Quelques réflexions 2/3

 

■ Le négationnisme est l’une des armes, non des moindres, pour attaquer Israël et, plus généralement, les Juifs. Une fois encore, Israël n’est pas le produit de la Shoah. La Shoah n’a produit que des cendres.

 

■ Le déni d’Israël emprunte des voies bien connues. L’une des plus empruntées refuse d’envisager les Juifs comme un peuple les considérant comme les simples tenants d’une religion. Étrange attitude qui simplifie d’un coup une histoire extraordinairement ancienne, complexe et d’une richesse tout simplement incomparable. De fait, l’histoire du peuple juif — j’ai dit du PEUPLE JUIF — est si riche qu’elle ne peut qu’effrayer les esprits paresseux. Elle les irrite même, alors ils simplifient ; de ce point de vue, le livre de Shlomo Sand, «Comment le peuple juif fut inventé», tombe à propos. Il est leur grimoire, un livre de magie destiné à éloigner le questionnement. Il rejoint les théories conspirationnistes qui, elles aussi, «expliquent» en taillant à coups de hachoirs dans l’infinie complexité du monde. Les auteurs de tels livres (parmi lesquels «The International Jew» d’Henry Ford, l’un des livres de chevet de Hitler) enfourchent le présupposé et galopent à bride abattue, entraînant avec eux les paumés.

 

Un dessin de Placide 

http://www.leplacide.com/document/06-12-14-Mahmoud Ahmadinejad.jpg

 

■ En lisant Pierre-André Taguieff, une remarque m’a frappé de plein fouet car je la porte en moi depuis longtemps : «Je fais l’hypothèse que la judéophobie antique aurait pu prendre la figure d’une xénophobie parmi d’autres si elle n’avait pas été intégrée et reformulée dans la doctrine chrétienne qui lui a donné une assise théologique et, sous cette forme élaborée, lui a permis de se diffuser universellement». La centralité d’Israël pour les Chrétiens (qui se voulaient Verus Israel) a permis de placer dans une centrifugeuse les accusations contre le peuple juif et le judaïsme et de les faire tourner à des vitesses variables. Le monde moderne — post-chrétien — a repris le flambeau. Depuis le XVIIIe siècle, les formes sécularisées de judéophobie proposent gratuitement aux foules des spectacles de son et lumière. Les nationalistes ont accusé les Juifs d’être des sans-nation. Les socialistes les accusent à présent d’être des nationalistes — sionistes —, à l’heure du on-se-tient-tous-chaud et du touche-pas-à-mon-pote. Le Juif fut un scandale pour les Chrétiens ; Israël est un scandale pour les socialistes. Un populisme misérabiliste, très vivace en France, active l’antisionisme qui se confond volontiers avec l’anti-américanisme. Hier, le nationalisme dénonçait le Juif. Aujourd’hui, l’internationalisme (ou l’alter-mondialisme) dénonce Israël et les sionistes — en ignorant généralement tout de l’histoire du sionisme. Mais qu’importe ! Ces hyper-moraux, orphelins du marxisme, peuvent se passer de l’étude et de la connaissance, précisément parce qu’ils sont hyper-moraux…

 

■ J’écouterais volontiers les «amis» des Palestiniens s’ils considéraient en toute sincérité que leurs protégés étaient véritablement «le peuple en danger», que Gaza était Auschwitz, etc. Je les écouterais s’ils s’émouvaient pareillement avec les Karens, les Tibétains, les Kurdes, les Sahraouis et j’en passe. Mais rien ! Alors je me dis que quelque chose ne va pas, que cette «compassion» cache quelque chose et qu’il me faut enquêter. Dois-je le dire ? Les «amis» des Palestiniens me sont décidément suspects, de plus en plus suspects. Je m’efforce de les passer aux rayons X. Lorsque je dis que je m’efforce de passer aux rayons X les «amis» des Palestiniens, je ne sous-entends pas que les Palestiniens aient tous les torts et que tous ceux qui défendent leur cause soient suspects. Je laisse simplement entendre, et sans détour, qu’il y a trop d’individus qui ne sont leurs «amis» que parce que ceux qui les «martyrisent» sont DES JUIFS. Je ne reviendrai pas là-dessus et, en toute modestie, je suis à ce sujet riche d’une assez lourde expérience que j’analyse scrupuleusement et dont je ne ferai fi en aucun cas. Israël est devenu le mode d’expression favori des antisémites introvertis, ceux qui n’osent plus dire ouvertement leur antisémitisme comme «au bon vieux temps». Car vous n’êtes pas sans savoir que l’antisémitisme a ses Introvertis et ses Extravertis. Parmi ces derniers, les nostalgiques de la croix gammée. Je le redis, je n’accepte l’imprécation ou la complainte pro-palestinienne que si l’individu qui l’exprime porte une même compassion à d’autres causes — autrement dramatiques. Si tel n’est pas le cas, ce dernier ne trouvera en moi qu’indifférence voire du mépris.

 

■ Réponse à un intervenant sur «L’avis sauve» : «Concernant la thèse de Shlomo Sand, il vous faudrait lire l’article de Mireille Hadas-Lebel publié dans le n° 128 (hiver 2009-2010) de la revue «Commentaire», sous le titre : «Le peuple juif est-il une invention ? Beaucoup de bruit pour peu de chose». Cette lecture devrait vous inciter à la réflexion, vous aider à rompre la laisse que tient fermement votre maître Shlomo Sand.»

 

■ On peut résumer ainsi la thèse de Shlomo Sand (Shlomo Quicksand de son vrai nom ?) : il n’y a pas de peuple juif mais seulement une «civilisation religieuse». Les historiens du XIXe siècle ont fait de cette histoire religieuse une histoire nationale dont les sionistes se sont emparés pour justifier la création d’un État juif. Shlomo Quicksand a édifié toute sa thèse sur ce présupposé.

 

■ L’histoire nationale juive existait pourtant bien avant le XIXe siècle, le siècle des nationalismes. De nombreux écrits juifs ont posé, il y a bien des siècles, non seulement des questions théologiques mais aussi politiques, nationales. Les Juifs du XIIe siècle (le siècle de Maïmonide) s’éprouvaient comme un groupe national. Shlomo Quicksand est ignorant (ou feint de l’être) de l’histoire du judaïsme. Il travaille avec une idée préconçue non pas en historien mais en publiciste, en propagandiste. Son livre «Comment le peuple juif fut inventé» est truffé d’erreurs et d’à-peu-près que le non-spécialiste que je suis peut aisément déceler. Je n’en citerai qu’une. Les Romains n’ont pas conduit une «répression religieuse» (en 70 et 135) mais l’éradication des éléments nationaux. C’est simple : les Romains se contrefichaient de la religion des autres aussi longtemps qu’elle ne portait pas atteinte à la paix civile, à la pax romana.

 

■ Autre idée à combattre. L’idée d’un peuple «racialement pur» (descendant en ligne directe des tribus d’Israël) est étrangère — radicalement étrangère — aux Juifs et à la religion juive. Les Juifs sont les dépositaires de la Tora qui invite l’humanité, fraternellement. Et, pour votre méditation, je me permets de mettre en lien un document que vous connaissez peut-être, un document qui m’a été communiqué par une amie et qui l’air de rien désigne ce qui m’apparaît comme le cœur du judaïsme :

http://www.youtube.com/watch?v=GDCcF883_vY

 

■ Et j’en viens à la conversion des Khazars que des sites et des blogs révisionnistes et négationnistes, antisémites et antisionistes (je m’abstiens de les nommer pour ne pas leur faire de publicité) agitent afin de «prouver» que le peuple juif a bien été inventé. Il y a dans l’immensité de la généalogie juive de nombreux convertis, de très nombreux convertis. Et alors ? Shlomo Quicksand n’épate que ceux qui veulent bien l’être : il ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes tout en pédalant dans la choucroute, ce qui constitue en soi une sorte d’exploit. Juda Halévi m’est familier et, de ce fait, les Khazars me le sont. Rien de bien extraordinaire : j’ai vécu à Cordoue. L’histoire des Khazars a été d’emblée assimilée par les Juifs de toutes obédiences.

 

■ Jérusalem est un lieu central pour les Juifs depuis l’aube des temps, si vous me permettez l’expression. Les sionistes n’ont de ce point de vue rien ajouté. Shlomo Quicksand n’est qu’un historien débraillé, un propagandiste. Je suis convaincu que ses éditeurs flairaient un coup publicitaire : flatter un vaste public. Concernant Shlomo Quicksand, l’historien Alain Michel écrit : «Ancien du Matspen (Organisation socialiste en Israël) des années 1970, le seul parti israélien dont des membres ont fait de l’espionnage  pour le compte de la Syrie, rattaché depuis longtemps aux milieux de l’ultra-gauche, «nouvel historien» post-sioniste, il fait partie de ces historiens pour lesquels les affirmations idéologiques sont plus importantes que les faits objectifs, d’où cette facilité à traiter de sujets que l’on ne connaît que superficiellement.»

 

■ Curieux tout de même cet empressement que les antisémites/antisionistes mettent à vous servir que les Juifs ne sont pas des Juifs — qu’ils sont une invention —, sous le prétexte que leurs ancêtres seraient les Khazars (rien que les Khazars) et en aucun cas les tribus d’Israël. Les origines «raciales» du peuple juif sont multiples, avec ces conversions tout au long d’une histoire planétaire exceptionnellement longue. Et il me semble que la spiritualité juive ne patauge pas trop dans la génétique qui, de ce point de vue, est plutôt l’affaire de leurs pires ennemis, obsédés par le «gène juif». Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, des Juifs  échappèrent à la mort après avoir fait admettre qu’ils étaient des descendants de Khazars — de convertis donc — et en rien des Sémites, descendants des tribus d’Israël. L’histoire des Krimchaks est éloquente. Elle doit être mise en rapport avec celle des Caraïtes. L’intervenant qui a trouvé son maître en la personne de Shlomo Sand devrait commencer par étudier certains rapports du père Patrick Desbois et certains écrits d’Emanuela Trevisan-Semi, notamment «L’oscillation ethnique : le cas des Caraïtes pendant la Seconde Guerre mondiale». Ci-joint, un excellent lien pour non-spécialistes (dont je suis) sur l’histoire des Khazars avec d’autres liens en bas de page, notamment : «Les ethnies marginales du judaïsme» :

www.khazaria.com/francais/histoire-khazars.html

Je le redis, Shlomo Sand n’a jamais fait qu’enfoncer des portes ouvertes. Une question  : avait-il prévu son succès ?

 

■ Les nazis voulurent éradiquer les Juifs au nom de la Race. L’expression Rassenschande résume leur mentalité. A présent, on veut éradiquer le sionisme en refusant aux Juifs le statut de PEUPLE. Il faudra décidément travailler à un «Comment fut inventé ‘‘Comment le peuple juif fut inventé’’».

 

■ Léon Poliakov dans un entretien avec Élizabeth Weber : «L’histoire des Juifs paraissant unique en son genre, j’ai cherché des cas parallèles, et j’en ai trouvé un de très singulier et très peu connu sur lequel j’ai publié un livre («L’Épopée des vieux-croyants : une histoire de la Russie authentique») : c’est le cas des Altgläubige, des vieux-croyants russes, dont on ignore totalement quel rôle prodigieux ils ont joué dans l’histoire mondiale. Comme tant d’autres groupes persécutés, ils se sont spécialisés dans les finances et le commerce. Comparés à la majeure partie des entreprises russes (il y avait beaucoup d’étrangers aussi, mais limitons-nous ici aux Russes russes), ils étaient beaucoup plus dynamiques que les Russes orthodoxes et, l’antique rancune aidant, ils ont contribué de bien des façons à la victoire de Lénine, qui était soutenu financièrement par le plus riche d’entre eux, Savva Morosov. On peut donc plaider raisonnablement que, sans le rôle qu’ils ont joué, le cours de l’histoire mondiale aurait été différent.»

(à suivre)

Posted in Bac à sable | Tagged , , , , | Leave a comment

Quelques réflexions 1/3


■ Il y a une erreur (un à-peu-près) qui distord les regards sur Israël. Cette erreur (cet à-peu-près) est, me semble-t-il, plus volontiers le fait de l’ignorance que de la mauvaise foi. L’État d’Israël n’est pas né de la Shoah… car rien ne saurait naître de la Shoah. L’État d’Israël n’est pas un cadeau donné aux Juifs en compensation… car rien ne saurait compenser la Shoah. Georges Bensoussan dénonce le lien de causalité entre Shoah et État d’Israël : «Si l’État d’Israël est fondé en 1948, c’est une conséquence directe de la Shoah ; et on évoque la mauvaise conscience du monde occidental, en 1945. Il me semble que ce raisonnement est totalement à revoir car, si vérité historique il y a, c’est plutôt l’inverse. La Shoah a cassé profondément le sionisme ; elle l’a cassé moralement, politiquement, démographiquement. Moralement, elle l’a cassé car le Yishouv (la communauté juive de Palestine) a été incapable de porter secours aux Juifs d’Europe. Comment l’aurait-il pu ? Aujourd’hui, la culpabilisation induite par le livre de Tom Segev est presque risible : ces 600.000 Juifs qui craignaient pour leur propre vie face aux armées de Rommel qui se trouvaient tout près du Caire, que pouvaient-ils faire pour aller aider les communautés en Europe?» Le lien de causalité entre la Shoah et l’État d’Israël doit donc être envisagé avec la plus grande prudence ; il doit être non pas éradiqué mais nuancé, singulièrement nuancé.

 

 

 

▪ L’engagement du Grand Mufti de Jérusalem (le principal leader palestinien d’alors) a été autant que possible poussé de côté par cynisme. Il n’en fut pas moins un partisan de la «Solution finale à la question juive» (Endlösung der Judenfrage). En 1940, il sollicita l’Axe afin qu’il règle la question juive en Palestine. En 1943, il demanda que les Juifs soient envoyés en Pologne afin qu’on se protège d’eux… Ce personnage promu Grand Mufti par les Anglais (qui pensaient ainsi le tenir en laisse) encouragea toujours plus les violences en leur donnant un caractère de guerre sainte, et ce dès les années 1920 : pogroms à Hébron (le 23 août 1929), à Safed (la ville bleue des kabbalistes) et j’en passe. Il ne s’agissait pas de délimiter un futur État palestinien mais de s’opposer par la terreur à toute entité juive en Palestine.

 

▪ Les Palestiniens ont structuré avant l’heure, dès 1945/1948, la thèse révisionniste/ négationniste. Ainsi, dès 1946, ils laissèrent entendre que la Shoah n’était qu’une ruse de la propagande. Ils comprirent sans tarder les avantages qu’ils pouvaient retirer de la compétition victimaire dont ils avaient posé les règles. La culture musulmane qui n’a jamais présenté le Juif (ou le Chrétien) que comme un falsificateur (falsificateur de la parole de Dieu, pour commencer) allait fournir une énergie infinie à cette entreprise mentale. [Agressivité/Victimisation] est le binôme mental qui active les Palestiniensune mécanique solide et rustique, solide parce que rustique. Il faut y prendre garde, d’autant plus que nombre de paumés en mal de cause, paumés de diverses obédiences, lui servent de caisse de résonance.

 

▪ Avec ce projet  unilatéral d’État palestinien, il est beaucoup question de Mahmoud Abbas (alias Abou Mazen), auteur d’une «thèse de doctorat» — et mettons des guillemets à ce salmigondis fait de présupposés, à ce pur produit de propagande. Le point fort de cette thèse est que les sionistes ont collaboré avec les nazis dans le but de liquider les Juifs opposés au sionisme et d’obtenir en retour le droit pour les autres Juifs d’émigrer en Palestine.

 

■ L’activation de la cause palestinienne, chez nous en Europe, a de nombreuses racines qui plongent dans la psychologie des profondeurs et traversent des strates riches en vestiges archéologiques. Fouillez et vous découvrirez entre autres choses que l’Europe s’efforce de guérir du «devoir de mémoire» en utilisant toutes sortes de subterfuges. L’affaire al-Durah (un montage, on le sait) trouve là son explication : l’image de l’enfant palestinien «assassiné par les Juifs» rééquilibre — efface même — celle des enfants juifs assassinés dans le cadre de la Solution finale. La Shoah n’appartient pas au passé, elle nous précède. Peu le savent.

 

■ Le Juif faible attire éventuellement la compassion. Le Juif fort (l’Israélien) perturbe bien des schémas mentaux. Pourquoi ? Cherchez, cher lecteur, cherchez ! Vous trouverez, si vous ne vous êtes pas laissé étourdir par le tintamarre médiatique — mais c’est merdiatique qu’il me faudrait écrire.

 

■ Mahmoud Abbas, l’architecte des accords d’Oslo, a exprimé l’espoir qu’Israël soit détruit au profit de «la Palestine démocratique». Il le dit moins à présent, adoptant une stratégie plus discrète. Nous n’en avons pas fini avec les accords d’Oslo. On en avait pourtant presque fini avec Yasser Arafat dont l’appareil militaire avait été détruit au cours de la guerre du Liban, en 1982. François Mitterrand (cet autre maître en duplicité) avait jugé bon d’envoyer ses soldats afin de protéger le dirigeant palestinien puis de le convoyer, lui et ce qu’il restait de ses partisans, vers la Tunisie. Shmuel Trigano écrit : «Oslo est allé chercher Arafat dans son repli tunisois pour lui remettre des territoires de la plus haute importance stratégique et symbolique, autoriser cinq mille terroristes à s’y installer sous le signe illusoire d’une hypothétique police palestinienne, sous la direction de l’OLP, responsable de dizaines d’années d’actes de terreur anti-juifs et inventeur des formes contemporaines du terrorisme médiatique, leur donner enfin des armes de Tsahal pour s’armer. Et cela sans aucune contrepartie concrète de l’OLP si ce n’est de vagues promesses ou des discours trompeurs, au point qu’Israël s’est vu réduit à quémander du bon vouloir d’un dictateur une reconnaissance de son existence et de sa légitimité.»

 

■ Dans son article «L’antisionisme, un antisémitisme ‘‘politiquement correct’’», Georges-Elia Sarfati note qu’à aucun moment les médias occidentaux, notamment français, n’ont publié l’intégralité de la Charte de l’OLP ; toujours en vigueur, elle constitue pourtant la référence cardinale de toutes les chartes définies par les autres mouvances du nationalisme palestinien, y compris les plus radicales. Georges-Elia Sarfati donne une analyse exhaustive de cette Charte dans un livre que je recommande, une fois encore, «L’antisionisme, Israël/Palestine aux miroirs d’Occident».

 

■ «Actuellement, on peut dire que la greffe occidentale a très mal pris chez les peuples arabes ; et la seule chose qui ait bien pris, c’est l’antisémitisme et, plus précisément, les ‘‘Protocoles des sages de Sion’’» confie Léon Poliakov dans un entretien avec Élizabeth Weber. C’est ce que je ne cesse de dire lorsque j’écris que les Arabes «viennent faire leurs courses chez nous», chez nous où l’antisémitisme a mobilisé nombre de «penseurs» et de «théoriciens», depuis fort longtemps.

 

■ Quelques semaines avant le 22 juillet 2011, je m’étais entretenu avec un voisin marocain sur l’état d’une Europe ébranlée par une crise économique et sociale dont nous commençons tout juste à goûter les délices, une Europe soumise à une crise structurelle annonciatrice des pires dangers. Je lui avais dit, grosso modo, que dans peu de temps une attaque pourrait viser des Musulmans et qu’elle serait probablement le fait d’un individu isolé ou d’un groupe réduit et sans ramification. Le 22 juillet 2011, cette conversation m’est revenue en apprenant les deux attaques conduites par Anders Breivik. Certes, elles ne visaient pas explicitement des Musulmans mais un Parti (au pouvoir) et des sympathisants de ce Parti dont les dadas sont la cause palestinienne, le blocus de Gaza et le multiculturalisme. J’ai cru comprendre que nombre d’entre eux se rêvaient héros à bord d’une «flottille de la Liberté». Ces attaques n’ont pas fait de victimes musulmanes mais elles visaient implicitement les Musulmans. Elles ont été conduites par un individu isolé qui avait eu des contacts avec un petit groupe idéologique, un individu dont les qualités d’organisation et de sang-froid laissent pantois. Il y aura un avant et un après 22 juillet 2011 comme il y a un avant et un après 11 septembre 2001. D’autres individus isolés, préparés idéologiquement, méthodiques et non soumis à l’émotion (elle impose son désordre) vont sans doute suivre l’exemple d’Anders Breivik. Mais cette fois, ce sera contre un groupe de Musulmans. Et pourquoi pas contre une mosquée ?

 

■ A méditer. Pierre-André Taguieff dans une entrevue avec Victor Malka : «Je fais l’hypothèse que la judéophobie antique aurait pu prendre la figure d’une xénophobie parmi d’autres si elle n’avait pas été intégrée et reformulée dans la doctrine chrétienne qui lui a donné une assise théologique et, sous cette forme élaborée, lui a permis de se diffuser universellement.»

 

■ A méditer également : «Si les Palestiniens déposaient les armes, il n’y aurait plus de conflit. Si les Israéliens déposaient les armes, il n’y aurait plus d’Israël.»

 

■ Ci-joint, un lien que je juge fondamental : «Donner une chance à la paix» sur YouTube : http://www.youtube.com/watch?v=jiI9wnoBSKc

 

■ Hier, les Juifs étaient qualifiés d’Orientaux et de «sans patrie» par les nationalismes occidentaux. Aujourd’hui, ils sont qualifiés d’Occidentaux auxquels on reproche d’avoir fondé une nation, Israël. Les Juifs étaient attaqués au nom du nationalisme ; ils sont désormais attaqués au nom de l’internationalisme (ou de l’alter-mondialisme). Ils étaient attaqués au nom du racisme ; ils sont attaqués au nom de l’antiracisme. Ils étaient attaqués au nom du christianisme ; ils sont attaqués au nom de l’islam.

 

■ En lien, un article de Raphaël Draï : «Veut-on la mort de l’État d’Israël ?», un article dont j’ai eu connaissance par Menahem Macina (www.Defriefing.org) :

http://www.debriefing.org/30803.html

 

■ Le 20 janvier 1969, Maxime Alexandre note dans son «Journal 1951-1975» : «Le télégramme du représentant actuel du catholicisme au Président libanais, après un raid de représailles israélien, me reste sur l’estomac. Ne parlons pas de la réaction du Grand Totem ! Paul VI se montre aussi antisémite que Pie XII. D’ailleurs, seuls les génies et les saints sont exempts d’antisémitisme.»

 

■ Emmanuel Levinas dans un entretien avec Élizabeth Weber : «Il y a aussi un autre cheminement dans ma pensée : s’apercevoir que l’humanité de l’homme ne se réduit pas à la liberté qui se manifeste dans le politique, mais signifie bonté, la possibilité de ce que l’écrivain Vassili Grossman appelle «la petite bonté» dans ce livre que je trouve fondamental, «Vie et Destin». C’est une bonté qui n’arrive pas à vaincre le mal, mais que le mal n’arrive pas à faire oublier, à vaincre non plus. C’est là, si on peut dire, que mène la réflexion sur le national-socialisme.»

(à suivre)  

 

Posted in Bac à sable | Tagged , , , , , , , | Leave a comment

Archéologie de l’antisémitisme 2/2

 

C’est donc la victime souffrante qui est reconnue dans le corps du peuple de la Shoa, le corps mort. Pas la personne juive ni le sujet historique. L’identité se voit, paradoxalement, rejetée sur le Juif, obstacle à l’universalité, et non sur l’Occident décliné dans toutes ses nations, identifié ethnocentriquement à l’universel. L’Europe unie vient aujourd’hui majorer cette illusion en lui donnant une nouvelle forme. De la même façon, le ‟Ni Juif, ni Grec” de Paul signifiait prosaïquement autrefois qu’il fallait devenir ‟romain”, comme si l’Empire romain incarnait à ce point ‟l’universel” qu’il n’avait plus d’identité !” Shmuel Trigano

 

Les Chrétiens ont longtemps pensé que lorsque les Juifs lisaient leurs Écritures, ils lisaient les Écritures chrétiennes, mais sans le savoir, en aveugles. Les Juifs n’étaient dignes d’intérêt que dans la mesure où ils témoignaient (bien malgré eux) de la valeur du christianisme. La doctrine augustinienne du ‟peuple témoin” a marqué et marque encore l’attitude de l’Église, dans une moindre mesure il et vrai.

 

Saint Augustin par Sandro Botticelli (1479)

 

L’attitude de saint Augustin envers le judaïsme a toutefois eu un aspect positif pour la vie juive, ainsi que le remarque Assaf Sagiv, puisqu’elle incita les Chrétiens à laisser les Juifs mener leur existence à part, sans leur chercher querelle. On peut dire sans vraiment forcer la note que saint Augustin regardait le peuple juif avec le respect dû à de prestigieux vestiges archéologiques ou, si vous préférez, à de grands ancêtres devenus aveugles mais dignes de notre respect car étant précisément nos ancêtres. La doctrine augustinienne de ‟peuple témoin” peut irriter, avec la condescendance qu’elle suppose, elle fut néanmoins une barrière protectrice pour le peuple juif. Saint Augustin est catégorique : le peuple juif doit être respecté, il témoigne. L’immense influence de sa doctrine n’empêcha pas maintes violences chrétiennes envers les Juifs ; mais elle empêcha probablement l’émergence d’une politique officielle d’annihilation du peuple juif conduite à l’ombre de la Croix. Assaf Sagiv note que lorsque les Juifs étaient chassés d’un pays de la chrétienté, ils trouvaient refuge dans un autre pays de la chrétienté. A ce propos, on oublie volontiers que les expulsions des Juifs d’Espagne (1492) puis du Portugal (1496) furent précédées d’autres expulsions, du royaume de France, par exemple, en 1306, sous Philippe IV, puis en 1394, sous Charles VI. La plupart des quelque cent mille Juifs expulsés sous Philippe IV partirent vers la Péninsule ibérique. Nombre d’entre eux s’installèrent dans les régions limitrophes (comme la Navarre ou l’Aragon) au cas où il leur serait permis de revenir en France.

 

Venons-en au troisième paradigme. Après l’hellénisme et le christianisme, les Lumières, un mouvement libérateur certes ; mais, ainsi que je l’ai écrit, les Lumières eurent leur part d’ombre. Voltaire le pourfendeur de préjugés en trimbalait pourtant et des lourds, notamment au sujet des Juifs. Je ne vais pas recenser ses propos particulièrement négatifs à leur sujet, ils sont bien trop nombreux. On sait par exemple qu’il les désignait comme les responsables de leurs propres malheurs. Et je pourrais citer d’autres illustres représentants des Lumières, parmi lesquels Diderot et d’Holbach. Il faut lire à ce propos ‟Roots of Hate : Antisemitism in Europe Before the Holocaust” de William I. Brustein. Kant exhorta les Juifs à se convertir au christianisme et à se montrer pleinement dignes des droits civils en hâtant l’euthanasie du judaïsme (Die Euthanasie des Judentums), ainsi qu’il l’écrit dans son dernier livre (publié en 1798), ‟Le conflit des facultés” (‟Der Streit der Fakultäten”).

 

L’antisémitisme n’a pas été une réaction aux Lumières, un réflexe réactionnaire pour reprendre un certain jargon, il est intrinsèque à ce troisième paradigme, à ce nouvel universalisme, les Lumières. Oui, les Lumières contenaient une singulière part d’ombre ! Je l’ai toujours pressenti et l’étude me le confirme. Arthur Hertzberg écrit dans ‟The French Enlightenment and the Jews: The Origins of Modern Antisemitism” : ‟Modern, secular, antisemitism was fashioned not as a reaction to the Enlightenment and the [French] Revolution, but within the Enlightenment and Revolution themselves.”

 

Cet antijudaïsme-antisémitisme est bien l’une des parts d’ombre des Lumières. L’épouvante nazie a (presque) fait oublier que tout au long du XIXe siècle des idéologues de gauche ont accusé les Juifs de bien des maux. Ci-joint, un blog qui répertorie les écrits antisémites de Charles Fourier :

http://charles-fourier-et-les-juifs.blogspot.com.es/

 

Le cas de Karl Marx est plus complexe. Je conseille à ce propos l’excellente étude de Francis Kaplan, ‟Marx antisémite ?” Et Pierre-Joseph Proudhon ? Jean Jaurès qui a ses rues en Israël (notamment à Tel Aviv) et qui lutta pour la réhabilitation de Dreyfus ne fut pas toujours un philosémite convaincu. En 1895, l’année même où Dreyfus fut accusé de trahison, il publia un article dans ‟La Dépêche du Midi” où il se disait heureux de l’hostilité croissante des Algériens envers les Juifs d’Algérie qu’il accusait de spolier les Arabes.

 

Le ‟nouvel antisémitisme” a emprunté une voie pavée par ces trois paradigmes : l’hellénisme, le catholicisme et la modernité (les Lumières). Toutefois, à leur différence, il ne tend pas vers une abolition des particularismes au nom de l’Homme, de l’Humanité et tutti quanti. Non, le ‟nouvel antisémitisme” est postmoderne, il tend vers l’effacement de tout particularisme ethnique ou national, avec reconnaissance de l’Autre avec un grand A. Autrement dit, plutôt que d’en finir avec les particularismes, cette posture les encourage, ce qui est une autre histoire…

 

Mais alors, comment une idéologie qui prône à grands cris la tolérance — le nous-sommes-tous-frères — peut-elle faire preuve d’intolérance et conspuer l’État d’Israël ? Cette idéologie dénonce ce pays au nom de l’anti-apartheid (sic), dénonce un État supposé nier radicalement les droits des citoyens non-Juifs, sans même parler des millions de Palestiniens de Judée, de Samarie et de Gaza. Mais l’antisionisme qui a le goût de la posture morale cache (sans toujours en avoir clairement conscience) une animosité plus vaste dirigée contre les Juifs en général — contre le peuple juif — ainsi que le montre Robert S. Wistrich. Il pointe du doigt les antisionistes d’extrême-gauche qui rêvent d’un monde Judenstaatrein, ainsi qu’il l’écrit dans ‟European Antisemitism Reinvents Itself”. Ci-joint, un lien intitulé ‟Anti-Zionism and Anti-Semitism” :

http://www.jcpa.org/phas/phas-wistrich-f04.htm

 

Parmi ces radicaux post-modernes, on trouve un certain nombre de Juifs. Au nom de l’universalisme dont ces derniers sont censés être les porteurs, ils vilipendent Israël et refusent au peuple juif ce qu’ils ne refusent pas aux autres peuples. J’aime la sévérité avec la famille mais il me semble ces Juifs dépassent les limites et que leur zèle met en danger une communauté toujours menacée.

 

Dans ‟La concurrence des victimes : génocide, identité, reconnaissance”, le sociologue Jean-Michel Chaumont pointe cette concurrence victimaire qui ne peut que faire penser aux insanités de José Saramago, complaisamment relayées par ‟El País”, grand quotidien espagnol de centre-gauche. A en croire le prix Nobel de littérature 1998, les Juifs sont éduqués dans l’idée que les souffrances des autres (en particulier celles des Palestiniens) ne sont pas grand chose en regard de leurs propres souffrances. Bref, toujours selon ce monsieur, les Juifs ne cesseraient de gratter leurs plaies afin de les maintenir purulentes et les exhiber à la face du monde. Je ne connais pas d’affirmation plus vulgaire.

 

Dans les années 1960, la pensée juive a bénéficié d’un certain engouement. On se souvient du célèbre ‟Nous somme tous des Juifs allemands” en soutien à Dany le Rouge. Cet engouement fit perdre aux Juifs leur réalité. Ils devinrent un archétype — comme le Juif errant. Dans ‟Heidegger et «les juifs»” de Jean-François Lyotard, le mot ‟juif” est écrit avec une minuscule ; il est sans spécificité, exit le peuple juif ; il représente tous les dépossédés, où qu’ils soient.

 

L’État d’Israël perturbe cette opération qui consiste à vider le mot ‟juif” de sa substance. On voulait que ‟le Juif” soit le cosmopolite par excellence ; c’était chic, c’était tendance. Mais le sionisme et la création de l’État d’Israël bouleversent certaines catégories mentales. Le déraciné prend racine et la morale post-moderne en perd son latin. Je pourrais à ce propos citer des pages des ‟Frontières d’Auschwitz” de Shmuel Trigano. Nombreux furent ceux qui en vinrent à penser que l’État d’Israël ne pouvait être juif dans son essence tellement était archétypale leur vision du Juif ; et ils déclarèrent traître le Juif, traître… à l’image qu’ils en avaient. Parmi ces juges implacables, des Juifs.

 

Je cède la parole à Alain Finkielkraut : ‟Ce dont les Juifs ont à répondre désormais, ce n’est pas de la corruption de l’identité française, c’est du martyre qu’ils infligent, ou laissent infliger en leur nom, à l’altérité palestinienne. On ne dénonce plus leur vocation cosmopolite, on l’exalte, au contraire, et, avec une véhémence navrée, on leur reproche de la trahir. On fait valoir nostalgiquement que la judéité n’est plus ce qu’elle était, à l’admirable exception de quelques justes, de quelques dissidents, de quelques prophètes obstinés qui ne se laissent pas intimider et qui, prenant tous les risques, osent penser comme on pense. Loin de mettre en cause l’inquiétante étrangeté des Juifs, on leur en veut de nous rejoindre au moment où nous nous quittons, on se désole de leur assimilation à contretemps et du chassé-croisée qui les fait tomber dans l’idolâtrie et la sanctification du Lieu quand le monde éclairé se convertit en masse au transfrontiérisme et à l’errance ; on n’accuse pas ces nomades invétérés de conspirer au déracinement de l’Europe, on déplore que ces tard-venus de l’autochtonie aient régressé au stade où étaient les Européens avant que le remords ne ronge leur ego et ne les contraigne à placer les principes universels au-dessus des souverainetés territoriales.”

 

Ce désir de convertir l’image séculaire du Juif, soucieux de son particularisme, en un modèle amélioré qui ‟transcende” les frontières et les communautés est l’un des courants du nouvel antisémitisme. La victime universelle exige l’annihilation, physique ou symbolique, de la victime particulière. La souffrance d’un peuple, le peuple juif en l’occurrence, doit s’effacer devant la souffrance de l’humanité, la souffrance en général. Ce nouvel antisémitisme ainsi paré aux couleurs de l’universel exerce un puissant attrait sur les bonnes âmes — y compris sur certains Juifs, redisons-le.

 

Posted in JUDAISME-CHRISTIANISME, le débat | Tagged , , , , , , , , | 1 Comment

Archéologie de l’antisémitisme 1/2


Peut-être — effrayante hypothèse — les juges-pénitents sont-ils incapables de condamner la croyance scientiste dans la lutte des races et la survie du plus apte autrement qu’en actualisant ou qu’en recyclant saint Paul, c’est-à-dire le grief fait à la postérité d’Abraham de se crisper sur ses prérogatives dynastiques et de s’en tenir aux liens du sang quand on lui propose l’union des cœurs.”  Alain Finkielkraut

En lisant ‟The Secret Passion of the New Antisemitism”, un article d’Assaf Sagiv, rédacteur en chef depuis 2007 de la revue ‟Azure – Ideas for the Jewish Nation”, revue fondée en 1996 et publiée par ‟The Shalem Center” (Jérusalem), en anglais et en hébreu.

 

 

La haine du Juif s’est élaborée à partir de paradigmes inhérents à certaines sociétés qui opposaient l’universalité (leur prétention à l’universalité) au particularisme juif. Elle a commencé à se structurer au cours de la période hellénistique, dans l’aire conquise par Alexandre le Grand. La grécité (Greekness) y était exaltée comme mode de vie et de pensée. Dans ‟Judaism from the Greek Perspective and the Emergence of the Modern Hellenistic Jew”, Yaacov Shavit écrit : ‟Hellenism had a sense of cultural mission and its culture was disseminated not only as the fruit of unavoidable contacts between various segments of the population, but as part of a deliberate policy. Hellenism was an assimilationist civilization with a cosmopolitan dimension, a-national and a-ethnic. It saw in «culture» a platform for human partnership, and not in «race» or «religion»”.

 

L’opposition entre l’hellénisme et le judaïsme était inévitable ; il promettait d’être lourd de conséquences. Des affrontements eurent lieu sur la terre d’Israël et dans des villes comme Alexandrie. Des écrits ouvertement anti-juifs virent le jour. Ce sont les premiers dans le genre, les premiers d’une très longue série. Leurs auteurs, des lettrés hellénistiques : Manetho, Diodorus Siculus, Lysimachus et Apion, le plus connu de tous.

 

Manetho affirmait que les Juifs ne s’étaient pas enfuis d’Égypte à l’occasion d’une révolte contre Pharaon, mais qu’ils en avaient été chassés parce que considérés comme néfastes pour la société égyptienne. Il affirmait même que les Juifs constituaient une menace pour toutes les autres civilisations. L’Égypte des Ptolémées considérait les Hittites (une menace pourtant directe) comme moins dangereux que les Juifs, une menace jugée fondamentale et à nulle autre pareille. Bref, selon Manetho, les sociétés devaient se protéger des Juifs, en commençant par les envoyer dans le désert ou en les exterminant si cette mesure s’avérait insuffisante. Plus j’étudie ces anti-juifs (je n’ose dire antisémites) des époques hellénistiques plus je me dis que la hargne et la haine de Simone Weil à l’égard des Juifs et du judaïsme boit à cette source, à la source grecque. Il faut lire et relire ce texte central, ‟Israël et les Gentils” dans ‟Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu” (Éditions Gallimard, Collection ‟Espoir”). C’est un texte atroce, atroce parce qu’injuste, qui reprend tous les poncifs anti-juifs hellénistiques.

 

 

Antiochus VII, tétradrachme, Antioche, 138-129 av. J.-C.

 

L’historien Diodorus Siculus jugeait que les Juifs étaient condescendants et qu’ils s’adonnaient à l’usure à des taux excessifs, d’où la triste condition des Gentils durant des siècles, etc., etc. Je n’insisterai pas. Nombre de poncifs anti-juifs ont été élaborés bien avant le christianisme par des intellectuels de l’époque hellénistique. Selon cet historien, l’attitude détestable des Juifs envers les autres est à l’origine du siège de Jérusalem (en 135-134 avant J.-C.) conduit par le souverain séleucide Antiochus VII. Ses conseillers l’avait incité à en chasser les Juifs accusés de vouloir se couper du reste de l’humanité. Ils lui avaient assuré que ces derniers avaient été expulsés d’Égypte, détestés de tous parce que détestant tout le monde… Bref, les Juifs étaient responsables de leurs propres malheurs et n’avaient qu’à s’en prendre à eux-mêmes.

 

Lysimachus est l’un des propagateurs d’une version anti-juive de l’Exode, version probablement élaborée à partir d’autres sources que celles de Manetho. Et Apion ? En lien un article de la Jewish Encyclopedia :

http://www.jewishencyclopedia.com/articles/1641-apion

 

L’Exode (la sortie d’Égypte) et ses réécritures au cours de la période hellénistique me semblent un point névralgique dans l’étude de la formation de l’antisémitisme. Le christianisme n’aurait-il pas été contaminé par cette ambiance ?

 

Un autre paradigme en compétition avec le judaïsme est personnifié par le Juif hellénisé Saul de Tarse, Paul. La théologie paulienne s’est employée à faire glisser l’élection divine, Israël selon la chair vers Israël selon l’esprit (voir l’Épître de Saint Paul apôtre aux Galates 3 : 26-29), soit tous ceux qui reconnaissaient en Jésus le Messie : ‟Car vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ ; vous tous, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Et si vous êtes à Christ, vous êtes donc la postérité d’Abraham, héritiers selon la promesse.” Sans vouloir dénoncer la foi chrétienne, je me demande une fois encore si le Juif Paul de Tarse — Saint Paul, l’un des piliers de l’Église — n’a pas été l’auteur de l’un des plus formidables coups de force de l’histoire, un coup de force conduit par un Juif contre le judaïsme. Saul de Tarse était-il pleinement conscient de la gigantesque dynamique qu’il mettait ainsi en marche ? Une dynamique qui fit que les Juifs — sa famille — se retrouvèrent peu à peu relégués par une bonne partie de l’humanité au rôle de témoins de la véracité du ‟Nouveau Testament” ; une fois encore, je fais usage d’une désignation qui me dérange : je lui préfère celle de ‟Second Testament”.

 

Les Juifs n’allaient pas tarder à être considérés comme d’intéressantes pièces archéologiques mais aussi comme des entêtés à convertir, tantôt par la force tantôt par la persuasion. Ce n’est pas tout. Selon certains, parmi lesquels saint Augustin, leurs malheurs étaient la preuve de leur erreur à ne pas reconnaître le Messie en la personne de Jésus. Plus je lis saint Augustin, plus je comprends la pensée distordue de George Steiner concernant les Juifs. Saint Augustin est un penseur admirable (voir ses réflexions sur la mémoire et le temps), sauf lorsqu’il pérore sur les Juifs. Il est vrai qu’il faut replacer l’homme dans son époque, celle qui vit les débuts du christianisme, à cheval entre le IVeet le Ve siècle, une époque qui suivait de peu la naissance de l’Église de l’Empire romain — en 324-325, avec l’empereur Constantin 1er. Les Romains avaient massacré et dispersé les Juifs. Les chrétiens (à l’exemple de saint Augustin) verront dans leurs malheurs la preuve vivante de la véracité du message chrétien. Et le serpent commencera à se mordre la queue…

 (à suivre)  

 

Posted in JUDAISME-CHRISTIANISME, le débat | Tagged , , , , | Leave a comment

Promenade en art


L’ellipse comme figure de base du Baroque. La révolution copernicienne, avec le désordre qu’elle introduit dans les visions cosmologiques — la Terre n’est plus le centre de l’Univers —, va amener l’architecture baroque à remplacer le cercle par l’oblong puis l’ellipse dont la stabilité tient au nombre d’or.

 

Jacob Burckhardt découvre avec stupéfaction, en août 1882, le fragment d’une frise qui décorait l’autel du sanctuaire de Zeus à Pergame, un fragment arrivé à Berlin deux ans avant son passage. Il note que cette frise particulièrement musculeuse et agitée, cette frise qui n’est que furia, et où se mêlent le bas-relief et le haut-relief, aurait fait trembler Phidias et les tenants de l’art classique. Devant cette frise, Jacob Burckhardt pense alors à un conteur qui dépasse tous les autres par sa vigueur et sa plénitude : Rubens ! Trois voyages vont réveiller son « hérésie baroque » (notamment à Munich, en 1877) et réactiver ses relations avec le maître d’Anvers. La découverte de la frise de l’autel de Pergame va confirmer cette réactivation, elle va même être un choc. Certes, des choses le dérangent chez Rubens, comme ces corps trop gras d’un rouge cinabre ombré de bleu, mais quelle force vitale inédite ! Et quelle construction, quelle rigueur — ces « profonds calculs » comme le signale Eugène Fromentin dont Jacob Burckhardt a lu « Les maîtres d’autrefois, Belgique-Hollande » — jusque dans le tumulte le plus extrême ! Dans sa monographie sur Jacob Burckhardt, Alfred Berchtold écrit : « Devant la sculpture grecque, Burckhardt pensait à Rubens. Devant son Ulysse reçu par Nausicaa dans l’île des Phéaciens, il est naturel que l’historien couronne son hymne de gratitude au peintre de la vie multiforme par la phrase : Ainsi se rencontrent-ils, l’homme de l’Ionie et l’homme du Brabant, les deux plus grands conteurs que notre globe ait portés : Homère et Rubens. (…) Quelques mois après l’achèvement de ce texte, Burckhardt terminera sa vie par la relecture d’Homère. »

 

 « The Monarch of the Glen » de Sir Edwin Landseer, 1851.

 

Dans l’entrée d’une maison de famille figurait une magistrale interprétation au burin d’un tableau de Sir Edwin Landseer, « The Monarch of the Glen », un douze-cors dans les brumes des Highland. J’ai souvent détaillé cette grande estampe dans son cadre doré. C’était en été, dans le Béarn. Les orages n’étaient pas rares, parfois très proches, très violents. Je les aimais. Ils me rendaient ce cerf — The Monarch — plus formidable encore. J’admirais l’animal mais j’ignorais tout de l’artiste, Sir Edwin Landseer, « The Man of Mind » ainsi que l’avait surnommé John Ruskin. J’appris donc qu’il avait commencé à voyager en Écosse en 1824 et qu’il y fera de fréquents séjours. On sait que l’Écosse avait été mise à la mode par la reine Victoria et les romans Sir Walter Scott. J’appris que l’artiste s’était fait une réputation dans la haute société anglaise, notamment en portraiturant leurs chevaux et leurs chiens favoris, à commencer par Eos, le greyhound du prince Albert, et Dash, l’épagneul de la reine Victoria. Dans les années 1820-1830, il peignit des intérieurs où l’animal, un chien plus souvent, avait une présence toute humaine, si j’ose dire. Pensons à « The Old Shepherd’s Chief Mourner » où un chien appuie sa tête sur le cercueil du berger, son maître. Les qualités de narrateur de Sir Edwin Landseer ne seraient bien sûr pas grand chose sans ses qualités de peintre, comparables à celles de George Stubbs, l’incomparable peintre de chevaux. A ce propos, je me souviens qu’un oncle, grand amateur de chiens, avait accroché en divers endroits de sa maison des lithographies anglaises qui mettaient en scène la gente canine. Je me souviens, dans la salle à manger, d’une image avec chiens de chasse, serviette autour du cou, assis sur des chaises devant une longue table où le couvert avait été dressé. Le chasseur était assoupi à même le sol, en chien de fusil devant une flambée. Je me souviens, dans ses toilettes, d’une autre image, elle aussi soigneusement encadrée, avec chiens de races diverses (dont un petit caniche drôlement tondu) qui faisaient la queue, debout sur leurs pattes arrières, devant des pissotières comme on en voyait encore il y quelques décennies.

 

Richard Dadd, artiste parricide. Son œuvre la plus hallucinante, « The Fairy Feller’s Master-Stroke », une œuvre mystérieuse. A quoi pensait-il donc quand la peignit ? La touche en est claire, précise. En la voyant, j’ai d’emblée pensé aux Nazaréens ; et, de fait, j’ai appris il y a peu que lors de son retour du Moyen-Orient l’artiste s’était arrêté à Rome où il avait rendu visite à Johann Friedrich Overbeck. Richard Dadd tua son père peu après, en 1843. Il devait passer les quarante et quelques années qu’il lui restait à vivre dans deux asiles d’aliénés où il bénéficia des sympathies du personnel. Octavio Paz a laissé une profonde analyse de cette œuvre si étrange, dans « Le singe grammairien ». Je l’ai lue mais ma perplexité n’a pas diminué pour autant.

 

Il y a peu, en lisant une biographie de Moïse Mendelssohn, j’ai appris non sans surprise que les frères Johannes et Philipp Veit  (que j’avais découverts à l’occasion de l’exposition « La peinture allemande à l’époque du romantisme », à l’Orangerie des Tuileries, à la fin des années 1970) étaient les petits-fils de Moïse Mendelssohn par leur mère, Dorothea. Elle épousa le banquier Simon Veit dont elle divorça pour se remarier avec Friedrich von Schlegel.

 

John Martin utilisa des trucs de Turner, les masses, les lignes de force, les effets en vortex, etc. Mais si la peinture de John Martin est impressionnante par le format, le fini, la somme de travail et j’en passe, elle n’en a pas moins un côté franchement laborieux. Et je pense en particulier à la trilogie de ses immenses compositions : « The Great Day of His Wrath », « The Last Judgement » et « The Plains of Heaven ». « The Great Day of His Wrath » que j’ai souvent détaillé n’a cessé de m’impressionner ; il m’est même arrivé de prendre peur, et je n’exagère rien. Mais tout semble figé, froid, alors que la touche devrait être d’une parfaite fluidité… comme chez Turner. Bien sûr, la critique est facile, si facile ; et, je le redis, je reste médusé par l’immense travail que suppose cette composition aux dimensions inhabituelles ; je reste admiratif malgré tout.

 

Un artiste plutôt méconnu, bien moins connu que nombre de ses compatriotes, Constable, Gainsborough ou Turner, pour ne citer qu’eux, alors qu’il mériterait de l’être au moins autant : David Cox (1783-1859), un précurseur qui annonce Eugène Boudin et les Impressionnistes. « Rhyls Sands » !

 

Ruskin prend la défense des Préraphaélites pour mieux exiger que leur pratique soit en conformité avec ses théories. Au cours de l’été 1853, il emmène Millais en Écosse pour qu’il y fasse son portrait. Mal lui en prit ! Millais tombe amoureux de la femme de son modèle. Elle divorce et l’épouse.

 

Au fond, il m’amuse Damien Hirst. Ce qui m’amuse moins, c’est le tintamarre que fait autour de sa production un marché de l’art probablement en manque de nourriture. Car nous vivons des temps de vaches maigres. Tant de propositions — de concepts — m’ont amusé : du Ready-made de Marcel Duchamp à la « Merda d’artista » de Piero Manzoni, des Anthropométries d’Yves Klein aux Accumultions d’Arman, des Campbell’s Soup d’Andy Warhol aux compositions ensanglantées des Actionnistes viennois et tutti quanti. Alors, pourquoi pas «The Golden Calf » et autres animaux immergés dans le formol ?

 

 A la croisée des transepts, The Octagon, Ely Cathedral, Cambridgeshire.

 

Lorsque je pense aux cathédrales anglaises, deux images me viennent d’emblée : The Octagon de la cathédrale d’Ely et The scissors-arches — en X — de la cathédrale de Wells, une ingéniosité mise au point en 1338 pour soutenir une croisée des transepts qui menaçait de s’effondrer sous le poids de la tour.

 

Elizabeth Siddal, Fanny Cornforth, Alexa Wilding, quelques modèles qui inspirèrent Dante Gabriel Rossetti. Toutes ces femmes se voient en quelque sorte privées de leur individualité et fondues dans le moule d’un archétype, « expressions of female sexual allure » — le style femme fatale.

 

Parmi ceux qui me sont les plus intimes, ceux vers lesquels je reviens lorsque le monde m’éreinte : Whistler et Seurat. Pourquoi ? Je me pose souvent la question. Probablement pour une qualité de l’intemporel, pour la suspension du mouvement et l’immersion dans la contemplation, dans le continuum d’un monde. L’ambiance qu’ils circonscrivent n’est-elle pas parente de celle des maîtres de la peinture chinoise, ces maîtres qui m’accompagnent depuis l’enfance, depuis que mon regard les a rencontrés dans ces revues d’art soigneusement empilées dans un placard d’une maison d’été.

 

Sappho vue par Simeon Solomon.

 

Parmi les membres du cercle des Préraphaélites, le peintre juif Simeon Solomon qui participa, en compagnie d’autres Préraphaélites, à l’illustration gravée de la Bible. En 1863, il rencontra Swinburne qui lui confessa son penchant pour le sadomasochism, une bizarrerie dont les Anglais sont volontiers affectés, avec le fetichism. Bref, cette rencontre l’incitât à ne pas tant cacher son homosexualité, dans son art et plus encore dans sa vie, ce qui lui vaudra quelques déboires, à Londres, en 1873, puis à Paris, l’année suivante. Ce fils de la haute bourgeoisie londonienne finira dans la misère. J’ai lu des critiques plutôt condescendantes à son égard. Il a certes produit nombre d’œuvres un peu fades mais le meilleur de sa production le place à côté d’Edward Burne-Jones.

 

Il y a comme un air de famille (cette chose à la fois si vague et si précise) entre John Singer Sargent, cet Américain éduqué à Paris chez Carolus-Duran, Joaquín Sorolla l’Espagnol et Anders Zorn le Suédois. Joaquín Sorolla est extraordinairement populaire en Espagne. Combien de reproductions de ses œuvres, à commencer par les scènes de bord de mer, ai-je vues chez des Espagnols qui n’avaient jamais visité un musée ou consulté un livre d’art ? Ces reproductions étaient généralement accrochées dans le salon, au-dessus du canapé, ou dans la chambre matrimoniale, au-dessus du lit, des places d’honneur en quelque sorte.

 

Ce que j’aime chez William Hogarth : outre ses qualités de peintres, il raconte des histoires ; c’est un narrateur. Ses Modern Moral Subjects, ou novels in paint, me font penser à des BD avant la lettre ; pensons à : « A Harlot’s Progress », « The Rake’s Progress » ou « Marriage a-la-Mode ». A ce propos, Henry Fielding disait de William Hogarth qu’il était un « Comic History-Painter ». On peut noter une parenté d’idées entre les romans de Henry Fielding et les séries peintes de William Hogarth. De toutes les images de ses séries, c’est la scène intitulée « After the Marriage » (dans « Marriage a-la-Mode ») qui m’est la plus familière. Je l’ai détaillée et je me suis laissé aller à bien des suppositions.

 

Un paysage de 1785 dans le style ‘‘ink-blot’’ par Alexander Cozens.

 

Alexander Cozens et ses merveilleux dessins terriblement gestuels, des « gribouillis » d’où naissent des paysages, l’un d’eux avec lointaines montagnes. Dans l’un de ses traités, il reprend l’idée de Léonard de Vinci quant aux vieux murs sur lesquels on peut lire bien des choses, parmi lesquelles : des paysages, des batailles, des nuages, des caricatures, des draperies, etc. Bref, c’est un foisonnement de propositions pour l’artiste. Alexander Cozens a-t-il été inspiré par la peinture chinoise, ainsi qu’on s’est plu à le penser ? Alexander Cozens et ses blots, ses admirables études de nuages. C’est leur attention aux nuages qui me rend les peintres anglais si chers. Et je pense en particulier à Bonington, mort si jeune (1802-1828), Bonington que je préfère même à Turner et Constable.

 

David Hockney remarque très justement que si Picasso était parmi nous, il s’amuserait comme un fou avec le iPad. David Hockney ! Je ne puis voir une piscine — le bleu d’une piscine — sans penser à lui. Son pop art est estival et amical.

 

 

Posted in ART ET LITTERATURE | Tagged , , , , | Leave a comment

Une promenade espagnole

 

Les châteaux en Espagne sont si nombreux que je serais bien en peine de nommer mon préféré. A bien y réfléchir, l’un d’eux tient pourtant une place particulière dans mes souvenirs : le château de La Calahorra, au pied de la Sierra Nevada, dans les environs de Granada. Il se dresse sur une colline, devant une plaine immense qui se relève dans les lointains. Cette plaine est très appréciée des metteurs en scène, comme l’est le désert de Tabernas, dans les environs d’Almería. La Calahorra s’est fait dans mon imaginaire la forteresse du “Désert des Tartares” ; aucun livre ne m’aura autant absorbé dans une ambiance que ce roman de Dino Buzzati ‒ à l’exception d’“Un balcon en forêt” de Julien Gracq !

 

 

Je revois donc en toile de fond la Sierra Nevada enneigée qui faisait ressortir, et superbement, l’ocre rouge de cette forteresse du Bas Moyen Âge, une forteresse à plan simple, rectangulaire, flanquée à chacun de ses angles d’une tour circulaire surmontée d’une coupole qui contribue pour beaucoup au caractère de cette silhouette. La patine ocre rouge de la pierre a été élaborée par la poussière des mines de fer d’Alquife toute proches ; la lumière du soleil couchant l’exalte.

 

 

La Calahorra fut capitale d’un marquisat ‒ el marquesado de Zenete. Son château fut érigé en un point stratégique qui contrôlait un col de la Sierra Nevada, el Puerto de la Ragua qui culmine à 2 000 mètres. Il domine une immense plaine où évoluent à présent des figurants. Cette forteresse fut édifiée par Rodrigo Díaz de Vivar y Mendoza, enfant naturel du cardinal Pedro González de Mendoza, l’un des plus puissants personnages de son temps.

 

Dans le demi-sommeil, et jusque dans mes rêves et rêveries, je me vois dans cette forteresse, veillant, surveillant, pris dans l’attente, l’attente que célèbrent avec une même ferveur Julien Gracq et Dino Buzzati : l’attente face à l’espace immense et vide, terriblement menaçant de ce fait. Cet espace peut être l’océan, d’où l’intérêt très particulier que je porte depuis mon enfance aux constructions du Mur de l’Atlantique, du simple encuvement aux bunkers pour batterie d’artillerie lourde (avec le Front Todt si caractéristique) qui, aujourd’hui vides, ressemblent à des édifices religieux.

 

 

La Calahorra qui s’élève sur l’emplacement d’une forteresse musulmane réserve une surprise de taille… Elle abrite un délicieux palais, un palais de la plus pure Renaissance italienne, une rareté en Espagne. Le marquis avait fait venir des artisans génois et lombards pour mener à bien ce projet dont la réalisation ne prit pas plus de trois ans (1509-1512). La singulière beauté de cet ensemble tient non seulement à l’ambiance Désert des Tartares qui en émane mais aussi à ce contraste, à cette surprise ‒ et quelle surprise ! J’espère que vous l’aimerez autant que je l’aime. Je vous évoquerai dans un prochain article un autre château d’Espagne, synthèse parfaite de deux styles, de deux cultures.

 

Posted in Bac à sable | Tagged , | Leave a comment

Le quartier juif de Murcia au Bas-Moyen Âge

 

La judería (quartier juif) de Murcia remonte à la prise de cette ville par Alfonso X. Elle était implantée le long des murailles, entre la Puerta Nueva et la Puerta de Orihuela. Une ordonnance de décembre 1412 exigea la stricte séparation des Juifs du reste de la population. En janvier 1413, Juan II communiqua aux autorités locales des instructions détaillées sur l’organisation de cette judería, précisant notamment qu’il ne devait rester qu’un point de circulation entre le quartier juif et le reste de la ville. En octobre 1437, Juan II ordonna que Musulmans et Juifs portent des signes distinctifs et vivent dans des quartiers séparés. Le conseil municipal fit savoir que les uns et les autres vivaient déjà dans de tels quartiers.

 

En août 1481, l’envoyé des Rois catholiques, Juan de la Hoz, se rendit à Murcia, dans la judería, afin de veiller à l’application des dispositions prises par les Cortes de Toledo, l’année précédente. Le rapport de cette visite méthodique nous permet de connaître avec une certaine précision les limites de cette judería à la fin du XVème siècle. Juan de la Hoz ordonna que des travaux soient entrepris afin de réduire plus encore la porosité entre la judería et le reste de la ville : réaménagement des portes de l’enceinte et surélévation de l’enceinte. La judería se vit si comprimée que des Juifs furent contraints de déménager, leurs maisons se retrouvant hors de ses limites. Les chrétiens propriétaires dans le quartier juif de briqueteries (adoberías) ou de moulins à huile (almazaras) furent autorisés à y circuler pour des raisons professionnelles. Suite à la visite de Juan de la Hoz, le conseil municipal rédigea une série de décrets visant à déloger les Juifs qui tenaient commerce dans la partie chrétienne de la ville. Il leur fut aussi imposé de financer les aménagements de leur quartier. Les chrétiens dont les habitations jouxtaient ou donnaient sur la judería devaient, quant à eux, les démolir. A la fin du XVème siècle, le quartier juif de Murcia se vit ainsi réduit à une centaine de familles.

 

La période la plus prospère de la communauté juive de Murcia se situerait entre le dernier tiers du XIVème siècle et la première décennie du XVème siècle. A en croire les déductions du professeur Juan Torres Fontes (établies à partir du nombre des victimes de la peste, soit 450 victimes juives sur un total de 6 088), les Juifs de Murcia auraient représenté 7,4 % de la population de la ville, soit 1 150 individus. Ce calcul est toutefois aléatoire car la population totale de Murcia aurait été non pas de 15 000 mais de 10 000/ 11 000 habitants ; suivant la même méthode de calcul, la population juive de Murcia se serait élevée à 750/850 individus. Et vers la fin du XVème siècle, peu avant l’expulsion de 1492, la judería de Murcia comptait à peine plus de 500 habitants.

 

Les souverains et les autorités municipales avaient placé les juderías sous leur protection, une protection qui impliquait une surveillance renforcée le Vendredi Saint. En effet, la commémoration de la mort du Christ mettant à vif les nerfs des chrétiens, des incidents pouvaient éclater à tout moment. Aussi, ce jour-là, la judería était-elle protégée par une garde placée sous la responsabilité de l’alguacil de la ville. Cette protection n’était pas bénévole : la communauté juive devait s’acquitter de la somme de trois cents maravédis.

 

Le cimetière juif (osario) se trouvait près de la Puerta Nueva, à côté de cultures d’irrigation (huertos) qui portaient préjudice aux sépultures. De plus, ce cimetière était non-enclot, ce qui explique les fréquentes dégradations qu’il subissait. Le conseil municipal informa qu’il condamnerait à une amende de soixante maravédis quiconque serait surpris à ne pas respecter ces lieux : en effet, il n’était pas rare que les chrétiens y laissent paître leurs bêtes, s’y débarrassent de leur fumier et autres ordures, et travaillent le lin sur les pierres tombales. Les plaintes de la communauté juive étaient fréquentes.

 

Une anecdote. Le 6 décembre 1477, deux représentants de la communauté juive de Murcia firent appel au conseil municipal. Ils avaient appris que les autorités s’étaient engagées à céder un terrain à un dénommé Francisco Pérez Beltrán, terrain qui selon ces représentants avait été cimetière juif. Le 13 décembre, le conseil municipal fit savoir que des sondages avaient été effectués, qui confirmèrent les dires de ces deux Juifs, et ledit terrain fut restitué sans plus attendre à leur communauté.

 

Il y eut deux cimetières juifs. Le nouveau fut ouvert après saturation du premier. Ils étaient très proches l’un de l’autre. On s’y rendait par le même chemin en passant par la Puerta Nueva. Ils étaient situés entre les huertos et la acequía (canal d’irrigation) de la Nelva.

 

Le royaume chrétien de Murcia constituait une zone-frontière à la frontière instable. Il jouxtait le royaume musulman de Granada. Les incursions et razzias menées par les Maures gênaient la croissance économique et démographique de ce royaume. Afin d’en stimuler la croissance économique, Juan I fit savoir par une lettre du 19 octobre 1384 que tous ceux qui s’installeraient dans les villes-frontières seraient exemptés d’impôts royaux directs pour une période de dix ans. Cette décision royale favorisa une immigration en provenance de Castille, plus encore d’Aragon (principalement d’Orihuela), et même du royaume de Granada. Afin d’accélérer ce processus, Juan I fit diffuser plus largement, en date du 11 août 1392, les dispositions énoncées le 19 octobre 1384, en insistant sur le fait que cette décision concernait non seulement les Chrétiens mais aussi les Juifs et les Musulmans.

 

La protection accordée aux Juifs par les autorités locales attira ces derniers dans le royaume de Murcia ; ils furent mieux traités que dans les autres royaumes de la Péninsule. L’immigration juive dans ce royaume ne cessa qu’en 1411, suite aux prédications de Sant Vicent Ferrer. Elle reprit dans les années 1460, probablement sous l’influence de Doña Leonor Manrique, épouse de Don Pedro Fajardo et grande protectrice des Juifs.

    

La séparation entre le quartier juif et le quartier chrétien n’était pas si stricte, ce dont témoigne une documentation de la première moitié du XVème siècle. Dans la deuxième moitié de ce même siècle, les prescriptions visant à séparer Juifs et Chrétiens se durcirent. Ainsi, le 30 octobre 1473, le conseil municipal ordonna aux Juifs demeurant dans la partie chrétienne de la ville de déménager dans les huit jours sous peine d’une amende de mille maravédis. Le 15 avril 1475, le conseil réitéra cet ordre en exigeant que les Juifs vendent à prix coûtant leurs biens immobiliers situés dans la partie chrétienne. Le 11 novembre 1477, le conseil avertit que Juifs et Chrétiens ne pouvaient acquérir un bien immobilier que dans leurs quartiers respectifs ; et que s’ils passaient outre, leurs biens seraient confisqués par la municipalité. Par ailleurs, tout Juif surpris à vivre parmi les Chrétiens devenait passible d’une amende de six cents maravédis.

 

Les violences contre la communauté juive étaient davantage le fait du peuple que du pouvoir. Les Juifs faisaient volontiers appel à la protection du roi et de la municipalité qui n’hésitaient pas à la leur accorder, généralement pour des raisons économiques. Les Juifs de Murcia furent moins inquiétés que les Juifs du reste de la Péninsule : ils faisaient office de messagers entre Chrétiens et Musulmans, le long de cette zone- frontière. Certains souverains se placèrent en défenseurs des Juifs plus spontanément que d’autres. Enrique II, pour ne citer que lui, comprit qu’un changement d’attitude envers la communauté juive pourrait favoriser sa trésorerie…

 

L’attitude conciliante des autorités municipales envers les Juifs de Murcia changea en 1411, suite aux prédications de Sant Vicent Ferrer. Effrayés par les menaces que véhiculait sa parole, nombre de Juifs se convertirent. Une fois encore, les Juifs cherchèrent la protection royale, protection que Juan II leur accorda le 8 août 1411, dans une lettre adressée aux autorités du royaume de Murcia, lettre qui fut lue sur les places publiques et sur les marchés afin que personne ne puisse prétendre l’ignorer. Le 14 mars 1412, Juan II renouvela sa protection aux Juifs de Murcia, Cartagena et autres villes du royaume, afin de les soustraire aux violences des pouvoirs locaux. En effet, ces villes se basaient sur l’ordonnance de Valladolid, dictée par sa mère, Catalina de Lancáster. Afin de remédier à une telle situation, Juan II ordonna aux conseils municipaux de se baser désormais sur les dispositions prises par son oncle, Don Fernando de Antequera, favorables aux Juifs, et que leur soit restituée la totalité de ce qui leur avait été confisqué.

 

Ainsi que je l’ai signalé, la situation des Juifs (mais aussi des Musulmans) différait à Murcia du reste du royaume de Castille. Dans cette zone-frontière toujours menacée l’autodéfense était la règle. Ainsi la communauté chrétienne fut-elle amenée à faire appel aux Juifs et aux Musulmans de cette zone-frontière, chose inconcevable dans le reste du royaume. Ainsi, le 27 avril 1457, Diego López de Puerto Carrero, corregidor de Murcia, fit savoir que, selon la volonté du roi, tous les habitants de la ville, Chrétiens, Musulmans et Juifs, possédant un patrimoine au moins égal à trente mille maravédis, devaient pourvoir à la fourniture de chevaux et d’armes. Les Juifs portèrent plainte auprès d’Enrique IV, un roi qui leur était favorable. Le 28 janvier 1460, ce roi révoqua la disposition en prétextant que les Juifs n’avaient pas l’habitude des armes et des chevaux, qu’ils devaient par ailleurs s’acquitter d’impôts spéciaux et que cette nouvelle mesure risquait de provoquer leur départ.

 

La connaissance que nous avons de l’importante communauté juive de Murcia est le fait exclusif de documents. Aucune fouille n’a été entreprise entre ce qui fut la Puerta Nueva et la Puerta de Orihuela. Il serait par exemple intéressant de fouiller cet espace libre de construction, la Plaza Sardoy, emplacement supposé de la synagogue.

 

P.S. Les lecteurs qui veulent en savoir plus sur les Juifs de Murcia pourront lire l’étude de Luis Rubio García : “Los Judíos de Murcia en la Baja Edad Media (1350-1500)” publié par Universidad de Murcia, 1992.

 

 

Posted in HISTOIRE | Tagged , | 1 Comment

Á Léon Rozenbaum


En lien l’article de Léon Rozenbaum auquel fait suite le présent article :

http://danilette.over-blog.com/article-ils-veulent-notre-pays-notre-ville-notre-nom-notre-histoire-notre-joie-de-vivre-et-notre-peau-l-103354005.html

 

 

Ceux qui veulent en finir avec l’État d’Israël se moquent du droit international, de la connaissance historique et, plus généralement, de toute forme de connaissance. Ils n’analysent pas les causes de leur haine ; ils ne veulent pas les analyser car ils savent confusément que s’ils les analysaient, cette haine baisserait de plusieurs tons, qu’elle s’effacerait même. Or, ils aiment leur haine : elle les abrite et les nourrit, tandis qu’elle  s’enivre de propagande et de discours où le présupposé est manié frénétiquement, fort d’une tradition où l’anti-judaïsme, l’antisémitisme et l’anti-sionisme agissent comme des stéroïdes anabolisants sur des esprits affaiblis.

 

 

Il me semble que l’islam s’abîme toujours plus dans le dépit et la rage de voir un petit peuple d’ex-dhimmis, un minuscule pays (environ deux fois le département de la Gironde) peser d’un tel poids dans les domaines les plus emblématiques de la modernité. Ce dépit et cette rage sont si intenses que l’islam tente de s’approprier tout ce qui est juif (et chrétien à l’occasion), suivant une direction clairement indiquée par le Coran. Ce que les musulmans ne savent pas : ils sont les mendiants des Juifs, des mendiants toujours plus pressants.

 

 

Dessin de Dry Bones (Yaakov Kirschen)

 

 

Je compare volontiers le peuple juif à une centrale nucléaire, une image qui peut prêter à confusion, aussi vais-je m’empresser de la préciser. Par cette image, je veux simplement rendre sensible ce fait : le peuple juif, le peuple de la Torah, est à l’origine d’une énergie infinie. La Révélation au Sinaï est comparable au Big Bang, un centre d’énergie astronomique qui se propage encore et encore, et qui nous porte. L’islam quant à lui a une rusticité de moulin à eau. Sa simplicité séduit. Pas de brainstorming en islam. On se laisse glisser…

 

 

J’ai souvent envie de dire à mes amis juifs (et tous les Juifs ne sont pas mes amis, à commencer par ceux qui dénoncent radicalement Israël) : ‟Vous n’êtes pas si seuls !” Mais je me retiens de vous réconforter avec trop d’empressement. Pourquoi ? J’ai souvent remarqué chez vous, les Juifs, que votre désespoir sur le court terme est compensé par une formidable espérance sur le long terme, une espérance capable de déplacer les montagnes. Il me semble même que ce désespoir nourrit cette espérance.

 

C’est parce que l’Europe fut l’aire de la Shoah qu’elle est si pleine de commisération pour les Palestiniens. C’est aussi pourquoi l’affaire Mohamed al-Durah, ce montage, a trouvé chez nous une telle audience. C’est pour cause de Shoah qu’un Juif qui tue (même en cas de légitime défense) sera toujours considéré comme plus coupable qu’un non-Juif qui tue. Chaque Palestinien tué par ‟le Juif” est une aubaine dans une Europe où le vieil antisémitisme est recyclé par l’islamisme, un monstre qui se nourrit d’ordures et qui vient à l’occasion s’empiffrer dans nos décharges publiques.

 

‟Le Juif” et Israël irritent une Europe prise par la peur et prête à tous les désastres. Mais des peuples immenses (parmi lesquels l’Inde et la Chine dont l’histoire a peu à voir avec le peuple juif et Israël) apprécient leur esprit d’entreprise et d’innovation, des peuples  appelés à peser toujours plus et qui ne trimbalent pas ce complexe d’Œdipe qui gratouille encore certains chrétiens et post-chrétiens et qui dévore les musulmans comme la lèpre.

 

 

Vous avez raison de rappeler ce que beaucoup n’ont jamais su, n’ont jamais voulu savoir ou ont tout simplement oublié : le “peuple palestinien” est une arme de propagande élaborée en 1964 par le KGB et Yasser Arafat. C’est pourquoi j’ai pris l’habitude depuis quelque temps de flanquer ces mots de guillemets. On se souvient qu’un certain Thadée Diffre (Raphaël Eytan de son nom de guerre), un chrétien, ancien officier de la 2e D.B. devenu officier supérieur du Palmach, désignait tout naturellement par le mot Palestiniens les Juifs de Palestine. A méditer donc. A ce propos, je conseille la lecture de son livre de souvenirs, ‟Néguev”. Ci-joint, un lien Akadem, des notices biographiques sur deux figures importantes et non-juives du sionisme, l’Anglais Orde Charles Wingate et le Français Thadée Diffre :

http://www.akadem.org//medias/documents/1-Wingate.pdf

 

 

‟L’Occident commence seulement à s’apercevoir que le “Dialogue Euro-Arabe” l’a mis en danger : en cédant depuis 1973 au chantage au pétrole, les Européens ont accepté que des millions de Musulmans s’installent dans leurs pays, modifiant les équilibres démographiques et culturels, en faveur d’une culture enracinée dans une stratégie de domination” écrivez-vous très justement. Nous avons commencé à patauger dans le pétrole arabe dès février 1945, avec le Pacte de Quincy, et les amours américano-saoudiens initiés par Franklin D. Roosevelt. Il ne s’agit pas de vouloir refaire l’histoire et de se lamenter mais nous sommes à présent dans un drôle de pétrin pour cause de pétrole. Et rien n’annonce que nous en sortions dans un proche avenir. Nous allons donc aller de concession en concession, notamment sur le dossier de l’immigration.

 

L’immigration est nécessaire pour l’Europe, elle est une chance, pour reprendre une expression, à la seule condition qu’elle soit sélective. Or, en Europe, en France plus particulièrement, on n’ose pas prononcer les mots immigration sélective, l’expression  indispose. L’immigration sélective à laquelle je pense — mettons les points sur les i — touchera essentiellement les Arabo-musulmans. Je n’ai aucune honte à le dire. Il ne s’agit pas de diaboliser l’Arabo-musulman mais il est souhaitable d’en limiter le nombre, non seulement pour la bonne marche des sociétés d’accueil mais aussi pour eux-mêmes : trop nombreux, ils se condamnent à la rumination et la stabulation. Les musulmans sont des mendiants de la modernité, un monde de vertige auquel ils ne peuvent opposer que leur nombre.

 

La population musulmane ne cesse d’augmenter en Europe. Et l’inquiétude des communautés juives (pour ne citer qu’elles) augmente d’année en année. J’entrevois ce temps où la communauté juive de France, l’une des plus importantes au monde, prendra le chemin de l’émigration pour des continents plus sûrs que l’Europe ou pour Israël. Cette émigration sera certes bénéfique aux pays d’accueil ; mais que dire des pays qui se seront vidés de ‟leurs” Juifs pour cause d’immigration arabo-musulmane incontrôlée ? Ils s’appauvriront, se videront de leurs énergies et tourneront comme des chèvres au piquet. ‟L’immigration, une chance pour la France”, tel est le titre du livre de Bernard Stasi, ancien président du conseil régional de Champagne-Ardenne, ancien maire d’Épernay, ancien ministre et premier médiateur de la République. Oui, elle est une chance pour la France, mais lorsqu’elle est pensée avec discernement…

 

 

Posted in ACTUALITE | Tagged , , , , , | 1 Comment

L’affaire Mohamed al-Durah, encore.

 

Tout le monde connaît la vidéo de Richard Landes, Pallywood. Je la mets en lien, à tout hasard (durée environ 14 mn) :

http://www.youtube.com/watch?v=3geiT77mlY4

 

Je ne vais pas expliquer ici pourquoi je tiens la version présentée par France 2, le 30 septembre 2000, pour une imposture et pourquoi je soutiens l’action de Philippe Karsenty qui a accusé ladite chaîne télévisée ‟d’imposture médiatique”. Je précise simplement que lorsque je me suis avisé de remettre en question la version de l’affaire al-Durah très complaisamment véhiculée par les médias, en signalant notamment mon soutien à Philippe Karsenty, j’ai été censuré par diverses modérations. Motif : diffamation. Je le signale non dans le but de faire passer mon intéressante personne pour une victime mais pour rendre sensible un certain état d’esprit qui sévit dans les médias français, pour ne citer qu’eux.

 

 

Tout le monde connaît le témoignage du Dr Yéhuda David, chirurgien israélien d’origine française, qui a opéré le père de Mohamed al-Durah, Jamal, plusieurs années avant le reportage diffusé par France 2. Dans l’interview accordée à Clément Weill-Raynal pour ‟Actualité Juive”, ce chirurgien précise que les traces de blessures que porte Jamal al-Durah sont antérieures à la fusillade de Netsarim puisque c’est lui-même qui, en 1994 à l’hôpital Tel-Hashomer, avait soigné la blessure à la main droite de Jamal al-Durah, une blessure infligée par des membres du Hamas qui l’accusaient de collaborer avec Israël. Suite à une plainte en diffamation déposée par Jamal al-Durah, Yéhuda David et Clément Weill-Raynal ont été condamnés en 2011 par le Tribunal correctionnel de Paris… avant d’être relaxés par la Cour d’appel de Paris.

 

C’est cette blessure que Jamal al-Durah a exhibée devant les caméras du monde entier, en 2004, en prétendant qu’elle lui avait été infligée par des tirs israéliens, à Netsarim, en 2000. Le Dr Yéhuda David fait cette remarque : ‟Jamal al-Durah dit avoir été blessé par douze balles. Avez-vous vu une seule petite tache de sang sur sa chemise blanche ? Je suis chirurgien militaire et j’exerce ma profession dans le plus grand hôpital d’Israël. J’ai opéré un grand nombre de blessés et je peux affirmer qu’un homme qui reçoit dans l’aine une balle qui lui déchire la veine et l’artère fémorales se vide de son sang en une minute ! (…) Mes confrères experts en la matière ont approuvé mon analyse. Le professeur Stéphane Romano a rédigé une expertise en notre faveur après avoir vu le dossier.”

 

Ci-joint, un lien à écouter attentivement (durée environ 5 mn), un exposé très précis du professeur Stéphane Romano  :

http://www.youtube.com/watch?v=SkUBqDnyi-A

 

J’ai particulièrement apprécié la conclusion de l’article de Marc Reisinger, ‟Les silences d’Enderlin” : ‟Charles Enderlin a-t-il raison parce que la majorité le croit ? Rappelons qu’au départ, seules quelques personnes croyaient à l’innocence de Dreyfus. Le rapprochement n’a rien d’abusif, car si le reportage d’Enderlin est un bidouillage, il aura peut-être fait autant de tort aux Juifs que le faux de l’affaire Dreyfus. Mais comment oser une telle comparaison, alors qu’Enderlin est juif, israélien et soutenu par une partie de l’opinion juive ? Étrange, mais n’oublions pas qu’il y eut des Juifs anti-dreyfusards. Certains étaient même journalistes, comme Arthur Meyer.” En lisant ces lignes, j’ai pensé à une autre affaire, moins dramatique mais lamentable, avec Sara Daniel comme actrice principale, une Juive, fille de Jean Daniel, qui avait mis en cause l’armée et le peuple d’Israël en les accusant de vouloir faire assassiner les femmes palestiniennes en les violant ? Vous vous souvenez ? Vous vous souvenez des arguments lamentables du père ? A pleurer. Ci-joint, un lien de Jean Tsadik de Metula News Agency :

http://harissa.com/D_forum/Judaisme/affairesaradaniel.htm

 

J’ai pu constater tant chez les Juifs de la diaspora que d’Israël le désarroi suscité par l’affaire al-Durah, un désarroi qui se décline de bien des façons. Et je vais ajouter une remarque à l’attention de ceux pour qui Israël est coupable de la mort de cet enfant. J’espère qu’ils entrevoient dans leur aveuglement combien cette affaire fait souffrir les Juifs et Israël, non parce que leur image de marque souffre (a priori ils savent qu’ils ne sont guère aimés, et je fais usage de la litote) mais parce que la mort d’un être humain, plus particulièrement celle d’un enfant, ne peut réjouir un Juif. Côté palestinien, plus généralement côté arabe, la mort d’un enfant juif — d’un enfant juif d’Israël plus précisément — est toujours considérée comme une petite victoire, un coup porté à l’État d’Israël. Une telle affirmation est massive, je le sais : il arrive que des Arabes souffrent de voir un enfant juif tué ou blessé, et je pense tout particulièrement à la grande Wafa Sultan, mais ils sont trop peu nombreux et ils ne bénéficient pas, chez nous, d’un soutien résolu.

 

Un mot encore. J’apprécie la diversité juive, son sens aigu de la critique, de l’auto-critique, et la rigueur de sa morale. Mais les Juifs, tant d’Israël que de la diaspora (et je ne leur apprends rien) doivent garder à l’esprit que la dénonciation plus ou moins sournoise de l’État d’Israël telle que la pratiquent les Nouveaux Historiens israéliens (pour ne citer qu’eux) sont du crack pour les foules non juives. Un dénonciateur radical juif de l’État d’Israël fait plus de mal au pays que le Hamas et le Hezbollah réunis, je n’exagère rien. C’est pourquoi j’en sais gré à Benny Morris de s’être repris…

 

Posted in ACTUALITE | Tagged , , , , , | Leave a comment

Ces Juifs dont l’Amérique ne voulait pas (1945-1950) 2/2

 

Deuxième partie. Les États-Unis cherchent une solution, 1945-1950.

 

Truman et la responsabilité américaine (1945-1948)

 

Parmi les lourdes tâches incombant au successeur de Theodor F. Roosevelt, il y a celle de régler la question des réfugiés et des déplacés d’Europe. Le 22 décembre 1945, Harry Truman établit une directive qui porte son nom dans laquelle il indique que tout doit être fait au plus vite pour permettre aux DP l’émigration vers les États-Unis. Et il s’empresse de rassurer le Congrès : sa démarche s’inscrit dans la politique d’immigration régie par la loi des Quotas de 1924. Il aimerait faire plus mais il lui faut ménager un Congrès réticent. La loi des Quotas de 1921 limitait l’immigration d’Europe de l’Est et du Sud, en réaction à l’arrivée massive d’immigrants en provenance de ces zones. La loi des Quotas de 1924 est plus sévère puisqu’elle limite le nombre d’immigrants ayant une nationalité donnée à 2% de la population de cette nationalité présente sur le territoire États-Unis en 1890, soit une diminution de 1 % par rapport à la loi de 1921 ; l’année de référence 1890 (et non plus 1910) est implicitement destinée à favoriser l’immigration anglo-saxonne. Ce système est dénoncé par des journalistes à la fin des années 1940 comme étant en contradiction avec l’idéal démocratique. Considérant la catastrophe humanitaire en Europe et la rigidité du système des Quotas (qui, redisons-le, favorise l’immigration anglo-saxonne), une législation spéciale s’avère nécessaire. Le 22 décembre 1945, Harry Truman établit donc la Directive by the President on Immigration to the United States of certain Displaced Persons and Refugees in Europe. 

 

Harry Truman (1884-1972), trente-troisième président des États-Unis (avril 1945 – janvier 1953)

 

La plupart des DP viennent d’Europe centrale et orientale ainsi que des Balkans. En se basant sur la loi des Quotas de 1924, 3 900 visas peuvent être accordés chaque mois aux immigrants originaires de ces pays. Or, pendant les années de guerre, 10 % seulement de ces quotas ont été utilisés. C’est pourquoi Harry Truman demande au Congrès de faire appliquer plus efficacement la législation en vigueur. Par ailleurs, il prend soin de rassurer le contribuable : les organismes humanitaires, et si possible les familles qui ont un lien avec les immigrants, devront subvenir aux besoins de ces derniers jusqu’à ce qu’ils soient indépendants. Et pour ne pas heurter de front un Congrès plutôt hostile, la délivrance des visas se fera dans les consulats des zones américaines d’occupation, tant en Allemagne qu’en Autriche.

 

La directive du 22 décembre 1945 est précise et son ton est ferme. Elle s’adresse à toute la chaîne des responsables qui doivent choisir au mieux et au plus vite les candidats à l’immigration. Cette directive tient compte des recommandations d’Earl Harrison. Harry Truman met sur pied un comité chargé de prendre des mesures concrètes. Quatre de ses membres se rendent en Europe. L’un d’eux, Ugo Carusi, note les difficultés de l’entreprise. Il faut affronter l’impatience et l’irascibilité des DP ; et il n’existe pas de définition précise du DP. L’état-major allié n’a pas envisagé toute la complexité du problème. Par exemple, faut-il accepter les réfugiés passés en zone américaine suite aux violences antisémites dans la Pologne de l’après-guerre ? Faut-il accepter ceux qui fuient les territoires sous contrôle soviétique ? Le risque est grand de récupérer d’anciens collaborateurs des nazis ou des Volksdeutsche. Précisons que le nombre de Juifs présents dans la zone américaine d’occupation s’élève alors à 40 000 dont 4 500 Juifs allemands. La Directive by the President on Immigration to the United States of certain Displaced Persons and Refugees in Europe est placardée dans les quatre-vingt-dix-sept camps de la zone d’occupation américaine. A partir du 1er mars 1946, des consulats américains sont ouverts à Berlin, Frankfurt am Main, Müchen, Bremen, Hamburg et Stuttgart. Peuvent se considérer comme DP les personnes qui se trouvaient dans cette zone avant le 22 décembre 1945.

 

Dans la circulaire du 27 février 1946, la notion de DP s’est précisée avec les cinq catégories suivantes. Ont le statut de DP : les déportés du travail, ceux qui ont fui l’Allemagne nazie et les régimes apparentés, les déportés politiques, les déportés raciaux, les civils victimes de déplacements lors des mouvements de l’armée allemande et, enfin, tous ceux qui s’opposent au rapatriement vers leur pays d’origine. Les proches des DP ainsi définis peuvent également bénéficier de la possibilité d’émigrer et l’on constate que cette circulaire favorise notablement cette possibilité. Par ailleurs, Harry Truman donne toute latitude aux organisations humanitaires pour qu’elles délivrent des garanties financières globales (corporate affidavits). Ceux qui ont de la famille aux États-Unis peuvent quant à eux bénéficier de garants financiers individuels. Précisons que parmi les DP accueillis, le nombre de Juifs est proportionnellement élevé en raison de la priorité accordée à ceux qui ont le plus souffert. Le 1er  juillet 1948, lorsque la délivrance des visas touche à sa fin, 35 515 visas ont été délivrés, dont 28 000 à des Juifs. Harry Truman espérait mieux, soit 39 000 visas par an.

 

A la veille de la Deuxième Guerre mondiale, Harry Truman est l’un des rares sénateurs américains à condamner le peu de cas fait de la déclaration de Lord Balfour par la puissance mandataire. En avril 1943, comprenant ce que signifie ‟Solution finale”, il insiste pour qu’une terre d’asile soit accordée aux Juifs, la Palestine en l’occurrence. Lorsqu’il devient président des États-Unis, il prend la mesure de l’hostilité de Clement Attlee à toute implantation juive en Palestine. Il doit par ailleurs compter avec la politique de compromis héritée de Franklin D. Roosevelt : chaque promesse faite aux sionistes doit être suivie d’un message rassurant adressé aux Arabes, les fournisseurs en pétrole… Dans une lettre du 31 août 1945, Harry Truman demande à Clement Attlee l’attribution rapide de 100 000 certificats d’immigration pour la Palestine. Mais les Britanniques traînent des pieds. Bref, un an après la fin de la guerre en Europe, les camps de DP ne se sont toujours pas vidés. Leur population a même augmenté avec les réfugiés qui fuient le communisme et les Juifs qui fuient les pogroms de Pologne. Avant toute négociation, Clement Attlee exige que les groupes armés en Palestine soient dissouts. Le 22 juillet 1946, l’Irgoun provoque un attentat particulièrement meurtrier contre l’état-major britannique à l’hôtel ‟King David” de Jérusalem. On connaît la suite.

 

L’attentat du 22 juillet 1946 conte l’hôtel «King David». Bilan : 91 morts. 

 

 Les débats au Congrès (1946-1948)

 

En 1945, la Directive by the President on Immigration to the United States of certain Displaced Persons and Refugees in Europe s’adresse à des opinions peu préparées. Mais au cours des quatre années suivantes, les mentalités vont évoluer et influer sur le Congrès. Sous la présidence de Harry Truman, la question des DP va faire partie intégrante de la politique étrangère américaine. Des groupes de pression vont appuyer cette politique d’immigration, parmi lesquels le ‟Jewish Labor Committee”, le ‟American Federation of Labor” (AFL), le ‟Congress of Industrial Organization” (CIO) auxquels se joint le sénateur du Michigan, Arthur Vandenberg. En décembre 1946 est créé le ‟Citizens Committee for Displaced Persons” (CCDP) présidé par Earl Harrison et soutenu par une impressionnante liste de personnalités parmi lesquelles Eleanor Roosevelt, la veuve du président, des groupes religieux de toutes confessions, des organisations ouvrières, etc.

 

Des groupes restent hostiles à cette politique d’immigration, entre autres ‟Daughters of the American Révolution”, ‟American Legion”, la plus importante organisation d’anciens combattants, ainsi que des membres du Congrès généralement originaires du Sud des États-Unis.

 

Le sénateur William Chapman Revercomb, de la majorité républicaine (installée au Congrès en janvier 1947, après la victoire républicaine aux élections de 1946), reconnaît que quelque chose doit être fait pour les DP mais exclusivement sur le sol européen. Earl Harrison, président du CCDP, s’oppose à lui et déclare que dans le contexte de plein-emploi que connaît alors le pays, les DP ne risquent pas de prendre le travail des Américains et peuvent même contribuer à  stimuler l’économie par la création d’emplois et l’augmentation de la consommation.

 

Le 1er  avril 1947, William Stratton propose au Congrès l’admission de 100 000 DP par an sur une période de quatre ans, un chiffre qui représente moins de 50 % des quotas non utilisés pendant les années de guerre. L’opinion publique reste réticente. Les groupes de pression en faveur d’une augmentation des quotas doivent se faire plus convaincants :  ils dénoncent, par exemple, l’amalgame DP = Juif = communiste. Ce préjugé remontait aux années 1880-1890 au cours desquelles les Juifs originaires d’Europe orientale avaient organisé des grèves pour dénoncer les conditions de travail dans les sweat shops, avaient été à l’origine de la création de puissants syndicats et avaient été nombreux parmi les fondateurs du Communist Party USA.

 

Pourtant, malgré ses réticences, l’opinion publique est en avance sur le Congrès où la question des DP est remuée par les adversaires et les partisans de la Stratton Bill. Je passe sur les arguments des uns et des autres, en particulier sur la diatribe du 2 juillet 1947 d’Ed Gosset, représentant du Texas.

 

Sur la question des DP, il faut compter avec l’opinion publique, avec le Congrès mais aussi avec Harry Truman. La divergence est profonde entre l’exécutif et le législatif. Le Président sait qu’il ne pourra s’imposer qu’avec le soutien de l’opinion publique qui, grâce à l’action soutenue des groupes de pression et de la presse, se montre toujours plus sensible au sort des DP. Dans le contexte de la guerre froide, cette question va se trouver placée sous un nouvel éclairage, notamment avec le rapport de George Kennan, chargé d’affaires à Moscou. Ce rapport va contribuer à la doctrine du containment, une politique qui tourne le dos à l’isolationnisme.

 

La doctrine Truman est suivie du Plan Marshall puis de l’adhésion des États-Unis à l’ONU. Pour Harry Truman, une législation sur les DP pourrait être une arme supplémentaire dans la guerre froide : symbole de l’échec du communisme, les réfugiés qui fuient l’Union soviétique sont un atout idéologique pour les États-Unis. Les Juifs américains se sont organisés à l’initiative de l’‟American Council for Judaism” ; ils ont créé un lobby en faveur des DP, le ‟Citizen Committee for Displaced Persons”. Mais en favorisant l’immigration juive aux États-Unis, ceux-ci mécontentent les sionistes désireux d’attirer en Palestine le plus de Juifs possible. Opposé à la création d’un État juif, Harry Truman reste sensible à cet idéal du retour vers la ‟Terre Promise”. Il s’entoure de conseillers juifs, parmi lesquels David Niles, Max Lœwenthal et le fidèle Edward (Eddie) Jacobson. Mais Harry Truman qui souhaite un assouplissement de la législation tant américaine qu’anglaise en faveur des DP juifs doit tenir compte d’un Congrès rétif et d’une opinion publique partagée.

 

La loi de 1948 et ses clauses discriminatoires.

 

Je ne m’attarderai pas sur la tortueuse controverse et les rectificatifs qui vont aboutir à la loi du 25 juin 1948, un texte de synthèse élaboré par les délégués du Sénat et de la Chambre des Représentants : le Displaced Persons Act. Cette loi constitue dans l’histoire des États-Unis le premier programme législatif conçu pour venir en aide aux réfugiés victimes de la guerre. Bien qu’imparfaite, cette loi peut être considérée comme un pas décisif vers une politique d’immigration plus libérale. La polémique se poursuit cependant : au Congrès, certains estiment que l’assistance doit se limiter à ceux qui ont été expulsés pour cause de guerre, tandis que d’autres estiment que ce programme devrait également inclure les réfugiés de l’après-guerre qui ont fui une Europe dominée par le communisme.

 

1948 est une année d’élection présidentielle ; la controverse sur la loi du 25 juin devient un thème de campagne électorale tant chez les Républicains que chez les Démocrates. Les uns et les autres préconisent l’amendement de cette loi. Le 27 juillet, désireux de se faire réélire, Harry Truman demande à la session extraordinaire du Congrès que soient éliminées la préférence balte et la clause sur les Volksdeutsche et, de plus, que 400 000 immigrants hors quota soient admis sur une période de quatre ans. Harry Truman est réélu, les démocrates ont une majorité confortable au Congrès et l’on espère que la loi du 25 juin 1948 sera révisée.

 

Une œuvre de Clemens Kalischer (né en 1921), auteur d’une magnifique série de photographies sur l’arrivée des DP aux États-Unis entre 1947 et 1949. 

 

Au cours de l’année 1949, l’idée gagne du terrain que les États-Unis ont une obligation morale envers les réfugiés. Le projet de loi Celler propose d’admettre 400 000 DP pratiquement sans restriction ; puis Emanuel Celler propose deux amendements à son projet de loi : donner le statut de DP aux 7 000 réfugiés européens de Shanghai et à 15 000 réfugiés qui fuient le communisme et se trouvent hors des zones occupées par les Alliés, en Allemagne, en Autriche et en Italie.

 

Au cours de l’année 1949, la loi Celler est méthodiquement attaquée par le sénateur Patrick Anthony McCarran et la libéralisation de cette loi est reportée à la prochaine session du Congrès. En 1950, la polémique reprend. Patrick Anthony McCarran continue d’attaquer la loi Celler et s’efforce de lui apporter des amendements, notamment en rétablissant les priorités baltes et agricoles et en incluant les Volksdeutsche parmi les DP, arguant qu’il fallait se garder de toute discrimination raciale. Mais peu à peu, ce sénateur particulièrement coriace va être poussé de côté et, le 2 juin 1950, le projet de loi définitif est rédigé. Les clauses discriminatoires de la loi de 1948 sont éliminées, la date de référence pour être admissible aux États-Unis est prorogée au 1er janvier 1949, les priorités accordées aux Baltes sont supprimées, la définition de DP telle qu’elle avait été établie par l’IRO est retenue. Des groupes de DP exclus par la loi de 1948 vont enfin être admis grâce aux amendements : parmi eux, les DP grecs et les réfugiés européens de Chine. Ainsi passe-t-on de 247 377 à 415 744 individus. La loi de 1950 retient la clause de l’hypothèse des quotas mais elle est en accord avec le principe de base de la politique d’immigration qui permet d’accepter les DP sans distinction de race, de religion ou d’origine nationale. La Chambre et le Sénat approuvent le rapport de la Commission et votent respectivement les 6 et 7 juin 1950. Le 16 juin suivant, Harry Truman approuve le projet de loi qui devient ainsi loi. La controverse au sujet des DP prend fin après quatre années d’intenses débats.

 

 

Posted in HISTOIRE | Tagged , , , | Leave a comment