L’armée d’Israël

 

Cette publication fait suite à une autre publication sur ce blog même. L’une et l’autre répondent à une même préoccupation : montrer l’armée d’Israël dans sa diversité et son originalité à l’aide d’une suite de documents visuels. Je ne prétends pas à l’exhaustivité, le sujet étant immense et complexe. Je propose donc un portrait par petits touches placées dans un relatif désordre, un portrait en cours, à compléter donc. J’ai choisi de mettre l’accent sur l’aspect humain plutôt que technologique de Tsahal, car c’est bien cet aspect qui me semble le plus remarquable et qui, j’en suis certain, explique pour l’essentiel la force d’une armée à nulle autre pareille. Tous ces documents visuels sont chargés d’émotion et de pudeur — l’émotion pudique, très israélienne. Que celles et ceux qui ont un peu de temps regardent attentivement chacune de ces vidéos. Je ne les ai pas choisies au hasard…

 

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La seule unité combattante de Tsahal exclusivement composée de femmes, tant soldates qu’officiers. Elles sont spécialisées dans la collecte de renseignements à la frontière entre Israël et l’Égypte, en plein désert du Sinaï :

https://www.youtube.com/watch?v=zAOeqwDt1nI

 

bataillon-caracal

Des soldates du Caracal Battalion au cours d’une marche de vingt kilomètres, dans le désert du Néguev, qui clôture leur entraînement. 

 

The IDF (Israel Defence Forces) is a very special army, comme le dit une soldate dans la vidéo suivante où il est question une fois encore du Caracal Battalion que j’ai signalé dans la première suite. Détail amusant, Caracal est le nom d’un chat peu connu, sorte de lynx du désert, et probablement l’un des plus beaux félins du monde  :

https://www.youtube.com/watch?v=-t-e6k-47D0

Le Herev Battalion, un bataillon combattant d’infanterie unique en son genre car constitué exclusivement de soldats originaires de la communauté druze. Aujourd’hui, plus de 80% des Druzes choisissent de s’enrôler dans Tsahal, la plupart dans des unités combattantes.  Parmi les Druzes qui servent dans des unités combattantes, 87% s’enrôlent dans le Herev Battalion :

https://www.youtube.com/watch?v=9W3y8qLCBUY

Le Bataillon Bédouin de Reconnaissance du Désert est un bataillon combattant d’infanterie créé en 1987. L’admission dans cette unité se fait sur la base du volontariat. Le bataillon compte dans ses rangs essentiellement des Bédouins mais également quelques Arabes israéliens qui ne sont pas des Bédouins et dont la langue maternelle est l’arabe. De nombreux soldats de cette unité remplissent le rôle d’éclaireurs. Leur connaissance parfaite du désert et de la région leur permet de remplir au mieux leurs missions. Le bataillon a participé activement à tous les conflits majeurs dans la bande de Gaza.

https://www.youtube.com/watch?v=W-81NLoL9AM

Autre originalité de Tsahal, les cinq programmes de Volontariat, dont le Sar-El auquel j’ai consacré un article sur ce blog :

https://tsahal.fr/informations-pratiques/rejoindre-tsahal/programmes-de-volontariat/

L’un des plus puissants symboles de l’IDF, le char de combat principal Merkava, l’un des meilleurs chars du monde. Ses spécificités sont nombreuses. Entièrement conçu et fabriqué par les industries militaires israéliennes, il a été développé avec pour but essentiel la survie de l’équipage, d’où sa silhouette très caractéristique, inoubliable même. À la différence des autres chars de sa génération, le moteur est placé à l’avant, offrant à la fois une protection supplémentaire de face et la possibilité d’évacuer l’équipage par l’arrière. Ci-joint, une vidéo montre des Merkava 4 à l’exercice :

https://www.youtube.com/watch?v=ol4Pk9M1XvI

 

char-merkavaLe Merkava, le main battle tank de l’IDF.

 

Et que serait Israël sans la Hatikva mais aussi sans la chanson de Rabbi Nahman de Breslev (1772-1810), fondateur d’une dynastie hassidique, un homme qui repoussait le désespoir (« Il est interdit d’être triste ») et prônait la joie. Lorsque le cafard me prend, j’écoute volontiers cet air, Na Nach Nachma Nachman Meuman, et je regarde danser ses disciples, les Breslev.

Dans la vidéo suivante, la Hatikva est chantée par Rita Yahan-Farouz (plus connue sous le nom de « Rita »), à Jérusalem, le 30 avril 1998, pour le 50e anniversaire de la fondation de l’État d’Israël. Rita est une israélienne d’origine iranienne, née à Téhéran en 1962 :

https://www.youtube.com/watch?v=U9h63FTppwo

Et Na Nach Nachma Nachman Meuman sur un rythme techno, avec les Breslev :

https://www.youtube.com/watch?v=gMsEa7pBULo

Les camionnettes blanches des Breslev, équipées de hauts-parleurs, sont caractéristiques du paysage israélien. Ici, ils viennent apporter joie et réconfort aux soldats de Tsahal  :

https://www.youtube.com/watch?v=UR7Q45znFJI

Un documentaire qui montre l’extraordinaire diversité de Tsahal. The Israel Defense Force is a unique blend of soldiers, sailors, and airmen :

https://www.youtube.com/watch?v=jYdhwu5Zyx4

Des Chrétiens de plus en plus nombreux (mais pas assez nombreux) servent dans l’IDF. On apercevra le père Gabriel Naddaf, un Israélien Grec orthodoxe, l’un des fondateurs du Forum recrutant les Chrétiens de langue arabe pour l’IDF. Inutile de préciser que cet homme est terriblement menacé par les « Palestiniens » et qu’il est protégé nuit et jour. On y verra également le Major Elias Karem, le premier Chrétien à servir dans la marine israélienne :

https://www.youtube.com/watch?v=yYJ6PX_eoPM

 

soldats-chretiens-idfUn groupe de soldats chrétiens de l’IDF  https://www.idfblog.com/2013/12/25/christians-serving-idf-growing-community/

 

Ci-joint, un volontaire de Tsahal, un Chrétien de Nazareth, le lieutenant Rawhi Dabbas. Il n’est guère apprécié de ses compatriotes. Une centaine de Chrétiens « palestiniens » s’engagent chaque année dans l’IDF. Israël espère qu’ils seront plus nombreux dans les années à venir :

https://www.youtube.com/watch?v=X99exsMOuAs

Probablement la meilleure unité anti-terroriste du monde, l’élite de l’élite, un mythe, le Sayeret Matkal, plus simplement connu sous le nom de « The Unit ». Parmi ses nombreux exploits, Entebbe, dans la nuit du 3 au 4 juillet 1976 :

https://www.youtube.com/watch?v=WPOzA8o0aLg

Ci-joint, une extraordinaire opération menée par le binôme Mossad / Sayeret Matkal contre le programme nucléaire syrien, une incursion qui prépare l’Operation Orchard, soit la destruction de ce réacteur nucléaire par une frappe aérienne israélienne, le 6 septembre 2007 :

https://www.youtube.com/watch?v=sTylLz1ikUo

Une mission très particulière accomplie par trois F-15 pour commémorer le 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz. Je n’apprécie pas nécessairement i24 news qui nous sert volontiers de la soupe genre Haaretz, mais ce reportage est magnifique. C’est l’étoile bleue qui empêchera à jamais l’étoile jaune. Regardez ! :

https://www.youtube.com/watch?v=60Ds44pnxEM

L’IDF et les Lone Soldiers, des femmes et des hommes venus du monde entier, seules, seuls. Ils sont environ cinq mille aujourd’hui. Eux aussi donnent à cette armée un caractère unique au monde, étrange, véritablement fascinant, une armée universelle née du particularisme. Le particularisme juif, une tension vers l’universel :

https://www.youtube.com/watch?v=CWdFL-J3UCE

L’IDF comme tremplin pour intégrer pleinement la société israélienne, et avec des qualifications. Parmi ces tremplins, le Amir Course. Dans la vidéo suivante mise en ligne par Friends of the IDF (FIDF), l’accent est mis sur la communauté juive éthiopienne :

https://www.youtube.com/watch?v=m6x2Ac6A_Q0

 
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Une soldate de Tsahal d’origine éthiopienne

 

Je pourrais continuer ainsi sur des pages et des pages. Mais pour l’heure, je m’arrêterai là. J’espère avoir aidé au moins un peu ceux qui, nombreux, trop nombreux, ont une idée préconçue de Tsahal, de l’IDF. J’aimerais qu’ils se portent au-delà des images convenues véhiculées par les mass media, par les médias de masse.

Tsahal est un sujet d’étude passionnant, un sujet qui aide à mieux comprendre la société israélienne dans son ensemble. L’armée d’Israël, l’armée du peuple juif, le bouclier d’Israël, est aussi une armée universelle — oui, universelle —, une affirmation qui bouscule bien des préjugés savamment entretenus.

Aucune armée au monde n’est comparable à cette armée. Pour ma part, j’ai été heureux de la servir, très modestement, au rang le plus bas. Et j’espère la servir encore. J’ai éprouvé pour la première fois de ma vie le plaisir parfait de porter un uniforme et de me sentir chez moi. Comprenne qui voudra.

בהיר ישראל 

 

 Olivier Ypsilantis

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שבת  En lisant « Shabbat, un instant d’éternité » de Benjamin (Beno) Gross – 2/2

 

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« Entrée de Shabbat » de Moritz-Daniel Oppenheim (1800-1882)

 

5  Shabbat et le Sanctuaire.

Le respect du Shabbat est prioritaire. Même l’édification du Sanctuaire doit s’y conformer. Voir ce que dit la Torah à propos de la primauté du temps sur l’espace. Le peuple juif pouvait se perpétuer sans l’existence du Temple, il ne le pouvait sans l’observance du Shabbat. Les Juifs comme « Bâtisseurs du Temps » (voir le titre d’une œuvre magistrale d’Abraham Heschel). Dans « L’Étoile de la Rédemption » Franz Rosenzweig poursuit cette idée et la radicalise en quelque sorte. Pour lui, la spécificité du peuple juif tiendrait au fait que sa pérennité lui est assurée par une rupture avec l’espace : la terre dure tandis que le peuple qui l’a habitée disparaît.

Mais il y a plus. Le temps et l’espace sont un même sujet (voir le Maharal de Prague auquel Benjamin Gross a consacré de nombreuses pages). Il ne s’agit plus d’expulser l’un au profit de l’autre, ni même d’établir une hiérarchie. La Torah insiste sur ce point. Albert Einstein a élaboré une théorie d’unification de l’espace et du temps, avec dimensions spécifiques d’une même réalité.

Le Shabbat convie l’homme à sacraliser tout ce qui constitue l’homme (le temps et l’espace), car sacraliser c’est donner une signification précise à des éléments qui a priori n’en ont pas en tant que tels. Cette signification est conférée par le sacré de l’origine. Elle désigne la sainteté comme aspiration au sacré et parachèvement du monde.

La Torah invite l’homme à observer le Shabbat et à édifier le Sanctuaire, le Sanctuaire destiné à perpétuer le souvenir de la Révélation (du Sinaï). Sanctifier : invitation à dépasser l’apparence des choses (de l’espace et du temps) et de l’homme, l’homme appelé à devenir véhicule de la présence divine. Le Sanctuaire est le symbole de la maîtrise de l’homme sur la nature ; et le Shabbat invite l’homme à renoncer temporairement à cette maîtrise. « Ce n’est pas le caractère contraignant, pénible, de l’effort physique qui est en cause, mais la perturbation d’un état donné par une intervention humaine. »

Le traité talmudique Shabbat s’ouvre sur une règle essentielle : l’interdiction de transférer un objet, aussi modeste soit-il, du domaine privé vers le domaine public et inversement. Cette prescription, entre autres prescriptions relatives au respect du Shabbat, est une invitation à freiner l’invasion du domaine privé par le domaine public, invasion activée par le développement des nouvelles technologies. Le Shabbat est bien un témoignage « de la vocation métaphysique de l’entité sociale qui a pour nom Israël. »

 

6  Shabbat et Fêtes.

Le Shabbat est le signe d’une alliance avec l’Absolu par la sanctification du temps. Par l’intermédiaire du Sanhédrin, la sainteté du Shabbat se propage sur les jours de fêtes dont la date dépend de la fixation de la néoménie, avec rappel des différentes étapes de la réalisation de l’Alliance dans l’histoire, le tout porté par la nostalgie et l’espérance qui désignent le projet divin.

a) Shabbat et néoménie.

Un point de néoménie : « Il appartient à l’assemblée d’Israël et, fort de son exemple, à l’ensemble de l’humanité de réparer ce que Dieu a laissé inachevé dans son œuvre, afin de permettre à l’homme de mériter par lui-même son existence ». Pour le judaïsme, la vérité est à la fois éternelle et historique, ce que traduit l’Alliance (avec le respect absolu de l’Écriture mais aussi l’interprétation ouverte de la Loi orale), le Shabbat (fixe et sanctifié par Dieu) et des Fêtes (témoignages humains et fluctuants de la néoménie). Un calendrier fondé sur des années solaires et des mois lunaires, sur l’histoire d’Israël et l’histoire des Nations, autant de binômes dotés d’un puissant dynamisme qui désigne la mémoire et l’espérance.

b) Shabbat, Pessah : « au lendemain du Shabbat ».

Création du monde et naissance du peuple hébreu, libération des déterministes naturels et délivrance de l’esclavage égyptien — soit l’irruption d’une transcendance dans la nature puis dans l’histoire —, le Shabbat s’en veut le témoignage. La sortie d’Égypte parachève la Création, elle fait participer l’homme à l’œuvre de Dieu en appelant les Hébreux à accomplir leur mission historique.

 

7  Shabbat et le don de la manne.

Le don de la manne est directement lié à l’institution du Shabbat. Manger est le premier besoin de l’homme ; aussi le premier commandement de la Torah concerne-t-il la nourriture et règle-t-il le rapport de l’homme au monde en commençant par mettre des limites à ses instincts. La manne (un don gracieux) est la marque de la présence de Dieu sur terre — comme l’est le Shabbat.

L’espace-temps des Hébreux est ouvert sur un monde à venir. Il rompt avec le monde clos égyptien où le peuple était retenu en esclavage. Lorsque les enfants d’Israël reçoivent la manne, Moïse « leur enseigne le sens de l’universel mystère de l’alimentation des êtres comme signe de la providence divine, et de la juste répartition du partage des vivres comme signe d’une solidarité inter-humaine ». Le spirituel et le social sont des aires de lutte pour l’homme qui aspire à la sainteté (ordre surnaturel) et à la justice (ordre naturel), deux aires qui tiennent l’une à l’autre comme fil de trame et fil de chaîne. A chacun ses besoins du jour, un précepte visant à éviter l’accumulation, la thésaurisation. Le Shabbat rend donc compte de la question de l’alimentation et l’entoure de prescriptions afin d’élever l’activité humaine la plus prosaïque au niveau de la sainteté. L’histoire de la manne est intégralement liée au commandement du Shabbat. Relisez le livre de l’Exode (notamment Ex. 16 : 17-18 et 16 : 22).

Le Shabbat envisage l’intégralité de l’homme avec ses trois prières et ses trois repas. Trois prières sont à la base de cette institution : rappel de la Création, rappel de la sortie d’Égypte puis révélation au Sinaï et, enfin, anticipation du jour messianique qui sera « tout entier Shabbat » et pour toute l’humanité. Le don de la manne est toutefois un don lourd d’exigence ; il est aussi apprentissage de la réalité et de la valeur du Shabbat. Le don de la manne est une leçon et ce n’est pas un hasard si elle s’impose à partir du besoin impétueux de l’alimentation, symbole de l’assimilation du monde extérieur par l’homme et de la manière qu’il a de s’engager dans l’altérité. Le don de la manne prépare le don de la Torah, la Révélation au Sinaï.

 

8  Le chiffre sept.

Le chiffre 6 se rapporte au monde physique, le chiffre 7 au monde métaphysique. Le chiffre 7 désigne une totalité puisqu’il contient l’intégralité du monde physique et le dépasse. Le septième jour — le Shabbat — relie la Sortie d’Égypte à la réception de la Torah. Le chiffre 7 est omniprésent dans le judaïsme ; pensons à la Menorah. On pourrait également évoquer l’année sabbatique et l’année jubilaire qui elles aussi procèdent du chiffre 7. Elles prévoyaient la redistribution des terres et la remise des dettes, un outil de contrôle destiné à inciter la collectivité à la justice et à l’équité, à la quête de sainteté. Shabbat de la terre aussi, la terre comme le peuple participant aux mêmes exigences. L’un et l’autre s’inscrivent dans un processus marqué par ce chiffre.

Le Shabbat invite au souvenir pour mieux ouvrir à l’avenir, à la positivité de la vie dont le peuple juif est le dépositaire. Le Shabbat se souvient d’Amaleq afin de s’y opposer et de le dépasser.

 

9  L’horizon messianique du Shabbat.

Benjamin Gross ouvre ce chapitre sur ces mots : « Grâce à l’institution du Shabbat, le Juif vit métaphysiquement dans le monde physique, à l’intérieur même de l’Histoire ». L’idée de s’ouvrir ainsi sur l’infini n’est pas une idée abstraite, produit de la spéculation ou suggérée par l’imagination, « mais une expérience effective dont le texte fondateur du judaïsme relate l’événement. »

Le Shabbat, ce vecteur essentiel, est porteur d’une dualité — la dualité procédant de l’Un, dualité dont l’homme doit accepter avec une même ferveur chaque proposition, sans vouloir en réduire aucune, afin de s’efforcer vers la perfectibilité. Rappel de cette dualité : nature / histoire ; travail / repos ; don / réception ; temps de la semaine / temps sacré (du Shabbat) ; ce septième jour comme fiancée et comme reine ; zakhor / shamor.

Le Shabbat conduit à une réflexion sur le rôle d’Israël. Il ouvre à une vision messianique de l’histoire (avec processus d’unification) à laquelle le peuple juif convie l’humanité. Le Shabbat et son principe, Dieu ; le Shabbat et son application, l’homme — avec projection vers l’avenir —, l’homme convié à élargir la trace de l’infini dans l’Univers, marque d’un Dieu transcendant, antérieur à toute pensée humaine. Le Shabbat se veut marque de la rencontre entre Dieu, le Monde et l’Homme, l’Homme qui accueille le Monde — la Création — pour y laisser sa marque. Le peuple juif est porteur de cette vocation. Le Shabbat est à la fois cosmique, national et universel. Il se souvient et désigne l’avenir, un avenir universel et résolument chargé de forces positives pour le parachèvement du projet divin et la liberté de l’homme.

Shabbat, Shemitah et Yovel, septième jour, septième année et année jubilaire. La liberté, valeur fondamentale du judaïsme (une liberté qui se garde de toute démesure par ouverture sur le monde, sur l’autre) : Dieu lui-même reste libre vis-à-vis de son œuvre qu’Il confie à l’homme, l’homme qu’Il invite à rester libre (par l’observance du Shabbat), à ne pas se laisser capturer par la société et les obligations qu’elle impose. Ces mots de Benjamin Gross résument son étude sur la valeur du Shabbat : « Nous sommes en présence d’une conception absolument originale et unique dans l’histoire des civilisations, du divin et de l’humain et de leur relation. Elle fonde l’autonomie de la créativité humaine pour réaliser le parachèvement du projet de la création. »

 

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« Sortie de Shabbat » de Moritz-Daniel Oppenheim (1800-1882)

 

Ci-joint, un lien Akadem répertorie toutes les interventions de Benjamin Gross sur ce site, avec une notice biographique et sa bibliographie complète :

http://www.akadem.org/conferencier/Gross-Benjamin-615.php

 

Olivier Ypsilantis

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שבת En lisant « Shabbat, un instant d’éternité » de Benjamin (Beno) Gross – 1/2

 

« Quand fut achevée l’œuvre de la création, le septième jour se présenta devant Dieu : Maître de l’Univers, tu as tout créé par couples. A chacun des autres jours tu as accordé une compagne ; au dimanche, le lundi ; au mardi, le mercredi ; au jeudi, le vendredi. Moi, je reste solitaire. Et Dieu répondit : l’assemblée d’Israël sera ta compagne. » (Gen. Rabba II : 8)

 

Je ne rendrai compte dans cet article que de la première partie de cette étude, « Temporalité du Shabbat ». Je laisse le soin aux curieux d’en lire la seconde partie, « Les rythmes de la liturgie du Shabbat ». Je recommande ce livre aux Éditions de l’éclat pour la qualité et l’élégance de la présentation, une maison d’édition qui a publié d’autres ouvrages de Benjamin Gross.

L’étude de Benjamin Gross s’ouvre sur ces mots : « L’institution du shabbat est la contribution la plus importante du judaïsme à l’humanité ». Le shabbat a été et reste un sujet d’étude, de questionnement, tant dans sa signification cosmique que religieuse et morale  —  outre son rôle utilitaire. Tout d’abord, notons que la division de la semaine en sept jours ne correspond pas à des cycles astraux, contrairement aux autres divisions du temps. L’acceptation universelle de la semaine de sept jours « peut être considérée comme un consentement tacite à une division du temps suivant un critère biblique ». Tous les jours de la semaine tendent vers le Shabbat qui leur donne sens. Il marque une rupture, un saut hors de l’écoulement du temps.

Le Shabbat est à la fois mémorial de la Création et mémorial de la sortie d’Égypte. C’est la clef de voûte d’une architecture où nature et histoire vont de pair, l’histoire étant envisagée comme le complément humain de la nature. Cette structuration juive du temps place au sein de l’activité humaine une dimension de liberté destinée à l’ôter à l’aliénation sociale et économique, à placer l’homme devant la Présence à l’aide de règles et de gestes symboliques.

Insistons : le Shabbat fait se rejoindre nature et histoire ; il place le cosmologique dans l’humain et l’action humaine au centre de l’Histoire. L’observance du Shabbat correspond à deux exigences fondamentales destinées à soutenir l’aventure humaine : s’opposer à l’oubli de l’origine et assurer la liberté de l’homme. En effet, seule la dimension métaphysique (et le Shabbat veut en être la marque) protège les libertés : « Le refus d’avoir d’autre origine que soi et la revendication d’une immanence absolue conduisent à un total dérèglement, voire une dissolution de la personne. »

 

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Shabbat Shalom – שַׁבָּת שָׁלוֹם 

 

Lorsque le sens de la limite saute, le nihilisme se profile et la démesure généralisée « développe une indifférence et une irresponsabilité envers le fait social qui perd de sa consistance et tend à se dissoudre ». Le Shabbat se veut avant tout rappel de la limite. Il est ouverture et garde-fou. Positivité de cette notion, prélude à l’entrée dans la temporalité et aspiration vers un dépassement, ce qui suppose conscience, responsabilité et constance dans l’effort. Il ne s’agit pas de s’affaler dans sa liberté, de s’y complaire et de s’en repaître, mais de tendre l’oreille dans l’espoir de capter une voix venue d’ailleurs, de l’écouter et d’engager le dialogue. Être juif, c’est se sentir dépositaire de l’origine, c’est résister à l’oubli qui menace la source de l’être. Le Shabbat est destiné à soutenir la mémoire primordiale, hebdomadairement, et à éclairer sa destinée. Le Shabbat interroge prioritairement le peuple juif : qu’est-ce qui fait l’humanité de l’homme et quelle est sa vocation dans l’Histoire ? L’oubli des évidences originelles ne peut que conduire l’humanité à une catastrophe. Le Shabbat se veut souffle de vie, opposé à un naufrage dans la matérialité mais aussi, et avec une même fermenté, à l’évasion dans l’idéalisme abstrait. Le Shabbat et son rituel interrogent les rapports entre le temps et le travail, entre l’individu et la collectivité, entre les générations. Il interroge Dieu qui ‟achève” la création en se retirant, et l’homme appelé à prendre le relais, en créant une société dans laquelle Sa présence demeure.

 

Ci-joint une présentation de « Temporalité du Shabbat », de ses neuf parties :

1)  Shabbat, souvenir de la Création. Le Shabbat dans la Nature.  

Le Shabbat est le signe le plus manifeste du rythme du temps dans le calendrier hébraïque. Institué par Dieu lors de la Création, il marque l’achèvement de la Création (Gen. 2 : I,2). En effet, les six jours constituent un achèvement et un parachèvement. Cette réalité partielle et changeante se fait totalité stable ; elle ne doit pas occulter son commencement, son Créateur qui avant de se retirer y introduisit un signe de Sa présence : le Shabbat, le septième jour qui vient parfaire ces six jours et leur conférer un dynamisme par une célébration hebdomadaire de l’élan qui est à l’origine de la Création — ces six jours.

Le Shabbat (qui est souvenir et célébration des origines) est tourné vers le monde à venir, l’éternité. Il est une dynamique, un éclat d’énergie infinie inséré dans la temporalité. Rappelons que si ce jour est destiné à orienter l’homme, c’est Dieu qui sanctifie et bénit ce jour.

Shavat : « Dieu se retire » ou « Dieu se reposa de son œuvre ». Shabbat, de la racine שׁוּב : retourner à la source de son origine. Mais le repos, c’est aussi la liberté ; et le Shabbat est la marque suprême de la liberté ; il s’oppose au rythme de la nature ou, plus exactement, il supplée à un manque, il complète.

Mais qu’entend-on par le « repos » de Dieu ? Il s’agit de Sa volonté explicite de mettre une limite à Son œuvre et, ainsi, de marquer Sa transcendance dans Sa relation au monde créé, une transcendance qui laisse une trace dans l’immanence de l’Univers. Le Shabbat est le signe de cette transcendance et de cette immanence, de la séparation (l’altérité absolue du Créateur) et du rapprochement, de la bénédiction (qui apparaît au cours du processus de la Création) et de la sanctification (qui n’intervient qu’à son achèvement).

 

2)  Shabbat, souvenir de l’exode. Le Shabbat dans l’Histoire.

Le Shabbat est cet instant de liberté et de repos au cours duquel l’homme est invité à interroger la Création et à y lire la trace cachée de la présence divine. Cette expérience est vécue collectivement par les enfants d’Israël à leur sortie d’Égypte : c’est l’irruption de la transcendance dans l’Histoire. « La naissance de la société hébraïque, lors de l’Exode  d’Égypte, représente sur le plan de l’Histoire ce que le Shabbat représente sur le plan de la Nature : une trace de la transcendance insérée dans l’univers pour témoigner de l’Origine. »

L’Exode élargit et prolonge la Création. Israël recueille le Shabbat afin de ce pas céder à l’oubli — oubli de l’Origine et oubli de la sortie d’Égypte — et proclamer la positivité de la vie et son lien avec l’Un.

Le Shabbat, signe d’alliance, « rencontre » entre le peuple juif et le Créateur, un signe à perpétuer de génération en génération. Il est la marque d’Israël parmi les nations, d’Israël témoin de la présence divine dans le monde. Israël et le Shabbat ne sauraient être l’un sans l’autre. Ensemble ils témoignent de l’existence du sacré et de l’exigence de sainteté. Le Shabbat inscrit dans la nature et dans l’histoire, injonction divine adressée au peuple juif, au peuple témoin pour l’humanité. Le Shabbat, temps d’un amour conjugal entre Dieu et Israël. Le Shabbat tourné vers le passé (souvenir de l’Alliance) et tension vers l’avenir, vers un temps messianique qui verrait la réalisation du projet divin pour l’humanité. Le Shabbat : souvenir de la Création, signe de la Révélation, anticipation de la Rédemption — l’Unité.

 
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3)  Les Dix Paroles et le Shabbat de l’Unité.

Parmi les Dix Paroles promulguées dans le Sinaï, la quatrième porte sur l’observance du repos shabbatique. Le double aspect du septième jour (Shabbat dans la Nature et dans l’Histoire) se retrouve dans la double version des Dix Paroles, l’une dans le livre de l’Exode, l’autre dans le Deutéronome. Le premier prescrit zakhor (souvenir), le second shamor (préserver). Zakhor : souvenir de l’œuvre du Commencement ; shamor : délivrance de l’esclavage et souvenir de la sortie d’Égypte. Mais pourquoi deux versions d’une même Parole proférée par une voix unique ? D’abord pour des raisons contingentes. Dans le livre de l’Exode, on s’adresse à un peuple nomade, donc non soumis aux obligations de travaux réguliers ; on met l’accent sur la Création et le Dieu créateur. Dans le Deutéronome, on s’adresse à un peuple sédentarisé ; on met l’accent sur le repos. Les prescriptions de la Torah quant au respect du Shabbat rendent ces deux approches résolument complémentaires. Zakhor et Shamor — Création et Histoire. Se souvenir de la volonté divine et poursuivre la création du monde : Zakhor ; l’obligation pour la société hébraïque de préserver ce monde : Shamor. Se souvenir, soit la pensée ; préserver, soit les actes. Zakhor, principe actif ; Shamor, principe passif (avec abstention de tout travail), soit deux injonctions qui correspondent à deux types de mitsvot, avec commandement positif (ce qu’il convient de faire) et précepte négatif (ce qu’il convient de ne pas faire). Dieu, infiniment lointain de l’homme mais aussi résolument proche de lui, d’où ces temps de proximité et ces temps de retrait que règle la Torah, ces commandements et ces préceptes qui tous conduisent vers l’Un. Il s’agit bien d’une complémentarité engagée dans une relation dialectique. Dans le Talmud, on peut lire : « Zakhor et Shamor furent prononcés en une seule parole ». Le Shabbat est l’union la plus intime de ces deux vecteurs.

L’institution du Shabbat procède aussi de la libération d’Égypte. Le Shabbat a trait à cette parole où Dieu se révèle non pas Créateur de l’Univers mais Libérateur. Ainsi le Shabbat est-il principe et exigence de sainteté et, dans un même temps, principe et exigence de justice sociale et de sainteté. Benjamin Gross écrit : « Le social et le métaphysique se compénètrent pour ‟faire” de ce jour une anticipation d’une ère de justice et de paix ». Le Shabbat comme outil d’intégration sociale : il rappelle que tous les hommes, du plus riche au plus pauvre, sont égaux devant Dieu, que tous sont inscrits dans son projet, que tous ont vocation à la liberté (que symbolise le Shabbat) et que la situation des plus défavorisés n’est pas irrémédiable. Par le Shabbat, les hommes se reconnaissent mutuellement et se sentent responsables les uns des autres. Benjamin Gross : « Selon la Mishna, le monde a été créé par Dix Paroles et, d’autre part, la Torah a été révélée par Dix Paroles. Ces dernières viennent compléter les premières et expliquer le sens et le but de la Création. »

Double aspect du Shabbat (où la pensée et les actes s’unissent dans la sanctification) :

Souviens-toi (Zakhor) – Garde (Shamor) / Souvenir de l’Exode d’Égypte – Souvenir de la Création / Nature – Histoire / Préservation par les actes – Souvenir par la pensée / Attitude passive – Engagement actif / (Crainte de Dieu) – (Amour de Dieu) / Justice sociale – Dépendance métaphysique.

 

4)  Shabbat et parentalité.

Observance du Shabbat et respect dû aux parents, un respect qui est vecteur de transmission de génération en génération. Le Shabbat marque une rupture dans la fuite du temps et il désigne ce qui relie le temps à son origine. Idem dans la relation filiale ; car dans la tradition juive, les parents sont pour l’enfant ce que le Shabbat est pour le monde. C’est par le respect des parents que l’enfant s’ouvre à l’altérité, qu’il s’inscrit dans un passé et tend vers un avenir construit sur l’individualité. Le Shabbat donc met l’accent sur l’importance de la filiation pour la réalisation individuelle. Dans le judaïsme, le lien parental est une réalité ontologique, il est essentiel au développement de l’individu, il est une transcendance dans l’immanence, un socle sur lequel (se) bâtir et imprimer sa marque dans la réalité et le dynamisme de la vie. Benjamin Gross : « Ce qui fait le Juif, ce n’est pas l’adhésion à un dogme, mais l’appartenance à cette famille particulière parmi les famille de la terre ». L’observance du Shabbat est l’une des explications essentielles de la persistance du peuple juif. Respect du Shabbat et respect dû aux parents, pour la réalisation d’un projet tourné vers l’humanité, contre l’idolâtrie de la divinisation du monde (un monde sans Shabbat) et de la divinisation de l’homme (un homme sans parents).

 

 (à suivre)

Olivier Ypsilantis

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Réponse à Nina au sujet de l’Iran

 

A Nina, infatigable combattante sioniste.

 

Nina vient de mettre en ligne sur Forum Zakhor-online un article intitulé « Les armées d’Iran non iraniennes » :

http://zakhor-online.com/forum/viewtopic.php?f=3&t=1832&sid=4ba2ef1caf358a5c0c26c9de855911fd

L’Iran me préoccupe depuis longtemps. Et sois rassurée, chère Nina, je ne vais pas brandir le mot « substrat » comme un mantra afin de repousser toute question et m’épargner toute réflexion. Par ailleurs, bien que non-Juif, j’aime Israël (ton « tout petit pays » ainsi que tu l’écris) pour des raisons que tu connais, et je place sa sécurité au-dessus de tout.

Ma position est délicate. Il n’y a pas si longtemps, j’aurais été accusé de judaïser — et l’Inquisition se serait probablement intéressée à moi… Mais, surtout, je suis sioniste, radicalement, tout en éprouvant une sympathie pour l’Iran, sympathie qui, je le répète, ne s’étend pas au régime issu de la Révolution de 1979.

 

mariage-zoroastrienCérémonie de mariage chez les Zoroastriens d’Iran

 

Tu écris que « les Iraniens se sont arabisés depuis 1979 ». Je ne te contredirai pas mais j’aimerais que tu précises ce que tu entends par là, car les Iraniens ne portent pas les Arabes dans leurs cœurs et ils les considèrent à raison comme des agresseurs, depuis la funeste bataille d’al-Qâdisiyya (en 636) qui ouvrit la porte à l’islamisation d’un pays zoroastrien.

Tu écris que « le mal iranien sera bien plus puissant que tous les Arabes réunis vu que l’Iran a des ailes qui lui poussent depuis qu’il est entré dans le concert des nations par la grande porte ». Tu n’as pas tort, chère Nina ; mais que penses-tu de l’entrée du pire du monde arabe, Arabie saoudite en tête, par la petite porte et en douceur, dans le concert des nations, pour reprendre tes expressions… ? Ces Arabes, nos fournisseurs en pétrole (cette huile minérale sans laquelle presque rien ne fonctionnerait chez nous), nos acheteurs de biens à très haute valeur ajoutée, nos fournisseurs-acheteurs qui favorisent tout azimut la propagation des tendances sunnites les plus rigoristes, qui embrigadent des groupes entiers (pas seulement en France et en Europe) par le bais de prédicateurs virtuels ou en chair et en os, sans parler du Qatar qui exporte à tout-va l’idéologie des Frères musulmans. L’Occident semble apprécier cette douce et lente pénétration par la petite porte… Qu’en penses-tu ?

En Iran, la bataille pour le pouvoir suprême est engagée, avec durcissement du pouvoir. Est-il irrémédiable ? Les tensions au sein du pouvoir iranien m’intéressent depuis longtemps ; elles sont multiples, complexes, ce qui est aussi inquiétant que rassurant. Les tensions entre le pouvoir religieux et les Pasdarans sont trop peu évoquées dans les articles qui traitent de l’Iran. Par ailleurs, la sensation d’encerclement dont souffre l’Iran (j’ai évoqué ce point central dans plusieurs articles) n’est que très rarement pris en compte par les géo-politiciens. Bref, l’Iran est rarement étudié de l’intérieur. Cette sensation d’encerclement sur laquelle surfe le régime a des explicitons historiques très solides : le monde arabe à l’Ouest et le Pakistan à l’Est, un pays au sunnisme radical où les Chiites sont encore plus maltraités que les Chrétiens ; le Pakistan, un pays particulièrement dangereux, arc-bouté d’un côté contre l’Inde et de l’autre lançant des métastases en Afghanistan.

Les Iraniens sont trop intelligents pour être antisémites, je persiste à le croire. Quant au régime de Téhéran, il dénonce Israël et le sionisme dans l’espoir d’utiliser des réflexes pavloviens, pas seulement chez les Arabes. « Les Protocoles des Sages de Sion » et autres torche-culs prennent moins à Téhéran qu’à Damas ou Bagdad, sans oublier nos amis les Turcs qui élaborent des histoires où la sanie venue de l’Occident chrétien est volontiers recyclée : crimes rituels et autres délires excrémentiels.

Ce que tu écris concernant la reconnaissance de la Palestine est indiscutable et va dans le sens d’une crainte qui ne me quitte pas. Afin d’atténuer son isolement — j’y reviens — et sa position minoritaire au sein de l’Islam (les Chiites ne représentent que 10% à 15% des Musulmans), l’Iran active ce que les Arabes ont activé et ne cessent de réactiver, « la question palestinienne », avec la complicité d’une Europe qui a la colique lorsqu’elle n’est pas constipée. Le principal danger avec l’Iran est bien l’instrumentalisation des Arabes, avec les Iraniens comme cerveaux et les Arabes comme gros bras. Je le sais et je le redoute. Observons que Daesh qui jusqu’alors négligeait ladite « question » se met à la pousser en avant à présent qu’il se fait étriller sur le terrain — rien de mieux pour fédérer et attirer à soi que d’accuser le Juif, Israël et le sionisme.

 

Le tir à l’arc ou au fusil pratiqué sur un cheval au galop, un sport très prisé des Iraniens et des Iraniennes, hérité de leurs traditions millénaires. 

 

Les Iraniens recrutent des Chiites au Pakistan pour former une sorte de Légion des Volontaires, rien d’étonnant quand on sait ce à quoi sont réduits les Chiites dans ce pays que je tiens pour l’un des plus abominables du monde, et qui possède par ailleurs l’arme nucléaire grâce en grande partie au financement saoudien avec la bénédiction de leurs protecteurs… Et cet arsenal a considérablement augmenté ces dernières années. Le nucléaire iranien fait l’objet de toutes nos inquiétudes, soit ; mais pourquoi n’est-il jamais question du nucléaire pakistanais ? Il me semble pourtant que le Pakistan est un pays qui se trouve sur la planète Terre. Les tensions entre l’Inde et le Pakistan sont extrêmes et les revendications territoriales mutuelles portent sur un territoire grand comme près de la moitié de la France. Il est vrai qu’il me faudrait évoquer le litige Inde/Chine dans la région mais aussi à l’Est du Bhoutan, un litige qui toutefois me semble moins aigu que le litige Inde/Pakistan.

Les Chiites représentent environ 20% de la population pakistanaise qui tend vers les deux cent millions d’habitants, un vivier. Les Sunnites, majoritaires, exercent contre eux des violences au quotidien. Idem avec les quelque trois millions de Chrétiens. Mais tout le monde se fout des Chiites et des Chrétiens du Pakistan. Pourtant les risques d’une guerre nucléaire ente le Pakistan et l’Inde sont sérieux, une guerre qui aurait quelques effets sur notre tranquillité et notre santé. C’est souvent ainsi, on scrute l’horizon dans l’attente du danger qui déboule dans notre dos lorsqu’il n’explose pas sous nos pieds suite à un travail de sape avec fourreau de mine.

Je ne remets pas en question ce que dit Avraham Moshe Dichter, un homme dont j’admire les compétences. Mais les propos que tu rapportes confirment ce que nous savons tous, soit l’internationalisation du conflit, avec volontaires venus de partout, et pas seulement chez Daesh. Ce processus qui a été observé au cours de la Guerre Civile d’Espagne et dans les deux camps. A ce propos, j’ai appris (avec plaisir) que des volontaires occidentaux (pas assez nombreux il est vrai) s’engageaient chez les Kurdes.

Avraham Moshe Dichter affirme que «  le rêve ultime de l’Iran est de dominer les lieux saints de la Mecque et de Médine, en Arabie saoudite ». Probablement. Mais pour l’heure  l’Iran peine déjà à organiser des pèlerinages à Nadjaf et à Kerbala (en Irak), respectivement troisième et quatrième lieux saints du chiisme après la Mecque et Médine.

Les Chiites d’Afghanistan constituent environ 20% d’une population d’environ trente millions d’habitants. Eux aussi sont soumis aux violences et au bon vouloir des 80% de Sunnites. Rien d’étonnant à ce que « le Vatican du Chiisme » (comme on surnomme parfois l’Iran) puisse y recruter sans peine. L’oppression dont souffre les Chiites est générale dans les pays arabes. L’Iran n’a pas à se démener pour recruter. Au chiisme s’ajoutent des parentés ethniques et linguistiques ; le monde iranophone (l’ensemble des langues iraniennes) est vaste, il dépasse largement les frontières iraniennes.

Je ne sais si les Perses se considèrent comme supérieurs aux autres ethnies qui peuplent l’Iran, parmi lesquelles des Arabes. Ils se considèrent néanmoins et à juste titre comme le noyau historique d’un pays plus fragile qu’on ne le croit. Malheureusement, une fois encore, ce sujet est peu abordé par les géo-politiciens. L’Iran pâtit non seulement d’un sentiment (justifié) d’encerclement mais craint le démembrement du pays, avec ces ethnies  des provinces frontalières.  Forces centrifuges et forces centripètes…

 

Une Juive iranienne dans la synagogue Abrishami (construite en 1965), au centre de Téhéran, en 2013.

 

L’Iran agit par peuples interposés afin d’épargner sa propre population, ce qui est moralement une « dégueulasserie » ainsi que tu l’écris. Mais en la circonstance, chère Nina, la morale est balayée. Ce genre de manœuvre n’est pas une spécialité iranienne, je ne t’apprends rien. Par ailleurs, et ne crois pas que je cherche à trouver des excuses au régime de Téhéran, la guerre Irak-Iran (1980-1988) et ses centaines de milliers de morts a été pour l’Iran ce que la guerre de 1914-1918 a été pour la France, je n’exagère rien, j’ai pu le vérifier en Iran même.

Pardonne-moi ces propos quelque peu désordonnés, chère Nina. Mais j’en reviens à mon expérience, limitée, très limitée mais authentique. Je n’ai jamais entendu dans la bouche d’un Iranien d’Iran ou de l’exil des saloperies sur les Juifs ou Israël comme j’en ai entendues dans la bouche des Arabes, à commencer par les Marocains, à présent nombreux en Espagne. Ils doivent exister ces Iraniens antisémites et antisionistes, bien sûr, mais en nombre probablement plus réduit que chez les Arabes. Pourquoi ? Parce que l’Iranien a un respect général pour la connaissance et la réflexion. Par ailleurs, les Iraniens ne souffrent d’aucun ressentiment envers Israël avec lequel ils n’ont jamais été en guerre, Israël qui ne les a pas vaincus — humiliés — contrairement aux Arabes contre lesquels ils mijotent probablement quelque chose, Israël n’étant qu’un prétexte derrière lequel ils se dissimulent. Oui, c’est bien cette accumulation de propos minables sur les Juifs et Israël dans la bouche des Arabes, je dis bien des Arabes, qui a provoqué en moi une bouffée de rage sur laquelle je ne reviendrai pas.  

Un mot encore. Donald Trump qui vient d’être élu a promis de mener la vie dure à l’Iran, ce qui est bien, le régime iranien doit être surveillé mais… à la condition que les Saoudiens et autres saletés le soient aussi. Et j’espère que sa sympathie pour Vladimir Poutine va se traduire dans les faits pour la création d’un immense axe anti-islam. L’Europe n’est rien sans la Russie et une alliance russo-américaine doit être l’un des axes prioritaires de la politique américaine. L’islam doit être contenu et réduit, à commencer par le noyau arabo-sunnite, la tête du monstre.

Je rejoins Alexandre Del Valle et le juge Marc Trévidic dans leurs inquiétude :

http://www.danilette.com/2016/10/alexandre-del-valle-et-le-juge-trevidic-sur-les-vrais-ennemis-de-l-occident.html

Je te conseille la lecture du livre d’Antoine Sfeir, « L’Islam contre l’Islam, l’interminable guerre des sunnites et des chiites » paru en 2013. C’est une belle synthèse qui doit être complétée par d’autres lectures et dont le mérite principal est de souligner la centralitée de ce conflit considéré par certains — pour ne pas dire par beaucoup — comme un épiphénomène :

http://www.lesclesdumoyenorient.com/Les-sunnites-et-les-chiites-d.html

 

armeniens-a-teheranDes Arméniens d’Iran manifestent aux abords de l’ambassade turque à Téhéran, le 24 avril 2015, à l’occasion du centenaire du génocide de leur peuple (1915-2015). 

 

 Olivier Ypsilantis

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Notes  diverses

« Ce n’est pas l’homme qui est un point dans l’Univers, c’est l’Univers qui est un point dans l’homme », Bernard Chouraqui. 

 

Juin 2016, en compagnie de la professeure d’histoire Isabel María Abellán, Catedrática de Geografía e Historia. Elle me parle de son dernier livre, « Isidro – Relato del campo de concentración de Albatera », où elle rapporte le témoignage d’un milicien anarchiste, Isidro, qui termina la guerre civile d’Espagne dans le camp de concentration d’Albatera, au sud d’Alicante. Elle m’évoque Isidro avec respect et tendresse avant d’en venir à un souvenir que ce dernier lui a laissé, peu avant sa mort. Alors qu’il est embusqué, il voit un buisson bouger et tire dedans. Rien, plus rien des heures durant. A la tombée de la nuit, Isidro décide de sortir de sa cachette, à pas de loup, et de s’approcher du buisson car il est certain qu’il y a quelqu’un. Il finit par découvrir un Marocain des Regulares, un ennemi donc, et des plus redoutés, qui gît dans son sang, blessé au ventre. Après avoir échangé quelques mots sur l’ineptie de la guerre, le Marocain lui désigne sa trompette et lui en fait fait cadeau avant d’expirer. Isabel María Abellán sort de son sac une petite trompette en cuivre bosselé, trompette que je regarde et caresse tout en l’écoutant, ému par cette femme au beau sourire et aux dents magnifiquement rangées, une femme qui honore la mémoire.

 

 Seul vestige du Campo de concentración de Albatera, cette baraque pour les gardiens.

 

El Campo de concentración de Albatera, un nom oublié de presque tous, un camp qui fut pourtant le plus dur du système répressif mis en place par Franco à la fin de la guerre civile. El Campo de concentración de los Almendros, un camp très provisoire (ouvert le 30 mars 1939 et fermé le 6 avril de la même année), accueillit des milliers de Républicains, militaires et civils, qui n’avaient pu embarquer dans le port d’Alicante. Il est évoqué par Max Aub dans son livre « Campo de los Almendros », écrit à partir du témoignage d’un ami et historien, Manuel Tuñon de Lara.

 

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L’étude menée sur l’hominidé de Denisova (ou Dénisovien) à partir des trois fragments provenant de trois restes de squelettes de trois femmes, soit deux dents et une phalange. L’analyse ADN confirme qu’il serait plus proche des Néandertaliens que de nous.

Plus une rivière est rapide, plus elle émet de gaz carbonique. Il en va de même pour un homme qui fournit un effort soutenu. Imaginer les réflexions que le poète et ingénieur Novalis aurait retirées de ces observations.

Le monstre Sgr A (Sagittarius A), un trou noir géant au centre de notre galaxie, a une masse équivalente à plus de quatre millions de fois celle du Soleil. Il est situé à vingt-sept mille années-lumière. Des flashs indiquent qu’il festoie — par cette image, il s’agit d’engager les pouvoirs du langage afin de nous soustraire à l’épouvante, à l’écrasement et, enfin, à l’inconcevable. Le rythme de ces flashs semble s’être accéléré depuis peu. Que se passe-t-il ? Parmi les hypothèses avancées, celle d’Andrea Goldwurm. Selon lui, un nuage de gaz (nuage G2) constituerait le plat principal de ce festin, avec des chocs entre des morceaux de G2 et le disque d’accrétion de Sgr A (dont le rayon de Schwarzschild est d’environ onze millions de kilomètres), avec flashs de rayons X. Autre hypothèse relevant du simple bon sens et que tout un chacun fait assez spontanément : l’accélération du rythme de ces flashs pourrait être due à la multiplication des observations au cours de la période 2013-2015. Élémentaire mon cher Watson…

Quelques éléments d’un fabuleux lexique. Trou noir et trou noir supermassif (quelques millions ou quelques milliards de masses solaires). Année-lumière (ou mois-lumière ou jour-lumière), etc. Rayon de Schwarzschild, soit la distance théorique en dessous de laquelle rien, pas même la lumière, ne peut ressortir d’un trou noir. Disque d’accrétion (d’un trou noir), soit son disque de matière, son festin à venir… Amas ouvert, ensemble d’étoiles nées dans la même nébuleuse mais non liées par la gravitation et conduites à se disperser. Aphélie (ce nom a la beauté d’un prénom féminin ; on pense Ophélie, la femme qui flotte dans l’onde, sa chevelure et ses atours, au clair de lune), point de l’orbite d’un corps autour du Soleil situé au plus loin de celui-ci. La mythologie grecque projetée dans l’Univers par le truchement de tout un lexique ; Séléné est l’un des mots de ce lexique. Des récits effrayants, effarants. Dans l’un d’eux il est question de la géante bleue, une étoile au cycle d’évolution très rapide qui se transforme en supergéante rouge avant de devenir instable et d’exploser en supernova. Autre moment de la terrible beauté d’un lexique : rayonnement fossile ou fond diffus cosmologique. 

 

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Les modèles d’argile de… foies de moutons, de « foies divinatoires » sumériens. Voir la collection du Musée du Louvre, soit trente-deux pièces découvertes à Mari par André Parrot entre 1935 et 1936, autant de modèles qui prennent soin de reproduire les malformations de cet organe considéré comme l’organe de l’âme. Voir l’hépatoscopie. La forme des foies laisse supposer qu’elle aurait fait partie de la protase (ou proposition conditionnelle) alors que les inscriptions cunéiformes, en akkadien, auraient constitué l’apodose (ou réponse à cette proposition). Mais pourquoi ces modèles alors que les divinations se faisaient directement sur l’organe ? Ces répliques ont peut-être été destinées à l’enseignement de l’hépatoscopie et à l’établissement d’une taxinomie morphologique en rapport avec les prédictions. Le projet (en cours), soit la numérisation (modélisation) des tablettes cunéiformes de tous les musées du monde. Un demi-million d’entre elles sont déjà consultables en open source, le reste suivra prochainement.

Foie

Six modèles de « foies divinatoires » découverts à Mari (actuelle Syrie).

 

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L’origine africaine des Homo sapiens n’est pas remise en question. Les récentes analyses génétiques sur des hommes fossiles de Géorgie montrent que l’Européen compte dans son patrimoine génétique une quatrième « tribu » (ou clade humain, un clade ou groupe monophylétique comprenant tous les descendants d’une même ancêtre plus l’ancêtre lui-même). Brève chronologie. Il y a quarante-cinq mille ans, une première divergence s’opère entre chasseurs-cueilleurs de l’Ouest et chasseurs-cueilleurs de l’Est. Il y a vingt-cinq mille ans, ces derniers se scindent en agriculteurs du Levant et ce groupe de chasseurs-cueilleurs du Caucase récemment identifiés comme faisant partie de nos ancêtres. Il s’agit d’une tribu à la signature génétique très homogène puisque ce groupe est resté longtemps très isolé avant de se répandre dès la fin de l’ère glaciaire. Ses membres se sont alors mêlés aux deux clades, chasseurs-cueilleurs de l’Ouest et agriculteurs du Levant et ont largement contribué à fonder la tribu des Yamna, ces cavaliers nomades des steppes qui procédant eux aussi du berceau africain ont très tôt bifurqué vers l’Est pour revenir en Europe il y a environ cinq mille ans, diffusant ainsi les langues indo-européennes. Chercher plus amples informations sur mes ancêtres les Yamna. La fascination pour les origines, une fascination qui elle aussi ouvre au monde.

 

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J’ai découvert l’œuvre de José Luís Fernández del Amo Moreno (1914-1995) en faisant une recherche sur le Campo de concentración de Albatera (voir ci-dessus), il y a peu. José Luís Fernández del Amo Moreno fut non seulement architecte mais aussi urbaniste ; et, de fait, je connais peu de créateurs du XXe siècle qui aient à ce point pensé simultanément architecture et urbanisme — comme un tout organique. José Luís Fernández del Amo Moreno travailla à la panification et la construction au sein de l’Instituto Nacional de Planificación (INP), organisme directeur du Sistema Nacional de Planificación (SNP), créé en octobre 1962, par le régime franquiste donc. A partir de 1950, il commença à travailler à ses projets de villages aux lignes pures, avec Belvis del Jarama.  Ces villages à la forte unité constituent la part la plus pertinente de ses travaux. Les artistes du Bauhaus l’auraient grandement apprécié. Et que dire de Vegaviana, un pueblo inteligente ! Les photographies qu’il a inspirées m’évoquent par leur pureté certaines photographies de Carlos Pérez Siquier prises dans la province d’Almería :

http://www.yorokobu.es/vegaviana

Je regrette que l’enseignement de cet architecte-urbaniste ne soit pas plus connu. Le paysage espagnol aurait gagné à le suivre. Ci-joint un lien sur ses nombreux projets et réalisations :

https://es.pinterest.com/herrerohurtado/arquiclick-josé-luis-fernández-del-amo/

 

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 lunivers

 

Au XIXe siècle, des physiciens annonçaient la mort thermique de l’Univers — en se basant sur les principes de la thermodynamique.

Le Big Bang (une expression proposée par Fred Hoyle), l’instant zéro censé marquer le surgissement simultané de l’espace, du temps, de la matière et de l’énergie, un équivalent physique du Fiat lux. La relativité générale confirme cet instant d’un Univers de volume nul dont on rembobine la pellicule sur 13,8 milliards d’années pour revenir à la « singularité initiale », avec température et densité infinies. Il arrive toutefois un moment où les équations de la relativité générale ne tiennent plus. Ces équations décrivent les effets de la gravitation, des effets qui s’effacent à mesure que l’on remonte vers l’instant zéro (à supposer qu’il y en ait eu un), la matière finissant par rencontrer des conditions physiques que la relativité générale ne suffit plus à décrire, d’autres interactions entrant en jeu, en plus des forces électromagnétiques et nucléaires exposées dans le modèle standard, un modèle qui décrit l’ensemble des briques élémentaires de la matière et des forces qui régissent leurs interactions, soit les fermions, composants de la matière, et les bosons, véhicules de trois des quatre forces fondamentales. Le modèle proposé par la relativité générale dans les années 1950 a montré ses limites ; il bute contre le « mur de Planck », vieux de 10-43 seconde (après de Big Bang) alors que l’Univers mesurait 10-35 mètre. Il faut à présent tendre vers l’élaboration d’une théorie unifiant physique quantique et relativité générale pour une conception de la gravité quantique. En attendant, les hypothèses se multiplient, somptueuses pour certaines — ou l’astrophysique et la poésie se rejoignent ; et une fois encore je pense aux intuitions physico-poétiques de Novalis —, avec la théorie des cordes (qui suppose que l’espace-temps possède plus de trois dimensions) ou la théorie de la gravité quantique à boucles, pour ne citer qu’elles, autant de théories qui dérangent l’idée d’un instant zéro, d’une création ex nihilo.

L’image de l’année (2016) rassemble toutes les mesures recueillies par le satellite Planck, en continu sur quatre années : il s’agit de la représentation la plus détaillée à ce jour du Cosmos âgé d’à peine 380 000 ans, soit le moment où des photons parviennent à s’extraire de la soupe de particules primordiale. Jusqu’en 1992, cette lumière primordiale était perçue comme baignant l’Univers d’une égale énergie, avec une température de -270,4°C. Mais en 1992, d’infimes différences de température (de l’ordre du cent millième de degré) sont détectées, des variations de densité dans lesquelles se laisse lire ce très jeune Univers.

 

Olivier Ypsilantis 

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Donald Trump !

 

Á André Kaspi, en sympathique souvenir.

 

Je n’ai pas l’habitude de réagir à chaud. J’ai mieux à faire et d’autres réagissent en la circonstance autrement mieux que moi. Quelques mots toutefois. Je rigole dans mon coin lorsque je vois le désappointement des défenseurs du Vrai, du Beau et du Bien, en France notamment, avec cette gauche qui pérore les pieds dans les charentaises et une main sur le cœur.

Aujourd’hui, suite à la victoire de Donald Trump, je rigole en compagnie d’une amie. Elle écrit : « En fait, le monde des bobos chiale », on a droit « au concert des chialeuses ». Les Français ne connaissent décidément rien à la réactivité américaine qui ne cessera de les surprendre. Pour ma part, je me suis intéressé tardivement au personnage. Donald Trump n’avait pas ma sympathie, a priori, mais ce lynchage médiatique a fini par me le rendre intéressant ; et lorsque j’ai vu qui y participait, je me suis dit que je ne pouvais me ranger du côté de la horde, non, en aucun cas !

 

donald-et-melania-trump Donald Trump (né en 1946) et sa femme, Melania (née en 1970)

 

Je hais la voix de la foule car la foule est sans voix. Donald Trump a été lynché, en Europe et en France plus particulièrement. Les conformistes ont défendu Hillary Clinton, une femme qui traîne dans les couloirs du pouvoir depuis plus de trente ans, voix des conformismes et de la continuité. Or, il est temps d’entrer dans la rupture et à pieds joints.

La masse « progressiste » ignore — ou veut ignorer — les relations très particulières, intimes, de Hillary Clinton et sa bande avec la finance saoudienne, en partie responsable du pourrissement du monde et du terrorisme mondial. Mais une fois encore, je me marre en observant le chœur des pleureuses et des donneuses de leçons désappointées. Je me marre pareillement en pensant aux instituts de sondage, modernes pythies qui écrasent la multitude sous leurs prédictions. Je me marre !

L’effroyable méconnaissance qu’a la France des États-Unis et la prétention de sa classe politique (très bavarde) ne cessent de m’interloquer. Par exemple, cette méconnaissance doublée d’un manque de modestie pousse nombre de Français, à commencer par les bourgeois de gauche, à assimiler Donald Trump au Front National de Marine Le Pen, au fascisme et j’en passe. Le Front National n’est pas mon ami (d’abord parce qu’il y traîne des relents d’antisémitisme plus ou moins prononcés) mais placer un trait d’union entre Donald Trump et le Front National, c’est vouloir assimiler les États-Unis d’Amérique à la France, deux pays infiniment différents.

Je sais que Donald Trump ne se réduit pas à la caricature qu’on nous présente. L’homme est plus complexe ; je le sais depuis le début, simplement parce que la voix de la masse (soit les mass media) ne me séduit pas et que je m’en éloigne, question d’instinct.

Il y a plus, beaucoup plus. L’ère Trump ouvre des incertitudes (ce qui inquiète certes) mais elle initie probablement de grands changements. Barak Obama avait une démarche élégante, des costumes biens coupés et des chaussures nicely shaped, il restera comme le premier président noir des États-Unis. La belle affaire ! Il n’aura été qu’un médiocre président, un père tranquille.

Pour tout dire, j’aurais bien voté Hillary Clinton car j’aime voter pour les femmes. Mais ce n’est pas suffisant. Je ne vote pas pour la couleur d’une peau, un genre ou des inclinaisons sexuelles. J’ai voté avec enthousiasme pour Simone Veil parce qu’elle était une femme mais d’abord parce qu’elle était Simone Veil. Je suis un homme libre qui ne se laisse pas dicter ses choix par des catégories : je préfèrerais voter pour mon cochon d’Inde ou le chien de ma voisine que pour Ségolène Royale.

Donald Trump a été élu. Je ne sais quelle sera son action mais j’apprécie l’aventure qu’il propose, à commencer par ce rapprochement avec la Russie et Poutine qu’il admire personnellement. Le monde de demain se construira sur une alliance russo-américaine, ou américano-russe si vous préférez, un front immense qui intégrera l’Europe, l’Eurasie plus exactement. Fini les stupidités et les diversions au sujet le l’Ukraine. Le monde de demain et l’Europe de demain se construiront d’abord sur ce socle américano-russe / russo-américain.

J’ai entendu dire que l’ambassade des États-Unis en Israël allait être transférée de Tel Aviv à Jérusalem. Peut-être en finira-t-on enfin avec le peuple inventé, le « peuple palestinien »… Comprenne qui voudra. Et puis je suis heureux d’apprendre que le ton va se durcir face aux Saoudiens et autres saletés qui encrassent l’Europe, à commencer par la France. Le temps des accommodements avec cette engeance sera, je l’espère, prochainement révolu. Il faut que les fouets claquent.

Les groupies anti-Trump caquettent sur leur perchoir à s’en étrangler. Mike Pence est pressenti comme vice-président des États-Unis. Je ne le connaissais guère jusqu’à hier mais un homme qui proclame ce qui suit n’est pas mon ennemi, même si je ne partage pas nécessairement toutes ses opinions :

https://www.youtube.com/watch?v=c09RyJC0JqI

 

 mike-pence

Mike Pence (né en 1959) 

 

Obama nous a été présenté comme un nouveau messie, Trump comme une catastrophe.  On ne pourra donc être déçu par ce dernier. Laissons-lui sa chance. Hillary Clinton c’était la maison de retraite, avec plateaux-repas et rampes d’accès. Donald Trump c’est l’aventure. On ne sait où elle nous mènera mais : Hey Trump, let’s go for a ride !  Un air qui changera de Yes We Can !

 

 Olivier Ypsilantis

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Papiers retrouvés – VI / VI (Numismatique)

Alexandre le Grand

Alexandre le Grand en Héraclès. Coll. Olivier Ypsilantis.  

 

Parmi les professions que j’aurais aimé exercer, celle de numismate. Mais puisqu’il faut choisir, et qu’on ne peut faire mille choses à la fois, je me suis contenté d’acheter des monnaies et de fréquenter des numismates, parmi lesquels Alain Weil. Pourquoi la profession de numismate ? La marchandise ne pèse pas lourd, n’est guère encombrante (rien à voir avec les antiquaires et leurs meubles) et fait formidablement voyager dans  l’espace et le temps. Et en cas de problème, on peut emmener son viatique sur soi pour des destinations plus ou moins lointaines. On peut aussi léguer à ses enfants sans que le groin de l’État ne vienne se fourrer dans vos affaires… Mais surtout, il y a l’émotion !

Par où commencer ? Le sujet est si vaste : les souvenirs mais aussi toute la connaissance que draine la numismatique, soit une immensité historique. Je ne puis que procéder par petites touches, dans un relatif désordre, paresseusement comme d’habitude.

La partie de la numismatique qui m’intéresse se réfère à la frappe artisanale, une frappe manuelle qui produisait à chaque coup une monnaie sensiblement différente, tant par l’usure respective des matrices que par la force du coup assené.

Que le lecteur se rassure, je ne vais pas me perdre en détails techniques. Simplement, une monnaie frappée artisanalement à la main offre une particularité et non des moindres : elle est unique, absolument unique, ce qui a fait dire à un spécialiste que chaque monnaie émise de la sorte était aussi précieuse qu’un fragment de métope ou de frise. Cependant, une monnaie de très grande qualité reste accessible à un simple passionné ne disposant pas de la fortune d’Aristote Onassis, de Stávros Niárchos ou de Basile Goulandris, pour ne citer qu’eux.

 

enclume-monetaire

 

Chaque monnaie frappée de la sorte est donc unique. A ce propos, on remarquera que de nombreuses monnaies antiques sont plus ou moins décentrées, ce qui n’ôte rien à leur valeur tant esthétique (sauf cas particuliers auxquels je reviendrai) que commerciale. L’unicité de chaque monnaie s’explique également par l’état d’usure des matrices (matrice de l’avers et matrice du revers), des usures différentes. L’étude de ces détails permet de classer les monnaies en une séquence déterminée. On peut par ailleurs prouver que des groupes de monnaies qu’on croyait émises par des ateliers différents proviennent en réalité d’une même frappe. Ainsi des abondantes émissions d’Alexandre le Grand : on a pu arriver à la conclusion qu’elles provenaient pour l’essentiel de l’atelier principal d’Amphipolis (Ἀμφίπολις) en Macédoine orientale. Mais une fois encore, je ne vais pas perdre le lecteur dans des considérations tant techniques qu’historiques.

On peut collectionner en historien ou en simple amateur, essentiellement guidé par ses émotions esthétiques, ce qui donne à la collection un caractère marqué, original. Je connais un historien qui collectionne des monnaies romaines en historien, avec portraits d’empereurs présentés par ordre chronologique. Ce type de collection à caractère didactique et méthodique a bien des mérites mais je ne m’y adonne pas et je ne m’y adonnerai pas. Je préfère une certaine paresse, je préfère suivre mes émotions, et le monnayage romain ne me donne aucune émotion. Cette prééminence accordée à l’émotion esthétique conduit généralement à un parfait éclectisme. Néanmoins, pour certaines raisons j’ai tendance à privilégier les monnaies grecques ; pourtant jamais je n’achèterai l’une de ces monnaies si l’émotion esthétique est absente.

L’art du collectionneur s’apparente à l’art de la flânerie. J’aimerais me procurer certaines monnaies mais leur recherche ne me préoccupe pas ; je m’en remets au hasard, à la divine surprise. Parmi ces monnaies (difficiles à trouver), les tortues d’Égine, tant terrestres que marines. D’après la tradition, l’île d’Égine fut le premier des États de la Grèce d’Europe à frapper une monnaie officielle. Une collection peut également se concevoir sur un mode thématique. Par exemple, un collectionneur s’attachera à rassembler un bestiaire : tortues marines et terrestres de l’île d’Égine, grenouilles de l’île de Sériphos, dauphins de Théra (sur l’île de Santorin), chouettes d’Athènes (au revers des têtes d’Athéna), coqs d’Himère (Grande Grèce), crabes d’Akragas (Agrigente), abeilles d’Éphèse, etc. Autres thèmes : les plantes et les fruits (moins représentés), les scènes de la mythologie, etc.

Aréthuse

Aréthuse (Syracuse). Coll. Olivier Ypsilantis.

 

Parmi les plus belles monnaies grecques : Aréthuse (Ἀρέθουσα), le profil de la déesse autour de laquelle bondissent des dauphins, et Taras (Τάρας) chevauchant un dauphin. Ces deux monnaies sont originaires de la Grande Grèce, respectivement de Syracuse et de Tarente. Dans le cas de cette dernière, le décentrage lié à la frappe peut être désagréable si le bec ou la queue du dauphin se trouve rogné ; car la beauté de cette composition tient pour l’essentiel à la continuité de la ligne en S du dauphin. Autres monnaies d’une beauté particulière et qui ont un air de famille avec leur composition enchevêtrée : un lion bondit sur un taureau (Acanthos, en Chalcidique), un Satyre s’en prend à une Nymphe (île de Thasos, au large de la Thrace), deux compositions magistrales, cette dernière étant particulièrement recherchée pour son sujet coquin, avec ce Satyre ithyphallique. Les monnaies avec bouclier (de Thèbes, en Béotie) sont fort intéressantes d’un point de vue historique mais elles ne me font éprouver aucune émotion esthétique particulière ; je me garderai donc d’en faire l’acquisition. Autres monnaies d’une immense élégance, celles qui montrent le profil de Tanit (Carthage) à la chevelure chargée de délicatesses, avec boucle d’oreille et collier. Je me souviens d’avoir détaillée l’une d’elles, en or, où chaque cheveu était lisible dans une chevelure savamment édifiée à l’aide de coquillages et d’épis de blé.

Parmi les monnaies grecques, celles de Sicile sont d’une beauté particulière. Elles exercèrent un grand attrait dans l’ensemble du monde grec et pour des raisons essentiellement esthétiques. La cour des tyrans donna un formidable élan au monnayage, avec Gélon qui fit de Syracuse sa capitale en 485 av. J.-C. Le quadrige qui figure sur l’une des faces devint plus subtil dans le rendu de la perspective mais, surtout, la tête d’Artémis-Aréthuse se libéra du carré en creux (incuse) et devint l’une des plus belles figures de tout le monnayage grec, avec ce cercle de dauphins symbolisant la demeure de la déesse. La frappe de cette pièce belle entre toutes (des tétradrachmes surtout) fut très abondante sous le règne de Gélon (485-478 av. J.-C.), connu pour avoir remporté une grande victoire sur les Carthaginois en 480 av. J.-C. L’émission spéciale des décadrachmes sont d’une qualité encore supérieure. Il m’est arrivé de tomber littéralement amoureux des profils d’Aréthuse qui y figurent, Aréthuse qui selon la légende fut poursuivie dans le Péloponnèse par le dieu-fleuve Alphée et lui échappa en passant sous la mer avant de remonter à la surface comme nymphe d’eau douce dans l’île d’Ortygie, centre historique de Syracuse. On a prétendu que cette femme splendide frappée sur ce décadrachme était Démarète, l’épouse de Gélon, qui serait intervenue en faveur des Carthaginois après leur défaite, ce qui a été remis en question. Mon regard a la plus grande peine à se détacher de ce profil, de cette chevelure à l’ondulation très régulière, avec cette mèche libre qui passe derrière l’oreille, avec ces boucles disposées régulièrement sur le front. Ces têtes de Syracuse, nombreuses, très nombreuses, varient de l’une à l’autre en modulations délicieuses à partir d’un schéma général. Chaque tête a sa personnalité et sa coiffure. Qui sont ces si nombreux artistes qui ont travaillé amoureusement à ces profils féminins ? La plupart d’entre eux n’ont pas signé leurs œuvres.

TarasTaras (Tarente). Coll. Olivier Ypsilantis.

 

Et Taras de Tarente, ce « dauphinier » qui deviendra progressivement la contrepartie constante du cavalier ! C’est l’un des plus beaux monnayages grecs, avec variations infiniment riches sur un même thème. L’une des jambes passe sur le dauphin-destrier, ce qui donne à la composition un caractère de haut-relief.

La numismatique est un monde immense, même si on se limite à quelques périodes de l’histoire, voire à l’une d’entre elles. Les monnaies celtibères par exemple…

Les monnaies celtibères sont pleines d’un puissant charme archaïque (du provincial romain) ; mais surtout, elles ont une patine belle entre toutes, des monnaies en bronze de grand module à la patine somptueuse, aux verts d’une profondeur sous-marine. Le monnayage celtibère est apparu assez tardivement, vers le milieu du IIe siècle av. J.-C. L’inspiration est clairement gréco-romaine mais pleine d’une saveur archaïque, je le redis.

Celtibère Osca

 

 

 

Celtibère CastuloDeux monnaies celtibères. Ci-dessous, originaire de Castulo (province de Jaén) ; à droite, d’Oscar (Bolskan, près du Delta de l’Ebre). Coll. Olivier Ypsilantis.

 

J’éprouve à l’égard de certaines monnaies un intérêt esthétique et un intérêt historique pareillement marqués : ce sont les monnaies qui montrent Alexandre le Grand. Et pourtant, les monnaies hellénistiques m’intéressent a priori bien moins que n’importe quelle monnaie archaïque ou classique. Mon intérêt pour Alexandre le Grand est tel que je pourrais rassembler une collection entièrement dédiée à ce personnage entre histoire et mythologie, sans pour autant sacrifier à l’intérêt historique la qualité esthétique que je juge primordiale. Les portraits d’Alexandre le Grand peuvent se diviser en trois grandes catégories : Alexandre le Grand coiffé du scalp du lion de Némée, du scalp du bélier (Amon) et, enfin, du scalp d’un éléphant (souvenir de la bataille de l’Hydaspe, en juillet 326 av. J.-C., au cours de laquelle le conquérant affronta les deux cents éléphants de Pôros).

Parmi les monnaies peu connues, très accessibles et d’une belle qualité artistique, les monnaies parthes. Ci-joint, un lien avec de magnifiques reproductions très représentatives de ce monnayage profondément original :

http://www.parthika.fr/Identifications.html

J’aime particulièrement les dernières séries, avec ces portraits fortement stylisés, très graphiques et qui m’évoquent certains visages de l’art roman. Si l’art parthe (en particulier l’architecture) ne compte pas parmi les arts majeurs de l’humanité (les sculptures sont volontiers raides et peu expressives), le mode de gouvernement de cet empire laisse admiratif. Et n’oublions pas son armée, sa cavalerie plus particulièrement qui écrasa les légions de Marcus Licinius Crassus, à Carrhes, en 53 av. J.-C.

Mithridate

Mithridate II, drachme parthe. Coll. Olivier Ypsilantis.

 

Olivier Ypsilantis

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Papiers retrouvés – V / VI (Notes prises au cours de lectures diverses)

En header, André Lhote dans le Tassili. 

 

Style jésuite, une désignation (abusivement) donnée au début du XXe siècle au style baroque. On pensait que la Compagnie de Jésus avait eu un rôle prépondérant dans l’élaboration de ce style, en Italie puis ailleurs. Or, les églises de la Compagnie de Jésus n’étaient pas plus chargées en ornements que les autres églises. La seule influence patente des Jésuites en architecture doit être recherchée dans la diffusion d’un plan d’église adapté à la prédication. Voir le plan dessiné par Vignole (en 1568) pour l’église mère, à Rome, la chiesa del Gesù, un plan qui n’a pas été exclusif puisque nombre d’églises jésuites dispersées dans le monde ont volontiers cherché à composer avec les traditions locales. Voir ces églises des Flandres dont la structure reste fidèle au gothique brabançon.  

Influence de l’art hittite sur l’art assyrien (voir détails).

La systématisation des verticales et des horizontales aurait été inspirée à Piet Mondrian par les structures des maisons japonaises, des structures que je me souviens d’avoir placées dans mes premières pointes-sèches afin de donner plus de pertinence aux feuillages et aux nuages. La pertinence d’un paysage vu d’une fenêtre…

L’influence de De Stijl (revue publiée de 1917 à 1928) sur le Bauhaus, une influence qui aida ce dernier à dégager le fonctionnalisme de ses tendances expressionnistes.

Raphaël, le modèle d’Ingres, modèle jugé inimitable. Prééminence donnée au dessin (la part mentale) sur la couleur. Répudiation du beau idéal des davidiens (qui renchérissent sur David). Théodore Chassériau entre Ingres et Delacroix.

L’une des réalisations suprêmes de l’architecture mondiale, l’octagon de la cathédrale d’Ely, érigé au-dessus de la croisée du transept, avec foisonnement de nervures qui masque tout le nu de la voûte, une évolution commencée dans l’early english. L’octagon, soit huit volumes curvilignes en pierre parcourus de nervures qui aboutissent à une lanterne en bois (octogonale) avec voûte en étoile elle aussi richement nervurée.

 
Ely cathedral

Ely Cathedral (Cambridgeshire), the Central Crossing and Octagon Tower. 

 

Erwin Panofsky et ses passionnantes propositions contenues dans « Architecture gothique et pensée scolastique » (1951). Ci-joint, une brève présentation de cet ouvrage non moins stimulant que « Renaissance et Baroque » de Heinrich Wölfflin :

http://www.scienceshumaines.com/architecture-gothique-et-pensee-scolastique_fr_13035.html

Sir Henry Cole (1808-1882). C’est notamment sur ses conseils que fut édifié à Londres le Crystal Palace Exhibition (1851). Le concept d’utilité défini comme fondamental par Richard Redgrave, en rapport avec la philosophie utilitariste de John Stuart Mill. John Ruskin fit dévier le mouvement du design initié par Sir Henry Cole (voir « Seven Lamps of Architecture »), John Ruskin qui accusait la société industrielle d’assassiner l’art.

Les Dominicains en France et le plan d’église à deux nefs, l’une réservée aux fidèles et l’autre aux frères (dominicains). Voir la grande nef à deux vaisseaux des Jacobins, à Toulouse, nef que termine le célèbre « palmier des Jacobins ».

L’un de mes styles français préférés — et peut-être mon préféré —, le style Directoire. Apparaît à la fin de la Terreur. Poursuit les formes du style Louis XVI mais avec une volonté de simplification très affirmée. L’influence grecque y est prononcée. Voir la mode du trépied (à divers usages). La forme de certains meubles est directement inspirée de peintures sur vases (grecs). Les dossiers de chaises décorés de palmettes à jour dans le salon de mes grands-parents, palmettes dont enfant je suivais chaque ligne avec un plaisir gourmand — et de fait, ces lignes courbes suprêmement élégantes me nourrissaient. Le style Directoire, les Incroyables et les Merveilleuses, deux désignations qui passent dans mes souvenirs scolaires. Le Directoire désigne aussi une mode féminine que je préfère à toutes les autres. En revenir à cette mode inspirée des modes grecques de l’Antiquité avec robes-tuniques tenues sous les seins par une ceinture.

Un exposition vue alors que j’étais adolescent, « L’École de Fontainebleau » (à Paris, au Grand Palais, du 17 octobre 1972 au 15 janvier 1973). L’École de Fontainebleau et ce style élaboré à Fontainebleau, sous François Ier. Style composite inspiré du maniérisme italien. Art symbolique à tendance ésotérique (dans sa version française). Prédilection pour les formes allongées (érotisation) dérivées du maniérisme du Parmesan, avec pour thème de prédilection la mythologie de Diane et des Nymphes.

Le sens péjoratif dont on a commencé par charger le mot maniériste (manierismo), soit une décadence qui aurait caractérisé la fin de la Renaissance. Au début du XXe siècle, des écrivains de langue allemande confèrent enfin à ce mot des forces positives. Voir notamment les travaux de Gustav R. Hocke. Naissance du maniérisme à Firenze du vivant de Raphaël. 1527 (année du sac de Rome par les armées impériales) est considéré comme l’année de la naissance du maniérisme ; il restera actif en Italie jusque dans la dernière décennie du XVIe siècle. Ses développements ultérieurs dans le monde. Le maniérisme, une tension plus ou moins consciente entre l’académisme (admiration pour les maîtres de la Renaissance, avec codification des règles de l’architecture à la manière antique, avec élaboration de traités) et la transgression de ses règles avec surcharges dans l’ornementation — voir l’influence des architectures provisoires pour festivités. Thème de prédilection, la villa où la nature et l’art sont pensés comme entité organique. La plus célèbre de ces réalisations, la villa d’Este, à Tivoli. Voir aussi le parc de Bomarzo (province de Viterbe), le Parco dei Mostri. Le maniérisme, linea serpentina en peinture et en sculpture. Étudier le rapport entre l’inquiétude sociale (suscitée par les transformations économiques) et le style maniériste. Principaux centres du maniérisme international : la cour des Médicis à Florence, celle de Henri VIII à Londres, des rois François Ier et Henri II à Fontainebleau, puis Prague avec Rudolf II. Voir aussi l’Europe du Nord. La profusion des formes activée par les antagonismes Réforme / catholicisme, religiosité / humanisme ; il y en a d’autres.

Les jardins Albert Kahn, à Boulogne, dans les Hauts-de-Seine. Superficie totale de ces jardins (à l’anglaise, à la française, japonais, etc.), à peine 4,5 ha. Cet idéal de paix universelle auquel travailla un homme qui s’était constitué une immense fortune qu’il consacra intégralement à sa réalisation. Outre les jardins, l’archivage du monde pour une meilleure connaissance entre les peuples. En 1898, il créa à cet effet les « Bourses autour du monde ». 1907, l’invention de l’autochrome (par les frères Lumière) lui donna l’occasion d’un archivage plus systématique ; et ce fut la création des « Archives de la planète ». Entretemps, il ne cessa d’amplifier et de peaufiner l’aménagement de ses jardins de Boulogne, une métonymie du monde.

 Plan Jardin Albert Kahn

Un plan de l’ensemble conçu par Albert Kahn, avec ses forêts et ses jardins. 

 

Décembre 2007. Trois jours de fièvre. Une épidémie dans le quartier (?). Tous les hommes sont alités. Les femmes semblent mieux résister. Nuits étranges où des impressions et des idées passent en boucle, certaines de plus en plus méconnaissables, effrayantes à l’occasion. Je tente de me concentrer sur un livre ; et lorsque j’y parviens, tout va mieux. Ce livre, « A la découverte des fresques du Tassili » de Henri Lhote, est passionnant, plus passionnant que n’importe quel roman. A vrai dire, je ne connais pas de livres plus passionnants que les écrits des archéologues et des ethnologues, ceux qui sont aussi des écrivains, bien sûr, et non pas de simples universitaires ou doctorants. Et je pense une fois encore à André Parrot (ses fouilles à Mari), à Alfred Métraux (ses travaux sur l’île de Pâques et les Indiens d’Amérique du Sud), au R. P. Gustavo Le Paige (sa vie à San Pedro de Atacama) et à quelques autres.

« A la découverte des fresques du Tassili » est dédié à l’abbé Breuil (de ces grands archéologues qui furent aussi des écrivains) dont les publications sur l’art pariétal et les industries lithiques passionneront aussi les non-spécialistes ; l’abbé Breuil, parrain de cette expédition organisée dans le Tassili (Sahara algérien) en 1956. Des peintures pariétales y avaient été découvertes, par hasard, en 1933, par un officier méhariste, le lieutenant Charles Brenans, des découvertes échelonnées entre 1933 et 1939.

Henri Lhote décrit ainsi l’espace dans lequel il va vivre et travailler avec son équipe : « Le Tassili-n-Ajjjer se trouve au nord-est du Hoggar et confine, dans sa partie orientale, au Fezzan. C’est un plateau gréseux, d’accès difficile, qui supporte toute une série de petits massifs secondaires, fortement érodés, à travers lesquels on circule par d’étroits couloirs que surplombent des falaises et des champs de colonnes évoquant des villes mortes. Aujourd’hui, tout cela est vide et il y règne un silence oppressant. Autrefois, par contre, ces couloirs étaient autant de rues habitées, car la plupart des falaises sont érodées à la base et présentent d’assez profondes excavations qui offraient des abris naturels aux populations primitives. Celles-ci ont disparu, mais elles ont laissé leurs traces sur les parois de leurs anciennes demeures, couvertes de centaines de peintures ».

Henri Lhote et son équipe resteront seize mois sur ce plateau, allant de découverte en découverte, établissant site après site des copies fidèles de toutes les fresques rencontrées. Il décrit non seulement ces découvertes et le travail d’archéologue qui s’en suit mais aussi la vie de l’équipe dans l’un des paysages les plus arides de la terre et privé de toute ressource. Il affirme n’avoir tenu que parce lui et ses collaborateurs étaient intimement convaincus d’enrichir la connaissance du patrimoine de l’humanité. « Ce que nous avons vu en effet dans le dédale des rochers du Tassili dépasse l’imagination ». Ainsi, l’équipe a relevé des centaines et des centaines de parois peintes avec des moyens artisanaux, rien à voir avec le luxe de technologies dont dispose aujourd’hui l’archéologie.

Henri Lhote et son équipe ont travaillé sur (au moins) huit millénaires d’histoire. « Les peintures du Tassili constituent de véritables archives qui permettent d’avoir une idée très nette de l’ancien peuplement du Sahara, des différents types de populations qui s’y sont succédés, des vagues de pasteurs qui l’ont parcouru, des influences étrangères qui sont intervenues. Grâce à elles également, on peut suivre l’évolution de la faune, et, par voie de conséquence, l’évolution climatique et les progrès de l’assèchement qui devaient aboutir à l’état désertique actuel. » C’est l’un des livres les plus passionnants et les plus émouvants que j’ai lus.

 

(à suivre)

Olivier Ypsilantis 

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Papiers retrouvés – IV / VI (Notes prises au cours de lectures diverses)

En header, la mosquée Nasir-ol-Molk à Shiraz (Iran).

Les Perses, des Indo-Européens originaires du Nord du Caucase. Sont mentionnés pour la première fois dans les annales (datées de 834 av. J.-C.) du roi assyrien Salmanasar III. Il pourrait s’agir de la deuxième vague d’Indo-Aryens (ils pénétrèrent les contreforts occidentaux de l’Iran à l’âge du Fer), la première étant constituée de Mèdes qui s’étaient installés dans le Luristan. Au VIIIe siècle, un petit royaume perse est fondé par Achéménès, ancêtre de la dynastie des Achéménides. Voir l’extension progressive de ce royaume. Pendant ce temps, les Mèdes se sont constitués en un puissant royaume (né de l’union des tribus mèdes) au nord du territoire perse. Cyaxare réorganise l’armée mède (avec création des corps de cavaliers et d’archers) et bat les Scythes. Allié aux Babyloniens, il prend Ninive puis étend son empire jusqu’à l’Asie Mineure. Les Perses reconnaissent sa suzeraineté. Cambyse (fils de Cyrus 1er) réunit les deux royaumes perses, et son fils Cyrus II le Grand bat les Mèdes et donne ainsi aux Perses l’empire de l’Asie occidentale.

Le site « greco-bouddhique » de Hadda (actuel Afghanistan). Exploré méthodiquement à partir de 1922. L’étude de plus de cinq cents stupas — en schiste enduit de chaux ou recouvert de stuc —, avec corps carrés ou polygonaux. L’aspect fortement hellénisé de l’art de Gandhara.

Gandhara

Un exemple du merveilleux art gréco-bouddhique de Gandhara. 

 

Parthes, un nom probablement dérivé d’un terme générique apparu dès le début de l’époque achéménide (VIe siècle av. J.-C.) et qui pour les Iraniens aurait signifié « cavalier combattant ». C’est par ce nom que les Achéménides désignaient les peuples nomades de cavaliers établis sur les marches septentrionales du plateau iranien. La consolidation des structures et l’extension du territoire de cet État nomade par les frères Arsace et Tiridate. Mithridate 1er donne une formidable extension à cet empire, vers l’ouest et l’est ; et ainsi s’impose-t-il comme le fondateur de l’Empire parthe. Dynastie des Arsacides puis sa substitution en 224 ap. J.-C. par celle des Sassanides. La lutte constante des Parthes contre les Séleucides puis les Romains.

Les origines des Ibères, mystérieuses et controversées comme le sont celles des Ligures. Les Ibères d’Asie sont-ils de même souche que ceux d’Europe occidentale ? L’Ibérie asiatique des géographes grecs était située dans le Caucase, vers la vallée du Kyrnos. Pour d’autres historiens, les Ibères d’Asie sont les ancêtres de ceux d’Europe — voir ce que rapporte Appien à ce sujet. Étudier l’hypothèse d’Édouard Philippon. L’hypothèse d’une parenté entre les Basques et les peuples caucasiens, des analogies auxquelles travaillent des linguistes. Mais rien ne prouve que les Basques soient des descendants des anciens Ibères. Autre hypothèse, les Ibères seraient rattachés à un tronc africain dont les Berbères formeraient une branche. Voir l’hypothèse de Lluis Pericot i Garcia. Leur langue nous reste impénétrable ; on peut toutefois avancer qu’elle n’appartient pas au groupe indo-européen. Leur aire est mal définie, mais leur présence entre les Pyrénées et le Rhône paraît assurée : Béziers, Carcassonne (et peut-être Narbonne) sont des fondations ibères.

(Quelques notes prises en Iran) : Le prochain voyage pourrait être le Luristan. Luristan, un nom qui me plonge dans la rêverie. Souvenir d’un livre feuilleté alors que j’étais encore enfant, dans la chaleur d’un mois de juillet. Les bronzes du Luristan m’apparaissent exclusivement comme des compositions symétriques, ce qu’ils ne sont pas toujours.

Les fouilles du sanctuaire près de Surkh Dum (Eastern Luristan) décrites par Erich Schmidt à la fin des années 1930. Lire « Journal of Field Archaeology » d’Oscar White Muscarella (du Metropolitan Museum of Fine Art New York City) :

http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1179/009346981791504987

Les sommets d’enseignes (avec généralement des bouquetins), les têtes d’épingles (avec des lions dont les têtes ne peuvent qu’évoquer des griffons), etc., la beauté de riches symétries. D’autres éléments sont composés en symétrie mais cette fois dans les trois dimensions : les mors.

Les Parthes. A l’origine, probablement une tribu de l’important groupe des Daens, un peuple scythe. Leur existence nomade, entre mer Caspienne et mer d’Aral. Vers le milieu du VIIIe siècle av. J.-C., ils s’emparent de la province de Parthava, l’une des provinces frontières orientales de l’Iran séleucide dont ils prennent le nom. Cet événement survient quelques années seulement après la perte de la Bactriane. Autant de préludes à effondrement de l’Empire séleucide.

Mithridate 1er regroupe sous son autorité les petits États qui s’étaient détachés des Séleucides. Il se considère comme le rénovateur de l’Empire achéménide (une fois encore, on ne peut que penser à Alexandre le Grand) et prend le titre de Grand Roi, manifestant par ce qualificatif « philhellène » inscrit sur la monnaie qu’il fait frapper son attitude amicale envers les Grecs établis dans l’empire. Ce n’est que sous Mithridate II, le plus grand roi parthe, que les frontières sont assurées, tant à l’ouest (avec la menace grecque et séleucide) qu’à l’est (avec la menace des Scythes d’Asie centrale, les Saces), favorisant ainsi le commerce et la circulation des caravanes. Les Romains sont bien les seuls à sous-estimer la puissance des Parthes qui finissent par écraser les légions du triumvir Marcus Licinius Crassus, proconsul de Syrie, à Carrhes, en 53 av. J.-C. Voir les cataphractaires, une cavalerie lourde particulièrement protégée. Le mot vient du grec κατάφρακτος, soit « intégralement protégé ». A Carrhes, les cataphractaires agissent de concert avec une cavalerie légère d’archers. Résultat, l’effroi dans les légions romaines qui perdent la presque totalité de leurs hommes (morts et prisonniers) tandis que les Parthes sont à peine égratignés. Ci-joint, l’une des meilleures études sur cette bataille majeure, « Carrhes, 9 juin 53 av. J.-C. – Anatomie d’une défaite » de Giusto Traina :

http://www.lesbelleslettres.com/livre/?GCOI=22510100217400

Ctésiphon

Ctésiphon, architecture parthe :

 http://www.antikforever.com/Perse/Parthes%20arsacides/ctesiphon.htm

 

La connaissance de l’art parthe passe par la description des villes de Ctésiphon et de Hatra (dans l’actuel Irak). Plan en cercle dans ces deux cas, un plan hérité de la disposition des camps militaires d’époque assyrienne. Ces temps peu sûrs inspirèrent une architecture massive, avec murs épais faits de moellons ou de briques enduits d’un mortier de plâtre qui séchait rapidement et avait la dureté du ciment. Le tout était recouvert de stuc. C’est ainsi qu’était édifié l’iwan, une construction carrée pourvue d’une ouverture sur le devant avec voûte en demi-berceau. Voir le palais d’Assur et sa façade d’iwan, une architecture qui a grandement influencé celle des Sassanides. Cette façade de stuc (avec ses rangées de colonnes superposées et de niches encadrées) est inspirée des façades de monuments romains ; et elle a inspiré la façade du palais sassanide de Ctésiphon. La façade principale du palais d’Assur forme l’un des côtés d’une cour dont chaque côté est pourvu d’un iwan de plus petite dimension. L’étude de ce palais est extrêmement importante pour comprendre l’évolution de l’architecture iranienne. Étudier la structure relativement complexe du palais de Hatra (avec cette organisation particulière de l’iwan), le palais parthe qui a été le plus influencé par le style gréco-romain, et un temple qui témoigne de l’héritage achéménide de la religion des Parthes — voir le plan du Temple du Feu à Suse. A noter, la diversité du style des édifices religieux parthes témoigne de la liberté du culte sous les Arsacides.

Les Mèdes. Avec à leur tête Cyaxare, ils prennent Nimrud (l’ancienne Kalah) en 612 av. J.-C. Auparavant, ils avaient repoussé une domination scythe et avaient conquis avec l’aide du roi de Babylone la capitale assyrienne, Ninive. L’extension du royaume mède sera de très courte durée. Astyage (fils de Cyaxare) est vaincu par son petit-fils perse, Cyrus II, en 550 av. J.-C.

L’art mède est peu connu. Des tombeaux rupestres au nord-ouest de l’Iran ont été déclarés mèdes — le sont-ils ? D’une manière générale, on ne peut émettre que des hypothèses sur le rôle d’intermédiaire de l’architecture mède entre les anciennes traditions (dont celles de Sibérie méridionale) et l’architecture achéménide. Le tombeau de Cyrus (à Pasargades) est-il un témoignage mède avec cet aspect général qui évoque un temple ourartéen ? Des influences ourartéennes n’auraient-elles pas été transmises par le royaume des Mèdes à Cyrus ? A ce sujet, me procurer les études de Richard David Barnett et d’Ernst Emil Herzfeld (1879-1948). Ci-joint, un lien Encyclopædia Iranica sur cet homme essentiel pour la connaissance de l’ancien Iran :

http://www.iranicaonline.org/articles/herzfeld-ernst

L’une de mes plus belles rencontres iraniennes au cours de ce voyage, le peinte Mirza Baba, actif entre environ 1780 et 1810, sous la dynastie Qadjar (1794-1925). Autre rencontre belles entre toutes, l’art qadjar que je ne connaissais que superficiellement. Sous cette dynastie turkmène, l’Iran entre dans le monde moderne et dans le jeu des intérêts stratégiques et économiques des grandes puissances, ce qui marquera à jamais le pays. De fait, l’histoire de l’Iran moderne est incompréhensible sans une étude méthodique de l’Iran de la dynastie Qadjar.

L’art qadjar pris dans son ensemble (et je pense aux systèmes décoratifs qui habillent son architecture) est un délice au sens propre du mot : on ne peut que penser à des gâteaux riches en fruits, à des fruits confits, à des glaces et à des sorbets, ce qui dans ces climats arides ajoute au délice. Combien de fois ai-je voulu passer une langue gourmande et assoiffée sur ces surfaces fraîches aux coloris d’une douceur particulière ? L’art qadjar repose de toutes les inquiétudes. Il apaise le corps et l’esprit. L’une de mes plus belles découvertes au cours de ce voyage, je le redis. Et j’y pense, cette douceur comme hors du temps et des flétrissures qu’il impose m’évoque un autre art, l’École de Cuzco (escuela cusqueña), ce mouvement d’inspiration catholique qui s’est principalement développé dans le vice-royaume du Pérou (de la fin du XVIe siècle au milieu du XVIIIe siècle), notamment à Cuzco qui avait été capitale de l’Empire inca. Bien qu’exprimé d’une toute autre manière, ce degré de quiétude se retrouve chez certains peintres naïfs français, (comme Louis Vivin) et d’autres arts dits « naïfs », dont le brésilien et le haïtien. Des souvenirs d’une visite au Musée international d’art naïf Anatole Jakovsky (Nice) et plus encore à la Galerie Dina Vierny (rue Jacob, à Paris). Mirza Baba ! J’aimerais écrire une petite monographie sur ce peintre.

 

(à suivre)

Olivier Ypsilantis 

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Papiers retrouvés – III / VI (Quelques notes prises en Grèce au cours de l’année 1985)

 

Le Surréalisme s’est aussi développé en Grèce. La Grèce n’est pas seulement un pays néo-classique, le pays de la lumière exclusive, contrairement à une idée réductrice. Pour faire simple, disons que la Grèce c’est Apollon autant que Dionysos, une intuition que Friedrich Nietzsche développe dans « La naissance de la tragédie à partir de l’esprit de la musique » (« Die Geburt der Tragödie aus dem Geiste der Musik »).

Mais oublions pour un temps Friedrich Nietzsche. La Grèce moderne est aussi un pays de « déraison » — d’ombre — par le truchement d’un Moyen Âge byzantin bien éloigné du classicisme et qui tendait vers une vision platonicienne chrétienne de l’Empire (byzantin), vision sous-tendue par une tradition orale païenne multi-séculaire, probablement bien antérieure à Homère. Voir le folklore moderne et ses récits qui, par exemple, mettent en scène Ouranos (Οὐρανός) et Gaïa (Γαῖα), et leur accouplement — voir Hésiode et la « Théogonie » (Θεογονία) —, un folklore irrigué par des mythes antiques.

Je ne suis pas vraiment surpris de découvrir, ici, à Athènes, avec l’aide d’un ami grec, l’existence d’un surréalisme grec. Cet ami prépare une thèse de doctorat sur Andréas Embirikos (1901-1975) et me donne à lire ses poèmes rassemblés sous le titre « Haut fourneau » (Υψικάμινος), sa première publication, Andréas Embirikos qui a introduit le surréalisme en Grèce. Il me faut replacer ces pages dans leur époque car elles ont pris la poussière et une forte odeur de naphtaline s’en dégage. La naphtaline et le surréalisme… Il y aurait un texte critique (qui serait aussi un texte d’humeur) à écrire à ce sujet. Par Andréas Embirikos, j’en viens au peintre (et poète) Nikos Engonopoulos dont les compositions me saisissent dans une ambiance sûre d’elle-même mais qui n’est toutefois pas aussi prenante que celle que circonscrit le meilleur de l’œuvre de Giorgio de Chirico.

Engonopoulos Nikos Engonopoulos (1907-1985), « Café, Les Pallicares » (1956).

 

Franz Kafka souligne quelque part — mais où ? — que les littératures mineures ont un rôle politique et national majeur dans leur pays, qu’elles protègent et promeuvent l’identité par la mémoire. Quelques exemples me viennent (il y en a bien d’autres) : Mihai Eminescu pour la Roumanie, Adam Mickiewicz pour la Pologne, Sándor Petöfi pour la Hongrie. Dans le cas de la Grèce, la question est plus compliquée considérant l’ancienneté du pays, considérant que le lien entre les Grecs d’aujourd’hui et les Hellènes ouvre à un questionnement sans fin, fécond bien que parfois épuisant. Les Grecs (modernes) hésitent entre deux langues, la katharevousa (Καθαρεύουσα) et le demotiki (δημοτική) ; grosso modo, l’une supposément savante et l’autre populaire, avec marque de reconnaissance politique et querelles… byzantines. Dionysios Solomos (Διονύσιος Σολωμός) avait fait le choix de la langue du peuple. En aparté : j’y pense, l’itinéraire de la famille de ce poète rejoint une partie de la mienne : sa famille, des Crétois qui fuyant l’Ottoman se réfugièrent à Zante (Ζάκυνθος), une île Ionienne ; fuyant pareillement l’Ottoman, la partie crétoise de ma famille se réfugia à Céphalonie (Κεφαλονιά), autre île Ionienne. La vitalité de la littérature grecque moderne passait essentiellement par le demotiki. Pourtant, à la surprise générale, le Surréalisme va choisir la katharevousa (cette langue officielle, étatique, administrative), à commencer par Andréas Embiricos et Nicos Engonopoulos, sans oublier Odysseus Elytis à ses débuts. Ils vont fracasser ce style froid comme un marbre funéraire pour l’ouvrir à des suites fiévreuses et délirantes.

Quelle explication donner à ce choix ? S’en prendre de la sorte à une langue officielle, administrative, est autrement plus excitant et, somme toute, plus efficace que s’en prendre à une langue populaire, bien vivante donc. Quand je dis « efficace », j’insiste sur l’effet de contraste : les invectives et les injures en imposent plus lorsqu’elles sont lancées dans le bureau d’un ministre que dans les couloirs du métropolitain. Mais peut-on s’en tenir à cette explication ? Elle n’est pas fausse mais elle est incomplète ; et ne chercherait-elle pas à cacher autre chose ? Pour les Surréalistes grecs, la langue est d’une importante capitale. Certes, elle l’est pour d’autres Surréalistes, les Français par exemple ; mais les Français sont bien dans leur langue, ils en exploitent les richesses à leur guise. Les Grecs n’ont pas cette sérénité ; ils sont déchirés ; plus prosaïquement, ils ont le cul entre deux chaises, avec la katharevousa et le demotiki.

Le Surréalisme a bien été un mouvement international d’une ampleur et d’une intensité particulières. Mais le Surréalisme a été multiple. Il existe un air de famille marqué entre les Surréalismes, il n’empêche qu’ils ont chacun un caractère particulier. Le Surréalisme grec est d’abord une tentative de réparer la déchirure de la langue ou, tout au moins, d’en atténuer la douleur, en soi et chez les autres. Andréas Embiricos s’y efforce, et avec d’autant plus de conviction que ce poète s’est fortement impliqué dans la recherche psychanalytique. Rappelons qu’il a été un élève de René Laforgue, l’un des fondateurs des premiers cercles freudiens en France. Il faut lire ses textes recueillis dans « Écrits ou Mythologie personnelle » (« Γραπτά ή Προσωπική Μυθολογία ») où Éros (Ἔρως) s’efforce de « recoller les morceaux », les morceaux de ce miroir brisé qu’est la langue grecque, morceaux qui se renvoient les uns aux autres dans un jeu kaléidoscopique véritablement affolant. Éros donc comme liant destiné à mêler dans un tout homogène ce qui n’est que fragments, particules, Éros comme énergie première qui pousse à l’étreinte. L’étude de cet affrontement au sein de la langue grecque et l’étude du parcours de ce poète m’ont aidé à mieux apprécier cet écrit. Dans « Axion Estin » (« Ἄξιον ἐστίν »), Odysseus Elytis œuvre lui aussi à l’unification par glorification de la langue du peuple, enfin digne d’elle-même comme l’avait rêvée Dionysios Solomos un siècle auparavant. Nicos Engonopoulos parle lui aussi de cette fracture qu’il inscrit dans des contextes déroutants (voir ses poèmes autant que ses peintures) où passé et présent se retrouvent face-à-face, ahuris de leur présence mutuelle, dans un décor artificiel, avec emblèmes minutieusement intervertis et installés dans des espaces silencieux et figés.

Andreas Embirikos

Andréas Embiricos (1901-1975)

 

Tous les poètes et écrivains grecs liés au Surréalisme évoquent cette fracture au sein de leur langue ; c’est aussi pourquoi le Surréalisme grec produit un son très particulier, plus authentique que le Surréalisme français, trop conscient de ses moyens, trop installé dans sa langue.

N’oublions pas que des Grecs ont participé et enrichi le Surréalisme de France. N’oublions pas qu’avant eux des écrivains grecs avaient choisi d’écrire en français ; parmi eux, Jean Moréas (de son vrai nom Ioánnis A. Papadiamantópoulo – Ιωάννης Α. Παπαδιαμαντόπουλος), poète symboliste trop oublié. André Chenier, poète assassiné par la Révolution française, lui aussi bien oublié, était grec par sa mère. Et je me suis souvent demandé si l’esprit d’Antonin Artaud (voir le théâtre de la cruauté) n’avait pas quelque chose à voir avec ses origines grecques, si un livre aussi important que « Le Théâtre et son double » n’avait pas été soufflé par l’esprit grec. Antonin Artaud n’aurait-il pas voulu repousser une certaine culture française qui faisait la part trop belle à une certaine Grèce, à l’hellénisme classique et lisse ? Alfred Jarry a traduit « La Papesse Jeanne », un livre Emmanuel Rhoides (Ἐμμανουὴλ Ῥοΐδης) aussi joyeux qu’impertinent. Et soudain je pense à Jean Psichari (Ιωάννης Ψυχάρης), ardent défenseur du demotoki, et à son fils Ernest Psichari dont « Le voyage du centurion » et « Lettres du centurion » ont hanté mes années de jeunesse, comme les a hantées « Gilles » de Pierre Drieu la Rochelle.

Les Surréalistes grecs ont redécouvert dans les années 1930/40 des œuvres de la culture populaire grecque, à commencer par les peintres naïfs Panagiotis Zographos (Παναγιώτης Ζωγράφος) et Théophilos (Θεόφιλος Χατζημιχαήλ) auquel j’ai dédié un article sur ce blog même :

http://zakhor-online.com/?p=8259

Thème de prédilection de Panagiotis Zographos, la guerre d’indépendance grecque (1821-1829). Son œuvre aurait été probablement oubliée sans ce héros, Yannis Macriyannis (Γιάννης Μακρυγιάννης), et les reproductions lithographiques de certaines de ses compositions, reproductions qui stimulèrent le sentiment philhellène en Europe, notamment auprès de certaines organisations comme le British Committee.

 

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

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