Quelques pages d’un carnet – 4/4 

 

Medina Siyâza

Medina Siyâsa (Cieza), vue générale des fouilles.

 

Début février 2016 Cañón de Los Almádenes, entre Calasparra et Cieza, au nord-est de la province de Murcia. Le río Segura (Thader pour les Romains) qui traverse habituellement un paysage plutôt rassurant, avec huertas, a taillé dans ce relief calcaire une gorge étroite et profonde sur quatre kilomètres. Par endroits, sa profondeur dépasse les cent mètres. Nombreuses grottes naturelles sur ses parois ; certaines ont été habitées par l’homme depuis le Paléolithique, comme la Cueva-Sima de La Serreta :

https://www.youtube.com/watch?v=UoqYjZNODXw

Visite de la zone archéologique de Medina Siyâsa, vestiges d’une agglomération musulmane du XIe siècle située sur le Cerro del Casillo (Cieza), une agglomération qui fut la plus importante de la Vega Alta au Moyen Age. Ce sont près de huit cents habitations pour une population d’environ quatre mille habitants. Les vestiges de la muraille et de la forteresse, ultime refuge. Seule une petite partie de ce très vaste ensemble a été fouillée. Reconquête du royaume de Murcia par les Chrétiens en 1243. Rébellion des Mudéjares en 1266, rébellion réprimée par Jaime I de Aragón et suivie de l’expulsion définitive des Musulmans de Medina Siyâsa.

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Nakba, un mot concocté par la propagande palestinienne afin de faire contrepoids à Shoah, afin de l’accoler et, ainsi, de l’élever au même degré de mal radical, absolu — Das radikal Böse. Le principal effort idéologique de la propagande palestinienne est de « coller au cul » d’Israël mais aussi de transposer des notions et des manières d’être qui définissent la vie juive depuis tant de siècles. Par exemple, on va insister à plaisir sur la diaspora palestinienne dans le but d’établir une similitude aussi imposante que possible avec la diaspora juive.

Avant la guerre des Six Jours (1967), Israël est volontiers admiré. L’hostilité envers le pays est alors minoritaire en Occident. Il y a bien quelques individus de l’acabit d’Arnold J. Toynbee (1889-1975), des individus qui à présent pullulent, mais, redisons-le, à l’époque ils sont plutôt rares et peu écoutés. Le romantisme socialiste et pionnier des kibboutzim est encore bien vivant. Survient la guerre des Six Jours. Les intellectuels se font pour la plupart dénonciateurs, avec une virulence variable. Ces intellectuels sont relayés par les magnas de la presse, les responsables des médias, de nombreux responsables politiques, l’AFP, le Quai d’Orsay et j’en passe. En effet, le pouvoir et les décideurs économiques se sentent dérangés : la confrontation avec Israël et « le problème palestinien » énervent le monde arabe dont le coeur s’est mis à battre à l’unisson de celui de « leurs frères palestiniens » — on me pardonnera cet élan lyrique —, le monde arabe dont dépendent alors la quasi-totalité de nos besoins en pétrole, produit stratégique entre tous.

En lien et en huit parties, le passionnant débat qui opposa le Prof. Arnold J. Toynbee au Dr. Yaacov Herzog, au Bnei Brith Hillel House, McGill University, Montréal, le 31 janvier 1961 :

http://pulsemedia.org/2013/04/25/arnold-toynbee-history-israel/

N’oublions pas le rapport entre le premier choc pétrolier (16-17 octobre 1973) et la guerre du Kippour. Certes, ce choc s’inscrit dans un contexte plus large ; il n’empêche que cette guerre initiée par des pays arabes désireux d’effacer l’humiliation de 1967 l’a activé.

N’oublions pas qu’à ses débuts Israël est soutenu par l’U.R.S.S. et ses alliés, à commencer par la Tchécoslovaquie. En 1956, avec la guerre du Sinaï, un changement s’opère dans l’opinion, un changement qui pourrait avoir préparé le basculement de l’opinion en 1967. 1956, Israël s’allie aux deux puissances coloniales en déclin, la Grande-Bretagne et la France, pour attaquer un représentant du Tiers-Monde — un symbole —, l’Égypte de Nasser. On connaît la suite. Il n’en fallait pas plus pour échauffer les masses occidentales post-romantiques et probablement travaillées par quelque chose de plus profond…

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Lire « Political Pilgrims » au sous-titre éloquent, « Western Intellectuals in Search of the Good Society » de Paul Hollander, un livre que Shlomo Ben-Ami qualifie de « livre extraordinaire », un livre qui analyse le rôle tenu par les quatre modèles révolutionnaires pour les intellectuels occidentaux : Cuba, Vietnam, Chine, Union soviétique. Shlomo Ben-Ami : « En Europe, la question palestinienne est le dernier souffle, ou presque, d’un monde post-romantique. »

 

Paul Hollander

L’une des éditions de « Political Pilgrims » de Paul Hollander.

 

 

Ce que dit Yves-Charles Zarka à Shlomo Ben-Ami est particulièrement important : «  Les  Européens ne se soucient plus de définir une base de discussion autour des rapports de forces et des attitudes, mais ils adoptent un point de vue idéologique qui n’a plus de connexion qu’occasionnelle avec la réalité. Vous avez parlé tout à l’heure d’une inversion, en montrant que les Palestiniens ont transposé les catégories de l’histoire juive et la création de l’État d’Israël dans leur propre histoire, c’est-à-dire qu’ils ont repris l’idée d’une diaspora palestinienne, ils se sont identifiés à Jérusalem, ils ont calqué une histoire mythique du peuple palestinien sur l’histoire réelle du peuple juif, avec entre autres le motif de l’exil et la référence à une unité du peule palestinien qui aurait toujours existé : or, toute cette transposition qui est aussi une inversion imaginaire se passe à un niveau idéologique très profond ; elle affecte non seulement la conscience commune, mais aussi les niveaux de la conscience européenne, modifie fondamentalement la perception d’Israël. Je crois que c’est un point très important, fondamental. Finalement, dans la conscience mondiale, Israël devient de plus en plus seul. Cela me paraît une chose extrêmement grave. Peut-on lutter contre ce travestissement de l’histoire ? » Toi qui me lis, relis ces lignes et pénètre-toi de leur lucidité.

Toute cette haine européenne et diversement exprimée d’Israël a un socle : un sentiment de culpabilité et le désir d’en guérir, plus exactement de le passer par-dessus bord. C’est pourquoi l’Europe a les yeux rivés sur Israël, avec un regard a priori hostile. La volonté de vraiment connaître ce pays, de l’intérieur, est quasi inexistante, chez les non-Juifs au moins. Tout Palestinien abattu ou blessé par Israël — et qu’importe les circonstances ! — fait verser des larmes de crocodile aux médias et à la plupart des intellectuels d’Europe. C’est qu’il s’agit d’activer cette thérapeutique destinée à soulager les consciences occidentales en déclarant tantôt ouvertement tantôt à mi-mots qu’Israël se livre à un génocide sur le peuple palestinien. La mystérieuse, la très mystérieuse affaire Mohammed al-Durah a constitué de ce point de vue un acmé, un climax. Les petits morts de faim du ghetto de Varsovie et les petits gazés de Treblinka s’effaçaient, disparaissaient — avaient-ils même existé ? Cette affaire soulagea l’Europe d’où son extraordinaire succès. Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu’elle titillait le vieux mythe chrétien du Juif tueur d’enfants pour des besoins rituels, mythe assez profondément enfoui mais toujours prêt à ressurgir, vieux mythe inlassablement recyclé, implicitement chez nous, explicitement dans le monde musulman, surtout arabe et turc. En Europe, aire de la Shoah, nous vivons sur des charniers et voulons l’oublier. Analysons donc ces réflexes parfaitement pavloviens que suscite le seul nom ISRAËL.

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Les propositions de l’anarcho-capitalisme sont d’une richesse particulière et ses théoriciens sont parmi les plus originaux et les plus dérangeants. Mais étant donné que les populations sont vérolées par des socialismes divers et autres maux tellement partagés qu’ils n’apparaissent même plus comme des maux…

La privatisation du domaine public a été intensément pensée par l’anarcho-capitalisme, des courants de pensée autrement plus stimulants, dérangeants et intelligents que tous les socialismes.

Bien sûr, il faudrait définir ce qu’est le socialisme. Car qu’est-ce que le socialisme, ce mot qui entre dans la composition de tant de ragoûts, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche ? Socialisme, l’un des mots les plus fourre-tout du langage. Le socialisme étant partout et nulle part, le socialisme étant tout et rien et leurs contraires, on ne peut que perdre son temps à l’incriminer ou à le célébrer. Autant peigner la girafe…

La véritable question (en France surtout) est le poids de l’État. Il est à mon sens devenu un monstre exclusivement occupé à se nourrir lui-même et assez férocement, un énorme tique. Les Français s’anémient ; ils sont devenus des otages de « leur » État. Ne l’auraient-ils pas un peu cherché ?

Au point où en sont les choses, je dois confesser que l’anarcho-capitalisme m’apparaît comme une source d’eau pure et fraîche, loin de ces bains aux eaux stagnantes dans lesquels les foules se trempent et à l’occasion s’oublient.

 

Olivier Ypsilantis

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Quelques pages d’un carnet – 3/4 

 

Orce

Vue partielle de la façade du Palacio de Segura, à Orce, province de Granada.

 

Début février 2016 Orce. En 1982, le paléontologue Josep Gibert i Clols découvre des ossements dans les environs de ce village de la province de Granada. On parlera de el hombre de Orce. Ce paléontologue soutiendra qu’il s’agissait des plus vieux ossements humains trouvés à ce jour en Europe, une déclaration qui ne fera pas l’unanimité dans la communauté scientifique. Orce est jumelé avec Tautavel, on devine pourquoi.

Marche dans les rues froides et ensoleillées d’Orce. Les craquelures sur ces façades passées à la chaux semblent avoir été gravées au burin. Au centre du village, une alcazaba d’origine musulmane appelée « Castillo de las Siete Torres », un ensemble antérieur au XIe siècle, avec nombreuses restaurations postérieures dont les plus importantes sont consécutives à un tremblement de terre. Palacio de Segura (XVIe et XVIIe siècles avec ajouts XVIIIe siècle). Son spacieux patio avec fines colonnes de marbre qui supportent un élégant passage extérieur en bois. Je pense à Córdoba. La façade du Palacio de Segura serait austère sans ses balcons aux ferronneries délicatement ouvragées. J’entre dans une bodega contiguë, « La Bodeguilla », et commande un vin de la région, un vin du tonneau. Le patron descend à la cave (bodega), dont la porte s’ouvre devant le comptoir, avec à la main un pichet en terre cuite ; j’aperçois un alignement de tonneaux en chêne. Le vin est un rosé très foncé, sans le moindre ajout, pur produit de la terre, de ces vignobles que j’aperçois au loin. Je le savoure accompagné d’olives. Il faut s’en tenir impérativement aux nourritures simples, aussi peu transformées que possible. Il faut éviter les mélanges, les complications. Le raffinement et le luxe authentiques sont dans la simplicité, une certaine austérité. Je tends l’oreille : on parle de politique, inhabituel dans les lieux publics d’Espagne. Un consommateur s’en prend à Pablo Iglesias de Podemos qu’il traite de Pequeño Caudillo, amigo de Hugo Chávez. Un autre consommateur renchérit en déclarant que l’Espagne n’est pas le Venezuela et que si Pablo Iglesias arrive au pouvoir, il ira à La Moncloa avec son fusil de chasse pour lui en loger une entre les deux yeux. Ci-joint, un aperçu de ce village d’Andalousie :

https://www.youtube.com/watch?v=xdDnvofY62M

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Dès le mois d’avril 2000, bien avant Camp David donc, les organisations officielles de sécurités palestiniennes en charge de la coordination de la lutte contre le terrorisme en Israël avaient déjà tendance à activer le terrorisme.

Shlomo Ben-Ami : « Les Palestiniens sont venus à la table des négociations en ayant certains précédents bien présents à l’esprit : le retrait unilatéral du Liban, le fait qu’au cours des négociations avec la Syrie, Israël était prêt à se retirer totalement du Liban et presque jusqu’au lac de Tibériade, pour ne rien dire des accords que nous avons eus dans le passé avec l’Égypte. C’est dans ce contexte que les Palestiniens pensaient pouvoir tout revendiquer. » (Dans un entretien avec Yves-Charles Zarka, Jeffrey-Andrew Barash et Elhanan Yakira, intitulé « Quel avenir pour Israël ? »)

De l’importance de la prise en compte de la mythologie (attitudes, mœurs, irrationalité, etc.) pour l’étude historique, une attitude à l’opposé de la démarche du marxisme qui part du principe que tout dépend de la réalité sociale, que cette réalité crée la conscience. Mais ne serait-ce pas précisément l’inverse ? Donner plus d’importance aux éléments mythologiques. Voir les historiens des mentalités parmi lesquels Philippe Ariès et Theodor Zedlin, le francophone et francophile surtout connu pour son « Histoire des passions françaises » en cinq volumes.

Le poids de la mythologie tient une place essentielle dans les relations entre les Palestiniens et Israël. Le développement économique était, est et restera secondaire pour les Palestiniens en regard de la mythologie. Shlomo Ben-Ami : « Pour Arafat, l’économie n’est pas importante, elle est secondaire. Ce qui lui importe, c’est la lutte mythologique : la mythologie musulmane, la mythologie palestinienne, le nationalisme ». Vladimir Jabotinsky, le fondateur de la droite israélienne, l’avait compris dès les années 1920, bien avant la création de l’État d’Israël. Il reste à ce jour — et dans l’état actuel de mes connaissances — le plus lucide des sionistes. Lisez, relisez, méditez ce texte fondamental : « Le Mur de Fer (Nous et les Arabes) » publié en 1923 :

http://uia95.com/Cours%20UIA/Israel%20Palestine/Flash%20OK%202/Muraille%20acier%20integral.htm

Non seulement ce texte n’a pas pris une ride mais il est toujours plus actuel. Vladimir Jabotinsky avait compris que la mythologie (ainsi que la définit Shlomo Ben-Ami) compte plus que l’économie — dont il ne s’agit pas pour autant de nier l’importance. Vladimir Jabotinsky avait compris que toutes les promesses et subventions économiques ne viendraient pas à bout de la mythologie (de l’irrationnel) dont le rôle dans l’Histoire n’est pas assez reconnu même s’il commence à l’être de plus en plus, en partie pour cause d’effacement du marxisme. Et la mythologie est dans cette région du monde particulièrement imposante. Elle pousse ses racines loin dans le sol et ses branches haut dans le ciel. Shlomo Ben-Ami : « Il semble donc que ces nouveaux courants historiographiques de la mémoire, de l’identité collective, des volontés humaines, montrent que, dans bien des circonstances, l’aspect irrationnel de l’histoire l’emporte sur son aspect rationnel. C’est une leçon que nous devons mettre en application dans notre analyse du comportement des Palestiniens. Quant à ceux qui pensent que l’on peut les acheter avec des routes, ils se trompent. »

 

 Shlomo Ben Ami

Shlomo Ben-Ami (né en 1943)

 

L’Europe est d’une implacable sévérité envers Israël, une sévérité qu’elle n’applique à aucun autre pays du monde. Pourquoi ? Parce que l’Europe a été l’aire de la Shoah, je le répète et le répèterai. On s’apitoie sur la victime palestinienne (et peu importe les circonstances puisqu’a priori Israël a tort), cette victime étant offerte aux consciences — aux faibles consciences, aux consciences dévoyées — européennes dans le but de rééquilibrer les comptes, d’effacer la dette, d’alléger les consciences. C’est toute une démarche généreusement véhiculée et encouragée par les médias qui se plaît à inverser les rôles. Or, comme le souligne Shlomo Ben-Ami, « l’inversion des rôles risque de porter atteinte à l’intelligibilité même de l’histoire : cela revient à banaliser les péchés de l’Occident ». Je me suis souvent élevé dans des forums de discussions contre cette tendance (voir Ernst Nolte) qui consiste à nous assener qu’il n’y a pas de différence entre les camps d’extermination nazis et le goulag. Il ne s’agit pas de chercher à disculper mais de prendre note des spécificités de ces régimes respectifs. La rage simplificatrice et le refus d’envisager les spécificités (un refus fort répandu, refus de la nuance, de la complexité donc) condamnent l’esprit au ronron et coupent à la base toute tentative d’analyse. C’est reposant certes ; mais c’est profondément déprimant.

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G. K. Chesterton, toujours goguenard : « It seemed to me obvious that Meredith maintains on whole that Nature is to be trusted, and Hardy that Nature is not to be trusted. To my innocent mind, these two ideas seemed a little inconsistant. I had not yet discovered the higher synthesis which connects them. For the higher synthesis which connects them consists in wearing liberty ties and curiously shaped beards and hats, and meeting in cultural clubs where they drink coffee, or (in darker and more disreputable dens) cocoa. That is the only connection there is between the ideas ; but it took me a long time to find it out. These sceptical doctrinaires do not recognise each other by the doctrines. They recognise each other by the beard or the clothes, as the lower animals know each other by the fur or the smell. »

 

 Olivier Ypsilantis

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Quelques pages d’un carnet – 2/4 

 

En header, une photographie prise aux abords de la colline 484 où quatre Marines ramènent le corps de l’un des leurs ; à droite, à l’arrière-plan, Catherine Leroy.

 

Carcavas de Marchal

Aux abords de El Marchal (province de Granada), les badlands.

 

Début février 2016 El Marchal. Cárcavas de Marchal, un massif argileux avec formes acarcavadas. Cárcava peut aussi désigner une sépulture. La demeure rose, emblématique de ce village d’un peu plus de quatre cents habitants, appelée Casa Rosa, Casa Grande ou Casa de los Gallardo, du nom de l’architecte Gustavo Gallardo qui la fit construire, au XIXe siècle, pour lui et sa famille. Au fond de l’ample vallée, le río Alhama et, là-bas, la Sierra Nevada, froide, pure, blanche. Une aiguille argileuse, inquiétante, comme prête à tomber ; elle est connue sous le nom de Diente de la Vieja. La plupart des casas-cuevas des Cárcavas de Marchal datent des dernières années du royaume de Granada et de celles qui suivirent la chute du royaume, lorsque cette zone fut attribuée aux Moros et aux Moriscos.

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En lisant sur le blog Boker Tov Yerushalayim « Devons-nous être de bons enfants ? » que je mets en ligne :

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com

Ce texte me reconduit vers un petit livre d’Alain Finkielkraut, « Au nom de l’Autre ». Les  nations (d’Europe) se désertent tandis qu’Israël se retrouve. Les Juifs d’Israël agissent à rebours — nagent à contre-courant — et, de ce fait, les nations en veulent Israël. Dans ce livre, on peut lire en page 32 (chez NRF Gallimard) : « Ces héritiers (Français de souche) mal dans leurs pères se détribalisent, s’européanisent, se mondialisent, se planétarisent et ne passent rien au passé cocardier, colonial, calotin et collabo dont ils sont dépositaires, à l’inverse des « sionistes » qui défendent la pureté ethnico-religieuse d’Israël en y mettant le paquet, c’est-à-dire Sharon, c’est-à-dire Hitler — et qui manifestent ainsi leur totale imperméabilité aux maximes de la morale universelle ». Une fois encore « le Juif » (car sous Israël se tapit « le Juif ») sert de référence négative, de repoussoir et enfin de faire-valoir à un malaise tant général que particulier. « Le Juif » est utilisé pour donner forme à l’informe, pour incarner un malaise dont on espère ainsi guérir — on en revient très précisément au bouc émissaire, une expression parfaitement explicite en espagnol : chivo expiatorio. Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, « le Juif » était accusé de cosmopolitisme et on lui opposait des « valeurs » comme la terre…

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Les tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran s’expliquent pour des raisons religieuses et ethniques, on le sait ; mais comme toujours, l’économie se masque derrière ces raisons et les active. La rivalité Arabie saoudite / Iran est une rivalité pour le pouvoir sur le monde musulman et sur l’OPEP. Par ailleurs, ainsi que je le rappelle volontiers, l’instrumentalisation des Arabes par les Iraniens est un danger, ces derniers étant plus fins diplomates et, en un mot, disons-le, plus intelligents. Au cœur de cette instrumentalisation, Israël. Car dans la pétaudière musulmane, et plus particulièrement arabe, la dénonciation des Juifs et d’Israël reste un procédé efficace qui fait oublier au populo toutes ses frustrations. Ce vieux procédé si frénétiquement utilisé ne souffre d’aucune trace d’usure.

L’Iran n’a jamais déclaré la guerre à quiconque dans la région. Par contre, des pays de la région n’ont pas hésité à lui déclarer la guerre, des pays tels que l’Irak armé par l’Occident. D’importantes minorités chiites ont été maltraitées, voire massacrées et dans de nombreux pays. L’Iran a été mis au banc des nations alors qu’il défendait vis-à-vis des Taliban, d’Al-Qaïda et de Daesh des positions autrement plus en accord avec les intérêts occidentaux qu’avec ceux de l’Arabie saoudite ou du Qatar.

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Carte Ethnie de la Syrie

L’Irak et la Syrie sont des pays récents, sans véritable tradition étatique contrairement à l’Iran héritier d’une des plus anciennes traditions étatiques du monde, ce qui explique qu’il tienne encore en tant que tel malgré les fortes pressions tant centrifuges que centripètes que subit ce pays grand comme trois fois la France et peuplé de nombreuses ethnies, majoritairement chiites il est vrai. En Syrie et en Irak, la loyauté envers le clan et la tribu compte autrement plus que la loyauté envers l’État.

La Syrie s’achemine vers la partition, avec les minorités ethniques et religieuses regroupées autour de Bachar al-Assad (Chrétiens, Druzes, Chiites, Alaouites, etc.), les Kurdes entretenant quant à eux une neutralité bienveillante envers le régime de Damas dans l’espoir de parvenir à une autonomie renforcée voire à l’indépendance. A ces minorités pourraient s’ajouter des sunnites baasistes. De l’autre côté, du côté des déserts, une sorte de Califat, avec masses sunnites diversement alliées de Daesh.

En Libye, la tradition étatique est encore plus faible qu’en Irak et Syrie. La destruction de l’appareil d’État et la liquidation de Kadhafi ne pouvaient qu’engendrer le chaos. Je le savais, et celui qui a le plus activement participé à cette destruction et à cette liquidation  le savait probablement. Quelles sont donc les raisons qui ont poussé Sarkozy à s’acharner de la sorte ? Cette question n’a pas été assez posée ; et les quelques éléments de « réponse » que j’ai pu glaner ici et là relevaient de la théorie de la conspiration. Quoi qu’il en soit, on s’affaire aujourd’hui à contrer les islamistes qui lancent des métastases partout en Libye, notamment sur la côte, entre les ports de Syrte et de Derna, ainsi que le long de la frontière tunisienne, à Sabratha. Les méthodes employées sont discrètes, peu médiatisées. Pas de grands déploiements face à ce transfert de djihadistes, lui aussi discret et qui se confirme avec la pression grandissante exercée contre eux en Syrie (notamment depuis l’engagement russe) et en Irak. Et la Libye est aux portes de l’Europe…

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Par un article nécrologique dans « El Mundo » du 11 février 2016, j’apprends le décès d’Ashraf Pahlavi, la sœur du dernier shah d’Iran, le 7 février 2016, à l’âge de quatre-vingt-seize ans, à Monte-Carlo. On rappelle qu’Ashraf Pahlavi fut victime d’une tentative d’assassinat, à Cannes, en 1981. En 1979, année de la prise du pouvoir par Khomeini, son fils, le prince Shahriar Shafiq, avait été assassiné à Paris. Considérée comme la femme la plus influente du régime, elle aurait tenu un rôle déterminant dans le coup d’État de 1953 contre le Premier ministre Mohammad Mossadegh. Un bref compte-rendu de ce coup d’État a été mis en ligne par la Fondation Mossadegh :

http://www.mossadegh.com/index.php/fr/

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Dans « El País » du 5 décembre 2015, un article intitulé « El periodismo como literatura » et agrémenté de six portraits en médaillon : Gay Talese, Svetlana Alexievitch (prix Nobel de littérature 2015), Truman Capote, Oriana Fallaci, Susan Sontag et Ryszard Kapuściński. « El periodismo es un género literario » déclarait Gabriel García Márquez il y aura bientôt vingt ans, une proposition qu’il développe dans « El mejor oficio del mundo ». En 2001, l’Argentin Tomás Eloy Martínez écrivait : « Un periodista no es un novelista, aunque debería tener el mismo talento y la misma gracia para contar que los novelistas mejores. Un buen artículo no siempre es una rama de la literatura, aunque debería tener la misma capacidad de seducción de los grandes textos literarios ». Et si le journalisme tout entier était littérature, avec ses règles propres, loin de la fiction ? De « In Cold Blood » de Truman Capote à Mariano José de Larra, le plus important auteur du romantisme espagnol, en passant par…

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Catherine Leroy

 Avril 1967, Hill 881, Vietnam. Un Marine (Vernon Wike) tente de détecter les battements de cœur d’un camarade dans le fracas des combats : 

http://www.popphoto.com/how-to/2008/12/they-were-soldiers-once 

 

Dans la presse espagnole, un article sur les femmes reporters de guerre (dont Gerda Taro et Lee Miller), un article dans lequel apparaît le nom Catherine Leroy (1945-2006). Mon plaisir à retrouver cette photographe quelque peu oubliée. Catherine Leroy arrive à Saigon en février 1966 avec, en bandoulière, un Leica M2. Elle a vingt-et-un ans. Elle n’a aucune expérience de la photographie et n’a jamais quitté la région parisienne. Elle prend contact sans tarder avec Horst Faas de l’Associated Press et n’hésite pas à bluffer en affirmant qu’elle a de l’expérience en tant que reporter de guerre. Cette petite femme fluette cherche d’abord l’aventure, la poussée d’adrénaline ainsi qu’elle le confiera. Ses photographies prises au cœur des combats ne vont pas tarder à être publiées dans les plus célèbres magazines, dont « Life ».

Catherine Leroy a couvert plusieurs conflits dont la guerre du Liban, en 1976 et 1982, et l’invasion de Chypre par les Turcs ; mais ce sont ses photographies prises au Vietnam qui vont la rendre célèbre, des photographies généralement prises au ras du sol, au niveau des morts et des mourants.

Ci-joint, un lien intitulé « Catherine Leroy Female Combat Photographer » avec nombreux témoignages et images :

https://noticeverything.wordpress.com/2012/03/05/cathrine-leroy-female-combat-photographer/

 

  Olivier Ypsilantis

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Quelques pages d’un carnet – 1/4

 

En header, des Zoroastriens d’Iran.

 

Guadix Du côté de Guadix (province de Granada)

 

Fin janvier 2016 Marche dans les bad-lands (tierras baldías) du côté de Purullena, l’un des plus beaux paysages d’Europe avec ces formidables travaux de l’érosion multimillénaire. La Dépression de Guadix fit partie du géosynclinal de Téthys, un océan qui sépara l’Afrique de l’Europe durant l’Ère secondaire. La formation de la Sierre Nevada (bien visible de Purullena) isola cet espace marin et l’éleva, formant un altiplano bien horizontal constitué de matériaux argileux d’une grande épaisseur qui au cours de l’Ère quaternaire  seront toujours plus entaillés par des cours d’eau qui sculpteront ces tierras baldías ou cárvacas. Le hommes y creuseront leur habitat, avec ces casas-cuevas.

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En lisant la presse espagnole, je découvre ce nom : Clément Moreau, accompagné de dessins humoristiques qui illustrent des passages de « Mein Kampf ». J’apprends que sous le pseudonyme « Clément Moreau » se cache Carl Meffert (1903-1988), graveur sur bois. J’avais découvert Carl Meffert par un article (mais dans quelle revue ?) où il était question d’artistes dits engagés : Käthe Kollwitz, Frans Masereel mais aussi Georg Grosz et j’en oublie.

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Dans « Babelia » du 9 janvier 2016, une entrevue avec Zygmunt Bauman (né en 1925) à Burgos. Zygmunt Bauman et son concept central de Liquid Modern World. Dans cette entrevue, le sociologue signale la fin des États-nations, des structures existantes. Il pose la question : comment concilier liberté et sécurité ? Plus de sécurité supposant moins de liberté et inversement. Il constate que nous nous sommes enivrés de crédit… jusqu’en 2008, année qui marque la fin du crédit facile. La classe moyenne laminée, réduite à la précarité. Nous ne sommes plus dans la lutte des classes (à supposer que ce concept ait été pertinent) mais dans la lutte de chacun contre tous, de tous contre tous, avec isolement de l’individu qui se sent menacé par des forces extraordinairement diffuses, et de ce fait particulièrement difficiles à désigner, à nommer. Il n’y a plus de territoire homogène et les sociétés sont des collections de diasporas. Le lien entre l’identité de chacun et son lieu d’origine est rompu. Sa critique des réseaux sociaux à partir du constat suivant : tu appartiens (tu appartenais) à la communauté réelle ; tandis que la communauté virtuelle t’appartient : tu la manipules, ajoutant ou supprimant des « amis » à ta guise. Et de ce fait, le sentiment de solitude se creuse.

Ci-joint, deux courtes vidéos dont les thèmes sont emblématiques de la pensée — de l’inquiétude — de ce sociologue. Respectivement « No one is in control. That is the major source of contemporary fear » et « The Ambiance of Uncertainty » :

https://www.youtube.com/watch?v=73Nmv-4jvSc

https://www.youtube.com/watch?v=lPRV8fTn3WQ

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Pensé une fois encore aux trois stades de vie que définit Kierkegaard et au choix qu’ils suggèrent pour un plan de vie : le stade esthétique (celui de la jouissance), le stade éthique (celui de la vocation ou du mariage), le stade religieux. Le stade esthétique se termine par une défaite, ce qui n’a probablement pas empêché Kierkegaard d’avoir quelque sympathie pour le Don Juan de Mozart. Il n’a pas vécu le stade éthique, il l’a enjambé en quelque sorte. Quant au stade religieux, l’a-t-il atteint ? Lorsqu’il déclare « Je ne suis pas chrétien », c’est par humilité, pour marquer la distance qui sépare le christianisme tel qu’il le vit du christianisme tel qu’il le conçoit. Il distingue une religion de l’immanence (stade du platonisme, de la réminiscence ?) et une religion de la transcendance, celle vers laquelle il tend. La religion de la transcendance s’appuie sur une affirmation que ne peut saisir la raison, à savoir que Dieu s’est incarné. Elle invite les hommes d’aujourd’hui à se rendre contemporains de Jésus par l’angoisse, la croyance étant mêlée d’incertitude et de non-croyance. Dieu incarné, scandale pour la raison, scandale qui est une épreuve (une catégorie existentielle), qui est la vie même de la foi. L’être se présente à Kierkegaard sous la forme de l’existence, l’existence qui est tension, qui est angoisse vers la transcendance. Mon malaise face à Kierkegaard n’aurait-il pas un peu à voir avec celui que j’éprouve face à Simone Weil ? L’analyser. Étrange, je me suis toujours senti plus proche du judaïsme que du christianisme, probablement parce que ce dernier repose sur des a priori (l’Incarnation en est un, le plus imposant probablement, et je ne nie pas sa beauté) et que la charge doctrinale y est infiniment plus lourde. Et loin de moi l’idée de me livrer à un hit-parade des religions.

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Persépolis

 Persépolis, Ahura Mazda.

 

L’angélologie et la démonologie iraniennes véhiculés par les Juifs, en contact permanent avec les Iraniens six siècles avant J.-C., au cours de leur exil à Babylone. Archéologie des religions. Les traces laissées par la conception zoroastrienne des attributs divins personnifiés par des intelligences, ou la croyance en l’Esprit mauvais. De l’Iran ancien au judaïsme puis au christianisme. Zarathushtra pose comme principe l’existence du Mal, une existence indépendante qui n’est pas négation du Bien (ni une corruption ni un inachèvement de celui-ci) mais qui s’oppose à lui. L’histoire du conflit Bien / Mal se confond avec l’histoire du monde. La lutte entre ces deux entités (lutte à laquelle l’homme participe aux côtés de l’Esprit bienfaisant) est constante et emplit l’Univers. La vie toute entière est une lutte contre le Mal et ses puissances, lutte par laquelle la Création tente de s’élever vers la perfection. Le Mauvais Esprit (Angra Mainyu) et sa progéniture (les daevas), l’Esprit bienfaisant (Spenta Mainyu). Les gathas (et même quelques éléments tardifs de l’Avesta) établissent le caractère monothéiste de la croyance véhiculée par les sages de l’Iran qui s’éloignent en cela de la théorie du dualisme zoroastrien. Ahura Mazda, la divinité suprême « désirant le bien, a créé à la fois le bonheur et le malheur ». Ainsi, l’Esprit mauvais n’est pas l’adversaire d’Ahura Mazda mais uniquement de l’Esprit bienfaisant. Et il est écrit que le Bien l’emportera sur le Mal.

Le zoroastrisme enseigne qu’après la mort il existe un Paradis et un Enfer. Contre les pires pensées (dont l’oisiveté, mère de tous les vices), il recommande avant tout le travail agricole (voir le Vendidad). La croissance du blé et les travaux agricoles qui s’en suivent dérangent, effrayent et font fuir les démons. Ces caractères de la démonologie iranienne la rapprochent des conceptions pastorales mésopotamiennes et la séparent de la démonologie des peuples chasseurs.

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Lu une petite étude sur la théorie des ensembles, la première partie, soit la théorie élémentaire des ensembles, la deuxième, la théorie axiomatique des ensembles, m’étant d’une lecture trop difficile. Cette théorie (élémentaire) des ensembles a fait revenir en moi des souvenirs scolaires avec « méditations » tantôt devant la feuille blanche tantôt devant le tableau noir. Cette théorie (sa formalisation à l’aide de symboles et de représentations graphiques) a pour lointain ancêtre Leibniz qui s’efforça mais en vain d’établir un système qui puisse formaliser le langage et la pensée, soit une pure combinaison de signes et leur enchaînement. D’autres chercheurs travaillèrent dans cette direction tout au long du XVIIIe siècle et au début du XIXe mais sans avancer plus. Il faudra attendre l’Anglais George Boole (1815-1864) pour avancer. Voir l’algèbre de Boole (ou calcul booléen) et lire « The Mathematical Analysis of Logic », 1847. Ces signes qui parmi tant d’autres suffisent à me replacer sur les bancs de l’école : ∅, ⊂, ⊃, ∩, ∪, ∈, ∉, etc.

 

 Olivier Ypsilantis

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Le politiquement correct tue peu à peu la France… 

 

Je me garde de qualifier ce qui s’est passé à Nice le 14 juillet 2016, je me garde d’ajouter des qualificatifs aux qualificatifs. Je me contente d’exprimer ma sympathie pour ceux qui avec leur courage et leur intelligence, et de bas en haut de la hiérarchie, travaillent à la sécurité et à la défense des citoyens. Combien d’attentats ont-ils été déjoués ? Probablement beaucoup. Je ne puis toutefois taire ce qui suit.

Tout d’abord, j’écarte de moi les Padamalgams, les Touche-pas-à-mon-pote, les On-est-tous-frères, les promoteurs du Vivrensemble, toute une petite France en pantoufles, donneuse de leçons et toujours à se réfugier derrière quelques mots d’ordre à la mode dans le but inavoué de protéger son confort en s’efforçant d’asseoir une prétendue supériorité morale sur les « méchants », comprenez les « fachos ». Combien de temps encore ces petits rentiers du « Bien » séviront-ils dans notre pays ?

Le massacre de Nice et les massacres collectifs ou individuels récemment perpétrés sur le sol français par l’islamisme me renvoient bien malgré moi aux démarches de certains hauts responsables français (dont l’actuel ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Eyrault, digne successeur de « Fafa ») quant à la « question palestinienne ». Ces démarches sont soutenues par une dénonciation plus ou moins insidieuse d’Israël, du côté du Quai d’Orsay, de l’AFP, de nombre de revues et de quotidiens nationaux, d’émissions télévisées ou radiophoniques, etc. C’est tout un climat anti-israélien qui est doucereusement distillé dans la population française, tant et si bien que le sioniste apparaît  aux petits rentiers du « Bien », et pas seulement aux Arabo-musulmans, comme un suppôt de Satan, un homme à peine humain, un buveur de sang, un tueur d’enfants et j’en passe. Non, je n’exagère rien ! Mon métier consiste aussi à peser chaque mot dont je fais usage !

Mais comment donc expliquer une telle attitude ? C’est un grand égout central vers lequel confluent nombre d’égouts adjacents. Ces eaux noires ne sont pas seulement le produit de l’islamisme. Ce liquide fétide charrie bien d’autres éléments facilement observables — par ceux qui veulent voir…  Il est pourtant une source de pollution qui domine à présent toutes les autres et se révèle d’une terrible toxicité, contaminant des populations entières : l’emprise arabo-musulmane, une emprise qui remonte à plusieurs quinquennats, septennats même, et à laquelle ont participé bien des gouvernements tant de-droite que de-gauche depuis, disons, 1967, la guerre des Six Jours, lorsque le peuple juif est devenu un peu trop « sûr de lui-même et dominateur ». Vous vous souvenez ?

 

Politiquement correct

Une caricature de Ben Garrison. Et un lien où sont dénoncés les trolls qui sur Internet s’emploient furieusement à faire de ce caricaturiste un white supremacist, un néo-nazi et j’en passe :   

http://www.breitbart.com/tech/2015/12/22/ben-garrison-how-the-internet-made-a-fake-white-supremacist/

 

L’emprise du pire de l’islam est toujours plus patente, en France particulièrement où une importante population d’origine maghrébine s’est faite la pourvoyeuse d’hommes de mains du salafisme et du wahhabisme, principalement financés par les Saoudiens, Qataris et autres monarchies pétrolières qui répandent leur idéologie par le biais de leurs capitaux. Au cœur de cette idéologie, la haine du Juif et d’Israël, la plus ancienne, la plus tenace, une haine qui à l’occasion sait rapprocher les pires ennemis.

Comment réagir face à un tel constat ? Je suis révulsé par une information qui relève le plus souvent de la désinformation. Je suis choqué par le fait qu’une partie de mes impôts serve à alimenter le terrorisme du Hamas et à engraisser des dizaines de milliers de fonctionnaires palestiniens — ces rentiers de l’humanitaire. C’est pourquoi j’ai décidé de dénoncer l’antisémitisme et l’antisionisme. Par ailleurs, je m’efforce de propager la culture juive et sioniste. Je revêts dès que je le peux l’uniforme de Tsahal afin d’appuyer — bien modestement il est vrai — la logistique de cette armée et soulager les unités combattantes qui, ainsi, peuvent mieux se consacrer à leurs missions.

Je sais autant par l’instinct que par l’étude que la défense d’Israël est intimement liée à la défense du monde libre. Bien que non-Juif, je me sens chez moi lorsque je revêts l’uniforme de l’IDF (Israel Defence Forces). C’est ainsi. Le besoin que j’ai de me décrasser tant par l’engagement physique qu’intellectuel se fait de plus en plus pressant. Cet engagement est guidé par la devise Et si omnes ego non qui fut celle d’un officier allemand résistant au nazisme, Philipp Freiherr von Boeselager. Je le cite à propos car l’islamisme est une idéologie aussi néfaste que le nazisme, une idéologie répandue par nos fournisseurs et clients abreuvés de nos capitaux. J’invite tous ceux qui éprouvent un même malaise (ils ne sont pas nombreux, je le sais) à entrer en résistance contre ces gouvernements qui encouragent le persiflage et qui multiplient les dénonciations en direction d’Israël dans l’espoir de plaire au monde arabe et de calmer une population immigrée qui les inquiète.

Moi, citoyen européen, je refuse le langage empreint de couardise de nombre de nos dirigeants au sujet d’Israël, un langage qui va dans le sens d’une islamisation de nos sociétés et qui est bien la marque d’une vacuité toujours plus profonde, du règne du consommateur et rien que du consommateur, règne absolu de la masse absolue, règne que l’islam, cette idéologie rudimentaire, cette idéologie de troupeau, ne peut que venir « parfaire ». L’islam convient aux masses, il est l’expression la plus achevée de leur « spiritualité ».

Je refuse les mots d’ordre auxquels on cherche à soumettre des populations entières, des mots d’ordre qui au nom du « politiquement correct » préparent l’esclavage. Je refuse d’acheter la paix en répandant des propos mortifères sur Israël car cette paix ne peut convenir qu’aux esclaves — et les esclaves sont nombreux, si nombreux, autrement plus nombreux que les hommes libres. Je refuse aux États et à l’Europe le droit d’utiliser une partie de mes impôts pour la reverser à l’URNWA.

La masse consent à l’esclavage, au confort de l’esclavage, un confort que l’islam propose, précisément. Les hommes libres ne peuvent souscrire à une telle attitude. Ils se sentent salis, souillés, trahis, bafoués, abusés et j’en passe. Les hommes libres savent que leurs intérêts d’Européens n’ont pas plus à voir avec la campagne BDS qu’avec la résolution socialiste à l’Assemblée nationale sur la reconnaissance d’un État palestinien. Les hommes libres déclarent que ni « Fafa » ni Jean-Paul Ayrault et autres tristes sires ne parlent en leur nom, qu’ils ne parlent qu’au nom des esclaves et de leurs maîtres. L’homme libre cherche à se laver de la souillure ; par exemple, en achetant autant que possible Made in Israël lorsque la campagne BDS bat son plein ou en s’engageant dans Tsahal (par le biais du Volontariat Civil en Israël).

 

radical islam, ben garrison

« Radical Islam Pendulum » dessiné par Ben Garrison suite au massacre sur la Promenade des Anglais, à Nice, le 14 juillet 2016. « How much lower will the pendulum swing ? »

 

Un certain Marc Nacht commence ainsi un article intitulé « Attentats : ce que l’on pourrait apprendre d’Israël » ; il exprime ce que je retourne dans ma tête depuis des années : « Il est remarquable que dans son ensemble la presse française n’a jamais fait le parallèle entre les attentats djihadistes dont le pays souffre depuis les crimes perpétrés par Mohamed Merah en 2012 et ceux qu’endurent les Israéliens depuis bien des années. L’idée qu’il s’agit d’un combat commun contre la barbarie ne semble pas avoir effleuré la cervelle de nos journalistes patentés, fidèles lecteurs des communiqués de l’Agence France Presse. Le préjugé en faveur des Palestiniens est tel que, même lorsque ces derniers se livrent à des attentats délibérément dirigés contre des civils, tels que les bombes, les « kamikazes », dans les autobus ou les cafés, et plus encore lorsque leurs méthodes, comme récemment, sont conformes aux instructions de Daech, à savoir l’attaque indiscriminée au couteau, à la voiture-bélier, etc, les commentaires des médias français se gardent bien de faire le lien avec les attentats en France. »

Concernant l’antisémite des de-gauche, je conseille la lecture de cette entrevue avec Brigitte Stora, « Quand la haine d’Israël constitue le seul élément de la radicalisation politique ». Il y est notamment question de quatre individus responsables du climat délétère qui plane sur la France : le dessinateur Bob Siné, Edwy Plenel (le fondateur de Médiapart), l’obscur philosophe Alain Badiou et l’histrion Stéphane Hessel :

http://dovkravi.blogspot.pt/2016/07/quand-la-haine-disrael-constitue-le.html

Et afin de donner une prolongation à ces lignes, je mets en lien cet article d’Alexandre del Valle, « Carnage de Nice : la double erreur de François Hollande », dans lequel l’auteur dénonce très explicitement nos amitiés désastreuses. Cette analyse rejoint point par point celle que je fais depuis des années :

http://www.atlantico.fr/decryptage/carnage-nice-double-erreur-francois-hollande-alexandre-del-valle-2766107.html

 

Olivier Ypsilantis

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Notes sur l’art – Le Cahier gris – X / X

 

En header, mine de plomb d’Olivier Ypsilantis réalisée au cours des années 1980, à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris.

 

En souvenir de six merveilleuses années d’études, je mets en lien ce reportage sur L’École des Beaux-Arts (E.N.S.B.A.), signé Catherine Adda et intitulé « L’École des Beaux-Arts de Paris – Une histoire en abyme » (durée env. 26mn) :

https://www.youtube.com/watch?v=B8SqHAendRM

Pour les curieux, les bustes qui flanquent l’entré principale (côté rue Bonaparte) sont (à gauche en entrant) celle de Pierre Puget le sculpteur et (à droite en entrant) celle de Nicolas Poussin le peintre.

 

Sainte Nitouche

Olivier Ypsilantis, « Une sainte pas si sainte… » (Mine de plomb)  

 

Les ateliers d’artistes et leur encombrement me mettent volontiers mal à l’aise : tant de matériaux et de matériel (par ailleurs fort coûteux) pour produire le plus souvent pas grand chose, trois fois rien… Par ailleurs, il ne faut jamais perdre de vue que tout homme, et pour des raisons extraordinairement diverses, peut être appelé à déménager ; en conséquence, évitons radicalement l’encombrement. A ce propos j’ai souvent pensé, et pense encore, que si j’avais été musicien j’aurais été violoniste et en aucun cas pianiste ; et d’abord parce qu’un violon s’emporte sous le bras tandis qu’un piano nécessite un camion et une équipe spécialisée ; et je ne pense qu’au piano droit…

Le dessin n’exige presque rien, il n’exige pas plus que l’écriture. Il peut se faire dans le voyage, dans des carnets. C’est aussi pourquoi je le préfère à la peinture. Bien sûr, cette raison ne suffit pas à expliquer une telle préférence ; il n’empêche qu’elle compte suffisamment pour que j’en rende compte.

Le dessin me fascine depuis l’enfance. Je préfère avoir entre les mains une pointe de graphite qu’un bâton terminé par des poils qu’on enduit de mixtures diverses. Je force la note, mais pas tant. Pourquoi la peinture chinoise m’attire-t-elle tant, et depuis l’enfance ? D’abord parce que les peintres chinois sont des célébrants absolus de l’ambiance mais aussi parce que les moyens qu’ils mettent en œuvre ne sont pas plus imposants que ceux du dessin : un peu d’encre de Chine diversement dilué (lavis) appliqué sur un support particulièrement léger à l’aide de pinceaux légers qui n’exigent qu’un peu d’eau pour être nettoyés. La peinture chinoise est dessin, n’est que dessin.

Chez nombre de peintres (et je n’hésite pas à évoquer les plus grands), la peinture me semble en trop — par rapport au dessin ; et je pense en particulier à Léonard de Vinci, à ses dessins beaux entre tous. A ce sujet, je pourrais évoquer nombre d’artistes de la Renaissance italienne.

 

Jeune femme profil dessin

Olivier Ypsilantis, « Clair de lune » (Mine de plomb)

 

Le dessin, c’est l’intention première. Le dessin, c’est l’intention non voilée. On ne peut tricher avec le dessin, et encore moins avec la gravure qui une confirmation du dessin.

Il y a aussi que le dessin est plus proche du livre que ne l’est n’importe quelle autre forme d’art visuel — à l’exception de la gravure qui est dessin, confirmation du dessin.

Le dessin, la gravure (en taille-douce), la lithographie et la linogravure (il n’est question ici que des formes d’expression graphique que je pratique) sont d’abord le rapport d’un outil à un support. Dans mon cas, avec le dessin : crayons et papiers ; avec la gravure (en taille-douce) : pointes-sèches et plaques d’acier (soit de la taille directe puisque je ne fais pas appel aux acides) ; avec la lithographie : craies lithographiques et pierres lithographiques, avec la linogravure (de la taille d’épargne) : gouges et linoléum. Pour l’impression en taille-douce et lithographie, l’Arche et le Rives constituent une base mais la gamme des papiers est large, très large. Pour la linogravure, j’utilise soit des papiers japonais ou chinois (étudiant, j’ai acheté le stock d’un libraire chinois qui m’a vendu pour une somme dérisoire de merveilleux papiers fait à la main et légèrement colorés au thé) soit des papiers d’emballage, comme du papier kraft aux tonalités brunes et souvent délicatement filigrané. A Athènes, je me revois courir chez des fournisseurs en papier d’emballage du marché central et autres commerces. Certains de ces papiers proposaient des tonalités d’un rouge pompéien ; ils me séduisaient car j’y imprimais des compositions inspirées de peintures grecques sur vases ou de fresques étrusques.

 

Tempête dessin

Olivier Ypsilantis, « The Tempest » (Mine de plomb)

 

Le dessin tel que je le pratique est volontiers de type couvrant, comme l’est celui de Seurat. Il s’agit pour ma part de suggérer des atmosphères, des ambiances. Ambiance, un mot auquel je ne cesse de revenir, comme ne cesse d’y revenir Giorgio de Chirico, l’un des célébrants les plus déterminés de l’ambiance — die Stimmung. Ce type de dessin fait ressortir le grain et le filigrane du papier par caresses de l’outil sur le support. Parmi les outils du dessin (et je n’entrerai pas dans les détails par peur de donner à ce texte une extension qui fatiguera ceux qui ne dessinent pas), j’aime particulièrement la gamme L. & C. Hardtmuth de Bohemia Works (Made in Czechoslovakia). Les crayons Conté à Paris  sont eux aussi magnifiques. Ce rapport de l’outil au support détermine en dessin toute une sensualité. Thèmes favoris : le paysage et le portrait, le portrait surtout, des portraits de femmes généralement inspirés d’ambiances littéraires mais aussi de photographies parmi lesquelles celles de Julia Margaret Cameron et Jeanloup Sieff.

Je n’ai pratiqué la lithographie que dans l’atelier de l’École (des Beaux-Arts), un bel atelier situé au rez-de-chaussée du Palais des Études (de Félix Duban) et dirigé par Abraham Hadad, un Juif irakien passé par l’École des Beaux-Arts de Tel Aviv, un atelier extraordinairement cosmopolite où il n’était jamais question de religion et de politique mais d’art et rien que d’art. Ainsi Irakiens et Iraniens travaillaient-ils côte-à-côte alors que leurs pays étaient en guerre l’un contre l’autre. A la sensualité du dessin sur pierre (lithographique) s’ajoutait le parfum de la gomme arabique, l’eau et le sable pour le grenage des pierres, bref, une ambiance à nulle autre pareille. J’ai pratiqué cet art comme j’ai pratiqué le dessin : je caressais la pierre comme je caressais le papier. S’en suivait une procédure d’impression complexe et, je dois le dire, hasardeuse. Je me souviens du parfum des craies (lithographiques) Charbonnel que j’achetais quai de Montebello, devant la cathédrale Notre-Dame. Malheureusement, de nombreux déménagements et le refus de tout encombrement m’ont empêché de pratiquer cet art avec plus d’assiduité.

 

 Espagnole crayon

Olivier Ypsilantis, « Jeune andalouse des environs d’Almería » (Charcoal Pencil) 

 

La taille directe (la pointe-sèche dans mon cas) exigeait en soi peu de matériel, ce qui me convenait ; mais après avoir travaillé la plaque, il me fallait passer à l’impression. L’atelier de gravure de l’École disposait entre autres presses taille-douce d’une magnifique Ledeuil, la Rolls-Royce du genre. Une fois encore, de nombreux déménagements et le refus de tout encombrement m’amenèrent à abandonner cette technique. Certes, la taille directe m’éloignait des complications de l’eau-forte (taille indirecte), de la salle des acides ; mais il fallait tout de même que j’en vienne à l’impression, à la presse, une mécanique de plusieurs centaines de kilogrammes. J’ai consigné à la pointe-sèche des souvenirs, des ambiances, des ambiances Europe centrale et orientale, alors de l’autre côté du Rideau de fer, un monde en noir et blanc, un monde de gris. Installé dans l’Hôtel de Chimay (quai Malaquais), l’atelier de gravure (en taille-douce) donnait sur la Seine, devant le Louvre. J’avais donc tout loisir de consigner des études de ciel dans le métal tout en me souvenant de voyages à l’Est et au Nord de l’Europe, mes destinations favorites au cours de mes années d’études. Et je le redis, les artistes qui me sont les plus intimes sont ceux qui ont observé les états du ciel, Anglais et Hollandais mais aussi Français parmi lesquels Boudin et Lépine — ce peintre des quais de la Seine — Daubigny et Claude Lorrain.

De toutes ces techniques de l’estampe, je ne pratique plus que la taille d’épargne, la linogravure (et à l’occasion la xylographie) qui autorise le tirage à la main, au baren, suivant la technique japonaise. Pas besoin de presse et tout le matériel tient dans une mallette. L’atelier peut sans peine trouver place sur un coin de table ; et l’impression elle-même n’exige que peu de matériel vite rangé. Parmi les thèmes explorés, le paysage et le portrait mais aussi des séries : bestiaires (poissons et oiseaux de préférence), architectures (comme cette suite de maisons créoles travaillées à l’île Maurice et à La Réunion), compositions élaborées à partir d’un antique répertoire (Étrurie, Égypte, Crète…). Après une longue interruption, cet été, dans une île de l’Atlantique, j’ai travaillé à des séries de dessins, autant de projets pour linogravures : oiseaux et poissons, mais aussi compositions inspirées des symboles primordiaux du judaïsme. Il ne me reste qu’à les interpréter et les imprimer. J’ai dégoté un beau papier kraft brun clair, léger et très finement filigrané, dans une librairie du Bairro Alto, à Lisboa. En Espagne, j’ai dégoté un épais papier gris clair dont on se sert pour faire des cornets à churros et qui pourrait également servir mes travaux d’impression.

Ci-joint, une suite de trois de mes linogravures :

 

Lino cases de La Réunion

« Six cases de l’île de La Réunion » (février 1993)  

 

  

Lino Jupe et Jambes

« L’amie allemande » (Hamburg, hiver 1983)

 

 

Lino oiseaux plantes

« Deux oiseaux dans une flore lacustre » (décembre 1991)

 

Olivier Ypsilantis

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Notes sur l’art – Le Cahier gris – IX / X

 

En header, « Rhyl Sands » (1854) de David Cox.

 

David Cox (1783-1859) une touche si libre à une époque où elle ne l’était pas tant. Cet aquarelliste se met tardivement à la peinture à l’huile, guidé par William Müller. « Rhyl Sands » (1854) anticipe Eugène Boudin et les Impressionnistes. On ne connaît pas assez David Cox en France.

 

John Martin, the climax of his work, a trilogy of huge canvases : « The Great Day of His Wrath », « The Last Judgement », « The Plains of Heaven ». Les versions gravées et commercialisées de ces œuvres.

 

L’oncle G. a accroché un peu partout dans sa maison, et jusque dans les toilettes, des lithographies qui mettent en scène des chiens avec généralement beaucoup d’esprit. Il me faudrait lui offrir une reproduction de « Dignity and Impudence » (1839), une peinture de Sir Edwin Landseer.

DIGNITY AND IMPUDENCE DOGS

« Dignity and Impudence » (1839), de Sir Edwin Landseer. 

 

Cours en amphi, Histoire de l’art. Avec son élan habituel, Monsieur F.  évoque un peintre qui m’est inconnu, Topino-Lebrun (1764-1801). Quelques repères biographiques. Topino-Lebrun est élève de David. Il aurait commencé « La Mort de Caius Gracchus » à Rome, en 1792, mais aurait été dans l’obligation de l’interrompre. 1793, il se retrouve juré au Tribunal révolutionnaire, notamment au procès de Hébert et des hébertistes puis de Carrier et du Comité de Nantes. En 1795, il aurait pris les armes pour défendre la Convention pendant la journée de Vendémiaire. Il soutient Babeuf en s’abonnant (abonnement de soutien) à son journal, « Le Tribun du Peuple ». 1796, arrestation de Babeuf et démantèlement de la « Congrégation des Égaux » (qui a en tête de rétablir la Constitution de 1793 en renversant le Directoire par l’insurrection). Suite à l’Affaire du Camp de Grenelle, Topino-Lebrun est recherché. 1797, exécution de Babeuf qui après avoir tenté de se poignarder est traîné ensanglanté vers la guillotine. Topino-Lebrun achève en mai « La Mort de Caius Gracchus » qui est exposé en 1798 au Salon de l’an VI. 1801, Topino-Lebrun est guillotiné pour avoir voulu attenter à la vie de Bonaparte alors Premier consul, une accusation parfaitement infondée. Il faut lire la lettre de Topino-Lebrun intitulée : « Topino-Lebrun, non jugé, mais condamné à la peine de mort par le Tribunal criminel de la Seine, le 19 pluviôse à 11 heures du soir ». Bonaparte déclare le jour même de l’exécution qu’il est satisfait de s’être débarrassé de l’« état-major des Jacobins ». Ci-joint, un lien ina.fr rend compte du livre « Guillotine et peinture. Topino-Lebrun et ses amis » édité à l’occasion de l’exposition au Centre Beaubourg, une étrange et dramatique histoire racontée par Alain Jouffroy :

https://www.youtube.com/watch?v=YF5mtlJ41JI

Monsieur F. passe en revue les artistes qui ont participé à cet hommage à partir d’un travail de réflexion sur la peinture d’histoire proposé par Alain Jouffroy. Parmi ces artistes, Erró (avec portrait de Salvador Allende au centre de la composition), Gérard Fromanger (Gracchus Babeuf et Pierre Overney « assassinés par l’appareil d’État qu’ils combattent »), Antonio Recalcati (insiste sur le rapport moral du peintre avec l’histoire, sur le rôle politique de la peinture, la peinture qui est un rapport à l’histoire).

 

En amphi, il est question de François Morellet. Plutôt ennuyeux. Mais, enfin, je suis jeune et me dois donc d’être férocement omnivore, intellectuellement tout au moins  — faire mon miel, butiner… J’écoute donc le conférencier qui me parle d’un homme à peine plus consistant que Daniel Buren qui, lui au moins, a provoqué un petit scandale parisiano-parisien du côté du jardin du Palais-Royal. A mesure qu’avance le cours, je me laisse distraire par le profil d’une étudiante au long cou que mettent en valeur des cheveux coupés court. L’envie de la dessiner, d’interpréter ce profil en haut-relief sur une pièce de monnaie ou une médaille. Le profil, plus révélateur que la face car plus graphique.

 

Gaston Chaissac pourrait être interprété sans difficulté en vitrail, avec ses compositions cloisonnées.

Gaston Chaissac

« A Lili, deux personnages et un animal », Gaston Chaissac – 1950 (gouache sur papier, 20,9 cm x 26,8 cm)

 

Les ateliers des sculpteurs Étienne Martin et Georges Jeanclos (Jeankelowitsch), ennuyeux, terriblement ennuyeux. Rien que du scrogneugneu. Je ne comprends pas que les productions de ce dernier puissent émouvoir, ces petits trucs en terre cuite qui ressemblent à des cacas. Je quitte les lieux sans m’attarder et sans un mot. J’ai hâte de marcher sous le ciel, si beau aujourd’hui. Je me console de toute cette brocante en pensant aux artistes anglais qui interrogèrent le ciel et ses états. Le ciel, tout est là ! Le soir, respiré devant des compositions de Jean Degottex, de Geneviève Asse et de Pierre Tal Coat où l’espace est si généreux.

 

Nicolas Wacker est l’auteur d’un petit livre, d’un guide : « La peinture à partir du matériau brut et le rôle de la technique dans la Création d’Art » en vente à la Librairie de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts (E.N.S.B.A.), 13 quai Malaquais, 75006 – Paris. Il s’agit d’une édition d’auteur. Les cours de Technique de la peinture qu’il dispense avec l’aide de son assistant, Abraham Pincas, un parent de Pascin. Nicolas Wacker (né en 1897) est aussi peintre. Son œuvre est plutôt faible ; mais l’homme extraordinairement sympathique est probablement l’un des meilleurs connaisseurs des techniques de la peinture (supports, pigments, etc.), une connaissance amplifiée et approfondie par la pratique de métiers : Nicolas Wacker a été décorateur, encadreur, il a organisé des expositions, copié des tableaux et en a restaurés. Ce fascicule est devenu un aide-mémoire pour ses élèves. Il est le fruit de nombreuses lectures parmi lesquelles les écrits de Max Doerner, « The Materials of the Artist and Their Use in Painting ». L’idée centrale de ce livre d’une soixantaine de pages : une technique n’est possible qu’à partir de la connaissance du matériau brut. Aujourd’hui Nicolas Wacker m’a guidé dans la technique du glacis (en acrylique). Je ne suis pas peintre mais compte me servir de certaines « recettes » pour des fresques dont je conserve des esquisses dans mes cartons.

Ci-joint, la référence d’une excellente biographie sur cet artiste et pédagogue « Nicolas Wacker peintre 1897-1987 » :

http://www.somogy.fr/livre/nicolas-wacker-peintre?ean=9782850567711

 

Une passionnante lecture, « Ceci est la couleur de mes rêves », des entretiens Joan Miró avec Georges Raillard (Ed. du Seuil, collection « Traversée du siècle »). L’entretien sait donner des livres passionnants entre tous, des livres au dynamisme particulier avec cet échange d’énergie. Ainsi, chez ce même éditeur, dans cette même collection, on peut lire « Une mémoire allemande », des entretiens Heinrich Böll avec René Wintzen. Dans ces deux cas, la proximité avec l’artiste et l’écrivain est physique. De ce fait, le lecteur éprouve une gratitude particulière non seulement à l’égard de l’interviewé mais aussi de l’intervieweur.

 

Rencontré Roland Topor dans un couloir de l’École. Roland Topor, un ancien de cette vénérable institution. J’aurais aimé lui dire quelques mots, mais la timidité… J’aurais aimé lui dire quelques mots d’autant plus que j’avais feuilleté quelques jours auparavant « Les Masochistes ». Roland Topor le cérébral et, de ce fait, le savoureux. Ses trouvailles (cérébrales), un régal. Roland Topor n’est pas un bon dessinateur, rien à voir avec Chaval ou Steinberg, avec Bosc ou Desclozeaux, avec Serre ou Tim. Peut-être aurait-il perdu de sa virulence s’il avait dessiné aussi bien qu’eux. Mais qu’importe ! Roland Topor nous apprend qu’il n’y a pas de frontière dans l’art d’aller trop loin, qu’il suffit pour cela d’avoir un peu d’imagination, d’ignorer le bon goût, de remonter le mécanisme jusqu’à en casser le ressort. Je détaille des portraits photographiques de Roland Topor et pense à Franz Kafka et aux Marx Brothers, à Goucho surtout.

Roland Topor

Roland Topor (1938-1997)

http://www.dailymotion.com/video/xdhui_roland-topor-vous-parle-1_news

 

Un livre dont le titre est déjà tout un programme, « The Englishness of English Art » de Nikolaus Pevsner. J’ai commencé par en considérer chaque image avant d’en entreprendre la lecture. La plus étrange image, une vue intérieure de la cathédrale de Wells : « The most fanciful of all exemples of enforced compartmentalism are the strainer-arches of the crossing at Wells Cathedral », sans oublier la façade de la cathédrale de Lincoln : « The thirteenth-century façade of Lincoln Cathedral set as a screen against the west ends of nave and aisles without any emphasis on their dimensions. »

L’excentricité  anglaise c’est aussi William Blake et le bien moins connu Richard Dadd. L’Angleterre, pays de characters. Les rêveries les plus profondes naissent derrière les façades ordonnées de la bourgeoisie…

Ce livre de Nikolaus Pevsner est riche en propositions étonnantes volontiers élaborées à partir de rapprochements. Il écrit par exemple, à propos du English Garden : « The windy path and the serpentine lake are the equivalent of Hogarth’s Line of Beauty », un ligne que j’ai étudiée, amusé, dans la maison du peintre, à Chiswick, au cours d’un été londonien. Autre rapprochement qui ouvre une porte — une perspective — avec ces deux photographies aériennes placées en regard (au chap. 7, « Picturesque England ») et leur légende : « Royal Palaces: the Louvre, wholly urban and with formal parterres; and Buckingham Palace, a country-house in its grounds transported into the metropolis ». J’insiste, ce livre se boit comme un vin capiteux. Alors que je le referme me vient l’idée d’une série d’articles : « The Spanishness of Spanish Art », « The Frenchness of French Art », « The Portugueseness of Portuguese Art », et ainsi de suite.

Ci-joint, un notice biographique sur ce phénomène (Nikolaus Pevsner) :

https://dictionaryofarthistorians.org/pevsnern.htm

Et en trois parties, « The Reith Lectures: The Englishness of English Art (1955) » :

https://www.youtube.com/watch?v=7K0X6Zb_E24

https://www.youtube.com/watch?v=NlMDMxlL9tk

https://www.youtube.com/watch?v=WaL8Nn7baJY

Une exposition du Laboratoire d’Ethnologie du Muséum d’Histoire Naturelle – Musée de l’Homme, intitulée « Rites de la mort », l’une des plus extraordinaires expositions de ces dernières années, à Paris. J’y retrouve l’ambiance du Musée des Arts africains et océaniens du Palais de la Porte Dorée et cette joie d’apprendre, d’ouvrir des portes et même d’enfoncer des murs pour de nouveaux espaces. Cette exposition émouvante entre toutes répertorie des rites funéraires et nous parle de… la vie.

Roumanie. Voir les recherches de l’ethno-musicologue Constantin Brailoiu. Rites post-mortuaires particulièrement complexes. Par exemple, si le mort est un célibataire, on craint qu’il ne revienne tourmenter les vivantes sous la forme d’un vampire. Aussi lui donne-t-on une conjointe sous la forme d’un sapin que des jeunes de sa génération vont couper dans la forêt. Ils l’ornent de serviettes brodées, de rubans, de fleurs et suivent le cortège, de la demeure du défunt à sa dernière demeure. Ils attendent devant l’église pendant le service funèbre avant de repartir avec le sapin pour le fixer en terre, au chevet de la sépulture. Les diverses formes de la pomana (l’offrande). Par exemple, elle peut consister en une série de dons de nature diverse offerts aux voisins qui ainsi deviennent les substituts du défunt et ont le devoir moral de les consommer et les utiliser. Autre exemple de pomana (puntea mortului) : le défunt ayant des rivières à traverser, on lui consacre une passerelle ou la réfection d’un pont.

Les tombeaux des marabouts (saints du Maghreb, récepteurs et émetteurs de la baraka). L’une des caractéristiques du marabout : il peut s’inscrire dans la descendance de saints antérieurs à l’Islam ; et le lieu même de son tombeau (promontoire, source, etc.) peut avoir été sacré avant l’apparition de l’Islam.

L’au-delà aztèque est déterminé non par les mérites dans cette vie mais par le type de mort, lui-même déterminé dès la naissance. Pour ce peuple qui se sent responsable de la marche du Soleil, le destin le plus enviable est la mort au combat ou sur la pierre des sacrifices. Le cortège de ces morts accompagne la marche du Soleil vers son zénith ; et ce cortège est relayé par celui des femmes mortes en couches qui elles aussi ont combattu — pour donner des guerriers. Ci-joint, un très riche lien intitulé « Les victimes du sacrifice humain aztèque » et signé Michel Graulich :

https://civilisations.revues.org/3401

Les agapes funéraires zoroastriennes. On honore les défunts mais aussi l’histoire profane, comme le jour anniversaire de la destitution du souverain sassanide par les armées arabes, en 651. L’exposition des cadavres, voir la Sibérie et l’Afghanistan (avant l’islamisation). Les tours du silence ne remontent pas au-delà du XVIIe siècle. C’est un système particulièrement élaboré et entièrement écologique.

 

Longue discussion dans l’atelier de gravure avec Jessie Bensimon. Elle grave à la pointe de diamant des scènes à caractère intimiste avec profusion d’étoffes (chemises de nuit, draps, rideaux, tentures) où le modèle semble vivre comme une créature marine dans des fonds sous-marins. On pense à Jules Pascin avec ce traitement léger et liquide. Jessie la discrète. Une élocution, une syntaxe et un vocabulaire très soignés. Parler avec elle est un plaisir avec ce soin apporté à l’expression, avec cette attention soutenue qu’elle vous offre, avec cette diversité des sujets qu’aborde cette femme de grande culture au jugement calme et aigu. L’une des personnalités les plus attachantes de ces années d’études à l’E.N.S.B.A. Il y a peu, au cours d’une promenade Internet, j’ai eu le plaisir de la retrouver ; et devant une presse taille-douce ! :

http://www.dailymotion.com/video/x2ikulr

 

Lorsque je pense « génie », je pense d’emblée : « Albert Einstein » ; mais un autre nom me vient aussi : « Tex Avery », un génie, oui, vraiment ! J’ai autant de plaisir à étudier les propositions cosmologiques du physicien qu’à suivre les aventures de Droopy, de Wolf devenu lubrique voire obsédé sexuel, de Bugs Bunny, de Daffy Duck, de ce chasseur chauve plus bête que méchant (Buck Egghead qui deviendra Egghead puis Elmer Fudd)… J’aime Daffy Duck et Bugs Bunny, deux insolents, arrogants et sûrs d’eux-mêmes. Bugs Bunny, un schnorrer pour reprendre un mot yiddish, soit un marginal astucieux et baratineur. Bugs Bunny aux prises avec Elmer Fudd, ça vaut bien les plus belles propositions de l’astrophysique ! J’aime Tex Avery qui fout sa merde partout, et d’abord chez Walt Disney, et toujours avec un air de garçon bien élevé. Mais j’allais oublier : le premier film de Tex Avery paru à la Metro-Goldwyn-Mayer met en scène Adolf Wolf, soit Adolf Hitler en gros méchant loup (dans « The Blitz Wolf ») face à trois petits cochons décidés à en découdre.

Tex Avery

Une planche de Tex Avery

 

(à suivre)

Olivier Ypsilantis 

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Notes sur l’art – Le Cahier gris – VIII / X

 

En header, une photographie de Hamish Fulton, the Walking Artist, « Northern France » (1977)

 

Et si tout (ou presque tout) l’art contemporain n’était qu’une suite de petits numéros, parfois amusants sur le coup mais vite oubliés comme le sont tous les petits numéros. Cette énorme production est le fait de notre société de consommation et de spectacle. Du déchet, quotidiennement et en quantité. Petits amusements, presque tout : des pots de fleurs de Jean-Pierre Reynaud à Raysse-Beach de Martial Raysse, des « décollages » de Mimmo Rotella aux pneumatiques de Peter Stämpfli, des « tableaux-surprise » de Niki de Saint-Phalle aux néons de Bruce Nauman, du pouce de César aux « emballages » de Christo, des rapprochements d’Erró au paquet de cigarettes Camel de Roland Flexner, des pochettes d’allumettes géantes de Raymond Hains à « l’aliment blanc » de Robert Malaval, de la Merda d’artista de Manzoni aux immenses objets surdimensionnés de Claes Oldenburg, des accumulations d’Armand aux Comics de Roy Lichtenstein, des sérigraphies d’Andy Warhol aux « environnements » de Georges Segal, etc., etc., etc.

Ces considérations ne sont pas condamnation, mais simple compte-rendu sur un mode amusé. Le lecteur l’aura compris. J’étudie avec avidité, une avidité jeune et amusée, passant d’une œuvre du Quattrocento à l’Arte Povera, du cubisme à la Figuration Libre, et ainsi de suite. Mais ne vais-je pas finir dégoûté par mon appétit, par mon omnivorisme ? Ce que je n’ai pas dit : j’éprouve à l’égard de certains de ces artistes et de leurs trouvailles une authentique tendresse.

 

Les toiles libres (dépourvues de châssis) de Claude Viallat avec répétition systématique d’un motif. La multiplication des supports à partir de 1975 : stores, draps, vêtements, parasols, bâches, etc.

 

Georges Vantongerloo (1886-1965) fut le premier à faire passer les recherches du néoplasticisme des deux dimensions à l’expression volumétrique. Son influence aussi discrète que certaine sur les courants les plus avancés de l’architecture des années 1920-1930.

 

Il y a quelques années, j’ai fait des cauchemars probablement inspirés de « Chambre 202 – Hôtel du Pavot » de Dorothea Tanning et, dans une moindre mesure, de « l’aliment blanc » de Robert Malaval. Le surréalisme de Dorothea Tannning m’inquiète beaucoup plus que celui de son époux, Max Ernst, un surréalisme somme toute aimable. La pire des inquiétudes est bien celle qui procède du quotidien, de la banalité. C’est pourquoi « The Shining » de Stanley Kubrick reste à mon sens le plus angoissant des films, et de loin. Autre cauchemar (à la limite du cauchemar) : une séquence inspirée du « Déjeuner en fourrure » de Meret Oppenheim.

Dorothea Tanning

Dorothea Tannning, « Poppy Hotel, Room 202 »

 

Je ne cesse d’y revenir car cette exposition au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris (du 14 octobre au 30 novembre 1980) reste l’une des plus belles expositions que j’ai pu voir dans cette ville, une exposition dédiée à Stravinsky dont je connais peu la musique, Stravinsky que je connais surtout par le petit livre que lui a dédié Charles-Ferdinand Ramuz, « Souvenirs sur Igor Stravinsky ». Je reviens volontiers par le souvenir dans cette exposition (aidé par le catalogue), un délice, avec cette collaboration d’artistes à la palette joyeuse parmi lesquels Larionov et Gontcharova, sans oublier Alice Halicka et ses projets de costumes.

 

Célébrants de la mémoire, Daniel Spoerri et Christian Boltanski, deux artistes qui me sont apparus d’emblée comme des intimes. Je ne savais pas qu’ils étaient juifs. Le fait qu’ils le soient explique-t-il (au moins en partie) qu’ils me soient intimes ? Les Juifs, le peuple de la mémoire par excellence.

 

Un rapport d’ambiance entre certaines œuvres de Jannis Kounellis et Andrei Tarkovski, à commencer par son avant-dernier film, le sixième donc, « Nostalghia » (Ностальгия).

 

Avec Hamish Fulton, the walking artist, je suis chez moi, vraiment chez moi. Ses photographies sont autant de pages d’un journal. Et je pense à ce livre beau entre tous, « Sur le chemin des glaces » de Werner Herzog. Imaginer une collaboration Hamish Fulton – Werner Herzog.

 

L’influence de Jules Bastien-Lepage sur les peintres anglais de sa génération. J’ai découvert (non sans surprise) ce peintre à l’occasion d’un de mes premiers voyages en Grande-Bretagne, à l’Aberdeen Art Gallery and Museums, avec « Going to school ».

 

Les magnifiques dessins (beaucoup de sanguines) de John William Waterhouse. Entrer John William Waterhouse drawings sur Google puis se mettre en mode « Images ». Quelques trois-quarts, beaucoup de profils.

 

On peut se moquer du métier au nom de l’instinct (beaucoup d’étudiants donnent encore dans le genre, l’héritage de Mai 68 probablement), il n’empêche que je me sens bien, très bien même, chez Sir Lawrence Alma-Tadema. A ce propos, je me souviens des réprobations prolongées venues de l’amphithéâtre lorsque Bruno Foucart, ce passionné de XIXe siècle, confessa (timidement et après avoir pris des précautions) sa passion pour Jean-Léon Gérôme.

 

Déception. J’aurais pu participer à l’exposition « Le siècle de Kafka » (1984) qui se tient au Centre Georges Pompidou ; une vitrine aurait pu m’être réservée mais Mr. R. était en voyage et n’a pu m’avertir. J’aurais pu présenter les trois portraits à la mine de plomb et le portrait à la pointe sèche, ce dernier inspiré de la photographie de l’écrivain que je préfère (prise en 1906). Sur cette photographie, on le voit souvent seul, en col dur et chapeau melon ; mais l’image complète (je l’ai découverte il y a peu, en page 51 de la somme iconographique élaborée par Klaus Wagenbach, chez Pierre Belfond, 1983) le montre avec une main sur la tête d’un gros chien, à côté de la serveuse Hansi Julie Szokoll, ainsi que le précise la légende. Le mot « serveuse » serait bien pudique…

L’exposition « Le siècle de Kafka » est annoncée par un grand portrait de Karel Appel accroché à la façade du Centre Georges Pompidou. Les portraits de David Levine (Franz Kafka est dessiné avec d’immenses oreilles en pointe), leur modelé suggéré par de fins entrecroisements à la plume. Les illustrations de Louis Mitelberg (Tim) pour les « Œuvres complètes » de Franz Kafka (en huit volumes au Cercle du Livre Précieux, Paris, 1968), des dessins au trait arachnéen. Une communauté d’ambiance : les écrits de Franz Kafka, les sculptures d’Alberto Giacometti, les dessins d’Alfred Kubin — une liste à compléter.

 

Karel Appel, Kafka

Le portrait de Kafka par Karel Appel

 

L’oncle préféré de Franz Kafka, Siegfried Löwy, médecin de campagne. Ses amis intimes, Max Brod, Felix Weltsch et Oskar Baum. La rencontre (déterminante) à l’automne 1911 avec une petite troupe d’acteurs de Varsovie (voir Isaac Löwy). Parmi les flirts de Franz Kafka, Margarethe Kirchner, fille des gardiens de la maison de Goethe, à Weimar (juillet 1912). Grete Bloch (morte en déportation), amie de Felice Bauer, son rôle central dans l’affaire des fiançailles. Puah Ben-Tovim, venue de Jérusalem faire ses études à Prague  donna des leçons d’hébreu à Franz Kafka. Ci-joint, une notice biographique sur cette femme ; titre : « Literary Footnote; Kafka’s Hebrew Teacher » :

http://www.nytimes.com/1981/08/16/books/literary-footnote-kafka-s-hebrew-teacher.html?pagewanted=all

Février 1921, il rencontre Robert Klopstock. Dora Dymant. Lire la préface de Jorge Luís Borges à ses traductions de récits de Franz Kafka réunies sous le titre « La Metamorfosis ».  Les séquences pour « Le Procès » réalisées sur des écrans d’épingles (pinboard) par Alexandre Alexeïeff, en 1962. Ci-joint et respectivement, l’un de ses chefs-d’œuvres, une interprétation du « Nez » de Gogol (1963), et « Une nuit sur le Mont-Chauve » (1933), musique de Moussourgski (réalisés avec la collaboration de sa femme, Claire Parker, inventrice du procédé) :

https://www.youtube.com/watch?v=AGsI921LzFM

https://www.youtube.com/watch?v=13FQ1wvxVHs

Chez les R., dans leur maison de Fontenay-aux-Roses. Au mur, dans le salon, une belle matrice en cuivre d’Alexandre Alexeïeff. Par la fenêtre, le pavillon où vécut Paul Léautaud, le vieux filou qui se faisait faire des gâteries par Marie Dormoy dans les bureaux du Mercure de France. Déjeuné avec Wolfgang Gafgen. Homme fort sympathique mais œuvre ennuyeuse, bien que de qualité (voir ses dessins et gravures). Même remarque pour Mario Avati (voir ses manières noires), également rencontré chez les R.

Franz Kafka, communauté d’ambiance ou air de famille… Et je pense aux moulages de George Segal, aux emballages (de mannequins) de Christo, aux bétonnages de Wolf Vostel… Et je pourrais en revenir à Ipoustéguy. Les dessins de Franz Kafka. Sa très belle écriture, son élégance.

 

Aujourd’hui, tout l’art contemporain me fatigue — m’amuse mais me fatigue. Ce n’est qu’une fatigue passagère, bien sûr. Mes énergies se réorganisent. Je vais partir me reposer chez moi, en Crète, avec l’art égéen, avec ces peintures simples, fresques ou peintures sur vases, avec ces oiseaux qui volettent entre des fleurs que portent de longues tiges souples.

 

Chez Arsène Bonafous-Murat (15 rue de l’Échaudé). Je me suis perdu dans les splendeurs du noir et blanc d’estampes rangées dans ses cartons, dans le regard d’élégantes d’Edgar Chahine, de James Tissot et de Paul César Helleu (voir ce qu’en dit Marcel Proust). Je pourrais dire que j’ai fait une partie de mon éducation chez ce grand monsieur qui n’hésite pas à sortir des merveilles de ses réserves, simplement parce qu’il devine un amoureux de l’estampe, du noir et blanc. Parmi ces rares marchands d’art amoureux de ce qu’ils proposent à la vente, il me faut aussi évoquer Jean-Pascal Léger, éditeur et directeur de la Galerie Clivages (46 rue de l’Université) avec lequel j’évoque Tal Coat que nous aimons pareillement.

Ma tristesse en lisant ce qui suit dans un numéro de 2011 du magazine « Connaissance des Arts » : « Disparition d’Arsène Bonafous-Murat. Le collectionneur et marchand d’estampes Arsène Bonafous-Murat s’est éteint le 18 avril dernier, à l’âge de soixante-dix-sept ans. Passionné de gravures du XVe siècle à nos jours et amoureux des techniques traditionnelles d’imprimerie, il était installé depuis 1977 à Saint-Germain-des-Prés. Dans l’immeuble où fut créé le Mercure de France, au 15 de la rue de l’Échaudé, il éditait régulièrement des catalogues consacrés à l’art de la lithographie ainsi qu’à des artistes contemporains comme Érik Desmazières ou Jürg Kreienbühl. »

 

Plus j’étudie l’histoire de l’art en Angleterre plus ce pays m’émerveille, ce pays dont j’aime tant la langue, une langue qui allie poésie et technique, l’esprit celte, latin, scandinave et germanique, une langue qui explique une certaine supériorité…

William Morris fut l’un des représentants de ce génie. Cet homme s’efforça lui aussi vers l’art total, comme les frères Adam, avec ses ateliers (vitraux, papiers peints, étoffes de tentures, tapisseries de haute lisse, tapis, etc.). Sa vision le porta également vers l’imprimerie, l’architecture du livre (voir l’impression des livres de Chaucer). William Morris ne fut pas seulement un artiste et un théoricien (un homme engagé) mais aussi un chef d’entreprise. Cet homme fut un géant digne de la Renaissance, un homme total. Étudier l’influence de John Ruskin (voir le renouveau esthétique qu’il prône entre 1843 et 1860) sur William Morris. Sa vision de l’artisan, son attitude par rapport à la machine qui dans l’industrie marque selon lui, John Ruskin, un progrès mais aussi un recul, etc. Pour avoir une idée assez complète des réalisations de William Morris, se rendre au Victoria & Albert Museum (V&A) et lire « News from Nowhere » (1891).

 

William Morris

L’un des innombrables motifs décoratifs conçus par William Morris

 

(à suivre)

 Olivier Ypsilantis

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Notes sur l’art – Le Cahier gris – VII / X

 

En header, Wallfahrtskirche St. Jakobus (1684) à Biberbach, de Dominikus Zimmermann.  

 

Encore un air de famille avec cette extrême élégance (par élancement, par étirement) des corps : George Minne et Wilhelm Lehmbruck. Autres corps pareillement élégants, ceux d’Archipenko. Ci-joint, la caméra tourne autour d’un torse féminin de ce sculpteur d’origine ukrainienne :

https://www.youtube.com/watch?v=8kjgNWVP3lE

 

Ambiance névrotique, Bruxelles et Prague début XXe siècle. En Belgique, cette ambiance à la fois somptueuse et étouffante peut être symbolisée en littérature par « Bruges-la-Morte » de Georges Rodenbach ; et en art par Fernand Khnopff et Jean Delville (pour ne citer qu’eux), ce dernier étant le plus fervent disciple belge de Sâr Mérodack Joséphin Peladan (Joséphin Peladan). J’ai découvert Jean Delville lorsque j’étais enfant, dans une revue, avec « Orphée mort » (1893). La tête du poète est placée dans une lyre sur laquelle retombe sa chevelure. La composition baigne dans une lumière marine (bleutée) et lunaire.

Michel Delville

Une composition de Jean Delville (1867-1953) 

 

Week-end au Grand-Duché du Luxembourg (février 1983). Visite du Musée d’histoire et d’art du Luxembourg. Un artiste que je ne connaissais pas domine tous les autres, Joseph Kutter (1894-1941). Ci-joint une brève présentation des œuvres de cet artiste dans ce musée :

https://www.youtube.com/watch?v=sEMEDGDlj8Y

 

Un air de famille encore : le tchèque Joseph Šíma et l’anglais Paul Nash, entre certaines de leurs œuvres tout au moins. Joseph  Šíma, les promenades de l’enfance au monastère de Kuks (en Bohême où il est né) et ses environs (dont la forêt de Bethlem) peuplés de sculptures de Matthias Braun. Révélation : entre Hendaye et San Sebastian, il voit la foudre incandescente errer lentement sur la pente d’une vallée. C’est au cours d’un séjour en 1924, chez Pierre Jean Jouve, au-dessus du lac de Lugano, à Carona, que Šíma reçoit un soir de tempête une autre révélation. Joseph Šíma s’éloigne de l’abstraction géométrique et s’efforce de transcrire ces deux révélations. Son peu d’affinité avec André Breton et l’antagonisme qui va s’affirmer entre le Surréalisme et le mouvement du « Grand Jeu ». L’atelier de Yébles acheté en 1925, près de Bussy-Rabutin, dans la Brie, avec la grange aménagée en atelier. Là, il interroge ses souvenirs (enfance dans la plaine de Jaromer, guerre en Volinie). 1932, exposition « Poésie » à Prague, prélude à la fondation du groupe surréalistes tchèque (1934).

Je détaille des compositions de Joseph Šíma. La fragile délicatesse de certains traits, comme tremblés par l’émotion. Des huiles aux transparences de vitrail — et, de fait, j’ai appris il y a peu qu’il avait travaillé au début des années 1920 dans les ateliers de vitraux Mauméjean, à Hendaye.

Quelle était la teneur des conversations entre Jospeh Šíma et Piet Mondrian dans l’atelier de ce dernier, à Montparnasse ? La tentation mondrianesque de Joseph Šíma (au cours de l’année 1925), une tentation que renforce sa relation (entre autres relations) avec son compatriote, Franz Kupka, dans son atelier de Puteaux.

 

Jawlensky, une rencontre au cours d’un séjour à Munich, au début des années 1970, alors que j’étais collégien. Un émerveillement. Je retrouverai Jawlensky une quinzaine d’années plus tard, au Musée des Beaux-Arts de Lyon. Très jeune, il est stupéfié par le visage d’une icône dans un lieu saint, une stupéfaction qu’il s’efforcera de traduire tout au long de sa vie, une stupéfaction — une révélation — comparable à celle de Joseph Šíma contemplant ces orages au Pays Basque et au-dessus du lac de Lugano. Les admirables têtes de 1912, les paysages et natures mortes de la même année, avec l’influence des Fauves français et les Expressionnistes allemands où transparaît comme en rêve le monde riche en couleurs du folklore russe. Et l’héritage byzantin (voir les mosaïques de Ravenne). Les « Quatre Bleus » (fondé en 1924) : Jawlensky, Klee, Feininger, Kandinsky. Dans les dernières années de sa vie, le visage devient un thème essentiel, exclusif même, avec des formes toujours plus simplifiées, et ce signe ultime : une croix formée par l’arête nasale et les yeux-sourcils. Voir les séries « Petite méditation » et « Grande méditation ».

Si la tristesse me prend, je me réfugie chez Gabriele Münter, une autre révélation au cours de ce séjour à Munich.

Gabriele Münter

Une peinture de 1934 de la chère Gabriele Münter. J’y retrouve l’ambiance de certaines nouvelles de Katherine Mansfield.  

 

Chez un brocanteur où j’accompagne un ami. Je dégote dans le tiroir d’une armoire qui sent bon l’encaustique « Réflexions sur l’imitation des œuvres grecques en peinture et en sculpture » de Johann Joachim Winckelmann. Le brocanteur juge ma trouvaille tellement pauvre qu’il m’en fait cadeau après avoir considéré ses pages jaunies avec indifférence. A la valeur intrinsèque du texte et sa traduction s’ajoute une autre valeur, discrète : l’exemplaire de cette édition a été corrigé de la main de son auteur, Léon Mis, professeur honoraire à la faculté des lettres de l’Université de Lille. Ci-joint, une notice sur cet enseignant et traducteur de l’allemand :

https://hleno.revues.org/116#tocto1n71

 

Nuit du 22 au 23 janvier 1983, un cauchemar inspiré par Edward Kienholz et plus encore par Dorothea Tanning. J’avais étudié certaines de leurs œuvres l’avant-veille.

 

Parmi les livres essentiels sur l’art, cette synthèse inspirée de Heinrich Wölfflin, « Renaissance und Barock ». Je suis sorti de cette lecture complètement enivré. Ci-joint et respectivement, deux articles « ‟Principes fondamentaux de l’histoire de l’art” de Heinrich Wölfflin et  ‟L’Architecture du drame shakespearien” d’Oskar Walzel » et « Heinrich Wölfflin : Histoire de l’art et germanistique entre 1910 et 1925 » :

http://www.persee.fr/doc/litt_0047-4800_1997_num_105_1_2433

https://rgi.revues.org/459

 

Amlach, un art révélé au grand public par l’exposition organisée au Musée d’ethnographie de Neuchâtel, en 1964. Amlach, petite ville située sur les hauts-plateaux iraniens, au sud-ouest de la mer Caspienne. Cet art a été découvert en 1934, à Kalar Dasht, par des ouvriers occupés à creuser une piscine. L’art d’Amlach (IXe-VIIIe siècle av. J.-C.). Les bronzes du Luristan (VIIIe-VIIe siècle av. J.-C.).

 

Discussion avec le conservateur général au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale chargé de l’estampe du XXe siècle, Françoise Adam-Woimant. Elle cherche à étoffer son dépôt légal. Cette femme me reçoit avec une amabilité particulière, comme elle reçoit tous les élèves de Pierre Courtin auquel elle voue de l’admiration. Dans le dernier chapitre de « La gravure » (chez Que sais-je ?), un ouvrage collectif dont Françoise Adam-Woimant a signé le dernier chapitre (chap. VII – « Le XXe siècle »), elle écrit : « Et surtout le relief promis au plus bel avenir fait son apparition dès 1947 avec le graveur Pierre Courtin. Les burins de ce dernier, petits bas-reliefs à caractère symbolique et incantatoire, pleins d’un humour secret, sont parmi les œuvres les plus originales et les plus volontaires de notre temps. »

 

Le mobilier érotique d’Allen Jones, eccentric, très anglais. Ci-joint, un lien BBC News intitulé « Do these sculptures objectify women ? » :

https://www.youtube.com/watch?v=VBY1ioh9gdw

 

En architecture, la saveur particulière du mélange pierre / brique. Voir le style Louis XIII, à commencer par le corps central du château de Versailles, la plus belle partie, et de loin, de cet immense ensemble. Voir également la place des Vosges, l’ancienne place Royale, sans oublier certaines demeures anglaises dont Swakeleys House (1629-1638).

 

La magnificence du baroque et du rococo en Allemagne, une magnificence qu’explique en partie la rivalité entre petits États dans une aire géographique terriblement morcelée. On retrouve ce phénomène de concurrence dans l’Espagne des royaumes de taïfas (XIe siècle).

La réaction néo-classique venue des États allemands du Nord gagna peu à peu le Sud. Rappelons que l’architecture religieuse (du baroque et du rococo) s’est surtout développée dans le Sud du pays où les États catholiques encourageaient la foi populaire en construisant (ou en rénovant) des centres de pèlerinage situés le plus souvent en pleine campagne. Voir l’église de pèlerinage de la Wies (die Wies : dans la prairie) construite par Domenikus Zimmermann (entre 1745 et 1754).

 

Lorsque j’ai lu « Le Procès » de Franz Kafka, j’ai situé l’action sans même y réfléchir à l’intérieur de la masse gigantesque du Palais de Justice de Bruxelles (de Joseph Poelaert) qui domine la ville. C’est un carré d’une surface de 26 006 m², de cent soixante mètres de côté et de cent quatre mètres de haut. Inauguré en 1883, c’était alors la plus grande construction d’Europe ; et elle reste à ce jour l’une des plus imposantes constructions en pierre de taille jamais réalisées. On est écrasé par « le mammouth » — son surnom. On se tient coi devant lui, non par admiration (aucun style, rien que de l’amoncellement) mais simplement écrasé, stupéfié par cette masse de pierres et l’ampleur des travaux entre 1866 et 1883.

LEAD Technologies Inc. V1.01

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Le Palais de Justice de Bruxelles de Joseph Poelaert 

 

Architecte néfaste, Ricardo Bofill, avec ce néo-classicisme dévoyé, avec ce néo-classicisme de mégalomane, simple écran derrière lequel la vie est impossible. Bombarder Antigone, à Montpellier, et Les Arcades du Lac, à Saint-Quentin-en-Yvelines ; ou, plutôt, transformer ces immenses ensembles en camps d’entraînement à la guérilla urbaine pour les armées. Autres réalisations à bombarder (où à convertir en lieux d’entraînement), celles du déconstructivisme (voir Frank Gehry et Cie). Une architecture de scrogneugneu  bonne pour les vieux schnocks.

 

Cour d’urbanisme auquel collabore Olivier Debré qui reste un passionné d’architecture. De fait, il l’a étudiée dans cette école même, dans les années 1930, dans l’atelier de son oncle, Jacques Debat-Ponsan, Grand prix de Rome 1912. Je ne sais que penser du travail d’Olivier Debré, mais j’aime l’homme. J’aime sa belle énergie (sa gestuelle de peintre) et son enthousiasme. Je suis heureux (et honoré) de le compter parmi mes professeurs. Ci-joint, quelques vidéos pour le souvenir. Je ne puis le revoir sans émotion. Son atelier en bord de Loire (à Vernou-sur-Brenne), sa voiture dont le capot lui servait de palette… :

https://www.youtube.com/watch?v=I6FPiAjYU0g

Je me souviens quand il travaillait au rideau de scène de la Comédie Française :

http://www.dailymotion.com/video/xfd0vl_portrait-olivier-debre_news

 

 Olivier Ypsilantis

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Notes sur l’art – Le Cahier gris – VI / X

 

En leader, l’église du Tiers-Ordre de Saint-François, à Ouro Preto (Brésil), œuvre d’Antônio Francisco Lisboa (Aleijadinho).

 

Parmi les peintres préférés de ma mère, Soutine. De fait, je ne puis voir l’un de ses tableaux sans penser à elle qui avait une manière si précise et enthousiaste de les commenter. Parfois même j’avais l’impression qu’elle en était l’auteur. Et, de fait, ses tableaux première période, les plus beaux, ont un air de famille avec ceux de Soutine. Elle aimait Soutine mais aussi les sages impressionnistes. Sages ! Pas si sages à bien observer leur touche agitée, virevoltante même. J’ai lu il y a peu un petit livre captivant, un portrait intime de Soutine par celle qui fut sa compagne, Gerda Michaelis, une jeune femme juive qui avait fui l’Allemagne nazie. C’est au cours de l’automne 1937 qu’elle rencontra le peintre, à Montparnasse. Elle s’occupait de Soutine malade qui décida de la surnommer « Garde ».

 

Me procurer « La théorie des arts en Italie de 1450 à 1600 » d’Anthony Blunt et « Principes fondamentaux de l’histoire de l’art » de Heinrich Wölfflin (deux livres publiés chez NRF-Gallimard, dans la collection « idées/arts »). Il faudra par ailleurs que je trouve le temps de lire « Journal (1822-1863) » de Delacroix (soit environ neuf cents pages) dont M. m’a fait un commentaire enthousiaste, hier soir. Il est publié chez Plon, dans la collection « Les Mémorables ».

 

The Great Fire se déclare le 2 septembre 1666. Ce malheur en élimine un autre. Il succède à la Great Plague de l’année précédente qui avait tué environ cent mille londoniens (soit près d’un habitant sur cinq) et qui se maintenait à l’état endémique. The Great Fire permit par ailleurs une reconstruction rationnelle de Londres (supervisée par Christopher Wren). On ne peut que penser à Lisbonne et à l’action du Marqués de Pombal, suite au séisme du 1er novembre 1755. C’est sous James 1er Stuart et Charles 1er Stuart que l’Angleterre sort de son provincialisme, sous l’impulsion d’Inigo Jones (1573-1652) nommé surintendant des bâtiments du roi en 1615. La démarche idéologique de cet architecte est soutenue par une dynastie étrangère (écossaise).

Inigo Jones

Inigo Jones’ Queen’s House

 

Inigo Jones. Extérieurs d’une grande sobriété. Volumes intérieurs exclusivement conçus à partir du cube que l’architecte démultiplie ou subdivise. Voir Queen’s House à Greenwich, l’une des réalisations les plus caractéristiques d’Inigo Jones, inspirée du palais Chiericati d’Andrea Palladio, une construction aujourd’hui bien mutilée. Inigo Jones est aussi un urbaniste, avec notamment Covent Garden.

Sir Christopher Wren (1632-1723) et la reconstruction de Londres suivant un plan avec système de quadrillage régulateur associé à de grandes places rayonnantes, un plan repoussé par les Londoniens attachés à leur ville détruite. Charles II cherche un compromis qui va priver Londres de cette monumentalité que l’âge classique donnera à Paris, Lisbonne ou Saint-Pétersbourg. Idem avec la plupart de ses principales réalisations : Christopher Wren doit accepter des compromis, notamment avec Saint-Paul Cathedral où il est contraint de renoncer au plan central en forme de croix grecque.

Mentor du palladianisme en Angleterre, lord Burlington (Richard Boyle, 3rd Earl of Burlington). C’est en Écosse que le néo-classicisme palladien multiplie ses réalisations. C’est en Écosse que naissent les Adam : le père William, et ses fils, Robert et James. Lorsque je pense au père, je pense d’abord à ses country houses, à commencer par Haddo House, rencontre de la mesure palladienne avec le monde sauvage de l’Écosse et ses clans. Ces immenses fenêtres, l’une des marques les plus visibles de l’Angleterre et de l’Écosse rurales et aristocratiques. Les structures — les rythmes — du petit bois dans ces grandes surfaces vitrées. Il y a un rapport entre les créations des frères Adam et celles du Bauhaus car, dans les deux cas, il y a volonté d’art total — le tout organique —, avec une même préoccupation pour l’ensemble et le détail, l’extérieur et l’intérieur, la structure et la décoration, etc.

 

Le style rococo, ornementation déchiquetée et disposée en contrepoint (selon des correspondances dissymétriques). Apparaît clairement chez les graveurs ornemanistes de la fin du règne de Louis XIV avant de se développer (vers 1720) dans le décor de boiseries d’hôtels parisiens. Passe de la France à l’Allemagne ; voir la parenté entre le salon ovale de l’hôtel Soubise et le pavillon d’Amalienburg, à Nymphenburg. Cependant, en France, le rococo touche peu à la structure — à l’architecture — qui reste conforme au style classique élaboré sous Louis XIV. Parmi les territoires de prédilection du rococo, le Portugal ; voir les ornemanistes du Minho-Douro et d’Oporto. La disparition de ce style dans le pays correspond à la réaction néo-classique suite au tremblement de terre de 1755. Mais il se prolongera au Brésil, jusqu’en 1800, avec le mulâtre Antônio Francisco Lisboa (1738-1814), plus connu sous le pseudonyme O Aleijadinho. Avec l’Allemagne, le rococo est radical : il ne s’en tient pas à un parti pris décoratif mais intègre dans un même rythme non seulement la peinture, l’ornement, la sculpture mais aussi l’architecture. C’est la fusion des arts, la Gesamtkunstwerk — un style symphonique.

 

Zackenstil (style cassé), un mot employé par les historiens allemands pour désigner un mode d’expression propre à l’art gothique germanique apparu au XIIIe siècle, avec cassures à angle aigu (qui se retrouveront chez les artistes de l’expressionnisme allemand, première moitié du XXe siècle), notamment dans les plis des vêtements. Ce style connaît une apothéose au XVIe siècle, chez des sculpteurs de retables. Voir en particulier celui de Breisach et de Niederotveiler. Weicherstil (style doux), soit les manifestations de tendresse dans le Spätgotik (dernière phase de l’architecture gothique). Son foyer, la région rhénane. Disparaît à la fin du XVe siècle.

 

Style Sheraton. Répandu par les dessins de Thomas Sheraton qui publia à la fin du XVIIIe siècle un livre à succès : « The Cabinet-Maker And Upholsterer’s Drawing-Book » et adapta le style Adam en simplifiant formes et décor, avec matériaux plus économiques et abandon des incrustations. Du Adam non plus aristocratique mais bourgeois, en quelque sorte.

 

Les architectes seldjoukides en Iran, avec nouveau type de mosquée inspiré de l’architecture civile abbâsside, elle-même inspirée de l’architecture sassanide. La mosquée à quatre iwans, la voûte en stalactite, avec trompes d’angles agencées sous une coupole de manière à passer du carré au plan à huit puis à seize côtés. Ces architectes ont par ailleurs profondément modifié la forme du minaret (antérieurement fait d’étages carrés en retrait) en imaginant de minces fuseaux polyédriques ou circulaires que couronne un balcon ou un cône effilé.

Ispahan

Les stalactites d’Ispahan, Iran. 

 

Rêverie devant des photographies de l’église de la Transfiguration du Sauveur (Iles Kiji, lac Onega. XVIIe – XVIIIe siècle). Travaillé à plusieurs pointes sèches et linogravures qui montrent l’espace russe, avec clochers à bulbe, l’un des emblèmes de la Russie. Ce sont autant de gravures conçues dans l’esprit du livre, comme des bandeaux surmontant un poème (en cyrillique) ou bien des culs-de-lampe. La neige et la taille d’épargne. Concevoir à l’inverse : c’est ce que j’ôte qui détermine la forme (taille d’épargne), facile pour le gaucher contrarié que je suis. Sans oublier qu’à l’impression tout s’inverse comme dans un miroir.

 

Rundbogen (arc en plein cintre) d’où Rundbogenstil, art roman — et Spitzbogenstil, art gothique. Mais cette acception est d’abord un aspect de l’historicisme puisqu’elle désigne aussi l’époque romantique qui, à l’imitation de la Renaissance, réhabilite le plein cintre. Voir les réalisations XIXe siècle, à Munich, de Leo von Klenze et Friedrich von Gärtner.

 

Colonne salomonique. De la colonne torse consacrée à Dionysos à l’emblème de l’eucharistie. Voir le baldaquin de Saint-Pierre de Rome par Le Bernin. Salomonique car on pensait que les colonnes réemployées (par Le Bernin lorsqu’il remania la basilique de Michel-Ange) dans les tribunes établies entre les piliers soutenant la coupole provenaient du temple de Salomon, à Jérusalem.

 

Lu « Le nazisme et la culture » de Lionel Richard. Le nazisme récemment arrivé au pouvoir allait-il laisser le champ libre à une avant-garde ? Avec du recul la question paraîtra déplacée ; elle ne l’était pas tant. Rappelons les faits. Au cours de l’été 1933, un groupe d’étudiants nazis s’oppose aux mesures prises à l’encontre de certaines tendances de l’art allemand (« Die Brücke » et « Der Blaue Reiter ») dont les membres, disent-ils, s’inscrivent pleinement dans le patrimoine national. Deux artistes nazis sont les porte-paroles de ce groupe : Otto Andreas Schreiber et Hans Weidemann. Alfred Rosenberg dénonce officiellement Otto Andreas Schreiber comme partisan d’Otto Strasser, le frère cadet de Gregor Strasser. L’artiste est amené à présenter des excuses. Le 22 juillet 1933, à Berlin, s’ouvre une exposition à la Galerie Ferdinand Möller sous l’égide des étudiants nazis. Cette exposition intitulée « Trente artistes allemands » regroupe autour de quelques jeunes peintres des expressionnistes (non-juifs) : Ernst Barlach, August Macke, Emil Nolde, Max Pechstein, Christian Rohlfs, Karl Schmidt-Rottluff. Elle est interdite trois jours plus tard. Suite à cette exposition avortée, et toujours sous l’impulsion d’Otto Andreas Schreiber, sont exposées en janvier 1934, à Berlin, des œuvres d’Ernst Barlach, de Lyonel Feininger et d’Emil Nolde. Alfred Rosenberg s’insurge. Rien n’y fait. En avril 1934, retour à la Galerie Ferdinand Möller où sont exposées plus de soixante aquarelles et lithographies d’Emil Nolde. Alfred Rosenberg s’insurge une fois encore. En  septembre 1934, Hitler met fin à ce désordre en donnant tort à Joseph Goebbels et Alfred Rosenberg. Lire la suite de cette affaire dans le livre en question (page 111 à page 115, dans l’édition « Petit collection Maspero »). Elle est révélatrice de luttes intestines, avec Hitler qui finit par se poser en arbitre entre Alfred Rosenberg et Joseph Goebbels — ce dernier étant plutôt favorable à l’expressionnisme. Par goût personnel, Hitler penche plutôt du côté d’Alfred Rosenberg ; mais par cet arbitrage, il espère à la fois affaiblir les ultra-révolutionnaires du nazisme (tendance Ernst Röhm et Gregor Strasser) et les nationalistes-conservateurs (tendance Franz von Papen et Alfred Hugenberg).

 

Des Ambulants (Передвижники) au réalisme socialiste. De Riépine (Илья́ Ефи́мович Ре́пин) à Brodsky (Исаак Израилевич Бродский), son élève de 1902 à 1908. Il me semble que la peinture la plus reproduite de ce dernier est « Lénine à Smolny ». Rappelons que la filiation des Ambulants au réalisme socialiste a une explication historique. L’avant-garde s’en prit aux Ambulants qui en quelque sorte se vengèrent d’elle, dès 1922, dans le cadre de l’Association des artistes de la Russie révolutionnaire (Ассоциация художников революционной России).

Brodsky

 Isaak Izraïlevitch Brodsky (1884-1939), l’un des pères du réalisme socialiste.

 

Les froissages de Jiří Kolář  et ceux de Simon Hantaï.

 

Pousser les propositions d’Yves Klein quant aux Anthropométries, les faire encore plus érotiques.

 

Chef-d’œuvre de stéréotomie, la coupole de la chapelle d’Anet. Elle m’évoque certaines mosaïques de la période hellénistique. En contemplant cette coupole, l’œil hésite vers la troisième dimension ; et de cette hésitation naît une sensation très particulière, délicieuse à vrai dire.

 

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

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