Arbèles (1er octobre 331 av. J.-C.)

 

 Bataille de Gaugamèles 1

Arbèles (1er octobre 331 av. J.-C.)

 

Le lecteur trouvera ci-joint une présentation très simplifiée de la bataille d’Arbèles, une bataille que j’ai choisi d’évoquer pour une raison très simple : elle exerce sur moi une véritable fascination, comme tout le personnage d’Alexandre le Grand ; elle est aussi celle que j’ai étudiée avec le plus d’attention.

Arbèles, c’est l’estocade donnée par les Macédoniens d’Alexandre aux Perses de Darius III. Cette bataille consacre la supériorité d’une armée d’élite sur une armée de masse, d’une armée homogène sur une armée hétérogène. Elle consacre la phalange, un nouveau concept tactique qui régira non seulement nombre de batailles de l’Antiquité mais aussi des époques modernes, des Confédérés (suisses) au Tercio (espagnol) qui domineront durablement les champs de bataille d’Europe. Ils descendent en ligne directe de la phalange macédonienne.

L’idée d’armer des hommes de la sarisse (une lance de près de six mètres de long) et de  les constituer en phalanges revient au père d’Alexandre, Philippe II. La phalange, soit 4096 hoplites disposés suivant des files d’une profondeur de seize hommes qui portent un bouclier rond suspendu au cou. Leur sarisse est tenue de telle manière que du sixième rang qu’elle dépasse d’un mètre les hoplites placés en première ligne. Cet ensemble hérissé évolue selon la tactique tournante conçue par Épaminondas (Ἐπαμεινώνδας), l’un des tacticiens les plus novateurs de l’Antiquité. Parmi ses concepts inédits : concentrer ses meilleurs éléments sur une aile afin d’en finir avec l’attaque frontale et favoriser l’attaque latérale.

Pour parer à ce danger, la phalange macédonienne va protéger ses flancs avec des peltastes thraces flanqués d’archers crétois, eux-mêmes flanqués de frondeurs rhodiens, etc. Philippe II accorde également une grande attention à la cavalerie dont l’escadron constitue la base. Il est commandé par un ilarque et est divisé en quatre tétrarchies, chacune comprenant quarante-neuf hommes commandés par un tétrarche. Au combat, la cavalerie s’articule suivant une idée de Philippe II qui, une fois encore, s’inspire d’Épaminondas : elle dessine un triangle dont la base est formée de treize cavaliers, dont trois sous-officiers — deux placés aux angles et un placé au milieu. A la pointe de ce triangle, l’officier, l’ilarque. La fine fleur de la cavalerie : l’aristocratie, les hétaïroi (ἑταῖροι) ou « Compagnons », soit quatre escadrons. L’entraînement de l’ensemble de l’armée est poussé au maximum. Il est en partie assuré par les moyens financiers dont dispose Philippe II, grâce notamment aux mines d’or du Pangée.

 

 Bataille de Gaugamèles 2

 

Je vais m’efforcer d’être bref en commençant par ne pas m’attarder sur la mise au pas des cités grecques à Chéronée où Alexandre qui commande la cavalerie écrase les Thébains et les Athéniens et s’affirme définitivement comme un grand soldat. Suite à cette victoire, Philippe II convoque à Corinthe les cités grecques (hormis Sparte) et les regroupe en une fédération, la Ligue de Corinthe. Il est acclamé chef suprême (ἡγεμών) pour la libération de l’Asie grecque. La mansuétude dont il fait preuve envers les vaincus explique en grande partie l’enthousiasme des cités grecques. Ainsi, plutôt que d’appliquer l’impitoyable loi du vainqueur, Philippe II libère les deux mille captifs athéniens à la condition qu’Athènes abandonne ses possessions en Chalcidique et en Thrace et renonce à sa ligue maritime. Au cour de l’été 336 av. J.-C., Philippe II est assassiné. Son fils Alexandre prend le pouvoir.

Je passe également sur la composition des deux armées qui vont s’affronter à Arbèles. Simplement : les Grecs alignent environ quarante mille fantassins et sept mille cavaliers ; les Perses (dont le nombre a souvent été exagéré) alignent environ deux cent mille fantassins et quarante mille cavaliers (dont les redoutables cavaliers bactriens et scythes), soit respectivement un rapport de un à cinq pour l’infanterie et de un à presque six pour la cavalerie, une nette infériorité numérique que les Grecs compensent par la discipline, la cohésion, l’entraînement mais aussi par un équipement très supérieur à celui des Perses.

Au printemps 334 av. J.-C., l’armée grecque franchit l’Hellespont. Elle s’aventure dans une expédition qui va durer onze années au cours desquelles Alexandre restaurera à son profit l’empire qu’avaient constitué Cyrus le Grand et Darius Ier. Victoires grecques, au Granique puis à Issos. L’armée grecque avance toujours plus vers l’est, dans un pays dévasté. En effet, sur les conseils d’officiers mercenaires grecs, Darius a ordonné que soit appliquée la politique de la terre brûlée. L’armée grecque avance vers le Tigre, vers le lieu-dit de Gaugamèles, à quelques kilomètres du village d’Arbèles où Darius a installé son quartier général. Darius et ses généraux ont choisi cette immense plaine pour affronter Alexandre afin de permette à l’ensemble de leur cavalerie de se déployer. Ils ont fait niveler et nettoyer le terrain pour faciliter les mouvements de leurs troupes dont celui des chars à faux considérés par Darius comme son arme suprême.

Avant de faire passer le Tigre à son armée, Alexandre la met au repos durant quatre jours. Les Perses ont négligé de surveiller ce fleuve au gué profond et au courant très rapide. Le passage est pénible, et de nombreuses parts de butin sont perdues. Le découragement gagne les rangs grecs ; mais l’aigle qui survolait l’armée reparaît et avec lui l’allant et la détermination qui se propagent à toute l’armée. Lorsqu’une troupe de cavaliers perses contre-attaque, il est trop tard. Les Grecs ont pris pied sur la rive est du Tigre. Alexandre veut passer à l’attaque sans tarder. Parménion (Παρμενίων), le vieux général qui a servi Philippe II, lui conseille la prudence. Alexandre met l’avis de Parménion en délibération ; l’avis de ce dernier est retenu.

On établit un camp fortifié. Alexandre parcourt le terrain du futur champ de bataille et l’étudie en tacticien. Il sait par un transfuge grec que Darius n’envisage pas l’offensive ; il attend Alexandre dans la plaine de Gaugamèles. La nuit tombe et… la pleine lune qui vient de se lever se met à pâlir, devient rouge sang avant de s’obscurcir. C’est une éclipse. L’épouvante gagne les rangs grecs, la sédition menace. Les hommes veulent retraverser le Tigre. Alexandre convoque les chefs de l’armée et les devins, à commencer par Aristandre, son devin officiel. Des mages égyptiens qui connaissent de longue date ce phénomène s’efforcent de l’expliquer ; et pour mieux se faire comprendre de soldats parfaitement ignorants de la question, ils déclarent que le soleil et la lune s’affrontent périodiquement. Aristandre ajoute aussitôt que le soleil est l’emblème des Grecs (Apollon) et la lune celui des Perses et que, considérant ce qui se passe, on peut affirmer que « le soleil grec avalera la lune perse… » On propage la nouvelle, l’armée se rassure. Les Perses ne sont pas moins effrayés que les Grecs. On les rassure en faisant circuler ce slogan en une vingtaine de langues : « Ne craignez rien, vous êtes quinze contre un ».

Alexandre se retire sous sa tente. Parménion le rejoint pour un ultime entretien. Il signale au jeune roi que si à la bataille d’Issos (1er novembre 333 av. J.-C.) les défilés cachaient l’immensité de l’armée perse, il n’en serait pas de même à Gaugamèles. Toute l’armée ennemi apparaîtrait au premier coup d’œil, plongeant dans l’angoisse jusqu’aux plus valeureux. Aussi lui conseille-t-il d’attaquer de nuit, un avis qu’Alexandre repousse catégoriquement, jugeant que la victoire ne peut lui revenir de la sorte : ce serait une victoire volée.

 

Bataille de Gaugamèles 3

 

Tôt le lendemain la marche d’approche commence. Alors qu’il est à un peu plus de cinq  mille mètres des Perses et que son armée commence à descendre les pentes des collines, Alexandre lui fait faire halte, l’organise et, accompagné de l’infanterie légère et de la cavalerie des Compagnons, il procède à une reconnaissance exhaustive du terrain sur lequel il va opérer. A son retour, il convoque ses généraux et leur rappelle que de cette bataille dépend le sort de l’Asie, contrairement à d’autres batailles qu’ils ont eu à livrer.

Les Grecs qui se sont entourés de protections se reposent. Les Perses quant à eux restent éveillés toute la nuit, en formation de combat. Ils ne se sont entourés d’aucune protection et redoutent une attaque nocturne. C’est l’un des points qui expliquent la victoire grecque : l’armée de Darius va combattre après une nuit d’insomnie et d’anxiété.

Le soleil commence à se lever sur la plaine de Gaugamèles. Face à l’immense armée perse, Alexandre a un moment d’hésitation : il sait qu’en cas de défaite toute retraite est impossible dans ce pays sans ressources. La brume s’est dissipée et l’aigle paraît au-dessus d’Alexandre et son armée. Une clameur immense s’élève de l’armée grecque. Aristandre parcourt les lignes tout en désignant l’aigle. Les soldats grecs trépignent. Alexandre leur donne l’ordre de rester sur les hauteurs. Il a revêtu une cuirasse, précaution rare chez lui. Ses hommes remarquent son calme et y lisent le présage de la victoire. Son armée risquant l’encerclement (considérant la disproportion numérique entre Grecs et Perses), Alexandre pense son ordre de bataille de manière à opposer un front continu. Ainsi les troupes placées à l’arrière sont-elles constituées d’infanterie légère susceptible de se déplacer rapidement et dans toutes les directions. Il garde plusieurs corps en réserve afin de pouvoir les engager là où nécessaire. Les bagages et les prisonniers sont laissés sous la garde d’un petit contingent de Thraces, dans l’enceinte du camp. Alexandre prend le commandement de l’aile droite, Parménion celui de l’aile gauche. Quant aux chars à faux que Darius considère comme son arme suprême, Alexandre a demandé à ses soldats qu’ils ouvrent leurs rangs pour les laisser passer puis les neutraliser sans peine.

Afin de ne pas surcharger le présent article et lui garder une certaine fluidité, je passe sur l’ordre de bataille des belligérants. Pour les passionnés, je signale qu’Arrien (Ἀρριανός) en donne une description dans « L’Anabase » (ἀνάϐασις ou « Expédition d’Alexandre »), au  Livre III, chapitre II. Arrien était surnommé le nouveau Xénophon, ce qui reste un gage de sérieux. Concernant l’ordre de bataille perse, précisons simplement que Darius et les Perses de sa suite sont encadrés et protégés par des mercenaires grecs qui font ainsi face à la phalange, eux seuls étant jugés capables de l’affronter avec quelque chance de succès.

Alors qu’Alexandre commence à chevaucher contre l’ennemi, un déserteur perse l’avertit que Darius a fait poser des chausse-trappes aux endroits où la cavalerie grecque risque de charger. Après délibération avec ses généraux, il part en oblique vers l’aile gauche perse. Alexandre appuie donc sur sa droite. Les Perses qui voient le danger s’efforcent d’envelopper ce mouvement. Darius est inquiet ; il craint qu’Alexandre ne s’engage sur un terrain qui n’a pas été nivelé et nettoyé et sur lequel ses chars à faux ne pourront s’élancer. Afin d’empêcher ce débordement sur sa gauche, Darius lance sa cavalerie scythe et bactrienne, ce qui met Alexandre sur la défensive, Alexandre qui dans l’espoir de reprendre l’initiative ordonne à sa cavalerie mercenaire de charger — nous sommes toujours sur l’aile droite grecque, l’aile gauche perse donc. La contre-attaque d’Alexandre échoue, cette unité ne disposant que de quatre cents cavaliers. Il parvient toutefois à stabiliser la situation en engageant des éclaireurs (πρόδρομοι) et la cavalerie péonienne flanqués par une infanterie constituée de mercenaires vétérans. Bessus, le satrape de Bactriane (le futur assassin de Darius), jette dans la mêlée (nous sommes toujours sur l’aide gauche perse, l’aile droite grecque donc) le reste de la cavalerie bactrienne, soit environ huit mille hommes. Les Grecs qui se trouvent en forte infériorité numérique ont de lourdes pertes. Pourtant, leurs escadrons vont parvenir à disloquer les formations des Scythes et des Bactriens.

Darius envoie ses chars à faux placés sur son aile gauche, une cinquantaine. Inefficacité totale. Ils sont criblés de traits avant d’atteindre les rangs grecs. Ceux qui ont réussi à passer voient les rangs grecs s’ouvrir et leur livrer passage ; ils sont immédiatement neutralisés. Darius décide d’engager sa droite pour contourner la gauche de l’adversaire. Pendant ce temps, Alexandre ordonne aux éclaireurs de charger l’ennemi qui chevauche sur son flanc droit tandis qu’il poursuit sa chevauchée en colonne le long de l’aile gauche perse. Les Scythes, les Bactiens et autres unités de l’aile gauche perse sont étrillés. La cavalerie perse se porte à leur secours mais ce faisant elle ouvre des brèches. Alexandre qui chevauche parallèlement au front perse remarque la faute. Il s’arrête, fait adopter la formation en coin et se rue dans l’une d’elles, en oblique. La phalange et le reste de la cavalerie chargent alors de front. La phalange est l’enclume, Alexandre et ses cavaliers sont le marteau. Ce mouvement de la cavalerie conduit par Alexandre est protégé par les peltastes qui courent derrière les cavaliers, sur leur droite, et qui par leurs tirs de harcèlement (javelots, flèches, jets de frondes) gênent la réaction perse.

Darius est isolé. Un javelot le manque de peu et tue son cocher. Effrayé, Darius abandonne son char et enfourche un cheval, suivi par quelques fidèles. Une clameur s’élève. Les Perses croient que leur souverain a été tué. Débandade de la cavalerie perse sur l’aile gauche perse. Mais au centre grec, une brèche s’est formée, ce qu’expliquent la vitesse à laquelle manœuvrent les unités grecques mais aussi la formation en coin de  l’aile droite grecque. Dans cette brèche s’engouffre un régiment de cavalerie indienne et perse provenant du centre perse en voie de désintégration. Il pousse jusqu’à l’emplacement où se trouvent les bêtes de somme, les prisonniers et les bagages. Les troupes constituant le corps de réserve placé en seconde ligne font volte-face, tombent sur l’arrière des intrus, les massacrent ou les mettent en déroute.

Pendant ce temps, l’aile gauche grecque placée sous le commandement de Parménion se défend contre une attaque frontale et une tentative d’encerclement. Ce dernier envoie des cavaliers pour demander de l’aide à Alexandre lancé à la poursuite de Darius. Informé de la situation, Alexandre hésite puis fait volte-face et avec la cavalerie des Compagnons il galope vers l’aile droite perse. Enivrée par une victoire à présent presque certaine, la cavalerie des Compagnons arrive en désordre face à des escadrons rangés en profondeur et qui comptent parmi les meilleurs éléments de l’armée perse. La mêlée est indescriptible. Les Compagnons perdent une soixantaine des leurs. Mais, une fois encore, les Perses sont défaits et la nouvelle de la fuite de Darius se propageant, la défaite devient déroute. Les troupes de Parménion poursuivent les Perses, s’emparent du camp, des bagages et des éléphants. Et Alexandre se lance à nouveau à la poursuite de Darius.

Arrien a probablement exagéré les pertes des Perses lorsqu’il évoque trois cent mille tués. Elles n’en ont pas moins été considérables : quatre-vingt mille tués et cent cinquante mille blessés et prisonniers pour quatre mille tués et blessés côté grec où les Compagnons ont encaissé le plus gros choc. Le sort de l’Empire achéménide est scellé. Darius sera assassiné en juin (ou juillet) 330 av. J.-C., Alexandre entrera triomphalement à Babylone, Suse et Persépolis. A Ecbatane, il sera salué comme Grand Roi et demi-dieu, l’Empire achéménide se reformera autour de sa personne. Il mourra à l’âge de trente-trois ans, victime du parasite de la malaria. Mais est-il bien mort de la malaria ?

La vidéo ci-jointe développe des points succinctement exposés ci-dessus. Malgré son côté péplum dans certaines de ses parties, c’est un documentaire exhaustif et d’une grande justesse où s’expriment un certains nombre d’experts militaires, un documentaire fascinant (durée env. 47 mn), riche en détails :

https://www.youtube.com/watch?v=1NYmiZvZocM

Le lien suivant propose une analyse très fouillée du film d’Oliver Stone, « Alexander » :

http://www.peplums.info/pep23.07.htm

Alexandre Le Grand

Colin Farrell dans « Alexander » d’Oliver Stone (2004) 

 

 Olivier Ypsilantis

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En lisant « Variations autour de K. » de Laurent Cohen, sous-titré « Pour une lecture juive de Franz Kafka » – 2/2

 

« Il se peut que les Juifs ne ruinent pas l’avenir de l’Allemagne, mais on peut imaginer le présent de l’Allemagne ruiné par eux. Depuis toujours, ils ont imposé à l’Allemagne des choses auxquelles elle serait peut-être arrivée lentement et à sa manière, mais en face desquelles elle a pris une attitude d’opposition parce qu’elles venaient de gens étrangers »  écrit Franz Kafka dans une lettre à Max Brod, en mai 1920. 

 

 davidlevinefranzkafka

Franz Kafka (1883-1924) par David Levine (1926-2009)

 

Bien que séculier, le judaïsme de Franz Kafka a un aspect messianique : il envisage le sionisme comme un rétablissement du peuple juif (avec fin de l’ère diasporique) et réactualisation d’un passé glorieux. Fil conducteur, l’hébreu, cette langue qui relie temps anciens et temps à venir. Sept mois avant sa mort, Franz Kafka écrit : « Je lis peu et seulement de l’hébreu, pas de livres, pas de journaux, pas de revues, ou plutôt si, la Selbstwehr ». La Selbstwehr (Autodéfense), l’hebdomadaire sioniste pragois dirigé par Félix Weltsch, de 1918 à 1938.

Cet élan sioniste n’empêche pas Franz Kafka de retomber en lui-même, des abattements dont le « Journal » rapporte la marque. Son intranquillité constante l’empêche de se laisser porter. Ajoutons-y sa tendance radicale à l’auto-dépréciation, une tendance sur laquelle trop d’exégèses ont insisté, négligeant ainsi toute une part de sa personnalité, probablement dans le but d’en faire un portrait convenu et d’imposer leur Kafka. Laurent Cohen précise à raison « que Franz Kafka possédait une technique d’auto-destruction dont les différents mécanismes ne doivent être examinés qu’à travers l’instant qui la met en branle ». Nombre d’exégètes ne tiennent pas compte (probablement par commodité et pour mieux asseoir leurs présupposés) de cette particularité centrale. Ainsi poussent-ils de côté l’ambiguïté de l’œuvre, une ambiguïté qui est à cette œuvre ce que le cœur d’un réacteur est à une centrale nucléaire.

Franz Kafka fait volontiers appel aux animaux pour désigner les hommes (un procédé courant chez Jean de La Fontaine ou dans l’enluminure de certaines cultures), alors que le vocable « Juif » n’est jamais utilisé. « Cependant, il existe une connexité entre les noms Chiens et Juifs dont on peut suivre presque chronologiquement l’évolution » remarque Laurent Cohen. Comme nous l’avons vu, Franz Kafka éprouve de l’aversion pour le Juif d’Occident, contraint à se fuir, à s’aliéner. Dans « Le Procès » le comportement du négociant Block (l’un des rares personnages nommément juifs dans toute son œuvre) est assimilé à celui d’un chien. Des critiques israéliens s’en sont offusqués ; mais s’il est vrai qu’à l’époque où il travaille à ce livre Franz Kafka n’est pas encore vraiment sioniste, il ne faut pas oublier que de nombreux intellectuels sionistes d’alors rabaissent sans ménagement le Juif de la diaspora. Réflexe pré-sioniste de Franz Kafka ? Probablement.

Les Juifs occidentaux parvenus et assimilationnistes n’avaient-ils pas l’habitude de faire usage de ce vocable pour désigner les Ostjuden ? N’est-ce pas par ce mot que le père de Franz Kafka désignait l’acteur Isak Löwy ? Dans « Les recherches d’un chien », probablement composées au cours de l’été 1922, le chien est le Juif Franz Kafka, déjà très favorable au sionisme, Franz Kafka dont les tendances à l’auto-dépréciation sont implacables et qui par une non moins implacable honnêteté intellectuelle s’interdit toute ingérence dans la vie communautaire juive. Dès les premiers fragments de cet écrit, il affirme l’élection du peuple d’Israël, dépositaire d’une mission ayant pour but l’unification du genre humain. Une fois encore le vocable « Juif » n’est jamais employé. Franz Kafka écrit : « Il existe autour de nous autres chiens toutes sortes de créatures, de pauvres êtres débiles, muets, réduits à certains cris…, parmi nous autres chiens beaucoup se vouent à les étudier, leur ont donné des noms, cherchent à les aider, les éduquer, les améliorer, etc. A moi-même, tant qu’ils ne cherchent pas à me déranger, ils sont indifférents, je ne les distingue pas, ni ne m’arrête à eux ! Mais un trait trop frappant pour m’avoir échappé, c’est comparativement à nous autres chiens, leur manque de solidarité, la façon dont ils se croisent, étrangers et muets, hostiles, dirait-on (…) Alors que nous autres chiens ! On peut dire que nous vivons tous en un seul tas, tous, si différents qu’aient pu nous rendre les changements innombrables et profonds amenés par le cours des siècles ! Tous en un tas ! (…), toutes nos lois et toutes nos institutions politiques, les rares que je connaisse encore et les innombrables que j’ai oubliées, procèdent de l’aspiration au plus grand bonheur que nous puissions concevoir : être au chaud les uns contre les autres ! » Ce passage est à mettre en rapport avec sa sympathie envers l’impassibilité des acteurs yiddish vis-à-vis du monde chrétien. Le chien ne cesse de revenir à la Loi — la Torah —, la Loi qui oppose le peuple élu (dépositaire d’une mission) aux nations qui, selon lui, ont érigé l’anonymat en règle existentielle, dont le manque de solidarité, une notion essentielle pour Franz Kafka et… le chien. Le chien de cette nouvelle revendique l’appartenance à son peuple, il n’en est pas moins « retiré et solitaire » : paralysie, amertume, sentiment de gâchis. « Depuis que je suis en mesure de penser, l’affirmation de mon existence spirituelle m’a donné des soucis tellement graves que tout le reste m’a été indifférent » peut-on lire dans « Préparatifs de noces à la campagne ». Le chien affirme donc l’appartenance à son peuple, il prétend se garder de toute opinion hérétique, il redit sa vénération pour la Tradition tout en étant légèrement décalé par rapport à ses codes directifs.

Il faudrait mieux faire ressortir les rapports entre Franz Kafka et le Talmud auquel il a emprunté le langage et, plus encore, les structures. A force de vouloir lui trouver des maîtres spirituels dans les lettres allemandes, on oublie plus ou moins volontairement ces rapports. Ce décalage — ce renfoncement en lui-même — dont souffre Franz Kafka — et que rapportent sans ambiguïté « Les recherches d’un chien » ne doit pas nous faire oublier qu’il ne peut se concevoir qu’à l’intérieur de l’espace juif. Dans cette nouvelle, la rencontre avec les acteurs du théâtre yiddish dix ans auparavant s’impose. C’est bien la rencontre avec la troupe d’Isak Löwy qui a déclenché ses recherches sur son peuple et sa Tradition et qui a aiguisé son aversion pour la composante juive occidentale qu’il porte malgré lui. Rappelons qu’il se met à rédiger cette nouvelle lorsqu’il doit interrompre la rédaction du « Château ». Ainsi peut-on noter un glissement thématique de l’un à l’autre, notamment avec l’épisode des chiens volants. Il y est question d’un chien qui passerait sa vie « à se déplacer très haut dans les airs, sans aucun effort, dans un éternel repos ». Ce chien révulse Franz Kafka, comme le révulse l’arpenteur, K., dans ses efforts pour se faire accepter. Franz Kafka oppose les chiens volants à la Vraie Communauté. Il refuse leur volonté assimilationniste. En 1922, Franz Kafka est un sioniste convaincu, ce dont atteste sa correspondance. Dans ses romans et nouvelles, il ne fait pas allusion au sionisme ou, s’il le fait, c’est d’une manière voilée que précise une lecture parallèle et croisée (en suivant un ordre chronologique) entre les romans et les nouvelles d’une part, la correspondance, le journal et les carnets (l’ensemble des écrits à caractère intimiste) d’autre part.

Le sionisme de Franz Kafka dénonce d’une manière sourde mais déterminée la réalité diasporique. Il est par ailleurs dépouillé de toute tension eschatologique. Lorsqu’il travaille à cette nouvelle, en 1922, Franz Kafka envisage le retour au pays des ancêtres, un projet qui a commencé à prendre forme dès 1920. Il est vrai que le ton sur lequel il en rend compte fait volontiers appel à la dérision, un procédé habituel chez lui, avec cette dépréciation de lui-même qui entraîne le lecteur dans d’authentiques vertiges. Dans une lettre il évoque son projet de s’installer à Jérusalem pour y exercer la profession de relieur. Il est difficile de situer son ralliement au sionisme avant 1917. Laurent Cohen note : «  Et nous nous expliquons d’ailleurs très mal comment un auteur aussi sérieux que Klaus Wagenbach a pu dater le début de l’engagement sioniste de Franz Kafka en 1914 ». Son sionisme suppose la prédilection pour la Terre d’Israël mais, en attendant, il se contente de ces îlots juifs qui suscitent en lui des réactions de joie, comme à Müritz, sur la Baltique, au cours de l’été 1923, où il fait la connaissance de Dora Diamant avec laquelle il conçoit le projet d’ouvrir un petit restaurant ; Dora cuisinière et Franz serveur… Il faut lire les réactions de Franz Kafka face à ces enfants du Foyer populaire juif de Berlin.

Franz Kafka n’est peut-être pas le meilleur représentant du militantisme sioniste d’alors, il n’en porte pas moins l’amour pour les siens, pour le peuple juif. Il faut relire ces splendides lettres adressées à Felice Bauer où il est question des enfants juifs défavorisés de Berlin.

Quelques semaines avant sa mort, en mars 1924, il écrit « Joséphine la Cantatrice ou le peuple des souris ». Les éléments autobiographiques y sont particulièrement présents — bien que voilés, une fois encore. Il y est d’abord question de l’art (de la Cantatrice), un art auquel Joséphine a tout sacrifié, en commençant par les relations « normales » — et songeons à ses rapports avec les femmes, Felice Bauer la fiancée en particulier —, l’art qui prétend sauver le peuple et qui ne le sauve en rien, le peuple qui se sauve lui-même « au prix de sacrifices devant lesquels les historiens (…) restent pétrifiés d’épouvante ». Mais ce qui ressort plus encore, c’est ce concept fondamental de la pensée juive : Ahdout Israel (אחדות ישראל – Unité d’Israël) qui suppose Ahavat Israel (אהבת ישראל – Amour d’Israël). Entre cette histoire, écrite quelques semaines avant sa mort, et « Les Recherches d’un chien » le réalisme sociologique s’est affirmé alors que se précise la menace antisémite, une menace à laquelle il oppose le pouvoir que confère l’unité inconditionnelle (du peuple juif en l’occurrence). C’est la première fois que dans ses écrits il aborde cette question sans détour. A quarante ans, alors que Franz Kafka n’a plus de raisons objectives d’entrevoir une réconciliation avec son père, il le substitue par le peuple juif, ce peuple honni et menacé qui est celui de Joséphine et de Franz Kafka.

Laurent Cohen : «  Ce qui demeure incroyable chez Franz Kafka, c’est qu’au contraire de l’écrasante majorité des écrivains, ce sont ses œuvres de fiction qui creusent ce que, dans ses lettres, écrits intimes ou conversations, il ne fait qu’énoncer sèchement ». Il poursuit : « Tenter de cerner le judaïsme de Franz Kafka sur la seule base de sa Correspondance ou autres documents non « officiellement » littéraires (comme on l’a fait jusqu’à présent, parce qu’on néglige, en France, la place prépondérante qui lui revient dans les lettres juives) comporte le risque de perdre en profondeur la compréhension de son propre cas ». Cette indication de Laurent Cohen permet par exemple de mieux noter que le mépris de Franz Kafka pour les Juifs occidentaux se retourne contre lui et de mieux comprendre pourquoi il n’a pu adhérer pleinement au judaïsme de l’Est. Concernant cette dernière question, la lecture des « Recherches d’un chien » répond à certaines interrogations que suscite la lecture du « Journal ». Précisons par ailleurs qu’une lecture partielle de ses écrits risque de conforter les critiques (généralement soucieux de cataloguer au plus vite) dans leurs présupposés, des critiques assez souvent heureux de lui coller sur le front l’étiquette jüdische Selbsthaß.

La maladie a certes contraint Franz Kafka à renoncer au voyage pour la Palestine, pour Israël. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’il considérait le sionisme comme un idéal trop élevé pour un homme de son rang spirituel. Souvenons-nous que ses écrits sont sous-tendus par un constant rabaissement de soi. Dans une lettre à Max Brod, il donne la clé suivante : « Il ne m’est possible d’aimer que si je place mon objet tellement haut au-dessus de moi qu’il me devient inaccessible ». Comme les femmes, comme la littérature, la Palestine est placée si haut qu’elle s’avère inaccessible.

Comment expliquer que ce sioniste devenu convaincu, lisant essentiellement en hébreu, avec la question juive placée au centre de ses réflexions, écrive en 1923 un texte aussi déprimant que « Le terrier » ?  Il faut croiser cette lecture avec celle des lettres qu’il écrit à Milena afin de comprendre que Franz Kafka reste judaïquement retiré, terrorisé par le monde extérieur. « Ne puis-je pas malgré ma vigilance être attaqué du côté le plus inattendu ? » Judaïquement retiré ? Franz Kafka ne serait-il pas cette martre qui apparaît  dans « La Muraille de Chine », dans ce texte qui y est inséré intitulé « Dans notre synagogue » ? Blotti dans sa retraite, l’animal ne manque jamais d’apparaître au début des prières « mais à deux mètres environ de distance ; et il ne se laisse pas approcher davantage ». D’où vient sa peur ? « Est-ce un souvenir des temps révolus ou le pressentiment des temps à venir ? » demande Franz Kafka qui ajoute : « Ce vieil animal en saurait-il par hasard plus long que les trois générations qui parfois se trouvent réunies à l’intérieur de la synagogue… ? »

Olivier Ypsilantis

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En lisant « Variations autour de K. » de Laurent Cohen, sous-titré « Pour une lecture juive de Franz Kafka » – 1/2 

« Je ne puis séjourner trop longtemps en un même lieu ; il y a des gens qui n’acquièrent le sentiment de chez soi que lorsqu’ils voyagent » écrit Franz Kafka dans une lettre à Tile Rössler, en août 1923. 

 Franz Kafka par David Levine

Franz Kafka (1883-1924) par David Levine (1926-2009)

 

Le livre de Laurent Cohen a un mérite essentiel (car il en a bien d’autres) : ne pas donner dans ces poncifs qui collent à l’œuvre de Franz Kafka, une œuvre qui a suscité des exégèses magnifiques mais aussi beaucoup de bavardages habillés d’oripeaux « savants ». L’étude de Laurent Cohen est modeste et peu bavarde ; elle ne part d’aucun présupposé comme cette fameuse « haine de soi », de sa propre identité (juive en l’occurrence), des présupposés qui pour se justifier et se gonfler d’importance choisissent les passages de Franz Kafka susceptibles de les accréditer et repoussent ceux qui risquent de les infirmer, un procédé simple et efficace, toujours frénétiquement activé. Franz Kafka n’a pas été en proie à la jüdische Selbsthaß (voir le livre de Theodor Lessing), une expression massive trop souvent employée à la légère.

Si je fais référence au livre de Laurent Cohen, c’est aussi et d’abord parce que bien des notes prises au cours de mes lectures de Franz Kafka rejoignent ce qui est rapporté dans cette étude. Franz Kafka s’est rapproché du sionisme lentement mais sûrement pour devenir un sioniste convaincu. Par ailleurs, il dénonça ces Juifs devenus insignifiants en tant que juifs — des Juifs qui s’étaient désertés ; et c’est ici que la figure du père resurgit, obsédante : « Il (Franz Kafka) se haïssait non pas d’être juif mais de ne l’être pas assez » écrit Ernst Pawel dans « Franz Kafka ou le cauchemar de la raison ».

En 1911, Franz Kafka sort d’une relative indifférence (voire d’un léger mépris) envers le judaïsme ; et la « Lettre au père » (1919) nous donne des clés. Relisez-la ! En 1911, le judaïsme lui arrive donc en pleine figure, si je puis dire, avec le théâtre yiddish, une expérience déterminante. D’une part, il observe le judaïsme oriental, authentique et auto-suffisant ; d’autre part, il observe le judaïsme occidental, fantomatique (le judaïsme du père) et qui ne cesse de lorgner du côté des non-Juifs. Les Juifs orientaux du théâtre yiddish lui font prendre conscience de la profondeur de son indigence spirituelle de Juif occidental. Franz Kafka affronte séparément ces données, allant de l’une à l’autre sans cesser de basculer de l’agressivité à la fascination et inversement sur fond de désarroi — le désarroi du naufragé. Et c’est le point fort de cette étude de Laurent Cohen (c’est aussi pourquoi j’ai choisi d’en rendre compte) : elle intègre l’ensemble de ces données, contrairement à tant d’exégèses qui ne s’attachent qu’à une seule d’entre elles, ce qui leur permet d’en imposer.

C’est dans son « Journal » que Franz Kafka rend le mieux compte de ce sentiment juif retrouvé, un sentiment qui tient probablement d’abord aux possibilités qu’offre a priori la notion de collectivité. Ainsi, lorsqu’il y est question du théâtre yiddish, Franz Kafka applique le nous aux Juifs, avec cette fraternité qu’il perçoit chez des acteurs qui repoussent, par la seule force interne du groupe, les normes qu’impose l’extérieur, le monde chrétien en l’occurrence et son antisémitisme latent. Contrairement aux Juifs occidentaux (chez lesquels prolifèrent les assimilationnistes), les Juifs orientaux — et ces acteurs yiddish en particulier — n’éprouvent aucun malaise vis-à-vis du monde chrétien, mais rien que de la froideur.

Ainsi, les préoccupations thématiques ou esthétiques strictement juives s’imposent à Franz Kafka avant même que n’intervienne le sionisme. En France, l’exégèse kafkaïenne a trop souvent opéré à partir de fragments considérés isolément, d’où la lecture négative qu’on en fait, d’où la minoration du judaïsme dans son œuvre, d’où les interprétations massives et déshumanisées, décontextualisées. La rencontre avec la troupe du théâtre yiddish va l’inciter à étudier le judaïsme avec méthode. Dans le « Journal » (au 24 janvier 1912), il note avoir lu avec un élan qu’il n’a jamais connu en lisant ce genre d’ouvrage « Histoire de la littérature judéo-allemande » de Meir Pines. Le 18 février 1912, il prononce une allocution qui aujourd’hui encore reste un document essentiel pour les historiens du yiddish, une allocution faite devant un public de Juifs occidentaux et dans laquelle la problématique identitaire a chassé le calme d’autrefois. Franz Kafka s’éloigne de ce « fantôme de judaïsme » véhiculé par les Juifs d’Occident auxquels il se rattache malgré tout, malgré lui. Il comprend enfin que l’aspect rituel du judaïsme constitue le noyau de la foi juive et, de ce point de vue, il se montre radicalement étranger à l’univers de Martin Buber.

Franz Kafka se retrouve dans un no man’s land : il n’est pas encore sioniste (comme l’est son ami Hugo Bergmann), il éprouve avec une intensité exceptionnelle le judaïsme de l’Est mais sans être en pleine possession de sa culture et, enfin, il n’est en rien assimilationniste.

A partir de 1916, il se place enfin et pleinement dans un processus de rejudaïsation. L’engagement de Felice Bauer à la Maison populaire du judaïsme (Jüdische Volksheim) dirigée par Siegfried Lehmann l’emplit d’enthousiasme et il l’encourage à poursuivre. Puis il se met à l’étude de l’hébreu avant d’en venir progressivement au sionisme. Franz Kafka repousse l’assimilationnisme qu’il juge impossible dans la mesure où il suppose le mensonge, où il suppose que le Juif se mette à mener « une vie de chien malpropre » (pour espérer être accepté) — une expression de Yossef-Haïm Brenner. Ce refus de l’assimilationnisme explique sa méfiance viscérale à l’égard de la coqueluche de toute une génération tant juive que non-juive : Martin Buber ; et il se retrouve tout naturellement du côté de Gershom Scholem contre Martin Buber. A partir de 1917 et jusqu’à sa mort en 1924, Franz Kafka œuvre à vivifier son judaïsme avec toujours plus de conviction : études hébraïques, lectures judéo-sionistes et projets d’établissement en Palestine.

Franz Kafka, l’homme qui se ment le moins à lui-même, sait que l’assimilation n’est qu’un jeu névrotique et que le Juif demeure juif. Selon lui, un dynamisme perdure en chaque Juif, un dynamisme qui stimule un mécanisme d’éveil : soit au contact de l’authentique culture juive, soit lorsque que l’on s’emploie à l’étouffer par oubli, assimilation, conversion. « Le Château » (rédigé en 1922 et publié en 1926) est la description d’un long et tortueux processus de rabaissement de soi, conforme à la théorie de l’assimilation que rejettent les sionistes, toutes tendances confondues. Le dégoût de Franz Kafka pour le Juif qui « courbe l’échine » n’a d’équivalent que chez Yossef-Haïm Brenner pour lequel il dit avoir depuis toujours du respect. Dans « Le Château », Franz Kafka semble tenir « à ce que l’idée d’une irréalisable intégration s’impose tout de suite comme l’intentionnalité originelle et fondamentale du texte », écrit Laurent Cohen. Klaus Wagenbach : « Si tant est qu’on puisse parler d’une évolution religieuse de Kafka, il faut admettre qu’elle tend vers le judaïsme — le christianisme en sera toujours exclu ». Pourtant, dans un premier temps, l’indigence de la culture juive qu’il a reçue en héritage commence par le placer dans un état de sourde indifférence envers le judaïsme. Ce n’est que petit à petit qu’il se tourne vers la spiritualité juive sans pour autant en venir au rituel qu’il considère pourtant comme le noyau de la foi juive. Les dernières années de sa vie sont particulièrement riches en activités judaïques. Il ne fréquente pas la synagogue mais il lit en hébreu les textes fondateurs du judaïsme avant d’en venir à la littérature rabbinique.

Chez Franz Kafka, le Bien et le Mal ne sont pas des concepts préalablement définis. Ces concepts se définissent par la déduction et le commentaire, une démarche en accord avec le judaïsme. Le judaïsme de Franz Kafka est ouvert au souffle du hassidisme. Il connaît probablement, au moins en partie, l’œuvre de Rabbi Nahman. Dans son journal et sa correspondance, les références aux adeptes de ce courant sont nombreuses. S’il se tient éloigné du hassidisme par son mode de vie, c’est par la littérature hassidique qu’il trouve son domicile spirituel. L’influence de cette littérature ne cesse de sourdre dans ses écrits, avec cette symbiose entre l’En-haut et l’ici-bas, avec cette irruption du mystérieux dans le familier. Mais si la littérature hassidique se veut message de vraie résistance, Franz Kafka abandonne l’homme à son impuissance et jusqu’à ce qu’il soit définitivement écrasé. Ses personnages sont comme pris dans des sables mouvants ; à chaque mouvement, une force les enserre un peu plus et les enfonce en elle jusqu’à l’étouffement. Avec lui le Mal est donc l’ultime vainqueur. Les emprunts qu’il fait à la théologie juive sont fréquents ; mais si le Talmud précise que « rien ne nous est demandé qui surpasserait nos forces ; lorsqu’une épreuve nous est envoyée, c’est que nous pouvons la surmonter », il n’en va pas de même chez Franz Kafka qui ignore le potentiel de positivité — les étincelles divines — que le Mal contient.

L’interprétation « ésotérique » de l’œuvre de Franz Kafka a tenté plus d’un analyste. Une exégèse dite « kabbalistique » a même vu le jour ; rien d’étonnant, le mot « Kabbale » ayant été galvaudé. Si Franz Kafka s’était lancé dans l’étude de la science kabbalistique, ses carnets en auraient recueilli la trace ; or, rien. Laurent Cohen écrit : « En fait, il se situe essentiellement au niveau de la méthodemais jusqu’à un certain point seulement —, ce que Gershom Scholem avait très tôt compris. Selon lui, les thèses mystiques de la Kabbale se trouvent à l’extrême limite entre la religion et le nihilisme. Par conséquent, il considérait les œuvres de Franz Kafka comme ‟la forme sécularisée de la sensibilité kabbalistique chez un esprit moderne” ». Si l’œuvre de Franz Kafka s’enracine dans le judaïsme, les éléments iconoclastes n’y manquent pas. Son accord avec les thèses de l’orthodoxie judéo-hassidique est aussi frappant que son nihilisme qui s’oppose à l’esprit juif orthodoxe et plus particulièrement au hassidisme de Rabbi Nahman de Bratslav et ses disciples. Il y a bien un anarchisme religieux chez Franz Kafka.

Les écrits de Franz Kafka ont été lus et commentés très tôt en Israël, notamment par ceux qui l’avaient connu à Prague, parmi lesquels Hugo Bergmann et Max Brod. Gershom Scholem l’inscrivit au programme de ses cours dès le début des années 1930. Hors d’Israël, un aspect de œuvre de Franz Kafka reste très peu étudié ; il est même caché, comme s’il s’agissait de sa part honteuse : Kafka a fini sioniste. Il est vrai qu’on a peine à l’imaginer comme tel, le sionisme faisant de la collectivité sa condition d’action première. Mais surtout, l’antisionisme étant la chose du monde la mieux partagée, le sionisme de Franz Kafka ne peut que perturber les intellectuels patentés qui préfèrent l’envisager comme un pauvre Juif souffrant de jüdische Selbsthaß.

La correspondance de Franz Kafka est riche en passages qui attestent de son adhésion au nationalisme juif. En attestent aussi ses lectures, ses conversations, des témoignages. Précisons que c’est par l’étude de l’hébreu que Franz Kafka est venu au sionisme, par la source donc et non par une quelconque phraséologie politique. Son sionisme est tentative de réconciliation, réconciliation avec une communauté — le peuple juif —, réconciliation qu’il n’a pu opérer au sein de sa famille, à commencer par son père. Franz Kafka ou le sionisme comme thérapie, le sionisme comme adhésion à une famille capable de suppléer aux déficiences de sa famille et du judaïsme occidental envers le judaïsme.

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

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2/2 – A propos de la France et de son vote en faveur d’une résolution du Conseil exécutif de l’UNESCO (niant tout lien historique entre le peuple juif et ses deux sites les plus sacrés à Jérusalem)

 

« Jamais, avant cette résolution, la France n’avait autant cautionné les vieux fantasmes islamo-palestiniens qui aiment à croire que les Juifs veulent détruire les mosquées de Jérusalem.

Ainsi, au point 14 de l’étrange motion, les Juifs perfides sont accusés d’avoir fabriqué de fausses tombes pour s’emparer des cimetières musulmans…

La vieille politique arabe de la France, main dans la main avec ces nouveaux fonctionnaires acculturés qui se soumettent à la lecture coranique de l’Histoire. Le consulat de France à Jérusalem doit exulter », écrit Gilles William Goldnadel dans son article « Trêve de mondanités » mis en lien à la fin du présent article.

 Dry Bones

 

Dans un article de Jean-Pierre Bensimon intitulé « Une autre lecture de la décision de l’UNESCO sur la ‟Palestine occupée” », concernant la résolution du Conseil exécutif de l’UNESCO (du 15 avril 2016), l’auteur insiste sur « le négationnisme qui sous-tend en filigrane » ce texte. Que les Arabes cherchent une fois encore à s’attribuer ce qui est juif n’a rien d’étonnant ; ils ne vivent depuis des siècles (depuis l’apparition de l’islam dont ils constituent le cœur historique) qu’en pillant les Juifs, le Coran n’étant qu’une très pauvre « adaptation » de la Bible, « adaptation » figée dans une majeure partie du monde musulman, à commencer par le monde sunnite. L’effort d’interprétation existe dans ce monde mais il est porté par des tendances marginales, volontiers menacées et persécutées par le gros de la troupe.

Les Musulmans ne sont pas les seuls à piller et avoir pillé les Juifs. Mais pour l’heure je n’insisterai pas. Israël, l’« État juif », une désignation qui donne de l’urticaire au pro-arabe Alain Juppé, peut-être futur président de la RF, l’« État juif » donc ne peut qu’irriter le monde arabe, et plus généralement le monde musulman, puisqu’il constitue une sorte de pied-de-nez à ceux qui avaient relégué les Juifs, un pied-de-nez par lequel les Juifs réintègrent pleinement l’histoire, et la tête haute. Or, le Juif qui a la tête haute est envisagé comme un affront chez eux et, dans une moindre mesure, chez nous : on tolère le Juif comme tel aussi longtemps qu’il ne s’affirme pas sioniste. Quant au Juif anti-sioniste, c’est du pain béni ; on l’invite et chaleureusement, on lui tend le microphone après avoir réglé les haut-parleurs au maximum de leur puissance. Ce dernier permet aux non-Juifs antisionistes de se déclarer purs de tout antisémitisme… puisque des Juifs sont antisionistes.

L’islam, ce nouveau-venu, a un besoin frénétique de se substituer à tout ce qui l’a précédé, à commencer par le judaïsme et le christianisme. Toute sa hargne envers Israël s’explique par cette volonté de substitution, volonté qu’activent le Coran et, à sa manière, la Bible des Chrétiens. Or, la re-fondation d’Israël contrarie cette volonté. En conséquence, ça trépigne et ça éructe. C’est comme un rentier qui se verrait privé de ses rentes ou un pantouflard qui se verrait privé de ses pantoufles. Cette volonté de se substituer aux Juifs, et à tous les niveaux, trouve tout naturellement son expression et son accomplissement dans l’appropriation des symboles, avec changements toponymiques et rapt sur les lieux les plus chargés en symboles pour les Juifs. Jérusalem est au cœur de cette stratégie d’encerclement et d’appropriation. En Israël il y a d’autres lieux pareillement chargés, mais il est certain que Jérusalem (à commencer par le Kotel) dépasse tous les autres lieux par sa charge symbolique.

Jean-Pierre Bensimon écrit dans ce même article que l’Autorité palestinienne a fort bien compris que les Palestiniens sont « les grands experts contemporains de la guerre idéologique, diplomatique et juridique ». Je ne puis qu’acquiescer mais il ne faudrait pas présenter ces derniers comme doués de talents particuliers. Ils profitent d’une tendance générale, répandue à des degrés divers dans des populations diverses. Ils savent que ces propositions présentées à l’UNESCO (par six pays, tous arabo-musulmans, à l’exception du Liban) ne pourront que séduire le gros de la troupe. L’antisionisme sous toutes ses formes ne peut que séduire la masse puisque l’antisionisme est la voix de la masse… 

Mais je cède la parole à Jean-Pierre Bensimon : « La force de la Tradition juive ne dépend pas du consentement de Ramallah ni de Paris, mais de la conviction intime de ceux qui s’en réclament. La légitimité et la matérialité de la présence juive à Jérusalem, la pérennité du pouvoir juif en Israël, ne découlent ni de la reconnaissance de l’Autre, ni de la force des textes juridiques qui les établissent. Elles doivent tout à l’unité du peuple, à la capacité de défense et de dissuasion de l’État juif, à son aptitude à passer des alliances, et à sa contribution indispensable à la modernité du monde dans son ensemble ». A bon entendeur, salut ! A word to the wise.

Cette volonté de se substituer aux Juifs, et de diverses manières, est une véritable turbine continuellement alimentée par des forces venues des profondeurs. Certes, ainsi que nous y invite l’auteur, il ne faut pas « limiter la portée de la décision de l’UNESCO à un antagonisme ou à une négation cantonnés à la sphère religieuse » mais il ne faut pas pour autant pousser de côté cette sphère au seul profit de la sphère politique ; car dans cette partie du monde, et probablement plus que partout ailleurs, le religieux et le politique tiennent l’un à l’autre comme fil de trame et fil de chaîne.

(Je me permets d’ouvrir une parenthèse pour redire que la Théologie de la Substitution reste très active chez les Chrétiens, même après Vatican II et les efforts sincères visant à la dépasser, tant de la part de Chrétiens que des autorités religieuses. Le Christianisme ne se résume pas à l’Inquisition, le Christianisme n’est pas que violences et ténèbres. Mais ne pas vouloir admettre, et sans renier sa foi, que cette Théologie est insérée dans les fondations mêmes du Christianisme, et qu’elle le soutient comme des haubans soutiennent un mat, c’est commencer à partir tout de travers et à s’emberlificoter. Cette Théologie est patente à chaque page de la Bible des Chrétiens. J’en suis extraordinairement conscient, ce qui ne m’empêche pas de reconnaître les grandeurs du Christianisme. Je ne suis pas de ces laïcards grincheux, je ne m’érige pas en juge, je respecte la foi, chrétienne en l’occurrence, et je sais apprécier ce que le Christianisme a donné d’admirable. Mais cette Théologie ne peut être cachée comme de la poussière sous le tapis.)

Je ne partage pas l’optimisme de Jean-Pierre Bensimon lorsqu’il écrit que « le narratif arabo-palestinien qui nie l’existence d’un temple juif antique à Jérusalem » provoque « plutôt l’amusement du Juif, du chrétien, du théologien musulman » ; je n’en suis pas vraiment convaincu. Il me semble que cet amusement n’est guère partagé par un grand nombre de Musulmans et par certains Chrétiens qui prennent la chose très au sérieux, pour argent comptant dirait-on ; et, surtout, je sais que l’inquiétude des Juifs est grande, très grande, surtout dans la diaspora mais aussi chez les Juifs d’Israël. Il y a aussi que ces divagations en arrangent beaucoup et qu’elles sont volontiers instrumentalisées. Soyons sans illusion. Quand on sait que « Les Protocoles des Sages de Sion » restent une pitance goulûment avalée par un nombre considérable de quidams…

Ceux qui dirigent aujourd’hui la France me font honte pour la plupart, à commencer par le promoteur de ce vote, le Ministre des Affaires étrangères et du Développement international, Jean-Marc Ayrault. L’arrivée d’Alain Juppé à la présidence de la République (en supposant qu’il soit élu) ne risque pas d’arranger les choses. Le monsieur s’est dit perturbé par la désignation « État juif », prétextant qu’il n’y avait pas que des Juifs en Israël… Cet homme est une lopette qui traîne sa morgue et sa fatuité ici et là. A tordre.

Jean-Pierre Bensimon rappelle que si la « la France a voté sans équivoque en faveur de la décision présentée le 15 avril 2016, il est très important de noter que de grands pays occidentaux, le Royaume-Uni, l’Allemagne, les Pays-Bas et les États-Unis ne se sont pas abstenus mais ont voté contre », ne se sont pas abstenus mais ont voté contre…

Avec ce vote, la France qui ne cesse de perdre en influence dans un domaine où elle a longtemps brillé, la diplomatie, et forte de l’échec des négociations menées par John Kerry en avril 2014, la France donc s’est empressée de remplir le vide relatif laissé par les Américains (leurs élections présidentielles approchant), ainsi que le rappelle Jean-Pierre Bensimon. Ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement de la France se risque à manœuvrer de la sorte dans cette région du monde ; mais ce qui vient de se concocter dépasse en bassesse tout ce qui s’est concocté jusqu’à présent.

L’attitude de la France avec cette résolution du Conseil exécutif de l’UNESCO a une généalogie. Il faut lire le livre de David Pryce-Jones, « Un siècle de trahison » sous-titré « La diplomatie française et les Juifs, 1894-2007 ».

Je profite de ce contexte très inquiétant (puisque l’anti-sionisme officiel s’attaque à présent ouvertement aux symboles) pour rappeler que si les appareils d’État en France (Quai d’Orsay, AFP et autres tripots) ont été (et restent) doucereusement et insidieusement hostiles à Israël, des responsables ont su aider Israël, et dans un moment particulièrement inquiétant de son histoire : Guy Mollet, de la S.F.I.O., et Maurice Bourgès-Maunoury, un radical-socialiste. Certes, la France voulait se débarrasser de Nasser qui soutenait l’Algérie dans sa lutte pour l’indépendance — et Israël était un allié potentiel dans cette lutte puisque Nasser constituait pour ce pays une menace directe. Il n’empêche, l’action de ces hommes ne doit pas être oubliée. Pour comprendre l’importance de leur action en des temps encore héroïques, je recommande la lecture des mémoires du colonel Benjamin Kagan, « Combat secret pour Israël » — également disponible en anglais sous le titre « The Secret Battle for Israel ». Ce livre m’a fait oublier pour un temps les manigances de dirigeants indignes. Autre homme qui m’empêche de sombrer dans le dégoût de la France, le général Pierre-Marie Kœnig. De vieilles histoires me dira-t-on. Peut-être. Mais les « vieilles histoires » ne sont pas seulement derrière nous, elles sont aussi devant nous — elles nous précèdent :

http://www.akadem.org/public/Documents/FINIS/TANGUY-Koenig_883_A1/Bio-Koenig-Doc1.pdf

Ci-joint, l’intégralité de l’article de Jean-Pierre Bensimon intitulé « Une autre lecture de la décision de l’UNESCO sur la ‟Palestine occupée” » et publié par l’Association France-Israël Marseille Alliance général Koenig :

http://fim13.blogspot.com.es/2016/04/une-autre-lecture-de-la-decision-de.html

Ci-joint, un article intitulé « Le glas de l’intelligence française » et publié par Léon Rozenbaum sur son blog SourceIsrael.com :

http://sourceisrael.com/2016/05/le-glas-de-lintelligence-francaise/

Enfin, je soumets à la réflexion du lecteur cet article sans concession de Gilles William Goldnadel intitulé « Trêve de mondanités » :

http://blognadel.over-blog.com/2016/05/treve-de-mondanites.html

 

 Olivier Ypsilantis

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1/2 – A propos de la France et de son vote en faveur d’une résolution du Conseil exécutif de l’UNESCO (niant tout lien historique entre le peuple juif et ses deux sites les plus sacrés à Jérusalem) 

 Dry Bones

Suite à l’article suivant,

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com,

j’ai fait parvenir à son auteur le courrier ci-joint :

« Bien que je sois non-juif, chaque phrase de votre article me va droit au cœur. Nous sommes à présent entrés dans le déshonneur et sans possibilité de retour, (me) semble-t-il. La France est un pays mûr pour l’esclavage. Que dis-je ! Elle y est déjà entrée ; car ce vote est bien l’une des marques (et probablement la plus profonde) d’une flétrissure — d’une atteinte à l’honneur. Au moins puis-je me réconforter en me répétant que mes engagements au Sar-El m’épargnent la marque des esclaves.

Votre texte met en exergue cette si multiforme et si doucereuse Théologie de la Substitution, tant chrétienne que musulmane, l’une et l’autre avec leur particularité et leur mode opératoire. Lorsqu’il s’agit de « faire chier » les Juifs et Israël, Chrétiens (et post-Chrétiens) et Musulmans sont capables de s’adonner entre eux à de véritables partouzes. »

Ce que je n’ai pas précisé dans ce courrier, c’est que par « France » j’entendais « les dirigeants de la France ». La France ne se réduit pas à ses dirigeants, surtout à ceux d’aujourd’hui qui, je persiste à le croire, termineront sur les rayonnages d’une bimbeloterie. Mais il est possible que je fasse preuve d’un optimisme immodéré.

Suite à l’article suivant,

http://fim13.blogspot.com.es/2016/04/les-interventions-illegales-de-lunion.html?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed:+France-isralMarseille+(France-Israël+Marseille),

j’ai fait parvenir à son envoyeur le courrier ci-joint :

« Je ne vais rien t’apprendre ; et je ne fais probablement que radoter ; mais la France (en pointe dans la dénonciation d’Israël) est un pays ficelé par les capitaux saoudiens et qataris qui dictent aux mass-media ce qu’ils ont à dire et donc aux masses ce qu’elles ont à penser. Il y a bien d’autres dangers mais celui-ci est tellement chez nous qu’à présent « il fait partie des meubles » si je puis dire. Ajoute une forte présence arabo-musulmane nouvelle génération, capable de fournir des hommes de main bon marché (des martyrs à l’occasion) aux tendances mortifères que sont le wahhabisme et le salafisme (financés par l’Arabie Saoudite), sans oublier les très astucieux Frères musulmans (financés par le Qatar), et la boucle est bouclée.

La dénonciation d’Israël (il n’est bien sûr pas question de la critique féconde et empreinte de sympathie) est l’une des marques de notre entrée en esclavage. France pays d’esclaves, oui, dans sa dénonciation d’Israël. La France est la voix de ses maîtres… Et parmi ces esclaves, je place ces Juifs qui ont oublié — qui veulent oublier — qu’ils sont juifs dans l’espoir de recevoir un susucre après avoir donné la papatte. A ce sujet, je viens d’écrire deux articles (plus exactement, un article en deux parties) que je publierai prochainement sur cette mentalité que dénonce… Franz Kafka, deux textes qui rendent compte d’un livre « pas très tendance » : « Variations autour de K., pour une lecture juive de Franz Kafka » de Laurent Cohen. Franz Kafka sioniste, pour déplaire à nos intellectuels autorisés. Une fois encore, lorsque j’écris « la France » je pense non pas à la population française mais à nombre de ses actuels dirigeants, des petits gredins.

Ce refus d’entrer en esclavage peut se traduire de diverses manières ; l’une d’elles : revêtir quand on le peut l’uniforme de Tsahal, que nous soyons juifs ou simplement sionistes. C’est une manière (bien modeste certes) d’aider Israël mais aussi de s’aider soi-même, de se laver d’une certaine crasse, d’aérer le réduit dans lequel on veut nous confiner.

 

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Lorsque l’on est sioniste, on est à tout moment tenu de s’expliquer — à moins de cacher cette « coupable » inclinaison. Les masses sont taraudées par des mass-media de plus en plus dépendants des capitaux arabes — venus exclusivement du pétrole. Ces mass-media sont d’autant plus influents qu’ils titillent agréablement un vieux fond antijudaïque et antisémite (l’antijudaïsme, l’antisémitisme et l’antisionisme tenant l’un à l’autre par des liens complexes) bien de chez nous.

Si par malheur vous êtes sioniste, vous devez vous épuiser en explications, à moins de choisir le silence. Si par bonheur vous êtes un défenseur ou un ami du « peuple palestinien », aucune explication ne vous est demandée. Vous pouvez rester dans votre canapé ou votre fauteuil, vautré et somnolent. Vous êtes l’ami des opprimés…

On peut être anti-sioniste aussi bien autour d’une bouteille de pinard et d’une tartine de pâté de campagne qu’autour d’un méchoui et de merguez. La dénonciation d’Israël est à présent le plus formidable des liants (liant : produit qui sert à agglomérer en masse solide des particules solides) : elle est promesse de copulation planétaire, tous s’accouplant avec tous au nom du peuple palestinien contre l’entité sioniste. Il faudrait faire donner les cataphractaires contre ces masses.

Le Palestinien s’est substitué au Prolétaire, aux « damnés de la terre » et tutti quanti. Le Palestinien est un totem autour duquel ça tournicote et ça braille. Le camarade qui ne sait plus où est son Prolétaire (il appartient à l’histoire celui que Constantin Meunier a décrit dans tout son pathétisme) a trouvé un autre totem ou, plus exactement, un autre fétiche (le totem se distingue du fétiche en ce qu’il n’est pas un objet unique, mais le représentant d’une catégorie d’objets au sens large) : le PALESTINIEN !

Combien parmi ceux qui défendent la « cause palestinienne » se sont-ils donnés la peine d’étudier l’histoire de cette région, simplement, sans parti pris, l’histoire de cette région dans toute sa complexité ? Mais à quoi bon se fatiguer, s’épuiser ?! Il suffit d’ingurgiter jour après jour la pitance que servent les mass-media diversement hostiles — et dans leur quasi-totalité — à Israël, des mass-media qui réactivent plus ou moins astucieusement — plus ou moins subliminalement — des préjugés que nombre d’intéressés ne peuvent appréhender comme tels puisque : « En fait, la religion est l’angle mort de votre regard d’Occidental » ainsi que l’écrit Élie Barnavi dans « Les religions meurtrières », une phrase que je reprends volontiers tant elle me semble importante. Par dégoût de la religion, ils ne se sont pas donnés et ne veulent pas se donner la peine d’étudier le fait religieux. En conséquence, ils sont contournés, attaqués par l’angle mort de leur regard — leur arme — et capturés.

Théologie de la Substitution, volonté théologique de pousser de côté l’héritage juif après s’en être emparé. En fait, le christianisme et l’islam « collent au cul des Juifs ». Idem avec les Palestiniens, ce peuple inventé et chéri des masses pour les besoins d’une propagande qui fut d’abord soviétique. Shoah a été déclinée en Nakba et ainsi de suite ; il y aurait de quoi remplir un lexique. L’inversion des valeurs est une constante des entreprises totalitaires ; et l’antisionisme est bien une entreprise totalitaire.

Je reste stupéfait de l’intérêt que portent à la « question palestinienne » des masses en constante augmentation, des citoyens d’origines ethniques, religieuses et sociales si diverses, affichant par ailleurs des opinions politiques plutôt bigarrées, mais qui sur la « question palestinienne » se retrouvent tous à la queueleuleu. C’est pour moi un sujet d’étonnement et de dégoût, d’étonnement dégoûté, de dégoût étonné. « Aaaaaaah Aaaaah Aaah Ah / Tout l’monde s’éclate / À la queuleuleu / Tout l’monde se marre / À la queuleuleu / Tout l’monde chante / À la queuleuleu / Tout l’monde danse / À la queuleuleu… » Mais vous connaissez la chanson.

Ce vote en faveur d’une résolution du Conseil exécutif de l’UNESCO — COCORICO ! — est la voix de la Gidouille et de la défécation satisfaite, de la masse toujours plus massive, de la stabulation dans la gadoue, de la régurgitation et ingurgitation de nourritures pré-digérées. Il faut entrer en résistance, gagner les montagnes, les hauteurs pures, se laver et boire à la source, être sioniste.

 (à suivre)

Olivier Ypsilantis

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La rue de Fleurus (VIe arrondissement – Paris) 

 

Ce seul nom, rue de Fleurus, suffit à me dire mon père. C’est probablement le nom qui me dit le plus sûrement mon père. Il y vécut son enfance et sa jeunesse, dans un grand appartement, au 27, au premier étage me semble-t-il. Il était un peu seul, avec sa mère séparée de son mari et ses deux frères sensiblement plus âgés. Il avait dix ans lorsque son frère aîné, qui venait d’intégrer l’École Spéciale des Travaux Publics, du bâtiment et de l’industrie, s’engagea pour son pays dès l’arrivée des Allemands à Paris. Son premier acte de résistance, la manifestation du 11 novembre 1940. Tout s’enchaîna alors. Engagement au 3e régiment de hussards alors basé à Montauban, clandestinité dès l’invasion de la zone libre (Organisation de Résistance de l’Armée – O.R.A.), jeux de chat et souris avec la Gestapo puis réintégration dans l’arme blindée cavalerie, la 2e D.B. (la Division Leclerc), blessure, longs séjours dans des hôpitaux. L’autre frère, engagé volontaire dans cette même division, au 501e Régiment de Chars de Combat (501e R.C.C.). Ils n’avaient pas vingt ans lorsqu’ils quittèrent le domicile de la rue de Fleurus pour endosser l’uniforme. Mon père vécut donc assez seul dans cet appartement très bourgeois où l’on découpa des tickets de rationnement durant de longues années.

Mon père m’a très peu parlé de ces années. Je recolle des bribes. Je m’efforce aidé par quelques lettres, quelques témoignages, dont celui d’un ancien de Stan — le collège Stanislas, dans le quartier de Notre-Dame-des-Champs, par lequel les trois frères sont passés. Cet ancien s’était lui aussi engagé au 501e R.C.C. Il sera l’un des premiers à atteindre l’Obersalzberg. Entre-temps son frère avait été tué à bord d’un M10 Destroyer, le « Porc-Épic » de la 1ère Armée française du général de Lattre de Tassigny. Ce char impliqué dans la bataille de Colmar a été transformé en monument :

http://www.materielsterrestres39-45.fr/fr/index.php/guerre-terrestre-france/137-alsace/490-memorial-illhaeusern

Ce que le visiteur ne sait probablement pas c’est que le « Porc-Épic » a touché un Jagdpanzer qui venait de le toucher. Ces deux monstres d’acier sont longtemps restés l’un en face de l’autre ; et je ne sais en quelle année le blindé allemand a été enlevé. J’imagine les familles tant allemandes que françaises venant se recueillir devant ce qui avait été les tombeaux de leurs fils, s’adressant un signe, se serrant la main, peut-être…

Mon père m’a donc très peu parlé de ces années rue de Fleurus. Que m’a-t-il dit ? Il m’a décrit son inquiétude d’enfant face à Gertrude Stein. Elle habitait au fond de la cour de l’immeuble et elle lui faisait peur « avec sa voix d’hommasse ». Parmi les nombreux visiteurs qui traversèrent la cour pour se rendre chez elle, mon père se souvenait de « la silhouette corpulente de Hemingway ». Une plaque a été apposée sur la façade de l’immeuble du 27 ; on peut y lire : Gertrude Stein (1874-1946), écrivain américain, vécut ici avec son frère Léo Stein puis avec Alice B. Toklas. Elle y reçut de nombreux artistes et écrivains, de 1903 à 1938. A ce sujet, aucun livre ne rend mieux compte de la vie de Gertrude Stein, en particulier de ses années parisiennes, que « The Autobiography of Alice B. Toklas ». J’ai lu ce livre en pensant à mon père petit garçon, mon père qui se souvenait de A rose is a rose is a rose, la plus célèbre phrase écrite par cette femme au physique si peu avenant, piètre écrivain (à l’exception du livre ci-dessus cité) mais dotée d’un goût très sûr pour l’art.

Le nom de cette rue du VIe arrondissement parisien m’évoque simultanément les quelques souvenirs de la Libération que m’a communiqués mon père et la Société d’Édition « Les Belles Lettres » (dont la Collection des Universités de France — « collection Budé » —, placée sous le patronage de l’Association Guillaume Budé). La Librairie Guillaume Budé – Les Belles Lettres est située boulevard Raspail, au 95 ; mais elle fait angle avec la rue de Fleurus. Aussi ne puis-je voir l’une de ces publications avec la louve capitoline (collection des Latins) ou avec l’aryballe en forme de chouette (collection des Grecs) sans penser automatiquement à la rue de Fleurus et donc à mon père.

Mais la rue de Fleurus m’évoque plus encore la Libération de Paris et mon père petit garçon. Peu après sa mort, j’ai retrouvé dans un tiroir de son bureau une grande enveloppe jaunie contenant six photographies originales des combats de la Libération, rue de Fleurus et autour du jardin du Luxembourg. Il m’avait commenté l’une d’elles en me précisant qu’une femme, une bouchère du quartier me semble-t-il, avait été tuée par une balle perdue alors qu’elle était à sa fenêtre, une fenêtre (laquelle ?) visible sur la façade de l’immeuble sur lequel il est écrit RESTAURANT et qui est situé à l’angle de la rue de Fleurus et de la rue d’Assas. Voir l’image ci-dessous.

Rue de Fleurus, attaque du jardin du Luxembourg le 25 août 1944

L’une des six photographies trouvées dans l’enveloppe jaunie : 25 août 1944, rue de Fleurus, attaque du jardin du Luxembourg. On reconnaît à l’arrière-plan la forme caractéristique de l’auto-mitrailleuse M20.

 

Le positionnement des blindés, du Tank Destroyer M10 (voir photographie ci-dessus) et de l’auto-mitrailleuse M20 (à ce propos, je me souviens d’avoir longtemps joué avec un modèle réduit Solido), s’explique pour une raison simple : la rue de Fleurus fait un coude, quelques mètres avant de croiser la rue d’Assas. De là, canons et mitrailleuses pouvaient prendre le jardin du Luxembourg en enfilade, dans l’axe compris entre la rue Guynemer et le boulevard Saint-Michel, axe au milieu duquel se trouve le grand bassin octogonal. C’était une position idéale pour parfaire l’encerclement d’un point fort tenu par les Allemands dans Paris, une attaque menée conjointement par des éléments de la 2ème D.B. (dont l’Escadron de protection du général Leclerc aux ordres du capitaine de Boissieu) et des F.F.I. Ci-joint le témoignage d’Alain de Boissieu :

http://museedelaresistanceenligne.org/media4820-Les-combats-du-Luxembourg-tA

Il y a quelques jours, au cours d’une recherche Internet, j’ai trouvé le nom du Tank Destroyer M10 qui le 25 août 1944 tirait sous les fenêtres du 27 de la rue de Fleurus. Son nom : Corsaire. Cette recherche m’a conduit au « Journal de Bord (21 juillet – 2 décembre 1944) » de l’Enseigne de Vaisseau Vincent Lacoin, du Régiment Blindé de Fusiliers Marins (R.B.F.M.) de la 2e D.B., 3e Escadron, 2e Peloton. J’ai appris par ce document que le chef de ce char au cours de la Libération de Paris s’appelait Emmanuel Bacquet.

Et puisqu’il est question du R.B.F.M., je place en aparté ce lien où il est question d’un grand acteur qui fut l’un de ses soldats, Jean Gabin :

http://www.rbfm-leclerc.com/gabin.html

Mais j’en reviens à l’enveloppe jaunie. Elle contient une série de trois photographies qui montrent les combats dans ce coude de la rue de Fleurus, avec tirs en direction du jardin du Luxembourg. On y distingue des hommes habillés en civil qui font le coup de feu (des F.F.I. probablement), des soldats casqués et d’autres avec des couvre-chefs de la marine, avec le bachi à pompon rouge. Cet hommes sont issus de la Marine de guerre. Les noms de leurs blindés — dont Corsaire — rappellent l’origine du R.B.F.M. L’une de ces photographies montre la rue noyée dans la fumée : le Corsaire vient de tirer. On aperçoit quelques drapeaux tricolores aux fenêtres. Le soleil brille dans la rue d’Assas. Nous sommes fin août 1944.

25 août 1944, char destroyer rue de Fleurus

25 août 1944, rue de Fleurus, Tank Destroyer M10 en action.

 

L’enveloppe contient une autre série de trois photographies relatives à ces combats de la Libération autour du jardin du Luxembourg, mais prises côté rue Guynemer et rue de Fleurus. Je rappelle que les combats les plus violents pour la réduction de cet ensemble fortifié se sont déroulés de l’autre côté, boulevard Saint-Michel, ainsi qu’en témoignent les nombreuses plaques du souvenir et les impacts de balles et d’obus. Cette série montre des prisonniers allemands. Sur l’une d’elles, ils avancent en colonne, mains levées, dans une allée du jardin du Luxembourg. Ils sont flanqués par des fusiliers marins du R.B.F.M. Sur les deux autres, ces mêmes prisonniers sont alignés et fouillés le long des grilles de ce jardin, rue Guynemer. On aperçoit la foule. Elle a l’air calme, très calme, ce qui me surprend. Mon père se souvenait de soldats de Leclerc s’interposant et tirant en l’air pour faire reculer une foule qui voulait lyncher les prisonniers placés sous leur garde. Cette scène l’avait effrayé et révolté ; il venait d’avoir quatorze ans ; et je pense qu’elle l’a durablement marqué. Il me décrivit les visages de haine de commères et d’individus qui selon lui étaient d’autant plus virulents qu’ils étaient restés en pantoufles sous l’Occupation. Mon père avait un mépris tout particulier pour les Résistants de la dernière heure. Selon lui ces « Résistants » étaient les plus enclins à abattre les prisonniers de guerre, et dans le dos, ou tout au moins à les frapper au visage ou à leur cracher dessus, à tondre les femmes et à s’adonner à l’épuration sauvage. Comment lui donner tort ?

Prisonniers allemands, 25 août 1944

L’une des six photographies trouvées dans l’enveloppe jaunie : Prisonniers allemands, jardin du Luxembourg, 25 août 1944.

 

Dans « Journal de la Libération de Paris (18 au 28 août 1944) », André Auvinet, cinquante-six ans, avocat au service juridique de la S.N.C.F. et demeurant à quelques pas de l’église Saint-Sulpice note un souvenir (le 26 août 1944) qui rejoint ce que m’a rapporté mon père : « Rue Guynemer, les immeubles ont peu souffert, mais le blockhaus face à la rue de Fleurus a été touché en plein et écrasé ; et derrière, dans le jardin, la guérite bétonnée des sentinelles est éventrée de part en part d’un énorme trou. Dans la grande allée de marronniers, quelques arbres sont fracassés, une petite auto gît désemparée et des caisses vides, des munitions sans doute, traînent çà et là ». J’en déduis que ces coups ont été portés par le canon de 76,2 mm du Corsaire, le plus puissant canon des blindés alliés.

Juste avant, dans son journal, André Auvinet décrit un autre blockhaus dans le prolongement de ce blockhaus  : « Au carrefour Vaugirard-Guynemer on se masse autour d’un blockhaus dissimulé derrière l’angle de la grille du jardin avec un art tellement consommé qu’il avait échappé au regard des riverains eux-mêmes. C’est un habitant d’ailleurs qui, paraît-il, l’a aperçu le premier et l’a révélé aux F.F.I. intéressés. Il ne porte que quelques traces de balles, et c’est de là sans doute qu’est partie la rafale de mitrailleuse qui tua une jeune fille, place Saint-Sulpice, samedi dernier ». Qui était cette jeune fille ?

Mais j’en reviens à mon père et sa famille. C’est au cours de ces journées de la Libération de Paris que son frère aîné sort de la clandestinité et s’engage chez Leclerc où il est recruté par Pierre de La Fouchardière (surnommé « La Fouche » par ses hommes), officier au 501e Régiment de Chars de Combat. Pierre de La Fouchardière, lui, avait réussi à franchir la frontière espagnole et à gagner Londres pour s’engager dans les F.F.L. Le rôle de cet officier durant ces journées parisiennes a été important puisqu’il réussit à fixer les troupes allemandes retranchées dans le jardin du Luxembourg et son palais, notamment côté boulevard Saint-Michel, côté École des Mines, un rôle qui lui a été pleinement reconnu par le Président du Sénat, Christian Poncelet, dans son allocution prononcée le 25 août 2004 :

http://www.senat.fr/senateurs/presidence-1998-2008/presidence/delafouchardiere.html

Prisonniers allemands, rue Guynemer, août 1944.

Prisonniers allemands, rue Guynemer, août 1944.

 

Pierre de La Fouchardière sera très grièvement blessé à Colmar. Blessé du bassin aux pieds, il parviendra à s’extirper de son char en y laissant les cadavres de deux membres de son équipage. Il survivra des heures dans la neige, par – 20°, le froid ayant coagulé ses blessures. Alors qu’il servait une mitrailleuse hors-tourelle, le frère aîné de mon père sera atteint de deux (ou trois) balles, dans les bras et la poitrine, avec cœur éraflé. Un as de la chirurgie de guerre, un Américain, parviendra à le sauver.

La rue de Fleurus, Fleurus 26 juin 1794… Cette rue porte le nom d’une célèbre bataille à laquelle est associé le nom de Jean-Baptiste Jourdan, une bataille qui permit à la France d’annexer la Belgique, une bataille où entra en action pour la première fois un ballon captif qui donna aux Français la possibilité d’observer les mouvements de l’ennemi…

 

Olivier Ypsilantis

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Je me souviens d’elles – 2/2

Giovanna Casotto (en Header, à droite de l’image) 

Je me souviens d’Inés de Castro, de son assassinat pour raison d’État.

Je me souviens de Juana la Loca, de son internement à Tordesillas.

Je me souviens de Gertrud von Le Fort, je m’en souviens surtout par Georges Bernanos.

Je me souviens d’Anna Magnani. Il arrive souvent qu’une scène du cinéma néo-réaliste où elle apparaît me vienne à l’improviste et avec précision, comme cette scène de « Mamma Roma » :

https://www.youtube.com/watch?v=vx52cBite_E

Je me souviens de cette aventurière à l’identité incertaine qui se présentait comme « princesse Tarakanova », et j’en oublie, et se faisait passer pour la fille de la défunte impératrice de Russie, Élizabeth Ire, la fille de Pierre le Grand. Combien de dupes et de dettes a-t-elle faits ? Catherine II qui n’avait prêté qu’une attention amusée aux prétentions de l’aventurière finit par en être agacée voire inquiète. Elle se la fit livrer par la ruse (voir le rôle tenu par Alexeï Orlov) puis l’enferma dans la forteresse Pierre-et-Paul. Nombre de légendes circulèrent au sujet de sa mort. L’une d’elles a été mise en scène par Constantin Flavitsky ; et c’est essentiellement par cette composition (la plus connue de l’artiste) que nous nous souvenons d’elle.

Princesse Tarakanova

Les derniers moments de la « princesse Tarakanova » peints par Constantin Flavitsky (Константин Дмитриевич Флавицкий, 1830-1866) en 1864, selon la légende qui veut qu’elle soit morte noyée dans l’inondation de 1777.

 

Je me souviens de Jeanne Hersch, de son concept d’étonnement philosophique.

Je me souviens d’Oriana Fallaci, une femme de courage.

Je me souviens de Carmen Silvera, Edith Artois dans la série télévisée « ‘Allo ‘Allo ! »

Je me souviens de Helly Luv, l’égérie kurde. Je me souviens qu’elle se rendit populaire par « Risk It All » :

https://www.youtube.com/watch?v=33Zd1c4QDIs

Je me souviens de Brigitte Lahaie (Brigitte Vanmeerhaeghe), actrice X mais pas seulement, de sa reconversion à la radio, sur RMC, avec l’émission « Lahaie, l’Amour et Vous ».

Je me souviens de Jennifer Saunders et de Joanna Lumley dans « Absolutely Fabulous », de fous rires en leur compagnie.

Je me souviens de Bouboulina, héroïne de la Guerre d’Indépendance grecque de 1821. Je me souviens que ce nom ne cesse de revenir dans la bouche d’Anthony Quinn, dans « Zorba le Grec » de Michael Cacoyannis. A ce propos, je me souviens de Lila Kedrova, « Bouboulina », Madame Hortense.

Je me souviens d’Anne Dorval dans la série télévisée québécoise, « Le cœur a ses raisons ».

Je me souviens d’être tombé amoureux de Bibi Andersson dans « Sourires d’une nuit d’été » (Sommarnattens leende) d’Ingmar Bergman où elle ne tient pourtant qu’un tout petit rôle ; mais cette joie de vivre transmise par chacune de ses expressions me reposait des mélancolies véhiculées par la littérature, d’August Strindberg à Stanisław Przybyszewski.

Ingmar Bergman et Bibi AnderssonSur le tournage de « Persona » (en 1966) : Bibi Anderson (à gauche), Liv Ullmann et Ingmar Bergman. 

 

Je me souviens de Lee Miller, un nom qui suscite en moi mille souvenirs ; mais l’un d’eux domine les autres sans que je sache pourquoi, le dégoût probablement, avec cette photographie qui montre ce top model prenant un bain dans la baignoire de Hitler, en 1945, à Munich :

http://www.dailymail.co.uk/news/article-2292365/Dark-secret-woman-Hitlers-bathtub-How-war-photographer-Lee-Miller-raped-child-forced-pose-naked.html

Je me souviens de Maryam Radjavi, haute figure de la résistance iranienne.

Je me souviens de compositions peintres et gravées de Geneviève Asse, espaces de délicatesse et de silence. Je me souviens que cette artiste s’engagea dans les FFI, fut conductrice-ambulancière à la 1re D.B. et participa à l’évacuation du camp de Theresienstadt.

Je me souviens de Simone de Beauvoir. J’ai lu l’intégralité de son œuvre autobiographique avec un élan qui amusait mon entourage. Je leur expliquais que ces écrits au style épuré et précis m’intéressaient autrement plus que le salmigondis de Jean-Paul Sartre plus connu sous le nom de Jean-Sol Partre.

Je me souviens de ma surprise en apprenant que cette critique d’art que je lisais avec assiduité dans « Art Press » au cours de mes années d’études, Catherine Millet, était une libertine frénétique, ce que je découvris par « La vie sexuelle de Catherine M. », un ouvrage que je lus avec un mélange d’étonnement et d’ennui, sans jamais cesser d’apprécier la qualité de l’écriture.

 Catherine Millet

L’une des éditions des mémoires de Catherine Millet (née en 1948) 

 

Je me souviens quand Michèle Barzach, alors ministre de la Santé, déclara que Tchernobyl n’avait en rien affecté la France et qu’en conséquence la population (y compris les femmes enceintes) n’avait aucune précaution particulière à prendre.

Je me souviens que le nom « Madame Claude » intrigua mon enfance. Une grand-tante chuchotait ce nom comme s’il s’agissait du Diable. J’avais oublié « Madame Claude » ; mais sa mort, fin 2015, me fit revenir ces chuchotements.

Je me souviens que la garde des sceaux, Christiane Taubira, a été comparée à un singe.

Je me souviens des tache de rousseur de Marlène Jobert.

Je me souviens de Romy Schneider, un nom qui fait se lever en moi tant de souvenirs. Romy que je vis comme une mère, une sœur.

 Romy Schneider

Romy Schneider (1938-1982)

 

Je me souviens des personnages loufoques interprétés par Florence Foresti dans l’émission « On a tout essayé ».

Je me souviens de Hermine dans « Steppenwolf » de Herman Hesse ; Hermine, le personnage de roman qui a le plus troublé mon adolescence.

Je me souviens d’Ana Non (voir le roman d’Agustin Gómez-Arcos), le personnage de roman qui a le plus ému mes années de maturité.

Je me souviens de « The Cranberries » et de Dolores O’Riordan, de « Fleetwood Mac » et de Stevie Nicks.

Je me souviens d’une ministre de l’Agriculture au nom prédestiné, Édith Cresson. Je me souviens des colères qu’elle provoqua dans le monde agricole.

Je me souviens de mon malaise fasciné devant les actions de Gina Pane, un malaise proche de celui que j’éprouvais devant les actions de Rudolf Schwarzkogler.

Je me souviens d’Alexandra Maria Lara (Alexandra Plătăreanu) dans le rôle de Traudl Junge — voir « Der Untergang » d’Oliver Hirschbiegel.

 Der Untergang

« Der Untergang » d’Oliver Hirschbiegel (2004)

Je me souviens des rêveries de Giovanna Casotto, une artiste qui s’utilise comme modèle pour des BD érotiques particulièrement élaborées.

Je me souviens de mon plaisir au volant à écouter les chansons de Nina Gordon (Nina Rachel Shapiro Gordon), en particulier « Tonight And The Rest of My Life » :

https://www.youtube.com/watch?v=Z29Wq7vWKDI

Je crois percevoir dans cette vidéo, tant par l’éclairage que par les poses, une discrète allusion (probablement inconsciente) à l’œuvre de G. F. Watts, ce peintre victorien rattaché au symbolisme.

Je me souviens de La Mère Denis, figure emblématique de la marque de machines à laver Vedette.

Je me souviens que Florence Arthaud effectua sa première traversée de l’Atlantique au cours d’une convalescence suite à un grave accident de voiture. Mais son nom fait se lever tant de « Je me souviens » qu’il me faudrait écrire un « Je me souviens » à part…

Je me souviens de la revue de presse de Catherine et Liliane sur Canal+. Mais j’y pense, Catherine et Liliane sont des hommes ! Alex Lutz pour Catherine, Bruno Sanches pour Liliane…

Je me souviens des Vieilles dames de Jacques Faizant (dans « Le Figaro »), des Parisiennes de Kiraz (dans « Jours de France ») et des Frustrés de Claire Bretecher (dans « Le Nouvel Observateur »).

Kiraz

Kiraz, une élégance, une mise en page et une palette qui m’évoquent René Gruau.  

 

Olivier Ypsilantis

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Je me souviens d’elles – 1/2

 

Je me souviens de l’assassinat de Benazir Buttho (en Header).

 

Je me souviens de Suzanne Rouquette, responsable du 25e Bataillon médical de la 9e Division d’infanterie coloniale de la 1re Armée française du général de Lattre de Tassigny. Débarquée en Provence après avoir été sur la ligne de front en Corse et sur l’île d’Elbe, elle sera blessée dans les Vosges et amputée d’une jambe.

Suzanne Lefort RouquetteSuzanne Rouquette et Jacques Lefort, rencontré lors du débarquement de Provence (il était alors capitaine au 1er Bataillon de choc de la 1re Armée française) et qu’elle épousa en 1945.  

 

Je me souviens de Marie d’Agoult. Je m’en souviens en particulier par le portrait qu’en fit Henri Lehmann, Henri Lehmann qui fit également le portrait de Franz Liszt.

Je me souviens de la concurrente d’Helena Rubinstein, Elizabeth Arden. Et, bien sûr, je me souviens d’Helena Rubinstein.

Je me souviens de Jacqueline Auriol et de sa rivale, Jacqueline Cochran. A ce propos, je me souviens qu’il est question de Jacqueline Auriol dans « Je me souviens » de Georges Perec : « Je me souviens de Jacqueline Auriol, la femme “la plus vite du monde” ».

Je me souviens de la duchesse d’Alençon, de son incroyable courage lors de l’incendie du Bazar de la Charité. Femme tragique comme sa sœur, Sissi l’assassinée. Ne les oubliez jamais !

Je me souviens d’Ilona Edelsheim Gyulai. Je me souviens qu’elle épousa un fils de l’amiral Miklós Horthy, régent du Royaume de Hongrie de 1920 à 1944, István Horthy. A ce propos, je me souviens du mystère qui entoure l’accident d’avion au cours duquel périt ce pilote : n’aurait-il pas été prémédité par les nazis qui le jugeaient philosémite ? :

http://www.telegraph.co.uk/news/obituaries/10036650/Countess-Ilona-Edelsheim-Gyulai.html 

 Infirmière hongroise

L’étrange, l’inquiétante beauté de la comtesse Ilona Edelsheim Gyulai la Hongroise. Je me dis qu’elle aurait pu être Erzsébet Báthory…

 

Je me souviens de Valérie André. Et pour ceux qui ne s’en souviennent pas :

http://www.aerodrome-gruyere.ch/hommage/valerie-andre.htm

Je me souviens qu’Amélie d’Orléans, devenue reine du Portugal par son mariage, était célèbre pour sa grande taille (plus d’un mètre quatre-vingt). Je me souviens qu’elle fut victime d’un attentat, Praça do Comercio, à Lisbonne, en 1908, attentat au cours duquel périrent son époux et son fils aîné. Je me souviens qu’elle se dressa dans le landau pour protéger de son corps son plus jeune fils et qu’elle parvint à tenir en respect l’un des terroristes en le frappant avec son bouquet de fleurs.

Je me souviens de Madame de Warens, « Maman », de l’extraordinaire et délicieuse ambiguité que suggèrent « Les Confessions » du « Petit ».

Je me souviens de Louise de Vilmorin et regrette que ses romans ne soient pas plus lus, qu’ils soient même oubliés ; car le meilleur de son œuvre n’est pas moins pénétrant que « La Princesse de Clèves » de Madame de La Fayette.

Je me souviens de Patricia Amardeil, de sa lutte pour la mémoire de la Shoah. Je me souviens qu’elle a traduit « Signora Auschwitz » d’Edith Bruck :

http://www.huffingtonpost.fr/jeannine-hayat/edith-bruck-david-lescot-litterature-shoah_b_8440874.html

Je me souviens d’Edith Bruck, survivante d’Auschwitz, écrivain de langue italienne mais dont la langue maternelle est le hongrois.

Je me souviens de Queen Victoria, une grande petite souveraine.

Je me souviens d’Ute Lemper, cette amoureuse des langues qui passe de l’une à l’autre avec une grâce de danseuse. Je me souviens d’elle, il y a peu, au Teatro Circo de Murcia.

German ZDF TV talkshow Markus Lanz at Fernsehmacher-Studio Featuring: Ute Lemper Where: Hamburg, Germany When: 04 Dec 2013 Credit: Schultz-Coulon/WENN.com

German ZDF TV talkshow Markus Lanz at Fernsehmacher-Studio
Featuring: Ute Lemper
Where: Hamburg, Germany
When: 04 Dec 2013
Credit: Schultz-Coulon/WENN.com

Ute Lemper (née en 1963)

 

Je me souviens de Madame Tallien dans la vie de laquelle j’ai quelques peines à me retrouver.

Je me souviens de la reine de Saba qui selon l’Ancien Testament eut l’intention d’éprouver Salomon en lui posant un certain nombre d’énigmes.

Je me souviens de la comtesse de Ségur dont je lus avec grand plaisir tant de ses « compostions nigaudes » — ce sont ses propres mots.

Je me souviens de Clara Schumann la musicienne sans laquelle Robert son époux et Johannes Brahms n’auraient peut-être pas été ce qu’ils ont été.

Je me souviens de Salomé, je m’en souviens par bien des représentations à commencer par celles de Franz von Stuck, Gustave Moreau et Gustav Klimt.

Je me souviens de Paula Modersohn-Becker, et par elle je me souviens de Worpswede et de l’amie allemande, Corina.

Je me souviens de la Callas au bras d’Onassis.

Je me souviens de Nathalie Kosciusko-Morizet, NKM, son visage de préraphaélite, son intelligence aiguë, ses réparties coupantes, son côté « emmerdeuse ». Aurai-je le plaisir de me souvenir de Nathalie Kosciusko-Morizet présidente de la République française ?

 Nathalie Kosciusko Morizet

Nathalie Kosciusko-Morizet (née en 1973)

 

Je me souviens de Catalina de Erauso, La Monja Alférez.

Je me souviens que Brunehaut reine d’Austrasie mourut après avoir été attachée à la queue d’un cheval excité par ses ennemis.

Je me souviens de Pauline Borghèse, la sœur préférée de Napoléon Bonaparte, je m’en souviens par cette sculpture d’Antonio Canova autour de laquelle j’ai tant tourné.

Je me souviens de l’épopée vendéenne de la duchesse de Berry. Je me souviens de cette belle veuve peinte par Thomas Lawrence.

Je me souviens que Coco Chanel aimait la poésie de Pierre Reverdy.

Je me souviens du sourire de Françoise Giroud :

http://www.lexpress.fr/diaporama/diapo-photo/culture/livre/en-images-francoise-giroud-les-visages-de-sa-vie_1210699.html?p=5#content_diapo

 Francoise Giroud

Françoise Giroud (1916-2003)

 

Je me souviens de Louise de Bettignies. Je me souviens d’avoir souvent entendu ce nom au cours de ma jeunesse : une proche cousine était scolarisée dans un établissement du XVIIe arrondissement parisien qui porte son nom. Ce n’est que bien des années plus tard que j’appris que cette femme avait joué un rôle des plus importants au cours de la Première Guerre mondiale en tant que chef du Réseau Ramble, à Lille, au service des Britanniques. Louise de Bettignies alias « Alice Dubois ».

Je me souviens de la princesse Bibesco, je m’en souviens par les souvenirs que m’a rapportés une grand-tante, par « Le Perroquet vert », un livre entre roman et autobiographie que cette même grand-tante m’invita à lire, et par le portrait étourdissant de virtuosité qu’en a fait Giovanni Boldini.

Je me souviens de Charlotte Corday surnommée par Lamartine « l’Ange de l’assassinat ». Je me souviens qu’elle assassina Marat à l’aide d’un couteau acheté à la coutellerie Badin, dans les galeries du Palais-Royal. Je me souviens du Conventionnel Adam Lux qui, ébloui par cette femme, célébra son courage et fut guillotiné à son tour. N’oubliez pas Charlotte Corday et n’oubliez pas Adam Lux qui chacun à leur manière s’élevèrent contre le règne des larves :

http://www.authorama.com/famous-affinities-of-history-ii-5.html

Je me souviens de Marie Duplessis, Marguerite Gautier dans « La Dame aux camélias », un roman à la puissante ambiance, un roman qui troubla mon adolescence.

Je me souviens de Danielle Casanova :

http://www.memoirevive.org/danielle-casanova-nee-vincentella-perini-31655/

Je me souviens de mon plaisir à lire les lettres de Madame de Sévigné, plaisir que me communiqua une professeur de littérature française, Madame R., belle femme qui avait plaisir à montrer ses jambes — qu’elle avait fort belles — en salle de classe et qui s’amusait discrètement du trouble des élèves.

Je me souviens que Marie Curie Sklodowska eut un rôle important dans l’organisation du service radiologique des armées au cours de la Première Guerre mondiale.

Je me souviens qu’après avoir tourné dans des dizaines de films médiocres, et alors qu’elle s’apprêtait à quitter le cinéma, Marlène Dietrich fut remarquée par Joseph von Sternberg qui la lança dans une carrière internationale avec « L’Ange bleu » — « Der Blaue Engel ».

Je me souviens de Geneviève de Galard, convoyeuse de l’air surnommée « l’Ange de Ðiện Biên Phủ ».

Je me souviens de Madame de Guyon, de la gêne qu’elle provoqua chez les autorités ecclésiastiques et de ses tribulations.

Je me souviens d’Hélène Boucher, je m’en souviens d’abord par « Horizons sans fin » de Jean Dréville, par Gisèle Pascal.

Je me souviens de Margaret Thatcher, l’un des plus extraordinaires chefs de gouvernements de l’Europe du XXe siècle.

Margaret Thatcher

Margaret Thatcher (1925-2013), une révolutionnaire conservatrice, l’anti-démagogue par excellence.  

 

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

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Notes diverses (février 2016) – 2/2

 

Parmi les récits de voyages écrits par des British, la série espagnole de Peter Kerr (né en 1940), cinq titres sont dédiés à sa vie à Mallorca : « Snowball Oranges », « Mañana, Mañana ! », « Viva Mallorca ! », « A Basketful of Snowflakes » et « From Paella to Porridge » ;  la trilogie espagnole de Chris Stewart est dédiée aux Alpujarras (né en 1951), The Lemons Trilogy : « Driving Over Lemons: An Optimist In Andalucia », « A Parrot In The Pepper Tree », « The Almond Blossom Appreciation Society ». Peter Kerr et Cris Stewart ont été des musiciens professionnels. Peter Kerr a notamment joué avec The Clyde Valley Stompers et Chris Stewart a été premier batteur du groupe Genesis. A présent, l’un et l’autre s’occupent de leur finca. Ci-joint, une entrevue avec Chris Stewart :

https://www.youtube.com/watch?v=bBXMo7WQSSI

Hans Jürgen Syberberg et sa trilogie qui met en scène Ludwig II, Karl May et Hitler, trois hommes qui selon lui sont des révélateurs de leur temps et grâce auxquels le cinéaste reconstitue à sa manière l’histoire de l’Allemagne, des débuts de l’industrialisation à l’après-guerre (Seconde Guerre mondiale). Il invite l’Allemagne  à regarder Hitler dans les yeux (si je puis dire), droit dans les yeux, afin de lutter contre l’aliénation. Opposer à Hitler les valeurs aristocratiques ; et le romantisme que l’Allemagne a porté vers les sommets entre pleinement dans cet aristocratisme. Il ne faut pas faire cadeau du romantisme à Hitler.

 Hans Jürgen Syberberg

Hans Jürgen Syberberg (né en 1935)

 

La Terreur est-elle le produit d’une idéologie ou bien celui d’intérêts médiocres et de basses convoitises ? Dans la compétition vers le pouvoir, chacun se croit tenu de dépasser l’autre en violence pour n’être pas accusé de modération et terminer sur l’échafaud. Barère déclare : « Il fallait être guillotineur pour n’être pas guillotiné ». Voir la thèse soutenue par Guglielmo Ferrero dans « Les deux révolutions françaises. 1789-1796 », avec la peur comme moteur et carburant de cette Révolution.

Je reste convaincu que la part de l’idéologie a tenu un rôle essentiel — non pas exclusif mais essentiel — dans l’instauration de la Terreur (5 septembre 1793 – 27 juillet 1794). Par ailleurs, la Révolution française peut être regardée froidement, comme la matrice de tous les totalitarismes avec cette adoration des Idées. Pour la première fois dans l’Histoire se profile la machine de mort étatique, la planification de l’assassinat de masse, avec les assassins de bureau (la bureaucratie) qui définissent le travail des assassins de terrain. Le 23 juillet 1789, deux propositions de loi soumises à l’Assemblée constituante visent à créer un comité chargé de « recevoir les dénonciations contre les ennemis publics » et à établir un « tribunal spécial pour juger les personnes arrêtées sur le soupçon du crime de lèse-nation ». Puis, sur l’insistance des autorités municipales parisiennes, sont mis en place par la Constituante, le 28 juillet 1789, un Comité des rapports et un Comité des recherches (voir détails). Le 21 octobre 1789, la Commune de Paris crée de sa propre initiative son Comité des recherches (avec notamment la rétribution des délateurs) au nom du salut public. Brissot l’utilise pour s’imposer dans le conseil municipal. Dès le 12 septembre 1789, Marat s’était fait le chantre de la dénonciation.

La Terreur conduit à la guerre et la guerre « justifie » la Terreur. Guerre et Terreur vont se nourrir mutuellement. Mais la guerre terminée, la Terreur ne cesse pas pour autant. Après l’arrestation et l’exécution des hébertistes et des dantonistes commence le règne de Robespierre, un système de pouvoir structuré par la bureaucratie qui enserre toute la société dans un carcan de fer. La délation est érigée en vertu citoyenne et les abstractions sont portées aux nues, adulées. On a expulsé Dieu et le Roi pour mettre à leur place le culte de l’Idée (l’idéocratie) et de l’Être suprême, cette idole en carton-pâte qui sert à justifier le maintien de la Terreur alors que les raisons « objectives » de son maintien ne peuvent plus être invoquées. La Terreur, la purification qui doit permettre l’accession à un nouveau monde (?!). La Révolution française, le règne de l’Utopie, la prosternation devant les Idées et leur rhétorique, la délation érigée en vertu, le crime de lèse-nation remplaçant celui de lèse-majesté, etc. Le crime de lèse-majesté, parfaitement critiquable, repose tout de même sur une définition assez précise ; tandis que le crime de lèse-nation, si imprécis (aussi imprécis que « ennemi du peuple »), menace chacun et en permanence.

Autre pays rentier du pétrole, l’Algérie. Mais le prix du pétrole s’effondrant, les revenus de la rente suivent. Comme tant de pays arabes, l’Algérie ne produit rien. A qui la faute ? Aux ex-colonisateurs ? A Israël ? Aux Juifs ? Ou bien aux Algériens et rien qu’aux Algériens ? La rente du pétrole n’a pas été investie dans l’économie de production, elle sert à gérer la société ainsi que le signale Omar Belhouchet, directeur de El Watan, premier quotidien en langue française du pays. Que va devenir cette société que l’appareil d’État (tant les civils que les militaires) calme en lui distribuant une part de cette rente ? Inflation galopante, dégradation des salaires, licenciements et chômage, un système extrêmement autoritaire mais fatigué. La société civile va-t-elle réussir à s’imposer face à l’appareil d’État ? Certes, le terrorisme n’est plus ce qu’il était au début des années 1990, mais des éléments venus de Libye où Daesh s’implante insidieusement ne vont-ils pas réactiver la violence ? Alors que suite à l’intervention russe la pression devient de plus en plus forte en Syrie, Daesh et autres organisations pareillement violentes migrent, notamment vers la Libye laissée (presque) à elle-même suite à l’action insensée conduite par Nicolas Sarkozy. Il y a peu, la Tunisie a été victime de terribles attentats. L’Algérie qui partage une longue frontière avec la Libye est particulièrement menacée. Le Maghreb qui fait face au « ventre mou » de l’Europe (la Méditerranée) est expressément visé ces organisations. Omar Belhouchet fait remarquer que les jeunes Algériens sont sensiblement moins nombreux à s’engager chez Daesh que les jeunes Marocains et Tunisiens. Selon lui, ce phénomène s’explique par le fait que ses compatriotes ont « goûté » à l’islamisme chez eux, contrairement à leurs voisins.

Parmi les photographes les plus intelligents, Chema Madoz (José Maria Rodríguez Madoz, Madrid, 1958). Ci-joint, un documentaire à caractère biographique (en espagnol de près d’une heure) :

http://www.rtve.es/alacarta/videos/imprescindibles/imprescindibles-chema-madoz-regar-escondido/1687267/

Chema Madoz ou le concept poétique. Les clins d’œil à Magritte. Un surréalisme subtil, en rien doctrinaire et tapageur comme il a pu l’être. Le manifeste surréaliste, le surréalisme manifeste… Le silence de Chema Madoz. Borja Casani : « Las fotos de Chema, al final, son el retrato de una idea ». C’est vrai ! Mais l’idée ainsi mise en image n’est pas imbue d’elle-même comme tant d’idées. Elle se dit avec discrétion et une parfaite élégance. Autre adjectif pour qualifier cette œuvre : élégance. Il m’arrive souvent de remercier Chema Madoz, intérieurement, pour nombre de ses idées ainsi traduites. Elles ouvrent un profond espace dans un quotidien auquel les habitudes ont ôté toute profondeur, un quotidien que les habitudes ont fermé. Les moyens mis en œuvre sont minimalistes, ascétiques. Et cet ascétisme suggère une inhabituelle densité, la densité de l’allusion, de la suggestion — la poésie même. Mais il y a plus. Cet art particulièrement élaboré et cérébral est d’emblée apprécié par des individus de cultures très diverses. Par exemple, je suis certain qu’un Vietnamien, qu’un Iranien ou qu’un Espagnol trouvent un même plaisir devant la plupart de ses photographies, un plaisir que partagent par ailleurs ceux qui sont habitués aux exercices cérébraux et ceux qui ne le sont pas. L’art de Chema Madoz ne s’adresse pas à une coterie, à un groupe de snobs, il s’adresse à l’homme. Cette subtilité des idées et cette délicatesse dans leur traduction savent nous retenir, tous ; et c’est l’une des marques, et non la moindre, de la pertinence de cet art.

L’art des Ibères était presqu’inconnu jusqu’à cette exposition présentée au Grand Palais, à Paris, fin 1997 – début 1998. C’est un art pourtant profondément original qui, il est vrai, s’est peu à peu s’effacé devant la romanisation. Par ailleurs, l’histoire de l’archéologie ibérique est relativement jeune puisqu’elle a vraiment commencé en 1897, avec la découverte de la Dame d’Elche (au sud de la province d’Alicante), l’une des sculptures les plus fascinantes de l’archéologie mondiale. Cette fascination exercée tient d’abord au fait qu’elle suggère d’autres civilisations, d’autres époques et d’autres lieux. Et le mystère n’a pas été levé autour de cette œuvre reconnue comme l’accomplissement d’une école locale, une œuvre acquise par le Louvre l’année de sa découverte avant de faire l’objet d’un échange en 1941.

La grande statuaire en grès ou en calcaire des Ibères me porte malgré moi vers l’Orient, avec ces formes souples, aquatiques presque, sur lesquelles s’inscrivent des détails très graphiques (des détails gravés), comme les oreilles du cheval de Los Villares (Hoya Gonzalo, Albacete) ou les striures qui parcourent dans un ordre parfaitement symétrique le corps du taureau — du « torito » — de Porcuna (province de Jaén). Dans ce dernier cas, l’héritage orientalisant saute aux yeux. Dès le Xe siècle av. J.-C., la culture méditerranéenne orientale avait essaimé sur une bonne partie des côtes de la Méditerranée occidentale, et particulièrement en Espagne.

Olivier Ypsilantis    

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Notes diverses (février 2016) – 1/2

 

Il est question de Bernile Nienau dans une revue espagnole. Bernile Nienau, cette petite fille née en 1926 avec laquelle Hitler aimait se faire photographier au Berghof, sur l’Obersalzberg, entre 1932 et 1938, une petite fille qui répondait aux plus stricts critères de « la race aryenne » ainsi que l’avaient définie les « scientifiques » nazis. Agacé par cette présence qui rendait le Führer « gâteux », Martin Bormann ordonna une enquête sur la famille de l’enfant. Elle révéla que sa grand-mère maternelle était… juive. Le Führer en fut contrarié mais il continua à voir Bernile, née le même jour que lui (un 20 avril), un point auquel il attachait une grande importance.

Je rapporte cette histoire pour une raison précise : elle enrichit mon enquête sur les formes de l’antisémitisme, l’antisémitisme qui fait vraiment flèche de tout bois — l’image n’est en rien forcée. En entrant le nom « Bernile Nienau » sur Internet, j’ai eu la surprise de voir s’afficher d’assez nombreux liens en espagnol, certains d’entre eux prenant prétexte de cette histoire plutôt anodine pour glisser des sous-entendus à la charge des Juifs. Sur un blog que je me garderai de nommer afin d’éviter de lui faire de la publicité, un article se termine sur ces mots (je les traduis de l’espagnol) : « La petite Bernile était en réalité un quart juive (par sa grand-mère maternelle), en aucun cas une aryenne pure, ce qui ne dérangeait en rien Hitler qui lui aussi était un quart juif par son père, fils d’un Rothschild ». L’auteur de cet article qui ne connaît décidément pas la honte déclare par ailleurs qu’un Juif allemand sur quatre était nazi. D’autres blogs et sites espagnols donnent dans ce genre de délire. L’un d’eux laisse entendre à coup de « références » sorties d’on ne sait quel placard que presque tous les nazis étaient juifs ou plus ou moins juifs, que le nazisme n’aura donc été qu’une histoire entre Juifs…

 

Bernile NienauBernile Nienau (1926-1943)

 

L’Italie vient de perdre Renato Bialetti, le fils d’Alfonso Bialetti, l’inventeur de la Moka Express dans les années 1930. L’une d’elles a été aménagée en urne funéraire pour y recueillir ses cendres. Je me souviens que ma mère avait une Moka Express. Je revois cette cafetière en aluminium, avec ses nombreux angles obtus et sa poignée en plastique noir.

Entrevue avec Gilles Kepel dans « El País Semanal ». Son invitation à contextualiser les actualités, toujours, un exercice plus que jamais nécessaire dans ce monde de breaking news qui ne cessent de se bousculer. Contextualiser le terrorisme en particulier, avec cette nouvelle génération de djihadistes, la troisième, très différente des deux précédentes mais qui en est aussi la synthèse. La première génération naît en 1979, en Afghanistan. C’est un mouvement sunnite entraîné et armé par la CIA, financé par les Saoudiens et les pétromonarchies du Golfe. 1989, les Soviétiques se retirent et les étrangers venus combattre dans ce pays se mettent en tête de faire tomber dans la foulée les régimes algérien et égyptien. Mais les attentats de Luxor et dans le temple de Hatshepsout, en 1997, leur aliènent la population locale. La deuxième génération, le rêve du retour à l’Islam des débuts qui fit tomber des Empires sassanide et byzantin. (Précisons qu’il y parvint parce que ces deux superpuissances s’étaient mutuellement épuisées dans une lutte titanesque, avec une phase d’une intensité particulière entre 602 et 628.) Après la défaite de l’U.R.S.S. (identifiée à l’Empire sassanide) en Afghanistan, les djihadistes s’attaquent aux États-Unis (identifiés à l’Empire byzantin) avec les attentats du 11 septembre 2001. La troisième génération naît sous l’impulsion d’un intellectuel, Abu Musab al-Suri, auteur d’un livre d’environ mille cinq cents pages intitulé « Appel à la résistance islamique mondiale ». Architect of Global Jihad selon les mots du chercheur norvégien Brynjar Lia, Abu Musab al-Suri préconise une structure de type horizontal et non plus vertical (pyramidal), comme c’était le cas du temps d’Osama Bin Laden. Outre son manque de souplesse, cette structure pyramidale manquait de base territoriale. Cet intellectuel originaire d’Alep invite à se détourner des États-Unis et à se porter vers l’Europe, un continent où la coordination entre les États reste assez faible, un continent avec des frontières poreuses au sein de l’espace de Schengen. Par ailleurs, Abu Musab al-Suri a compris qu’un vivier de djihadistes potentiels s’est constitué au sein de la jeunesse musulmane du Vieux Continent, en France plus particulièrement. Daesh désigne une ligne générale avec laquelle le djihadiste doit se débrouiller. Son autonomie est grande. Ce mode opératoire donnera Mohamed Merah et les frères Kouachi pour ne citer qu’eux. Le passage de la deuxième à la troisième génération de djihadistes a surpris les services secrets et l’administration qui n’ont pas immédiatement compris que les prisons (voir le cas de Fleury-Mérogis) étaient devenues des incubateurs de la terreur.

Parution du livre « Stefan Zweigs brennendes Geheimnis » d’Ulrich Weinzierl. La presse titre, Stefan Zweigs Geheimnis: E war ein Exhibitionist. L’écrivain aurait été tourmenté par cette tendance. On lit ce genre de rapport avec un mélange d’indifférence et de surprise avant de s’exclamer : « Qu’importe ! »

Un article sur la finca du Doctor Gregorio Marañón (1887-1960), « La Finca del Cigarral »  dans les environs de Toledo où il reçut de nombreux hôtes illustres, parmi lesquels Miguel de Unamuno, José Ortega y Gasset, Marie Curie, le général de Gaulle, Alexander Flemming. La propriété est aujourd’hui gérée par son petit-fils, Gregorio Marañón Bertrán de Lis. Me procurer son livre « Memorias del Cigarral ». Ci-joint, un documentaire exceptionnel (en espagnol ; durée, un peu plus d’une heure) intitulé « Gregorio Marañón. Médico, humanista y liberal » :

https://www.youtube.com/watch?v=N3oPXgRQ7WY

Feuilleté des numéros de « Charlie Hebdo ». Quelques bons articles, plutôt rares, et le radotage habituel : le danger fasciste, l’extrême-droite, l’ombre du Maréchal, les pétainistes, etc… Le mot fasciste si généreusement assené par la propagande stalinienne et dont l’usage s’est répandu comme une épidémie est aujourd’hui quelque peu usé après un usage frénétique et inconsidéré depuis près de quatre-vingt ans. Les nazis eux-mêmes ont été traités de fascistes, ce qui est une manière de nier leur terrible spécificité. Le mot populiste tend à remplacer le mot fasciste mais assez maladroitement puisque plus personne n’ignore que le populiste peut être aussi bien « de droite » que « de gauche ». A ce propos, pourquoi ne pas rappeler que le nazisme et le fascisme sont des formes de socialisme ?

Je feuillette des numéros récents de « Charlie Hebdo » et je dois dire que la plupart des articles me donnent l’écœurante impression d’ingurgiter de la nourriture prédigérée. « Charlie Hebdo » s’était ressaisi après la tuerie du 7 janvier 2015. A présent, un an plus tard, le radotage semble avoir repris ses droits. « Charlie Hebdo » s’adonne à l’occasion au raccourci historique avec une assurance qui m’interloque. Il s’agit de mettre l’Histoire — le passé — au diapason de ses présupposés. Dommage !

Dans cet hebdomadaire, un article où Fabrice Nicolino s’en prend au Royaume-Uni avec une hargne de Franchouillard… de gauche. Que le Royaume-Uni ait « toujours le cul entre le Continent et les Amériques » est une richesse pour l’Europe, l’héritage d’une histoire qui n’a pas à rougir d’elle-même. Et ce qui suit me déplaît plus encore ; il écrit : « Londres voudrait bien le beurre et l’argent du beurre ». Tout d’abord, il me semble que c’est une tendance qu’ont tous les pays d’Europe, sans exception ; mais surtout, les British ont une culture de l’argent beaucoup plus élaborée que celle des Français, et c’est probablement ce qui vous agace Monsieur Nicolino, sans que vous en soyez vraiment conscient. J’écrirai un article à ce sujet.

Repensé à Pablo Iglesias (voir Podemos). Je suis convaincu, et depuis le début, que cet homme n’hésiterait pas à tuer s’il y était autorisé, s’il avait le pouvoir de le faire en toute impunité. Cet homme est dangereux. Lorsque j’ai lu l’article de Hermann Tertsch, le fils d’Ekkehard Tertsch, j’ai su que je n’étais pas le seul à le penser :

http://www.abc.es/opinion/abci-abuelo-pablo-201602171330_noticia.html

Un extraordinaire documentaire signé Robert Bober et intitulé « En remontant la rue Vilin » (1992). C’est l’un des plus beaux reportages sur la mémoire de Georges Perec, peut-être même le plus beau. Regardez et écoutez attentivement :

https://www.youtube.com/watch?v=ZBhQAyHRo3c

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

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