Quelques considérations géopolitiques

 

Comment concilier mon iranophilie et mon sionisme ? Ceux qui me lisent savent que je place de grands espoirs dans le peuple iranien ; je dis bien le peuple, non le régime ! Je ne nie en aucun cas le danger que constitue le nucléaire iranien et je partage l’inquiétude d’Israël à ce sujet. Mais enfin, à quoi servirait de s’allier au pire du monde arabe pour espérer en finir avec la menace iranienne ? La belle affaire que de se retrouver encore plus embobinés avec les Saoudiens et les Qataris, ces financiers du djihadisme, ces nouveaux-riches, ces esclavagistes, ces encagés mentaux… Non seulement il faudrait se séparer au plus vite de cette engeance mais il faudrait opérer un véritable coup de force sur leurs investissements et boycotter leur pétrole. Il nous faut trouver au plus vite des solutions inédites favorisant un rapprochement avec l’Iran. L’entente avec l’Iran (pas à n’importe quel prix, bien sûr) est la voix royale, parallèlement à la création d’un Grand Kurdistan qui, dans un premier temps, engloberait la partie irakienne et la partie syrienne.

 

Kurdistan

 

Le clivage entre Arabes et Kurdes s’affirme comme s’affirme le clivage entre chiites et sunnites. L’islam n’est un monolithe qu’en apparence ; il est parcouru de fractures horizontales, verticales et diversement diagonales ainsi que je l’écris si volontiers. Ce fait est essentiel et doit guider les décisions géo-stratégiques. La fracturation des pays arabes doit se poursuivre impitoyablement.

J’ose affirmer que la longue durée (pour reprendre l’expression de Fernand Braudel) œuvre à un rapprochement entre Israël et l’Iran. D’aucuns m’accuseront de prendre mes désir pour des réalités mais l’étude m’incite à penser que c’est dans cette direction qu’il faut aller. Je juge que le sunnisme et ses tendances radicales présentent un danger bien plus sérieux que l’Iran. La Turquie, pays sunnite mais de tradition laïque par la grâce de Mustapha Kemal Atatürk, a traditionnellement montré une relative bienveillance envers les Juifs au cours des siècles ; pensons notamment à Bajazet II et aux Juifs chassés d’Espagne. Mais à présent, elle se voit islamisée par le perfide Erdogan. Fort heureusement, sa politique étrangère est un échec, en Syrie surtout. El-Assad peut lui faire la nique. Il restera en place et sera l’une des solutions au problème syrien après partition du pays et création d’un territoire alaouite-chrétien. Par ailleurs, les Kurdes risquent fort de donner du fil à retordre à la Turquie car ils représentent environ un tiers de sa population. La partition de la Turquie et son affaiblissement définitif sont souhaitables. Le Grand Kurdistan (soit la partie irakienne, syrienne et turque) pourrait constituer un puissant lien entre l’Iran et Israël.

Je suis toujours plus certain que l’Iran, le peuple kurde (en attendant le Grand Kurdistan) et Israël font former un noyau dominant sur l’ensemble du Moyen-Orient, noyau appuyé par d’autres communautés menacées par la masse arabo-musulmane : chrétiens de diverses obédiences, yezidis, alaoutites et druzes pour ne citer qu’eux. Il faut en finir avec le monde arabe, il faut le rabaisser définitivement. L’affaire est bien engagée. La Turquie doit suivre, la Turquie amputée territorialement et interdite d’Europe. Le Pakistan, pays du sunnisme radical, pays atroce, soutien des Taliban, doit être compressé entre l’Iran et l’Inde. Il est loin le Processus de Barcelone dont le concierge du Qatar (j’ai nommé Sarkozy) et Zapatero le Crétin Parfait faisaient la promotion. Il est loin le monde dans lequel les (désastreux) Accords d’Oslo ont été cuisinés et dont on nous a gavés.

Le « peuple palestinien » est une invention récente, invention qui répond à une stratégie de l’O.L.P. au cours des années 1970. Le « peuple palestinien » est bien le peuple inventé, pour parodier le titre du best-seller de Schlomo Sand. Les « Palestiniens » sont des Arabes et les vrais Palestiniens (sans guillemets donc) sont les Juifs d’Israël et des territoires « occupés ». Qui sont les « Palestiniens » ? Ceux de Gaza ou de Cisjordanie (ou, plutôt, de Judée-Samarie), ceux du Hamas ou ceux du Fatah ? Les Arabes d’Israël, citoyens israéliens ? Les Palestiniens de Jordanie ? Shmuel écrit (et je souscris pleinement à cette conclusion) : « L’alliance du Fatah et du Hamas montre également que le Hamas est le fond du paysage palestinien, son décor-cadre. Si, demain, un accord était passé avec l’Autorité palestinienne, Israël se retrouverait inéluctablement face au Hamas, réduisant à néant toute promesse contractuelle : un cas de figure déjà vu en Algérie avec les Accords d’Evian passés avec le Gouvernement provisoire de la République algérienne (G.P.R.A.) mais jamais respecté avec le Front de libération nationale (F.L.N.) qui l’a suivi. »

La décomposition du monde arabe est pour l’heure favorable à Israël, en dépit de bien des incertitudes. En sera-t-il toujours ainsi ? Je ne puis le dire. A ce propos, cette décomposition est pour l’heure si favorable à ce pays que les adorateurs de la Théorie du Complot (ou théorie conspirationniste) jugent que tout ce qui se passe aujourd’hui au Moyen-Orient est le produit du « Plan Yinon » (1982). C’est si vrai qu’aucun site ni aucun blog ne rend compte de ce plan d’une manière neutre.

Si je crois au peuple iranien, je ne crois pas au peuple arabe, quel que soit son régime. Je reconnais cependant le courage d’Arabes, femmes et hommes, qui luttent contre l’abrutissement, souvent au risque de leur vie, des individus menacés par l’ochlocratie — du grec ancien ὀχλοκρατία, soit le pouvoir de la masse sur tous.

Mon appréciation de l’Arabie saoudite ne diffère pas de celle de Frédéric Encel dans cet article intitulé « L’État islamique partage la même vision du monde que les Saoudiens » :

http://www.lopinion.fr/6-octobre-2014/frederic-encel-l-etat-islamique-partage-meme-vision-monde-que-saoudiens-17059

 

Iran, peuples persophones en 2003

 

  Olivier Ypsilantis

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Martin Buber et le principe dialogique – 3/3

 

Martin Buber fait ses études universitaires avec deux maîtres, Wilhelm Dilthey et Edmund Husserl. Parmi ses condisciples et amis, Max Scheler, Nicolai Hartmann, Dietrich von Hildebrand et Martin Heidegger. Martin Buber s’intéresse à la méthode phénoménologique d’Edmund Husserl première version. Sa déception est grande lorsque paraît le premier volume de ‟Ideen” qui marque un virage vers l’idéalisme transcendantal. L’immense intérêt de Martin Buber pour le hassidisme et ses principes l’incline à penser que le véritable accès à la connaissance de l’être n’est pas conduit par l’approche conceptuelle et logique mais par une approche plus immédiate, plus ample.

 

Martin Buber 3Martin Buber photographié par Fred Stein

 

L’insuffisance des propositions de la philosophie transcendantale (notamment quant à la question de l’altérité) stimule la réflexion de Martin Buber. L’autre ne se déduit pas de la raison pure (voir René Descartes et Edmund Husserl) ou de la raison pratique (voir Emmanuel Kant et Johann Gottlieb Fichte). Face à l’insuffisance de ces tentatives pour définir l’altérité, la Begegnungsphilosophie apparaît bien comme une réaction. En effet, si l’être se trouve réduit pour ma conscience à un ensemble de significations, un seul type de relation est possible entre l’autre et moi : la connaissance objective par laquelle je ne vois l’autre que comme un autre je et non comme un autre. La connaissance transcendantale de l’autre n’appréhende pas l’essence de l’autre. La philosophie transcendantale cultive malgré elle le paradoxe et sa volonté de s’extraire de l’isolement de l’ego cogitans n’aboutit pas : l’autre ne sort pas de l’aire d’activité du je qui ne cesse de se référer à lui-même dans une égologie sans fin.

Martin Buber se rebelle contre Edmund Husserl lorsqu’il évoque les rapports entre le je et l’autre. Il se rebelle contre cet enfermement du je dont José Ortega y Gasset rend compte dans ‟La percepción del prójimo” lorsqu’il écrit que l’autre n’est qu’un ‟fantasma que nuestro yo proyecta precisamente cuando cree recibir de fuera un ser distinto de sí mismo, con lo que quedaríamos condenados a vivir cada uno de nosotros aherrojado dentro de sí propio, sin visión ni contacto con el alma vecina, prisionero del más trágico destino, porque cada cual sería a la vez el preso y la prisión”. Martin Buber s’élève donc contre les propositions d’Edmund Husserl telles que celui-ci les expose dans ‟Meditationen und Pariser Vorträge”. A la problématique de l’autre ainsi posée, Martin Buber oppose le principe dialogique, un principe en prise avec la théorie de la connaissance. Il ne s’agit plus de décrire la manière dont un sujet atteint un objet mais de préciser l’espace où trouver les structures qui permettent l’objectivation. Afin de dépasser l’idéalisme transcendantal et sortir de ce je enfermé en lui-même, Martin Buber présente la doctrine de la relation Ich und Du comme une volonté de décrire positivement cet effort qui au-delà de l’objet se porte vers l’être sans que cette connaissance n’engendre une entité inhumaine et neutre (voir Martin Heidegger) mais rende compte d’une relation et, ce faisant, de la société comme d’une vicissitude fondamentale de l’être.

Pour Martin Buber, la relation Ich und Du est une relation d’immédiateté, sans intermédiaire, un face-à-face. Être-au-monde revient à être reconnu comme être indépendant, autonome. Ainsi, une totalité se construit-elle en chaque individu pour lequel entrer en contact avec l’autre revient à appréhender la totalité et l’unité de ce dernier. Ainsi sommes-nous l’un pour l’autre totalité et unité. Et le je ne décrète ni n’organise cette unité. Martin Buber ne flotte pas dans les brumes de la mystique, contrairement à ce que certains ont laissé entendre. Il affirme que la condition de toute véritable rencontre tient à la spécificité de ceux qui y participent. De plus, le langage, vecteur de la rencontre, fait que les protagonistes restent distincts l’un de l’autre : le Du se distingue du Ich. En étudiant la philosophie de Martin Buber, on devine entre les lignes l’héritage hébraïque : le refus de ‟diviniser” l’homme, un refus aussi radical que celui d’incarner Dieu.

Pour Martin Buber, la philosophie de Martin Heidegger et celle d’Edmund Husserl représentent l’effort suprême pour envisager l’être ; et, en ce sens, elles peuvent être de formidables plates-formes à partir desquelles déployer la critique. Il juge qu’il est aussi nécessaire qu’urgent, à partir de ses postulats sur l’être, d’établir une forme de relation qui ne soit ni connaissance objective ou discours mais relation du Ich au Du, d’une part ; et une relation secondaire, celle du Ich au Er, d’autre part — la relation sujet-objet de la philosophie transcendantale. Martin Buber prend donc appui sur la philosophie idéaliste jusqu’à Edmund Husserl et sur celle de Martin Heidegger, une autre forme d’idéalisme transcendantal ; il prend appui sur elles pour mieux dénoncer leur radicalité. Il invite à la rencontre et au dialogue avant tout discours sur l’être.

L’importance de la philosophie de Martin Buber doit d’abord s’appréhender en regard de sa critique de la théorie de la connaissance et de l’ontologie idéaliste. Sa doctrine de la relation Ich und Du (par rapport à celle de la relation Ich und Er) présente une sérieuse objection à la philosophie transcendantale.

Martin Buber est l’auteur d’une traduction de la Bible en allemand, un travail qu’il a mené en collaboration avec Franz Rosenzweig avant de continuer seul après la mort de ce dernier, en 1929. Sa reformulation du sens de l’herméneutique permet de préciser ce qui l’oppose : d’un côté, à la philosophie idéaliste-transcendantale ; de l’autre, au rabbinisme traditionnel et à ses principes exégétiques. Il insiste sur la nécessité quant à la compréhension de l’Écriture de convertir sans cesse le Er en Du. Il insiste également sur l’oralité de la Bible, un livre qui a été transmis oralement depuis l’origine. Martin Buber invite donc à chercher l’esprit de la lettre non seulement dans les mots mais aussi dans la syntaxe, les sonorités, les parallélismes, etc. Le rythme est un principe qui illumine le texte dans chacune de ses parties et dans son ensemble, dans ses répétitions (de sons ou de mots), des répétitions destinées à guider vers l’idée qui sous-tend le texte. Chaque lecture de l’Écriture, nous dit Martin Buber, fait surgir un sens nouveau ; chaque mot porte d’innombrables virtualités ; l’Écriture est palimpseste. Il nous invite à une lecture qui laisse place à la subjectivité, à ma subjectivité, à mon expérience. Mais comment maintenir la conscience et la cohésion de la communauté si les subjectivités individuelles sont ainsi mise en avant dans l’interprétation de l’Écriture, de la Torah (Loi prescriptive du judaïsme) et autres textes pas nécessairement bibliques à caractère juridique, étique, scientifique, etc. ? Comment concilier cette constante recherche de sens nouveaux et la nécessité de transmettre avec clarté la volonté de Dieu ? Franz Rosenzweig fait part de son inquiétude à Martin Buber : rénover l’étude des sources juives sans adhérer au compromis à caractère normatif de la Loi ne risque-t-il pas de conduire à une impasse ? Martin Buber s’empresse de lui répondre que l’existence juive est une exégèse vivante et permanente de l’Écriture ; ainsi la Révélation est-elle sans cesse renouvelée. Être juif, c’est vivre dans un perpétuel mouvement rénovateur excluant le principe dogmatique. Ainsi peut-on présenter deux manières de se conformer à la Loi :  pratiquer de manière automatique les 613 commandements (mitsvot) parce qu’on respecte l’autorité qu’ils ont acquis par la volonté de la communauté ; pratiquer parce qu’on perçoit en eux la voix de Dieu. La Révélation n’est pas un système dogmatique où l’individu s’en tient à la relation Ich-Er. Certes, les lois doivent se dire d’une manière objective, transmissible ; mais pour rester vivantes, elles doivent être sans cesse replacées dans le contexte de la rencontre. La Torah est normative mais elle est essentiellement non-loi. La voix qui conduit la prescription est toujours perceptible ; mais la Torah ne peut être réduite à la Loi sous peine de perdre sa vitalité, son dynamisme. L’accomplissement de la Loi n’est pas point d’arrivée mais point de départ d’un processus sans fin dont la validité dépend de l’engagement personnel, de l’exercice de la liberté individuelle. La Loi limitée à elle-même et suivie mécaniquement ne génère qu’hostilité de tous contre tous. Sous prétexte de sécurité, elle empêche la rencontre, la rencontre qui suppose insécurité et imprévu.

Dans la philosophie de Martin Buber, le dialogue n’a pas le sens qu’il a chez Platon et  Hegel. Selon Martin Buber le dialogue se définit comme nous l’avons vu dans la relation Ich und Du, une relation qui s’élève à la théorie sociale et politique, relation par laquelle est dénoncé l’enfouissement du Ich juridique, éthique, religieux ou philosophique sous des principes universels et abstraits. Martin Buber milite pour un État non pas comme Wir impersonnel mais relation fraternelle Ich/Du inlassablement revitalisée par le dialogue, par l’universalité du dialogue qui seul est à même d’appréhender le Du comme authentiquement autre et introduire ainsi la justice dans la société sans porter préjudice à la liberté. Mais, nous dit Martin Buber, l’avènement de la justice et de la liberté par l’authentique dialogue ne procède pas du volontarisme d’individus soucieux d’établir la justice. La volonté initiale vient de Dieu qui, pour ce faire, invite l’homme à coopérer. On pense à certaines déclarations de Max Horkheimer (1895-1973). Le règne de la justice est impossible par la seule intériorité ; il procède d’une responsabilité première — essence de la liberté — en vertu de laquelle l’homme décide de participer à l’œuvre de rédemption. Comme on le voit, le fameux ‟humanisme” de Martin Buber est une tension vers l’avènement du Royaume du Messie où la justice ne se limite pas à l’éthique et au social. La responsabilité que suscite l’appel du Du ne se limite pas à l’éthique sociale, cet appel suppose une participation dans le creuset de l’histoire des hommes-et-de-Dieu. La morale trouve dans la rencontre valeur et dignité ; mais c’est la rencontre (et non la morale) qui promeut la justice — la rencontre qui est appel du Du et réponse du Ich. Ainsi l’individu peut-il sauvegarder sa liberté face aux abstractions universelles sans pour autant sombrer dans l’égoïsme. La rencontre importe plus que l’impératif éthique qui submerge tout dans l’indifférencié. La pensée de Martin Buber s’articule sur la différenciation entre le commandement biblique ‟être saint” et le commandent éthique ‟être bon”. La sainteté à laquelle tout homme est convié s’oppose au nivellement ; elle suppose la singularité de chaque homme, singularité qui n’exclut en aucun cas la présence au monde et l’engagement social. Cette singularité qui est responsabilité, cette singularité qui se traduit en actes, dépasse amplement le cadre de l’éthique.

Cette appréciation du dialogue explique en grande partie le refus de Martin Buber le sioniste de collaborer à la création d’un État juif en Palestine. Selon lui, le dialogue entre Juifs et Arabes n’est pas compatible avec un État centralisé. Il prône un socialisme structuré autour de petites communautés anarcho-personnalistes ainsi qu’il l’expose dans ‟Pfade in Utopia”. Le monde ne peut être une authentique patrie pour l’homme que par le biais d’une communauté vivante qui est dialogue d’individu à individu. Il ne s’agit donc pas vraiment de cette Gemeinschaft (communauté) que Ferdinand Tönnies (1855-1936) oppose au Gesellschaft (société) envisagé comme une organisation au sein de laquelle les hommes sont en compétition permanente pour le pouvoir. La communauté telle que Martin Buber l’envisage est une communauté volontariste, édifiée par des hommes libres qui maintiennent entre eux des relations directes — le face-à-face —, relations que cimente la participation collective à dimension spirituelle (voir ‟Zwischen Gesellschaft und Staat”). Précisons que Martin Buber n’est pas pour autant un chantre du mutualisme médiéval, un sympathique utopiste qui jette l’anathème sur le progrès technique. Ce qu’il a en tête, c’est la communauté biblique réactualisée par la communauté hassidique, une communauté qui fortifie l’individu.

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Ci-joint, un excellent article publié sur le blog de Pierre Itshak Lurçat, Vu de Jérusalem, et intitulé “Le péché originel de la gauche israélienne (I) Martin Buber et le sionisme : histoire d’une trahison”, un article polémique dont je partage l’analyse :

http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/archive/2014/02/25/le-peche-originel-de-la-gauche-israelienne-i-martin-buber-et-893035.html

J’ai par ailleurs publié un article dédié à Martin Buber sur ce blog même, intitulé “Martin Buber – « Fragments autobiographiques »” ; il contient un trait d’humeur qui rejoint l’analyse faite par Pierre Itshak Lurçat :

http://zakhor-online.com/?p=2539

Et afin de donner une prolongation dans le monde d’aujourd’hui au constat de Martin Buber, je mets en lien ce très bel article d’Abdennour Bidar intitulé “La pauvreté spirituelle d’un certain islam confine à l’indigence”, publié à l’occasion de la sortie de son dernier livre “Plaidoyer pour la fraternité” :

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/02/20/31003-20150220ARTFIG00277-abdennour-bidar-la-pauvrete-spirituelle-d-un-certain-islam-confine-a-l-indigence.php

 

  Olivier Ypsilantis

 

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Martin Buber et la Bible – 2/3

 

Martin Buber 2

 

Pour Martin Buber, la réalité — l’histoire — est le point de rencontre entre Dieu et les hommes, un postulat que sous-tend un autre postulat : il n’y a aucun absolu originel car depuis le Début, l’histoire témoigne de la relation de l’homme à Dieu, l’histoire qui doit être envisagée comme interaction entre le divin et l’humain. La plus haute révélation est celle de la rencontre entre Dieu et l’homme, à part égale, dans cette aire spatio-temporelle qu’est l’histoire. Autrement dit, l’action de l’homme en tant qu’individu a une consistance au niveau historique. Hâtons-nous de signaler que pour Martin Buber la liberté ne s’apparente pas à une bulle qui flotte dans les airs ; la liberté telle qu’il l’envisage est interactive ; elle est réponse (Antwort) et responsabilité (Verantwortung) ; car être libre pour l’individu, c’est pouvoir répondre à l’appel de l’autre.

Selon Martin Buber, la Bible ne met pas en scène un créateur absolu d’un côté et des créatures dépendantes et impuissantes de l’autre. Par ses actions, l’individu influe mystérieusement sur l’être. Le monde est un processus en devenir permanent ; il n’est en aucun cas fermé, verrouillé, il recueille tout ce qui agit sur l’histoire. A aucun moment la Bible n’offre des indices nous permettant de penser qu’il existe une histoire à laquelle l’homme n’aurait aucune part, une histoire manipulée d’en-haut, prédéterminée par un Être immanent qui depuis toujours aurait imposé une finalité inexorable à nos vies. Si le judaïsme pense Dieu comme maître de l’histoire, il le pense aussi comme interlocuteur. Le judaïsme repousse tout plan prédéterminé dans lequel les hommes ne seraient que de simples pions, comme dans ces modernes philosophies issues de la tradition chrétienne telles que l’hégélianisme et le marxisme. Chaque individu est un centre de décision et d’action apte à agir sur l’histoire et sur le processus de rédemption.

D’une part, nous avons une conception eschatologique-apocalyptique dominée par l’idée que tout est fixé d’avance par une autorité toute-puissante ; d’autre part, nous avons une conception prophétique-messianique qui prend appui sur la valeur de l’individu, refusant toute prédétermination et rappelant simplement à celui-ci sa responsabilité et l’importance de ses décisions. D’une part, le déterminisme historique fait entrer le mal dans un plan prédéterminé, d’où l’ambiguité que revêt l’espérance apocalyptique ou utopique (Ainsi que le signale Martin Buber, la volonté d’éradiquer la violence suscite volontiers le recours à la violence, une violence eschatologique qui proclame la fin de toute violence). D’autre part, le messianisme qui est rencontre entre l’homme et Dieu laisse à ce premier la possibilité d’influer à tout moment sur le monde par son action. L’essence messianique s’oppose à l’eschatologie, l’eschatologie qui n’envisage pas que l’individu ou une communauté humaine puissent influer sur le cours de l’histoire : le futur ne se construit pas, tout y est cloué, vissé, boulonné ; il est éternellement présent ; il se dresse dans sa fixité. Les prophètes d’Israël quant à eux invitent les hommes à choisir, accepter ou refuser l’alternative qui se présente. Le prophétisme est élection et décision. Le futur est à venir ; il n’est pas une donnée ; il invite l’homme qui participe à son élaboration.

Cette relation entre l’homme et Dieu est symbolisée par la dualité (et la complémentarité) entre l’Arche et le Temple. Le Temple, c’est Dieu au-dessus des hommes, Dieu vers lequel l’homme s’élève par ses offrandes, ses suppliques, ses sacrifices, etc. L’Arche, c’est Dieu qui conduit son peuple — mais vers où ? Dieu qui est nulle part et partout se présente à l’improviste et n’exige aucun rite spécifique mais l’intention (la kawwana, כוונה), la confiance. La relation entre Dieu et les hommes s’accomplit, en principe, non par le culte mais par les prophètes qui font descendre la parole divine vers le peuple. Entre ces deux idées de la relation entre Dieu et les hommes, il y a une telle différence que la marche même de l’histoire s’en voit affectée. Limiter Dieu à la sphère de l’En-haut et du Temple revient à Le déloger de l’histoire qui se trouve ainsi soumise aux seules décisions et actions — caprices pourrait-on ajouter — des hommes. Les hommes n’ayant aucun compte à rendre à Dieu peuvent se convertir en tout impunité en tyran et s’adonner à l’arbitraire. Certes, le tyran peut offrir des sacrifices, embellir le Temple et dispenser des dons aux prêtres ; mais ce faisant, le tyran protège son autonomie en délimitant strictement l’aire de Dieu et s’approprie l’histoire qui devient en quelque sorte sa chasse gardée. Dieu est limité à la sphère de la religion, enfermé dans les murs du Temple, coupé du flux de la vie humaine, de l’histoire. Mais l’Arche est là, parmi les hommes. Elle symbolise la liberté de Dieu, de Celui qui ne se laisse pas nommer et appréhender mais qui est présent au milieu de son peuple, qui le guide, le conseille, l’interpelle, le rappelle à l’ordre…

La relation de Dieu aux hommes — du divin à l’humain — est consubstantielle à la tradition juive. Cette relation qui structure le devenir de l’histoire suppose l’indépendance et la liberté de l’individu, l’individu qui est appelé à réaliser l’histoire. Selon Martin Buber, le hassidisme ajoute à cette idée l’invitation à sanctifier la vie quotidienne en relation avec Dieu, ce qui revient à inclure dans le Tu (Du) la totalité du monde. Le substrat métaphysique de la pensée de Martin Buber tient à cette relation qui sous-tend son projet philosophique d’une ontologie existentielle de l’entre deux (zwischen). Martin Buber admet que l’action humaine ne peut suffire à restaurer la réalité messianique ; mais selon le hassidisme, l’homme a sa place dans l’éternité de Dieu, une place inscrite dans le temps et dans l’espace, une place à partir de laquelle il lui revient de développer les potentialités que contient sa vie. Selon Martin Buber, le hassidisme résout la dualité entre la vie dans le monde et la vie en Dieu ; il réunit ces deux concepts dans une unité authentique et vivante.

Ci-joint, un site passionnant, Le site des études juives (La première revue d’études juives sur Internet). Il s’agit d’une revue virtuelle proposant des articles de pensée juive et de loi juive (Halakha) privilégiant la démarche talmudique. Des articles de fond peuvent être téléchargés sur le site ; de courtes réflexions sur la Torah ou sur l’actualité présentées sous la forme de ‟billets” peuvent être téléchargées sur le blog

 (à suivre)

Olivier Ypsilantis

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Martin Buber et le hassidisme – 1/3

 

L’influence du grand-père paternel de Martin Buber, Salomon, une autorité internationale en littérature religieuse juive, a été décisive sur le développement de son petit-fils dont l’œuvre peut être envisagée selon trois blocs thématiques, liés entre eux. Lorsque Martin Buber travailla à première édition de ses œuvres complètes, peu avant sa mort, entre 1962 et 1964, il la divisa en trois parties : I. Les écrits philosophiques et politiques. II. Les écrits relatifs à la Bible. III. Les écrits relatifs au hassidisme.

 

 Martin BuberMartin Buber (1878-1965) à la American Jewish University (University of Judaism), Ardmore vers 1950.

 

Comme tout penseur, Martin Buber doit être appréhendé dans son contexte, plus précisément le monde juif allemand au début du XXe siècle, monde dominé par la polémique entre partisans de l’assimilation et défenseurs de la tradition hébraïque. Les écrits de Martin Buber traitent pour l’essentiel de thèmes juifs et prennent appui sur l’étude de la Kabbale et du hassidisme. Ils militent en faveur de la vitalité du judaïsme en commençant par inviter les Juifs eux-mêmes à admettre que leur présence en Occident ne peut se limiter à la participation des Juifs assimilés à la vie des nations.

Le judaïsme occidental était dilué et n’intéressait plus que des cercles d’érudits ; il apparaissait comme une simple curiosité, bonne pour le musée… Quant au judaïsme d’Europe orientale, d’insignes représentants de l’étude du monde juif (parmi lesquels Heinrich Graetz et Abraham Geiger) le regardaient comme résiduel et anachronique. Martin Buber va s’efforcer de faire comprendre tant au monde juif que non-juif que le judaïsme a beaucoup à dire au monde contemporain.

Le hassidisme est l’un des principaux objets d’étude de Martin Buber ; et son sionisme tire sa substance du hassidisme, le hassidisme que j’ai présenté dans une suite de quatre articles sur ce blog même :

http://zakhor-online.com/?p=6868

http://zakhor-online.com/?p=6875

http://zakhor-online.com/?p=6882

http://zakhor-online.com/?p=6893

Le jeune sioniste militant Martin Buber juge que le hassidisme peut être une force vivifiante pour un judaïsme anémié. Le hassidisme est alors regardé comme un sympathique mélange de dévotion populaire, d’ingénuité et de sentimentalisme. Martin Buber va le confronter à la pensée philosophique occidentale afin d’en faire surgir des axes de réflexion sur lesquels l’Europe en crise pourrait prendre appui.

Martin Buber envisage cette crise à partir du schéma kabbalistique de la séparation entre le monde et Dieu. Il esquisse une réponse en se pénétrant du message central du hassidisme au sujet du pouvoir de l’homme et de sa responsabilité dans le mystère de la rédemption ;  il le fait de manière à ce que la vitalité de la tradition juive puisse nourrir ses contemporains tant au niveau théorique que pratique.

Expliquer la crise de l’Occident en termes de séparation entre le monde et Dieu n’est guère original. Friedrich Hölderlin l’avait pensé et d’une manière radicale. Friedrich Nietzsche avait annoncé la ‟mort de Dieu”. Ces penseurs avaient souligné le divorce entre le sacré et le profane, un divorce tel que ces deux sphères en étaient profondément affectées. Le profane s’épuise dans une suite d’apparences éphémères : aucun idéal, aucune norme transcendante pour guider les comportements ; le sacré tourne sur lui-même au-dessus d’un monde privé de Dieu, encourageant des attitudes infantiles et des faux-semblants destinés à masquer Son absence. Pour espérer réunifier le monde, il faut commencer par dresser un état des lieux sans jamais s’en remettre à une tradition qui masque cette réalité. L’originalité de Matin Buber tient à la manière dont il envisage de réunifier ces deux mondes à partir d’une approche spécifique de la doctrine du hassidisme en particulier et de la tradition juive en général. Cette attitude conduit Martin Buber à en faire une lecture sélective, ce que lui reprochera Gershom Scholem. Franz Rosenzweig critique lui aussi Martin Buber qui présente la religion comme statique et la religiosité comme dynamique, une vision qui selon lui ne correspond pas à la réalité historique. Cette critique est portée par la dualité logée au sein du judaïsme, dualité que symbolisent le prophète Moïse et le prêtre Aaron. Cette dualité se retrouve chez Hillel et Shammai, Maïmonide et Nahmanide.

Ci-joint, un lien de Jewish Virtual Library, ‟Hillel and Shammai” :

http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/biography/hillel.html

Ci-joint, une conférence Akadem, ‟La controverse entre Maïmonide et Hahmanide” :

http://www.akadem.org/sommaire/themes/limoud/les-maitres/maimonide/la-controverse-entre-maimonide-et-nahmanide-30-09-2011-12832_320.php

Marin Buber prend la mesure de cette dualité entre approche pratique et étude théorique, de cette tension entre discours prophétique et enseignement rabbinique ; et il se propose d’extraire l’essence de la religiosité juive des décombres sous lesquels le rabbinisme et le rationalisme l’ont enfouie. Prophétisme contre rabbinisme. Mais comment le hassidisme, la religiosité hébraïque et l’esprit prophétique peuvent-ils répondre efficacement à ce divorce entre le sacré et le profane ? Martin Buber analyse la Kabbale lurianique sur l’Exil et la Rédemption et il y perçoit une idée-force : la vie et de la lumière divines dispersées attendent d’être recueillies et élevées par l’action humaine vers l’unité et l’harmonie originelles. Le hassidisme reprend cette gnose de la Kabbale et avance qu’il n’y a pas de séparation absolue entre le sacré et le profane puisqu’à tout moment de sa vie l’homme est invité à recueillir ces éclats de lumière divine pour les relever. Selon le hassidisme, tout homme, quel que soit son domaine d’activité, peut répondre à cette exigence. La rencontre du terrestre et du divin ne s’accomplit pas dans la solitude contemplative mais dans chaque acte quotidien, aussi modeste soit-il. De fait, cette attitude n’est pas propre au hassidisme, elle guide la religiosité juive qui ne se contente pas de réserver à Dieu une aire déterminée — la religion. 

Si l’on considère l’ensemble des écrits du hassidisme, ainsi que nous y invite Gershom Sholem, force est de constater que pour cette doctrine on entre en contact avec la réalité divine par la vitalité du monde, une vitalité qui ne s’identifie pas au monde mais bien au contraire la repousse pour ne l’envisager que sur le plan (abstrait) de la réalité messianique. Je crois surprendre un air platonicien. De fait, Martin Buber repousse cet aspect du hassidisme qui pour lui se rapproche trop de doctrines tant religieuses que métaphysiques, étrangères au judaïsme. Pour lui, une telle attitude revient à réaffirmer la séparation entre le monde et Dieu, d’où son approche sélective du hassidisme,  approche destinée à appréhender le plus simplement possible le présent dans sa plénitude. Il s’écarte du noyau doctrinal qui s’apparente au dualisme métaphysique platonicien pour une spiritualisation de la vie concrète par l’action.

Martin Buber ne célèbre pas pour autant la vie sur un mode dionysiaque. Il affirme simplement qu’il n’y a pas une réalité intérieure et une réalité supérieure strictement séparées, que l’histoire et le sacré ne sont pas distincts l’un de l’autre. Martin Buber n’est ni du côté de Nietzsche ni du côté de Saint Augustin si imprégné de doctrine platonicienne. Pour lui, l’histoire est ce qui désigne la relation entre Dieu et les hommes, dans le temps et au-delà. C’est pourquoi il s’éloigne de la conception prédominante de l’histoire, conception d’origine chrétienne puis philosophique et sécularisée, hégélienne et marxiste. Par la doctrine du Ich une Du, Martin Buber revitalise le message du hassidisme, soit une compréhension de l’histoire qui, face à l’utopie et l’eschatologie, propose à l’individu l’action prophétique, soit le pouvoir de collaborer par ses décisions et ses actions au processus historique de la rédemption.

 (à suivre)

Olivier Ypsilantis

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Des temps de la mémoire (Espagne) – 2/2

 

Autre temps de la mémoire espagnole avec le sous-marin C-3 coulé le 12 décembre 1936 et qui repose à quelque soixante-dix mètres de profondeur devant les côtes de Málaga. Cette unité de la marine républicaine avait reçu pour mission de surveiller le détroit de Gibraltar afin d’empêcher les troupes de Franco de débarquer dans la péninsule bien que ces troupes stationnées au Maroc ne disposent d’aucune embarcation. Il n’empêche, un sous-marin allemand attaque le C-3 qui sectionné en deux coule à pic. Ce n’est qu’en 1988 que l’historien américain Willard C. Frank découvre Operation Ursula dont le lien suivant rend brièvement compte :

https://www.youtube.com/watch?v=o7mRKECoh_o

Pour les Allemands, il s’agissait de faite d’une pierre deux coups : appuyer les rebelles franquistes et tester les sous-marins de la Kriegsmarine, peu avant le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale. Cette affaire offre quelque ressemblance avec Guernica ; autrement dit : le C-3 fut à la Kriegsmarine ce que cette localité du pays basque espagnol fut à la Luftwaffe.

En mai 1997, Antonio Checa, un avocat occupé à pêcher dans la zone remarque une tache d’huile à la surface. Il avertit les autorités. Peu après, le ministère de la Défense identifie formellement le C-3. Antonio Checa prend alors contact avec les parents des victimes qui organisent une « Asociación de víctimas del C-3 » dans le but d’exposer le sous-marin dans le port de Cartagena. Mais le coût de l’opération décourage le projet. Ci-joint, un documentaire rend compte des travaux de recherche dirigés par Tino Martín :

https://www.youtube.com/watch?v=I4EdxDaa8yE

 

La bataille de Brunete (province de Madrid) est l’une des plus sanglantes batailles de la Guerre Civile d’Espagne. En seulement trois jours (qui ne représentent qu’un moment de cette bataille), les 24, 25 et 26 juillet 1937, les Républicains perdent quinze mille hommes pour conserver quinze kilomètres carrés. Les pertes sont particulièrement lourdes dans les Brigades Internationales. Souvenons-nous que c’est à Brunete, ce 26 juillet, que Gerda Taro décède des suites de ses blessures.

 

 Gerda TaroGerda Taro (1910-1937)

 

Cette terrible bataille de près d’un mois est une bataille stratégique et tactique. Stratégique car destinée à soulager le Nord du pays contre lequel les troupes de Franco font pression. Tactique car destinée à desserrer l’emprise autour de la capitale (Brunete se situe à une vingtaine de kilomètres de Madrid) tout en gardant la possibilité de s’y replier.

La bataille de Brunete commence le 6 juillet et se termine le 26 du même mois. Ci-joint, une suite de treize photographies sur l’état actuel de l’une des plus terribles zones de combats de la Guerre Civile d’Espagne :

http://www.abc.es/fotos-historia/20130705/imagenes-brunete-campo-batalla-123481.html

Aucun monument ne signale la bataille de Brunete qui vit tomber près de quarante mille hommes, sous une chaleur torride. A ce propos, signalons que les combattants engagés dans cette guerre ont connu non seulement des températures avoisinant les + 50°C mais aussi les ­­­— 20°C, à Teruel notamment, au cours de l’hiver 1937-1938. Le champ de bataille de Brunete peut être exploré en compagnie de passionnés comme Ernesto Viñas et Ángel Rodríguez. Ils se plaignent volontiers du piètre état de conservation de ces témoignages de l’histoire, comme ces grottes qui servirent de poste de commandement.

 

 Bataille de BruneteBataille de Brunete (6 juillet-26 juillet 1937)

 

 

Belchite se trouve à une cinquantaine de kilomètres au sud de Zaragoza. Ce village toujours en ruine (laissé ainsi pour le souvenir, comme Ouradour-sur-Glane) est implanté dans l’un des plus beaux paysages d’Espagne. Là, on ne peut que penser au Désert des Tartares. Mais revenons à ces années de guerre civile. Au tout début du mois de septembre 1937, des milliers d’hommes s’apprêtent à mourir dans et autour du village de Belchite. Le 31 août 1937, les Républicains lancent par l’Est une attaque de rupture avec des chars russes. Les hommes des Brigades Internationales réduisent un à un les points de résistance au prix de lourdes pertes ; mais Belchite tient encore. Les troupes nationalistes subissent elles aussi de lourdes pertes. Le village n’est plus qu’un amas de décombres avec des poches de résistance qui subsistent çà et là. Dans la nuit du 3 au 4 septembre, les Américains nettoient les ruines à la grenade et à l’arme blanche. Ils sont équipés de poignards coups de poings. Les combats sont si intenses que Républicains et Nationalistes ne peuvent récupérer leurs morts et leurs blessés. Ils ont perdu en quelques jours environ 40% de leurs effectifs. Quand Ernest Hemingway visite le champ de bataille, l’odeur de la mort est si forte qu’il doit porter un masque à gaz.

Ci-joint, une séquence sur la bataille de Belchite, extraite de « The Greatest Battles of the Spanish Civil War » :

https://www.youtube.com/watch?v=ZlarESiQng0

 

On présente volontiers Guernica comme le comble de la barbarie avec ces civils tués un jour de marché, le 26 avril 1937, par un bombardement en piqué. Le tableau de Picasso y est probablement pour beaucoup. Mais qui se souvient des raids expérimentaux (italiens cette fois) contre Barcelona les 16, 17 et 18 mars 1938 ? Ces raids furent pourtant si dévastateurs que les réactions internationales se multiplièrent et que Franco dut ordonner leur arrêt. Les treize raids menés au cours des 16, 17 et 18 mars 1938 firent environ trente mille victimes : plus de trois mille morts, cinq mille blessés graves et vingt mille blessés légers, presque tous des civils. Le monde n’était pas encore habitué à ce type de massacre, de dévastation. De fait, un nouveau type de bombe avait été testé. Ces raids étaient destinés aux installations portuaires mais un bon nombre de bombes tombèrent sur des quartiers d’habitation du centre et de la périphérie. Raids expérimentaux, ai-je écrit. De fait, il s’agissait non pas de bombes explosives à déflagration instantanée ou à retardement mais de bombes dites « soufflantes », conçues pour éclater à plusieurs mètres au-dessus du sol. Les immeubles ne furent donc pas frappés à la base mais à hauteur des étages et, ainsi, les ondes de choc se propagèrent-elles dans les rues, provoquant destructions, tuant et blessant à des centaines de mètres à la ronde. Des pâtés d’immeubles s’effondrèrent comme des châteaux de cartes. Ces bombardements sur Barcelona donnèrent un avant-goût de ce que tant de villes allaient subir entre 1939 et 1945. L’expansion des gaz fit bien plus de victimes que les éclats des bombes. L’Espagne servit bien de banc d’essai, notamment pour l’aviation, avec le bombardement en piqué et le mitraillage au sol, une tactique employée au cours des campagnes d’Aragon, du Levant et de Catalogne.

Ci-joint, un documentaire rend compte des effets de ces bombardements, intitulé « La Mutilation de Barcelone, 1938 » :

https://www.youtube.com/watch?v=b5IO6GO0_9k

On ne peut évoquer ces bombardements sans rendre hommage à Ramón Perera Comorera, cet ingénieur chargé de construire des refuges antiaériens en Catalogne et à Barcelona (mille deux cents rien que dans la Ciudad Condal) au cours de la Guerre Civile, des abris d’une très grande qualité qui sauveront des milliers de vie. Ci-joint, une séquence télévisée intitulée « Ramón Perera, l’home que va salvar Barcelona » :

http://euscreen.eu/play.jsp?id=EUS_0DEFFFAF74C046FDB1D03FEAF67501BD

Et retour sur les lieux, à Barcelona, avec ces quelques refuges en bon état de conservation, comme le Refugio 307 :

http://lugaresconhistoria.com/2013/06/06/refugios-antiaereos-de-la-guerra-civil-barcelona/

 

 Ramon PereraRamón Perera Comorera (1907-1984)

 

 Olivier Ypsilantis

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Des temps de la mémoire (Espagne) – 1/2

 

Avant de proposer cette série sur la mémoire espagnole et ses temps, je ne puis résister à l’envie de mettre en lien l’article suivant, un article de Pierre Assouline au titre éloquent de « La mémoire vide des temps informatisés » :

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/04/21/la-memoire-vide-des-temps-informatises_1510720_3260.html

 

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Du 15 au 23 novembre 1936, les combats dans la Ciudad Universitaria sont acharnés. Ils se déroulent non seulement d’un édifice à l’autre (certains d’un volume considérable) mais dans les édifices, d’un étage à l’autre, d’une pièce à l’autre. Face à la résistance de Madrid, Franco abandonne le 23 novembre l’attaque frontale pour la « toma de la ciudad » conduite par le général Valera. L’attaque indirecte est privilégiée, avec manœuvre d’enveloppement suivant un axe situé à moins de deux kilomètres au nord-ouest du campus, une manœuvre qui suscitera des combats, dont ceux du Jarama (février 1937) et de Guadalajara (mars 1937). Devant le campus même, le front restera stable jusqu’au 28 mars 1939.

Lorsque la guerre survient, l’Université est en plein déménagement : de nombreuses facultés dispersées dans le centre-ville préparent leur installation dans ce vaste campus flambant neuf. A la fin des hostilités, la Ciudad Universitaria se trouve dans un tel état de destruction que l’on pense en faire un parc thématique sur la Guerre Civile d’Espagne. Les travaux de reconstruction vont durer plusieurs années. Le 12 octobre 1943 a lieu l’inauguration officielle de cet immense ensemble :

http://www.filosofia.org/bol/not/bn034.htm

Ci-joint, une très riche suite iconographique (cliquer sur les images pour les agrandir) montre la Ciudad Universitaria et ses abords au cours de la Guerre Civile (1936-1939). Certaines photographies sont de Robert Capa :

http://www.madrid1936.es/universitaria/guerra.html

Ci-joint, un lien intitulé « Las trincheras de la Ciudad Universitaria » détaille des marques de la Guerre Civile à quelques mètres des facultés. On se livre même à des fouilles méthodiques et à l’entretien de ces marques :

https://www.youtube.com/watch?v=49JcBdnbp2M

Ci-joint, un document intitulé « Huellas de la Guerra Civil Española. (Madrid. Pinar de las Rozas) » rend compte de la disparition progressive de ces constructions pourtant appelées à résister à la mitraille et aux explosions. Le temps a fait son œuvre et les hommes sont venus se servir au cours des années de pénurie consécutives à la Guerre Civile, surtout pour y récupérer le métal formant l’ossature du béton armé. Cette disparition progressive ne peut qu’évoquer les recherches de Paul Virilio présentées à l’occasion d’une exposition au Musée des Arts décoratifs de Paris, en 1975, « Bunker archéologie », une taxinomie des bunkers du Mur de l’Atlantique. Dans le catalogue qui accompagne cette exposition, un chapitre est consacré à la disparition progressive de ces monstres en béton armé — une esthétique de la disparition. Parmi les formes de la disparition, le basculement de bunkers et leur enfouissement progressif dû à l’érosion du rivage :

https://www.youtube.com/watch?v=VwXxGIiTk3c

 

Malaga, Février 1937

Carte des opérations sur Málaga, en février 1937. Almería qui n’est pas visible sur cette carte se situe plein est, en suivant la côte. La distance Motril-Almería par la route est d’environ cent dix kilomètres. 

 

Le massacre de la route Málaga-Almería est un épisode curieusement peu connu de la Guerre Civile d’Espagne. Entre le 6 et le 8 février 1937, avec la chute imminente de Málaga, se produit la « Desbandá » (la Débandade), soit la fuite de cinquante mille à cent cinquante mille personnes (le nombre varie terriblement d’un témoignage à l’autre, d’un historien à l’autre) en direction d’Almería. Il s’agit de l’exode le plus massif de la Guerre Civile à l’intérieur même de l’Espagne. Cet exode, une véritable panique collective, est provoqué par la peur des bombardements aériens mais plus encore par l’arrivée de dizaines de milliers de réfugiés venus des zones d’Archidona, d’Antequera et de Ronda qui livrent des témoignages terrifiants sur les violences des troupes franquistes, en particulier les Tercio de Regulares. A ces témoignages s’ajoutent les allocutions de Queipo de Llano sur Radio Sevilla, des allocutions lourdes de menaces envers les populations en zone républicaine. L’unique voie est à l’est, le long de la côte, vers Almería. A Málaga, douze mille hommes peu organisés et ne disposant que d’un armement de fortune font face à environ quarante mille soldats entraînés et puissamment équipés, parmi lesquels dix mille Regulares. Le 8 février, le gros des réfugiés est à Torre del Mar, un flot que vient grossir celui des réfugiés de l’intérieur. C’est alors que commencent les tirs de l’artillerie de marine espagnole, avec trois navires, et les bombardements de l’aviation allemande et italienne. Les morts (de trois mille à cinq mille, des civils pour l’essentiel) et les blessés sont nombreux, très nombreux. A ces victimes viennent s’ajouter celles de la répression franquiste à Málaga. Rien que pour la ville, on compte quatre mille fusillés, enterrés dans des fosses communes au cimetière San Rafael :

http://www.juntadeandalucia.es/administracionlocalyrelacionesinstitucionales/mapadefosas/busquedaTumbas.cgj?codigoTumba=2906701&codigoProvincia=7

De nombreux témoins ont été récemment interrogés. Mais le témoignage le plus important de la « Desbandá » reste celui du médecin canadien Henry Norman Bethune (1890-1939) et ses collaborateurs, Hazen Size et Thomas Worsley. Ci-joint, une notice biographique sur ce médecin hors du commun mise en ligne par Bibliothèque et Archives du Canada :

http://www.collectionscanada.gc.ca/medecins/030002-2100-f.html

Son récit intitulé “El crimen de la carretera Málaga-Almería” est un document des plus précieux, un témoignage sur l’un des épisodes les plus meurtriers de la Guerre Civile d’Espagne. Le lecteur trouvera ci-joint un documentaire (53 mn) sur ce médecin d’exception, « Bethune, héros de notre temps » (1965) de Donald Brittain :

https://www.onf.ca/film/bethune_heros_de_notre_temps

 
H. Norman BethuneUnité canadienne de transfusion sanguine en opération durant la Guerre Civile, avec le Dr. Henry Norman Bethune. Crédit: Bibliothèque et Archives Canada / PA-117423
 

L’Espagne n’en finit pas d’analyser ses ossements, parmi lesquels ceux de la Guerre Civile et de la répression franquiste, avec ces nombreuses fosses communes disséminées sur tout le territoire. Ci-joint, un master d’archéologie intitulé « Arqueología contemporánea : las fosas comunes de Gualchos y Pinos del Valle (Gradana) » :

http://www.ugr.es/~arqueologyterritorio/Artics10/Artic10_12.htm

Parmi les analyses en cours, celles des supposés ossements de Miguel de Cervantes. Pour l’heure, rien ne permet une identification sûre. On sait que l’écrivain a été inhumé dans ce couvent, rien de plus. La niche où a été découvert le fragment de cercueil (voir image ci-dessous) contient les restes d’au moins dix corps. Un certain nombre d’ossements ont été écartés car appartenant à des enfants. L’analyse ADN reste dans ce cas problématique, ainsi que le souligne le Prof. Dr. José Antonio Lorente Acosta, un expert mondialement reconnu et dont l’équipe a identifié les restes de Cristóbal Colón dans la cathédrale de Sevilla : comment identifier ces restes s’il n’y a rien auquel les comparer ? On se souvient que l’identification de Cristóbal Colón a été possible en  comparant les restes à ceux de son frère Diego. Ci-joint, un article du Prof. Dr. José Antonio Lorente Acosta, intitulé « Identificación genética de los restos de Cristóbal Colón » :

http://www.profesiones.org/var/plain/storage/original/application/7678803b4a0c1f243e9a59e135cd1f7d.pdf

Les chercheurs occupés à classer les ossements trouvés dans la niche n’ont pour l’heure trouvé aucun parent authentifié de Cervantes, proche ou lointain, mort ou vivant, qui leur permettrait de faire parler l’ADN, ni femme (ADNmt) ni homme (chromosome Y). Afin de reconstituer au mieux les squelettes dans ce fouillis d’ossements, il leur faut s’en remettre à des critères morphologiques mais aussi à l’ADN de chaque os ou fragment d’os afin de les classer. On dispose toutefois de quelques éléments qui pourraient aider les chercheurs. Par exemple, Miguel de Cervantes décrit sa propre dentition : « Los dientes ni menudos ni crecidos, porque no tiene sino seis, y esos mal acondicionados y peor puestos, porque no tienen correspondancia los unos con los otros ». Il y a aussi les blessures de Lepante, avec ces deux coups d’arquebuse sur des côtes gauches et, surtout, la main gauche atrophiée du Manco de Lepanto. A suivre.

Cette enquête me remet en mémoire l’enquête concernant l’identification des ossements du Caravage (Michelangelo Merisi), eux aussi mélangés à des ossements provenant d’environ deux cents corps dans une crypte de Porto Ercole. Dans ce cas, l’identification des restes a été facilitée par comparaisons avec des parents, descendants de frères et de sœurs du peintre.

 

 MC Cercueil de Cervantes ?Un fragment de cercueil, avec les initiales MC — Miguel de Cervantes ? —, trouvé dans une niche du Convento de las Trinitarias (Madrid) où fut inhumé l’auteur de « El ingenioso hidalgo don Quijote de La Mancha », en 1616.

 

 Olivier Ypsilantis

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Des temps de la mémoire

 

Pour cet article sur la mémoire, j’ai choisi de faire figurer sept séquences ; soit cinq séquences humaines encadrées par deux séquences qui dépassent immensément le temps humain mais qui l’investissent néanmoins, et intensément : le temps astrophysique et le temps géologique, l’un et l’autre étant intimement liés. Parmi ces cinq séquences du temps humain : un dentiste espagnol, une rescapée d’Auschwitz, le port d’Alicante (le 28 mars 1939), le poète Antonio Machado, des pellicules retrouvées.

 

Premier temps. Des astrophysiciens viennent de débusquer, grâce au télescope Skymapper, une étoile née peu après le Big Bang et dont l’âge est évalué à 13 800 000 000 d’années. Elle a été nommée SMSS J031300.36-670839.3 et elle est à ce jour la plus ancienne étoile connue, une découverte qui devrait permettre de mieux comprendre les débuts de l’Univers et son évolution. Cette étoile des origines n’est composée que d’hydrogène (H), d’hélium (He) et de quelques traces de lithium (Li). L’hydrogène et l’hélium figurent en tête du Tableau périodique des éléments (ou Tableau de Mendeleïev).

Toi qui me lis, tu es enfant des étoiles, des supernovae engendrées par des étoiles super-massives, des réactions cataclysmiques qui firent fusionner les atomes légers et donnèrent des atomes plus lourds comme ces métaux répertoriés dans le Tableau périodique des éléments, des métaux qui eux aussi entrent dans la composition de ton corps. Ci-joint, un lien détaille le pourcentage des éléments chimiques présents dans le corps humain :

http://www.lenntech.com/periodic-chart-elements/human-body.htm

N’est-il pas fascinant de penser que les éléments lourds qui nous constituent, tels l’or, le platine ou l’uranium, sont le produit de supernovae ?

 

Deuxième temps. La Sociedad de Cirugía Oral y Maxilofacial (S.E.C.O.M.) vient d’éditer un livre en hommage à Jesús Martín Sánchez (1908-1993). Alors que sa fille octogénaire était occupée à déménager l’appartement de Madrid, où son père avait exercé la profession de dentiste, elle découvrit un album refermant des dessins d’anatomie et des photographies montrant des blessures faciales infligées au cours de la Guerre Civile d’Espagne. Cette découverte est à l’origine du livre ‟La otra cara de la Guerra Civil” sous-titré ‟Tributo al doctor Martín Sánchez” et publié par Lunwerg pour la Sociedad Española de Cirugía Oral y Maxilofacial. Cette édition a été supervisée par les docteurs José Luis Cebrián Carretero et Arturo Bilbao Alonso. Des photographies montrent tout le processus, de la blessure à la cicatrice finale, ce qui donne à cette trouvaille et à ce livre une valeur particulière. Jesús Martín Sánchez a été formé par le docteur Bernardino Landete Aragó, considéré comme le père de la chirurgie maxillo-faciale en Espagne. Au cours de la Guerre Civile, le jeune dentiste fut affecté à un hospital de sangre de Madrid, l’un de ces hôpitaux qui traitaient les blessés venus des hôpitaux de campagne. Les dessins (d’une extraordinaire qualité) qui accompagnent les photographies sont signés J. Saez. Il pourrait s’agir d’un patient resté auprès de Jesús Martín Sánchez pour lui servir d’aide.

 

Casino de Madrid 19361936, un salon du Casino de Madrid aménagé en hôpital.

 

Troisième temps. Je viens d’apprendre la mort de Violette Jacquet-Silberstein (le 28 janvier 2014), par la nécrologie de El País du 8 février 2014. Elle a été violoniste à Auschwitz. A ce propos, je me souviens de Jacques Stroumsa (1913-2010), lui aussi violoniste à Auschwitz, de son livre ‟Tu choisiras la vie : violoniste à Auschwitz” et de belles heures madrilènes en sa compagnie. Violette a dix-sept ans lorsqu’elle est déportée à Auschwitz. Née en 1925, à Petroseni (Roumanie), elle n’a que trois ans lorsque ses parents émigrent en France, en Normandie, où son père exerce le métier de tailleur. C’est à l’âge de sept ans qu’elle s’initie au violon. A Lille, le 1er juillet 1943, elle et ses parents sont arrêtés, internés au camp de Malines (Belgique) et déportés à Auschwitz le 31 juillet 1943. A la descente de train, elle est immédiatement séparée de ses parents qu’elle ne reverra plus. Elle ne tarde pas à intégrer l’orchestre d’Auschwitz après avoir hésité à se signaler tant elle estime mal jouer. Évacuée sur Bergen-Belsen, elle est libérée par les Britanniques le 15 avril 1945. De retour en France, elle ne touchera plus au violon, non parce qu’elle veut oublier le camp mais parce qu’elle estime être une bien médiocre musicienne. Elle chantera dans des cabarets de Paris puis dans son restaurant de Toulon. Elle nous laisse une autobiographie, ‟Les sanglots longs des violons…”.

 

Quatrième temps. Nous sommes le 28 mars 1939. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants fuient l’avance des troupes franquistes dans la dernière enclave républicaine du pays. Ils sont seize à dix-huit mille réfugiés à se presser sur les quais d’Alicante. Face à un tel afflux, le capitaine du Stanbrook, Archibald Dickson (1892-1939), prend la décision d’outrepasser les ordres de la compagnie France-Navigation pour laquelle il travaille et laisse monter à bord 2 638 réfugiés. Le bateau est on ne peut plus chargé. Ce navire marchand de 1 383 tonnes sort de nuit pour éviter les navires et l’aviation nationalistes ; il met le cap sur Oran, soit une vingtaine d’heures de traversée.

Le Stanbrook sera torpillé le 19 novembre 1939 par le U-57. Tout l’équipage périra, soit vingt hommes dont le capitaine, Archibald Dickson.

28 mars 2009, 70ème anniversaire de la fin de la Guerre Civile d’Espagne. Arnold et Dorothea (les enfants d’Archibald Dickson) sont invités à la cérémonie commémorative organisée par Recuperación de la Memoria Histórica de Alicante. Ils y retrouvent des hommes et des femmes qui avaient embarqué à bord du Stanbrook, le 28 mars 1939, ainsi que des enfants de ces 2 638 passagers débarqués à Oran. Ian Gibson assiste à cette  cérémonie au cours de laquelle il lit des passages de ‟Campo de los Almendros” de Max Aub, un camp de fortune dans lequel avaient été parqués des milliers de réfugiés pris dans la nasse d’Alicante.

 

 StanbrookLe Stanbrook, à Alicante le 28 mars 1939. 

 

Cinquième temps. José Machado reste le meilleur témoin des derniers jours de son frère, Antonio. Dans un journal tenu à partir de 1940, José Machado en exil au Chili écrit : ‟Preferimos que durmiese el último sueño en el sencillo pueblo de pescadores de Collioure. Y en él esperará hasta que la bárbara guerra termine con el triunfo de la libertad, y pueda ser trasladado con la madre, y ya para siempre, a Madrid”. Ces mots s’adressent aux admirateurs qui proposent d’offrir au poète une sépulture plus ostentatoire ou de l’inhumer à Paris. Que faire avec les restes du poète ? La seule initiative familiale visant à rapatrier ses restes et ceux de sa mère est venue de Manuel Machado, l’autre frère d’Antonio, en 1941. Mais les autorités franquistes ne crurent pas nécessaire de lui donner suite ; ces mêmes autorités s’efforceront pourtant de rapatrier le poète, une manière de jouer la conciliation en s’appropriant un symbole de l’Espagne anti-franquiste.

22 février 1939, Antonio Machado meurt d’une pneumonie dans la chambre n°5 d’un petit hôtel de Collioure tenu par Pauline Quintana. Trois jours après, sa mère qui l’accompagnait meurt à l’âge de quatre-vingt huit ans. José trouve deux papiers froissés dans la poche d’une vieille veste d’Antonio ; sur l’un d’eux, ces mots écrits au crayon noir : ‟Estos días azules y este sol de la infancia…” Est-ce le premier vers d’un poème ? Quoi qu’il en soit, des centaines de personnes en Espagne et dans le monde s’exercent encore à donner une suite à ces mots.

Sur sa tombe, on peut lire ses vers devenus son épitaphe : ‟Y cuando llegue el día del último viaje, / y esté al partir la nave que nunca ha de tornar, / me encontraréis a bordo ligero de equipaje, / casi desnudo, como los hijos de la mar”. Ils sont si nombreux à écrire au poète qu’une boîte à lettres a été placée à côté de sa tombe.

 

Entierro Machado CollioureEnterrement d’Antonio Machado à Collioure

 

Sixième temps. Levi Bettweiser (voir Rescued Film Project) achète trente-et-une pellicules dans une vente aux enchères dans l’Ohio ; et en les développant… :

http://www.boredpanda.com/rescued-photo-film-project-world-war-2-soldier-levi-bettweiser/

http://www.rescuedfilm.com

 

Septième temps. On vient de découvrir un minuscule éclat de cristal de zircon, à Jack Hills, dans l’Ouest de l’Australie. C’est le plus ancien minéral (et même le plus ancien matériau) découvert à ce jour sur notre planète, une découverte qui plaide en faveur de la théorie du ‟cool early Earth”. L’analyse de cet éclat confirme que la croûte terrestre s’est formée il y a au moins 4 400 000 000 ans, soit 160 000 000 ans après la formation du système solaire. Le professeur de géosciences, John Valley (University of Wisconsin-Madison), pense que ce minuscule fragment peut non seulement nous aider à mieux comprendre l’évolution de la Terre à ses débuts mais aussi la formation des planètes habitables.

Cette théorie du ‟cool early Earth” renforce la conclusion selon laquelle les températures ont été assez basses pour permettre l’apparition d’eau à l’état liquide, la formation d’océans et d’une hydrosphère (l’eau sous ses trois formes : liquide, solide, gazeuse) et l’apparition des premières formes de vie, peu après la formation de la croûte terrestre. Le professeur John Valley explique que la terre s’est constituée à l’aide de matériaux hétérogènes venus du système solaire et qu’à ses débuts elle eut à expérimenter des bombardements de météorites, y compris la collusion avec un objet interstellaire de la taille de Mars, il y a 4 500 000 000 ans. De cette collision titanesque serait née la Lune, une collision qui par ailleurs aurait fluidifié et homogénéisé les composants de ce qui allait être notre planète.

 Olivier Ypsilantis

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La France vendue aux Arabes

 

La gauche a une vieille tradition antisémite, je dis bien antisémite. Que le lecteur se reporte au livre de Michel Dreyfus et au compte-rendu en neuf parties que j’en ai fait sur ce blog même sous le titre : « En lisant ‟L’antisémitisme à gauche – Histoire d’un paradoxe, de 1830 à nos jours” de Michel Dreyfus ».

Michel Onfray écrit : « J’aimerais qu’on arrête, à gauche, d’être sur une position islamophile qui suppose un antisémitisme forcené. Il y a une tradition, à gauche, qui fait qu’on est islamophile par antisémitisme. Il y a dans l’histoire de la gauche, depuis la création d’Israël, une complaisance pour les gens qui veulent en finir avec Israël. »

Ainsi que je l’ai noté à plusieurs reprises, il y eut d’abord une sympathie de la gauche pour Israël, sympathie activée et soutenue par l’U.R.S.S. qui voyait dans la création de cet État un excellent moyen de contrarier les visées anglo-saxonnes. Mais l’U.R.S.S. déchanta vite et, à partir de 1956, favorisa l’antisémitisme, dans le monde arabe principalement, tout en s’en prenant aux Juifs soviétiques ainsi qu’aux Juifs du bloc soviétique. Cette orientation permit à l’ensemble de la gauche de suivre un mot d’ordre généralement implicite et d’autant mieux accepté qu’il lui permettait de vivre sans complexe son antisémitisme. Les effets de cette politique se font toujours sentir puisque nombre de braves citoyens pensent plus ou moins ouvertement qu’Israël est la principale source de l’instabilité au Moyen-Orient voire dans le monde, ce qui suppose logiquement que, pour eux, la disparition de l’État d’Israël permettrait à la région et au monde de connaître enfin la tranquillité…

 

 Prix du pétrole de 1880 à 2011

 

Au risque de me répéter, j’en reviens à l’état de la France, aujourd’hui. On ne peut le comprendre sans un retour dans l’histoire. Pointer du doigt une certaine immigration ne suffit pas. Il faut revenir au Général de Gaulle, au quai d’Orsay et à l’AFP., à 1967, avec la guerre des Six-Jours et l’écrasante victoire des armées d’Israël contre une coalition égyptienne, jordanienne et syrienne. Cette victoire mit à mal l’image du Juif faible, ne survivant que par la grâce de ses protecteurs. Le Général et bien d’autres avec lui « pétèrent un boulon » ; on me pardonnera cette expression argotique mais, en la circonstance, je n’en vois pas de mieux appropriée. Il ne s’agit pas de traiter le Général d’antisémite ; à Londres, il était entouré de Juifs, des Français Libres. Il n’empêche que c’est lui qui a initié la politique antisioniste de la France. Le Général plaçait l’intérêt de la France au-dessus de tout, comment lui en vouloir ? On peut même l’en féliciter. Mais il se trouve que la politique arabe de la France, censée coïncider avec les intérêts essentiels du pays, aurait au fil des décennies d’incalculables conséquences. La France voulait assurer son indépendance énergétique mais aussi s’attirer les bonnes grâces de l’ensemble des pays arabo-musulmans qui pesaient (et pèsent toujours) d’un poids considérable à l’O.N.U. et, ainsi, devenir un acteur incontournable de la diplomatie mondiale, entre les deux géants d’alors, les U.S.A. et l’U.R.S.S. Une fois encore, il ne s’agit pas de refaire l’histoire ni même de vitupérer le Général de Gaulle mais d’analyser quelques-unes des causes de la situation actuelle. Les minauderies de Sarkozy envers le Qatar ont une généalogie.

On fit ses calculs : les pays arabes pesaient bien plus lourd qu’Israël ; et puis la démographie était du côté des Arabo-musulmans. Car, enfin, le « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur » disposait d’un territoire équivalent à deux départements français et sa population n’était en millions qu’à un chiffre tandis que celle des pays arabes était à trois. On se souvient : en octobre 1973, la guerre de Kippour déclenche le premier choc pétrolier ; le prix du pétrole produit dans le Golfe Persique est multiplié par quatre en quelques semaines. Nessim Robert Cohen-Tanugi écrit dans un article intitulé « Comment en est-on arrivé là ? » (titre qui reprend une récente question de François Hollande) rappelle ce qui suit : « Après la guerre de Kippour, le monde arabe utilisa sans fard le langage du chantage au pétrole. Les Européens, et les Français en tête, multiplièrent de nombreuses réunions et conférences, dont celle, par exemple, du 10 juin 1975, quand une délégation de la CEE rencontra la Ligue arabe et l’OLP, où le porte-parole, M. Dajani, jouait cartes sur table : les accords économiques avec l’Europe dépendront de l’alignement européen sur la politique arabe concernant Israël. Depuis, ce principe est resté parfaitement observé, tel le soutien en janvier de la motion de l’Autorité palestinienne exigeant le retrait d’Israël aux prétendues et imaginaires frontières de 1967, incluant le mur des Lamentations ». L’Europe, France en tête, n’a cessé de faire du zèle, gouvernements de gauche et de droite confondus. Véritables bras armés de l’État dans la dénégation d’Israël, le quai d’Orsay (que j’ai qualifié de «somptueux repaire antisioniste ») et l’AFP dont les mercenaires distillent suivant des techniques directement inspirées du stalinisme des commérages sur Israël, notamment en se livrant un trafic lexical. J’ai pris la mesure de cet insidieux travail chez nombre d’individus pas vraiment méchants, pas vraiment antisémites (une accusation à manier avec prudence) mais doucettement travaillés par les appareils médiatiques, jour après jour, mois après mois, année après année… Ce constat est, je dois le dire, absolument déprimant.

Fort de l’arme du pétrole, les Arabes ont déversé leur rancœur chez nous. L’histoire de la région est réécrite au profit de ce sentiment qui ne connaît pas la raison. La France fait le dos rond, non seulement parce qu’il lui faut ménager les producteurs de pétrole et des masses considérables mais aussi parce que toutes ces dénonciations d’Israël permettent de montrer que les victimes d’hier sont devenues des bourreaux, ce qui soulage l’Europe, aire de la Shoah. Dans les relations de la France (et de l’Europe) avec Israël, le souvenir de la Shoah pèse autant que le pétrole et la démographie.

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Ci-joint l’article de Jacques Tarnero, « Il y a en France deux catégories d’anti-juifs », article qui propose une profondeur historique et prolonge ce que je viens d’écrire :

http://www.huffingtonpost.fr/jacques-tarnero/moussa-coulibaly-antisemite-fascisme-islamiste_b_6642940.html

Ci-joint, un article de Brice Couturier, « L’ensemble des médias français est brutalement ou discrètement hostile à Israël » :

http://www.skardanelli.com/2015/02/lensemble-des-medias-francais-est.html

Ci-joint, un exposé implacable de Bat Ye’or (Gisèle Littman-Orebi) :

http://www.europe-israel.org/2015/02/effrayant-attentats-islamistes-en-europe-lanalyse-de-bat-yeor/

Et, enfin, une note d’espoir, une très bonne nouvelle, l’ère du pétrole arabe touche à sa fin :

http://www.europe-israel.org/2015/01/bonne-nouvelle-lere-du-petrole-arabe-touche-a-sa-fin/

 

Olivier Ypsilantis

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La France m’inquiète,  avec sa gauche « petite-bourgeoise »

 

On pensera que par ce titre, je force la note. Il n’en est rien. J’exprime un sentiment que m’ont transmis mes antennes ; et je crois en elles. La France m’inquiète, je le redis. La France m’inquiète car les mots y sont à présent chargés d’une terrible ambiguité ; ils sont de plus en plus imprécis. Or, cette imprécision et cette ambiguité brouillent la communication. Des mots essentiels sont devenus des fourre-tout ; ils contribuent à une incompréhension grandissante et une violence latente.

 

L'Antisémitisme de gauche par Michel DreyfusUn livre dont j’ai fait une présentation en neuf parties sur ce blog même.

 

La gauche est en partie responsable de cet état de chose. Et loin de moi l’idée de régler des comptes à tout-va. La gauche a commencé par faire un usage massif du mot « raciste » afin de rallier à elle toutes les bonnes âmes. La gauche — il ne sera question dans cet article que de la gauche française — a subrepticement dérobé à l’Église ses pouvoirs, l’air de rien. Je ne dis pas qu’il s’agit d’un calcul. Je ne suis pas un adepte de la Théorie du Complot que je combats autant que je le peux : elle est destinée aux esprits paresseux, aux adeptes de la sieste éternelle. La chose s’est probablement faite à son insu. La gauche française telle que je l’ai connue s’est présentée comme gardienne de la morale, détentrice du Vrai et de la Justice, la question de la Vérité étant inséparable de celle de la Justice. La gauche française s’est vue dotée de rentes morales considérables.

Cette gauche si diverse a vu passer dans ses rangs des femmes et des hommes de courage, il serait injuste de le nier. Mais ces femmes et ces hommes sont morts avant ma naissance car j’ai plutôt connu des opportunistes, des paresseux ou des profiteurs. Il suffisait — et il suffit encore — de se dire de gauche pour se voir placé sur le trône du Beau-Bien-Vrai d’où pérorer et distribuer bons et mauvais points. La France subit ces gommeux depuis des décennies. Mais quand vont-ils enfin prendre leur retraite ?

Ces forces molles étouffent toute expression dans le pays. Ces prébendés refusent de nommer car ils ne veulent en aucun cas que leur tranquillité soit troublée. Il s’agit d’émousser tout tranchant ou toute pointe et d’engluer tout mouvement. Ces forces sévissent depuis trop longtemps dans un pays que j’ai quitté, en partie pour échapper à leur emprise, à l’ambiance résolument déprimante qu’elles y ont instaurée.

Ne pas vouloir nommer par manque de courage — par crainte de voir son confort entamé — prépare la catastrophe de demain. Il faut relire ce que dit Georges Bensoussan, auteur des « Territoires perdus de la République » dans un récent interview (postérieur aux attentats du 11 janvier 2015) avec le journaliste Régis Soubrouillard. A la question : « De nombreux témoignages rapportent que des chefs d’établissements préfèrent composer pour ne pas avoir d’ennui. Est-ce un constat que vous faisiez déjà en 2002 ? », Georges Bensoussan répond : « Le constat était déjà frappant à l’époque entre ce qui remontait au ministère de l’Éducation nationale, rue de Grenelle, et ce que les professeurs racontaient du terrain. Nous avions le sentiment en les écoutant que les incidents étaient plus nombreux qu’on ne le disait et pas limités au seul département de la Seine-Saint-Denis. Le ministère, lui, continuait à parler d’incidents isolés. Les concordances étaient trop nombreuses pour que cela ne soit que le fait du hasard. Faire remonter les incidents jusqu’à la rue de Grenelle, c’est pour un chef d’établissement prendre le risque d’être mal noté et mal perçu. Bref, c’est mettre dans la balance son plan de carrière (…). Ce système encourage le silence et le mensonge (…). On compose donc avec la nourriture Halal par exemple (le porc à la cantine), les horaires de piscine, les tenues pour l’éducation physique etc. Mais plus on compose, plus la laïcité recule et plus on donne l’impression d’une République molle. L’offensive islamiste se nourrit de notre faiblesse, c’est-à-dire de cette lâcheté, en dehors même du mensonge de quelques intellectuels qui furent de véritables « chiens de garde » (au sens de Paul Nizan en 1926), des spécialistes du déni et de l’anathème. » A bon entendeur, salut ! Donc, entre les prébendés dispensateurs de leçons de morale et le carriérisme petit-bourgeois, on s’achemine lentement vers un horizon d’une atterrante médiocrité.

Ces petits-bourgeois savent-ils que selon le rapport Obin de 2004 (il y a plus de dix ans !), il n’y avait plus un seul enfant juif dans certaines écoles publiques du 93 ? Mais suivant la logique des prébendés de la gauche, ce rapport ne peut qu’émaner de « racistes » (l’un de ces mots fourre-tout) ou d’« islamophobes » (un néologisme copieusement servi),  puisqu’il dérange leurs mécanismes mentaux et porte préjudice à leur tranquillité. Georges Bensoussan termine son interview en demandant à ce qu’on invite plus souvent sur les plateaux de télévision le géographe Christophe Guilluy ou la démographe Michèle Tribalat, pour ne citer qu’eux. Il invite à réfléchir sur les analyses politiques de Malika Sorel-Sutter ou de Pierre-André Taguieff plutôt que d’inviter ceux et celles qui nous servent le ronron du camp du Bien.

Les partisans du Beau-Bien-Vrai et les petits-bourgeois fonctionnarisés ne veulent rien comprendre, ils éludent tout ce qui risque de perturber leur confort tant physique que mental. Le constat est affreux. Ils ne pensent qu’à prendre la pose. Ils jugent que la vérité est dangereuse, c’est pourquoi ils sont si néfastes. Ils passeront certes mais ils occupent le devant de la scène médiatique en France depuis une quarantaine d’années. On les croit à l’agonie, on guette leur dernier souffle ; mais ces vieilles carnes sont résistantes et bavardes, si bavardes…

Le courage et la lucidité ne sont pas à rechercher du côté de cette gauche si contente d’elle-même, si « tolérante », mais ailleurs, notamment du côté de ces intellectuels du Maghreb qui, eux, risquent leur confort voire leur vie. Parmi eux : Kamel Daoud, Boualem Sansal, Mohamed Kacimi, Fethi Benslama, Abdelwahab Meddeb, Abdennour Bidar.

 

Abdenour BidarAbdennour Bidar (né en 1971)

 

 Olivier Ypsilantis

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Marianne Cohn (1922-1944) – Fragments biographiques désordonnés ramassés dans l’atelier du souvenir.

 

A Marianne Cohn (1922-1944) / A mon oncle Jacques (1921-1991) 

 

« Ce que je sais de toi tient dans le creux d’une main. Deux dates. Un poème. De rares photographies. La conviction que tu n’es pas morte pour rien ». Bruno Doucey dans « Si tu parles, Marianne » :

http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2014/10/bruno-doucey-si-tu-parles-marianne.html

Ceux qui me lisent savent que Marianne Cohn tient une place très particulière dans ma mémoire et dans celle de ma famille. A partir d’une longue enquête, j’ai décidé, en matière d’hommage, de rapporter quelques fragments de sa vie et de celle de sa famille, des fragments détachés de cette enquête. Certains peuvent être trouvés sur Internet, d’autres en sont pour l’heure absents. J’ai tenu à conserver un certain désordre — ainsi que le suggère le titre —, le désordre fécond du souvenir… J’ai par ailleurs tenu à truffer ces pages de liens afin de construire un labyrinthe dans lequel le lecteur se perdra, je l’espère.

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Je me souviens qu’ils se sont rencontrés au Sans Souci, un salon de thé à Montauban, (aujourd’hui Le Flamand), à quelques mètres de la cathédrale. Elle travaillait à la Maison de Moissac ; il s’était engagé au 3e Régiment de Hussards, à Montauban. L’un et l’autre n’allaient pas tarder à entrer dans la clandestinité, elle dans le Mouvement de la jeunesse sioniste (M.J.S.), lui dans l’Organisation de résistance de l’Armée (O.R.A.). Ci-joint deux liens, respectivement sur la Résistance juive (et plus particulièrement sur le M.J.S.) et l’O.R.A. :

http://www.aloumim.org.il/histoire/resistance-juive.html

http://rha.revues.org/5712

 

Marianne Cohn, pavé du souvenirL’un des nombreux pavés (en métal) du souvenir incrustés dans le pavé de Berlin

 

Ci-joint, un lien intitulé « J’avais oublié – La Maison des Justes de Moissac » (2006), extrait du film de Nicolas Ribowski (durée totale 52 mn). Il y est question du livre de Catherine Lewertowski, « Morts ou juifs. La maison de Moissac » où passe la figure de Marianne Cohn :

https://www.youtube.com/watch?v=oDALkva2rnE

Alfred Cohn (1892-1954), père de Marianne Cohn, un ami d’école de Walter Benjamin. Dans la correspondance de Walter Benjamin figurent de nombreuses lettres de l’un à l’autre.

Walter Benjamin a dédicacé son livre « Goethes Wahlverwandtschaften » à Jula Cohn, la sœur de son ami Alfred dont il était amoureux. Jula Cohn, sculpteur née en 1894, à Berlin, fut un temps proche du cercle de Stefan George.

Un lien émouvant concernant les carnets de notes de Walter Benjamin, édité à l’occasion de l’exposition Walter Benjamin Archives qui a eu lieu au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (du 12 octobre 2011 au 5 février 2012) :

http://walterbenjaminarchives.mahj.org/visite-parcours-06.php

Et, ci-joint, l’intégralité du parcours de cette exposition. On retrouvera Alfred Cohn dans « Très tendres quartiers / Carnets de notes » :

http://www.veroniquechemla.info/2012/01/walter-benjamin-archives.html

A Barcelona, on trouve un Jardín Walter Benjamín. Barcelona a occupé une place importante dans la vie de la famille Cohn. J’y reviendrai. Et j’y pense : à Yad Vashem, un jardin porte le nom de cette Résistante. Ces deux jardins ont été inaugurés au début des années 1980.

 

Plaque Marianne Cohn à Yad VashemPlaque commémorative en hommage à Marianne Cohn, à Yad Vashem. Sous le texte hébreu, on peut lire : « Ce jardin, créé par ses amis et compagnons de lutte, est dédié à la mémoire de Marianne Cohn (1922-1944), héroïne de la Résistance juive en France. »

 

Lorsque COHN est devenu COLIN, lorsque le H a donné LI. Variations sur le prénom également : MARIANNE est devenue MARIE (voir le registre d’écrou du Pax à Annemasse) ; et mon oncle Jacques l’a connue sous le prénom ARIANE.

Marianne, croix de guerre avec étoile d’argent à titre posthume. Jacques, officier de la Légion d’honneur, officier de l’ordre national du Mérite, médaille militaire, croix de guerre avec palmes.

Comment peut-on évoquer Marianne Cohn (1922-1944) sans évoquer Mila Racine (1921-1945) ! Ci-joint, un article sur quatre Résistances juives dont Mila Racine et Marianne Cohn. Il est intitulé « L’oubli des femmes dans l’historiographie de la Résistance » et signé Rita Thalmann :

http://www.cbl-grenoble.org/6-cbl-grenoble-7-action-15-page-0.html

Comment peut-on évoquer Mila Racine sans évoquer son frère, Emmanuel Racine ! Dès 1942, avec sa sœur Mila et Georges Loinger, Emmanuel Racine organise un réseau clandestin dont la mission est de faire passer en Suisse des enfants juifs. Des centaines de ces enfants doivent la vie à ce réseau.

Il semblerait que ce soit au cours de sa première arrestation que Marianne Cohn ait composé le poème « Je trahirai demain ». Elle fut d’abord arrêtée en 1943 avec Jacques Klausner, incarcérée à Nice et relâchée au bout de trois mois, faute de preuves. Ci-joint, les paroles de ce poème :

http://www.reseau-canope.fr/poetes-en-resistance/poetes/marianne-cohn/je-trahirai-demain/

Une crèche de Tel Aviv porte le nom de Mila Racine, grâce aux efforts de son frère Emmanuel, établi en Israël, et de la Fédération française de la W.I.Z.O. (Women’s International Zionist Organization).

Marianne Cohn dans le livre de Frida Wattenberg : « Organisation juive de combat. France 1940-1945. Résistance / sauvetage. »

Marianne Cohn c’est aussi le nom d’une école maternelle publique et d’une rue, à Annemasse (Haute-Savoie). Et à Tempelhof (Berlin), il y a une Marianne-Cohn-Schule.

 

École Marianne Cohn à AnnemasseLa façade de l’école maternelle publique « Marianne Cohn », à Annemasse.

 

 Marianne-Cohn-Schule, BerlinLa façade de la Marianne-Cohn-Schule, à Berlin-Tempelhof.

 

J’ai appris il y a peu que Lisa, la soeur cadette de Marianne (née en 1924), est décédée à Paris en 1996 et qu’elle s’appelait Madame Lisa Souris.

Je me souviens de Jean Deffaugt, maire d’Annenasse, Juste parmi les Nations. Ci-joint, un article mis en ligne par le Comité Français pour Yad Vashem :

http://www.yadvashem-france.org/les-justes-parmi-les-nations/les-justes-de-france/dossier-178/

A Ville-la-Grand (Haute-Savoie), au lieu-dit La Rape : le Monument au charnier, rue Claude Debussy ; et la Stèle du charnier, rue Maurice Ravel.

Les circonstances mystérieuses de la mort de Marianne Cohn. A-t-elle été tuée par arme à feu ou bien battue à mort, à coups de bottes et de pelles ? A-t-elle été violée ? Et qui sont ses assassins ? Il est généralement question de la SS Polizei. Mais dans le lien ci-dessous (mis en ligne par le Simon Wiesenthal Center), il est question de Miliciens, de Français donc… Alors ? Les soldats allemands qui posent sur les deux photographies placées côte-à-côte posent-ils avec Marianne Cohn ? :

http://www.honestly-concerned.org/Temporary/Handzettel_SWC.pdf

Marianne Cohn et Rolande Birgy des Jeunesses Ouvrières Chrétiennes (J.O.C.). Rolande Birgy, Juste parmi les Nations :

http://www.yadvashem-france.org/les-justes-parmi-les-nations/les-justes-de-france/dossier-2613/

A Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, les parents (Alfred et Margarete) ainsi que leur deuxième fille, Lisa, habitaient au 5 quai Ducos tandis que Marianne était pensionnaire à la Maison de Moissac, 18 quai du Port. Les parents et leur deuxième fille ont également séjourné à l’Hôtel Napoléon, à Moissac, avant de s’installer au 5 quai Ducos.

Présentation de AP 42 Fonds Moissac de la Bibliothèque de l’Alliance israélite universelle. Concernant Marianne Cohn, voir Boîte 1 en C :

http://aiu.asso.fr/bibli/index.php?option=com_content&view=article&id=242:ap-w-13-fonds-moissac&catid=24&Itemid=4

Une lettre inédite d’Alfred Cohn, datée du 2 juillet 1941 et adressée à Monsieur le Préfet du Tarn-et-Garonne :

Monsieur le Préfet,

Je me permets de vous prier de bien vouloir me faire parvenir le questionnaire à remplir pour le recensement des juifs.

Il s’agit de ma famille de quatre personnes :

ALFRED COHN né le 1.7.1892 à Berlin

MARGUERITE COHN née Radt le 29.1.1891 à Berlin et mes deux filles :  

MARIANNE COHN née le 17.9.1922 à Mannheim faisant partie de la Colonie des Éclaireurs israélites à Moissac

et LISA COHN née le 19.4.1924 à Mannheim.

Agréez, Monsieur le Préfet, l’expression de mon plus profond respect.

Alfred Cohn

Le 9 de 1922 (année de naissance de Marianne Cohn) est surchargé ; on devine un 8 sous le 9.

 

Walter BenjaminWalter Benjamin (1892-1940), un intime de la famille Cohn. C’est la photographie de Walter Benjamin que je préfère (elle est signée Gisèle Freund), avec cette mise en situation à la Bibliothèque nationale de France. Ci-joint, un extrait de « Rencontres avec Walter Benjamin » de Gisèle Freund : 

http://walterbenjaminarchives.mahj.org/abecedaire-15-Bibliotheque-nationale.php

 

A la Maison de Moissac, Lisa Cohn fut apprentie relieuse.

La Feuille de Témoignage (A Page of Testimony) de Yad Vashem relative à Marianne Cohn a été établie par John Henry Richter, résidant à 1103 South University, Ann Arbor, Michigan, le 27 octobre 1977. Relationship to deceased : Alfred Cohn, 2nd cousin of my father. Sur un autre document, il est précisé que la mère d’Alfred Cohn s’appelait Martha Richter.

Parmi les nombreux domiciles de la famille Cohn après son départ de Berlin, en 1933 : 29 carrer d’Homer, à Barcelone ; et 45 rue Fessart, à Boulogne-sur-Seine.

Un lien contenant des détails que je n’ai trouvés nulle part ailleurs, notamment l’adresse berlinoise de la famille Cohn ainsi que des précisions sur leur séjour à Barcelona. Ce lien a été mis en ligne par Stolpersteine in Berlin (voir ces pavés métalliques encastrés dans le pavé berlinois comme le montre l’image en début d’article)  ;

http://www.stolpersteine-berlin.de/en/biografie/1269

Dans un document émanant du Ministère de la Défense nationale et de la Guerre, établi au nom de « Cohn Alfred » par l’intéressé, on donne les précisions suivantes à Signalement, Taille : 1 m 69 cm ; Cheveux : gris ; Sourcils : noirs ; Yeux : brun ; Signes particuliers : cicatrices d’estomac.

Une lettre inédite de Marguerite Cohn, datée (jour et mois illisibles) de 1941 et adressée à  Monsieur le Commandant du Camp de Gurs :

Monsieur le Commandant, 

En me référant à ma lettre du 10 avril à laquelle étaient ajoutés les certificats médicaux, la garantie de ressources et le certificat d’hébergement, j’ai l’honneur de vous redemander de bien vouloir accélérer la libération de mon mari Monsieur Alfred Cohn, îlot H, baraque 11. 

Je viens d’apprendre par la Préfecture de Montauban que aussi bien Monsieur le Préfet des Basses-Pyrénées que Monsieur le Préfet du Tarn-et-Garonne ont bien voulu donner leur avis favorable à la libération de mon mari.

Comme, d’autre part, toutes les conditions de libération sont ainsi remplies et que, d’autre part, chaque jour de retard peut signifier une aggravation fatale de l’état de santé de mon mari, je vous prie instamment, Monsieur le Commandant, de bien vouloir libérer mon mari ou de lui donner immédiatement un congé de maladie.

Veuillez croire, Monsieur le Commandant, à l’assurance de mon plus profond respect. 

Madame Marguerite Cohn  

 

Camp de Gurs

 

Grete Radt qui épousera Alfred Cohn avait été fiancée à Walter Benjamin. Jula Cohn (la sœur d’Alfred Cohn) qui avait été fiancée à Walter Benjamin épousera Fritz Radt, le frère de Grete Radt. L’imbroglio sentimental entre la famille Cohn et Walter Benjamin est d’une extrême densité.

Une vidéo, retour sur les lieux  à Annemasse (Haute-Savoie), à la frontière franco-suisse :

http://api.dmcloud.net/player/pubpage/4f3d114d94a6f66945000325/538ed203947399508925cc06/69bd27a5e3f442648862f321fe417b07

Marianne Cohn et la Maison de Moissac, un article en trois parties sur ce blog même :

http://zakhor-online.com/?p=2305

http://zakhor-online.com/?p=2323

http://zakhor-online.com/?p=2342

Où passe Marianne Cohn, avec Mozaika, à Barcelona. « Verbannung. El exilio judeoalemán en Barcelona (1933-1945) » :

http://www.mozaika.es/verbannung/

Marianne Cohn et Simon Levitte à la Maison de Moissac :

http://www.juifs-en-resistance.memorialdelashoah.org/la-resistance-juive/les-mouvements/les-eclaireurs-israélites-de-france.htm

Marianne Cohn et les Éclaireurs israélites de France (E.I.F.) :

http://www.memoire-viretuelle.fr/wp-content/uploads/2011/08/La-6ème-de-lEIF.pdf

Marianne Cohn et le 27 avenue de Ségur, à Paris, siège des Éclaireurs israélites de France (E.I.F.).

Parmi les foulards des groupes E.E.I.F. (Éclaireurs Éclaireuses Israélites de France) en 33, le groupe Marianne Cohn Saint-Mandé, dans le Val-de-Marne :

https://www.wikeipedia.fr/wiki/wiki/Les_foulards_des_groupes_EEIF

Marianne Cohn et mon oncle en la cathédrale de Montauban, écoutant le sermon de Mgr Théas, évêque de Montauban. C’est au cours d’un sermon de ce prélat dénonçant l’antisémitisme qu’elle lui révéla ses origines juives. Ci-joint, l’un des dix films réalisés dans le cadre de l’exposition itinérante « Sauver les enfants, 1938-1945 » :

https://www.youtube.com/watch?v=Ts42ahiLirE

Et ces dix films présentés par l’Œuvre de Secours aux Enfants (O.S.E.) :

http://www.ose-france.org/exposition-sauver-les-enfants/

 

 Cathédrale de MontaubanNef de la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption, Montauban, 

 

Marianne Cohn et Akadem (le campus numérique juif), en compagnie d’autres figures de la Résistance juive dont Ernest Lambert, à côté duquel elle repose au cimetière du Grand Sablon à Grenoble :

http://www.akadem.org/medias/documents/–Les-figures-resistance-juive.pdf

Sur des photocopies de documents qui m’ont été transmis par divers centres d’archives figure le nom de David Donoff. Il s’était porté garant auprès des autorités, notamment en leur fournissant des certificats d’hébergement pour Alfred Cohn, alors interné au camp de Gurs et, ainsi, aider à sa libération  :

http://jewishtraces.org/david-donoff/

Deux des plus proches compagnons d’armes de l’oncle Jacques : Alain Raphaël et Étienne Bloch, fils de l’historien Marc Bloch :

http://m.defense.gouv.fr/terre/dossiers/se-souvenir/paris-aout-1944-liberateur-a-dix-huit-ans

http://www.ihtp.cnrs.fr/biblio_arch/bloch/presentation_bloch.html

 

Alain RaphaëlAlain Raphaël (né en 1925) : « « Je faisais partie du 501 (le 501e régiment de chars de combat) où je m’étais engagé en 1943, en Afrique du Nord. J’avais alors dix-sept ans et j’ai triché sur mon âge, après avoir passé huit mois de prison en Espagne. J’y étais entré clandestinement, en 1942, avec la volonté absolue de m’engager chez de Gaulle. »

 

De nombreux fragments biographiques traînent encore dans l’atelier du souvenir. Je les ramasserai une prochaine fois.

 

Olivier Ypsilantis

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