Je me souviens, ou quelques temps d’une promenade en Histoire.

 

Je me souviens qu’Alexandre le Grand portait la tête légèrement inclinée vers la gauche pour cause de rétrécissement congénital de muscles du cou.

Je me souviens que les meilleurs frondeurs d’Alexandre étaient des Rhodiens ; ses meilleurs archers, des Crétois ; ses meilleurs cavaliers, des Thessaliens…

Je me souviens des bornes de la Voie de la Liberté – 1944, de grosses bornes en ciment sur lesquelles figurait en bas-relief une torche à la flamme ondoyante brandie au-dessus des flots.

 Borne de la voie de la LibertéLes bornes de la Voie de la Liberté vont de Sainte-Mère-Église (Km 0) et d’Utah Beach (Km 00) à Bastogne ; elles commémorent l’avancée de la IIIe Armée du général Patton.  

Je me souviens que, dans la nuit qui précéda la bataille d’Arbèles (ou Gaugamèles), il y eut une éclipse, que la lune qui venait de se lever, pleine et brillante, devint rouge sang avant de s’obscurcir, ce qui épouvanta les soldats d’Alexandre, prêts à retraverser le Tigre. Je me souviens que les mages égyptiens qui connaissaient ce phénomène s’efforcèrent de rassurer les soldats et qu’Aristandre de Telmessos, devin officiel du roi, profita de l’occasion pour galvaniser les Grecs en leur déclarant que le Soleil (grec) avalerait la Lune (perse). Je me souviens que, juste avant cette bataille, un aigle passa au-dessus d’Alexandre. Le jeune roi et son armée furent alors convaincus que la victoire était à eux.

Je me souviens que César obtint la capitulation d’Uxellodunum en empêchant les assiégés gaulois de descendre puiser l’eau à la rivière ; puis en interdisant l’accès d’une source au pied de l’oppidum ; enfin, en détournant la source par une captation souterraine. Voyant la source tarie, les Gaulois se crurent abandonnés des dieux et se rendirent.

Je me souviens que Hitler s’identifiait à Frédéric II, alors que les armées soviétiques encerclaient Berlin. Il était persuadé que la mort de Roosevelt, le 12 avril 1945, lui permettrait de retourner la situation, exactement comme la mort d’Élisabeth Ire de Russie avait permis à Frédéric II de gagner la guerre de Sept Ans.

Je me souviens de George L. Mosse et du concept de « brutalisation » (brutalization).

Je me souviens que lorsque les Rangers parvinrent au sommet de la Pointe du Hoc, ils constatèrent que les canons de 155 mm (considérés comme les plus dangereux de tout le secteur de débarquement américain) qui n’avaient pas été détruits par les bombardiers avaient été déplacés et remplacés par des poteaux télégraphiques recouverts de filets de camouflage pour faire illusion.

 Bombardiers à la Pointe du HocBombardiers US, retour de mission au-dessus de la Pointe du Hoc.

http://videos.tf1.fr/jt-13h/2009/la-pointe-du-hoc-lieu-emblematique-du-debarquement-4433546.html

 

Je me souviens qu’au cours du IIe concile de Latran (1139), présidé par le pape Innocent II, l’usage de l’arc et de l’arbalète furent prohibés dans les guerres entre Chrétiens car considérés comme trop meurtriers.

Je me souviens du peuple Moriori des îles Chatham et de la « loi de Nunuku ». Et vous, vous souvenez-vous de ce peuple ?

http://history-nz.org/french/fremoriori.html

Je me souviens du roi Christian X du Danemark. Il ne porta pas l’étoile jaune, comme le dit la légende, mais il menaça d’être le premier citoyen du royaume à la porter si les Juifs de son pays étaient arrêtés. Ci-joint, un émouvant reportage montre le roi se promenant dans Copenhague au cours de l’occupation de son royaume par les Allemands :

https://www.youtube.com/watch?v=DuTtxvDWiqU

Je me souviens que le prototype de la guillotine a été fabriqué par un facteur de clavecins, Tobias Schmidt, un Allemand installé à Paris.

Je me souviens qu’en 1942, Leclerc se fit bricoler un képi — le képi dit « de Koufra » — à partir d’une chéchia de tirailleur sénégalais, avec deux étoiles récupérées sur l’uniforme d’un officier italien fait prisonnier lors de la conquête du désert libyen.

Képi du Général Leclerc

Le képi dit « de Koufra » 

 

Je me souviens qu’avant d’être chef des camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, Rudolph Höss pensait sérieusement à devenir prêtre. A ce propos, je me souviens que Miroslav Filipović, frère franciscain défroqué, fut commandant du camp de Jasenovac et tua de sa propre main nombre de détenus, ce que ne fit pas Rudolf Höss.

Je me souviens que les Allemands rendirent hommage à l’héroïque résistance des élèves-officiers de réserve de l’École d’Application de la Cavalerie, à Saumur. Ils refusèrent de garder prisonniers de si valeureux adversaires, les autorisant même à franchir la ligne de démarcation et à passer en zone libre ; ils la franchirent devant des Allemands figés au garde-à-vous qui leur rendirent les honneurs militaires.

Je me souviens des maux du cardinal de Richelieu :

http://cardinalderichelieu.forumactif.com/t206-les-maladies-du-cardinal

Je me souviens que je découvris le nom « Garibaldi » par ce boulevard parisien du XVe arrondissement où habitait Tante Birgit, une grand-tante suédoise. Garibaldi, ce nom me parut d’abord étrange, alambiqué. A ce propos, je me souviens qu’un bisaïeul sauva une bonne douzaine de Garibaldiens venus soutenir les Français et faits prisonniers au cours de la guerre franco-prussienne de 1870. Considérés comme des francs-tireurs, ils devaient être fusillés le lendemain, à l’aube. Dans la nuit, cet ancêtre, solide gaillard, aidé de son cocher, neutralisa la garde et délivra les Garibaldiens ligotés dans une grange. Recherché, il vécut quelque temps caché dans une grotte de la forêt de Fontainebleau, ravitaillé par des habitants. A ce propos, je me souviens qu’un grand-oncle, un marin grec, sauva l’équipage d’un navire de guerre de la Chine nationaliste pris dans la tempête, quelque part en mer de Chine méridionale.

Je me souviens qu’il y avait chez ma grand-tante une profusion de marque-pages dans ses livres et sur son bureau. Je me souviens tout particulièrement de l’un d’eux. Il épousait la mise en perspective de la puissante et aérodynamique locomotive « Commodore Vanderbilt ».

Je me souviens de l’ignoble Volksgerichtshof.  Écoutez les aboiements de Roland Freisler, formé à l’école bolchévique après avoir été fait prisonnier au cours de la Grande Guerre. Ci-joint un extrait de son « talent » au cours du procès d’Ulrich Wilhelm Schwerin von Schwanenfeld qui sera pendu, avec d’autres conjurés de l’attentat du 20 juillet 1944, à la prison de Berlin-Plötzensee. Ulrich Wilhelm Schwerin von Schwanenfeld avait jugé dès 1935 qu’il fallait tuer Hitler. Qu’il ne soit jamais oublié !

https://www.youtube.com/watch?v=0sV7QpRwRP0

Ulrich-Wilhelm Graf von Schwerin von SchwanenfeldUlrich Wilhelm Graf Schwerin von Schwanenfeld (1902-1944). Que sa mémoire soit honorée !

 

Je me souviens de Herbert et Marianne Baum, et du Baum Gruppe.

Je me souviens de Basile II dit le Bulgaroctone. Je me souviens que cet empereur de Byzance voulait mettre un frein aux visées expansionnistes bulgares. Aussi après avoir capturé les quelque quatorze mille hommes qui composaient l’armée bulgare, il leur fit crever les yeux mais fit éborgner un homme sur cent afin qu’ils puissent être guidés jusqu’à leur tsar, Samuel 1er. Ce dernier mourut d’une crise cardiaque à la vue de ce spectacle.

Je me souviens de la tactique d’Épaminondas le thébain à la bataille de Leuctres, en Boétie.

Plan de la  bataille de Leuctres Plan de la bataille de Leuctres (371 av. J.-C.)

 

Je me souviens d’une journée passée dans la baie de Navarin et du plaisir que j’eus par la suite à détailler les ravages causés à la flotte turque en 1827 par les trois puissances.

Je me souviens de la Venganza catalana, un temps de l’histoire que je découvris chez un bouquiniste alors, qu’étudiant à Barcelona, je furetais du côté des Ramblas. La Venganza catalana, soit la vengeance des Almogávares suite à l’assassinat de Roger de Flor et d’une centaine de ses proches par les Byzantins inquiets de leurs prétentions. La Grèce ravagée… A ce propos, je me souviens qu’un ami anglais nous servait ostensiblement du Roger de Flor, un cava. Je ne puis voir ce nom sans penser à lui, à sa maison andalouse, à la vue de sa terrasse sur le bleu de la Méditerranée et sur cette aride Sierra Almagrera où Hannibal extrayait l’argent destiné à payer ses mercenaires.

Je me souviens de Moshe Dayan devant le Mur des Lamentations, avec son œillère, son casque à mentonnière avec filet de camouflage.

J’étais enfant. Je me souviens des montagnes d’ordures dans les rues de Paris, en mai 68, suite à la grève générale des éboueurs. Je me souviens que l’armée participa à leur enlèvement. Je me souviens de Plus d’essence et de files d’attente considérables devant les stations-service. Je me souviens de « Sois jeune et tais-toi », de « Nous sommes tous des juifs allemands » (je ne compris l’allusion que bien après), de « La lutte continue » avec un poing sortant d’une cheminée d’usine.

Mai 68, poubelles dans ParisParis, mai 68.

 

Je me souviens du champ de bataille de Chéronée. Je me souviens du lion colossal à côté duquel fut découvert un ossuaire, les restes de soldats thébains tombés au cours de cette bataille contre Philippe II de Macédoine, en 338 avant J.-C. Je me souviens d’avoir  visité ce même jour, un jour de printemps frais et parfumé, le champ de bataille des Thermopyles. J’avais découvert, enfant, ce haut fait de l’histoire grecque par le film de Rudolph Maté, « The 300 Spartans », avec Richard Egan dans le rôle de Léonidas.

 

Olivier Ypsilantis

 

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Et Jésus ? – 3/3 

 

‟Au bout du compte, on n’a jamais considéré dans le Talmud que c’était là un événement (il s’agit de Jésus) important. C’est un peu comme si vous connaissiez quelqu’un de votre entourage que vous voyez vivre tous les jours et dont vous découvrez soudain qu’il fait les gros titres des journaux. Il faut bien dire que la plupart des choses qui ont pu faire impression dans le discours de Jésus n’étaient pas neuves pour les Juifs. Il y a très peu d’idées qui figurent dans les Évangiles et qui ne figuraient pas dans les textes juifs. Même le « Tu aimeras ton ennemi » de Matthieu, vous le retrouvez dans les Proverbes… J’ai toujours dit que la bonne nouvelle des Évangiles n’a pas laissé d’empreinte sur les Juifs pour la bonne raison qu’il n’y avait là rien d’inconnu pour eux.” 

Adin Steinsaltz

 

QumranLa grotte n° 4 dans laquelle furent retrouvés de nombreux manuscrits dits « de la mer Morte »

 

Pour Daniel Schwartz, Joseph Klausmer est un phénomène historique, un grand nom de l’Université et un grand sioniste. Il était un précurseur et ses travaux ont suscité de l’hostilité tant de la part de Chrétiens que de Juifs. Aujourd’hui, certaines tensions (toujours sous-jacentes) se sont néanmoins apaisées. Le principal reproche que Daniel Schwartz adresse à Joseph Klausner touche à sa méthode d’investigation. Il juge par ailleurs qu’il lui a manqué des pièces essentielles, livrées par la découverte des manuscrits de la mer Morte, une découverte qui rendit plus ou moins obsolète tout ce qui la précédait. Par ailleurs, Joseph Klausner est volontiers considéré comme un touche-à-tout, extraordinairement doué, captivant, mais un touche-à-tout. Daniel Schwartz écrit : ‟Et comme la recherche sur le christianisme est un domaine professionnel qui couvre une matière très vaste et constamment renouvelée, on ne peut pas se fier à des dilettantes.”

Mais qu’a donc permis la découverte de ces manuscrits ? Tout d’abord de réduire la distance entre Jésus et Paul, Paul supposé avoir commis un ‟rapt” sur le christianisme. Ces manuscrits ont montré que l’on pouvait trouver en Israël, en hébreu, et avant la période de Jésus, des tendances proches de celles des Juifs de la diaspora (à laquelle appartenait Paul), notamment chez les Juifs d’Alexandrie, imprégnés de culture grecque.

Suite à ses recherches sur les rouleaux de la mer Morte, Daniel Schwartz accorde une place de première importance à Jean-Baptiste, dont Jésus fut un disciple avant de se faire plus politique. Il va reconsidérer Jésus non pas d’un point de vue national mais individuel et universel. ‟Le champ national n’a pas marché, alors le coup de génie des premiers chrétiens consiste à réinvestir l’enseignement de Jésus dans un champ à la fois personnel et plus universel.” Daniel Schwartz tend à rattacher Jean-Baptiste aux Esséniens et Jésus aux Zélotes, ‟des gens qui agissaient contre le pouvoir romain à partir de motivations religieuses et nationales, sans faire tellement la différence.”

Le Talmud, cet océan, ne fait que huit fois allusion à Jésus qui est présenté de manière contradictoire, de l’éloge à la satire. A aucun moment on ne trouve l’expression d’une haine ou d’une quelconque hostilité. Ce n’est qu’au IIe siècle que les rabbins haussent le ton afin de répondre aux attaques antijudaïques des Pères de l’Église.

Jésus, un hassid ? Shmuel Safraï a pris appui sur le contexte talmudique pour faire un portrait inédit de Jésus. Critiquant l’approche de Joseph Klausner qu’il juge trop politique et pas assez enracinée dans les textes, il dit se sentir plus proche de David Flusser qui, comme lui, considère que Jésus appartenait au monde des rabbins (des Pharisiens) par la naissance, l’éducation et sa connaissance de la Torah.

Mais le monde pharisien n’est pas homogène. Depuis le Ier siècle avant J.-C., il existe à l’intérieur de la mouvance pharisien un courant dit hassidique, ancêtre du mouvement de  même nom du XVIIIe siècle mais sensiblement différent. Le courant hassidique se distingue des Pharisiens par leur interprétation de certains points de halakha et par leur mode de vie. Shmuel Safraï prend appui sur les indices suivants pour défendre la thèse selon laquelle Jésus aurait été un hassid : 1. Les rares références talmudiques aux hassidim sont généralement localisées en Galilée. 2. L’expression ‟père”, fréquente dans les Évangiles pour évoquer Dieu, n’est pas absente de la littérature talmudique, des prières et de la Bible ; toutefois, elle n’est explicite que chez les hassidim, sous une forme intime et directe. 3. Les récits qui ont trait aux hassidim parlent de guérison des malades, de chasse aux mauvais esprits, d’action sur les éléments de la nature… Concernant les malades, c’est toujours à la demande de la famille des éprouvés que les hassidim exercent leurs talents de guérisseur. 4. Les hassidim célèbrent la pauvreté comme une vertu, comme une voie d’accès au monde à venir. 5. L’étude de la Torah est centrale dans l’enseignement pharisien tandis qu’elle est absente des paroles de Jésus qui témoignent pourtant d’une connaissance approfondie en la matière. Mais le hassidisme donne la préférence à l’action, contrairement aux Pharisiens qui prônent un équilibre entre l’action et l’étude. 6. La tradition juive (y compris celle du Talmud) prescrit qu’il ne faut pas se fier aux miracles. Tel n’est pas le cas pour le Jésus des Évangiles et les hassidism des écrits talmudiques. Jésus hassid n’est qu’une hypothèse. Shmuel Safraï se contente de prendre note de ressemblances. Il a une profonde sympathie pour Jésus, un homme habité par l’amour d’Israël, un maître parmi d’autres maîtres juifs. Dommage qu’il ait été récupéré par des non-Juifs…

 

Qumran, vue panoramiqueUne vue panoramique de Qumran

 

Dans une conférence donnée à des cercles d’étudiants juifs à Prague et intitulée ‟Le Renouveau du judaïsme” (il s’agit de la dernière conférence d’un cycle de trois conférences données en 1909, 1910 et 1911), Martin Buber déclare : ‟Ne pourrions-nous pas dire à ceux qui nous proposent aujourd’hui un rapprochement avec le christianisme : ce qui au sein du christianisme est créateur n’est pas le christianisme mais le judaïsme ?”, une belle proposition à laquelle j’acquiesce et que je me fais depuis bien des années. Martin Buber remet en question l’idée de Rédemption réalisée. La Rédemption n’est pas réalisée, elle sera réalisée. Sa réalisation bouche en quelque sorte l’horizon et ôte au temps son dynamisme, le ferme sur lui-même. Il déclare dans ‟Écoute Israël” : ‟Telle est notre foi, la foi d’Israël : la Rédemption du monde est l’accomplissement de la Création. Celui qui voit en Jésus le messie qui a accompli l’histoire, celui qui l’élève à une place si haute, cesse d’être l’un de nous et s’il prétend contester notre foi en la Rédemption, alors nos chemins se séparent”. Et Martin Buber dans un livre fondamental, ‟Deux types de foi”, écrit que la foi du judaïsme et la foi du christianisme, essentiellement différentes, se retrouveront quand la race humaine ne sera plus exilée dans des ‟religions” mais rassemblée dans le Royaume de Dieu.

Emmanuel Lévinas a beaucoup réfléchi sur le christianisme et sur les relations entre le judaïsme et le christianisme. Il n’a cessé de nuancer ses positions avec une immense délicatesse. Mais il est un point sur lequel il n’a jamais varié, le refus de l’Incarnation et autres aspects du christianisme à jamais étrangers au judaïsme.

Salomon Malka rapporte en fin d’ouvrage, une interview réalisée au domicile de David Ben Gourion. Interrogé sur les relations entre le judaïsme et le christianisme, David Ben Gourion déclare : ‟En ce qui concerne Jésus, il figure sur la même ligne que les Prophètes d’Israël. Vous n’avez rien dans sa doctrine qui ne soit conforme à la Torah d’Israël, en dehors d’une ou deux choses. Ce sont ses disciples qui ont faussé sa doctrine. L’idée d’incarnation divine est tout entière étrangère au judaïsme. Dieu n’a pas d’image corporelle. Il ne peut pas avoir un enfant de chair et de sang. C’est vrai, Jésus s’est décrit comme un fils de Dieu, mais il entendait donner à cette expression le sens qu’on lui donnait dans l’antique tradition juive selon laquelle tout homme est fils de Dieu. Notre vraie querelle est avec Paul. C’est lui qui a provoqué les premiers dégâts. Et savez-vous pourquoi ? Il a été le premier Juif assimilé.”

Il a été le premier Juif assimilé

Je conclurai cette suite d’articles par ces mots de David Ben Gourion : ‟Je pense comme Franz Rosenzweig qu’il y a une grande fraternité possible avec le christianisme. Mais le seul rapprochement imaginable se situe dans la dimension proprement religieuse. Or Franz Rosenzweig a un double accès au christianisme, il entend l’aborder sur les plans religieux et historique. C’est là qu’il exagère. Pour lui, l’existence historique à laquelle s’est ouvert le christianisme prolonge la mission prophétique qui est le propre du judaïsme. Cela l’a rendu incapable de penser la vie juive comme participant pleinement à l’Histoire.”

Dans son livre ‟Les Premiers Israéliens”, Tom Seguev rapporte le récit d’une rencontre qui s’est tenue en 1949 et voulue par le premier chef du gouvernement israélien, David Ben Gourion, qui avait tenu à réunir un symposium d’intellectuels israéliens pour réfléchir sur l’identité juive. Afin de modérer les ardeurs d’un interlocuteur qui déclarait : ‟Le temps du Messie est venu…”, David Ben Gourion répliqua : ‟La grandeur du Messie est qu’on ne connaît pas son adresse, qu’on ne peut pas le joindre et que personne ne sait dans quel type de voiture il roule, ni même s’il en conduit une, s’il voyage à dos d’âne ou encore sur les ailes d’un aigle. La seule utilité du Messie est qu’il ne vienne pas, car l’attente du Messie est plus importante que le Messie lui-même, et le peuple juif vit dans cette attente, dans sa croyance en lui. Sans cela, le peuple juif n’existerait pas.”

Car l’attente du Messie est plus importante que le Messie lui-même…

Et pour donner une prolongation à cette suite d’articles, j’ai choisi de mettre en lien la présentation « Jésus – Lecture de l’Évangile selon Luc » par son auteur, Raphaël Draï, une somme monumentale en deux volumes :

http://www.akadem.org/magazine/2014-2015/une-lecture-juive-de-l-evangile-avec-raphael-drai-09-12-2014-65583_4556.php

 

Olivier Ypsilantis

 

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Et Jésus ? – 2/3

“Quand j’étais jeune, j’ai été fasciné un moment par le christianisme. J’ai voulu en comprendre le comment et le pourquoi. J’ai lu les livres. Aujourd’hui, je ne suis pas loin de faire mienne la phrase de Leibovitz : tout messie qui est déjà venu est déjà, pour nous, un faux messie. Je ne me lasse pas non plus de méditer sur ce paradoxe de l’histoire chrétienne qui consiste à avoir divinisé un Juif mort tout en diabolisant pendant des siècles des Juifs vivants.” 

Moshé Bar-Acher

 

Joseph Klausner ne cesse d’étudier Jésus en le plaçant dans un faisceau de convergences et de divergences entre judaïsme et christianisme. Au début de son étude, il remarque que le fait que le judaïsme ait engendré le christianisme montre que le christianisme a une forte ressemblance avec le judaïsme ; mais, dans la foulée, il remarque par ailleurs que le fait que le judaïsme ne soit pas devenu le christianisme et n’ait pas cessé de poursuivre sa route propre est la preuve criante qu’en maints aspects le judaïsme ne ressemble pas au christianisme. La rupture avec le judaïsme n’est en aucun cas le fait de Jésus mais de Saul de Tarse, Paul. Dans son second écrit, Joseph Klausner développe une thèse qu’il n’avait fait qu’esquisser dans son premier livre : sans Jésus, il n’y aurait pas eu Paul, Paul qui a tout de même trouvé une assise dans certains propos de Jésus. C’est Paul, Juif de la diaspora, qui va faire du christianisme une religion conquérante et mondiale. L’œuvre de Joseph Klausner est sans antécédent et elle a une nombreuse descendance.

David Flusser a publié une biographie de Jésus et plusieurs ouvrages sur les sources juives du christianisme. Quelle est l’essence du christianisme, se demande David Flusser ? La croyance en la résurrection de Jésus, croyance censée assurer le Salut. C’est ce que dit Paul. Les Juifs croient eux aussi en des faits historiques mais rien dans l’‟histoire sainte” d’Israël n’est de nature à conférer le salut du croyant. Par ailleurs, dans la foi chrétienne, l’acte de volonté est déterminant. Le Juif préfère l’étude. Le savoir en lui-même appartient à une catégorie religieuse qui n’a rien à voir avec le salut de celui qui s’adonne à l’étude.

 

David Flusser

David Flusser (1917-2000)

https://www.youtube.com/watch?v=h_l-5kTXgvc

 

David Flusser insiste : c’est une cinquantaine d’années après la mort de Jésus que s’est élaboré le rejet de Jésus par les Juifs. Dans la polémique contre le christianisme qui se développe à la fin du Ier siècle, il n’est rien dit contre Jésus. David Flusser estime que cette invention du rejet de Jésus par les Juifs est une tragédie. Ce mouvement (qui allait devenir le christianisme) aurait pu devenir un courant parmi d’autres au sein du judaïsme, comme le hassidisme par exemple.

Éclairer les Évangiles à partir de la littérature rabbinique, tel est l’apport essentiel de David Flusser ; par exemple, il compare les paraboles de Jésus et les paraboles rabbiniques, dans leur contenu mais plus encore dans leur structure formelle. David Flusser estime que ce genre littéraire, la parabole, est né pendant la période du second Temple. On n’en trouve trace que dans les textes rabbiniques et chez Jésus, jamais dans les rouleaux de Qumran ou dans les livres dits apocryphes. Le fait que Jésus recourt volontiers à ce genre littéraire renforce l’hypothèse selon laquelle l’éducation juive de Jésus était rabbinique et qu’il était donc proche des Pharisiens. Pour David Flusser, les fondements de la personnalité religieuse de Jésus se trouvent dans le judaïsme rabbinique dont les traditions seront consignées dans le corpus talmudique. Les principaux représentants de ce judaïsme sont, à l’époque de Jésus, les Pharisiens. Jésus les critique à l’occasion, et d’une manière parfois virulente, mais ce sont toujours des critiques de l’intérieur, nourries de l’ahavat Israel (l’amour d’Israël). Jésus n’a pas voulu fonder une nouvelle religion, en aucun cas, et son Dieu est celui d’Israël. Il a vécu toute sa vie sous le signe de la halakha. Salomon Malka écrit : ‟Pour des raisons historiques qui tiennent à l’évolution postérieure du christianisme, la critique profonde qu’il (Jésus) portait à l’intérieur du judaïsme s’est transformée en un rejet de l’essence même du judaïsme.”

David Flusser s’attache à un passage de Luc, son évangéliste préféré : ‟Lorsque vous verrez Jérusalem investie par les armées, sachez alors que sa désolation est proche. Alors, que ceux qui seront en Judée fuient dans les montagnes, que ceux qui seront au milieu de Jérusalem en sortent, et que ceux qui seront dans les champs n’entrent pas dans la ville. Car ce seront des jours de vengeance, pour l’accomplissement de tout ce qui est écrit. Malheur aux femmes qui seront enceintes et à celles qui allaiteront en ces jours-là ! Car il y aura une grande détresse dans le pays et de la colère contre ce peuple. Ils tomberont sous le tranchant de l’épée, ils seront emmenés captifs parmi les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations, jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis” (21, 20-28). Ce schéma de la délivrance est présent dans la tradition juive, au livre du Lévitique où il est question d’une délivrance pour Israël. Or, ce passage ne se trouve pas chez les autres ‟synoptiques”, Marc et Matthieu, qui passent sur l’aspect politique et national de la destruction de Jérusalem, alors qu’avec Luc cette prophétie de Jésus est solidaire du peuple d’Israël. Marc et Matthieu insistent sur le sort de la communauté chrétienne, ‟les élus des quatre vents, de l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel” (Marc 13, 26-27). David Flusser rapproche ce passage de Marc de l’Épître aux Romains de Paul (Romains 11, 25-26). Il n’y est question que de la diffusion du christianisme sur la terre entière et de la délivrance d’Israël mais… par conversion au christianisme. Luc est le seul des évangélistes à montrer Jésus fils d’Israël annonçant au peuple juif sa délivrance sans conversion.

Jérusalem, septembre 1948. Un courrier est adressé au président de la Cour suprême d’Israël, le Dr Moshé Zamora, réclamant l’ouverture du dossier du procès de Jésus en vue d’une révision. Il s’avèrera que l’expéditeur était un Hollandais d’origine britannique, Henri Douba Groskempf. Cette demande va générer un flot de lettres, lettres que va analyser durant vingt ans et à temps complet le gendre du Dr Moshé Zamora, Haïm Cohen, un juriste. Son analyse remet en question tout ce qui s’est dit sur ce procès, à commencer par la ‟pertinence” des témoignages. Les Évangiles ont été rédigés bien après les faits. Celui de Marc, le plus ancien, a été rédigé quarante ans après la mort de Jésus. Par ailleurs, tous les spécialistes s’accordent pour dire que les évangélistes n’étaient pas des chroniqueurs ou des journalistes mais des missionnaires. La communauté chrétienne, encore faible, ne pouvait se permettre d’accuser les Romains. Elle fit donc retomber tout le poids de la faute sur les Juifs. Haïm Cohen répertorie les séquences communes aux quatre Évangiles, soit : 1. Jésus a été arrêté la nuit. 2 . Aussitôt après son arrestation, il est conduit au domicile du Grand Prêtre. 3. Le lendemain matin, il est emmené par les Juifs devant Ponce Pilate. 4. A la question de Pilate : ‟Es-tu le roi des Juifs ?” Jésus répond : ‟C’est toi qui l’a dit”. 5. Pilate livre Jésus pour qu’il soit crucifié. 6. Les hommes de la légion romaine ont crucifié Jésus. 7. Sur la croix, on a gravé une inscription portant ces mots : ‟Jésus de Nazareth, roi des Juifs”. Sur ces sept points, Haïm Cohen formule autant de questions : 1. Qui a procédé à l’arrestation de Jésus ? Les Juifs ? Les Romains ? Ou les deux ensemble ? 2. Pour quelle raison a-t-il été arrêté et sur ordre de qui ? 3. Pourquoi a-t-il été mené au domicile du Grand Prêtre et sur ordre de qui ? 4. Que s’est-il passé au domicile du Grand Prêtre ? Le Sanhédrin a-t-il vraiment tenu une réunion et pour quelle raison ? Jésus a-t-il été interrogé par le Grand Prêtre et, dans ce cas, était-ce en présence du Sanhédrin ou seul à seul ? Des témoins ont-ils été interrogés ? Quel était l’objectif de ces interrogatoires et quelles en ont été les conséquences ? 5. Pourquoi les Juifs (ou des Juifs) ont-ils emmené Jésus devant Pilate ? Eux-mêmes ne disposaient-ils pas de l’autorité judiciaire en matière criminelle ? Ou alors ont-ils préféré laisser l’application de la peine de mort à l’occupant romain ? 6. Que s’est-il passé devant Pilate ? Était-ce un procès selon la loi romaine ou une discussion entre les Juifs et Pilate au terme de laquelle il a été convaincu, non sans difficulté, de mettre Jésus en croix ? 7. Enfin les Juifs (ou des Juifs) avaient-ils intérêt à mettre à mort Jésus ? A-t-il été reconnu coupable en regard de la loi juive d’une faute qui lui aurait valu la peine de mort ? Pilate avait-il intérêt à sauver Jésus ou à le disculper ? Si Jésus a été accusé devant lui d’avoir enfreint la loi romaine, Pilate pouvait-il l’absoudre ? Était-il en droit de le faire ? Le voulait-il ? A partir de ces questions, Haïm Cohen va se livrer à une recherche méthodique. Et j’invite ceux que me lisent à lire ‟Le Procès et la mort de Jésus” de Haïm Cohen, publié en 1968.

Bref, Haïm Cohen ne repousse pas d’emblée l’idée que Jésus ait été arrêté par des Juifs et conduit devant le Grand Prêtre. Haïm Cohen le magistrat passe au crible la loi romaine et la loi juive pour arriver à la conclusion suivante : cette réunion urgente au cours de la nuit de Séder au domicile du Grand Prêtre ne pouvait avoir qu’un objet : sauver Jésus du sort qui l’attendait. Et la seule chance d’y parvenir était d’agir cette nuit-là, le calendrier du procès étant entre les mains du gouverneur romain — le procès de Jésus était fixé pour le lendemain matin. Mais lisez ce livre de Haïm Cohen ! Haïm Cohen ne prête pas pour autant de nobles intentions au Grand Prêtre et au Sanhédrin. Il pense que tous ont agi pour des motifs politiques. Le Grand Prêtre et le Sanhédrin voyaient leur autorité de plus en plus affaiblie par Hérode. Défendre Jésus était un moyen de se concilier le peuple (juif), un peuple qui haïssait les Romains et Hérode leur collaborateur. Certes, le Sanhédrin pouvait être irrité par la popularité de Jésus, mais il préférait ne pas provoquer le peuple. Par ailleurs, livrer Jésus aux Romains n’était-ce pas pour le Sanhédrin un aveu d’impuissance à faire régner l’ordre chez eux ? Haïm Cohen arrive à cette conclusion : l’attitude la plus raisonnable pour le Grand Prêtre et le Sanhédrin était de tenter d’éviter le procès de Jésus impliquant les Romains ; et pour ce faire, il leur fallait raisonner Jésus. La gravité et l’urgence de cette affaire expliquent que les Juifs se soient détournés des occupations que supposent la préparation du Séder de Pessa’h. Haïm Cohen s’efforce de reconstituer ce qui a pu se dire — ou ne pas se dire — au cours de cette nuit chez le Grand Prêtre. Cette enquête est l’une des plus passionnantes de toute l’Histoire quand on sait ce que l’accusation de déicide a coûté et coûte encore au peuple juif — par des voies détournées.

 

SUPREME COURT JUSTICE DR. HAIM COHEN. פורטרט, שופט בית המשפט העליון ד"ר חיים כהן.

SUPREME COURT JUSTICE DR. HAIM COHEN.
פורטרט, שופט בית המשפט העליון ד”ר חיים כהן.

Haïm Cohen (1911-2002)

 

 Olivier Ypsilantis

 

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Et Jésus ? – 1/3

 

‟Vous voulez connaître l’apport des auteurs juifs qui se sont mêlés du Nouveau Testament ? Ils ont tous quelque chose en commun, c’est qu’ils sont plus proches des racines, et qu’ils ont conscience que la Bible et le Nouveau Testament ont été kidnappés par les cultures hellénistique et latine.” 

André Chouraqui

 

Ces notes ont été griffonnées en des lieux divers au cours de la lecture de ‟Jésus rendu aux siens”, sous-titré ‟Enquête en Terre sainte sur une énigme de vingt siècles” de Salomon Malka. Ci-joint, un lien où l’auteur présente son livre dans la magnifique librairie La Procure, à Paris (durée 54 mn) :

http://www.dailymotion.com/video/xqqaoe_salomon-malka-jesus-rendu-aux-siens-jeudi-03-05-12_news

Et, ci-joint, la table des matières d’une passionnante étude de Dan Jaffé dont je recommande la lecture, ‟Jésus sous la plume des historiens juifs du XXe siècle” :

http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichetm.asp?n_liv_cerf=8535

 

   Salomon Malka Salomon Malka

 

Exergue au livre de Salomon Malka que je vais présenter : Jésus était un rabbin parmi les rabbins (dixit le père de l’auteur).

Les rouleaux de Qumran ont permis des avancées considérables dans divers domaines ; ils ont notamment permis une meilleure connaissance des Esséniens qui, comme les Chrétiens, se sont détachés du courant central du judaïsme. On ne peut raisonnablement affirmer que les Chrétiens procèdent des Esséniens ; on peut simplement relever un certain nombre de parallélismes entre les uns et les autres. Les Esséniens ne pourraient-ils pas être envisagés quelque part entre le courant central du judaïsme et les premiers Chrétiens ? Différence majeure entre Chrétiens et Esséniens : pour les premiers, le Messie est venu ; pour les seconds, l’attente se poursuit.

Comment envisager le ‟peuple de Qumran”, les Esséniens ? Pour Shemaryahou Talmon, les Esséniens se voyaient comme la première génération après la destruction du premier Temple, génération avec laquelle Dieu avait contracté une nouvelle alliance, l’ancienne ayant été détruite avec le premier Temple. Shemaryahou Talmon estime que les Esséniens constituaient un groupe important dispersé sur un vaste territoire et en situation d’hostilité permanente avec le courant proto-pharisien, courant qui s’était structuré au Ier siècle après J.-C. Toujours selon ce professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem, la principale découverte que nous livrent les rouleaux de Qumran est le caractère pluraliste du judaïsme avant la destruction du second Temple, un caractère déjà connu mais qui après cette découverte apparaît encore plus marqué.

Y a-t-il un lien entre les Esséniens et le christianisme naissant ? Pour Géza Vermès, le lien direct est très limité. Il concerne non pas le message de Jésus mais plutôt l’organisation de l’Église primitive, avec des ressemblances entre ces deux communautés : par exemple, la hiérarchie, avec un chef unique (contrairement à la tradition juive selon laquelle les communautés doivent être régies par un conseil) ; à cette ressemblance s’en ajoute une autre : l’idée de communauté de biens. Mais d’une manière générale, Géza Vermès ne voit pas de rapport entre Jésus et les Esséniens.

Une évidence qui resta (trop) longtemps peu évidente : Jésus était juif, Jésus n’était pas chrétien. Mieux, Jésus n’a pas fondé le christianisme. Mais alors, qui l’a fondé ? Saint Paul en fut le vecteur de propagation chez les Gentils. Saint Paul n’était guère populaire chez les Juifs chrétiens qui appartenaient à un courant spécifique du judaïsme. Pour le reste, disons que le christianisme s’est fondé de lui-même, loin de la religion de Jésus.

La découverte des manuscrits de Qumran a permis aux Juifs de comprendre combien le judaïsme était animé de courants divers : on était bien membre d’un même peuple sans s’apprécier nécessairement ; mais après la destruction du Temple et la réorganisation du judaïsme, les voix distinctes du courant principal étaient plus difficilement tolérées, ce qu’a parfaitement montré Simon Claude Mimouni dans son étude, ‟Les Chrétiens d’origine juive dans l’Antiquité”, un livre que j’ai présenté sur ce blog même.

Zvi Werblowski a longtemps dirigé le département d’histoire des religions à l’Université hébraïque de Jérusalem. Il pense que Jésus n’a jamais été un essénien, de près ou de loin. Selon lui, les documents découverts à Qumran évoquent non pas des polémiques contre les Pharisiens mais contre les Esséniens. Et je rejoins Zvi Werblowski : l’Église s’est employée à dénoncer les Pharisiens par la bouche d’un supposé Jésus, alors que le vrai Jésus était proche d’eux par sa spiritualité. Zvi Werblowski évoque un point trop souvent négligé et qui ouvre de profondes perspectives, à savoir que la création de l’État d’Israël a grandement influé sur le regard juif. Les seuls mots de ‟Jésus” ou de ‟Christ” leur évoquaient, et à raison, des tourments sans nom, parmi lesquels l’Inquisition et les pogroms, sans oublier les Croisades qui virent elles aussi des tueries de Juifs. Aujourd’hui, les Juifs ont un État souverain qui leur offre une certaine sécurité et leur permet d’avoir un regard moins anxieux sur le christianisme. Le livre de Joseph Klausner est de ce point de vue symptomatique. Ci-joint, un lien : ‟Joseph Klausner’s Jesus of Nazareth (1922): A Modern Jewish Study of the Founding Figure of Christianity”. Ce lien contient notamment une riche bibliographie qui rend compte de regards juifs sur Jésus :

http://www.jnjr.div.ed.ac.uk/Primary%20Sources/modern/langton_josephklausnersjesus.html

Des Juifs se sont mis à considérer que l’histoire du christianisme des débuts leur permettrait d’enrichir leur propre histoire au cours de la période du second Temple.

Ce n’est qu’une supposition mais certains chercheurs (parmi lesquels Emil Puech) pensent que nombre d’Esséniens se sont convertis au christianisme. Quoi qu’il en soit, il y a des points communs entre les manuscrits de Qumran et les Évangiles : 1 – Le dualisme Bien/Mal ; 2 – La notion de ‟nouvelle alliance” ; 3 – L’importance du baptême (il rachète les péchés et conduit à une nouvelle naissance) ; 4 – La séparation de la chair et de l’esprit.

Yigael Yadin (1917-1984) a été l’un des premiers chercheurs à tenter de débusquer des marques esséniennes dans le Nouveau Testament, notamment à partir du Rouleau du Temple, la ‟Torah des Esséniens”. Il en conclut que les ressemblances entre la doctrine chrétienne et la doctrine essénienne sont très parcellaires, qu’elles ne proviennent ni de Jésus ni de Jean-Baptiste et que l’on a affaire à de simples phénomènes d’imprégnation. Ci-joint, une notice biographique sur cet universitaire israélien :

https://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/biography/yadin.html

Le judaïsme se sépare des autres religions en ce qu’il rattache conscience morale et religieuse à un idéal abstrait qui ne s’incarne dans aucune figure humaine. Ahad Ha’am (Asher Ginsberg) reconnaît que cet idéal abstrait a empêché le judaïsme comme tel de se propager dans le monde. Ci-joint, deux notices biographiques concernant Ahad Ha’am, une grande figure du sionisme :

https://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/biography/ahad_haam.html

http://www.akadem.org/medias/documents/3-ahad-haam.pdf

Les prophètes d’Israël sont ‟transparents” par rapport à la Parole, en retrait, tandis que Jésus proclame : ‟Et moi je dis que…”, une raison parmi d’autres pour tenir le judaïsme et le christianisme à bonne distance l’un de l’autre malgré leur lien de parenté prononcé. Autre différence, les rapports entre la morale et la justice. Les Évangiles disent : ‟Heureux les pauvres car le royaume des cieux est à eux” ; et la Torah rectifie : ‟Tu ne privilégieras pas le pauvre dans sa querelle” ; autrement dit, l’instinct du cœur peut conduire à un jugement inique.

‟Jésus le nazaréen, son temps, sa vie, sa doctrine” de Joseph Klausner est le premier livre du genre écrit en hébreu (ainsi que le précise son auteur), un livre qui ne prétend ni attirer les Juifs à la religion chrétienne ni les en dégoûter. La nouveauté de ce livre tient à ce que l’auteur replace Jésus dans la Palestine de l’époque du second Temple, une période dont il est un spécialiste, une Palestine où la violence était continuelle, de la guerre fratricide entre Hyrkan et Aristobule à la fin des règnes de Ponce Pilate et d’Hérode Antipas. Joseph Klausner évalue à plus de 200 000 le nombre des victimes juives de toutes ces violences, un nombre considérable. Il relève par ailleurs les nuances qui distinguent Jésus des Pharisiens qui n’en considèrent pas moins Jésus comme l’un des leurs. En conséquence, Joseph Klausner estime que les Pharisiens ne peuvent pas avoir prononcé un verdict de mort contre Jésus et qu’il faut aller chercher les coupables du côté des Sadducéens. Il précise : ‟Les Juifs comme nation sont coupables beaucoup moins de la mort de Jésus que les Grecs ne le sont de la mort de Socrate. Qui aurait pourtant l’idée de réclamer le sang de Socrate le Grec aux enfants de son peuple et de sa terre ?”

 

Olivier Ypsilantis

 

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Léon Pinsker, précurseur du sionisme politique. 

 

Léon Pinsker

 

Le mot « sioniste » ne sera élaboré qu’en 1890, par Nathan Birenbaum ; c’est pourquoi les historiens ont l’habitude de qualifier Léon Pinsker (1821-1891) de proto-sioniste. « Auto-émancipation. Avertissement d’un Juif russe à ses frères » (son petit livre de 1882, publié en France aux Éditions Mille et une nuits, 2006) est le premier manifeste du sionisme politique. Cette édition est enrichie de notes et d’une postface de Georges Bensoussan, auteur d’une monumentale étude intitulée « Une histoire intellectuelle et politique du sionisme 1860-1940 » (Éditions Fayard, 2001).

Léon Pinsker est un fervent partisan de la Haskala. Installé à Odessa où il exerce la médecine à partir de 1849, il défend l’étude du russe et de la culture russe afin de réduire l’emprise du yiddish chez les Juifs, une emprise qui selon lui les isole. A cet effet, il participe à la création d’un hebdomadaire en langue russe. Bref, il se dépense sans compter pour que les Juifs s’assimilent à la société environnante. Le pogrom d’Odessa de 1871 porte un sérieux coup à son militantisme et il s’éloigne de l’action politique. Les pogroms de 1881 (suite à l’assassinat d’Alexandre II) et l’affaire Dreyfus lui ôtent ses dernières illusions et servent de catalyseur au mouvement sioniste. Suite à son premier voyage en Europe, en 1882, au cours duquel il rencontre des représentants des communautés juives, il rédige en allemand le texte en question, « Auto-emanzipation – Mahnruf an seine Stammesgenossen von einem russischen Juden », et anonymement !

« Auto-émancipation. Avertissement d’un Juif russe à ses frères » est l’un des écrits emblématiques du sionisme, avec « L’État des Juifs » de Theodor Herzl. Le ton de ce petit livre est ardent et désabusé, d’autant plus désabusé que Léon Pinsker a cru aux Lumières et à l’assimilation supposées mettre fin aux malheurs du peuple juif. Léon Pinsker est sans illusions, il est également pragmatique. Il juge que, considérant l’urgence de la situation, les Juifs doivent avoir sans tarder une terre à eux ; et il ne désigne pas Israël comme la seule terre possible. Il ne veut qu’un territoire qui permette aux Juifs de se reconstruire et de se protéger, où que ce soit ! La question territoriale est donc centrale dans la vision de Léon Pinsker mais elle n’est pas centrée sur Israël. Le rôle fédérateur d’Eretz Israël — le retour à Sion — n’est pas pris en compte. Ce texte n’en contient pas moins l’essence du sionisme. C’est par l’acquisition d’un territoire que le peuple juif se reconstituera et pourra traiter d’égal à égal avec les nations. Ce texte flamboyant n’est pas assez connu, bien moins connu que « L’État des Juifs » de Theodor Herzl. C’est pourtant l’un des plus beaux textes du sionisme, un texte qui contrarie cette dénonciation selon laquelle le sionisme est une manifestation raciste et scandaleuse de l’être juif.

Léon Pinsker est revenu de ses espoirs, mais il ne se laisse jamais aller à la lamentation. De ce point de vue, la tonalité de cet écrit ne peut qu’évoquer les prophètes d’Israël. Il invite au départ, à un dynamisme, seul remède aux souffrances incommensurables du peuple juif. Il lui faut reprendre son bâton de pèlerin (take to the road) vers une existence nationale propre, un territoire où se réunir et faire face d’une manière appropriée aux dangers. Finis les « palliatifs de rebouteux » et cette accoutumance à l’humiliation que les Juifs ont développée dans l’exil. Il leur faut reconquérir le respect d’eux-mêmes avant de s’organiser politiquement sur un territoire. C’est par l’émergence d’une conscience nationale que les Juifs s’extrairont de cet état moral désastreux.

Ci-joint, l’intégralité de l’appel de Léon Pinsker (texte en anglais), mis en ligne par Jewish Virtual Library. Pour ceux qui ne lisent pas l’anglais, je recommande une fois encore le petit livre publié aux Éditions Mille et une nuits et superbement présenté par Georges Bensoussan :

https://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/Zionism/pinsker.html

Redisons-le, Léon Pinsker est un pragmatique et en aucun cas un romantique. Il met en garde les Juifs sur un ton d’autant plus assuré qu’il a commencé par envisager avec un certain optimisme les Lumières et l’assimilation. Il juge (et Theodor Herzl établira le même diagnostic dans « L’État des Juifs » (Der Judenstaat) publié en 1896, soit quatorze ans après son livre (Auto-emanzipation – Mahnruf an seine Stammesgenossen von einem russischen Juden), que les prescriptions universalistes ne constituent pas une digue suffisamment solide contre l’antisémitisme car sans consistance. Il s’élève également contre l’orthodoxie religieuse dont les réponses face à ce nouvel antisémitisme ne lui semblent pas appropriées. Il refuse l’internationalisme marxiste et cette foi religieuse qui ne cesse de voir une punition divine dans les souffrances subies par les Juifs. Face à ces deux tendances, Léon Pinsker comme Theodor Herzl proposent une politique nationale.

Léon Pinsker est originaire d’Europe orientale, une zone où se concentre alors la majorité des Juifs qui, par ailleurs, ne bénéficient pas du niveau d’émancipation des Juifs d’Europe occidentale et centrale. Cette concentration de Juifs opprimés favorise l’émergence de l’idée d’une nation juive. Les pogroms qui éclatent en 1881 activent une idée déjà bien en place. Dans sa préface, Georges Bensoussan écrit que « loin d’être la cause du sionisme comme on le soutient fréquemment, cette vague pogromiste constitue seulement l’élément qui permet à une nébuleuse culturelle et politique de cristalliser un mouvement national organisé. » Le petit livre de Léon Pinsker établit un diagnostic et propose un remède à une anomalie historique. Son diagnostic est le suivant : l’humanité souffre d’une maladie héréditaire et incurable : la judéophobie. N’oublions pas que Léon Pinsker a étudié la médecine à l’université de Moscou avant de s’établir comme médecin à Odessa. Dans son opuscule, il fait volontiers appel au lexique de la maladie et de la pathologie. Il écrit par exemple : « La judéophobie est une psychose. En tant que psychose, elle est héréditaire et en tant que maladie transmise depuis deux mille ans, elle est incurable » ; ou bien encore :  « Nous avons considéré la judéophobie comme une démonopathie héréditaire, propre au genre humain. Nous avons attribué la haine du Juif à une perversion congénitale de la mentalité humaine. » Ces propos désabusés qui attaquent l’universalisme abstrait et l’optimisme béat des Lumières sont un appel au réveil, quelque chose comme « Aide-toi et le ciel t’aidera ! » Léon Pinsker ouvre d’ailleurs son écrit sur ce propos attribué à Hillel l’Ancien : « Si je ne suis pour moi, qui serait pour moi ? Et si ce n’est aujourd’hui, quand donc ? » Léon Pinsker refuse donc l’attentisme religieux comme il  refuse l’optimisme des Lumières. Les causes de la judéophobie sont trop profondes pour être extirpées. Leur irrationalité rend impossible son éradication. Il faut prendre note de cette disposition héréditaire sans jamais se lamenter et réagir en conséquence.

Après avoir pris conscience du caractère héréditaire de la judéophobie, Léon Pinsker renonce à changer les mentalités tout en espérant un avenir meilleur pour les Juifs. Léon Pinsker le médecin écrit : « Il suffit de constater, d’analyser et de donner des conclusions pratiques et utiles. » Les peuples n’aiment jamais les étrangers, c’est un fait anthropologique. Mais les étrangers ont une terre à eux, contrairement aux Juifs qui, de ce fait, sont des étrangers absolus, des étrangers qui dépendent du bon vouloir et du bon cœur du peuple qui les accueille. Les Juifs doivent s’émanciper.

L’émancipation des Juifs telle que l’envisage Léon Pinsker est d’un type particulier. Son pessimisme — sa lucidité ? — l’empêche d’être confit en dévotion devant l’émancipation légale des Juifs et d’une manière générale devant le Progrès. Léon Pinsker rédige son opuscule à un moment particulier (après 1848), le printemps des peuples avec floraisons des nationalismes. Il sait ce que cette émancipation légale n’est qu’un épiderme sous lequel se préparent des forces obscures. Il sait que l’égalité civique ne suffira pas à changer la mentalité des peuples : « Qui dit émancipation légale ne dit pas émancipation sociale. » Le Juif doit cesser de subir, subir les persécutions et les politiques d’émancipation qui toutes procèdent d’un même paternalisme. Le Juif doit sortir de sa passivité. Son émancipation doit procéder de lui-même. Léon Pinsker apostrophe ses « frères de race ». Réveillez-vous ! Cessez d’attendre des autres ! Il prend note de la détresse juive et de l’épuisement de son peuple. Durant des millénaires, les Juifs ont lutté pour leur simple survie, souvent séparés les uns des autres, réduits à de petites communautés noyées dans des milieux plus ou moins hostiles. Les Juifs sont épuisés, c’est pourquoi ils n’ont plus la force d’envisager une nation bien à eux. La conscience nationale s’est étiolée dans l’exil. Les Juifs se doivent de redevenir une nation, un véritable peuple. Léon Pinsker sonne le réveil : « Quelle est notre patrie ? Un sol étranger. Sur quoi se fonde notre unité ? Sur la dispersion. D’ou vient notre solidarité ? De l’hostilité générale […] Quels sont nos espoirs d’avenir ? Le souci du lendemain. Voilà le rôle méprisable d’un peuple qui compta jadis dans ses rangs les Maccabées ! » Les Maccabées, ceux qui firent plier la grande puissance d’alors, les Séleucides, héritiers d’Alexandre le Grand, et leur politique d’hellénisation.

Ce n’est pas du côté des droits civiques et de la normalisation qu’il faut lorgner mais bien du côté du printemps des peuples. Les Juifs ne manquent pas de génie mais ils manquent de fierté (dixit Léon Pinsker), une fierté qu’il leur faut reconquérir. A cet effet, il appelle à la fondation d’un foyer national à majorité juive, sans exiger expressément le retour sur la « Terre promise » (une position qu’il partage avec Theodor Herzl), ce qui lui sera reproché. Il écrit : « Gardons-nous tout d’abord d’une illusion : celle de croire restaurer l’antique Judée. (…) Que notre tâche reste modeste ! Ce n’est pas la Terre sainte qui doit être le but actuel de nos efforts, mais une Terre à nous. » Léon Pinsker est donc un territorialiste. Pour Léon Pinsker, la patrie juive réside dans une certaine idée de Dieu et le Livre, l’un et l’autre transportables où que ce soit. Et il envoie balader la Terre sainte, Jérusalem et le Jourdain.

Concernant la création de ce foyer national juif, Léon Pinsker conseille aux Juifs d’agir par eux-mêmes, sans attendre aucune aide de la « confrérie charitable ». Ces derniers doivent s’appuyer sur les structures juives existantes, à commencer par l’Alliance israélite universelle et l’Anglo-Jewish Association. Il prévoit également la tenue d’un Congrès de grande ampleur avec création d’un Directoire. Certaines préoccupations (comme le choix de la langue, essentiel pour certains) sont absentes de son projet. La structuration du territoire de ce foyer national devra se faire avec circonspection. Par exemple, il proscrit le morcellement territorial, un désastre politique.

Léon Pinsker exprime son pessimisme face aux pouvoirs de la raison et de l’éducation. Son diagnostic est sans appel. Il dissipe les brumes du romantisme. Il dénonce la résignation et l’attentisme d’un certain judaïsme. Il donne un véritable coup de pied au cul à cette croyance selon laquelle la dispersion du peuple juif répond à une mission providentielle et que ses malheurs sont voulus par Dieu à titre punitif. Léon Pinsker n’appelle cependant pas à l’abandon du judaïsme mais bien à une autre façon de le penser, un judaïsme agissant. Il faut cesser de refouler l’attente dans un futur hypothétique, cesser de s’en remettre sempiternellement à Dieu.

Les idées de Léon Pinsker sont sans concessions. Son manifeste a été — et reste — un écrit fondamental pour les « Amants de Sion » et l’histoire du sionisme. C’est aussi un livre précurseur, riche de présupposés de choc, en affinité profonde avec l’imaginaire d’un peuple accédant à l’indépendance.

Ci-joint, un lien Akadem intitulé « Genèse et pérennité de l’idée sioniste (1890-1947) » :

http://www.akadem.org/medias/documents/archeologie-du-sionisme-3.pdf

Et un autre lien Akadem intitulé «Les Amants de Sion » et sous-titré « Léon Pinsker (1821-1891) et Moshe Lev Lilienblum (1843-1910) » :

http://www.akadem.org/medias/documents/Hibat_Tsion_Doc3.pdf

 

 Théodore Herzl

 

 Olivier Ypsilantis

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IDF (Israel Defence Forces)

 

Cet article est constitué d’une série de quinze liens précédés d’un bref commentaire de présentation. Il fait suite à un article publié sur ce blog même, le 11 avril 2015, sous le titre « Le Volontariat Civil pour Israël (Sar-El) ». Il faudrait des pages et des pages de liens pour rendre compte de la singularité de l’IDF (Israel Defence Forces) ou Tsahal, une armée de citoyens-soldats, intégrée à la société nationale comme aucune armée au monde.

 

 Tsahal

 

L’IDF est en partie constitué de Lone Soldiers, des femmes et des hommes venus de nombreux pays pour servir Israël alors qu’ils n’y ont pas de famille. Ils sont près de mille à rejoindre l’IDF chaque année. Ils viennent d’une soixantaine de pays. La moitié d’entre eux sont intégrés à des unités combattantes. Ci-joint, un lien Friends of the IDF (FIDF) :

https://www.youtube.com/watch?v=CWdFL-J3UCE

 

Créé en 1981 par des survivants de la Shoah, Friends of the IDF (FIDF) s’est donné pour mission d’aider les Lone Soldiers et les familles de soldats morts au combat. Ci-joint, un lien intitulé « Friends of the IDF (FIDF): Who We Are » :

https://www.youtube.com/watch?v=ykUc1kzzxb4

 

Un lien intitulé « A Proud Israeli Arab Muslim Zionist ». On écoutera Mohammad Zoabi, l’un des plus fervents supporters non-juifs d’Israël, très actif sur les réseaux sociaux. Il est le neveu de Haneen Zoabi, une députée à la Knesset dont les propos sur Israël sont — euphémisme — peu aimables :

https://www.youtube.com/watch?v=-fbDjpbBHb4

 

Un lien intitulé « Israel: Onward Christian soldiers serving in IDF ». On écoutera notamment le Maj. Elias Karam, un Arabe chrétien, officier de la marine israélienne :

https://www.youtube.com/watch?v=yYJ6PX_eoPM

 

Un lien (exclusivement en hébreu) avec la Cpl. Elinor Joseph (née en 1991), première Arabe chrétienne (dit-on) à intégrer une unité combattante, le Caracal Battalion. Elinor Joseph est originaire d’un village de Galilée et son père a servi dans la Paratroopers Brigade :

https://www.youtube.com/watch?v=6U1tCTUApJ4

 

Les Druzes, des Arabes pratiquant une religion syncrétique d’origine iranienne, sont les plus fervents défenseurs non-juifs d’Israël. Ils sont très présents dans les unités de combats et dans toute la hiérarchie de l’IDF, des simples soldats aux officiers supérieurs et généraux. Ci-joint, une vidéo rend compte d’une cérémonie des Druzes d’Israël pour le Day of Remembrance for Fallen Soldiers of Israel and Victims of Terrorism :

http://www.liveleak.com/view?i=5c6_1399303417

 

Une histoire IDF parmi tant d’autres, celle de l’Américain Louis Miller :

https://www.youtube.com/watch?v=z00Xlcx1zTs

 

Armée multi-ethnique et multi-religieuse, Tsahal est aussi une armée où la femme compte autant que l’homme. Le lien suivant nous montre une galerie de portraits de femmes de l’IDF impliquées dans des tâches et des missions diverses :

https://www.youtube.com/watch?v=o4kjNIL8prM

 

Ahmed Anaim a vingt-six ans. Il est militaire de carrière dans The Bedouin Tracking Unit. Son frère Allah Idin était lui aussi combattant au sein de cette unité avant de perdre la vie au cours d’une mission. Son autre frère, Yossef, a été blessé au cours de l’action qui a entraîné le kidnapping du soldat Gilad Shalit :

https://www.youtube.com/watch?v=N3k1T-2pu7w

 

Des réservistes de Tsahal parlent au cours de l’Opération « Pilier de Défense » (qui se déroula du 14 au 21 novembre 2012). Un certain quotidien israélien, tout simplement :

https://www.youtube.com/watch?v=RWHDF8cGCWw

 

Un long documentaire sur les Sayeret Units  de l’IDF, soit trois unités : Sayeret Matkal, Shayeret 13, Shayeret Shaldag. Sayeret Matkal (fondé en 1957), la plus prestigieuse de ces unités, l’élite de l’élite, organisée sur le modèle des SAS (Special Air Service). Sayeret 13 (fondé en 1948), l’équivalent des US Navy SEALs ou des SBS (Special Boat Service). Sayeret Shaldag (fondé en 1974 par des vétérans du Sayeret Matkal), soit les commandos de l’Israeli Air Force :

https://www.youtube.com/watch?v=l7dpd0shjdI

 

Le corps médical de Tsahal s’entraîne :

https://www.youtube.com/watch?v=3I33EXSEX48

 

Discours d’adieu de Benjamin (Benny) Gantz (né en 1959), vingtième chef d’état-major de Tsahal qu’il quitte après trente-huit années de service (de 1977 à 2015) dont quatre en tant que chef-d’état major (de février 2011 à février 2015) :

https://www.youtube.com/watch?v=oL1PelFQE0Y

 

Un survivant de la Shoah et soldat de Tsahal, Tibi Ram, nous parle de lui :

https://www.youtube.com/watch?v=gUscKxYw8Vk

 

Aviv Vishkovski organise des visites guidées sur le Mont Herzl où reposent des milliers de soldats de l’IDF tombés pour la défense d’Israël :

https://www.youtube.com/watch?v=A5DpOS74k2c

 
 Tsahal 2
 
 

Je pourrais poursuivre ainsi sur des pages et des pages ; mais que le lecteur curieux avance librement dans ses recherches. Un dernier mot : on ne peut prétendre connaître Israël sans s’intéresser de près à son armée, une armée de citoyens-soldats, partie intégrante de la société. La fécondité d’Israël dans tous les domaines de la haute technologie tient en grande partie à cette particularité de la société israélienne, avec cette fusion de l’armée et de la société, fusion qui permet par ailleurs de faire face à des menaces de plus en plus diverses avec une population limitée. Israël ou le village des irréductibles Gaulois, métaphore de la nation juive, Israël. Le père d’Astérix, René Goscinny, était ashkénaze, comme l’étaient les pères de Superman (Jerry Siegel et Joe Shuster), l’archétype de tous les super-héros de la BD américaine. Mais je m’égare…

 

Ainsi que l’a déclaré Benny Gantz dans son discours en hébreu, ci-dessus : « Tsahal est la société israélienne, et la société israélienne est Tsahal. »

 

 Olivier Ypsilantis

 

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Un climat délétère – 2/2

 

« Il ne faut pas confondre antisionisme et antisémitisme, soit, je vous l’accorde ! Mais permettez-moi de vous dire que ces deux choses ne sont pas séparées par une cloison résolument étanche mais par une simple membrane par ailleurs poreuse. »

Olivier Ypsilantis

 

Pierre-André TaguieffPierre-André Taguieff (né en 1946)

 

Le terreau de l’antisionisme et de l’antisémitisme est donc riche en apports divers. Une bonne partie des élites françaises (mais il me faudrait mettre élites entre guillemets), « converties au pro-palestinisme dont l’envers est la diabolisation d’Israël » (dixit Pierre-André Taguieff) sont restées relativement indifférentes à la tuerie du 9 janvier 2015, porte de Vincennes, une tuerie qui visait exclusivement les Juifs. Tout le monde était Je suis Charlie. Pour ma part, face à ce relatif silence, face à cette « honteuse complaisance de certains secteurs de la population » (dixit Pierre-André Taguieff), je me suis gardé d’afficher et de brailler ce slogan. Je suis juif m’allait mieux. Ainsi que le signale Pierre-André Taguieff, on trouve de bon ton lorsqu’on dénonce l’antisémitisme de dénoncer dans la foulée le racisme — mot par ailleurs fourre-tout et stupidement générique qui laisse entendre entre autres choses que les Juifs constituent une race. Et puis, comble du conformisme fier de lui-même, on dénonce dans la foulée l’islamophobie, on sonne le tocsin en dénonçant un accroissement global du racisme, de la xénophobie, de l’antisémitisme, de l’islamophobie et j’en passe. A ce que je sache, aucun Musulman n’a encore été assassiné en France parce que musulman. Il est vrai que nos élites ont quelque raison d’être inquiètes : à force de refuser de nommer, la guerre civile est un scénario qui sans être inéluctable doit être sérieusement envisagé.

Pierre-André Taguieff : « La symétrie entre islamophobie et judéophobie relève de l’escroquerie intellectuelle et morale. »  Exact ! La grande manifestation parisienne du 11 janvier 2015 fut une manifestation fourre-tout. On manifesta d’abord contre l’attaque visant Charlie Hebdo. Pensez donc, qu’un hebdomadaire de gauche soit attaqué de la sorte par les chouchous de la gauche ! Des millions de Français virent leurs repères sauvagement brouillés. L’attention médiatique se concentra donc presqu’exclusivement sur cet attentat avec cette manifestation d’une ampleur jamais vue depuis la Libération a-t-on répété à l’envi. La mobilisation pour les victimes juives de l’Hyper Casher fut quant à elle confidentielle et à dominante juive. C’est triste, infiniment triste, mais ce n’est en rien étonnant avec ce dénigrement systématique d’Israël dans les médias nationaux (pensons notamment à l’AFP) et dans les officines de la République, comme le Quai d’Orsay.

Bien des braves gens effrayés par la frénétique complexité du monde veulent lui trouver une explication, autrement dit le simplifier et radicalement. Le « Juif » a beaucoup trop servi à « expliquer » le monde (voir les « Protocoles des Sages de Sion ») ; alors, pourquoi ne pas remplacer « le Juif » par « Israël » ? Ils sont aujourd’hui assez nombreux (euphémisme) à penser (sans oser nécessairement le dire) que si Israël disparaissait de la carte, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, que les Arabo-musulmans de France et de Navarre se calmeraient et deviendraient nos potes. Israël, le fauteur de troubles ! Haro sur Israël ! Oubliée la paix avec l’Égypte (signée en 1979), avec rétrocession intégrale du Sinaï ; oublié le plan de partage de la Palestine (1947), accepté par David Ben Gourion ; oubliées les propositions présentées par Ehud Barak à Yasser Arafat (Camp David, juillet 2000). La liste des concessions israéliennes est longue ; mais elles ne peuvent en aucun cas intéresser ceux qui envisagent le sionisme comme une entreprise de conquête mondiale — ils sont très nombreux, et pas seulement en terre d’islam.

Pour l’heure, je ne vais pas m’attarder sur les racines de l’antisionisme de droite et de gauche. Un mot, simplement. L’antisionisme recrute dans des catégories socio-culturelles aussi diverses que variées. Rappelons que les communistes et les gauchistes qui se sont affrontés sur maintes questions ont élaboré une même hostilité au sionisme. Curieux, tout de même. La cause palestinienne reste le fétiche des badernes grisonnantes bourgeoisement engagées dans diverses luttes à caractère « humanitaire » voire « révolutionnaire ». Le seul nom « Israël » leur donne de l’urticaire et, à l’occasion, des coliques néphrétiques. Dénoncer le sionisme est devenu une marque de respectabilité qui assure le maximum de confort moral. L’antisionisme est un sofa où se prélasser, où se vautrer. Il est par ailleurs instructif de noter que les contempteurs du sionisme ne se donnent jamais la peine d’étudier le sionisme (un sujet d’une richesse et d’une densité particulières), ne serait-ce que pour fortifier leurs attaques. Aussi se contentent-ils de mots d’ordre et d’idées convenues. Il est vrai que le conformisme antisioniste est si massif qu’il faut avoir du punch pour l’affronter.

En Europe, détester les Juifs fait généralement sale — mais pour combien de temps ? La détestation d’Israël quant à elle fait l’unanimité. C’est une marque de respectabilité, de bas en haut et de haut en bas de l’échelle sociale, chez les «de-souche » et chez les CPF (« chance-pour-la-France »), plus extravertis. Cette détestation n’est pas nécessairement violente ; elle sait être silencieuse, comme je l’ai montré dans la première partie de cet article. Car, je le redis, s’il y a en France une hargne arabo-musulmane très particulière, il y a aussi une hostilité discrète, tranquille et de bon ton, fort répandue dans des couches de la population nullement arabes, nullement musulmanes.

Pierre-André Taguieff : « Marceline Loridan-Ivens, écrivain et scénariste, ancienne déportée à Auschwitz-Birkenau, interviewée sur France Inter le 27 janvier 2015, a justement posé cette question rhétorique : ‟Vous croyez que les Français seraient descendus dans la rue si on n’avait tué que des Juifs il y a quinze jours ?” » Et l’auteur poursuit : « Après la tuerie de l’école juive de Toulouse du 19 mars 2012, les Français ne sont en effet nullement descendus en masse dans la rue. Les millions de « Républicains » qu’on a vu défiler en France le 11 janvier 2015 n’ont pas cru bon de protester en mars 2012 contre le meurtre de trois enfants juifs, tués à bout portant par le jihadiste Merah. »  A méditer.

 
 
Marceline Loridan-Ivens

Marceline Loridan-Ivens (née en 1928)

 

Je me répète, mais qui sont-ils ceux qui mettent leur nez dans les affaires d’Israël sans jamais s’être donné la peine de connaître ce pays et son histoire ? Ils vont du sous-entendu à l’agressivité ouverte. Diffamations, analogies abusives, refus de la nuance, l’exception érigée en règle, les procédés rhétoriques des contempteurs d’Israël ne manquent pas. Procès expéditif (l’accusé n’a pas même droit à la parole) et verdict inexorable.

Étrange tout de même : les contempteurs d’Israël et du sionisme ne se préoccupent que de leur confort et de leur pouvoir d’achat, de leur diététique et de l’analyse de leurs selles (prévention du cancer du colon oblige), et pourtant… Des mots les sortent à coup sûr de leur douce torpeur ; parmi eux : « Israël », « sionisme », « Gaza » et j’en passe.

Israël est entré dans l’Histoire et, de ce fait, il n’a pas les mains immaculées ; il serait stupide et contreproductif de ne pas l’admettre. Il ne sert à rien de placer Israël dans une sphère idéale, détachée du monde et flottant dans l’éther. Mais sous prétexte qu’Israël n’a pas les mains immaculées, faut-il pour autant vouloir les lui couper ? Plus j’étudie l’histoire de ce jeune pays et plus je l’aime, avec ses qualités et ses défauts, plus les dénonciations des antisionistes me semblent minables et destinées à cacher quelque chose de plus profond…

Le succès mondial de l’Affaire Al-Durah a plusieurs explications. L’une d’elles est souvent tue car elle remue un vieux fond particulièrement puant. Avant même de savoir si l’enquête était fiable, on s’est immensément ému. Pourquoi ? Parce que cette dénonciation allait dans le sens des dénonciations séculaires de crimes rituels, dénonciations concoctées dans le monde médiéval chrétien et qui lanceront des métastases loin dans l’espace et dans le temps.

Ainsi que je l’ai signalé, les antisionistes ne se préoccupent que de « morale » étant entendu qu’ils sont en possession de la Vérité et de la Justice. Ils n’ont que faire de l’Histoire et de ses complexités. Savent-ils par exemple que depuis 1967, le Sinaï, le sud-Liban et la bande de Gaza ont été évacués, avec ou sans accord, respectivement en 1982, 2000 et 2005 ? Mais ils s’en foutent. Israël existe et ils éructent.

 

Olivier Ypsilantis     

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Un climat délétère – 1/2 

 

Manifestation pro-palestinienneOn s’indigne, quelque part dans Paris. En haut à gauche, on remarquera une enseigne de la chaîne TATI, fondée en 1948 par Jules Ouaki , un Juif de La Goulette, Tunisie. 

 

Dans son dernier livre, intitulé « Du diable en politique : Réflexions sur l’anti-lepénisme ordinaire », Pierre-André Taguieff décrypte le processus de diabolisation du Front National et ses effets, parmi lesquels le refus de nommer l’ennemi par peur d’être traité d’islamophobe, un mot qui en remplace un autre — fasciste —, supposé lui aussi écraser définitivement l’indésirable ou, tout au moins, le marquer au fer rouge. Parmi ceux qui ont fait un si généreux usage du mot « fasciste », bien peu savent qu’il avait été détourné de son sens (comme tant d’autres mots) par les services de Staline afin d’être assené à tout-va sur le crâne de l’ennemi à fracasser. Mais ceci est une autre histoire.

Le mot « fasciste » ayant des traces d’usure pour cause d’usage inconsidéré, le mot « islamophobe » et quelques autres mots avec suffixe en -phobe viennent le remplacer. A ce propos, avez-vous remarqué comme ils fleurissent ces mots qui se terminent en -phobe (du grec φόβος) ? Pensez à homophobe, par exemple. Je ne sais d’où vient cette tendance. A l’heure de l’appauvrissement du langage, ça donne un petit air savant à celui qui les manie. La connaissance de ces mots peut s’avérer utile au Scrabble ; il faut tout de même éviter de les prononcer à tout propos, hors de ces contextes précis que décrivent la psychiatrie ou les sciences de la nature, pour ne citer qu’elles.

Dans son dernier livre, « Du diable en politique. Réflexions sur l’antilepénisme ordinaire » (Paris, CNRS Éditions, 2014), Pierre-André Taguieff décrypte donc le processus de diabolisation du Front National et son aspect obscur, avec notamment ce refus de nommer l’ennemi, refus qui ne pourra qu’entraîner un exode massif des Juifs de France et d’Europe, exode qui signera la victoire de l’islamo-terrorisme en terres démocratiques.

Pierre-André Taguieff nous dit que les mois qui se sont écoulés ont été terribles pour les Juifs de France, avec cette collusion entre l’antisionisme radical et l’islamo-terrorisme, du 26 janvier 2014 (et sa manifestation parisienne baptisée « Jour de colère ») au 9 janvier 2015 (et la tuerie de l’Hyper Casher, porte de Vincennes). Il écrit : « On observe par ailleurs que, depuis le début des années 2000, les meurtres de Français juifs tués en tant que juifs ne ne sont pas commis par des extrémistes de gauche ou de droite, mais par de jeunes délinquants, issus de l’immigration et se réclamant de l’islam, qu’ils soient ou non des djihadistes en mission. » Ce constat est le mien. Mais je me permets d’ajouter ce qui suit. L’hostilité envers Israël, une hostilité volontiers silencieuse voire courtoise, est chose courante ; et elle n’est pas limitée à des cercles diversement de gauche. J’ai souvent pris note et prends encore note de cette « aimable » hostilité dans la bonne société. Si j’insiste sur cette « aimable » hostilité, c’est qu’à mon sens elle entre (et sans le savoir), elle aussi, dans la composition de ce terreau qui favorise l’antisionisme radical, aujourd’hui, en France, antisionisme principalement d’origine arabo-musulmane. Cette bonne société serait horrifiée d’apprendre que j’établis un lien discret entre elle et le pire de l’islam ;  elle serait horrifiée parce que son confort et ses diverses occupations (essentiellement liées à la consommation) l’empêchent d’élaborer un regard réflexif. Elle participe pourtant à cette ambiance qui permet les pires dérives envers les Juifs car elle croit, la veule, qu’en marquant la distance vis-à-vis d’Israël, elle donne des gages aux radicaux et qu’ils l’épargneront.

L’isolement des Juifs de France est grand, et en particulier pour la raison que je viens d’évoquer. Le djihadisme responsable des tueries de Paris, en janvier 2015, n’est que la pointe de la partie émergée de l’iceberg. Je prends régulièrement note, et très discrètement, de la sourde hostilité envers Israël dans la bonne société, une société qui n’écoute pas El-Jazeera et qui ne fréquente pas les sites et les blogs djihadistes, je ne vous apprends rien, mais que le nom Israël agace, irrite.  Aux yeux de cette bonne société, on peut être juif (le racisme n’est pas chic, il est bon pour les beaufs) mais on ne peut être sioniste ! Un sioniste, juif ou non-juif, ne rencontre généralement qu’un silence hostile dans cette société. Je le redis, cette hostilité discrète et silencieuse est à peine consciente d’elle-même. Hostilité d’héritage, elle est aussi le produit du doucereux radotage des mass-médias (toujours la tentation de glisser un r entre le é et le d de médias), en France et ailleurs.

Et que dire du comportement de la FSU (Fédération Syndicale Unitaire ; la première organisation syndicale de la fonction publique d’État) et du SNES (Syndicat National des Enseignements de Second degré ; syndicat le plus représentatif du second degré, il rassemble soixante deux mille syndiqués) ? Dans un article intitulé « SNES, syndicat voyou » et sous-titré « Les dérives sectaires d’une vénérable institution », Luc Rosenzweig conclut son article sur ces mots : « Le SNES et la FSU sont en pointe, dans le monde syndical, dans le mouvement BDS (Boycott-Désinvestissement-Sanctions contre Israël). Les motions qu’ils votent dans leurs congrès à ce sujet doivent siffler aux oreilles des dirigeants israéliens qui n’ont sans doute pas mesuré l’immense crédit moral dont bénéficient ces bureaucrates dans le peuple de France. » Vous avez bien lu : « L’immense crédit moral dont bénéficient ces bureaucrates dans le peuple de France… » Que ces bureaucrates oublient le BDS pour le BDSM (acronyme de Bondage-Discipline / Domination-Soumission / Sadisme-Masochisme ), ça leur fera faire de la gymnastique… et circuler le sang ! Boycotter les produits d’un pays est un acte radical qui en dit long, d’autant plus que ces syndicats sont plutôt endormis sur d’autres dossiers qui devraient émouvoir leurs « bons sentiments ». Mais rien ! Ce boycott a toutefois ses limites car à l’heure de l’urgence, le camarade bureaucrate ne va tout de même pas refuser le pacemaker ou le défibrillateur Made in Israel. Il ne va pas non plus se séparer de sa clé USB et autres « petites inventions » si pratiques Made in Israel. Le camarade bureaucrate ne boycotte que lorsque son confort n’est pas attaqué ; c’est probablement la raison pour laquelle il ne veut pas voir que la haute technologie a souvent à voir avec Israël, tant au niveau de la conception que de la fabrication. Allez, camarade, oublie le BDS pour le BDSM ! Laisse-toi aller ! Amuse-toi enfin !

 

Boycott des produits israéliensGo out and BUY the products and services of the companies you find listed here! A « BOYCOTT ISRAEL » opposons « BUYCOTT ISRAEL »  

 

 Olivier Ypsilantis

 

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Carnet 19 

 

J’ai assisté ce matin aux funérailles des quatorze victimes de l’accident d’autocar, à Bullas, province de Murcia. Don Felipe VI et Doña Letizia étaient présents. J’ai écouté le beau sermon du Monseigneur José Manuel Lorca Planes, évêque de Cartagena. J’aimerais le retranscrire ici, dans son intégralité. Il a évoqué la sortie d’Égypte, le passage de la mer Rouge, cette terre de lait et de miel promise par Dieu à son peuple. C’est ainsi, à chaque fois que j’assiste à un office religieux chrétien, des mots ne cessent de revenir : Israel, Jerusalén, pueblo judío, israelitas… Or, on ne prononce pas impunément de tels mots.

Israel, ce mot résonne dans les églises mais bien des lèvres le prononcent machinalement, sans y penser, sans penser qu’un pays bien vivant porte ce nom. Ceux qui prononcent ce mot avec ferveur, au cours d’un office religieux, peuvent aussitôt après vilipender Israël. Ils ont établi (souvent malgré eux, sans y penser vraiment) une absolue séparation entre l’Israël d’alors et l’Israël d’aujourd’hui. Probablement parce que l’un désigne les Hébreux (ou les Israélites), l’autre les Juifs. Cette automatisme doit à coup sûr beaucoup à la théologie de la substitution — ou supersessionisme.

 

Funérailles à Bullas en 2014Don Felipe et Doña Letizia, à Bullas, le 10 novembre 2014.

 

Les violences dont Israël est victime ont une explication : la dénégation quasi-unanime que subit ce pays, une dénégation généralement sourde, distillée par les mass médias et par nombre de responsables politiques, notamment européens. Israël est pourtant à ce que je sache un État souverain, aussi souverain que la France ou l’Allemagne réunifiée. Alors, pourquoi sont-ils si nombreux à fourrer leurs nez dans les affaires de ce pays, des affaires par ailleurs fort complexes et qui exigent beaucoup d’étude et de modestie, des affaires dont se mêlent trop de pères et de mères-la-morale, distributeurs de bons et de mauvais points. De quel droit Madame Guigou et Monsieur Fabius — pour ne citer qu’eux — réclament-ils la création d’un État palestinien ? Est-ce qu’Israël réclame l’indépendance de la Corse ou de la Bretagne ? Que savent-ils d’Israël ces ronds-de-cuir du Quai d’Orsay, ces mercenaires de l’Agence France-Presse, ces gandins de ministères, ces démagogues de l’Hémicycle ? Ils ne pensent qu’à prendre du galon et protéger leurs petits intérêts en dénonçant ce pays. Ce faisant, ils bénéficieront de la bienveillance générale, ils n’auront pas à argumenter, à nager à contre-courant ; ils leur suffira de se laisser porter… et emporter. On demande sans cesse des comptes au sioniste ; l’antisioniste, lui, peut dormir en paix…

Je le redis, les égouts convergent, l’antijudaïsme, l’antisémitisme et l’antisionisme mêlent leurs eaux sales. Les égouts s’engorgent et la pression devient formidable. Les plaques d’égout se soulèvent dans les espaces publics ; et chez les particuliers, à tous les étages, les sanitaires débordent. Tout est visqueux, nauséabond. Déjections, pus et sanies. Ce bavardage sur Israël est la marque d’une flétrissure mentale probablement irrémédiable. Le monde est vieux, il se chie dessus et sombre dans le gouffre d’Alzheimer. Il a perdu la mémoire car, s’il lui en restait au moins un peu, il ne donnerait pas des leçons de la sorte à ce pays qui a pour nom Israël.

Depuis quand reconnaît-on un État qui n’existe pas — « La Palestine » —, sans frontières, sans autorité représentative consensuelle, sans ressources ni capacités économiques, sans continuité territoriale ? Depuis quand reconnaît-on un État irrédentiste qui n’a jamais voulu reconnaître le caractère national de l’État d’Israël ? Palestine ? Mais que recouvre cette désignation dans les cervelles de nos politiques ?  Je n’en connais pas les frontières. Je n’en connais pas le peuple. On se penche avec des trémolos dans la voix et les larmes aux yeux sur les réfugiés (ou pseudo-réfugiés) « palestiniens ». Mais a-t-on au moins une pensée pour les Grecs d’Anatolie installés dans la région bien avant l’arrivée des Turcs, avant même les conquêtes d’Alexandre le Grand, et sauvagement chassés lorsqu’ils n’ont pas été massacrés ? Personne n’évoque les Grecs pontiques, décimés par centaines de milliers. Je sais depuis longtemps que les « Palestiniens » n’intéressent que parce qu’ils sont un prétexte à accuser les Juifs. Si ce n’était pas les Juifs qui les « oppressaient », on ne parlerait pas des « Palestiniens », on n’en parlerait pas plus que des Grecs d’Anatolie…

 

Palestine, 24 juillet 1922Carte de la Transjordanie et de la Palestine (juive) selon le « Mandate for Palestine » du 24 juillet 1922. On notera que la Palestine juive a été singulièrement grignotée. 

 

Israël va devenir l’otage de ses citoyens israéliens d’origine arabe. Mes conversations avec des Arabes israéliens ne m’ont guère rassuré, tant avec les Arabes musulmans d’Israël qu’avec les Arabes chrétiens d’Israël, même si ces derniers se montrent généralement moins vindicatifs. A ce propos, sont-ils palestiniens ces quelque un million deux cent mille Arabes d’Israël ? Faut-il exiger leur « libération » ? Ne seraient-ils pas eux aussi « victimes de l’entité sioniste » ? Des Musulmans, très minoritaires certes, luttent pour Israël, leur patrie : les Druzes, bien présents dans Tsahal, aux niveaux les plus élevés et dans les unités combattantes.

Supposons qu’un État palestinien voie le jour ; que fera-t-il ? Il commencera par exiger le retour des réfugiés — ou pseudo-réfugiés — et de leurs descendants, enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants. C’est bien mais il faudra alors considérer la question des réfugiés à l’échelle mondiale, à commencer par ces centaines de milliers de Juifs, presqu’un million, expulsés ou ayant fui les pays arabes. Pour ma part, j’aimerais récupérer les propriétés de mes ancêtres, à Smyrne et à Constantinople. Mais tout le monde s’en fout, hein ! Plus sérieusement, cette dénomination « Palestine » — et « Palestiniens » — me pose problème : il m’a toujours semblé, et sans faire de mauvais esprit, que les Palestiniens (sans guillemets cette fois) étaient… les Juifs de Palestine. C’est tout au moins ce qu’ont laissé entendre des voyageurs dans cette région… et avant la création de l’État d’Israël !

Quelle Palestine évoque donc Élisabeth Guigou, présidente de la Commission des affaires étrangères ? Cette brave fille est « pour la paix », on l’en félicite ; elle n’est « pas contre Israël », on l’en félicite. Mais je ne sais de quelle Palestine et de quel gouvernement palestinien il est question dans sa tête. Le gouvernement palestinien, est-ce le Fatah, le Hamas ou une alliance des deux qui ne peut que conduire à des règlements de comptes voire à une guerre civile ? Élisabeth Guigou qui, tous les matins, en pédalant vers son lycée (à Marrakech) eut la chance de voir pendant des années l’Atlas enneigé (consulter son blog) dit se sentir aussi marocaine que française. Le bi-culturalisme est une richesse.

Élisabeth Guigou doit-elle pour autant se sentir autorisée à nous assener ses « bons sentiments » ? A-t-elle bien lu la Charte du Hamas ? A-t-elle bien lu le projet de constitution préparé par l’Autorité palestinienne, financé par l’Union Européenne, qui déclare dans son article 7 que la charia sera la source de la loi de la Palestine et que la souveraineté y appartiendra au « peuple arabe palestinien » (article 13) ? A-t-elle seulement pris connaissance des dispositifs discriminatoires prévus pour les non-Musulmans dans un pays dont « l’islam sera la religion officielle de l’État » (article 6) ? Élisabeth Guigou devrait se poser ces questions. Mais probablement préfère-t-elle assurer sa tranquillité en vendant Israël à un pouvoir dont le visage en grande partie masqué reste pour le moins inquiétant.

 

Territoire des Douze Tribus d'Israël   Les territoires des Douze Tribus d’Israël.

 

J’apprends que l’Assemblée nationale vient d’adopter, mardi 2 décembre 2014, une proposition de résolution du groupe socialiste demandant au gouvernement français de reconnaître l’État palestinien, une initiative qui n’a toutefois pas de valeur contraignante — la belle affaire ! J’apprends que le chef de file des députés PS, Bruno Le Roux, s’est félicité du vote de cette résolution socialiste, estimant qu’il « dépasse le simple clivage droite-gauche », qu’il « réunit de nombreux groupes et permet d’avoir un acte d’espoir et de volonté pour la paix ». J’ai eu d’un coup la sensation de nager dans un bain de crasse particulièrement opaque, une soupe épaisse inlassablement touillée, la soupe des « bons sentiments » agrémentée d’ignorance. Il est tellement plus facile de prendre une posture morale que d’étudier. Les socialistes d’aujourd’hui sont des ersatz des socialistes historiques dont je rappelle volontiers le courage. Ils croient œuvrer pour la paix, ils ont surtout en tête — mais chut ! — de préserver leur tranquillité petite-bourgeoise. Ce désir de tranquillité fausse leur analyse. Ils cultivent la démagogie, une morale de pacotille infatuée d’elle-même qui s’invite partout et pérore. Je ne puis qu’exprimer mon mépris envers ce chef de file et ceux qui le suivent. Je sais exactement ce que suppose le mépris ; en la circonstance, je l’assume pleinement avec une joie féroce.

Quelque chose ne va vraiment pas ! De braves citoyens (par ailleurs exclusivement soucieux de leur pouvoir d’achat et des résultats de leur coloscopie) se préoccupent du sort des Palestiniens avec une ferveur de nurse. Ces citoyens me préoccupent et depuis longtemps. Je les observe avec un mélange de stupéfaction et de dégoût. Ils sont engoncés dans un confort médiocre et se piquent de donner des « solutions » à un pays dont ils ignorent tout, un pays qui — j’en suis à présent certain — les renvoie à leur propre médiocrité et qui, de ce fait, les irrite. Leurs « solutions » pleine de componction sent la charentaise, le bonnet de nuit et la tisane du soir.

 

Olivier Ypsilantis 

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Carnet 18

 

J’ai pu constater au cours de nombreuses recherches que les littératures anti-judaïques, antisémites et antisionistes sont généreusement mises en ligne, sur Internet, et qu’elles proposent volontiers des livres épuisés, difficiles à se procurer. Ils sont mis en ligne dans leur intégralité, avec ingéniosité, de manière à permettre une agréable lecture… Étrange, n’est-ce pas ? Celui d’Auguste Chirac, un poids lourd de l’antisémitisme, par exemple. Celui d’Israël Shahak (un contempteur juif du judaïsme), ‟Histoire juive – Religion juive”, est gracieusement mis en ligne par l’éditeur d’extrême-gauche négationniste ‟La Vieille Taupe”, préfacé par Edward W. Saïd. Si vous doutez encore de ‟l’impartialité” de Wikipedia, entrez ‟Israël Shahak”. L’article est abondant, une véritable colique, avec des liens qui permettent un accès direct à l’intégralité de ses écrits. Bien peu d’écrivains ont droit à un tel traitement de faveur sur Wikipedia.

J’ai suivi le cas Israël Adam Shamir et Maria Poumier. Je me dis et me redis : Est-il possible que nous vivions sur une même planète et respirions le même air ? Pourquoi les écrits à forte connotation antisémite (et antisioniste) qui émanent de chapelles très diverses sont-il si obligeamment mis en ligne dans leur intégralité et aisément téléchargeables, parfois même directement à partir de Wikipédia ?

 

Maria PournierMaria Poumier (née en 1950)

 

Alain Soral et M’bala M’bala ont une généalogie ‟intellectuelle” et “spirituelle” échevelée, presqu’aussi échevelée que celle de Paul Rassinier avec lequel ils ont beaucoup à voir, Paul Rassinier qui a vite compris la parfaite complémentarité entre l’extrême-droite et l’extrême-gauche, une complémentarité dans laquelle ‟le Juif” occupe bien malgré lui une place centrale.

De grâce, qu’Israël ne s’embobine pas avec les Saoudiens pour cause de danger iranien !  Se mettre en ménage avec l’ami bête pour contrecarrer l’ennemi intelligent ne me semble pas une solution appropriée ; elle se révèle contre-productive à la longue. Je reconnais toutefois que l’instrumentalisation des Arabes par les Iraniens présente un danger non négligeable.

L’attitude du quai d’Orsay, de l’AFP (et autres basses-cours) envers Israël a une généalogie. Israël peut être critiqué — comme peut l’être tout État et ses gouvernements — mais pas de la sorte, à coup de propos lourds de sous-entendus, propos qui ont une généalogie, je le répète.

 

LE "QUAI D'ORSAY"Le Quai d’Orsay (métonymie pour « ministère des Affaires étrangères »), un somptueux repaire antisioniste. 

 

Mot à un blogueur : « J’ai lu votre article avec plaisir ; il appelle toutefois une mise en perspective historique que Michel Dreyfus trace dans un livre pionnier : ‟L’antisémitisme à gauche – Histoire d’un paradoxe, de 1830 à nos jours”. A ce propos, je me permets une critique (amicale) : Vous passez un peu vite sur le basculement qui s’est opéré après la guerre des Six Jours (1967) dans l’opinion publique française (pour ce citer qu’elle), une guerre qui fit passer les Juifs du statut de victime au statut de vainqueur — ou à celui de bourreau si vous préférez, les ‟Palestiniens” devenant LEURS victimes. Or, vous savez mieux que moi que si le Juif faible est à l’occasion plaint et cajolé, le Juif fort occasionne volontiers de l’urticaire, parfois même de l’hyper-acidité gastrique et pire sur de nombreux organismes. Les déclarations d’Alain Soral et de son compère M’Balala M’Balala ont une généalogie, à gauche notamment. Si vous lisez le livre ci-dessus mentionné, vous verrez que des eaux sales venues de diverses canalisations confluent dans un grand égout central, à divers moments de l’histoire et aujourd’hui.

L’antisémitisme et l’antisionisme se superposent presque parfaitement ; je dis « presque » car je mets à part certains groupes comme ces Juifs ‟orthodoxes” (je n’aime guère cette dénomination fourre-tout, trop commode, c’est pourquoi je place des guillemets) qui vitupèrent contre Israël au nom de je ne sais quelle orthodoxie, de je ne sais quel messianisme. Il y a aussi les antisémites-sionistes qui jugent que les Juifs sont un peu trop présents et qu’ils doivent rentrer chez eux, en Israël. J’ai pu relever chez eux les trois traits suivants (il y en d’autres moins marqués) : 1 – Les Juifs ont un pays à défendre, avec ses frontières ; à présent, ils nous ressemblent. 2 – Une admiration clairement exprimée pour Tsahal. 3 – Une détestation des Arabes et une secrète jubilation lorsqu’Israël leur rend les coups. Bref, pour ces antisémites-sionistes, le Juif de la diaspora converti en israélien devient respectable, digne d’admiration même. Les antisémites-sionistes constituent une catégorie, avec ses nuances. Il me semble (et j’en suis même certain) qu’ils sont de moins en moins nombreux. La détestation d’Israël emporte tout, comme un tsunami.

Vous écrivez : ‟Si on s’exprime, en tant que non-juif, est-ce qu’on n’est pas toujours susceptible de dire ce qu’il ne fallait pas ? Faut-il plus de tabou, de politiquement correct ? Je n’ai pas envie de me perdre dans des excès d’égards comme cela m’arrive avec les handicapés et dont je me dis qu’ils perçoivent le malaise, et que c’est pire que tout.” Don’t worry. Quand on aime une culture et un peuple, on peut y avancer sans crainte ; et la maladresse est vite pardonnée. Le politiquement correct n’est qu’un outil manipulé par les pouvoirs pour nous contraindre à marcher au pas. C’est un truc à l’usage du troupeau. Il ne s’agit pas de vouloir choquer, pas plus qu’il ne s’agit de vouloir être politiquement correct.

Ce qui m’a toujours fasciné dans le judaïsme, c’est qu’il m’apparaît plus comme une école de pensée que comme une religion. Je me répète, je le sais. J’ai souvent trouvé des réponses à mes questions — de fait, ces réponses amplifient et réorientent mes questions — en lisant des rabbins. Les Juifs m’aident à vivre, je ne sais pourquoi, car leur fréquentation n’est pas toujours reposante — ai-je gaffé ?

Un mot suite à l’attentat contre le Musée juif de Bruxelles. La communauté marocaine en Belgique est particulièrement importante, de même en Espagne où cette communauté ne cesse d’augmenter. Au sein de ces communautés, des noyaux se radicalisent sur fond de conflits, le syrien particulièrement. Ils bénéficient d’une relative tolérance pour ne pas dire complicité de la part de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche (voir le député belge Laurent Louis), le tout reposant sur un antisémitisme venu de loin et bien européen, bien chrétien.

L’antisioniste s’est fait le porte-parole des ‟damnés de la terre”, le Palestinien a remplacé le Prolétaire. On n’insistera jamais assez sur ce point. Un Juif antisioniste sera accepté voire porté aux nues par les médias ; un Juif sioniste sera précipité dans la Géhenne.

Renaud Girard est l’un des rares analystes politiques français qui ne se laisse pas aller à des sous-entendus diversement puants lorsqu’il est question d’Israël. L’article suivant contient d’intéressantes propositions :

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2014/07/04/31002-20140704ARTFIG00215-califat-irakien-le-reve-de-l-oumma-est-il-realiste.php

 

Olivier Ypsilantis 

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