.

Cadeau de Noël 1979 de mes parents, « Œuvres complètes » de Novalis (en deux volumes chez NRF Gallimard). Le deuxième volume, celui que j’ai le plus consulté. Y sont rassemblés les Fragments. Ils touchent à presque tous les domaines du savoir. J’aurais aimé les lire dans l’original ou, tout au moins, dans une édition bilingue (genre Aubier Flammarion bilingue), une édition qui m’a permis de mieux savourer certains poètes, comme Stefan George.

Novalis juge que le spinozisme est sursaturation de divinité. « Spinoza est un homme ivre de Dieu ». Partout des réflexions bouleversantes où science et poésie forment des arcs-boutants qui soutiennent un même édifice. Il pose quelque part cette question : « Pourquoi les Juifs furent-ils choisis du Messie ? » Ne pourrait-on pas y répondre en posant une autre question : « N’est-ce pas parce qu’ils ont été choisis par le Messie qu’ils sont devenus des Juifs ? ». Rencontre (le 17 novembre 1794, à Grüningen) Sophie von Kühn dont il tombe amoureux ; elle a douze ans et demi. Mort de Sophie le 19 mars 1797 ; elle vient d’avoir quinze ans. Novalis et les salines. Les voyages géognostiques. Son grand voyage minéralogique à travers la Thuringe. Novalis, ce simple nom m’a évoqué d’emblée, et sans même que j’y pense, une gemme. Les extraordinaires rapports entre minéralogie et poésie. Le temps interrogé. Il écrit : « De la musique proprement visible, ce sont les arabesques, motifs, ornements, etc. » En lisant ce fragment j’ai pensé à Gaudí, à ces rapports diversement explicites (implicites) entre les formes naturelles et ses architectures. Ci-joint, quelques édifices emblématiques inspirés de formes naturelles (dont la Sagrada Familia). Le répertoire naturel :

http://www.bbc.com/mundo/noticias/2015/09/150918_vert_earth_edificios_naturaleza_yv

Chaque façade (y compris les plus médiocres) pourrait être traduite en séquences sonores (avec ces espaces entre les ouvertures, etc.), qu’elle soit de Gaudí, d’Otto Wagner, de l’École de Chicago et j’en passe. On a dit que certaines intuitions (poétiques) de Novalis annonçaient la relativité générale et la courbure de l’espace-temps d’Einstein. Je le crois. « Art de vivre : art de ‟construire” la vie », bien sûr. L’art de vivre n’est pas une donnée, un « cadeau du ciel », il suppose un effort, probablement proche du « plan de vie » qu’expose Heinrich von Kleist dans ses lettres à Wilhelmine von Zenge. « Toute science devient poésie — après qu’elle est devenue philosophie ». On en revient aux arcs-boutants qui se rejoignent : poésie-science ou science-poésie. C’est aussi « Tout ce qui monte converge » de Pierre Teilhard de Chardin. « L’air est organe de l’homme, aussi bien que le sang ». Tout Novalis est contenu dans ce fragment éminemment poétique, éminemment scientifique. La poésie, l’évidence enfouie, oubliée et enfin exhumée. « L’extérieur est en quelque sorte un intérieur réparti, un intérieur traduit : un intérieur plus haut. (Essence et apparence ?) » N’y aurait-il pas un air de famille entre Novalis et George Berkeley le fascinant ? N’y aurait-il pas un air de famille entre Novalis et l’univers holographique selon David J. Bohm ? Autre air de famille, Novalis et Gaston Bachelard. Pour des études comparées.

Lisbonne. Dans la cuisine, côté océan Atlantique, dans la tiédeur d’une soirée de novembre. Le figuier, le néflier, les palmiers, la personnalité de chacun de ces arbres. La douceur du marbre rose délicatement moucheté. Le vin de l’Alentejo, cette belle province entre Méditerranée et Atlantique, entre olivier et eucalyptus. Mon regard se perd dans les tracés du marbre, une écriture, un langage. La géologie, un pont entre la poésie et la science. La géologie ouvre à toutes les sciences, de l’astrophysique à la biologie. Il suffit de consulter le tableau de la composition de notre corps pour s’en convaincre. Novalis ou la poésie totale, comme ou peut évoquer l’art total, une notion qui conduit à l’Allemagne, aux frères Zimmermann, Johann Baptist et Dominikus (l’architecte) et au Bauhaus.

La philosophie de Schelling comme enseignement de l’évolution. Son espoir : que l’on pût un jour représenter toute organisation comme un développement successif et progressif d’une seule et unique organisation originelle. Ce désir — cette obsession — de la totalité est particulièrement sensible chez les Allemands. Il est exalté avec Hölderlin et « Hyperion oder Der Eremit in Griechenland ». Nostalgie de l’unité originelle et tension vers cette unité avec Ernst Jünger. Elles ne cessent de transparaître tout au long de son immense journal. Platon en filigrane, toujours. Ernst Jünger le platonicien.

Feuilleté « Lettre à un religieux » de Simone Weil, un petit livre que j’ai lu il y a une vingtaine d’années. Je retrouve l’état d’esprit qui était alors le mien, avec cette admiration mêlée d’irritation envers l’auteur. Par exemple, j’applaudis lorsqu’elle célèbre les Pythagoriciens ; mais j’enrage lorsqu’elle attaque de la sorte les Pharisiens qu’elle n’a probablement pas étudiés et qu’elle juge d’un point de vue exclusivement chrétien, c’est-à-dire profondément hostile. Le malaise que place en moi Simone Weil tient probablement  à ses rapports avec son corps et la sexualité en général, une intuition qui a trouvé confirmation dans le petit livre de souvenirs écrit par sa nièce, Sylvie Weil, « Chez les Weil, André et Simone ». Je me garde généralement de toute interprétation psychanalytique (y compris avec Santa Teresa de Ávila) mais avec Simone Weil, j’ai vite pensé à du masochisme. Il est vrai que dans ce cas extraordinaire (car Simone Weil est véritablement extraordinaire), il me faudrait définir avec précision son masochisme. Voir l’effet que produit sur elle la Croix. Elle va jusqu’à écrire : « Et si l’Évangile omettait toute mention de la résurrection du Christ, la foi me serait plus facile. La Croix seule me suffit ». Et je me répète : ses considérations, nombreuses et d’une extrême violence, sur les Pharisiens trahissent une méconnaissance de ces derniers à qui Jésus doit tant. Sa méconnaissance des Pharisiens et plus généralement des Hébreux. Mais à quoi tenait cette méconnaissance ou, plus exactement, ce refus de connaître ? Il me semble que chez Simone Weil, le tempérament (surtout lorsqu’il s’agit d’Israël) prend volontiers le relais de l’intelligence et de la connaissance, ce qui contribue certes à la puissance de ses visions et de son style mais… Car Simone Weil la philosophe est aussi, et à sa manière, une pamphlétaire. Le tempérament investit volontiers l’intelligence et l’oblige à haleter par d’étranges chemins de traverse où les épines l’ensanglantent.

Le plus grand massacre par balles de la Shoah, plus meurtrier que celui de Babi Yar, Erntefest (« Fête de la moisson »).

Remise en cause de la tradition historiographie selon laquelle la ville d’Halicarnasse aurait été détruite par Alexandre le Grand à l’issue du siège de 334. Halicarnasse, située entre Milet et Cnide, avec ouverture sur la mer Égée, devenue capitale satrapique de Carie durant la première moitié du IVe siècle. La confrontation des textes anciens et des données livrées par le terrain. Voir les récits de Diodore, d’Arrien et de Strabon relatifs à la prise de la cité. Rien ne permet de supposer sa destruction. Souvenons-nous notamment qu’Alexandre le Grand avait confié à Ada (sœur de Mausole, le fondateur de cette cité écarté du pouvoir par Pixodaros) le gouvernement de la Carie. Mais alors, pourquoi cette mention de ville rasée dans les textes anciens ? Une hypothèse parmi d’autres : donner aux campagnes d’Alexandre le Grand un caractère radical, avec guerre totale entre deux civilisations. Or, c’est à partir de ce siège qu’Alexandre montre pour la première fois sa volonté d’assimiler l’Orient, notamment en confiant le gouvernement de la Carie à Ada.

L’action de François Priéti, ambassadeur de Vichy à Madrid, et de Mgr Boyer-Mas, « attaché ecclésiastique » à l’ambassade de France à Madrid. La rivalité entre gaullistes et giraudistes, entre deux France ralliées à la cause alliée. Le général Giraud, un militaire dépourvu de toute dimension politique (contrairement au général de Gaulle). Les succès que remporte le général de Gaulle, dont le ralliement de la résistance intérieure mais aussi des militaires aux FFL. Outre les demandes individuelles, des unités entières de l’armée d’Afrique demandent à intégrer les unités du général Leclerc et du général de Larminat largement impliquées dans les succès de la VIIIe armée britannique.

Joseph Rovan décide de commencer son autobiographie (« Mémoires d’un Français qui se souvient d’avoir été allemand », aux Éditions du Seuil, 1999) en revenant de l’enterrement de sa mère dans un cimetière d’Auvergne, à Saint-Christophe.

 

 Joseph Rovan

Joseph Rovan (1918-2004)

 

(à suivre)

Olivier Bervialle

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Notes griffonnées à Lisbonne – 2/6 

 

George Orwell

George Orwell (1903-1950)

 

Intéressante remarque de George Orwell (dans « Down and Out in Paris and London ») : « People are wrong when they think that an unemployed man only worries about losing his wages; on the contrary, an illiterate man, with the work habit in his bones, needs work even more than he needs money. An educated man can put up with enforced idleness, which is one of the worst evils of poverty. But a man like Paddy, with no means of filling up time, is as miserable out of the work as a dog on the chain. That is why it is such nonsense to pretend that those who have ‟come down in the world” are to be pitied above all others. The man who really merits pity is the man who has been down from the start, and faces poverty with a blank, resourceless mind. »

Hitler se moquait de l’aspect religieux quant à la « question juive » : un Juif converti restait un Juif, le membre d’une race selon lui, la « race juive » (?!), ce qui explique que la carmélite Edith Stein ait été assassinée à Auschwitz, ce qui explique que les Juifs qui pouvaient prétendre descendre des Khazars aient été épargnés, ce qui explique que les Krymchaks (de Crimée) aient été liquidés après enquête de Berlin : ils étaient « racialement » juifs.

L’Europe sans la Russie n’est qu’une sorte de croupion. L’arrimage Russie – Europe devrait être le but le plus urgent de nos dirigeants. Une Europe de l’Atlantique au Pacifique, ni plus ni moins. Un peu de détermination et nous y sommes ! La Russie : espaces immenses, ressources naturelles immenses (gaz, pétrole mais aussi minéraux stratégiques, pierres précieuses et j’en passe), peuple courageux, déterminé, intelligent. Je ne suis pas anti-américain mais il me semble que l’une des manœuvres américaines consiste à éviter un rapprochement significatif entre l’Europe et la Russie (à laquelle j’adjoins l’Ukraine-Crimée et la Biélorussie), un ensemble qui deviendrait sans peine la première puissance mondiale.

L’antisémitisme ukrainien s’est nourri d’un présupposé selon lequel les Juifs avaient organisé le génocide par la faim (голодомо́р). Le rôle d’un proche de Staline, Lazare M. Kaganovitch, suffisait selon eux à justifier leurs vues. C’est ce même mécanisme mental extraordinairement pervers (et efficace) qui fait dire certaines choses à David Irving (voir la vidéo intitulée « Hongrie 1956, les origines censurées de l’Insurrection de Budapest »), fort de ces deux noms : Mátyás Rákosi et Ernö Gerö. Ces mécanismes mentaux aussi rudimentaires qu’efficaces (efficaces parce que rudimentaires) fonctionnent dans bien des têtes. On y tourne comme dans une roue pour rongeurs…

Ces crétins qui s’adonnent au BDS (Boycott – Désinvestissement – Sanctions) devraient l’oublier pour le BDSM (Bondage and Discipline, Sadism and Masochism). Allez-y, braves gens, faites claquer les fouets sur vos petites fesses !

« Mein Kampf » va prochainement tomber dans le domaine public. Les analyses géostratégiques contenues dans ce pavé sentent la naphtaline avec cette obsession du métissage qui à présent fait sourire (presque) tout le monde. Pourtant, une chose n’a pas pris une ride : l’antisémitisme. Il se porte bien, et peut-être même de mieux en mieux. L’antisémitisme n’a jamais eu besoin d’un livre pour exister et se propager ; il n’empêche que l’existence d’une « bible » antisémite (voir de plusieurs « bibles ») renforce sa constitution et sa virulence. Un manifeste n’est jamais inutile, surtout lorsqu’il s’agit d’activer et de propager une haine. Parmi ces manifestes, un faux célèbre entre tous, « Les Protocoles des Sages de Sion », un ragoût concocté chez nous (rappelons-le à tout hasard) mais aujourd’hui essentiellement édité et lu dans le monde arabo-musulman et turc où, il est vrai, maigre consolation, le taux l’alphabétisation n’est guère élevé.

Comme le fait remarquer Riss dans l’édito de « Charlie Hebdo » du 4 novembre 2015, la haine a muté. « Si les obsessions du sang pur de Hitler ont pris un coup de vieux, c’est dans les identités religieuses que la haine de l’autre s’est recyclée ». Le mot « race » fait à présent l’objet de toutes les suspicions au point qu’il est prévu de le supprimer du langage.  Mais les mots ne veulent pas être supprimés ainsi, rayés d’un coup de plume. Ils se recyclent pour survivre. A présent, il suffit de dénoncer l’islam et les musulmans pour être traité de « raciste » par certains. Comme si les musulmans constituaient une race ! Il est vrai que pour beaucoup tous les Arabes sont des musulmans et que tous les musulmans sont des Arabes. L’ignorance et l’à-peu-près n’ont pas de limite.

Très intéressante analyse de Jean-Paul Brighelli dans un article intitulé « Le Pacha » (nov. 2015) :

http://blog.causeur.fr/bonnetdane/date/2015/11

La mémoire capricieuse et fascinante, à l’intérieur même du cerveau mais aussi par ces découvertes qui d’un coup découvrent un espace et nous invitent :

http://www.archimag.com/archives-patrimoine/2015/11/23/61-kg-archives-holocauste-mur-appartement-budapest

Feuilleté « Marx et la question juive » de Robert Misrahi, un livre que j’ai lu il y a plus de vingt ans sans prendre la moindre note, malheureusement. Ce livre aurait pu faire l’objet d’une suite d’articles fort instructifs sur ce blog même. Cette étude a une particularité (à peine cachée), elle repose sur un présupposé : l’antisémitisme de gauche n’est pas attaché par essence au socialisme. « La question juive », déclare Robert Misrahi, est ni marxiste quant à la méthode, ni marxiste quant au contenu, le philosophe (Karl Marx) projette sur sa doctrine de l’histoire les deux images occultes du Juif qu’il porte en lui (!?). Il est vrai que l’antijudaïsme chrétien a essaimé un peu partout mais il est trop aisé de vouloir disculper les socialistes (au sens large du mot) en se contentant d’affirmer que les traces d’antisémitisme décelables chez l’un d’entre eux (Karl Marx en l’occurrence) ne sont pas socialistes mais chrétiennes. Trop facile, vraiment trop facile, et malhonnête. Moi l’adulte, vais-je me disculper de mes insuffisances en accusant mes parents voire mes grands-parents ou la société ? Ainsi, les propos haineux tenus par Charles Fourier sur les Juifs ne relèveraient en aucun cas du socialisme utopique. « Le socialisme utopique n’est pas antisémite parce qu’il est socialiste, ou parce qu’il est utopique, mais parce qu’il est religieux et chrétien » écrit Robert Misrahi qui décidément chevauche un présupposé dont il déploie les « fastes ». Les traces d’antisémitisme décelables chez nombre de socialistes ne seraient que d’origine chrétienne. Je préfère décidément l’esprit d’analyse de Michel Dreyfus dans « L’antisémitisme à gauche : histoire d’un paradoxe, de 1830 à nos jours » (dont j’ai rendu compte sur ce blog même dans une suite de neuf articles) ou de Francis Kaplan dans « Marx antisémite ? » Ces auteurs ne chevauchent pas une idée préconçue qu’ils ont décidé de défendre à tout prix. Ci-joint, la table des matières du livre de Francis Kaplan dont je conseille la lecture :

http://www.francis-kaplan.com/marx-antisemite.html

Et une vidéo où Michel Dreyfus rend brièvement compte de ses recherches :

http://www.dailymotion.com/video/xqypet_fenetre-sur-un-livre-de-michel-dreyfus-l-antisemitisme-a-gauche-histoire-d-un-paradoxe-de-1830-a-nos_news

Redisons-le, Robert Misrahi (dont le livre d’une belle densité contient d’intéressants éléments de réflexion) a décidé a priori de séparer radicalement marxisme et antisémitisme afin de laver ce premier « plus blanc que blanc ». En conséquence, il calibre ses démonstrations pour qu’elles tiennent dans cet a priori. Alors quoi ? L’antisémitisme n’est pas marxiste parce que le marxisme n’a rien à voir avec Marx ?

 

Robert Misrahi

 

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

 

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Notes griffonnées à Lisbonne – 1/6 

 
Chesterton

G. K. Chesterton (1874-1936)

 

Achevé la fascinante « Autobiography » de G. K. Chesterton, une autobiographie non moins fascinante que celle d’Anthony Trollope. Ses variations sur la mémoire sont un régal. Au chapitre II, « The man with the golden key », on peut lire : « What was wonderful about childhood is that anything in it was a wonder. It was not merely a world full of miracles ; it was a miraculous world. What gives me this shock is almost anything I really recall ; not the things I should think most worth recalling. This is were it differs from the other great thrill of the past, all that is connected with first love and the romantic passion ; for that, though equally poignant, comes always to a point ; and is narrow like a rapier piercing the heart, whereas the other was more like a hundred windows opened on all sides of the head. »

L’ignominie antisémite est généralement grossière ; mais elle sait se donner des airs savants qui déstabilisent ceux qui se croient savants, ceux qui croient penser mais qui ne font que tourner en rond en commençant par confondre point de départ et point d’arrivée. Écoutez ce personnage, David Irving, dont le discours peut être facilement démonté puisqu’il est tout entier construit sur un présupposé. Ce monsieur semble très fier d’avoir découvert que Mátyás Rákosi et Ernö Gerö étaient juifs : il tient « la preuve »… David Irving va-t-il nous expliquer que le stalinisme était juif pour cause de Lazare Kaganovitch ? Mais écoutez l’énergumène au ton patelin (qui s’efforce de retenir sa haine du Juif comme il retiendrait un pet foireux…) :

http://www.dailymotion.com/video/xqyfe3_hongrie-1956-les-origines-censurees-de-l-insurrection-de-budapest-par-david-irving-1995-extrait-vost_news

Permettez-moi de faire part d’un souhait, un souhait qui n’est pas enfermé en lui-même mais qui prend en compte nombre d’observations. La situation d’Israël n’est pas désespérée. J’entrevois une franche alliance avec la Russie de Poutine, alliance que soutiendra la nombreuse et puissante communauté russe d’Israël, par ailleurs très présente dans l’armée. Le Hezbollah, l’un des fers de lance de la lutte contre Daesh, est trop occupé pour menacer Israël. Et tout laisse présager que la Russie va faire pression sur l’Iran (si ce n’est déjà fait) pour que le Hezbollah se détourne de l’État hébreu et parvienne à une sorte de modus vivendi. C’est dans les relations entre Israël et la Russie (et l’Europe et la Russie) que va se jouer une partie de notre destin, la Russie qui souhaite l’annihilation du djihadisme : elle redoute qu’il ne métastase plus encore dans les ex-républiques soviétiques du Caucase, une région du monde où Israël n’est pas inactif. Et il me faudrait évoquer le Kurdistan, une fois encore. Non ! La situation d’Israël dans ce monde qui tourneboule n’est en rien désespérée.

L’Iran c’est aussi les Zoroastriens :

http://www.dailymotion.com/video/x7a9ia_histoire-du-zoroastrisme_shortfilms

Ce qui fait l’extraordinaire supériorité des Iraniens sur les Arabes, c’est leur immense passé pré-islamique qui n’est pas écarté, qui n’est pas maudit. Nous traversons des zones dangereuses mais je crois que de la richesse spirituelle et multi-millénaire de l’Iran finira par être bénéfique au monde. Vive l’Iran éternel ! Vive Israël !

Islam perse… Islam iranien… C’est au XVIe siècle que l’islam imamite (l’imam se substitue alors au calife) devient la religion officielle de l’Iran. « Iran », une dénomination adoptée en 1934 par Reza Shah Pahlavi. Domination de l’ethnie perse sur le pays depuis Cyrus II le Grand, fondateur de la dynastie des Achéménides. Les grandes religions pré-islamiques (dont le mazdéisme, le manichéisme et le zoroastrisme) ont prévalu sur le pays au moins aussi longtemps que l’islam. Bataille d’Al-Qadisiyya (en 636), victoire des Arabes sur les Perses avec ses conséquences néfastes, avec l’islamisation du Caucase et de l’Inde. Les Perses qui possèdent une culture infiniment supérieure à celle de l’envahisseur sont vaincus. Ils vont toutefois influencer ce dernier, surtout à partir des Abbassides qui font de Bagdad leur capitale et ainsi se rapprochent des centres politiques et culturels de ce qui avait été l’Empire sassanide. De l’importance des soufis. Nombre d’entre eux insufflent la pensée zoroastrienne et ses symboles dans l’islam arabe, élaborant ainsi un islam perse, un islam iranien, infiniment supérieur (un « islam des marges » en quelque sorte) et qui se rapproche du judaïsme par l’énergie mentale mise en mouvement. L’Imam contre le Calife. « L’Imam caché ». Fatima assimilée à la fille d’Ahura Mazda. Le chiisme imamite devient religion officielle sous la dynastie des Séfévides (1501-1732), ce qui insuffle une énergie au pays que Shah Abbas (1571-1629) portera à son apogée, avec Ispahan capitale de l’empire. Le clergé est en Iran autonome, politiquement et financièrement. Il est probablement devenu trop puissant, trop autonome ; mais il faut étudier la particularité de ce clergé au sein de l’Islam pour commencer à comprendre les tensions qui parcourent le monde, et pas seulement le monde musulman.

Écouter les conférences (mises en ligne) de l’Iranien Abdolkarim Soroush. Faire une synthèse de sa philosophie.

Georges Bensoussan écrit dans « Les territoires perdus de la République » : « Septembre 2002, dans un collège de la région parisienne le projet suivant baptisé :  ‟Une pierre pour la Paix” va être ainsi déposé : deux professeurs, l’un d’histoire, l’autre de français, proposent d’emmener une classe de cinquième à Auschwitz pour y prélever une pierre afin qu’elle serve de fondation à une école construite en territoire palestinien. Un autre professeur du collège, petite fille de déportés, tente d’expliquer à ses collègues pourquoi cette idée lui semble dangereuse. Sentant qu’elle doit faire preuve de la plus grande prudence tellement le sujet est sensible, elle n’essaie même pas de parler de l’analogie qui risque de s’établir chez les élèves entre Israël et le régime nazi – elle soupçonne même que c’est le but de la manœuvre – elle porte son argumentation sur la mémoire et sur le caractère profanatoire du prélèvement d’une pierre chargée de mémoire et d’histoire tragiques. Aucun de ses arguments ne trouve le moindre écho, le conseil d’administration de l’établissement donne son feu vert et l’affaire se concrétise. Alors que l’objectif défini est de ‟créer un lien de paix entre les Israéliens et les Palestiniens” aucun partenaire israélien ni aucune association représentant les institutions juives ne sont contactés. En revanche l’OLP et Leila Shahid sont approchés ». Et passons sur la suite, le ‟sympathique” relai proposé par le Club UNESCO et tutti quanti. C’est ainsi, les uns veulent prendre un peu d’Auschwitz au nom des ‟bons sentiments” ; les autres veulent apporter leur croix (on se souvient de la honteuse affaire du Carmel d’Auschwitz), toujours au nom des ‟bons sentiments”.

A SHOAH on accole NAKBA, et ainsi de suite. Nous sommes dans la théologie de la substitution, une fois encore ; dans ce cas il s’agit d’une théologie laïque, politique mais dont les mécanismes sont strictement calqués sur le religieux. Les grandes religions monothéistes venues au monde après le judaïsme le pillèrent tout en s’efforçant de le chapeauter, tantôt explicitement tantôt implicitement. Aujourd’hui, les Musulmans s’activent plutôt frénétiquement, s’efforçant suivant leur habitude de chapeauter ceux qui les ont précédé, à commencer par les Juifs et occasionnellement les Chrétiens qui eux-mêmes s’efforcent de chapeauter les Juifs.

Années 1980. Je parcourais Israël, alors riche de ses kibboutz. En voyant mon pantalon de l’armée israélienne (récupéré dans un kibboutz), un Copte, gardien du Saint-Sépulcre, hurla à mon adresse dans un anglais approximatif : « Sale juif ! Buveur de sang ! Tueur d’enfants ! » et j’en oublie. C’était dans la partie la plus basse du Saint-Sépulcre (Chapel of the Finding of the Cross).

L’accusation de meurtres d’enfants est très utilisée par la propagande palestinienne, arabe en général, et turque. La turque est particulièrement atroce. Elle est d’une terrible efficacité. L’affaire Mohammed al-Durah n’aurait pas connu un tel succès sans ce substrat chrétien. L’accusation de meurtre rituel a été concoctée dans le monde chrétien et a perduré jusqu’au XIXe siècle. On se souvient de l’affaire de Damas (1840), de l’accusation du consul de France à Damas, accusation reprise par le gouverneur égyptien de la Syrie.

Tout un lexique est à revoir, comme « Territoires occupés », « colons » et j’en passe, un lexique que les médias français (pour ne citer qu’eux) passent en boucle afin d’écraser tout sens critique. Pourquoi ce grand trafic sur le lexique, plus particulièrement lorsqu’il est question d’Israël ? On prépare les esprits à l’esclavage et selon des techniques parfaitement staliniennes. Notons que l’emploi de ces techniques éprouvées ne se limite pas à la dénonciation d’Israël.

Il s’agit bien d’une guerre de religion. L’Islam « colle au cul » des Juifs comme les Chrétiens ne l’ont que trop fait — avec cette théologie de la substitution. Les Juifs, ces grands témoins, sont gênants parce que… témoins. C’est pourquoi on s’efforce de les « effacer » par divers procédés, violents ou insidieux avec, notamment, ce grand trafic sur le langage auquel se livrent les médias d’Europe — et l’intelligentsia française n’est pas en reste. La doucereuse pénétration des capitaux saoudiens et qataris suffit-elle à expliquer une telle inclinaison ? Je ne crois pas. Il y a autre chose, une alliance silencieuse entre un antisémitisme « bien de chez nous » et un antisémitisme d’importation. Et il est impossible de pénétrer les arcanes de l’antisémitisme sans faire une promenade du côté de l’antijudaïsme.

S’il est une désignation justifiée c’est bien celle de « peuple juif », une désignation aussi juste qu’est fausse celle de « race juive ». « Le projet de fonder une grande communauté humaine qui saurait ‟garder la voie de Dieu pour faire la justice et le jugement” (Gen., 18 : 19) se manifeste dès la genèse de la constitution de ce peuple, qui sut conférer à l’idée divine une définition claire et affinée, à un moment où, d’une façon incontestée, le paganisme régnait dans sa sauvage impureté », écrit Benjamin Gross dans « Les défis du destin juif – Politique et religion dans la pensée du Rav Kook ». Il y a l’origine religieuse (le socle religieux) même si elle n’est pas toujours apparente au niveau individuel, tant en Israël que dans la Galout (l’Exil). Mais l’idée de peuple juif ne peut être limitée à la religion, contrairement à ce que s’efforce de faire accroire la propagande palestinienne pour ne citer qu’elle. Être juif, c’est aussi appartenir à une famille, à un peuple, à une famille-peuple, à un peuple-famille. A ce sujet, je ne puis que conseiller la lecture du livre d’Adin Steinsaltz, « Les Juifs et leur avenir ».

Il suffit de lire les écrits des voyageurs au XIXe et XXe siècle dans la région Palestine pour comprendre que le qualificatif Palestinien et ses dérivés n’ont rien à voir avec ceux que l’on nous sert en entrée, en plat de résistance et au dessert. Si vous lisez les souvenirs de guerre de Thadée Diffre, un Chrétien, officier supérieur du Palmach, vous comprendrez que même en 1947-48, Palestiniens s’appliquait spontanément aux Juifs de Palestine. La guerre est plus que jamais lexicale.

 

Thadée DiffreThadée Diffre (surnommé « Teddy Eitan »), le grand à lunettes.

 

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

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Réponse à un courrier au sujet de l’Iran 

 

Une amie m’écrit au sujet de l’article « Quelques considérations géopolitiques » publié sur ce blog le 22 décembre 2015 :

« Olivier, il y a un point que tu ne traites pas. Le danger de l’Iran concernant Israël serait-il une « idée fixe » des responsables politiques israéliens ? Pourquoi Benyamin Netanyahou serait-il allé plusieurs fois aux USA pour parler avec véhémence de ce danger pour son pays ? Comment expliques-tu les craintes d’Israël ? Et as-tu une idée (même toute petite) sur ce qui pourrait débloquer la situation entre ces deux pays ? Car effectivement les Iraniens c’est autre chose que les Bédouins ! »

Ma réponse :

Chère C., je comprends tes interrogations, tes inquiétudes. En fait, tout est à la fois simple et compliqué. Mon intérêt pour l’Iran ne porte en rien préjudice à Israël, pays à l’histoire unique, énigmatique. A ce propos, mon sionisme sera qualifié par beaucoup d’extrême puisque je suis partisan de l’application du Plan de paix Elon, pour le bien de tous, tant des Juifs d’Israël que des « Palestiniens ». A ce sujet, question lexicale, il n’y a pas de « Cisjordanie » ou de « Territoires occupés », il y a la Judée-Samarie ; de même, il n’y a pas de « Palestiniens » au sens courant du terme, à moins qu’on ne considère qu’il désigne les Juifs de la région. Et c’est bien dans ce sens qu’en faisaient spontanément usage les voyageurs avant la création de l’État d’Israël.

 

 Israel-Iran

 

Je ne suis pas un pacifiste ; l’homme de paix n’est pas un pacifiste et peut s’il le faut se convertir en homme de guerre… pour la paix. Le pacifisme — cette idéologie — est responsable des pires désastres. N’oublions pas qu’en France nombre de pacifistes (ils étaient généralement diversement de gauche) ont terminé dans le lit des nazis après avoir fait leur lit… Je suis pour un Israël puissant, pourvu d’une armée capable de décourager ceux qui rêvent de le détruire.

Benyamin Netanyahou aime son pays et cherche à le protéger, à le fortifier, ce qui est bien le plus important. Je n’ai pas à le juger. Je ne sais s’il en « rajoute » sur le danger iranien pour cause de politique intérieure et de manœuvres électorales. Je ne suis pas assez fin connaisseur de la politique intérieure du pays et je ne pratique pas l’hébreu. Je préfère donc me taire. Je pourrais te parler pendant des heures et avec une certaine assurance de la politique intérieure espagnole, puisque je vis dans ce pays et lis régulièrement sa presse, mais discourir sur la politique intérieure israélienne comme le font trop d’ignares, non ! Je n’en ai pas les compétences. Je suis parfois tenté de dire que Benyamin Netanyahou en « rajoute » à l’occasion, suivant un schéma bien connu, soit pousser de côté des questions de politique intérieure en désignant impérativement un danger extérieur ; mais je me reprends aussitôt car, vraiment, je le redis, ma connaissance de la politique intérieure israélienne manque de profondeur.

Le dessin de Mana Neyestani (publié dans l’article intitulé « Quelques considérations géopolitiques ») m’a sauté aux yeux tant il traduit ce que j’éprouve, fort d’une expérience certes limitée mais que je ne puis pas pour autant me décider à mettre au placard. Et, je me répète, je ne suis pas un suppôt du régime de Téhéran. Israël doit fortifier sa défense avec une détermination infaillible.

Je vais mettre les points sur les i, fort de mon expérience. Les Arabes n’aiment pas les Juifs et détestent plus ou moins ouvertement Israël. Cette affirmation ne relève pas d’une grossière généralisation, c’est ainsi. Le Juif et Israël taraudent l’Arabe qui n’hésitera pourtant pas à minauder Israël s’il juge qu’il peut lui être utile ; et il reprendra sa diatribe et ses violences sitôt qu’il jugera que le danger (l’Iran en l’occurrence) s’est éloigné. Le sentiment de frustration que porte l’Arabe face au Juif et Israël relève véritablement de la psychanalyse voire de la psychiatrie. Mais à ce degré, l’Arabe doit être son propre psychanalyste, son propre psychiatre. L’Iranien quant à lui ne traîne pas de telles névroses. Les Juifs et Israël disposent d’un espace mental autrement plus vaste avec les Iraniens qu’avec les Arabes et je suis certain qu’ils le pressentent malgré leurs inquiétudes. Léon Pinsker juge que l’antisémitisme est une maladie stricto sensu ; je partage pleinement ce jugement.

Je me permets de donner voix à mes intuitions et redire que je ne crois pas à une guerre entre Israël et l’Iran, ni même à une attaque préventive israélienne — à laquelle s’opposent un nombre non négligeable de hauts responsables israéliens. On s’en tiendra à de « mystérieux » assassinats, à de « mystérieux » accidents, à une guerre de l’ombre, de relativement basse intensité donc.

Dois-je te dire que j’apprécie l’action du graphiste israélien Ronny Edry que je place au-dessus du gogo, du pacifiste de base, du pote-à-tout-le-monde ? Mais écoutez-le :

https://www.youtube.com/watch?v=6Lp-NMaU0r8

Je ne suis en rien un spécialiste de la question iranienne. Je me contente de prendre note de certaines impressions. Je sais que les relations entre Israël et l’Iran ne sont pas marquées du sceau de la destruction et de la mort. Il faut aussi et d’abord donner voix aux peuples — ce que fait Ronny Edry — et ne pas s’en tenir aux dirigeants qui passent autrement plus vite que les peuples.

J’insiste. Les Israéliens n’ont vraiment rien à faire du côté des Arabes même si certains de leurs dirigeants leur font les yeux doux — pour cause de danger iranien et plus généralement chiite. Il n’en reste pas moins que le rêve ultime de l’Arabe est la réduction des Juifs à la dhimmitude (voire leur égorgement) et l’anéantissement d’Israël. Rien de tel avec les Iraniens. On me mettra en garde, on me dira que ces derniers sont particulièrement rusés et que leur pouvoir de dissimulation est parfait. Il est vrai qu’ils sont meilleurs joueurs d’échecs que les Arabes, plus fins diplomates, plus versés dans l’étude et la connaissance. Il me semble qu’ils ont au moins un peu à voir les Juifs…

Je suis certain qu’il va se passer de grandes choses entre l’Iran et Israël. Il ne s’agit pas de baisser la garde, de se faire pacifiste béat (je t’ai dit ce que je pensais des pacifistes et du pacifisme), il s’agit de ne pas se fermer aux intuitions nourries par l’histoire, loin du tintamarre médiatique qui encage des esprits après les avoir éreintés. Non, l’avenir de l’Iran et d’Israël n’est pas la guerre et l’apocalypse nucléaire ! Patience ! Il va se passer de grandes choses ! Les relations entre l’Iran et Israël désignent un espace considérable, infiniment supérieur à celui que propose la stabulation et la rumination arabes.

Ma réponse reprend des idées énoncées dans des articles publiés sur ce blog même dont l’article en lien ci-dessous dans lequel je cède en quelque sorte la parole à Antoine Sfeir, auteur de « L’islam contre l’islam » sous-titré « L’interminable guerre des sunnites et des chiites » et dont je te conseille la lecture :

http://zakhor-online.com/?paged=3

Concernant une possible attaque contre l’Iran, je te mets en lien un article extrait d’un site, « Le Saker francophone », et signé George Friedman dont les conclusions peuvent être discutées. En fait, il s’agit plus d’hypothèses que de conclusions, c’est pourquoi il me paraît si intéressant. Il ne se perd pas dans les détails techniques (où personne ne s’y retrouve hormis les spécialistes) sans pour autant les négliger. J’en apprécie la tonalité. Ci-joint l’article ; et si tu es anglophone, l’original publié dans « Stratfor Global Intelligence » :

http://lesakerfrancophone.net/israel-pourquoi-lattaque-sur-le-nucleaire-iranien-na-pas-eu-lieu/

https://www.stratfor.com/weekly/israel-case-against-attacking-iran

 

Olivier Ypsilantis

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L’antisémitisme grec 

 

Antisémitisme grecHonteuse caricature parue dans Ethnos (ειδησεις), le 7 avril 2002. Traduction : « Ne te sens pas coupable, mon vieux. On n’est pas allé à Auschwitz et à Dachau pour souffrir mais pour apprendre. » Sur le panneau, en bas et à droite de l’image figure le mot « Palestine ». 

 

Je n’ai pris que tardivement conscience de l’antisémitisme grec. Je jugeais impossible que l’antisémitisme puisse être grec ; et d’abord pour une raison assez simple : la partie grecque de ma famille a toujours parlé des Juifs avec respect voire émotion. J’ai grandi avec l’idée que Grecs et Juifs étaient frères malgré un héritage nettement différencié. C’est donc avec une tristesse mêlée d’étonnement que j’ai découvert que l’antisémitisme pouvait se décliner sur un mode grec. J’ai tenté d’en comprendre la spécificité, un exercice pénible auquel je n’ai probablement pas prêté assez d’effort. J’ai commencé par apprendre que Mikis Thodorakis (dont j’appréciais tant les musiques de films et les recherches musicales) avait tenu des propos dignes d’un μαλάκας — soit dans ce cas un « connard ».

Inséré dans un dossier publié sous la direction de Manfred Gerstenfeld et Shmuel Trigano sous le titre « Les habits neufs de l’antisémitisme en Europe » (Éditions Café Noir, collection « Dissidence »), un article d’Andrew Apostolou m’a aidé dans mon enquête. Cet article s’efforce d’analyser l’antisémitisme grec à partir des réactions grecques qui firent suite aux attentats du 11 septembre 2001. En Grèce, ces attentats excitèrent un anti-américanisme latent bientôt épicé d’antisémitisme, au point que l’ambassade d’Israël à Athènes publia deux démentis officiels au mensonge des Arabes — un de plus — selon lequel les Juifs avaient été avertis de ne pas se rendre au World Trade Center le jour des attentats. La Grèce est le seul pays où, face à l’insistance de ce mensonge, une ambassade d’Israël se vit contrainte à agir de la sorte, ce qui donne une idée de l’état des lieux… Tandis que les médias grecs incontinents se chiaient dessus, la classe politique se taisait ; mais certains membres de cette honorable classe ne tardèrent pas à se laisser séduire par cette σκατά (merde). L’antiaméricanisme d’une frange de la gauche ne fut que faiblement condamné avant d’être plus ou moins justifié : le 11 septembre apparaissait comme un juste retour des choses. Des journalistes du I Kathimerini  (Η Καθημερινή) acclamèrent les attentats, un coup bien assené contre le monstre américain. Il est vrai que peu d’années auparavant, au cours de la guerre du Kosovo (1998-1999), les Grecs avaient été profondément irrités par les bombardements de l’OTAN contre les Serbes et jusqu’au centre de Belgrade.

Les Grecs ont une vision volontiers romantique du terrorisme qu’ils voient comme une lutte des opprimés contre les tyrans, vision qui a des origines historiques, de la guerre d’indépendance (1821-1829) contre le Turc (avec en figure de proue le Klepht – κλέφτης) à la Résistance contre les nazis sans oublier Chypre et l’EOKA (Εθνική Οργάνωσις Κυπρίων Αγωνιστών). L’indulgence grecque envers le terrorisme est particulièrement marquée dans les années 1980, alors que le PASOK (ΠΑ.ΣΟ.Κ., soit Πανελλήνιο Σοσιαλιστικό Κίνημαest) est au pouvoir. En est-il de même aujourd’hui ? Je ne sais. Cette indulgence manque de sens critique, ce qui est étonnant de la part d’un peuple qui plus que tout autre (hormis le peuple juif) aime le débat politique. L’histoire très particulière des Grecs explique cependant certains « réflexes », au sujet de la Macédoine par exemple. Il ne s’agit pas d’excuser la satisfaction plus ou moins affirmée de nombreux Grecs suite aux attentats contre le WTC ; on ne peut toutefois leur faire oublier le rôle de la CIA dans le soutien apporté aux colonels. Et une fois encore, n’oublions pas l’irritation des Grecs face à l’aide apportée par l’OTAN aux musulmans bosniaques et aux Albanais du Kosovo. Le peuple grec n’a jamais oublié l’oppresseur ottoman (musulman) et de ce point de vue je n’ai pas à le juger.

Mais passons à un autre degré auquel je tourne radicalement le dos, le ragout antisémite me faisant vomir tripes et boyaux. Personne n’ignore que la prose de Noam Chomsky et d’Edward Saïd est appréciée en Grèce — et ailleurs. L’infernale petite logique de-gauche est actionnée par le qvi bono ? La question amène aussitôt la réponse — de fait, elle la contient, soigneusement emballée. Et pourquoi s’en priver ? La théorie du complot est un deus ex machina (expression issue du théâtre grec) qui permet de dénouer les situations les plus complexes et qui évite les maux de tête aux camarades. A dada sur cette théorie, nombre de Grecs jugèrent donc que le principal bénéficiaire de la campagne aérienne de l’OTAN dans les Balkans était le Turc, l’ennemi historique. Je n’aime pas le Turc mais il faut être juste : si la population turque était dans son ensemble favorable à cette campagne, l’appareil d’État s’inquiétait de la légitimation de la doctrine de l’intervention pour des raisons humanitaires.

Pour les Grecs, la Turquie bénéficiait de la défaite du nationalisme serbe, ce qui supposait  logiquement (?) qu’elle bénéficiait à l’allié de la Turquie qu’était Israël. Donc, les États-Unis sont anti-Serbes et pro-musulmans dans les Balkans parce que cela profite à Israël. Ben voyons ! Alors qu’au Moyen-Orient, les États-Unis sont anti-musulmans parce que cela profite à Israël. Ben voyons ! Une fois encore, on néglige la connaissance historique pour mieux servir le préjugé. Il est vrai que l’antisémitisme et l’antisionisme, forts de leurs idées préconçues, n’ont que faire de la réalité. Dans le cas qui nous occupe, exit l’accord militaire israélo-turc entérinant de manière formelle les relations établies à la fin des années 1950, suite aux menaces sécuritaires que le Moyen-Orient faisait peser sur ces deux pays. L’« explication » était toute trouvée : le lobby juif. De fait, les Grecs s’y connaissent en matière de lobbyisme, aux États-Unis notamment. Les gouvernements grecs dépensent des sommes énormes pour soutenir leurs lobbies mais ils restent peu efficaces, probablement parce que l’individualisme grec est depuis l’Antiquité assez féroce. Quoiqu’il en soit, le lobby grec est jaloux du lobby juif, d’où les ragots selon lesquels les Juifs ont été avertis de l’attentat contre les Twin Towers, ragots colportés plus au moins explicitement par les médias du pays. On pourrait multiplier les exemples qui attestent d’une recrudescence de l’antisémitisme en Grèce suite aux attentats du 11 septembre.

 Graffitis cimetière Larissa
 

L’antisémitisme en Grèce n’est pas plus violent que dans d’autres pays ; il est même moins violent ; mais ce qui fait sa triste spécificité, c’est qu’il n’est presque jamais dénoncé. Pour boucler la boucle, disons que ce peu d’entrain à le dénoncer va de pair avec le peu d’entrain à dénoncer le terrorisme. Souvenez-vous de la longue vie de l’Organisation révolutionnaire du 17-Novembre (Επαναστατική Οργάνωση 17 Νοέμβρη) qui opéra en toute impunité, avec vingt-trois meurtres à son actif en vingt-cinq ans, depuis l’assassinat, en 1975, d’un responsable de la CIA jusqu’à celui de l’attaché militaire britannique, en 2000, sans compter de nombreux vols à main armée. L’anti-américanisme de cette organisation séduisait probablement de nombreux Grecs. Aucun de ses membres ne fut arrêté jusqu’au démantèlement de l’organisation en 2002, suite aux confessions de l’un d’eux, gravement blessé par l’explosion prématurée de sa bombe.

La réaction des Grecs de Grèce aux attentats du 11 septembre indigna les Américains d’origine grecque ; mais la question de l’antisémitisme ne fut jamais évoquée.

 

 Olivier Ypsilantis

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