En compagnie de Bernard Chouraqui – 4/4

 

« Le catholicisme, s’appropriant la judéité en demeurant enfermé dans le Cosmos Sépulcral, aura déterminé l’Occident et son prétendu humanisme à n’être qu’un original avatar de la Goyité : recevant de la Judéité, révélation de la situation historique impossible de l’homme, le catholicisme (avec Saül de Tarse, père de l’Occident) en évacuait l’impératif de la changer. Il interdisait absolument et inquisitorialement toute tentative d’évasion et mettait, avec les Juifs, la Judéité hors sa loi.

C’était ainsi l’audace abrahamique du messianisme qui était évacuée, et le catholicisme devint la justification la plus terrifiante de l’impossibilité et de l’interdit (prétendument divin) de toute évasion », Bernard Chouraqui dans « Qui est Goy ? Au-delà de la différence ». 

 

Hermann Rauschning (1887-1982), auteur de « Hitler m’a dit » que Bernard Chouraqui a lu attentivement.  

 

Les deux derniers chapitres de « Qui est Goy ? Au-delà de la différence » conduisent le lecteur au paroxysme de la réversibilité. Où est le concave ? Où est le convexe ? Où est l’intérieur ? Où est l’extérieur ? Et ainsi de suite. Je le redis, lire Bernard Chouraqui c’est monter à bord d’un avion qui ne cesse de faire basculer la ligne d’horizon. On ressort grisé et quelque peu tremblant de sa lecture, ce dont on le remercie.

Que nous dit-il dans « De Pharaon à Hitler » et dans « Hitler » ? Ce dernier est annoncé par une pensée de Cioran : « Faut-il en induire que l’homme est un Juif non advenu ? » Il y est question, une fois encore, de Pharaon et de ses pyramides par lesquelles il espérait échapper au Cosmos Sépulcral alors qu’elles ne faisaient que le confirmer et hypnotisaient Pharaon. Et Bernard Chouraqui nous entraîne, radical et généreux : « C’est ainsi que l’homme occidental, ayant suivi Saül de Tarse qui passionnait l’existence dans le Cosmos Sépulcral mais en interdisait, exactement comme Pharaon, l’évasion, resta prisonnier du Sépulcre effroyable et ne produira que des actes imposés par l’existence-dans-le-sépulcre ». Il y a une généalogie mentale entre Pharaon et Saül de Tarse, le futur saint Paul, le principal responsable d’une scission néfaste entre toutes.

Du Judaïsme au Christianisme à l’Islam ou l’histoire d’une chute… Et peut-être ai-je le tempérament réactionnaire — le grand mot ! —, considérant que « C’était mieux avant »  et que l’histoire du monde est l’histoire d’un pire toujours à venir. Mais qu’importe ! Saül de Tarse est Pharaon. Et les Juifs qui révèlent à l’homme historique qu’il est prisonnier du Sépulcre sera dénoncé et traqué ; car l’homme prisonnier du Sépulcre veut oublier sa condition d’emmuré ; et garde à celui qui la lui rappelle ! Il y a un trait d’union qui va des Pyramides de Pharaon aux camps d’exterminations nazis. L’homme ancien et l’homme moderne ne veulent pas que leur propre enfermement leur soit révélé ; et comme il se trouve que c’est le Juif qui le leur révèle… La logique du Sépulcre, les Pyramides et Pharaon et, paroxysme, les camps d’extermination et Hitler.

Une fois encore, Bernard Chouraqui opère un renversement et rend indiscernable le concave du convexe ou, plus exactement, il ne cesse de les intervertir dans une succession vertigineuse. Il nous désigne Auschwitz, symbole de l’enfermement, du monde sépulcral, un monde dans lequel se trouvent des victimes mais aussi des bourreaux. Et je passe sur les développements, véritables jets enflammés, pour en arriver au constat du philosophe : « On n’entend donc rien aux camps de concentration nazis, de même que l’on n’entend rien aux pyramides si l’on ne comprend pas que les camps comme les pyramides expriment d’abord la protestation désespérée des hommes — les pharaons, les Égyptiens qui adorent les pharaons, les nazis… — enterrés vifs dans le Sépulcre contre leur sort qu’entretient la prévarication. »

Le bourreau n’est pas ignorant de sa culpabilité, il en sait même beaucoup sur elle ; et s’il n’en allait pas ainsi, l’antisémitisme serait impossible. L’homme prévariqué (l’homme sépulcral, Pharaon), l’homme du Cosmos Sépulcral, veut oublier à tout prix que son cosmos est sépulcral ; et ainsi en vient-il à tout intervertir, à désigner par « vie » ce qui est « mort » et inversement, par « emprisonnement » ce qui est « liberté » et inversement, et ainsi de suite dans un va-et-vient infernal. « Si Pharaon a besoin de construire une pyramide pour croire qu’il échappe à la mort, alors qu’il ne sait que trop bien qu’il ne lui échappe pas puisque c’est l’obsession de ne pas lui échapper qui l’astreint à construire des pyramides, c’est que son existence est un véritable supplice ». Transposez cette réflexion à notre époque et vous avez les rangées de fils de fer barbelés électrifiés, les miradors, les chambres à gaz et les fours crématoires.

Je poursuis ma lecture de Bernard Chouraqui. La densité des déploiements ne va pas tarder à empêcher tout commentaire et je ne vais plus faire que le citer. « Il y a donc des pyramides parce que les Pharaons ont vécu enfermés toute leur vie dans un Cosmos Sépulcral qu’ils avaient honte et peur de nommer ; et il y eut un supplice de six millions de Juifs dans des camps de concentration parce que l’homme européen est, en dépit de sa prétendue émancipation par le catholicisme, un homme prisonnier du Sépulcre cosmique, dont toute l’activité vise, exactement comme il advint à Pharaon, à oublier qu’il est dans un Sépulcre en construisant des sépulcres et en immolant quiconque — notamment les Juifs — proteste contre la logique mortifère du Sépulcre. »

La Goyité subordonne la réalité à sa fantasmagorie, à l’enfermement dans le Cosmos Sépulcral, la marque la plus massive de l’idolâtrie, l’idolâtrie contre laquelle Israël s’élève depuis qu’il est Israël, d’où le côté « trouble-fête » des Juifs, d’où l’acharnement particulier dont ils sont les victimes. C’est l’espérance juive que repousse la Goyité, cette espérance à laquelle les Juifs invitent. Les Juifs sont eux aussi enterrés dans le Sépulcre — ils ne sont pas coupés du reste des hommes, ils sont pleinement intégrés à l’humanité —, mais ils savent qu’il existe une possibilité d’évasion et ils invitent les autres — les Goys — à partager cet espoir avec eux. « Les enterrés vifs, se sentant agressés par les Juifs qui, de leur point de vue, les narguent avec leur scandaleuse espérance, répondent à l’agression par l’agression et, désireux de supprimer Israël, ils veulent supprimer ceux qu’ils croient être la cause de l’agression », une remarque dans laquelle se condense le noyau de violence toujours prêt à exploser à la face des Juifs, d’Israël.

Mais il y a plus. L’agression joue dans les deux sens : celle que les nations font subir à Israël, celle qu’Israël fait subir aux nations. Les nations se sentent agressées par Israël parce qu’elles sont idolâtres. Sans cette double agression, l’idolâtrie ne serait plus et l’humanité sortirait des impasses sanglantes de l’Histoire : Auschwitz comme la « plus terrible figuration symbolique et concrète de ce Cosmos sépulcral où (…) se sont enfermés les adorateurs du Sépulcre ». Par Auschwitz et par les violences exercées contre les Juifs, les seuls êtres préparés à l’évasion générale du Sépulcre (des êtres désireux d’entraîner l’humanité avec eux) ont été assassinés « comme étant les responsables de l’enfermement universel ». On tourne atrocement en rond. Des pyramides à Auschwitz, de Pharaon à Hitler…

Les Juifs se dressent et dénoncent l’histoire sépulcrale  ; ils désignent un au-delà avec un Dieu-Lieu. Et rien n’échappe à ce Dieu-Lieu, par même Pharaon et Hitler et autres adorateurs du Cosmo sépulcral. A ce propos, je pourrais en revenir à la réversibilité infinie qui porte — et que porte — la pensée de Bernard Chouraqui, avec ce questionnement incessant qui pourrait être représenté par le concave et le convexe ; car, au fond, Bernard Chouraqui ne cesse de nous entretenir de concavité, de convexité et de leur incessante réversibilité, de leur infinie porosité de l’une à l’autre. Lorsque je le lis, je vois se former, se mouvoir et s’interpénétrer des géométries aussi nombreuses que variées. Cette philosophie est très visuelle, ce qui me permet de suivre ses développements avec une certaine aisance. C’est une pensée fluide, dansante. Lorsque je le lis, je vois des lignes, des figures et des volumes qui ne cessent de jouer les uns avec les autres, de danser.

Le Cosmos Sépulcral est le royaume creusé par les idolâtries ; il est royaume et, à cet effet, « il reste susceptible de récupérer son excellence ». Rien n’est irrémédiable. La fluidité et la porosité sont partout sous le regard de Dieu. Je vois Bernard Chouraqui traçant des figures géométriques et modelant des volumes. Je le vois aussi étudiant la mécanique des fluides et les images issues de la théorie du chaos. Je perçois un air de famille entre lui et Benoît Mandelbrot — les fractales. Oui, il y a bien une somptuosité géométrique et chromatique chez Bernard Chouraqui dont la pensée trace aussi des lignes strictes, à la manière de Mondrian, avec intersections à angle droit.

C’est une philosophie inspirée, deux mots qui semblent incompatibles et pourtant. On peut être philosophe et croyant, non ! On peut être philosophe sans être prosterné devant l’idole Logique ! On peut être philosophe sans vouloir s’incarcérer dans un Système ou se mettre en ménage avec une Théorie.

Dans un numéro de l’année 1980 des Archives de sciences sociales des religions, Yves Chevalier a écrit quelques lignes sur Bernard Chouraqui, suite à la parution de son premier livre, en 1979, un essai, « Le Scandale juif ou la subversion de la mort » :

http://www.persee.fr/doc/assr_0335-5985_1980_num_50_2_2215_t1_0259_0000_3

Le côté goguenard de cette petite recension trahit un embarras, et j’ai souri en la lisant. Yves Chevalier commence sur ces mots : « La ‟séphardité” de l’auteur lui aurait-elle joué un tour ? » Curieux. Pourquoi n’a-t-il pas dit « judéité » plutôt que « séphardité » ? Mais qu’importe. Yves Chevalier poursuit et nous dit que sans vouloir défendre à tout prix le rationalisme issu de la Renaissance, « on pourra se demander sur quoi peut déboucher le rejet implicite et volontaire de toute pensée ‟logique” et l’appel à une religiosité orientale, fascinante certes mais quelque peu étrange ». Cette question d’Yves Chevalier a le mérite d’être sincère ; toutefois, il me semble qu’elle est mal posée. Le judaïsme ne rejette pas la logique, simplement il ne s’y limite pas. Il affirme qu’il y a Quelqu’un au-dessus d’elle et que la logique laissée à elle-même conduit au monde sépulcral. Je me permets de signaler que le judaïsme est la plus logique des religions, qu’il est la religion qui invite le plus sûrement l’homme à penser par lui-même et à faire usage de son intelligence dans le sens le plus large du mot. En ce sens, et je me répète, on peut dire que le judaïsme est plus une école de pensée qu’une religion. Bernard Chouraqui dénonce la logique qui enferme l’homme en lui-même, cette logique desséchante et arrogante enfermée en elle-même et qui bloque toutes les perspectives. Bernard Chouraqui n’invite pas à un bal des vampires ou à un sabbat de sorcières.

Dans ce même article, Yves Chevalier, un sociologue, évoque des maladresses, des longueurs et des naïvetés. Je dois être moi aussi maladroit et naïf car je n’ai à aucun moment éprouvé ce que dénonce ce monsieur. J’ai été plutôt émerveillé par l’art de construire de Bernard Chouraqui, la richesse de ses géométries, lignes, plans et volumes — car Bernard Chouraqui écrit avec une rigueur d’architecte. Il m’est arrivé de penser à des longueurs mais cette impression m’a vite quitté. J’ai compris sans tarder que ce sont précisément ces répétitions avec inflexions renouvelées et cette trituration qui contribuent en partie au charme puissant de ses écrits. Par ces répétitions toujours changeantes, Bernard Chouraqui nous entraîne dans des visions kaléidoscopiques — soit des répétitions avec éclatements infinis d’une structure de base. Visions kaléidoscopiques et chatoiements car ces pages sont chatoyantes et fortes d’une majesté qui procède de certains modes de la répétition, comme la litanie (suite de prières liturgiques d’intercession se terminant par des formules identiques) ou le leitmotiv (motif musical conducteur).

« L’antisémitisme était le paroxysme de dénégation opposable par une humanité qui ne savait que trop bien l’énorme PÉCHÉ qu’Israël attaquait en elle, puisque cet énorme péché, selon sa logique maladive et aberrante, la condamnait à s’infliger les pires supplices. La première des victimes de Pharaon sera Pharaon lui-même, ses autres victimes seront persécutées parce que, martyrisé par lui-même, il aura besoin de déplacer la cause de sa souffrance et de la situer en autrui. Sa peur l’obligera à se défendre contre une agression qui provient de lui comme si elle provenait des autres… L’audace des prophètes d’Israël sera de nommer l’horreur de la situation dans le Cosmos Sépulcral et, grâce à elle, de nommer — Suprême Scandale ! — la possibilité de s’en évader », peut-on lire en dernière page de « De Pharaon à Hitler ». Mais lisez Bernard Chouraqui qui écrit encore : « Aujourd’hui, cependant, la Goyité arrive à sa fin : ayant atteint son apogée, voici que sa barbarie se montre au grand jour et que le dévoilement de son œuvre de mort, dans les siècles, l’accuse. Des millions d’êtres humains, prisonniers encore des structures et des valeurs inventées et imposées par elle, veulent sortir du Sépulcre : en ceci, ils sont en quête de leur Judéité et ne s’arrêteront de marcher que lorsqu’ils l’auront atteinte. »

Olivier Ypsilantis   

 

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En compagnie de Bernard Chouraqui – 3/4

 

Dans « Israël et les Gentils » de Simone Weil (je ne connais pas de texte plus antijudaïque), on peut lire : « Tout ce qui dans le christianisme est inspiré de l’Ancien Testament est mauvais, et d’abord la conception de la sainteté de l’Église, modelée sur celle de la sainteté d’Israël. »

 

Deux pages du Talmud

 

Simone Weil m’irrite assez affreusement. Son intelligence me semble par moments dévoyée, surtout lorsqu’elle en vient à Israël et plus précisément au judaïsme.  Je manie la notion de Selbsthass avec la plus grande prudence, tant il est vrai que tout un lexique psychanalytique n’est manié par le plus grand nombre que pour mieux plaquer des réponses hâtives sur des inquiétudes et, ainsi, préserver des tranquillités. Pourtant, avec Simone Weil, cette haine de soi — cette Selbsthass, le mot allemand me semble plus évocateur — m’inquiète terriblement dans la mesure où elle semble prendre le pas sur l’intelligence. A cette impression s’en ajoute une autre, fort désagréable je dois le dire : Simone Weil, ne traînerait-elle pas avec elle une pointe aiguë de masochisme, un mot que je manie aussi avec prudence ? J’insiste, je ne fais part que d’une impression et sur la forme interrogative. Ce qui m’apparaît plus clairement, c’est que Simone Weil détestait son corps et que son œuvre — vertigineuse — est sous-tendue par cette détestation. Ainsi que je l’ai signalé dans un précédant article sur ce blog, la lecture d’un livre de souvenirs m’a confirmé dans cette impression, « Chez les Weil : André et Simone » de sa nièce, Sylvie Weil qui, elle, parle de son corps et du plaisir qu’elle peut en retirer avec beaucoup d’esprit tout en plaignant sur cette question sa pauvre tante. Pour tout dire, Sylvie me repose de Simone. La Selbsthass a été évoquée par Pierre Itshak Lurçat sur son blog, « Vu de Jérusalem », où il mentionne plusieurs cas de Juifs atteints de cette maladie (car il s’agit bien d’une maladie), parmi lesquels Rachel Levine-Varnhagen (1771-1832) qui avait pour « aspiration centrale de se dépêtrer de son judaïsme », selon Hannah Arendt qui avait pour sa part des rapports fort ambigus avec le peuple juif, Israël et le judaïsme. J’ai relevé une affirmation (sans fondement) de cette dernière sur mon blog, après lecture de « Eichmann à Jérusalem » :

http://zakhor-online.com/?p=78

Mais lisez cet article de Pierre Itshak Lurçat, « La haine de soi juive, du pathologique au politique », article qui trouvera un prolongement mû par une logique interne dans son dernier livre, « La trahison des clercs d’Israël » :

http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/archive/2009/01/30/la-haine-de-soi-juive-du-pathologique-au-politique-itshak-lu.html

Je me suis égaré, une fois encore. Égaré ? Pas vraiment. Je vois aussi Bernard Chouraqui comme un antidote à Simone Weil, Simone Weil qui connaît autrement mieux les Grecs que les Juifs et qui manie ces derniers comme des jetons. Lorsque je lis Simone Weil, certains passages (comme celui placé ci-dessus en exergue), je me vois la gifler, je n’y puis rien, je me vois la gifler. Cette grande dame d’un tempérament implacable et d’une volonté d’acier, appuyés par une immense intelligence nourrie d’une immense culture, verse à certains moments (lorsqu’il est question du peule juif et d’Israël) dans l’hystérie, oui, dans l’hystérie ! A ce degré, je ne sais plus s’il faut argumenter ou en venir à la douche froide, très froide.

J’en reviens à Bernard Chouraqui. Il y a chez ce philosophe un déploiement géométrique et une liquidité, ce qui n’est pas incompatible. Lorsque je le lis, j’ai volontiers l’impression d’être assis à côté de lui, sur le bord d’un lac aux eaux calmes comme un miroir. Il y jette  alors une pierre et nous observons les cercles concentriques se former silencieusement. Il y a chez ce philosophe une géométrie stricte mais aquatique, ondoyante. On pourrait d’ailleurs traduire sa pensée dans des suites d’images comme en propose l’imagerie scientifique.

Lorsqu’on avance dans la lecture de ses livres (plutôt épais), on a la sensation très nette d’être à bord d’un navire qui va de vague en vague, dans une immensité liquide. Bernard Chouraqui n’est pas d’une lecture facile mais on est vite porté par son style, comme un oiseau marin par les vents. Ses écrits sont par ailleurs entêtés comme le ressac. Ils roulent le lecteur comme un galet.

Peu de penseurs juifs qui revendiquent aussi ardemment l’héritage d’Israël sont à ce point généreux et accueillants. Il nous invite à considérer cet héritage, à le découvrir en nous — car il est en nous, ce que nous ignorons le plus souvent — et à le défendre. Et cet accueil est sans concession, pur de toute démagogie, loin de ces entreprises de racolage qui se multiplient. Sa pensée n’est pas moins exigeante que celle de Simone Weil ; simplement, elle opère dans un éclairage différent. Simone Weil, la Juive prisonnière de sa Goyité, de sa Judéité refoulée. Il faut lire ces pages regroupées sous le titre « Le sacrifice d’Isaac », avec cette audace d’Abraham qui met fin à la Coupure — à la Différence, à l’Exil.

Bernard Chouraqui commence ainsi « La leçon d’anatomie » : « Il est impossible de parler du Talmud sans parler du peuple juif, considéré comme peuple théophore. Le Talmud en effet n’est talmudique que pour les Juifs, et en ce sens, système de commentaires bizarre et interpellant, contraignant aussi souvent, il est comme le haut d’un iceberg dont le peuple juif dans l’immensité de sa particularité serait la part immergée. Le peuple juif porte le Talmud mais le Talmud ne se révèle qu’au peuple juif comme étant son porteur. Pour l’humanité environnante, il s’apparenterait à un monument de pensée baroque et incompréhensible dont les clés sont introuvables, un labyrinthe qu’aucun fil d’Ariane ne fera traverser. »

Lorsque j’ai commencé à lire Bernard Chouraqui (et j’ai commencé par son premier livre, « Le Scandale juif, ou la subversion de la mort », publié en 1979), je me suis demandé sans tarder quel rapport il entretenait avec le Talmud, s’il en avait fait une lecture soutenue. Je crois déceler un air de famille entre les développements de Bernard Chouraqui et ceux du Talmud ; mais je ne suis pas assez connaisseur du Talmud et il me faudra soumettre mon questionnement à un talmudiste afin qu’il précise — ou récuse — mon impression à ce sujet. Et à ce propos, je ne manquerai pas d’interroger Bernard Chouraqui. Il dit de cette somme immense, infinie même : « Le Talmud est un livre militaire. Les Juifs y sont des guerriers de l’Absolu. »

Et il dresse le Talmud devant la pensée logique « propre à toutes les idolâtries, depuis les plus anciennes mystiques des religions archaïques jusqu’aux modernes philosophies ». Parmi ces modernes philosophies, Ludwig Wittgenstein en figure de proue et contre lequel il concentre volontiers ses tirs. La logique, une idole. Aux vérités logiques, Bernard Chouraqui oppose la vérité juive, talmudique. Aux vérités de la logique, il oppose les vérités prophétiques, ce qui implique « une participation originale à un lieu que les vérités de logique rendent impossible ». Et il nous invite à penser non pas en termes de valeurs mais de lieu, autre mot essentiel du lexique de Bernard Chouraqui auquel je me suis promis de travailler. Penser en terme de lieu et non de valeur, c’est échapper à l’idolâtrie du non-lieu (la valeur), premier pas vers le mystère d’Israël, c’est passer de la réalité logique (et fantasmatique) à la réalité prophétique (et a-logique). A-logique, non pas dressée contre la logique et occupée à la contredire (anti-logique) mais simplement indifférente à la logique, lui tournant le dos en quelque sorte. « La tragédie historique de la pensée et de l’action est celle-ci : c’est depuis un non-lieu que l’humanité a toujours voulu se comprendre et se saisir ; n’ayant pas de lieu, elle n’avait pas de liberté, et privée de liberté, ce manque s’est constitué en liberté artificielle et mythologique dont elle a prétendu se contenter. Le résultat fut la violence, l’impuissance, l’avarice, la cruauté, la haine, la maladie, la mort… ». Face à cet état de chose, Israël, Israël ou le Lieu retrouvé, Israël qui désigne et propose le Lieu retrouvé.

Le Talmud, cette citadelle du Verbe, est passion, passion juive, sous son apparente froideur, sous son aspect ratiocineur et logique. Le Talmud, un océan dit-on volontiers, un univers sans limite ; et pourquoi ? Le Talmud s’appuie sur un postulat qui est le suivant : chacun de nous est tous et le Juif est le projet de faire advenir chacun comme tous, d’en finir avec la Différence. A la lecture de cet écrit, le vertige est donc garanti, vertige face à l’étrangeté ; mais ce vertige n’est pas pascalien. Bernard Chouraqui fait volontiers référence à ce vertige (pascalien) pour mieux lui en opposer un autre, le vertige mosaïque. Le vertige pascalien est la terreur de l’individu écrabouillé entre deux infinis ; alors que dans le Talmud, la terrestre finitude est basculée afin que nous puissions enfin entrevoir ce qu’elle nous dissimulait : la terrestre — humaine — infinitude. « En effet, contrairement aux Catholiques, les Juifs vivent l’infinitude dans l’histoire, aussi dévoilent-ils par leur particularisme l’infinitude du monde de l’homme, qui est l’infinitude individuelle ».

Mais le Talmud n’est pas pour autant un traité de bonheur : le Talmud nous laisse sur notre faim. Le Talmud n’est pas le Zohar, ce livre qui place le lecteur devant le réalisme de la vision des fins. Le Talmud — « système de commentaires de cette armée de l’Absolu que sont les Juifs » — laisse retentir les bruits de la bataille, avec ordres et contre-ordres, cris de victoire mais aussi de défaite, etc. La Torah quant à elle est avant tout « la tactique juive de la Rédemption » mais, surtout, elle désigne un au-delà de l’éthique en ce qu’elle rompt aussi bien avec les mystiques que les juridictions, deux termes qui généralement se renvoient l’un à l’autre dans le but de se compléter mutuellement sans que l’un de ces termes ne cherche à l’emporter sur l’autre. Avec la Torah, le Lieu est clairement désigné comme aire à défendre. La Torah dévoile le Lieu, avec Israël comme gardien de cette aire d’où sont repoussées toutes les idolâtries. La Torah n’est pas éthique, elle est eschatologique ; elle s’adresse au peuple juif qui a pour mission de conduire l’humanité vers l’Ailleurs — au-delà de toutes les idolâtries — en sa compagnie. Le Talmud tient à la Torah par son aspect apparemment juridique, d’où l’effrayant foisonnement de ces pages, d’où l’insistance particulière des mythologies antisémites à son sujet. Le Juif conspirateur au nez crochu est volontiers représenté serrant contre lui le Talmud — et non la Torah —, comme si cette somme était un compendium à l’usage des Sages de Sion pour la domination de l’Univers…

Le Zohar propose une vision des fins et en cela il est « reposant » et récupérable « par les mystiques qui confondent la vision des fins avec les mythologies des fins, le monde futur avec le paradis perdu ». Rien de tel avec le Talmud qui est réfractaire au contre-sens (contrairement au Zohar ou au premier Testament), le Talmud dévoilant « non une vision, mais une réalité torturée par les hommes privés de la vision ». Le Talmud multiple les commentaires des prescriptions bibliques sur le mode positiviste (positivisme du monde à venir) mais dans un tohu-bohu de synthèses des données d’expérience qui se fracassent  les unes contre les autres, répandant le contenu des contenants — rien à voir avec le positivisme joliment ordonné d’Auguste Comte ou de Claude Bernard. Mais lisez et relisez ce chapitre, « La leçon d’anatomie », probablement la plus dense et la plus étourdissante partie de ce livre où la réversibilité infinie se laisse pressentir.

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

 

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En compagnie de Bernard Chouraqui – 2 /4

 

 « Il s’agit donc pour tous, juifs et non-juifs, de comprendre que le conflit du monde juif et du monde non-juif est premièrement le conflit du monde non-juif avec sa propre Judéité. Chaque culture est, en tant que système moral d’identité collective, substitutive à celle de l’homme singulier, un enfermement où l’homme-de-la-culture a mis sa Judéité propre, se livrant sur elle à une agression perpétuelle. Le Juif à proprement parler est persécuté en tant qu’insupportable figure de sa propre Judéité persécutée en lui-même par l’homme-de-la-culture », peut-on lire dans « Qui est Goy ? Au-delà de la différence » de Bernard Chouraqui.   

 

Bernard Chouraqui à l’époque où il écrivit « Qui est Goy ? Au-delà de la différence »

 

Étrange texte qui en révoltera plus d’un mais qui va dans le sens de ce que je pressens depuis des années. De fait, je suis mal à l’aise dans le christianisme car je sens le coup de force opéré contre le judaïsme, je le sens à chaque lecture d’un Testament dit nouveau, je le dis sans esprit de polémique et sans vouloir blesser ; je me contente de rapporter ce qui me trouble avec autant d’exactitude que possible, sans jamais chercher à vouloir plaire ou provoquer, deux passe-temps que je laisse aux racoleurs et aux histrions.

Bernard Chouraqui ouvre « De la vision et de l’épouvante » (dans « Qui est Goy ? Au-delà de la différence ») sur cette considération : « La vraie tragédie de la Goyité aura été de rester captive des données de son expérience qui était celle de sa perte de la liberté et, idolâtrant son expérience, de l’ériger en espace-temps. En furent barrées les voies du salut. Dès lors, impossible de franchir cette mer Rouge puisque le pouvoir mosaïque de désigner l’expérience comme obstacle à franchir avait été perdu et que la volonté pharaonique mondiale décidait seule, dans un sens réducteur et faussement satisfaisant, de la souveraineté ». La loi mosaïque marginalisée et méprisée par la Goyité, nouveau Pharaon. Du foyer énergétique de lumière vivante, cette dernière a fait un foyer de poussière fatale qui enferme le monde dans une pyramide, cette colossale sépulture à momies érigée par des esclaves ! La poussière contre la lumière et la haine du Juif en substrat — au sens religieux du terme ; et pour l’heure, laissons de côté le mot antisémitisme, trop moderne : car à l’origine il y a l’antijudaïsme et rien que l’antijudaïsme. Le christianisme est une construction antijudaïque et ce qu’il y a de bon (car il ne s’agit pas de le rejeter en bloc mais de se livrer sur lui à un travail archéologique) est juif : Jésus le Juif n’ayant jamais prétendu créer une nouvelle religion. Le Christ est une autre affaire, une création idéologique. Je le redis, dans ma tête il y a toujours eu un gouffre entre Jésus et le Christ. Certains voient dans le petit signe placé entre Jésus et Christ — Jésus-Christ — un simple trait d’union, j’y  vois un gouffre et qui ne cesse de s’élargir à mesure que j’avance en âge. Et, au fond de ce gouffre, je ne vois pas de la lumière, un foyer énergétique de lumière, mais bien… de la cendre.

Le Juif dérange, il a toujours dérangé car il est le témoin d’un rapt, d’un coup de force, coup de force contre le judaïsme. Les tentatives pour faire taire le Juif par tous les moyens, tantôt violents tantôt doucereux, ne s’expliquent d’abord que par sa qualité de témoin. Toutes les prévarications dont il a été et est encore la victime tiennent d’abord à sa qualité de témoin, il n’y a pas d’autre explication ou, plus exactement, c’est l’explication-socle, celle sur laquelle reposent toutes les autres. Là est la racine de tout ce qui a suivi, jusqu’à la Shoah, jusqu’à la dénonciation radicale de l’État d’Israël, l’État juif. Certes, dans le puissant courant de l’Histoire d’autres éléments sont venus et viennent « enrichir » ce courant, comme des choses arrachées aux berges ; il n’empêche, la force même qui anime ce courant est bien l’antijudaïsme, la rage et l’inquiétude de Pharaon, représentant du Cosmos sépulcral, de la finitude. Or, nous dit Bernard Chouraqui, la finitude pousse les hommes à se séparer des autres, à cultiver leur différence, à radicaliser leur différence. Le monde de la cendre, monde de fatalité, pousse à la guerre dans l’espoir de communiquer ; tandis que le monde de lumière lie et relie les êtres entre eux, repousse finitude et conflits.

« De la vision et de l’épouvante », l’un des textes les plus radicaux et inspirés de Bernard Chouraqui, nous place devant la lumière et les cendres, deux mots qui saturent ces pages. Les cendres enferment les hommes dans leur finitude et, de ce fait, les dressent les uns contre les autres, tous contre tous ; tandis que la lumière les lie et les relie. La lumière eût signifié « pour chaque être tout en tous ». La finitude et la Goyité collent l’une à l’autre.

Lorsque je lis Bernard Chouraqui, deux images me viennent : la mer qui roule des blocs de granit jusqu’à en faire des galets et du sable ; le haut et le bas qui, à bord d’un avion de chasse, ne cessent de s’intervertir. Ses écrits me placent donc dans des espaces marins (et sous-marins, ainsi que je l’ai spécifié dans des textes précédents) et aériens. Bernard Chouraqui nous parle de l’infinie réversibilité de toutes choses. Sa pensée nous entraîne dans des loopings. Les repaires s’intervertissent, on écarquille les yeux.

La finitude colle à la Goyité, au Cosmos sépulcral. Or, il s’agit ni plus ni moins que de replacer la lumière dans la poussière. Il faut lire ces pages de Bernard Chouraqui, philosophe de la réversibilité infinie. Cette réversibilité infinie est l’une des marques de la philosophie de l’Inouï, dénomination par laquelle il caractérise sa pensée, tant par l’écrit que par la parole. Cette réversibilité infinie déploie clairement ses fastes, si je puis dire, dans les premières pages de « De la vision et de l’épouvante ». Cette réversibilité infinie se dresse contre l’illusion dialectique, ruse historique de la Goyité qui « aura été d’opposer une histoire fatale à un Cosmos mortel, œuvre criminelle et misérable de la Goyité ». « Nul n’aurait jamais prononcé cette parole qui résume toutes les justifications du Sépulcre : ‟A bas les Juifs” si, en même temps, il n’avait en silence pratiqué une technique pour se détruire lui-même, technique qui consiste à s’identifier au Cosmos fatal et fantasmé en renonçant à s’en évader ». Et restant fidèle à sa « logique » (je mets ce mot entre guillemets car je sais combien l’auteur la dénonce ), Bernard Chouraqui affirme que même le cri « A bas les Juifs ! » dans la bouche de Hitler n’aurait pu être lancé si Hitler n’avait été un phénomène collectif et cosmique d’enfermement, voix du Cosmos sépulcral. Pour comprendre Hitler, il faut se comprendre soi-même, c’est-à-dire se saisir « comme subjectivité souveraine et radieuse au-delà du Cosmos sépulcral », le nazisme « résultant de la croyance mortelle en la Différence, instaurée par l’apparition, due à la Goyité, du Cosmos sépulcral ». Et depuis Abraham, Israël a déclaré une guerre infinie aux fossoyeurs passés, présents et à venir, et en tout lieu.

Le Sépulcre, Pharaon despote divinisé sous l’emprise de la Goyité, Adolph Hitler le nihiliste combattant de la Goyité. De Pharaon à Hitler… « Pharaon triomphait avec le témoignage, en apparence irrécusable, de sa divinité que lui donnaient les pyramides ; Adolph Hitler ne disposant plus d’aucun sacré n’est plus en état d’édifier des pyramides et ne dispose plus d’aucun moyen d’établir dans l’histoire — comme Pharaon, avec une mystique — sa divinisation. Il déclenche ses fureurs avec les armées d’une Goyité frappée à mort par le virus désacralisant du nihilisme ». Et Bernard Chouraqui ajoute : « L’hypnose de la pyramide ne fonctionne plus ».

Et ce n’est pas fini. Pharaon ignorait qui était Moïse. Sa propre mystique lui offrait un monde lisse, sans la moindre fissure, un monde impeccable et fermé comme ses pyramides où chaque pierre était parfaitement jointée. Pharaon ne pouvait pressentir « sa propre judéité refoulée et accusatrice », contrairement à Adolph Hitler qui savait qu’il la portait en lui, d’où sa rage, ses frénésies mortifères, son obsession de possédé. Et Bernard Chouraqui agit comme un bélier contre les vantaux d’un portail cadenassé : le nihilisme a retiré à Adolph Hitler le pouvoir de se sacraliser ; avec lui disparaît le dernier Pharaon ; le « sacré se défait dans la pourriture du nihilisme ».

Rappelons que Bernard Chouraqui est un philosophe tout entier occupé à combattre le nihilisme. Et le fer de lance de ce combat est Israël, Israël dressé contre l’hitlérisme cosmique — ou Pharaon. Tout homme porte en lui une Judéité — sa Judéité —, le plus souvent inconsciemment ou avec la volonté de la refouler, et à l’occasion par les moyens les plus radicaux. Pharaon était un Goy inconscient de sa Judéité tandis qu’Adolph Hitler en avait une hyper-conscience qui le dévorait, et il se mit en tête d’être son propre exorciste. Cette volonté d’extraire de lui sa Judéité désignait explicitement le nihilisme. « Tous les hitlérismes (…) ne sont plus que dénégation devant leur propre Judéité et reconnaissance implicite de leur Judéité comme clef historique et cosmique de la réalité ». Au centre de la Goyité se trouve l’imprononçable Tétragramme. L’affrontement Moïse / Pharaon, Judéité / Goyité, victime / bourreau sont des infinis en regard desquels l’infiniment grand et l’infiniment petit de Pascal ne sont rien. C’est l’absence d’amour entre les êtres et cette séparation qui sont vertigineusement infinies, une absence et une séparation auxquelles remédiera l’entrée du Tétragramme dans l’Histoire.

Insistons. Dans une vue prophétique — réaliste donc —, les deux infinis sont représentés par le Bourreau et la Victime, deux infinis historiques, deux fatalités qui seraient irréconciliables sans « la subversion messianique des idolâtries déclenchée par Israël », Israël qui tend à les faire se rejoindre dans le seul infini véritable, Dieu, le Nom et son Mystère, soit l’évasion hors du Sépulcre.

Redisons-le, la pensée de Bernard Chouraqui procède par enveloppements, et j’en reviens à l’image du ressac. Il y a bien une liquidité de la pensée chez ce philosophe, un brassage perpétuel. Mais ces enveloppements et cette liquidité ne sont pas simple dispersion, simple dilution ; ils opèrent autour d’une géométrie dotée d’un centre, le Nom, l’au-delà de la Différence, le Tétragramme, « le foyer destructeur de toutes les horreurs provoquées par l’actuelle réalité meurtrière qui résulte de l’idolâtrie », le Nom en lequel se résorbent tous les noms (leur déterminisme qui ôte les hommes à eux-mêmes), qui efface la Différence et prépare l’harmonisation messianique.

De tous les ouvrages de philosophie que j’ai lus, aucun ne m’a brassé à ce point, probablement parce que Bernard Chouraqui ne cherche pas à élaborer un système, car c’est la grande affaire en philosophie, le système ! Les philosophes sont des fétichistes du système aussi sûrement que Trotsky était un fétichiste de la théorie. J’ai lu son gros ouvrage sur Staline et je suis sorti navré par cette lecture ; car le principal reproche que Trotsky adresse à son ennemi, Staline, c’est son incapacité à théoriser ; tandis que le principal mérite qu’il s’attribue est précisément sa capacité à théoriser, capacité qu’il juge être la marque suprême de sa supériorité intellectuelle sur Staline.

Mais je me suis égaré. Bernard Chouraqui procède plus comme un courant marin que comme un architecte occupé à couler du béton. Il se moque d’être l’auteur d’un système, le père d’une théorie, car il sait que le système et la théorie (dont l’étude ne doit pas pour autant être négligée) ne sont que des divertissements et des travestissements, des entreprises destinées à subjuguer et à soumettre — de l’idolâtrie. Parmi les philosophes promoteurs de l’idolâtrie, d’un système massif entre tous, celui qui a bien failli me faire périr entre ses griffes, un philosophe-vampire, une véritable goule, Arthur Schopenhauer. Je n’oublierai pas l’étouffement que m’a fait subir ce sagouin.

Bernard Chouraqui est un philosophe liquide, avec, au centre de cette liquidité, un foyer ardent nourri de la Torah et de la foi d’Israël. Le feu et l’eau, la flamme et la cascade…

Arnold Lagémi suit une même préoccupation dans un article intitulé « Jésus ou la véhémence du reniement ! », publié sur son blog, le 5 décembre 2016 :

http://www.arnoldlagemi.com/?p=10527

Ci-joint, un article de Noémie Grynberg dans lequel on peut notamment lire : « Aux yeux des rabbins, citant le Talmud, les comportements de ces descendants de nazis ne semblent pas surprenants : ‟Des descendants d’Aman, lui-même descendant d’Amalek, archétype du Mal absolu, se sont associés à Israël”. C’est donc un ‟phénomène connu” dans le judaïsme. Il est appelé réparation (tikoun en hébreu). Il vise au perfectionnement du monde. Dans ce cas, la conversion équivaut à une renaissance, au renoncement au déterminisme, à la prise de conscience de sa propre liberté de choix. La notion de culpabilité appartient davantage à la sphère du christianisme ». Ci-joint, l’intégralité de cet article :

http://www.noemiegrynberg.com/pages/histoire/les-descendants-juifs-de-hitler-himmler-goering-et-goebbels.html

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

 

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En compagnie de Bernard Chouraqui – 1/4

 

« L’urgence est donc aujourd’hui de nommer l’imminent et intempestif dépassement mondial du nihilisme qui sera la mondialisation de la Judéité. 

Afin d’obéir à cette urgence, l’impératif est de réunir dans la synthèse d’un dépassement les trois lieux d’émergence privilégiés de la Judéité dans le monde moderne à partir desquels la mondialisation de la Judéité pourra être déclenchée. Les trois lieux d’émergence de la Judéité dans le monde moderne sont l’État d’Israël, les Juifs de la Diaspora, et tous ceux — innombrables aujourd’hui — qui dans les nations sont en puissance de dépassement du nihilisme parce qu’ils ont vécu à l’extrême ses impasses et ont constaté sa délirante reconduction systématique de tous les passifs de civilisation. 

L’État d’Israël, depuis une mutation proprement messianique de ses structures, est appelé par la logique du particularisme juif, à politiser cette dialectique de la libération du monde moderne, en politisant une dialectique prophétique du dépassement mondial du nihilisme. Israël doit remplir le rôle d’initiateur des nations au secret de la modernité post-nihiliste qu’est la judéité mondialisée », peut-on lire dans « Qui est Goy ? Au-delà de la différence » de Bernard Chouraqui.  

 

Il y a peu, j’ai reçu un courrier d’un philosophe que je ne connaissais pas, Didier Durmarque, professeur de philosophie, en Normandie, et auteur de plusieurs livres, dont certains interrogent la Shoah. Je me suis promis de lire son dernier livre, « Philosophie de la Shoah » ; et j’ai choisi de faire figurer en début d’article une entrevue où ce philosophe s’efforce de répondre à la question : « C’est quoi être juif ? », une entrevue qui s’inscrit dans une série conçue et filmée par Esther Esti, née en Israël, comme ses parents, et qui vit à Paris depuis son mariage, une « femme-caméra » comme elle se qualifie :

https://www.youtube.com/watch?v=MVYcmAlNolY

Esther Esti ? Yoel Tordjman nous parle d’Esther, du prénom Esther. Et Esther Esti passe dans cette séquence :

https://www.youtube.com/watch?v=0vahHYSy350

Cette entrevue ainsi que toutes celles qui constituent cette série pourraient accompagner le deuxième livre de Bernard Chouraqui : « Qui est Goy ? Au-delà de la différence ».

Un dernier mot sur cette série, « C’est quoi être juif ? » Ce sont cent-vingt portraits vidéo de personnes connues et moins connues, des Juifs et des non-Juifs, une vaste fresque réalisée par petites touches, un travail attentif et patient, une web-série qui fera date. Parmi les interviewés, celui que le moteur de recherche nous présente avant tous les autres — rien d’étonnant —, Alain Soral, véhicule de tous les poncifs antisémites et antisionistes, partagés par des individus forts nombreux, issus de cultures et de sociologies variées.

 

Esther Esti

 

_________________________

 

J’en reviens à Bernard Chouraqui, à son deuxième livre, publié en 1981, « Qui est goy ? Au-delà de la différence ». Cinq de ses parties m’ont plus particulièrement retenu. Je rapporterai donc dans cette suite de quatre articles des notes prises au cours de leur lecture, soit dans l’ordre : « Qui est Goy ? », « De la vision et de l’épouvante », « Le sacrifice d’Isaac », « La leçon d’anatomie » et, enfin, « De Pharaon à Hitler ».

Tout d’abord, j’ai toujours grand plaisir à me retrouver en compagnie de Bernard Chouraqui. Cet homme est énergétique. S’entretenir avec lui ou le lire, c’est monter à bord d’un avion de chasse qui vous entraîne dans des piqués et des cabrés, dans des loopings. On encaisse des g. Bernard Chouraqui est un homme doux, aimable, attentif ; mais lorsqu’il se met à parler, toujours avec douceur, ou lorsqu’on le lit, il faut accrocher sa ceinture pour reprendre une expression courante.

Son deuxième livre, « Qui est Goy ? » sous-titré « Au-delà de la différence », a été publié il y aura bientôt une quarantaine d’années. Le premier texte qui constitue cet ouvrage de plus de quatre cents pages reprend le titre général, « Qui est Goy ? », un texte qui s’ouvre sur ces mots : « Le véritable conflit se déroule dans le cœur de chaque homme : c’est celui, obscur et formidable, entre sa Judéité et sa Goyité ». Je vous ai averti, avec Bernard Chouraqui, on encaisse déjà quelques g au décollage, un décollage qui s’apparente à ceux qu’encaissent les pilotes de l’aéro-navale.

La Goyité ? La Judéité ? Le Goy dit « Tout est vanité et rien que vanité ». Il invite à l’humilité, à l’acceptation. Il répète que nous ne sommes que poussière, que l’homme n’est qu’un grain de sable, pas même un grain de sable… Et c’est dans ces implacables limites qu’il nous enjoint d’agir, c’est-à-dire d’étendre notre domination y compris par la violence, surtout par la violence. Son monde de renoncement conduit à un monde de conquête et de violence. On dit renoncer pour mieux étendre sa domination. La Goyité c’est Pharaon, celui qui construit de formidables sépultures (voir les pyramides), c’est la volonté de donner un visage à la mort, alors qu’elle n’en a pas, ne peut en avoir, et que de toute manière, et pour reprendre une pensée de La Rochefoucauld, « Ni le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face », ni le soleil, ni la mort, ni l’Absolu — parce qu’il est aveuglant.

Comment définir ce conflit Juifs-Goys, Judéité-Goyité ? La Goyité tourne en rond, encagée. Elle montre une volonté radicale de s’adapter au monde, alors que le monde tel qu’il s’impose est « le résultat du meurtre de l’Innocence et de la réalité perpétré par la Goyité ». L’Innocence ? L’Innocence est la réalité entière, non mutilée, une réalité qui s’incarne dans la Judéité, la Judéité qui ne s’incarne pas exclusivement dans les Juifs mais… dans la réalité entière. La Goyité est une cage dans laquelle celui qui y est enfermé — qui s’y est enfermé — tourne indéfiniment, une cage aux dimensions d’un Cosmos sépulcral, d’une illusion de Cosmos, d’une illusion de vie à l’air libre, dans la Nature, la Nature qui, ainsi, se confond avec la mort, avec le crime que constitue la construction de cette cage et de ce sépulcre.

La Goyité est le produit d’un écartèlement, d’une déchirure, avec dialectisation du résultat de ce supplice atroce entre tous. La Goyité « dialectisa toutes les données de la coupure afin de se maintenir au niveau d’expérience qui était le sien et qui, ayant provoqué l’apparition de la coupure, provoquait son maintien ». C’est l’histoire du détenu qui construit sa propre prison et qui sans répit s’emploie de son plein gré à en perfectionner les limites dans l’espoir de ne jamais pouvoir s’en échapper… Le Goy, Pharaon et ses pyramides, des sépultures pointant le ciel et divinisant l’enfermement sous des tonnes de pierres strictement dressées les unes sur les autres par des esclaves. Dialectisation, soit coupure mortelle entre l’Être et le Néant (horrible titre d’une œuvre qui n’est que compte-rendu d’un funeste enfermement), entre l’Ici et l’Ailleurs, entre la Force et la Faiblesse, bref entre Ceci & Cela. C’est la java des couples démoniaques élaborés dans les laboratoires de la Goyité, des dialecticiens morbides et assassins, des logiciens vampires, couples qui vont de leurs cercueils à leur victimes désignées et qui retournent dans leurs cercueils pour mieux en sortir et ainsi de suite dans un va-et-vient infernal, implacable, avec augmentation constante des victimes condamnées à l’incarcération.

Cette dialectique du Ceci & du Cela active une logique de violence et de mort avec va-et-vient infernal entre les deux termes. La dialectique est un processus mental de vampirisation. Le vampire, la créature la plus effroyable et la plus pitoyable car la plus enfermée. Ceci & Cela : [Thèse – Antithèse et Synthèse], ce qui ne fait qu’amplifier l’enfermement, un enfermement qui fait de l’Univers une sépulture, avec cette dialectisation de l’Espace et du Temps, de la Vie et de la Mort, du Bien et du Mal. Il faut lire la partie de « Qui est Goy ? Au-delà de la différence » intitulée « Traité a-logique de l’inouï », une impressionnante suite d’aphorismes (et de loin la plus volumineuse de ce livre), une forme d’écriture qu’aime Bernard Chouraqui. Je n’en rendrai pas compte dans cette suite d’articles. Je précise simplement que ce traité se veut interprétation critique de la pensée de Ludwig Wittgenstein, « le représentant le plus original et le plus exemplaire du nihilisme de la pensée moderne », l’une des bêtes noires de Bernard Chouraqui. Ludwig Wittgenstein est désigné comme un malade de la logique, avec son « De la certitude » (Über Gewissheit), un recueil d’aphorismes dans lequel l’auteur affirme (pour réfuter Descartes) que la Certitude (die Gewissheit) ne s’établit pas sur le Cogito mais sur « l’expérience qui la fonde en la vérifiant par la confirmation de sa justesse, donnée par la réalité ».

Quelques mots sur la logique dans le regard de Bernard Chouraqui. En tant que philosophe de l’Inouï, il la dénonce — elle est enfermement, elle est signe de mort, sépulcrale — et désigne un monde a-logique. Il la dénonce comme il dénonce l’homme-de-la-culture et son système moral d’identité collective. Bernard Chouraqui développe ses pensées (et je préfère dire « ses pensées » que « sa pensée », considérant la forme même de son écriture qui se formule si volontiers en aphorismes) à partir d’un socle prédéterminé, à savoir que « le monde est l’ensemble de la pesanteur, tenu pour réel par l’homme », que « la totalité des faits est fantasmatique », que « le fait réel est au-delà des faits », etc. Et je pourrais multiplier les réflexions dans ce genre qui sous une forme ou une autre (aphorismes ou développements) émaillent ses écrits. Bernard Chouraqui s’efforce de montrer (en réaction aux travaux de Ludwig Wittgenstein) que « l’expérience et la réalité qui, en effet, vérifient et établissent la justesse de la pensée logique, nous abusent elles aussi », que « la réalité que vérifie la pensée logique est elle-même irréelle » et que « sa forme, sa pesanteur et sa cohérence symbolique qui semblent autoriser la Certitude sont les effets de la maladie de la pensée caractéristique de l’homme qui, de l’homme des cavernes à Ludwig Wittgenstein, a toujours été malade de la logique ». Dans « Traité a-logique de l’inouï », ce postulat est inlassablement trituré, malaxé, comme de l’argile, afin d’en faire sortir des formes diverses, comme une suite de mouvements dansés. Et tout en écrivant ces lignes, un autre air de famille me vient. La radicale étrangeté de cette philosophie me conduit à une autre étrangeté, non moins radicale, la philosophie de George Berkeley. A ce propos, j’aimerais écrire une suite d’articles où je m’emploierais à rapprocher Bernard Chouraqui d’autres philosophes, à souligner des ressemblances pour mieux souligner des différences. Platon serait l’un d’eux.

Certains morceaux contenus dans cette imposante suite d’aphorismes ont un caractère démonstratif ; d’autres, plus nombreux, sont jaculatoires — a gush. En lisant ces pages, j’ai retrouvé mon enthousiasme à lire Ralph Waldo Emerson, ainsi que je l’ai signalé dans un précédent article. Il y a bien chez ce Juif séfarade comme chez ce fils de pasteur un même optimisme radical, appuyé sur la foi en Dieu et en l’homme, une foi plutôt radicale qui a inspiré à Bernard Chouraqui de surprenantes pages, sur Adolph Hitler par exemple.

 (à suivre)

Olivier Ypsilantis

 

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Épilogue à « Misère de l’antisionisme ordinaire » 

 

Cet article fait suite à une série de cinq articles publiés sur ce blog, entre le 28 octobre et le 4 novembre 2014, des articles consultables dans Catégories à « Misère de l’antisionisme ordinaire. L’exemple d’un grand Lycée français à l’étranger ».

 

Olivier : Yvette et Patricia, une question : que s’est-il passé suite à la publication fin octobre – début novembre 2014, sur zakhor-online.com, des articles regroupés sous le titre suivant : « Misère de l’antisionisme ordinaire. L’exemple d’un grand Lycée français à l’étranger » ? Quelles ont été les réactions, tant dans ce lycée que dans la communauté française de Madrid ? Comme je vous l’avais signalé, j’ai été approché par le Conseiller culturel après votre réunion du 20 janvier 2015 aux Services culturels de l’ambassade de France à Madrid.

Patricia :  Hors du lycée, certains parmi ceux qui ont suivi le déroulement de l’affaire se réjouissent de cette publication. Au lycée, certains lisent avec intérêt, mais discrètement, ce que nous avons publié. Ils semblent apprécier que l’on dise tout haut ce qu’ils n’osent pas dire. En revanche, les personnes mentionnées ainsi que les responsables du Snes feignent d’ignorer cette publication. Le Snes a toutefois entrepris des démarches sur le plan institutionnel. En effet, le 14 janvier 2015, j’ai reçu le courriel suivant des Services culturels de l’ambassade de France à Madrid : « Comme suite à la parution d’articles sur un blog mettant en cause le Lycée français de Madrid, vous êtes convoquée par M. l’Ambassadeur à une réunion qui se tiendra le mardi 20 janvier à 15 heures au Service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France. »

Cette réunion n’apporte rien, l’ambassadeur est absent, le représentant du Snes ne réfute pas les faits rapportés mais ne reconnaît rien. Le conseiller culturel qui dirige la réunion admet que je suis harcelée mais il n’en donne pas la raison. Il affirme qu’il n’y a pas de judéophobie au Lycée français de Madrid et fait mine de ne pas savoir grand-chose de cette affaire, tandis que la proviseure alors en poste ne souhaite fâcher personne… Nous apprenons que c’est le mot « judéophobie » (il figure dans le titre d’origine, « Judéophobie dans un grand Lycée français de l’étranger ») qui contrarie l’ambassadeur. En revanche, nous ignorons ce qu’il pense des faits mentionnés.

Le compte-rendu de la réunion approuvé par tous les participants est « lisse ». Il ne faut parler de rien, c’est la méthode « diplomatique », un immobilisme dévastateur qui se vérifie presque toujours et partout, en dépit des beaux discours officiels. On peut donc tout faire, il suffit que cela ne se sache pas. C’est sans doute pour cette raison que peu de temps après la réunion, je reçois un courrier de l’ambassadeur : s’il souhaite que ma situation personnelle s’améliore au lycée, il me demande fermement de ne jamais plus rien publier et il fait allusion à une plainte qui pourrait être déposée par les personnes dont il est question dans la publication. Je décide de lui écrire :

https://drive.google.com/file/d/0ByBNRHr_kmW3OXM0M05VdzVhcG8/view?usp=sharing.

Il ne m’a jamais répondu. Jean-François Forges lui adresse également un courrier, resté pareillement sans  réponse :

https://drive.google.com/file/d/0ByBNRHr_kmW3NmZMRWY2Z0theVE/view?usp=sharing).

 

Edith Bruck (née Edith Steinschreiber, le 3 mai 1932, à Tiszabercel en Hongrie, écrivaine italienne d’origine hongroise) dont Patricia est la traductrice de l’italien au français. 

 

Nous décidons de modifier le titre de la publication. La nouvelle formulation donne plus de force (et de sens) à ce que nous avons écrit. Le nouveau titre est : « Misère de l’antisionisme ordinaire. L’exemple d’un grand Lycée français à l’étranger ».

En mai 2015, nous découvrons de manière accidentelle que certains documents mis en lien — en particulier l’émouvant courrier d’Henriette, l’ancienne bibliothécaire —  n’apparaissent plus dans nos articles. Jusqu’ici tu n’avais jamais noté ce genre de problème sur ton blog, n’est-ce pas Olivier ? Il t’a fallu utiliser une autre méthode pour « verrouiller » les liens. Sabotage ? Se donnerait-on tant de mal si ces documents n’avaient aucune importance ?

 

Olivier : J’ai ouvert zakhor-online.com fin janvier 2011 et je dois dire que je n’avais jamais eu à affronter ce genre de problème. J’ai la chance d’avoir un bon support basé aux États-Unis ainsi que des proches qui me conseillent, car mes compétences en la matière sont assez limitées. Sans chercher à me donner de l’importance, je pense qu’ils sont plus d’un à vouloir saboter un blog ouvertement sioniste, qui rend compte avec enthousiasme de ce qu’est Israël (en particulier son armée), qui s’intéresse à la culture juive, religieuse en particulier, qui dénonce la politique arabe de la France, etc. Je touche du bois, mais il m’arrive de penser que des « bonnes fées » veillent sur moi…

Yvette : Tout est étrange dans cette réunion, à commencer par la présence d’un représentant du Snes visiblement mal à l’aise. Il reconnaît avoir lu les articles mais ne dit à aucun moment ce qu’il en pense. D’ailleurs, il n’était pas au Lycée français de Madrid en 2008. Le Conseiller culturel s’adresse respectueusement à lui comme s’il représentait l’ensemble du corps professoral !

Pour sa part, Patricia s’est vue refuser la présence de Jean-François Forges pour l’accompagner lors de cette « rencontre ». C’est vraiment à contrecœur qu’ils accepteront que je sois présente !

Tout laisse à penser qu’il s’agit d’un rappel à l’ordre. Cependant, alors que c’est officiellement l’Ambassadeur qui a convoqué Patricia, il n’a (apparemment) jamais eu l’intention d’être présent !

La Directrice du Lycée français de Madrid et le Conseiller culturel donnent l’impression d’avoir lu tous ces articles en diagonale, ce qui exclut toute question précise de leur part.

Bref, quel était l’objectif de cette convocation/réunion ? On n’en saura rien. Alors que le ton de la convocation mettait Patricia en position d’accusée, le Conseiller culturel s’efforça tout au long de la réunion d’être particulièrement aimable avec nous — inattendu. On fit une brève allusion à propos de la protection fonctionnelle que certaines personnes auraient demandée à l’administration. Quelles personnes ? Se considéraient-elles diffamées ? Mais personne ne souhaita aborder le contenu de nos publications. Bref, tout ce remue-ménage pour nous dire que Monsieur l’Ambassadeur avait été choqué par le titre ! Lorsque nous déciderons Patricia et moi de le modifier, c’était avant tout parce qu’il apportait un éclairage sur la profondeur de l’hostilité à l’enseignement de la Shoah.

 

Olivier : Y a-t-il eu des efforts à l’intérieur du Lycée français de Madrid pour apaiser les tensions et manifester sans ambiguïté un intérêt envers l’enseignement de la Shoah ? Suite à notre publication, la position du Snes a-t-elle été affaiblie ? Ce syndicat a-t-il fait preuve de plus de prudence dans ses pratiques ultérieures ?

Patricia : Je ne note aucun signe d’hostilité de la part de la direction envers mes activités mais pas davantage de signe d’encouragement. La proviseure, arrivée au lycée à la rentrée 2013, ne souhaite sans doute pas raviver les tensions. Il faut également souligner la grande part d’ignorance sur l’importance de l’enseignement de la Shoah dans l’histoire européenne.

Je tenais à travailler sur la Shoah jusqu’à mon départ. A cet effet, j’organisai en mars 2015, avec les collègues du département d’italien (tous des Italiens, sans aucun lien avec le Snes), une conférence sur la Shoah, avec un intervenant italien pour les élèves de Première et de Terminale.

J’ai été totalement isolée en salle des professeurs à partir de 2008, et j’avoue que cela a fini par ne plus me déranger sur le plan personnel ; mais il est certain que sur le plan pédagogique cet isolement n’était pas sans effet. J’essayai par exemple de proposer un travail interdisciplinaire sur l’Exposition universelle de Milan en 2015 ; aucun professeur de l’équipe pédagogique concernée ne m’a répondu.

Un épisode important est à mentionner après le départ d’Yvette : celui des courriers anonymes adressés à des enseignants de Lettres, de février 2014 à avril 2015. L’auteur/e de ces courriers restera mystérieux/se faute d’une véritable enquête de la Direction dont les soupçons se porteront tout de même sur un professeur du département de Lettres. Le ton de ces courriers révèlera le caractère misérable des rapports entre les enseignants, beaucoup d’envie et de rancœurs. Dans l’un de ces courriers, un professeur de Lettres sera désigné comme « Le  Juif ».

Une fois encore tout sera fait pour « noyer le poisson ». Le Lycée français de Madrid brandira un partenariat (vide de tout contenu) avec la maison d’Izieu, tout en ignorant la victime de ces insultes à qui on conseillera la discrétion !

L’affirmation du collègue de philosophie d’Yvette qui avait écrit : « Depuis vingt ans que je suis au Lycée, je n’ai jamais entendu formuler, à haute voix ou à mi-voix, le moindre commencement d’opinion antisémite » prit une dimension particulière lorsque le professeur de Lettres reçut cette lettre anonyme dans laquelle il était identifié comme Le Juif.

Yvette :  J’ai pris ma retraite en juin 2013. Patricia n’aura tenu que deux ans après mon départ, ce que je comprends…

La section Sgen, qui bien que très minoritaire représentait un contre-pouvoir au Snes, a été « prise en main » par un professeur nouvellement arrivé, aux comportements et prises de position on ne peut plus troubles. Plus misérable que machiavélique, ce professeur va jouer le petit chef et, tout en tentant maladroitement de devenir un interlocuteur privilégié de la Direction, il s’alignera de façon servile sur les positions du Snes. Sous prétexte d’ouverture de la section, il fait adhérer des personnes qui m’avaient manifesté leur hostilité et, surtout, il marginalise ostensiblement les « anciens », Patricia en particulier. Il diffusera un « récit officiel » sur ce qui s’est passé : pour lui, il ne s’agit que d’un conflit de personnes ! Résultat : Patricia abandonne le syndicat dès le 26 novembre 2013. Aujourd’hui, un ancien membre du Sgen rentré en France m’informe qu’au Lycée français de Madrid le Sgen a disparu du paysage syndical et que le Snes a retrouvé son statut de représentant pratiquement exclusif des enseignants. Le nouveau proviseur adjoint invite même les enseignants à passer par le Snes pour le contacter !

 

Olivier : Quel panier de crabes ! Quel sac de nœuds ! Mais passons ! Quel bilan dressez-vous de cette affaire ?

Patricia :  Si je ne regrette en rien d’avoir pris la décision de donner ma démission en juin 2015, je réfléchis souvent à ce qui est arrivé et aux ravages de l’antisionisme militant qui s’épanouit dans la remise en question permanente de l’État d’Israël qui explique la grande sympathie de nombreux enseignants de ce lycée pour le Front de Gauche. Un élu de ce parti (Action citoyenne), membre du Snes bien évidemment, n’hésite pas à publier sur son compte Facebook au « profil public » ses prises de position politiques et des photographies où on le voit poser aux côtés de Jean-Luc Mélenchon et de Pablo Iglesias, le leader de Podemos. Les élèves y ont évidemment accès. Aucun membre de la Direction ne lui a reproché de manquer au devoir de réserve. Et il m’est souvent arrivé d’entendre des parents d’élèves se plaindre de l’endoctrinement dont leurs enfants sont victimes au lycée.

Initialement, nous avions prévu, Yvette et moi, de faire un bilan assez détaillé de cette affaire mais, depuis que j’ai quitté le lycée, j’ai repris mes activités sur la mémoire de la Shoah : traduction de livres d’Edith Bruck et d’articles, sous-titrage de DVD pour la Villa Emma, organisation de manifestations culturelles sur le thème de la Shoah. Mon temps étant devenu précieux, je vais donc à l’essentiel.

 Primo Levi (1919-1987)

Qu’en est-il aujourd’hui des principaux acteurs de cette affaire ? Nous ne nous attarderons pas sur les idiot(e)s util(e)s comme Cécile Z. ou Sandrine B. La documentaliste Michèle P., dont Yvette avait brossé le portrait dans le dernier des articles de « Misère de l’antisionisme ordinaire. L’exemple d’un grand Lycée français à l’étranger », a pris tranquillement sa retraite. Elle a conservé jusqu’au bout son pouvoir d’intimidation sur ses collègues du lycée. Aucune remarque officielle n’a sanctionné sa tentative de saboter la conférence sur Edith Bruck puisque l’enquête administrative n’a pas été menée à son terme. Et pourtant, que de preuves accablantes tant contre elle et son compagnon que contre ceux qui l’ont assistée dans son projet ! Je pense à la jeune chargée de communication Marion B., au responsable de la gestion matérielle Yohann C., à l’agent Rafael G. J’ai résumé tout cela dans le courrier que j’avais adressé au proviseur en mai 2013. A t-il reçu des instructions pour mettre fin à l’enquête ?

https://drive.google.com/file/d/0ByBNRHr_kmW3N0J1S19uVmRJaG8/view?usp=sharing

Mais il serait bien naïf d’ignorer le rôle essentiel joué par le Snes dès le début de l’affaire. Des pathologies individuelles anti-Shoah auraient été impuissantes sans le soutien logistique permanent apporté par les dirigeants du Snes. Je pense tout particulièrement au grand apparatchik Patrick S., alors professeur d’anglais, aujourd’hui Secrétaire national au bureau de Paris, ou au responsable local Alexis R. qui tire les ficelles dans l’ombre. Dès le début, le double jeu est flagrant. D’un côté, le Snes feint d’adopter une position impartiale et apaisante. De l’autre, il fait circuler un récit accusateur et sans nuances à mon égard en salle des professeurs et auprès des différents représentants de la Communauté française. Parallèlement, il multiplie les actions concrètes auprès du proviseur ou des services culturels pour exiger des sanctions contre moi et relancer sans cesse l’affaire. Les documents qui suivent en sont la preuve : alors que je renonce à porter plainte contre les collègues qui m’ont diffamée publiquement, le Snes réplique en affichant en salle des professeurs un communiqué vague parlant de « situation intolérable »…

La crainte de représailles est telle que personne ne se hasarde à poser de question au sujet de cette « situation intolérable » ; et puis les campagnes de dénigrement dont je suis l’objet finissent par convaincre la majorité de ma culpabilité. Pour moi, l’atmosphère de la salle des professeurs a quelque chose de kafkaïen :

https://drive.google.com/file/d/0ByBNRHr_kmW3ZGJTQTBzMEQ0cW8/view?usp=sharing

https://drive.google.com/file/d/0ByBNRHr_kmW3N0hlbVNXUTRuUU0/view?usp=sharing

Quand je pense que certains veulent encore croire que leur syndicat a pour mission de défendre les enseignants victimes d’injustices !

J’ai conscience que, dans l’Éducation Nationale, ma triste expérience n’est pas une exception. Je sais par de nombreuses sources que d’autres professeurs engagés dans le travail de transmission de l’histoire de la Shoah connaissent de grandes difficultés dans leurs établissements, avec leurs collègues. Étant rarement soutenus par l’institution ou par leur syndicat, et n’ayant pas la possibilité de changer d’établissement ou de donner leur démission, ils se voient contraints de renoncer à leurs activités.

Yvette : Dans un premier temps, le départ de Patricia du lycée m’est apparu comme un échec. Cependant, avec le recul, je pense que nous ne nous sommes pas mal sorties de ce combat de David contre Goliath, c’est-à-dire contre l’appareil syndical du Snes. Ceux qui nous ont attaquées ne s’attendaient sûrement pas à une telle résistance de notre part !

Comme le pointait l’article de Causeur du 18 janvier 2010, « Snes, syndicat voyou » de Luc Rosenzweig, cette affaire a mis en évidence la vraie nature du pouvoir détenu par le Snes, syndicat majoritaire à l’Éducation Nationale, en même temps que la soumission inconditionnelle et a-critique de nombreux collègues à cette autorité. Pour être digne d’être soutenu en cas de conflit, il ne suffisait pas d’être adhérent, il fallait suivre tous les mots d’ordre lancés par les responsables et, dans le cas qui nous occupe, s’indigner ostensiblement contre Patricia. Plus de quatre ans après, je revois comme dans un mauvais rêve l’agressivité quotidienne manifestée à l’égard de Patricia par des personnes insignifiantes ainsi que le défilé de nombreux enseignants obséquieux venant demander conseil aux dirigeants du Snes, en particulier à Patrick S., haut responsable à Paris. Le document qu’il publie sur ce qu’il qualifie d’événement, sans jamais préciser de quoi il s’agit, mérite d’être lu avec attention pour prendre conscience de la malhonnêteté du discours. Derrière le jargon syndical habituel et la prétendue neutralité responsable, il insinue que la victime est, bien évidemment, la collègue de mathématiques qui n’a pu exercer sa « liberté pédagogique » ! S’y ajoute une attaque contre la Direction du lycée qui n’a pas officiellement « réagi » pour sanctionner comme il se doit ma collègue Patricia. Et que dire de la liste de ses responsabilités qu’il exhibe après sa signature, comme s’il s’agissait de diplômes ou de publications universitaires ?

https://drive.google.com/file/d/0ByBNRHr_kmW3OWdHVXNtWHgxd0U/view?usp=sharing

Parallèlement, un collègue honnête,  écœuré par les magouilles du Snes n’avait plus repris sa carte. Il est rappelé à l’ordre de la manière suivante par Patrick S. lorsqu’il lui demande un conseil au sujet d’un conflit avec l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger) : « Pour commencer, soyons très clair : je sais que tu as interrogé les collègues du Snes de Madrid qui ne veulent pas te soutenir car tu n’es pas syndiqué et que tu n’as pas suivi les divers mouvements syndicaux et grèves au Lycée français de Madrid. Je suis totalement d’accord avec eux. Tu n’es pas sans savoir qu’ils ont perdu de nombreuses journées de salaires et on peut aisément comprendre leur rancœur. Je te conseille donc de te mettre à jour en termes de ton adhésion au Snes pour 2011/2012. Tu vois F. R. qui est notre trésorier. »

Aujourd’hui, ce F. R. est aussi l’élu du Front de Gauche et mes anciens collègues recherchent sa compagnie… Les rares enseignants qui n’entrent pas dans ce jeu et revendiquent leur attitude critique tant à l’égard de la Direction que du syndicat, cherchent à passer inaperçus…

Cette unanimité du discours politiquement correct dans ce microcosme qu’est le Lycée français de Madrid reflète finalement assez bien ce que l’on vit en France, dans le monde des médias. Installée définitivement en France depuis août 2016, je suis sidérée par la difficulté à recevoir à travers les médias publics (donc financés par mes impôts) une information qui ne soit pas pré-mastiquée par une idéologie. Après un bref passage à l’écoute de France Inter, où le ton frivole associé à des convictions idéologiques sans nuances me rappelle l’ambiance du Lycée français de Madrid, je constate au quotidien la diabolisation de l’État d’Israël.

Bien sûr, je me réjouis de l’indépendance dont je dispose maintenant puisque je ne suis plus dans le monde du travail et n’ai plus à affronter mes « collègues » et leurs préjugés. Mais c’est une maigre consolation !

 

Olivier : J’ai beaucoup appris à vous écouter ; j’ai beaucoup appris mais, par ailleurs, ce que vous évoquez m’est étrangement familier alors que je n’ai jamais fréquenté directement le microcosme que vous décrivez. La remarque finale d’Yvette explique probablement ce fait : lorsque j’écoute ou lis l’information officielle française, l’information d’État (ce que je fais rarement il est vrai), je suis gagné par une sensation d’étouffement. Doucereuse, insidieuse, elle s’immisce en vous dès le petit-déjeuner. C’est ainsi que l’État d’Israël est diabolisé dans les têtes de multitudes de braves gens qui par ailleurs ne sont guère préoccupés que par leurs points retraite, leur pouvoir d’achat et leurs prochains congés. Ce phénomène que j’observe douloureusement, ce phénomène massif l’air de rien, reste inexplicable aussi longtemps que l’on n’a pas éprouvé ad nauseam l’emprise douceâtre d’une certaine information — mais c’est désinformation qu’il me faudrait écrire — sur des citoyens de diverses obédiences. Au fond, vous aussi (et quelques autres), par votre engagement en faveur d’Israël, répondez à ce cri de résistance : Etiamsi omnes, ego non. Je vous remercie.

 

Primo Levi

 

Yvette, Patricia, Olivier 

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La rivalité irano-saoudienne

 

Ci-joint, une traduction faite par mes soins d’un article paru dans le New York Times : « How the Iranian-Saudi Proxy Struggle Tore Apart the Middle East » de Max Fisher (A version of this article appears in print on November 20, 2016, on page A8 of the New York edition with the headline: « How the Iranian-Saudi Proxy Conflict Tore the Mideast Apart ») :

http://www.nytimes.com/2016/11/20/world/middleeast/iran-saudi-proxy-war.html?smid=fb-share&_r=0

 

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Derrière presque tout le chaos du Moyen-Orient (guerre en Syrie et au Yemen, bouleversement politique en Irak, au Liban et au Bahreïn) se profile un autre conflit. L’Arabie saoudite et l’Iran se démènent pour asseoir leur prééminence, ce qui a converti la majeure partie du Moyen-Orient en leur champ de bataille. Plutôt que de s’affronter directement, ils agissent en sous-main, ce qui a pour effet d’aggraver les problèmes majeurs qu’affronte cette région : dictature, violence des groupes armés et extrémisme religieux.

L’histoire de cette rivalité accompagne (et aide à expliquer) la désagrégation du Moyen-Orient, désagrégation qu’active tout particulièrement la rivalité Sunnisme/Chiisme que ces deux puissances cultivent à dessein. Les États-Unis attisent cette rivalité, récemment en aidant les Saoudiens dans leur guerre au Yémen, guerre au cours de laquelle des centaines de civils ont été tués. Ces dynamiques, avertissent les spécialistes, laissent présager guerres civiles, sociétés fragmentées et gouvernements instables.

Le Dr. F. Gregory Gause s’est efforcé de trouver une autre région du monde ayant été dépecée de cette manière. Selon lui, l’Afrique Centrale (avec ces deux décennies de guerres interdépendantes et ces génocides perpétrés par l’ingérence de forces régionales, avec cinq millions de morts) pourrait présager ce qui risque d’advenir au Moyen-Orient.

 

1979, une révolution menaçante 

L’Arabe saoudite, un jeune pays qui s’est constitué dans les années 1930, a construit sa légitimité sur la religion. En promouvant sa responsabilité des lieux saints de la Mecque et de Médine, elle justifiait le pouvoir de la famille royale. La révolution iranienne de 1979 menaça cette légitimité en proclamant une « révolution pour l’ensemble du monde islamique » nous dit Kenneth M. Pollack, senior fellow à la Brooking Institution. Les révolutionnaires (iraniens) encouragèrent tous les Musulmans, en particulier les Saoudiens, à renverser leurs dirigeants. Mais l’Iran étant majoritairement chiite, « leur influence s’étendit essentiellement aux communautés chiites », précise Kenneth M. Pollack. Des Chiites d’Arabie saoudite (ils représentent environ 10% de la population) protestèrent par solidarité et ouvrirent même des bureaux à Téhéran, avivant les craintes saoudiennes d’une incessante agitation interne et de séparatisme. Ce fut le déclencheur de la sectarisation (sectarianization) d’une rivalité qui allait s’étendre à toute la région. « Les Saoudiens considérèrent l’Iran comme une menace interne depuis 1979 », déclare le Dr. F. Gregory Gause. Jugeant cette menace intolérable, les Saoudiens commencèrent à envisager une réplique.

 

 

1980-1988 : La première  guerre par procuration

L’Arabie saoudite saisit l’occasion l’année suivante, quand l’Irak de Saddam Hussein envahit l’Iran dans l’espoir de s’emparer d’un territoire riche en pétrole. Kenneth M. Pollack : « L’Arabie saoudite soutint à fond les Irakiens parce qu’ils voulaient enrayer la révolution iranienne ». Cette guerre qui dura huit années, avec guerre de tranchées et attaques chimiques, tua peut-être un million de personnes. Elle définit un schéma de la lutte par procuration entre l’Iran et l’Arabie saoudite, et l’opportunisme américain dont la politique consistait à maintenir un accès aux vastes réserves de pétrole et de gaz qui se trouvaient entre les belligérants. Le conflit épuisa le zèle de l’Iran et sa volonté d’exporter la révolution mais lui donna une nouvelle mission, celle de renverser le leadership saoudien dans la région, leadership soutenu par les États-Unis et que Téhéran jugeait comme une menace existentielle, un sentiment qui conduira Téhéran à s’impliquer au-delà de ses frontières, selon Marc Lynch, politologue à la George Washington University, et qui explique peut-être son programme nucléaire et de missiles.

 

1989-2002 : la mise en place d’un baril de poudre

Les années 1990 furent celles d’une pause dans cette rivalité régionale, mais elles furent aussi celles de la mise en place de conditions explosives. Désireuse de contenir la volonté iranienne d’activer les minorités chiites de la région, l’Arabie saoudite chercha à durcir l’opposition Sunnisme/Chiisme. Des programmes gouvernementaux firent la promotion « de propagande anti-chiite dans les écoles, les universités islamiques et les médias » fait remarquer le Dr. Toby Matthiesen, enseignant à la Oxford University.

Le Dr. Toby Matthiesen pointe ces violences sectaires et entretenues, des violences susceptibles de nourrir l’idéologie de l’État islamique. En 1990, l’Irak envahissait le Koweit, un allié de l’Arabie saoudite. Après en avoir expulsé les Irakiens, les États-Unis installèrent des bases militaires afin de défendre leurs alliés contre l’Irak, ce qui eut pour effet de faire pencher le rapport des forces dans la région au détriment de l’Iran qui vit ces forces américaines comme une menace. La défaite irakienne encouragea par ailleurs la rébellion de nombreux citoyens d’Irak, particulièrement dans les communautés les plus pauvres, soit les Arabes chiites.

Le Dr. F. Gregory Gause : « Le régime de Saddam Hussein devint ouvertement sectaire », amplifiant la division Sunnites/Chiites afin d’empêcher de futurs soulèvements, ce qui permit à l’Iran, que l’Irak inquiétait, de se faire des alliés dans une communauté chiite irakienne toujours plus privée de droits et dans des milices qui s’étaient constituées. Ce qui n’apparaissait pas alors : l’Irak était devenu un baril de poudre qui exploserait lors du renversement de son gouvernement, une décennie plus tard.

 

2003-2004 : Le vide irakien s’ouvre  

En 2003, l’invasion conduite par les Américains renverse un gouvernement à la fois hostile à l’Arabie saoudite et à l’Iran, mettant ainsi fin à un équilibre régional. Convaincu que les États-Unis et l’Arabie saoudite allaient installer un gouvernement à leur solde en Irak, l’Iran qui n’avait pas oublié les horreurs de la guerre des années 1980 s’empressa de remplir le vide laissé par la guerre. Son influence dans les communautés chiites, démographiquement majoritaires dans le pays, lui permit d’influer sur la politique de Bagdad.

L’Iran manipula également les milices chiites afin de pendre le contrôle de la rue en Irak et de menacer l’occupation du pays supervisée par les Américains. Mais les violences sectaires survinrent, poussant le pays à la guerre civile. L’Arabie saoudite chercha à contrecarrer les plans de l’Iran ; et après avoir opprimé sa population chiite durant des années, elle fit de même avec celle d’Irak. Dr. F. Gregory Gause  : « Le problème pour les Saoudiens est que leurs alliés naturels en Irak (soit les Sunnites) donnaient de plus en plus dans le djihadisme et se retournaient contre eux ». La stratégie saoudienne pour contenir l’Iran, soit l’activation du sectarisme par le biais des Sunnites, s’avérait contre-productive. Avec des gouvernements sunnites en voie d’effondrement et des milices sunnites virant au djihadisme, Riyad ne disposait guère d’intermédiaires fiables. Alors que la compétition s’intensifiait en Irak, l’Arabie saoudite et l’Iran cherchèrent à augmenter leur influence respective par l’intermédiaire d’un autre État faible, le Liban.

 

 

2005-2010 : Un nouveau genre de guerre par procuration

Le Liban offrait une formidable opportunité : une démocratie peu assurée, convalescente d’une guerre civile, avec factions et milices survivantes structurées par la religion. L’Iran et l’Arabie saoudite exploitèrent ces dynamiques, agitant un nouveau type de guerre par procuration, « hors des champs de batailles conventionnels et nidifiant dans les problèmes internes de structures institutionnelles affaiblies », selon les mots du Dr. F. Gregory Gause. Ainsi, l’Iran soutint le Hezbollah, cette milice et ce mouvement politique chiites, qu’il avait soutenu contre Israël. De son côté, Riyad versa de l’argent à ses alliés politiques parmi lesquels le Premier ministre sunnite Rafik Hariri.

Ainsi, en activant la compétition selon des axes religieux, l’Arabie saoudite et l’Iran contribuèrent-ils aux fréquentes chutes des gouvernements au Liban, les parties adverses étant appuyées par des forces étrangères plus soucieuses se s’opposer les unes aux autres que d’œuvrer à la construction d’un État capable de fonctionner. Avec l’Iran soutenant le Hezbollah comme le défenseur de la nation et l’Arabie saoudite soutenant l’armée libanaise, ni l’un ni l’autre n’avait le plein mandat ; et le Liban se débattait pour maintenir l’ordre. Tandis que les forces étrangères exacerbaient leur antagonisme, le Liban s’enfonçait dans une spirale de violence. En 2005, après que Rafik Hariri ait appelé à un retrait des troupes syriennes soutenues par l’Iran, il fut assassiné. Les soupçons se portèrent durablement sur le Hezbollah. Une autre crise politique, en 2008, se révéla particulièrement aiguë, avec le Hezbollah supplantant les milices sunnites pour le contrôle d’une bonne partie de Beyrouth. L’Arabie saoudite sollicita l’appui aérien des États-Unis (selon un WikiLeaks cable) afin d’appuyer la reprise de la ville par une force pan-arabe. Bien que ce projet n’ait jamais été mis à exécution, cet épisode constituait une répétition générale annonciatrice de la tourmente qui allait s’abattre sur une zone plus ample.

 

2011-2014 : L’implosion

Quand les Printemps arabes renversèrent des gouvernements du Moyen-Orient — la plupart étant des alliés de l’Arabie saoudite —, Riyad eut peur que l’Iran ne remplisse le vide ainsi laissé. Aussi l’Arabie saoudite se précipita, promettant des millions de millions de dollars à la Jordanie, au Yemen, à l’Égypte et autres pays, et pressant généralement leurs gouvernements de sévir. Suite aux protestations en faveur de la démocratie au Bahreïn — un allié de l’Arabie saoudite où un souverain sunnite régnait sur une population majoritairement chiite —, cette dernière envoya mille cinq cents soldats. En Égypte, l’Arabie saoudite appuya tacitement en 2013 la prise du pouvoir par l’armée, la jugeant plus fiable que le gouvernement islamiste issu des élections. Alors que la Libye s’enfonçait dans la guerre civile, l’Arabie saoudite appuya un général à poigne afin de consolider le contrôle du pays.

Bien que l’Iran n’ait que peu d’influence dans ces pays, l’Arabie saoudite redouta de perdre du terrain face à son rival, ce qui l’incita à vouloir limiter autant que possible et durement l’influence de l’Iran, pensent les analystes. La Syrie, un allié de l’Iran, développa une dynamique inhabituelle. L’Arabie saoudite et d’autres États sunnites riches en pétrole approvisionnèrent les rebelles en argent et en armes, y compris les islamistes sunnites. L’Iran intervint à son tour, envoyant des officiers puis le Hezbollah pour combattre aux côtés du gouvernement syrien dont les membres appartiennent majoritairement à une secte du Chiisme. Leurs interventions, disent les spécialistes, enfermèrent la Syrie dans une impasse du toujours pire où ont péri plus de quatre cent mille personnes.

 

2015-2016 : « Qu’est-ce qui ne va pas avec votre peuple ? »

Les États-Unis se sont battus pour restaurer un équilibre régional. Le président Obama a pressé l’Iran et l’Arabie saoudite afin « qu’ils trouvent un moyen efficace de partager la région et instituer une sorte de paix froide » confia-t-il à The Atlantic. Mais le Dr. Lynch qualifia de farfelu « ce plan pour un équilibre auto-régulé entre les puissances du Moyen-Orient ». Plutôt que de calmer les nerfs de l’Arabie saoudite, l’accord sur le nucléaire iranien attisa ses craintes « d’une volonté des États-Unis de l’abandonner pour s’allier à l’Iran », dit le Dr. Lynch, qualifiant cette idée répandue de « folle ». A ce propos, Mr. Kenneth M. Pollack confiait avoir souvent entendu des dirigeants arabes sunnites faire usage de la métaphore suivante : « Ils diront : ‟Qu’est-ce qui ne va pas avec votre peuple ?” Avec nous vous avez une femme fidèle et aimante et avec l’Iran vous avez une maîtresse folle. Vous ne comprenez pas combien elle est mauvaise pour vous ; et malgré tout vous ne cessez de vous précipiter vers elle sitôt qu’elle vous fait un clin d’œil ».

La Maison Blanche chercha d’autres manières de rassurer les dirigeants de l’Arabie saoudite, facilitant des ventes d’armes et supervisant les engagements saoudiens en Égypte et au Bahreïn. Arriva le cas du Yemen. Un groupe rebelle ayant de forts liens avec l’Iran expulsa le dirigeant appuyé par l’Arabie saoudite, avivant les craintes de Riyad. L’Arabie saoudite se lança alors dans une campagne de bombardement qui ne fit que massacrer des civils. Cette attaque reçut un fort soutien (mais aussi quelques critiques) des États-Unis qui n’ont que peu d’intérêts dans le pays, hormis l’anti-terrorisme. Fort de ce soutien, Riyad accepta le traité sur le nucléaire iranien et commença à emboîter le pas aux Américains en Syrie. Et la guerre par procuration suivit son cours.

 

 

Un avenir d’États détruits ou en voie de destruction

Questionné au sujet d’une amélioration des relations Iran – Arabie saoudite, Mr. Kenneth M. Pollack émit des doutes : « Au Moyen-Orient, il est difficile de faire des prévisions, surtout avec ces États détruits ou en voie de destruction ». Au Yémen « la société est en voie de réorganisation suivant des structures sectaires et des relations sous-tendues par aucune appartenance nationale » écrit Farea al-Muslimi dans un journal de la Carnegie Endowment for International Peace qui cite des cas similaires dans la région.

Ces crises continuelles risquent d’impliquer une fois encore les États-Unis, nous dit le Dr. Lynch, ajoutant qu’aucun président américain ne pourra persuader l’Arabie saoudite ou l’Iran de ne pas s’impliquer dans des conflits régionaux, vécus comme des menaces existentielles.

Donald J. Trump arrive au pouvoir avec le son de cloche saoudien : « L’Iran prend l’Irak. Il va prendre le Yemen, la Syrie, il veut tout » déclarait-il au cours d’un rassemblement en janvier. Faisant allusion au président élu et à Hillary Clinton, le Dr. F. Gregory Gause déclara douter qu’une administration puisse redistribuer les cartes au Moyen-Orient : « Je ne pense pas que Mr. Trump ou Mrs. Clinton soient capables d’y changer grand-chose ».

 

Max Fisher (traduit de l’anglais par Olivier Ypsilantis)

 

 

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Des histoires dans l’Histoire – 2/2 

 

La polémique au sujet de la libération du camp de Dachau, polémique qui prend appui sur le livre du médecin-colonel Howard A. Buechner, de la 45th Infantry Division : « Dachau: The Hour of the Avenger ».

 

Une scène de la libération de Dachau. Au premier plan, des soldats américains ; au fond, des SS faits prisonniers. Certains d’entre eux ont déjà été exécutés par des hommes bouleversés par ce qu’ils viennent de voir. Ci-joint, quelques brèves séquences de la libération de ce camp :  https://www.youtube.com/watch?v=R9_Kx44-i_E

 

Le drapeau de l’Europe, un symbole chrétien (ce que presque personne ne sait et ce que les autorités évitent de révéler) élaboré par un artiste strasbourgeois, Arsène Heitz (il se réfère à la Médaille Miraculeuse de la rue du Bac), supervisé par Paul Marie Gabriel Lévy, alors premier directeur au Service de Presse du Conseil de l’Europe, Juif converti et catholique non moins fervent qu’Arsène Heitz. Lorsque le projet de drapeau fut adopté, fin 1955, l’Europe ne comptait que six États membres, les six États fondateurs ; et, pourtant, il y a douze étoiles sur le drapeau, comme sur la Médaille Miraculeuse, comme dans l’Apocalypse de Saint Jean : « Puis il parut dans le ciel un grand signe : une femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête. »

La Cascade du Bois de Boulogne, le 16 juillet 1944, et les trente-cinq Résistants massacrés, à quelques jours de la Libération de Paris. Le chêne et les traces de balles.

Le cardinal-comte Konrad von Preysing-Lichtenegg-Moos, évêque de Berlin de 1935 à 1950, probablement le premier ecclésiastique allemand de haut rang à s’être élevé et avec une véhémence particulière contre les Nazis, en commençant par dénoncer le Concordat (du 20 juillet 1933). Il est moins connu que son cousin, le cardinal-comte Clemens August von Galen, évêque de Münster de 1933 à 1946, et pourtant ! Ses relations avec le Kreisauer Kreis, un groupe qui sauva l’honneur de l’Allemagne et, pourrait-on dire, de toute une civilisation.

Maria Mandl, la cruauté absolue, tout particulièrement envers les femmes et les enfants. Pendue le 24 janvier 1948, à Cracovie :

https://www.youtube.com/watch?v=zDiCanl7tW4

1951, António Rosa Casaco, agent de la P.I.D.E., prend une photographie d’António de Oliveira Salazar et de la journaliste Christine Garnier qui est probablement déjà sa maîtresse. António Rosa Casaco est surtout connu pour avoir dirigé l’équipe qui assassina le général Humberto Delgado et sa secrétaire brésilienne Arajaryr Canto Moreira de Campos, le 13 février 1965, à Villanueva del Fresno, en Espagne, dans les environs de Badajoz.

 

Christine Garnier en compagnie d’António de Oliveira Salazar, une photographie d’António Rosa Casaco prise en 1951 : http://laplumeetlerouleau.over-blog.com/article-1933-salazar-le-dictateur-de-glace-et-de-feu-3-115580554.html

 

La chanson de Zeca Afonso, « Grândola, Vila Morena », et le Movimento das Forças Armadas (M.F.A.), 25 avril 1974 :

https://www.youtube.com/watch?v=Ha-h5bPSxQE

Aaron Kremer transporte dans le métro de Paris des faux papiers cachés dans la doublure des vêtements de son petit garçon.

Le manchot la serre dans ses bras. Nous disons : Le manchot la serre dans ses bras. Deux fois. 

Les Éclaireurs Israélites de France (E.I.F.) et l’expérience agricole de Lautrec, dans le Tarn.

Deux souverains libres et discrets : Orélie-Antoine Ier, roi d’Araucanie et de Patagonie (Antoine de Tounens), et Boris Ier , roi d’Andorre (Boris Skossyreff).

Le château de Villebon, un 6 juin 1944, une histoire dans l’Histoire, encore.

 

Le château de Villebon qui dans « A la Recherche du temps perdu » de Marcel Proust est du côté de Guermantes.

 

Rue de Tolbiac, Paris, XIIIe arrondissement, le 20 octobre 1915, une explosion accidentelle dans les usines Billant, spécialisées dans la fabrique de grenades (situées entre le n° 174 et le n° 168), fait une cinquantaine de morts et une centaine de blessés.

25 août 1944, place des Invalides, à côté du ministère des Affaires étrangères, et l’inscription erronée :

http://museedelaresistanceenligne.org/media4499-Le-char-Quimper-aux-abords-du-ministA

Madrid, du 5 au 13 mars 1939, une guerre civile dans la Guerre Civile. Juan Negrín et les communistes d’un côté, Segismundo Casado, Julián Besteiro et Cipriano Mera de l’autre, soit des socialistes et des anarchistes.

Extrait du célèbre discours de José Antonio Primo de Rivera au Teatro de la Comedia, à Madrid, le 29 octobre 1933 : « Ahora, que el socialismo, que fue una reacción legítima contra aquella esclavitud liberal, vino a descarriarse, porque dio, primero, en la interpretación materialista de la vida y de la Historia ; segundo, en un sentido de represalia ; tercero, en una proclamación del dogma de la lucha de clases. »

N’oubliez pas le capitaine de la Wehrmacht, Wilm Hosenfeld !

 

Wilm Hosenfeld (1895-1952)

 

La guerre radiophonique entre Radio Paris et la BBC. Cette rengaine chantonnée (avec la voix de Pierre Dac) : Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand. 

Messieurs, faites vos jeux (ordre de sabotage, 5 juin 1944).

Hitler souffrait de météorisme. Lorsqu’il s’endormait au salon, à l’heure du thé, après avoir raconté des histoires interminables et confuses, il lâchait des gaz intestinaux qui incommodaient ses hôtes. Le Führer flottait dans ses effluves, un début d’exercice de mon cru en forme de F qui me conduit à ce passage de l’exercice en forme de Z du grand Serge Gainsbourg : Quand zut ! Un vent blizzard / Fusant de son falzar.

Claude Cahun (Lucy Schwob) et Marcel Moore (Suzanne Malherbe) distribuent des tracts anti-nazis sur l’île de Jersey alors occupée par les Allemands. Mais lisez ce document :

http://www.jerseyheritage.org/media/Find%20a%20place%20to%20visit/Cahun.pdf

Le code allemand ADFGX cassé par le cryptographe français Georges Painvin, début juin 1918.

10 mai 1981, élection de François Mitterrand. Je me souviens d’une certaine euphorie dans les rues de Paris. Je me souviens que les usagers s’adressaient spontanément la parole dans les rames du métropolitain. J’aurais vraiment aimé participer à cette euphorie mais j’avais flairé le vieux renard, d’emblée. Toutefois, mon admiration pour le renard m’incite à remplacer « renard » par « maquignon ».

Georges Bégué, premier agent du Special Operations Executive (S.O.E.) parachuté en France, dans la nuit du 5 au 6 mai 1941. Son idée des messages personnels de la BBC. Savez-vous qu’il existe une association des Amis de Radio Londres ? :

http://www.messages-personnels-bbc-39-45.fr

Chester Nez, un Indien Navajo, un code talker dont la langue codée ne fut jamais décodée par l’ennemi japonais.

 

Chester Nez (1921-2014). Chester Nez s’est entretenu avec Judith Schiess Avila qui a écrit un livre intitulé, tout simplement, « Code Talker ».

 

4 juin 1940, House of Commons, Winston Churchill : « We shall fight in France, we shall fight on the seas and oceans, we shall fight with growing confidence and growing strength in the air, we shall defend our island whatever the cost may be. We shall fight on the beaches, we shall fight on the landing grounds, we shall fight in the fields and in the streets, we shall fight in the hills. We shall never surrender ! » Ci-joint, l’intégralité de ce discours (l’un des plus inspirés de l’Histoire) mis en ligne par The International Churchill Society :

http://www.winstonchurchill.org/resources/speeches/1940-the-finest-hour/128-we-shall-fight-on-the-beaches

Pierre Dac (André Isaac) et le Schmilblick (né en 1949) qu’il attribue aux frères Fauderche, Jules et Raphaël. On est en plein chez le Père Ubu et au Collège de ‘Pataphysique. L’absurde Pierre Dac et l’absurde Alfred Jarry, une même ambiance. Les néologismes de Pierre Dac, le Schmilblick mais aussi le Biglotron qu’il décrit « succinctement » de la manière suivante :

http://blbmail.free.fr/biglotron.pdf

Pierre Dac (1893-1975) alors chroniqueur à Radio Londres. Écoutez-le répondre au vichyste et antisémite Philippe Henriot : https://www.youtube.com/watch?v=TvsTWIOJf4o

 

Operation Dynamo et Unternehmen Seelöwe (Operation Sea Lion), cette dernière (l’invasion du Royaume-Uni) est restée à l’état de projet. Operation Dynamo. Pendant plusieurs jours (fin mai – début juin 1940), dans un tunnel, sous le château de Douvres, le vice-amiral Bertram H. Ramsay organise le sauvetage de plus de 330 000 soldats britanniques, français et belges pris dans la poche de Dunkerque. L’éclairage de ce tunnel est fourni par une dynamo, d’où Operation Dynamo. Le nom de Bertram H. Ramsay réveille d’autres noms dans ma mémoire, des noms d’opérations. Cet homme qui avait pensé prendre sa retraite dès 1938 se retrouva embarqué dans une immense aventure. Suite au succès de Operation Dynamo (malgré les pertes en hommes et en matériel), il est placé à la tête de manœuvres amphibies en Afrique du Nord, intégrées à Operation Torch, puis en Sicile, Operation Husky, avant d’être nommé commandant en chef des forces navales engagées dans Operation Overlord où il est le maître-d’œuvre de Operation Neptune. Ci-joint, un lien (texte et vidéo) intitulé « D-Day’s ‟forgotten man” », mis en ligne par University of Cambridge :

http://www.cam.ac.uk/research/news/d-days-forgotten-man

Ici est tombé pour la Libération de Paris Dominique Manzino, brancardier volontaire, le 22 août 1944 : une plaque apposée sur la façade d’un immeuble, 19 rue Séguier, Paris, VIe arrondissement.

 

Une plaque dans le secteur Assemblée nationale / Quai d’Orsay.

 

Presque tout le monde connaît Oskar Schindler ; mais qui connaît le Major Karl Plagge et le camp indépendant, le HKP-562, qu’il réussit à organiser dans les environs de Vilnius ? Il est vrai qu’une caserne de la Bundeswehr, à Darmstadt, porte son nom ; mais qui se souvient de lui ? N’oubliez pas le Major Karl Plagge ! Lui aussi fut guidé par le tikkoun.

Les sanglots longs / Des violons / De l’automne / Blessent mon cœur / D’une langueur / Monotone fut énoncé en deux fois : Les sanglots longs / Des violons / De l’automne annonçait le Débarquement (die anglo-amerikanische invasion) pour les jours venir. Blessent mon cœur / D’une langueur / Monotone, radiodiffusé le 5 juin à 21h15, annonçait le Débarquement pour les heures à venir. Question : le message du 5 juin respectait-il l’original (extrait de « Chanson d’automne » dans « Poèmes saturniens ») ou bien suivait-il l’adaptation de 1941 de Charles Trenet, où Blessent devient Bercent ?

Philippe de Crevoisier de Vomécourt, agent du Special Operations Service, comme ses deux frères, Jean et Pierre. L’histoire de sa propriété (située non loin de Limoges et venue de sa femme, descendante de Gay-Lussac) est inséparable de celle du Special Operations Service. Dans la nuit du 13 au 14 juin 1941, un parachutage d’armes y a lieu : c’est le premier parachutage d’armes réalisé par le S.O.E. en France.

Et pour finir (avec ce qui ne fait que commencer), lisez le livre de Marek Edelman (1919-2009), un bundiste, « Mémoires du ghetto de Varsovie : un dirigeant de l’insurrection raconte » (Éditions du Scribe, 1983) ; il écrase ce racontar selon lequel « les Juifs se sont laissés conduire à l’abattoir comme des moutons ».

 Combattantes juives du ghetto de Varsovie

 

 Olivier Ypsilantis

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Des histoires dans l’Histoire – 1/2 

 

En header, Peter Yorck von Wartenburg (1904-1944), membre du Kreisauer Kreis et proche de Helmuth James von Moltke (1907-1945), Peter Yorck von Wartenburg devant l’ignoble Volksgerichtshof présidé par Roland Freisler. Dans la vidéo suivante, on apercevra la fine silhouette de cet aristocrate prussien et on entendra les hurlements de l’immonde, l’immonde qui sera écrasé par un bombardement américain alors qu’il présidait à Berlin le Volksgerichtshof  :

https://www.youtube.com/watch?v=x_bwucQ7l3g

 

 José Antonio Primo de Rivera y Sáenz de Heredia (1903-1936)

 

Cette série pourrait faire l’objet d’un livre infini, avec des histoires dans l’Histoire. Mais où (se) termine l’histoire avec un petit h et où commence l’Histoire avec un grand H ? Ces histoires dans l’Histoire s’inscrivent dans des interrogations qui m’ont diversement sollicité.

La Résistance allemande au nazisme était au cœur du maelström et, de ce fait, elle m’interroge plus que toutes les autres Résistances. C’est aussi pourquoi des noms tels que Henning von Tresckow ou Rudolf-Christoph von Gersdorff se sont inscrits en moi pour ne plus me quitter, comme se sont inscrits en moi ces autres noms : Kreisauer Kreis et Die Weiße Rose. L’Histoire oublie trop souvent que des officiers allemands ont cherché à tuer Hitler avant l’attentat du 20 juillet 1944 de Claus von Stauffenberg. L’Histoire cherche à nous imposer cette croyance selon laquelle des officiers n’ont voulu éliminer Hitler que parce que la guerre était perdue pour l’Allemagne. C’est une injustice assez atroce. C’est oublier ce petit groupe de Justes, c’est oublier Henning von Treskow et son groupe, c’est oublier Rudolf-Christoph von Gersdorff, issu d’une des plus nobles familles d’Allemagne, et qui pensa se faire exploser pour en finir avec Hitler et un certain nombre des plus hauts dignitaires nazis. C’est oublier le Kreisauer Kreis présidé par Helmuth James von Molke et sa femme Freya, une petite société où se concentrait le meilleur de l’Allemagne. Et me vient ce passage de la Bible, l’intercession d’Abraham en faveur de Sodome (Genèse 18.16-33) « L’Éternel dit : ‟Je ne la détruirai pas à cause de ces dix justes”. L’Éternel s’en alla lorsqu’il eut fini de parler à Abraham, et Abraham retourna chez lui ».

 

 

Parmi les interrogations historiques qui tapent à ma porte, la complexité espagnole, une complexité qui s’est manifestée avec une ampleur et une acuité particulières au cours de la Guerre Civile de 1936-1936 et des années qui l’ont précédée. Cette complexité m’intéresse aussi au sein de la droite dans son ensemble et plus particulièrement au sein de La Falange dont les exactions ne peuvent être niées. Et pourtant, je ne puis repousser la haute figure de José Antonio Primo de Rivera, pas plus que celle de son père, Miguel Primo de Rivera. A ce propos, que personne n’oublie que José Antonio est entré en politique pour défendre la figure de son père, Miguel. Que personne n’oublie que José Antonio, peu avant son exécution dans la prison d’Alicante, en 1936, avait demandé, en fin d’une note en douze points rédigée dans sa cellule, que le gouvernement (de réconciliation à venir) soit constitué pour Instrucción Pública de José Ortega y Gasset, pour Obras Públicas d’Indalecio Prieto, pour Trabajo y Sanidad de Gregorio Marañón. Il faut savoir ce que représentent chacun de ces hommes pour situer la hauteur de vue de José Antonio Primo de Rivera. Pour le reste, que dire ? Des inquiétudes, de nombreuses inquiétudes, harassantes mais aussi, et surtout, nourrissantes. Des inquiétudes qui feront sourire, mais qu’importe ! Où trouver la Justice et la Vérité, tout au moins leurs fragments dispersés ? Ils ne sont pas là où les désignent la démagogie et le clientélisme, le politiquement correct appuyé par la force d’inertie des masses. C’est pourquoi j’interroge aussi cet homme fusillé à trente-trois ans, un homme qui imagina une Espagne plus juste, nourri par la pensée des meilleurs de son époque et de son pays, des libéraux, José Ortega y Gasset et Miguel de Unamuno, Ramiro de Maeztu et Gregorio Marañón, pour ne citer qu’eux.

 

Henning von Tresckow (1901-1944). Ci-joint, la liste des six attentats contre Hitler. Le quatrième, Henning von Tresckow ; le cinquième, Rudolf-Christoph von Gersdorff : 

http://www.history.com/news/history-lists/6-assassination-attempts-on-adolf-hitler

 

__________________

 

Rosenstraße 2-4, Berlin, du 27 février au 6 mars 1943. Les Mischehen.

J’y pense, l’assassin de Trotsky, Ramón Mercader, alias Jacques Mornard, alias Franck Jackson, avec son piolet accroché à l’intérieur de son imperméable, ne se serait-il pas inspiré de Rodion Romanovitch Raskolnikov, « Rodia » pour les intimes, le personnage principal de « Crime et Châtiment » ?

Le ressentiment de Philippe Égalité, qui en vint à voter la mort du roi, son cousin, et qui fit dire à Louis XVI : « Qu’ai-je donc fait à mon cousin, qu’il me poursuive ainsi ? », ne tenait-il pas, en partie au moins, à l’affaire d’Ouessant ?

Ce nom traîne dans ma mémoire, suite à une lecture que je fis, enfant, du livre de Cornelius Ryan, « Le jour le plus long » (chez Robert Laffont, collection Ce jour-là !) : Werner Pluskat, cet officier allemand qui, dit-on, fut le premier à entrevoir dans ses jumelles l’armada alliée, devant les plages de Normandie, à l’aube du 6 juin 1944. Dans l’adaptation cinématographique sortie sur les écrans en 1962, le rôle de Werner Pluskat est tenu par Hans Christian Blech. Ci-joint, le vrai major Werner Pluskat, sur les lieux, vingt après les faits :

http://www.ina.fr/video/CAF93012581

Alfred Kubin tente de se suicider sur la tombe de sa mère ; et Constance Mayer se tranche la gorge avec le rasoir de Prud’hon.

 

Alfred Kubin (1877-1959)

 

« Jules et Jim », le film de François Truffaut, vous vous souvenez ? Vous vous souvenez de Jules, l’Autrichien, un rôle tenu par Oskar Werner. J’ai découvert il y a peu certains éléments biographiques relatifs à cet acteur, des histoires dans l’Histoire. Brièvement. Fervent pacifiste, il est contraint de porter l’uniforme de la Wehrmacht mais, compte-tenu  de ses multiples maladresses (ses talents d’acteur lui permettent d’exceller dans ce rôle et de tromper ses supérieurs), notamment dans le maniement des armes à feu, il est affecté à des corvées diverses, corvées de patates, de vaisselle, de latrines, etc. Il épouse secrètement une femme d’origine juive, Elizabeth Kallina, dont il aura une fille, Eleonore. En septembre 1944, alors que Vienne est bombardée et qu’il voit nombre de ses amis se faire tuer, il est déclaré shell shocked. Au bout de quelques semaines, on lui ordonne de rejoindre la réserve. En décembre, il s’enfuit avec sa femme et sa fille dans les bois où la famille s’installe dans une hutte. Alors que le secteur ne tarde pas à être pilonné par l’artillerie russe ; il pense au suicide et finit par rejoindre les lignes allemandes en voie d’effondrement, avec le risque d’être fusillé en tant que déserteur… Et pendant ce temps, que faisaient Jim (Henri Serre) et Catherine (Jeanne Moreau) ?

August Landmesser refuse de faire le salut nazi. Pourquoi ? :

http://all-that-is-interesting.com/august-landmesser

Ramiro Ledesma Ramos et Ramiro de Maeztu fusillés le 29 octobre 1936, à Aravaca, dans les environs de Madrid. 

Avraham Stern abattu par un policier britannique, dans une chambre qui allait être intégrée au Lehi Museum,  8 Stern St., Tel Aviv.

Mgr Gabriel Piguet et Marie-Angélique Murat, Justes parmi les Nations :

https://yadvashem-france.org/les-justes-parmi-les-nations/les-justes-de-france/dossier-6968/

Hannah Szenes parachutée au-dessus de la Yougoslavie, en mars 1944. Martine Gozlan, sa biographe, l’évoque dans la vidéo suivante :

https://www.youtube.com/watch?v=aNnfU5e2_nM

 

 

Hannah Szenes (1921-1944) 

http://fanpix.famousfix.com/gallery/hannah-szenes/p25045416

 

Le pasteur Paul Schneider refuse de se découvrir devant l’étendard à croix gammée, en 1938, à l’occasion de l’anniversaire de Hitler.

Rudolf-Christoph von Gersdorff place deux mines magnétiques sous son manteau dans le but de commettre un attentat-suicide et d’en finir d’un coup avec Hitler et quelques dignitaires nazis qui l’accompagnent, parmi lesquels Hermann Göring et Heinrich Himmler. N’oubliez pas Rudolf-Christoph von Gersdorff ! Il se tient à côté de la lumineuse figure de Henning von Tresckow.

Nuit du 5 au 6 mai 1944, John Steele et Kenneth Russell, Rudolf May et Rudi Escher, et le clocher de l’église de Sainte-Mère-Église.

6 février 1934, le colonel de La Rocque refuse d’attaquer la Chambre des Députés. Ci-joint, un lien Akadem sur ce mouvement qui a fait bavarder et couler beaucoup d’encre, loin de la rigoureuse étude historique :

http://www.akadem.org/medias/documents/–liguedescroixdefeu_6.pdf

30 août 1918, Fanny Kaplan manque de peu Lénine.

20 juillet 1944, dans la Lagerbaracke du « Wolfsschanze », le colonel Heinz Brandt déplace la serviette contenant la bombe installée par Claus von Stauffenberg contre un pied de la lourde table de la salle de conférence. Ainsi aura-t-il contribué à sauver sans le savoir la vie de Hitler.

 

Claus Philipp Maria Schenk Graf von Stauffenberg (1907-1944)

 

Le 6 juin 1944, alors que les forces alliées débarquent en Normandie, Erwin Rommel, commandant du groupe d’armées B, se rend en Allemagne, à Herlingen, fêter le cinquantième anniversaire de sa femme, Lucie. Il lui offre une paire de chaussures sur mesure faites à Paris.

13 mars 1943, Hitler effectue sa dernière visite à Smolensk. Alors qu’il monte dans l’avion qui doit le reconduire à Rastenburg, Henning von Tresckow et son officier d’ordonnance, Fabian von Schlabrendorff, remettent au colonel Heinz Brandt qui accompagne le Führer un paquet censé contenir des bouteilles de cognac. Mais le colis contient des explosifs. Ils n’exploseront pas, probablement à cause du froid.

Reinhard Heydrich obsédé par de possibles origines juives. Sa grand-mère paternelle (Ernestine Heydrich, née Lindner) s’était remariée (après le décès de son premier mari, Reinhold Heydrich) avec un serrurier du nom de Gustav Süss, un non-Juif ; mais le patronyme Süss étant aussi porté par des Juifs… On se souvient de « Jud Süß » de Veit Harlan. Il lui fallait sans cesse dissiper la rumeur (y compris au sein de l’appareil nazi), une rumeur avec laquelle savaient jouer ses rivaux que son ambition inquiétait…

Klara, la mère d’Adolf Hitler, meurt d’un cancer du sein à l’âge de quarante-sept ans, en décembre 1907. Témoignage du médecin traitant de la famille, à Linz, un Juif, le Dr. Eduard Bloch, un Edeljude selon le mot d’Adolf Hitler : « Outwardly, his love for his mother was his most striking feature. While he was not a mother’s boy in the usual sense, I have never witnessed a closer attachment. »

 

 Dr. Eduard Bloch (1872-1945)

 

La Unidad Ezquerra, sous les ordres de Miguel Ezquerra Sánchez, dans les ruines de Berlin.

Le 14 juillet 1944, à la prison de la Santé…

L’arrestation du général Charles Delestraint, alias « Vidal », commandant en chef de l’Armée secrète (AS), devant la station de métro La Muette, à Paris, le 9 juin 1943 au matin. Déporté le 10 mars 1944, sous le statut « Nacht und Nebel » au camp du Struthof, puis, en raison de l’avance des forces alliées, évacué le 1er septembre 1944 vers le camp de Dachau. Sur ordre exprès de Berlin, il y est exécuté le 19 avril 1945, dix jours avant la libération du camp par l’armée américaine. Son corps est aussitôt incinéré avec ses affaires personnelles et ses papiers afin de faire disparaître toute trace de son passage dans le camp.

Nuit du 31 décembre 1961 au 1er janvier 1962, coup de force contre la caserne du Regimento de Infantaria N° 3 de Beja, Portugal. Une préfiguration du 25 avril 1974, la Revolução dos Cravos ?

Vaugelas… On pense au célèbre grammairien (1585-1650). Mais il y eut un autre Vaugelas, Jean de Vaugelas (1913-1957), un monarchiste fourvoyé, un responsable de la Milice française qui participa notamment à l’attaque contre le maquis sur le plateau des Glières et qui fut chargé du maintien de l’ordre dans la région de Limoges.

Federico Manuel Hedilla Larrey, figure essentielle des dissensions au sein de la Falange, représentant de la doctrine nationale-syndicaliste de José Antonio Primo de Rivera et résolument réfractaire au décret d’unification du 19 avril 1937.

Pilar Primo de Rivera y Sáenz de Heredia et la Sección femenina (SF).

L’histoire d’Orna Porat (Irene Klein).

Monseigneur Louis de Courrèges d’Ustou, Justes parmi les Nations. Non seulement il sauva nombre d’enfants juifs mais il donna des ordres pour qu’ils ne subissent aucune pression prosélyte :

https://yadvashem-france.org/les-justes-parmi-les-nations/les-justes-de-france/dossier-1807c/

 

Monseigneur Louis de Courrèges d’Ustou (1894-1979)

 

Solomon Perel cache sa véritable identité alors qu’il est capturé par une unité de la Wehrmacht. Il se déclare Volksdeutsche et devient interprète au sein de l’unité qui l’apprécie et qu’il apprécie. Mais lisez ce qui suit. La photographie montre Leni Latsch, la jeune fille qu’il aime, une « Aryenne », membre du Bund Deutscher Mädels (BDM) :

http://digitalassets.ushmm.org/photoarchives/detail.aspx?id=1066341

28 mai 1871, les fusillés au cimetière du Père Lachaise, devant ce qui allait devenir le mur des Fédérés et un lieu de commémoration. Et puisque nous sommes dans un cimetière, restons-y. Le souvenir d’un tableau me revient tandis que j’écris ces lignes, celui de Saint-Privat, le 18 août 1870, un tableau d’Alphonse de Neuville qu’enfant j’ai souvent détaillé, l’original et de nombreuses reproductions.

Le général de l’Armée de l’Air Humberto Delgado, surnommé « o general sem medo », abattu par des agents de la P.I.D.E. (Polícia Internacional e de Defesa do Estado), le 13 février 1965. J’ai découvert l’existence de cet homme par une plaque apposée dans la belle gare bleue de Lisbonne, la Estacão de Santa Apolónia, une plaque inaugurée le 16 mai 2008. On peut y lire : No dia 16 de Maio de 1958, Humberto Delgado chegou do Porto a esta estação. Esperavam-no milhares de pessoas que foram vitimas da represão do regime salazarista. Cet homme qui avait soutenu très activement le régime de Salazar, et qui avait notamment dirigé la Legião Portuguesa, commença à prendre ses distances avec l’Estado Novo dans les années 1950, allant jusqu’à se présenter aux élections présidentielles de 1958 contre l’amiral Américo Tomás soutenu par Salazar. Le 15 mai 2016 (pour le cent dixième anniversaire de la naissance du « gerenal sen medo »), l’Aeroporto da Portela Lisboa est officiellement devenu l’Aeroporto Humberto Delgado. Ci-joint, un panorama biographique sur cet homme exceptionnel du Portugal du XXe siècle :

https://www.youtube.com/watch?v=U_FXprm6Qus

 

Général Humberto Delgado (1906-1965)

 (à suivre)

Olivier Ypsilantis

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En lisant « La trahison des clercs d’Israël » de Pierre Lurçat – 5/5

 

Tsahal, le droit juif et la guerre

« La Loi du Roi » (un livre rédigé par les rabbins Itshak Shapira et Yossef Elitsur et paru en 2009) est un livre non pas à interdire mais à lire. La Torah est loi de vie et l’ouvrage de ces rabbins ne s’écarte pas de cette loi. Hormis Maïmonide, la loi juive n’a guère abordé le droit de la guerre, de l’époque du Talmud au XXe siècle. Elle y est revenue avec la création d’une armée juive. « La Loi du Roi » qui s’adresse à un public versé dans l’étude de la Torah s’ouvre sur un chapitre portant sur l’interdiction de tuer un non-Juif. Les chapitres deux et trois traitent des non-Juifs qui respectent les (sept) lois noachiques. Le chapitre quatre traite des règles applicables aux Juifs et aux non-Juifs, différentes du fait que les Juifs de par leur élection ont un surcroît de responsabilités — et c’est en ce sens, et exclusivement en ce sens, qu’il faut comprendre le peuple élu. Le chapitre cinq traite du droit de la guerre, avec ce principe fondamental : « Celui qui vient pour te tuer, devance-le et tue-le », en temps de guerre comme en temps de paix.

La loi juive telle que l’expose « La Loi du Roi » est autrement plus précise que le Code éthique de Tsahal. Dans « La Loi du Roi », il est rappelé que la loi juive interdit très spécifiquement à un soldat juif de mettre sa vie en danger pour éviter de tuer un civil ennemi, une interdiction en accord avec la Torah et les prophètes. « Le Livre du Roi » recentre le code éthique sur les traditions d’Israël, alors que le Code éthique de Tsahal fait tantôt référence à la « tradition du peuple juif » tantôt aux « valeurs universelles » ; et en cas de contradiction, ce sont ces dernières qui prévalent. On comprend que « Le Livre du Roi » qui donnerait à Tsahal les moyens d’éradiquer le Hamas (moyens juridiques appuyés sur le droit juif) soit tant décrié en Israël par les lobbies d’extrême-gauche financés par l’Union européenne.

 

 

Pour faire la paix, il faut gagner la guerre

« On fait la paix avec son ennemi », slogan pacifiste trompeur repris par Itshak Rabin, au moment des Accords d’Oslo. Le politologue Daniel Pipes fait remarquer qu’on ne fait pas la paix avec son ennemi mais avec son ancien ennemi, que la guerre ne se termine pas par le truchement de la simple bonne volonté mais par la victoire de l’un des belligérants. Les avancées technologiques aussi perfectionnées soient-elles ne rendent pas caduque ce constat, et les réflexions de Daniel Pipe à ce sujet rejoignent celles de Zeev Jabotinsky énoncées dans « La Muraille d’acier », un texte essentiel et toujours d’actualité — de plus en plus d’actualité —, consultable en ligne et dans son intégralité. [Je rappelle à ce propos que Pierre Lurçat a remarquablement traduit de l’hébreu au français « Histoire de ma vie » de Zeev Jabotinsky, un livre essentiel — et pas assez connu — pour mieux comprendre l’histoire du sionisme et d’Israël.]

Pierre Lurçat [qui n’est en rien un va-t’en-guerre mais un observateur lucide, un homme qui ne se chante pas des berceuses] écrit : « L’idéologie pacifiste repose donc sur un syllogisme erroné : la paix ne découle pas d’une absence de volonté de faire la guerre chez les vainqueurs, mais de la compréhension du vaincu que la guerre est inutile, dès lors qu’il n’a pas la capacité militaire de vaincre ».  Israël n’a pas acheté la paix en faisant des concessions territoriales. Camp David (1978) et plus encore les Accords d’Oslo (1993) n’ont fait qu’attiser la volonté palestinienne, et plus généralement arabe, de vaincre Israël, de l’éradiquer.

 

Conclusion

Martin Buber et ses disciples ont une lourde responsabilité dans la structuration et la persistance du « problème palestinien » et des « problèmes des Territoires » qui se sont convertis en obsessions, poussant de côté d’autres questions comme les inégalités sociales qui ne semblent pas préoccuper la gauche israélienne depuis plusieurs décennies [mais qui préoccupent grandement l’auteur].

Mais il y a pire. Les clercs d’Israël activent l’antisionisme partout dans le monde et principalement en Europe. [On sait qu’à l’extérieur d’Israël, l’antisionisme flatte un antisémitisme qui n’ose généralement plus se dire comme tel. J’insiste : un Juif et plus particulièrement un Juif d’Israël qui critique son pays comme le font des pacifistes et des membres de groupuscules d’extrême-gauche est pain bénit pour les masses que travaille diversement l’antisémitisme. Il faudrait qu’ils en soient conscients]. L’auteur nous rappelle ce fait douloureux : c’est cette frange pacifiste de la gauche qui entre autres agissements a nommé un terroriste, Yasser Arafat, comme partenaire de la paix et des négociations, et qui est à l’origine du BDS (Boycott – Désinvestissement –  Sanctions).

Pierre Lurçat enfonce le clou — et comment ne pas lui donner raison ? — : cette partie de la gauche a fait régresser la pensée politique juive, a ligoté la psyché juive et l’a fait en quelque sorte retomber dans l’acceptation passive de la souffrance infligée à Israël, celle-ci étant volontiers considérée comme un instrument de la justice divine punissant les péchés du peuple juif.

Au fond, et je simplifie, Pierre Lurçat nous donne à mi-mots à choisir entre Martin Buber et Zeev Jabotinsky. Ce dernier nullement passionné par le métier des armes mais fin observateur et analyste de l’histoire et de la situation du peuple juif pensa l’auto-défense juive à l’époque du pogrom de Kichinev et il comprit sans tarder que « pour que le sionisme et le peuple juif existent sur la scène mondiale, il fallait qu’ils deviennent une puissance militaire ». Soyons clairs : ce n’est pas le militarisme juif qui est une régression dans l’histoire du peuple juif mais bien le pacifisme des clercs juifs. [Cette appréciation profondément à contre-courant et férocement anti-conformiste me fait applaudir. Je la porte en moi depuis longtemps ; mais n’ayant pas une connaissance aussi précise et profonde que celle de Pierre Lurçat sur la trahison des clercs d’Israël, je l’exprimais avec un manque de pertinence.]

 

Zeev Jabotinsky (1880-1940)

 

Cette idée ancrée par les héritiers de Brith Chalom selon laquelle Israël « devait toujours se comporter de manière exemplaire et adopter des normes morales supérieures à celle des autres nations » affaiblit le monde libre dans sa lutte contre l’islamisme. Israël se met en danger et met le monde libre en danger. De telles concessions faites aux pires ennemis créent de dangereux précédents.

L’Occident va peu à peu comprendre que le terrorisme qui frappe Israël et qui le frappe ne font qu’un. Ce qui arrive à Israël préfigure ce qui nous arrivera, d’où la nécessité d’israéliser notre sécurité. L’expression est de Hervé Morin qui en a fait usage au lendemain de l’assassinat du Père Jacques Hamel, à Saint-Étienne-du-Rouvray. Les clercs juifs pacifistes ont ligoté Israël, les Accords d’Oslo de 1993 ont délité sa crédibilité. Et l’auteur termine son livre sur ces mots à méditer : « La morale juive authentique, celle de la Bible et des Prophètes d’Israël, n’exige nullement de traiter ses ennemis en « proches » ni de leur appliquer des normes éthiques exemplaires. « La pitié pour le méchant fait tort au juste », avait énoncé le Talmud, signifiant par là que c’est précisément quand on se prend de pitié pour ses ennemis qu’on en vient à se comporter de manière inhumaine avec ses véritables proches ». A bon entendeur, salut !

Je recommande le blog de Pierre Lurçat, « Vu de Jérusalem ». Un certain nombre d’articles peuvent être directement rattachés à « La trahison des clerc d’Israël », comme les articles suivants : « Combattre la ‟palestinisation” des universités israéliennes, un enjeu crucial » (il y est question du livre de Yom Azony), « 19 novembre 1977 : Sadate à Jérusalem – le ‟faux Messie” de la paix » ou « De Camp David à Oslo : comment le faux-messianisme de la paix s’est imposé en Israël » (il y en a d’autres) :

http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/archive/2013/01/05/combattre-la-palestinisation-des-universites-israeliennes-un.html

http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr

http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/index-1.html

Enfin, une entrevue Pierre Lurçat – Yannick Urrien (de Kernews Radio), publiée sur Le Blog de Danilette :

http://www.kernews.com/pierre-lurcat-loccident-finit-par-croire-a-ses-propres-mensonges-et-nest-plus-capable-de-regarder-israel-dune-maniere-objective/5040/

 

Olivier Ypsilantis

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En lisant « La trahison des clercs d’Israël » de Pierre Lurçat – 4/5

 

Cinquième partie : l’armée la plus morale du monde ? Tsahal, le droit juif et la guerre.

L’armée d’Israël est elle aussi le champ d’une lutte idéologique avec, une fois encore, l’emprise de la Cour suprême, sous la férule du juge Aharon Barak, et la montée en puissance du courant sioniste-religieux, sans oublier certains acteurs de la vie publique hostiles à ce courant. Cette lutte touche tous les aspects de la vie de Tsahal, à commencer par les normes devant être appliquées en temps de guerre. Droit international ? Torah et droit juif de la guerre ? La remise en question de la moralité des actions de Tsahal ne vient pas que de l’extérieur mais aussi de l’intérieur du pays, des clercs d’Israël héritiers de Brith Chalom pour lesquels l’existence d’une armée juive est contraire au judaïsme.

 

Tsahal, armée juive ou armée laïque ? 

Le grand rabbin de Tsahal, qui est aussi général, Avi’haï Rontski, est l’une des bêtes noires de Haaretz. Sa femme (une soldate de son unité) et lui font partie des fondateurs d’Itamar en Samarie. Avi’haï Rontski évite de s’attarder sur des questions importantes comme la cacheroute ou le shabbat. « Sa conception peut se résumer par l’expression ‟une conscience juive pour une armée victorieuse”, nom du nouveau département qu’il a créé au sein du rabbinat de l’armée ». Il estime que la Torah doit aussi être étudiée sous l’angle militaire, et que cette étude est aussi importante que l’entraînement spécifiquement militaire, de quoi irriter certains acteurs de la vie publique en Israël, à commencer par l’incontournable Haaretz, porte-parole des élites laïques de gauche. Suite à l’opération « Plomb durci », Haaretz redouble ses attaques contre Avi’haï Rontski. Les arguments de Haaretz sont repris par diverses associations d’extrême-gauche israéliennes. Des groupuscules pacifistes réclament la destitution immédiate du grand rabbin de Tsahal, revendication complaisamment reprise dans un éditorial de Haaretz. « Il est important de souligner que toutes ces organisations d’extrême-gauche sont largement financées par le New Israel Fund, dont le budget considérable provient notamment de sources européennes et américaines (comme la Fondation FordThe Ford Foundation) ». Toutes ces manœuvres sont destinées à barrer la route au sionisme-religieux et à une prise de conscience juive dans Tsahal. Pour Haaretz, il s’agit de défendre sa position dominante dans la société israélienne, principalement au sein des élites laïques ; pour les groupuscules d’extrême-gauche, il s’agit d’affaiblir Israël afin de le forcer à faire des concessions à ses ennemis. A cet effet, ces groupuscules n’hésitent pas à diffuser des accusations de « crimes de guerre » prétendument commis par Tsahal à Gaza.

 

Le grand-rabbin de Tsahal, Avi’haï Rontski, avec un lien qui conduit au blog de Pierre Lurçat : http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/archive/2011/10/index.html

 

Tsahal applique-t-elle trop bien le droit de la guerre face au Hamas ? 

Les médias français reprennent à satiété — à plaisir — les accusations lancées contre Tsahal par des ONG radicales israéliennes. Il y aurait un très épais dossier de presse à constituer à ce sujet. Le Monde (qui appartient à la même famille idéologique et, surtout, sociologique que Haaretz) n’est pas en reste dans la diffusion de telles accusations. Par ailleurs, un expert allemand du droit de la guerre, le professeur Wolff Heintschel von Heinegg, déclarait qu’en s’efforçant de minimiser les victimes civiles dans le camp adverse, Israël crée un « précédent déraisonnable pour les autres pays démocratiques ». Alors ?

L’affaire Al-Dura a été analysée par l’historien Richard Landes comme une accusation moderne de crime rituel contre les Juifs. [Avant même de lire Richard Landes à ce sujet, je m’étais fait cette réflexion ; et sans prétendre être un observateur spécialement averti du conflit israélo-arabe, j’avais remarqué que la propagande arabe et palestinienne recyclait volontiers des stéréotypes venus de l’antijudaïme et de l’antisémitisme médiévaux chrétiens. A ce propos, il faudrait également évoquer les Turcs qui se montrent particulièrement inventifs sur la question]. Mais ce n’est pas tout. Le procédé de l’inversion a été systématiquement activé au cours de l’opération israélienne à Gaza. [Ce procédé a été systématiquement activé il y a quelques décennies, et à une échelle jusqu’alors inconnue, par les agents de Staline ; et il a montré toute son efficacité. L’accusation de « fasciste » — je dis bien « fasciste », très spécifiquement —, reprise en boucle jusqu’à aujourd’hui, procède elle aussi, et directement, des officines staliniennes.]

Le colonel britannique Richard J. Kemp, a-t-il été écouté ? [De nombreuses vidéos où cet officier supérieur s’exprime sur la question sont consultables en ligne.]

Une enquête de Willy Stern pour le Weekly Standart a montré comment Tsahal s’était entouré de précautions, notamment en embauchant des avocats spécialistes du droit de la guerre, une procédure inédite dans des conflits opposant une démocratie à des groupes terroristes djihadistes, un luxe de précautions destiné à atténuer les critiques internationales et médiatiques contre Tsahal. Peine perdue. Mais surtout, et toujours selon l’enquête de Willy Stern, ce luxe de précautions a suscité les critiques de spécialistes du droit international. Ils jugeaient qu’en cherchant à épargner au maximum les victimes civiles à Gaza on risquait « de créer des nouvelles normes impossibles à respecter pour les pays occidentaux en guerre contre la menace terroriste islamiste… »

 

Colonel Richard J. Kemp (né en 1959)

 

Bref, dans tous les cas, Israël est critiqué. Israël est presque toujours accusé de « crimes de guerre » mais aussi, plus rarement, d’en faire trop alors « qu’aucune règle du droit international des conflits armés n’oblige un pays à prendre de telles précautions pour minimiser les pertes civiles de l’ennemi, en mettant en danger ses propres soldats ». Et Pierre Lurçat termine ce chapitre sur cette considération [à méditer, dérangeante parce que profondément anti-démagogique : la majorité aime la démagogie qui la conforte dans sa paresse] : « Le regard que le monde porte sur Israël ne dépend pas tant des actions de Tsahal sur le terrain, que de la conscience que les soldats et les dirigeants israéliens ont d’agir de manière morale et juste » ; et il ajoute : « Plus les dirigeants israéliens doutent de la justesse de leur cause, plus ils portent le flanc aux critiques les plus injustifiées (…). A l’inverse, plus Israël affiche sa certitude de combattre pour sa survie en tant que collectivité nationale et pour défendre la vie de ses citoyens, plus le monde le comprendra. »

 

« Laissez Tsahal vaincre ! » : Comment sortir de la stratégie défensive

L’armée israélienne est une armée exclusivement défensive (contrairement à ce que disent ses détracteurs) ainsi que l’indique la dénomination Tsahal (Tsva Haganah Le-Israel) et IDF (Israel Defense Forces). Il n’empêche qu’au sein de l’appareil militaire et politique, il existe (et avant même la fondation de l’État d’Israël) une relative divergence entre les tenants de la pure défensive et les tenants d’une doctrine plus offensive. Cette différence de doctrine, dont Pierre Lurçat nous donne quelques exemples, pourrait faire l’objet d’un livre à part, avec panorama historique remontant à la scission Irgoun/Haganah. Une constante toutefois, liée à l’exiguïté du territoire [Rappelons aux anti-sionistes enfiévrés qu’Israël est plus petit que l’Empire achéménide et ne fait que deux fois le département de la Gironde, soit environ 20 000 km2] et aux contraintes géo-stratégiques : la stratégie de l’attaque préventive et de la guerre portée en territoire ennemi avec, entre autres exemples, la guerre des Six Jours et l’attaque contre la centrale d’Osirak.

Suite à l’opération au Sud-Liban, Israël hésite. Jusque dans les années 1980, le pays cherche à tracer des frontières défendables ; à partir des années 1990, et avec les Accords d’Oslo, le pays entre dans le processus de « La Paix contre les Territoires », avec retrait sur tous les fronts.

Enivré par les Accords d’Oslo, Shimon Pérès déclara : « A l’heure des missiles, les territoires n’ont pas d’importance… » Non ! Ceux qui vivent sous les tirs du Hamas serreront les poings. Cette déclaration est caractéristique de l’esprit de « La Paix contre les Territoires », inaugurée à Camp David et poursuivie par presque tous les dirigeants israéliens. Dans ce contexte, Benyamin Netanyahou dût s’opposer au retour aux lignes d’avant 1967. Iron Dome n’est qu’un pis-aller qui ne peut effacer le slogan trompeur « La Paix contre les Territoires ».

L’alternative est claire : ou bien on continue à se contenter de protéger les habitants d’Israël avec des systèmes ultra-perfectionnés ; ou bien on choisit de mettre hors de nuire ceux qui tirent sur Israël. « Laissez Tsahal vaincre ! »

(à suivre) 

Olivier Ypsilantis

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