Carnet 19 

 

J’ai assisté ce matin aux funérailles des quatorze victimes de l’accident d’autocar, à Bullas, province de Murcia. Don Felipe VI et Doña Letizia étaient présents. J’ai écouté le beau sermon du Monseigneur José Manuel Lorca Planes, évêque de Cartagena. J’aimerais le retranscrire ici, dans son intégralité. Il a évoqué la sortie d’Égypte, le passage de la mer Rouge, cette terre de lait et de miel promise par Dieu à son peuple. C’est ainsi, à chaque fois que j’assiste à un office religieux chrétien, des mots ne cessent de revenir : Israel, Jerusalén, pueblo judío, israelitas… Or, on ne prononce pas impunément de tels mots.

Israel, ce mot résonne dans les églises mais bien des lèvres le prononcent machinalement, sans y penser, sans penser qu’un pays bien vivant porte ce nom. Ceux qui prononcent ce mot avec ferveur, au cours d’un office religieux, peuvent aussitôt après vilipender Israël. Ils ont établi (souvent malgré eux, sans y penser vraiment) une absolue séparation entre l’Israël d’alors et l’Israël d’aujourd’hui. Probablement parce que l’un désigne les Hébreux (ou les Israélites), l’autre les Juifs. Cette automatisme doit à coup sûr beaucoup à la théologie de la substitution — ou supersessionisme.

 

Funérailles à Bullas en 2014Don Felipe et Doña Letizia, à Bullas, le 10 novembre 2014.

 

Les violences dont Israël est victime ont une explication : la dénégation quasi-unanime que subit ce pays, une dénégation généralement sourde, distillée par les mass médias et par nombre de responsables politiques, notamment européens. Israël est pourtant à ce que je sache un État souverain, aussi souverain que la France ou l’Allemagne réunifiée. Alors, pourquoi sont-ils si nombreux à fourrer leurs nez dans les affaires de ce pays, des affaires par ailleurs fort complexes et qui exigent beaucoup d’étude et de modestie, des affaires dont se mêlent trop de pères et de mères-la-morale, distributeurs de bons et de mauvais points. De quel droit Madame Guigou et Monsieur Fabius — pour ne citer qu’eux — réclament-ils la création d’un État palestinien ? Est-ce qu’Israël réclame l’indépendance de la Corse ou de la Bretagne ? Que savent-ils d’Israël ces ronds-de-cuir du Quai d’Orsay, ces mercenaires de l’Agence France-Presse, ces gandins de ministères, ces démagogues de l’Hémicycle ? Ils ne pensent qu’à prendre du galon et protéger leurs petits intérêts en dénonçant ce pays. Ce faisant ils bénéficieront de la bienveillance générale, ils n’auront pas à argumenter, à nager à contre-courant ; ils leur suffira de se laisser porter… et emporter. On demande sans cesse des comptes au sioniste ; l’antisioniste, lui, peut dormir en paix…

Je le redis, les égouts convergent, l’antijudaïsme, l’antisémitisme et l’antisionisme mêlent leurs eaux sales. Les égouts s’engorgent et la pression devient formidable. Les plaques d’égout se soulèvent dans les espaces publics ; et chez les particuliers, à tous les étages, les sanitaires débordent. Tout est visqueux, nauséabond. Déjections, pus et sanies. Ce bavardage sur Israël est la marque d’une flétrissure mentale probablement irrémédiable. Le monde est vieux, il se chie dessus et sombre dans le gouffre d’Alzheimer. Il a perdu la mémoire car, s’il lui en restait au moins un peu, il ne donnerait pas des leçons de la sorte à ce pays qui a pour nom Israël.

Depuis quand reconnaît-on un État qui n’existe pas — « La Palestine » —, sans frontières, sans autorité représentative consensuelle, sans ressources ni capacités économiques, sans continuité territoriale ? Depuis quand reconnaît-on un État irrédentiste qui n’a jamais voulu reconnaître le caractère national de l’État d’Israël ? Palestine ? Mais que recouvre cette désignation dans les cervelles de nos politiques ?  Je n’en connais pas les frontières. Je n’en connais pas le peuple. On se penche avec des trémolos dans la voix et les larmes aux yeux sur les réfugiés (ou pseudo-réfugiés) « palestiniens ». Mais a-t-on au moins une pensée pour les Grecs d’Anatolie installés dans la région bien avant l’arrivée des Turcs, avant même les conquêtes d’Alexandre le Grand, et sauvagement chassés lorsqu’ils n’ont pas été massacrés ? Personne n’évoque les Grecs pontiques, décimés par centaines de milliers. Je sais depuis longtemps que les « Palestiniens » n’intéressent que parce qu’ils sont un prétexte à accuser les Juifs. Si ce n’était pas les Juifs qui les « oppressaient », on ne parlerait pas des « Palestiniens », on n’en parlerait pas plus que des Grecs d’Anatolie…

 

Palestine, 24 juillet 1922Carte de la Transjordanie et de la Palestine (juive) selon le « Mandate for Palestine » du 24 juillet 1922. On notera que la Palestine juive a été singulièrement grignotée. 

 

Israël va devenir l’otage de ses citoyens israéliens d’origine arabe. Mes conversations avec des Arabes israéliens ne m’ont guère rassuré, tant avec les Arabes musulmans d’Israël qu’avec les Arabes chrétiens d’Israël, même si ces derniers se montrent généralement moins vindicatifs. A ce propos, sont-ils palestiniens ces quelque un million deux cent mille Arabes d’Israël ? Faut-il exiger leur « libération » ? Ne seraient-ils pas eux aussi « victimes de l’entité sioniste » ? Des Musulmans, très minoritaires certes, luttent pour Israël, leur patrie : les Druzes, bien présents dans Tsahal, aux niveaux les plus élevés et dans les unités combattantes.

Supposons qu’un État palestinien voit le jour ; que fera-t-il ? Il commencera par exiger le retour des réfugiés — ou pseudo-réfugiés — et de leurs descendants, enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants. C’est bien mais il faudra alors considérer la question des réfugiés à l’échelle mondiale, à commencer par ces centaines de milliers de Juifs, presqu’un million, expulsés ou ayant fui les pays arabes. Pour ma part, j’aimerais récupérer les propriétés de mes ancêtres, à Smyrne et à Constantinople. Mais tout le monde s’en fout, hein ! Plus sérieusement, cette dénomination « Palestine » — et « Palestiniens » — me pose problème : il m’a toujours semblé, et sans faire de mauvais esprit, que les Palestiniens (sans guillemets cette fois) étaient… les Juifs de Palestine. C’est tout au moins ce qu’ont laissé entendre des voyageurs dans cette région… et avant la création de l’État d’Israël !

Quelle Palestine évoque donc Élisabeth Guigou, présidente de la Commission des affaires étrangères ? Cette brave fille est « pour la paix », on l’en félicite ; elle n’est « pas contre Israël », on l’en félicite. Mais je ne sais de quelle Palestine et de quel gouvernement palestinien il est question dans sa tête. Le gouvernement palestinien, est-ce le Fatah, le Hamas ou une alliance des deux qui ne peut que conduire à des règlements de comptes voire à une guerre civile ? Élisabeth Guigou qui, tous les matins, en pédalant vers son lycée (à Marrakech) eut la chance de voir pendant des années l’Atlas enneigé (consulter son blog) dit se sentir aussi marocaine que française. Le bi-culturalisme est une richesse.

Élisabeth Guigou doit-elle pour autant se sentir autorisée à nous assener ses « bons sentiments » ? A-t-elle bien lu la Charte du Hamas ? A-t-elle bien lu le projet de constitution préparé par l’Autorité palestinienne, financé par l’Union Européenne, qui déclare dans son article 7 que la charia sera la source de la loi de la Palestine et que la souveraineté y appartiendra au « peuple arabe palestinien » (article 13) ? A-t-elle seulement pris connaissance des dispositifs discriminatoires prévus pour les non-Musulmans dans un pays dont « l’islam sera la religion officielle de l’État » (article 6) ? Élisabeth Guigou devrait se poser ces questions. Mais probablement préfère-t-elle assurer sa tranquillité en vendant Israël à un pouvoir dont le visage en grande partie masqué reste pour le moins inquiétant.

 

Territoire des Douze Tribus d'Israël   Les territoires des Douze Tribus d’Israël.

 

J’apprends que l’Assemblée nationale vient d’adopter, mardi 2 décembre 2014, une proposition de résolution du groupe socialiste demandant au gouvernement français de reconnaître l’État palestinien, une initiative qui n’a toutefois pas de valeur contraignante — la belle affaire ! J’apprends que le chef de file des députés PS, Bruno Le Roux, s’est félicité du vote de cette résolution socialiste, estimant qu’il « dépasse le simple clivage droite-gauche », qu’il « réunit de nombreux groupes et permet d’avoir un acte d’espoir et de volonté pour la paix ». J’ai eu d’un coup la sensation de nager dans un bain de crasse particulièrement opaque, une soupe épaisse inlassablement touillée, la soupe des « bons sentiments » agrémentée d’ignorance. Il est tellement plus facile de prendre une posture morale que d’étudier. Les socialistes d’aujourd’hui sont des ersatz des socialistes historiques dont je rappelle volontiers le courage. Ils croient œuvrer pour la paix, ils ont surtout en tête — mais chut ! — de préserver leur tranquillité petite-bourgeoise. Ce désir de tranquillité fausse leur analyse. Ils cultivent la démagogie, une morale de pacotille infatuée d’elle-même qui s’invite partout et pérore. Je ne puis qu’exprimer mon mépris envers ce chef de file et ceux qui le suivent. Je sais exactement ce que suppose le mépris ; en la circonstance, je l’assume pleinement avec une joie féroce.

Quelque chose ne va vraiment pas ! De braves citoyens (par ailleurs exclusivement soucieux de leur pouvoir d’achat et des résultats de leur coloscopie) se préoccupent du sort des Palestiniens avec une ferveur de nurse. Ces citoyens me préoccupent et depuis longtemps. Je les observe avec un mélange de stupéfaction et de dégoût. Ils sont engoncés dans un confort médiocre et se piquent de donner des « solutions » à un pays dont ils ignorent tout, un pays qui — j’en suis à présent certain — les renvoie à leur propre médiocrité et qui, de ce fait, les irrite. Leurs « solutions » pleine de componction sent la charentaise, le bonnet de nuit et la tisane du soir.

 

Olivier Ypsilantis 

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Carnet 18

 

J’ai pu constater au cours de nombreuses recherches que les littératures anti-judaïques, antisémites et antisionistes sont généreusement mises en ligne, sur Internet, et qu’elles proposent volontiers des livres épuisés, difficiles à se procurer. Ils sont mis en ligne dans leur intégralité, avec ingéniosité, de manière à permettre une agréable lecture… Étrange, n’est-ce pas ? Celui d’Auguste Chirac, un poids lourd de l’antisémitisme, par exemple. Celui d’Israël Shahak (un contempteur juif du judaïsme), ‟Histoire juive – Religion juive”, est gracieusement mis en ligne par l’éditeur d’extrême-gauche négationniste ‟La Vieille Taupe”, préfacé par Edward W. Saïd. Si vous doutez encore de ‟l’impartialité” de Wikipedia, entrez ‟Israël Shahak”. L’article est abondant, une véritable colique, avec des liens qui permettent un accès direct à l’intégralité de ses écrits. Bien peu d’écrivains ont droit à un tel traitement de faveur sur Wikipedia.

J’ai suivi le cas Israël Adam Shamir et Maria Poumier. Je me dis et me redis : Est-il possible que nous vivions sur une même planète et respirions le même air ? Pourquoi les écrits à forte connotation antisémite (et antisioniste) qui émanent de chapelles très diverses sont-il si obligeamment mis en ligne dans leur intégralité et aisément téléchargeables, parfois même directement à partir de Wikipédia ?

 

Maria PournierMaria Poumier (né en 1950)

 

Alain Soral et M’bala M’bala ont une généalogie ‟intellectuelle” et “spirituelle” échevelée, presqu’aussi échevelée que celle de Paul Rassinier avec lequel ils ont beaucoup à voir, Paul Rassinier qui a vite compris la parfaite complémentarité entre l’extrême-droite et l’extrême-gauche, une complémentarité dans laquelle ‟le Juif” occupe bien malgré lui une place centrale.

De grâce, qu’Israël ne s’embobine pas avec les Saoudiens pour cause de danger iranien !  Se mettre en ménage avec l’ami bête pour contrecarrer l’ennemi intelligent ne me semble pas une solution appropriée ; elle se révèle contre-productive à la longue. Je reconnais toutefois que l’instrumentalisation des Arabes par les Iraniens présente un danger non négligeable.

L’attitude du quai d’Orsay, de l’AFP (et autres basses-cours) envers Israël a une généalogie. Israël peut être critiqué — comme peut l’être tout État et ses gouvernements — mais pas de la sorte, à coup de propos lourds de sous-entendus, propos qui ont une généalogie, je le répète.

 

LE "QUAI D'ORSAY"Le Quai d’Orsay (métonymie pour « ministère des Affaires étrangères »), un somptueux repaire antisioniste. 

 

Mot à un blogueur : « J’ai lu votre article avec plaisir ; il appelle toutefois une mise en perspective historique que Michel Dreyfus trace dans un livre pionnier : ‟L’antisémitisme à gauche – Histoire d’un paradoxe, de 1830 à nos jours”. A ce propos, je me permets une critique (amicale) : Vous passez un peu vite sur le basculement qui s’est opéré après la guerre des Six Jours (1967) dans l’opinion publique française (pour ce citer qu’elle), une guerre qui fit passer les Juifs du statut de victime au statut de vainqueur — ou à celui de bourreau si vous préférez, les ‟Palestiniens” devenant LEURS victimes. Or, vous savez mieux que moi que si le Juif faible est à l’occasion plaint et cajolé, le Juif fort occasionne volontiers de l’urticaire, parfois même de l’hyper-acidité gastrique et pire sur de nombreux organismes. Les déclarations d’Alain Soral et de son compère M’Balala M’Balala ont une généalogie, à gauche notamment. Si vous lisez le livre ci-dessus mentionné, vous verrez que des eaux sales venues de diverses canalisations confluent dans un grand égout central, à divers moments de l’histoire et aujourd’hui.

L’antisémitisme et l’antisionisme se superposent presque parfaitement ; je dis « presque » car je mets à part certains groupes comme ces Juifs ‟orthodoxes” (je n’aime guère cette dénomination fourre-tout, trop commode, c’est pourquoi je place des guillemets) qui vitupèrent contre Israël au nom de je ne sais quelle orthodoxie, de je ne sais quel messianisme. Il y a aussi les antisémites-sionistes qui jugent que les Juifs sont un peu trop présents et qu’ils doivent rentrer chez eux, en Israël. J’ai pu relever chez eux les trois traits suivants (il y en d’autres moins marqués) : 1 – Les Juifs ont un pays à défendre, avec ses frontières ; à présent, ils nous ressemblent. 2 – Une admiration clairement exprimée pour Tsahal. 3 – Une détestation des Arabes et une secrète jubilation lorsqu’Israël leur rend les coups. Bref, pour ces antisémites-sionistes, le Juif de la diaspora convertit en israélien devient respectable, digne d’admiration même. Les antisémites-sionistes constituent une catégorie, avec ses nuances. Il me semble (et j’en suis même certain) qu’ils sont de moins en moins nombreux. La détestation d’Israël emporte tout, comme un tsunami.

Vous écrivez : ‟Si on s’exprime, en tant que non-juif, est-ce qu’on n’est pas toujours susceptible de dire ce qu’il ne fallait pas ? Faut-il plus de tabou, de politiquement correct ? Je n’ai pas envie de me perdre dans des excès d’égards comme cela m’arrive avec les handicapés et dont je me dis qu’ils perçoivent le malaise, et que c’est pire que tout.” Don’t worry. Quand on aime une culture et un peuple, on peut y avancer sans crainte ; et la maladresse est vite pardonnée. Le politiquement correct n’est qu’un outil manipulé par les pouvoirs pour nous contraindre à marcher au pas. C’est un truc à l’usage du troupeau. Il ne s’agit pas de vouloir choquer, pas plus qu’il ne s’agit de vouloir être politiquement correct.

Ce qui m’a toujours fasciné dans le judaïsme, c’est qu’il m’apparaît plus comme une école de pensée que comme une religion. Je me répète, je le sais. J’ai souvent trouvé des réponses à mes questions — de fait, ces réponses amplifient et réorientent mes questions — en lisant des rabbins. Les Juifs m’aident à vivre, je ne sais pourquoi, car leur fréquentation n’est pas toujours reposante — ai-je gaffé ?

Un mot suite à l’attentat contre le Musée juif de Bruxelles. La communauté marocaine en Belgique est particulièrement importante, de même en Espagne où cette communauté ne cesse d’augmenter. Au sein de ces communautés, des noyaux se radicalisent sur fond de conflits, le syrien particulièrement. Ils bénéficient d’une relative tolérance pour ne pas dire complicité de la part de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche (voir le député belge Laurent Louis), le tout reposant sur un antisémitisme venu de loin et bien européen, bien chrétien.

L’antisioniste s’est fait le porte-parole des ‟damnés de la terre”, le Palestinien a remplacé le Prolétaire. On n’insistera jamais assez sur ce point. Un Juif antisioniste sera accepté voire porté aux nues par les médias ; un Juif sioniste sera précipité dans la Géhenne.

Renaud Girard est l’un des rares analystes politiques français qui ne se laisse pas aller à des sous-entendus diversement puants lorsqu’il est question d’Israël. L’article suivant contient d’intéressantes propositions :

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2014/07/04/31002-20140704ARTFIG00215-califat-irakien-le-reve-de-l-oumma-est-il-realiste.php

 

Olivier Ypsilantis 

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✡  Le Volontariat Civil pour Israël (Sar-EL)  ✡

 

 Volontaires au Sar-ElDes Volontaires au travail 

 

Je viens de recevoir deux courriers, l’un de France et l’autre d’Espagne, qui m’invitent à renouveler mon engagement dans Tsahal, plus précisément dans le Sar-El (acronyme hébreu de « Service pour Israël »). J’en profite pour inviter à s’engager toutes celles et tous ceux, juifs et non-juifs, jeunes et moins jeunes, pour qui Israël et le sionisme signifient autre chose que ce que les mass-media se plaisent à nous dire à longueur d’année, que ce que l’ignorance pleine d’elle-même nous serine.

Un bref rappel historique. En 1982, au cours de la guerre du Liban, les soldats du Nord du pays mobilisés ne peuvent participer aux récoltes qui risquent de se perdre. Afin d’éviter ce malheur, le général Aharon Davidi (1927-2012) envoie des émissaires aux États-Unis pour mobiliser des Volontaires. Six cent cinquante personnes répondent à l’appel et les récoltes sont sauvées. A présent, des Volontaires de tout âge, de toute nationalité et de toute origine travaillent continuellement pour Tsahal par l’intermédiaire du Sar-El qui fait partie du Logistics Division of the IDF.

L’engagement par le biais du Volontariat Civil pour Israël permet non seulement d’aider Tsahal (ou IDF, Israel Defence Forces), il permet aussi  de s’aider soi-même, de s’affermir, d’aimer plus encore ce si petit pays, grand comme deux fois le département de la Gironde, mais central dans l’histoire de l’humanité dont il représente en quelque sorte un concentré. Par ailleurs, cet engagement conduit à une connaissance du pays à laquelle ne peut en aucun cas prétendre le tourisme qui s’il a ses mérites a aussi ses limites.

Les principaux objectifs du Volontariat Civil pour Israël sont les suivants : 1/ Renforcer les liens entre les Juifs de la diaspora et Israël ; mais aussi, et plus généralement, entre les sionistes (qui peuvent être non-juifs) et Israël. 2/ Remplacer un réserviste qui, ainsi, pourra ne pas avoir à interrompre son activité civile. Ce don de son temps est l’une des formes les plus efficaces d’aide à Israël. Il y en a d’autres, dont l’alya, la forme ultime, la plus élevée.

Parmi les travaux que j’ai effectués en tant que Volontaire au cours de deux séjours de trois semaines : préparation pour l’atelier de peinture d’éléments de radio de Merkava IV, peinture de casques de tankistes, rangement de hangars, vérification de lances d’incendie, peinture de porte-chars, vérification de paquetages, chargement de munitions à bord de blindés, nettoyage de gourdes, vérification de masques à gaz, réparation de filets de camouflage, nettoyage d’armes individuelles, etc.

Nourriture saine, 100% kasher, pas d’alcool. Beaucoup de fruits, de légumes et de laitages. Sanitaires et chambres rudimentaires mais l’eau coule partout, et avec une bonne pression, jusque dans le Néguev. La fatigue permet généralement un bon sommeil. J’ai travaillé avec des femmes et des hommes de moins de vingt ans et de plus de quatre-vingts ans, avec des Séfarades et des Ashkénazes (certains préparaient leur alya), avec des Chrétiens (des protestants surtout), certains en phase de conversion au judaïsme. Toutes nos différences étaient envisagées comme autant de richesses. Le service pour Israël et l’amour d’Israël primaient sur tout. J’ai rendu compte de ces deux séjours dans deux séries d’articles sur ce blog même. Le curieux pourra s’y reporter.

Ci-joint, une vidéo. Je l’ai mise en ligne dans un précédent article. C’est à ma connaissance la meilleure en français (peu nombreuses dans cette langue) sur le sujet :

https://www.youtube.com/watch?v=Of1T0sKDozk

Deux vidéos en allemand rendent compte de la diversité des travaux à accomplir :

https://www.youtube.com/watch?v=EvBRKujbddk

https://www.youtube.com/watch?v=LAMxL5vZBhM

 

Sar-ElDes Volontaires au travail 

 

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Afin d’amplifier cet article, je propose au lecteur un choix de vidéos qui décrivent l’ambiance dans cette armée unique au monde, Tsahal, une armée de citoyens-soldats que chaque Israélien considère comme ses enfants. Les soldats d’Israël sont indissociables du paysage civil israélien. Ils sont partout, surtout aux abords des gares routières. Le curieux pourra approfondir ses recherches en ligne. Mais tout d’abord, une présentation de  l’IDF :

http://www.idf.il/1506-en/Dover.aspx

Ci-joint, une suite de dix vidéos. Elles ne rendent que très partiellement compte de la diversité et de l’originalité de Tsahal :

1. Une instructrice d’infanterie. Elles sont nombreuses dans Tsahal et instruisent jusqu’aux tireurs d’élite, parmi les meilleurs du monde :

https://www.youtube.com/watch?v=hCeTmt7J-q0

2. On oublie trop souvent qu’Israël dispose d’une marine. La vidéo suivante rend compte des missions assignées à The Surveillance Unit of the Israel Army :

https://www.youtube.com/watch?v=3gI9a6-48Wg

3. La diversité ethnique et religieuse de Tsahal est grande. Celui qui traite Israël d’État raciste ou d’apartheid est tout simplement un ignare ou un suppôt de forces néfastes. Ci-joint The Bedouin Tracking Unit :

https://www.youtube.com/watch?v=UnbySS9y6PM

4. L’histoire de Monaliza Abdo, une Arabe chrétienne qui s’est engagée dans Tsahal :

https://www.youtube.com/watch?v=kGv9mym3Sqk

5. The Israeli Army Druze Battalion à l’entraînement :

https://www.youtube.com/watch?v=9xp35QfJwsA

6. Israël au quotidien, avec ces réservistes rappelés, les Milouim. Israël, un pays de citoyens-soldats, un reportage de Tsipi Karlik :

https://www.youtube.com/watch?v=zexWEr-vlzk

7. Une belle jeune femme s’exprime. Elle pilote le plus puissant intercepteur de suprématie aérienne de la chasse israélienne, le F-15A :

https://www.youtube.com/watch?v=wANq_MhjML4

8. Des disciples de Rabbi Nahman de Breslev (une branche du hassidisme) viennent apporter joie et réconfort aux unités combattantes en juillet 2014. Leurs camionnettes blanches qui diffusent de la musique et leurs danses de joie font partie intégrante du paysage israélien :

https://www.youtube.com/watch?v=Yk_-bevtqMs

9. The Caracal Battalion. Fondé en 2000, cette unité combattante chargée de surveiller la frontière avec l’Égypte intègre des femmes :

https://www.youtube.com/watch?v=e8FgBJXXE3s

10. Peu connaissent l’histoire des Lone Soldiers de l’IDF :

https://www.youtube.com/watch?v=DsaBLOxdNPk

Il y a tant à dire sur cette armée très particulière dont je n’hésite pas à dire qu’elle est la plus belle armée du monde. Et j’invite celles et ceux qui aiment Israël ou qui sont simplement curieux de ce pays à offrir un peu de leur temps à son armée.

 

 Olivier Ypsilantis

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Éléments pour une réponse à Shahpour Sadler,  exilé royaliste perse

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En header, le général Bahram Aryana qui, entre autres grandes idées, eut celle de vouloir remplacer l’alphabet arabe par l’alphabet latin, une manière radicale de congédier l’Arabe. Ci-joint, une notice biographique sur ce grand monsieur. Que sa mémoire soit honorée :

http://www.iranchamber.com/personalities/bariana/bahram_ariana.php

Et un lien avec de nombreuses rubriques : 

http://www.aryana2500.fr/index.html

 

Tout d’abord, permettez-moi de vous saluer et doublement : vous êtes iranien et royaliste. Si vous me lisez, vous saurez que je salue volontiers S.A.I. le prince Reza Cyrus Palhavi, la culture iranienne et le peuple iranien, l’Iran millénaire tout simplement, sans oublier les femmes d’Iran. Je salue également la mémoire du général Bahram Aryana (1906-1986) et celle du philosophe Cyrus Aryamanesh, assassiné le 27 mai 1996. Et pardonnez-moi cette ébauche de lettre un peu désordonnée. L’Iran me rend très bavard et parfois confus, j’en conviens.

Vous m’accusez de ne pas prendre de distance envers mon sujet, soit le livre de Ryszard Kapuściński, « Le Shah ». L’écriture de ce blog suit plusieurs axes ; l’un de ces axes est la recension, soit des comptes-rendus de lectures avec effacement total (ou presque) de celui qui y travaille — moi — au profit exclusif de l’ouvrage présenté. Mon article sur « Le Shah » de Ryszard Kapuściński suit cet axe. Il est vrai que, dans ce cas, je me permets quelques remarques personnelles, j’y reviendrai. Vous écrivez : « Nulle réévaluation critique ou distanciation de votre part » ; c’est précisément en l’occurrence le principe de travail que je me suis posé ; et je l’ai appliqué avec les écrits d’hommes aussi divers que Rudolf Höss, commandant du camp d’Auschwitz ou Rabbi Adin Steinsaltz pour ne citer qu’eux. La recension permet à celui qui s’y livre la plus attentive des lectures et, par ailleurs, elle sait offrir à ceux qui manquent de temps la possibilité de lire un compte-rendu scrupuleux d’un livre souvent dense. C’est un exercice délicat, parfois éprouvant et toujours stimulant.

 

Artur DomoslawskiLa couverture de « Kapuściński Non-Fiction » et son auteur, Artur Domosławski (né en 1967)

 

« Ryszard Kapuściński, l’un des maîtres du journalisme littéraire » ai-je écrit ; je sous-entends que ce qu’il rapporte doit être envisagé sur un mode particulier. Ryszard Kapuściński ne fait pas du journalisme d’investigation. J’admire son style, la puissance visuelle de son écriture (que je ne lis malheureusement pas dans l’original, le polonais) et je suis sensible à sa méthode de travail par petites touches, avec flash-back à la manière d’un cinéaste, avec digressions appuyées par des documents divers (dont de nombreuses photographies). La structure de son présent livre m’intéresse dans la mesure où, bien avant de le connaître, j’avais travaillé à un livre à la structure similaire. Mais je tiens à vous rassurer : en tant qu’historien, je n’accorde pas au livre de Ryszard Kapuściński une place de premier choix, et je fais usage de l’euphémisme. La subjectivité a ses beautés, ses splendeurs même, elle a aussi ses limites. Je sais admirer tout en gardant la tête froide. Et je ne renie pas mes engagements : j’ai écrit souhaiter voir S.A.I. le prince Reza Cyrus Palhavi monter sur le trône d’Iran ; je ne vais donc pas me répandre en diffamations sur son père même si je m’autorise la critique — aucun homme n’étant Dieu — et l’accepte avec plaisir et même gratitude si elle m’aide à progresser. Je le répète, je me suis efforcé de rendre compte d’un livre qui m’intéresse essentiellement par sa structure, sa méthode d’élaboration, bref, par son aspect littéraire. 

A la manière d’un artiste ou d’un romancier, Ryszard Kapuściński cherchait sa vérité par le style — son style. Il pratiquait le journalisme littéraire et reste l’un des maîtres du genre ; tout au moins est-ce ainsi que je le juge. En qu’historien, je me garde de citer Ryszard Kapuściński, vous pouvez me croire.

J’ai lu le livre d’Artur Domosławski (la version anglaise, « Kapuściński Non-Fiction », un titre traduit par l’éditeur français « Kapuściński, le vrai et le plus que vrai », un titre plutôt emphatique). C’est un livre véritablement passionnant. Et rien ne m’autorise à douter du sérieux de cette enquête. Que Ryszard Kapuściński ait été un agent du pouvoir communiste ne m’étonne guère. Pourquoi ? J’ai fait mes études supérieures dans un milieu particulièrement cosmopolite ; parmi les nationalités présentes, des étudiants du Bloc socialiste, dont des Bulgares, en particulier une amie et tout un groupe qui lui était attaché. La Bulgarie était alors gouvernée par Todor Jivkov, le plus pro-soviétique des dirigeants. J’ai appris après la désagrégation de l’Empire soviétique (1989) que plusieurs de ces amis d’études avaient travaillé plus ou moins pour le pouvoir et qu’ils avaient obtenu ce si précieux visa moyennant quelques arrangements… Sans vouloir me présenter comme doué d’une lucidité particulière, je l’avais soupçonné — sans toutefois disposer de preuves formelles. Je voyageais alors dans cette Europe dès que j’en avais la possibilité. J’ai pu y sentir les mécanismes de l’oppression, d’autant mieux que je voyageais seul, sac au dos, loin de tout encadrement. Lorsque j’ai appris par Artur Domosławski que Ryszard Kapuściński avait collaboré avec le régime de son pays, je n’ai été nullement surpris et n’ai pas jeté pour autant l’anathème sur ses écrits. Chacun se débrouille avec ses bagages. Ryszard Kapuściński a probablement agi plus par opportunisme que par conviction, soucieux avant tout de protéger sa liberté de mouvement, dans son cas une liberté vitale. Mon père qui avait le communisme en horreur m’a confessé qu’il aurait peut-être été amené lui aussi à des arrangements s’il avait vécu sous un tel régime. J’ai respecté son honnêteté, sa modestie et sa lucidité.

Je récapitule : les arrangements de Ryszard Kapuściński avec le régime polonais d’alors (post-stalinien, précisons-le tout de même) ne doivent pas être utilisés pour amoindrir la qualité littéraire — artistique — de l’ensemble de son œuvre, une œuvre qui utilise l’histoire comme matière première ou, plus exactement, comme toile de fond.

Je laisse le mot de la fin à Artur Domosławski : « Je préfère placer ses œuvres les plus célèbres, comme « Le Négus » et « Le Shah », sur l’étagère de la littérature » et : « Il ne faut pas l’accuser de mensonges ou de distorsions. Il s’agit de textes dont la matière est réunie de façon journalistique, car Ryszard Kapuściński était fantastiquement informé, mais dont la fabrication repose plus sur un souci d’expérimentation, et non de précision factuelle. » Oui, c’est cela : Ryszard Kapuściński était plus soucieux d’expérimentation que de précision factuelle, et c’est en ce sens qu’il faut comprendre mon expression : « chercheur de vérité », sa vérité — appuyée et véhiculée par une puissante subjectivité.

Vous faites allusion à Fouquier-Tinville, un individu qui, dans mon jugement, rejoint Roland Freisler, le président du Volksgerichtshof. Tout de même, épargnez-moi cette horreur ! J’ai lu il y a peu un livre qui m’a traversé comme une flèche de feu, « Les deux Révolutions françaises » de Guglielmo Ferrero. En quatrième de couverture, on peut lire ce qui suit : « Il n’y a pas eu une, mais deux Révolutions françaises. La première, directement inspirée des Lumières, aura été de type démocratique et libéral. La seconde, plus politique, se révèle désormais à la racine des régimes totalitaires ». J’avais écrit un article dans ce sens bien avant d’avoir lu ce livre (dont je vous recommande la lecture si vous ne l’avez lu) : la (deuxième) Révolution française est bien à la racine des régimes totalitaires. Dans mon esprit, cette étude a laissé loin derrière elle « Reflections on the Revolution in France » d’Edmund Burke.

Je m’intéresse depuis quelque temps aux royalistes perses, parmi lesquels Cyrus Aryamanesh, théoricien du royalisme archéo-perse, un homme pour lequel j’éprouve une profonde sympathie.  Ci-joint, une notice biographique sur ce philosophe que vous connaissez sans doute :

http://www.aryamanesh.org

Je me permets toutefois une réserve. Dans la présentation du lien ci-dessus, il est question d’ayatollah sémitophiles. Je suis européen, très modestement engagé et de diverses manières dans la défense d’sraël. Le mot sémitophiles me dérange en la circonstance pour des raisons que vous comprendrez aisément. Il implique par ailleurs une notion raciale qui me déplaît. Seule m’importe la culture. Pour dire les choses d’une manière imagée, seule m’importe la couleur du cerveau, tandis que celle de la peau m’indiffère, comme m’indiffèrent dans ce cas les gènes. Vous savez que je souhaite de tout cœur l’alliance raisonnée de l’Iran et d’Israël, deux pays qui bien qu’extraordinairement différents ont beaucoup à voir l’un avec l’autre. Vous savez par ailleurs ce que je pense du monde arabo-musulman, un monde culturellement inférieur dont la réduction doit être hâtée par divers procédés. Il est vrai que de ce monde surgissent parfois des individus de grande valeur qui le dénoncent avec une acuité toute particulière ; et ces individus méritent d’être écoutés et respectés.

Ci-joint, un lien I.C.A.S.T. (International Committee Against State Terrorism) avec de nombreuses rubriques. Où l’on retrouve la haute figure de Cyrus Aryamanesh, l’assassiné, l’un des meilleurs disciples de l’école philosophico-doctrinale du général Bahram Aryana :

http://www.terror1979.org/index.html

Ci-joint, quelques liens rendent compte du livre d’Artur Domosławski, « Kapuściński Non-Fiction » :

http://www.theguardian.com/books/2012/aug/02/ryszard-kapuscinski-biography-domoslawski-review

http://www.dissentmagazine.org/article/journalism-and-revolution

http://www.telegraph.co.uk/culture/books/bookreviews/9494622/Ryszard-Kapuscinski-The-Biography-by-Artur-Domoslawski-review.html

http://culture.pl/en/work/ryszard-kapuscinski-a-life-artur-domoslawski

http://www.cerisepress.com/04/11/ryszard-kapuscinski-a-life-by-artur-domoslawski/view-all

 

Olivier Ypsilantis

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Carnet 17

 

Il faut le dire et le redire : les antisionistes se préoccupent beaucoup plus de « morale » que de connaissance, de « bien » que de savoir ; d’où le dialogue de sourd permanent entre sionistes et antisionistes. L’histoire n’intéresse guère ces derniers ; ils sont calés dans « le Vrai » — un si confortable canapé.

Autre chose, une impression toute personnelle. Depuis d’adolescence, j’ai instinctivement éprouvé l’antisionisme comme vulgaire, comme le parangon de la vulgarité. Pourquoi ? Je ne sais. Et cette impression grossit, grossit…  C’est à présent un tsunami, un flot biblique qui emporte tous les antisionistes.

Souvenez-vous, juste après les quatre assassinats de Bruxelles, la presse francophone a désigné deux pistes « privilégiées » : 1 – Le tueur est un néo-nazi, un bon Blanc bien de chez nous. 2. Le tueur agit à la solde du Hezbollah, désireux de se venger des récentes frappes de Tsahal, en précisant (souligné) que le Hezbollah ne pouvait agir sans l’aval de… l’Iran. Et rien sur un possible assassin arabo-musulman, issu de « la diversité » et formé au djihadisme, rien ! Je me suis permis de réfuter immédiatement ces bêtises. Le Hezbollah n’est pas mon ami car il est l’ennemi d’Israël ; mais, par ailleurs, il hache menu les djihadistes par milliers. Et l’Iran n’a pour l’heure aucun intérêt à s’empêtrer dans de telles histoires, vraiment aucun intérêt.

 

 GROSZ-1926-ElspilarsdelasocietatUne peinture de 1926 de Georg Grosz. Les antisémites et les antisionistes m’apparaissent souvent ainsi, avec de la merde — Scheiße — plein la tête.

 

Je ne vous apprendrai rien. La persistance de l’antisémitisme tient aussi à sa stratification et aux travestissements qu’il sait prendre. Les manifestations dures de l’antisémitisme (tant physiques que verbales) reposent sur un épais matelas — une strate molle. L’assassin du Juif est disculpé d’avance : enfance malheureuse et tutti quanti ; il peut également être présenté à tout moment (ou se présenter) comme un défenseur du peuple opprimé — et inventé — par excellence : ‟le peuple palestinien” ! L’information (la désinformation) anesthésie les consciences depuis longtemps. Israël a en partie remplacé ‟le Juif” comme exutoire à la complexité du monde, à l’inquiétude sourde et diffuse qui étreint nos sociétés. Israël ‟explique” l’état du monde comme les Sages de Sion et leurs protocoles l’‟expliquaient” et l’‟expliquent” encore, principalement dans le monde arabe où ce faux a repiqué une jeunesse. Il y une telle confluence dans le réseau des eaux sales que les égouts débordent, que les plaques sont emportées souillant la voie publique ; et chez les particuliers, la tuyauterie menace de se rompre à tous les étages. Confluence du vieil antisémitisme bien-de-chez-nous, fortement structuré, théorisé par des ‟savants” (très lus par le ‟penseur” Alain Soral), et d’un antisémitisme-antisionisme sauvage (en Europe, il est principalement d’origine arabo-musulmane) qui a compris qu’il bénéficiait de complicités plus ou moins affichées.

La seule chance pour les Arabes est de s’arrimer à l’Europe qui place le confort matériel et la consommation au-dessus de tout. L’esclavage mental et intellectuel ne fait pas peur aux hyper-consommateurs : ils y sont préparés ; et l’antisionisme est l’une des marques (et non des moindres) de leur entrée en esclavage.

Un point positif que je me plais à souligner, les bonnes relations israélo-kurdes. Les Kurdes sont sunnites mais kurdes avant tout, ce qui me confirme dans cette idée que je porte depuis des années : c’est une erreur de considérer l’islam comme un monolithe.  Approchez-vous en et vous y découvrirez de formidables fractures, un constat qui devrait permettre de mieux réfléchir et ajuster ses coups. La partition de l’Irak, de la Syrie et de la Libye ne doit pas être envisagée avec inquiétude. La partition de ces deux premiers pays laisse présager la formation d’un État kurde. On sait par ailleurs qu’Israël et les Kurdes ont intensifié leurs relations depuis le début des années 1960, des relations qui se sont confirmées après la chute de Saddam Hussein, des relations plus officieuses qu’officielles, les Kurdes étant soucieux de pas inquiéter leurs grands voisins, l’Iran et surtout la Turquie. Pourtant, personne n’ignore que des commandos israéliens participent à l’entraînement des Peshmerga. Les Kurdes (descendants des Mèdes et, de ce fait, proches cousins des Perses, ainsi que je me plais à le rappeler) sont des non-arabes entourés d’Arabes, comme le sont les Juifs d’Israël. Les Kurdes regardent Israël avec sympathie.

Les États-nations arabes dont les frontières sont issues du retrait des puissances coloniales (qui elles-mêmes prospérèrent sur le cadavre de l’Empire ottoman) sont en phase d’effondrement. Libye, Syrie, Irak et probablement d’autres, prochainement… Les djihadistes reluquent la Jordanie, le seul pays arabe à n’avoir pas été touché par le ‟Printemps arabe” (ou les ‟Printemps arabes”), expression stupide entre toutes dont je fais depuis le début un usage sardonique. L’Arabie saoudite, le Qatar et autres rentiers du pétrole sont peu à peu lâchés par les États-Unis qui s’acheminent vers une quasi indépendance énergétique, contrairement à la pauvre Europe (France en tête), de plus en plus emberlificotée avec ces promoteurs sournois du djihadisme et des pires tendances de l’islam, d’où notamment une ‟information” (mais c’est désinformation qu’il me faudrait écrire) elle aussi de plus en plus sournoise et inlassablement distillée sur Israël, tant par l’AFP que le Quai d’Orsay pour ne citer qu’eux. L’Égypte ne survit que grâce aux subsides américains. Il est vrai que — note positive — le pays a été repris en main par l’armée et que les Frères musulmans (nés dans ce pays en 1928) y sont étrillés. Mais la Confrérie attend son heure.

Environ un million de Juifs ont fui les pays arabes, lorsqu’ils n’en ont pas été chassés, un exode qui a commencé avant la création même de l’État d’Israël. Aujourd’hui, c’est au tour des Chrétiens. L’antagonisme chiite/sunnite — entre autres antagonismes — se confirme. Dès le début du ‟Printemps arabe” (des ‟Printemps arabes”), j’avais prévu la suite des événements, ce qui n’exigeait aucune clairvoyance particulière. La seule structure à laquelle les pays arabes privés d’un État fort pouvaient se raccrocher était… l’islam, ce système idéologique, politique et religieux qui encadre l’individu dans toutes ses dimensions. Mais l’islam est en guerre avec lui-même ; chiites contre sunnites mais aussi clans contre clans, tribus contre tribus, ethnies contre ethnies. Les Kurdes sont sunnites mais ils ont une appréciation light de la charria et accordent une place importante à la femme ; une fois encore, ils sont kurdes avant d’être sunnites. Les Alaouites sont des musulmans en marge, à peine des musulmans ; et plus d’un sunnite rêvent de leur couper la tête. La guerre en Syrie n’est pas une guerre civile comme le fut la Guerre Civile d’Espagne, il faut en être résolument convaincu pour espérer comprendre ce qui se passe dans ce pays multi-ethnique et multi-confessionnel. Le clan al-Assad ne se bat pas contre son peuple mais contre d’autres peuples, dans un territoire découpé à la va-vite suite aux Accords Sykes-Picot, en 1916, dans le grand corps de l’Empire ottoman.

 

 Georges Bensoussan, Juifs en pays arabeUne somme magistrale aux éditions Tallandier, 2012. (Sous l’effet des Lumières occidentales et d’un effort de scolarisation ininterrompu depuis 1860, les Juifs d’Orient ont accédé à une forme de modernité culturelle et se sont affranchis de l’ancestral statut de dhimmis. Mais, avec la décolonisation, ils ont été progressivement poussés au départ, comme volatilisés en une génération à peine, non sans avoir subi presque partout spoliations, violences et pogroms. Cet épisode de l’histoire du peuple juif est aujourd’hui largement oublié voire occulté. S’appuyant sur une documentation inédite considérable, Georges Bensoussan envisage ce phénomène dans toute son épaisseur et donne des clés pour comprendre l’actuel conflit israélo-arabe.)

 

La dénomination ‟peuple palestinien” est une invention récente concoctée par l’OLP dans les années 1970. Le véritable peuple palestinien, c’était les Juifs du yichouv et ce sont les Juifs d’Israël. Les voyageurs appelaient tout naturellement les Juifs de la région : les Palestiniens. Le ‟peuple palestinien” n’est pas celui que nous désignons comme tel ; le ‟peuple palestinien”, c’est avant tout des Arabes venus d’un peu partout, attirés par l’esprit d’entreprise des Juifs. Certes, il y a eu des Palestiniens (sans guillemets) expulsés, mais ils l’ont été pour fait de guerre. Pourquoi ne parle-t-on que de ces expulsés ? Par exemple, pourquoi ne parle-t-on pas plus des Grecs expulsés par centaines de milliers des côtes d’Anatolie et pourtant installés là depuis des siècles ? Si des Juifs les avaient expulsés, on peut être certain qu’on en parlerait encore et inlassablement.

Le slogan ‟deux peuples, deux États” est inepte. Formule de propagande, il est enfermé en lui-même. Il dénote un rejet de la réalité et de sa complexité. Shmuel Trigano écrit : ‟Les Palestiniens sont traversés par des fractures tribales importantes et leur partage entre Gaza et la Cisjordanie, leurs revendications irrédentistes sur les Arabes d’Israël et les Palestiniens de Jordanie promettent un avenir de troubles régionaux sans fin. L’alliance du Fatah et du Hamas montre également que le Hamas est le fond du paysage palestinien, son décor-cadre. Si, demain, un accord était passé avec l’Autorité palestinienne, Israël se retrouverait inéluctablement face au Hamas, réduisant à néant toute promesse contractuelle : un cas de figure déjà vu en Algérie avec les accords d’Evian passés avec le G.P.R.A. mais jamais respectés avec le F.L.N. qui l’a suivi. Ce serait bien l’expression, dans le cadre palestinien cette fois-ci, de ce qui se passe actuellement dans le monde arabe où l’on voit l’islamisme poindre derrière ce que l’on croyait être les États-nations arabes. Le conflit redevient ce qu’il a toujours été, malgré l’illusion ‟nationale” palestinienne : un conflit mu par l’hostilité du fondamentalisme islamique envers la souveraineté d’un peuple qui, selon lui, a vocation à être dominé (dhimmi).”

Ce qui se passe dans le monde arabe pourrait ne pas être si mauvais pour Israël ; d’abord avec l’émergence d’un État kurde, un État au centre du monde moyen-oriental, entre la Turquie, le monde arabe et l’Iran. La décomposition de la Syrie et de l’Irak va dans le sens du Plan Yinon, tant et si bien que les adeptes (fort nombreux) de la théorie de la conspiration, plus précisément de la conspiration juive mondiale, pensent avoir trouvé une justification — une de plus ! — à leur présupposé.

Olivier Ypsilantis

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En lisant « Le Shah » de Ryszard Kapuściński

 

Cet article s’appuie sur la traduction de Véronique Patte, du polonais au français, la première traduction restituant l’intégralité du texte de Ryszard Kapuściński.

 

En mars 1979, Ryszard Kapuściński s’envole pour l’Iran, un pays en pleine révolution islamique. 16 janvier 1979, le shah quitte le pays. 1er février, l’ayatollah Khomeini revient au pays. 3 mars, la République islamique est établie par referendum. Arrivé à Téhéran, Ryszard Kapuściński envoie des dépêches à la Polska Agencja Prasowa S.A. (P.A.P.). Il participe à des conférences de presse organisées par des étudiants, rédige des analyses et deux reportages, des écrits qui seront réunis dans le présent livre considéré comme un fleuron du grand reportage. A quoi tient la qualité de ce livre — et son succès ? A la souplesse de sa structure, à son champ de vision toujours en mouvement. Son auteur travaille en caméraman. Loin d’adopter un point de vue olympien, il nous fait éprouver le désordre ambiant et la difficulté à saisir la réalité du pays, une difficulté d’autant plus grande qu’il ne parle pas le farsi. Peu à peu, il met de l’ordre dans les documents répandus dans sa chambre d’hôtel, parmi lesquels de nombreuses photographies, une galerie qui active le souvenir, la mémoire historique. Il décrit le document photographique avant de nous rapporter les circonstances dans lesquelles il est né et il s’engage dans des perspectives faites de rétrospectives, d’anticipations, de déductions, de recoupements, de suppositions… Ces documents épars sont montés à la manière d’un film. Le temps et l’espace gagnent en épaisseur, leur texture s’enrichit. Je suis d’autant plus sensible à ces pages que je travaille volontiers de la sorte, dans un désordre ordonné, dans un ordre désordonné, avec observations au cadrage toujours changeant qui s’efforce de rendre compte de la richesse de la réalité, la réalité qui assourdit, qui abasourdit, qui éreinte, qui…

L’écriture de Ryszard Kapuściński est puissamment visuelle, photographique et cinématographique ; c’est aussi pourquoi j’éprouve un tel plaisir à le lire, malheureusement pas dans l’original, le polonais.

 

Ryszard KAPUSCINSKIRyszard Kapuściński (1932-2007)

 

Ryszard Kapuściński, l’un des maîtres du journalisme littéraire, avait couvert vingt-sept révolutions dans le monde lorsqu’il écrivit ‟Le Shah” (‟Szachinszach”). L’actualité de ses livres tient en grande partie à leur structure changeante, plus soucieuse d’attirer le lecteur dans une ambiance que d’énumérer des faits. L’ambiance ! L’ambiance est bien ce qui m’importe le plus. L’ambiance qui est au lecteur ce que l’eau est au nageur. Elle est d’autant plus dense que le journaliste littéraire part de lui-même, toujours, pour rendre compte de ce qu’il voit. Aussi écrit-il à la première personne et n’hésite-t-il pas à évoquer ses doutes et ses élans, loin de ce journalisme qui sent la commande.

‟Le Shah” s’articule en trois parties : ‟Cartes, visages et champs de fleurs”, ‟Daguerréotypes” et ‟La flamme morte”.

 

Cartes, visages et champs de fleurs

Dès la première page, on se retrouve devant l’écran, dans une salle obscure. Ce livre pourrait servir de script à un cinéaste. Début d’une lettre jamais envoyée : ‟Mon vieux ! Je pourrais te parler sans fin de ce que j’ai vécu ici. Mais j’ai du mal à mettre de l’ordre dans mes idées qui…” Dans sa chambre, pêle-mêle, des traces de la mémoire et des supports pour la mémoire. C’est un désordre chargé de promesses, fécond mais aussi protecteur : il instaure une intimité, a cosiness dans Téhéran vidé de ses étrangers, dans Téhéran qui n’a plus besoin de ses étrangers. Dans le hall lugubre de l’hôtel, il regarde la télévision. Khomeini s’adresse à la foule, à Qom, cette bourgade au sud de Téhéran, ville des experts du Coran. Il brosse d’une main de maître un portrait de Khomeini mis en situation. On se trouve vraiment à côté de Ryszard Kapuściński, devant le petit écran. Ryszard Kapuściński ne comprend pas un mot de farsi et sollicite des employés de l’hôtel qui traduisent dans un anglais pauvre et maladroit. Suit une superbe digression sur le déclin des langues européennes dans le monde, sur la volonté de chaque peuple de revendiquer ses propres valeurs en commençant par repousser l’autre, considéré comme un danger, comme celui qui menace d’étouffer, d’écraser, d’effacer : ‟En Syrie, on a fermé un journal français, au Vietnam un journal anglais, et en Iran on vient de supprimer un journal français et un journal anglais”. Je rappelle que ces pages ont été écrites au tout début des années 1980. Et lorsque Ryszard Kapuściński évoque le brouhaha médiatique qui sévit vingt-quatre heures sur vingt-quatre, on ne peut que penser à Armand Robin, ce fabuleux écouteur de radios. Mais le fils de paysan breton comprenait, lui, plus de vingt langues. Devant le petit écran défilent des photographies : des familles lancent des avis de recherche, probablement de manifestants abattus au cours de manifestations : ‟On peut présumer que chacun de ces visages a été perçu pour la dernière fois par l’œil d’un tireur pointant sur lui son viseur”. Puis passent les visages défaits des partisans du shah accusés de crimes divers. Retour dans sa chambre. Nuit. La ville devient dangereuse ; de minuit à l’aube, personne ne s’aventure dehors. On ne connaît pas l’identité des hommes armés — milices islamiques, combattants indépendants, anciens membres de la Savak ? Ryszard Kapuściński, un puissant créateur d’ambiance, comme le sont les photographes et les cinéastes d’Europe centrale et orientale. Le premier volet de ce triptyque se termine sur ces mots : ‟Mon hôtel est également fermé (à cette heure, les bruits des coups de feu se mêlent aux grincements des jalousies qu’on baisse et aux claquements des grilles et des portes). Plus personne ne viendra, plus rien ne se passera. Je n’ai personne à qui parler, je suis seul dans ma chambre, je regarde les photos et les feuilles éparpillées sur la table, j’écoute les conversations enregistrées sur les bandes magnétiques.”

 

Daguerréotypes

Dans la première partie de ce livre, l’auteur nous conduit dans une suite de tableaux : Photographie (treize éléments), Journal (un élément), Livre (deux éléments), Cassette (un élément), Note (8 huit éléments). On voit que la photographie domine comme stimulant du souvenir. Georges Perec aurait grandement apprécié ce livre. Ci-joint, quelques-uns de ces vingt-cinq tableaux :

Photographie (1) C’est la plus ancienne photographie (1896) dans le désordre de la chambre. La légende précise que le soldat (portrait craché du Brave Soldat Švejk) est l’aïeul du shah Mohammad Reza Pahlavi et que le prisonnier qu’il escorte à Téhéran pour y être exécuté est l’assassin du shah Nassereddin. De cette image, Ryszard Kapuściński tire un court récit qui pourrait sans peine être transposé à l’écran, comme pourrait l’être ‟Souvenirs de la maison des morts” de Dostoïevski. 

Photographie (2) Portrait d’un officier de la Brigade cosaque persane (1910) : Reza Khan, auteur d’un coup d’État en 1921, avec la bénédiction des Anglais, et fondateur de la dynastie Pahlavi.

Photographie (3) Une photographie du père et du fils suscite un portrait psychologique aussi dense qu’aigu du shah Mohammad Reza Pahlavi (1926), un souverain animé par une volonté de transformation forcenée de son pays, la Perse rebaptisée Iran.

Photographie (4) Une très célèbre photographie prise par un matin ensoleillé (décembre 1943). Elle suscite un compte-rendu bref et magistral de la situation de l’Iran au cours de la Deuxième Guerre mondiale. L’Iran était favorable à Hitler parce que le pays détestait et craignait l’Angleterre et l’URSS. Principal enjeu, le Transiranien que les Anglo-américains comptaient utiliser pour de transport des fournitures destinées à Staline.

Note (1) Un portait physique-psychologique du fils qui succéda au père. Il lit son serment dans la salle du Parlement, le 16 septembre 1941. Des digressions relatives à l’histoire de l’Iran du XXe siècle viennent enrichir par petites touches la riche contexture de ce livre.

Photographie (5) Ryszard Kapuściński évoque ‟le plus grand jour de la longue vie du docteur Mossadegh”, la nationalisation effective de l’Anglo-Iranian Oil Company. Mossadegh, immensément populaire comme le vieil ayatollah Kashani, ce que jamais ne furent les deux shahs (le père et le fils).

Photographie (6) L’auteur passe à une photographie qui montre le shah et sa nouvelle épouse, Soraya Esfandiari, à Rome. Il décrit l’image qu’il replace dans son contexte historique. La veille, 17 août 1953, ils sont arrivés d’Iran à Rome, suite à la tentative malheureuse du shah de désavouer son Premier ministre, Mohammad Mossadegh, dont Ryszard Kapuściński dresse un très émouvant portrait, un portrait qui met véritablement les larmes aux yeux.

Photographie (7) Une photographie (découpée dans un journal) montre une équipe d’hommes déboulonnant sur une place noire de monde une statue, probablement celle du shah réfugié à Rome.

Journal (1) Interview d’un ‟déboulonneur”, un métier à part entière qui exige un grand savoir-faire, insiste-t-il.

Livre (1) Une référence (au livre de David Wise et Thomas B. Ross, ‟The Invisible Government”) évoque le coup d’État qui amena le renversement du Premier ministre, Mohammad Mossadegh, et maintint le shah Mohammad Reza Palhavi sur le trône, coup d’État organisé par la CIA avec, comme tête pensante, Kermit Roosevelt, le neveu du président Theodore Roosevelt. Passe la figure du général Fazollah Zahedi qui deviendra Premier ministre en remplacement de Mohammad Mossadegh.

 

Mossadegh Ahmadabad

Mohammad Mossadegh (1882-1967), un grand iranien, un homme d’honneur.

 

Ryszard Kapuściński est un chercheur de vérité. Il n’est pas de ces propagandistes qui nous chantent les louanges d’un régime pour mieux s’en prendre à un autre. Il observe, toujours en alerte, et il écoute, il ne cesse d’écouter, en vrai journaliste. Et ce qu’il rapporte, il le fait avec style. Il choisit son éclairage, accentuant telle zone d’ombre ou de lumière. L’équivalent pictural de Ryszard Kapuściński pourrait être Rubens ou Delacroix : tumulte et maîtrise, tension, richesse chromatique, avec un souffle qui enveloppe jusqu’au moindre détail, une puissante subjectivité qui loin de contrarier l’observation la porte et laisse chez le lecteur un souvenir ineffable, comme une blessure.

Ce livre est un témoignage essentiel sur les années du shah, un règne qui explique en partie Khomeini et la réaction chiite. Il doit bien évidemment être replacé dans son contexte, le tout début des années 1980 qui virent la naissance de Solidarność (fondé au cours de l’été 1980), un syndicat qui tint le rôle principal dans la lutte contre le pouvoir communiste. A ce propos, le Polonais Ryszard Kapuściński connaît les mécanismes politiques, sociaux et psychologiques de l’oppression et il les analyse comme personne. Il faut lire et relire la dernière partie de ce livre, intitulée ‟La Flamme morte”. Ce journaliste a le regard qui porte loin, très loin ; il nous ouvre à la profondeur historique, à une densité spatio-temporelle très particulière.

Les mécanismes du coup d’État du 19 août 1953, Mossadegh (un grand monsieur auquel il rend un hommage ému, à mi-mots), la Révolution blanche, la pétro-bourgeoisie, les cruautés sans nom de l’histoire iranienne (voir le sort que réserva Agha Mohammad Shah à la population de Kerman), la psychologie du shah Mohammad Reza Pahlavi et son rapport au pouvoir — et en général, le rapport des shahs et de la population iranienne au pouvoir —, la terrible Savak et son modus operandi, le phénomène Khomeini, les fabuleux contrats passés à tout va par le shah auprès des Occidentaux, maîtres de la haute technologie — il faut lire ces pages hallucinées en Photographie (10) et en Photographie (11) —, les contrats destinés à promouvoir la Grande Civilisation, les pages puissamment synthétiques sur le chiisme (cette religion nationale qu’il faut étudier pour espérer mieux comprendre l’Iran d’aujourd’hui) — voir ces pages fondamentales en Note (6). Bref, lisez ce livre ! L’édition Flammarion, collection ‟Champs histoire”, Paris 2010-2011, est magnifiquement présentée par sa traductrice, Véronique Patte.    

 Olivier Ypsilantis

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Quelques considérations géopolitiques

 

Comment concilier mon iranophilie et mon sionisme ? Ceux qui me lisent savent que je place de grands espoirs dans le peuple iranien ; je dis bien le peuple, non le régime ! Je ne nie en aucun cas le danger que constitue le nucléaire iranien et je partage l’inquiétude d’Israël à ce sujet. Mais enfin, à quoi servirait de s’allier au pire du monde arabe pour espérer en finir avec la menace iranienne ? La belle affaire que de se retrouver encore plus embobinés avec les Saoudiens et les Qataris, ces financiers du djihadisme, ces nouveaux-riches, ces esclavagistes, ces encagés mentaux… Non seulement il faudrait se séparer au plus vite de cette engeance mais il faudrait opérer un véritable coup de force sur leurs investissements et boycotter leur pétrole. Il nous faut trouver au plus vite des solutions inédites favorisant un rapprochement avec l’Iran. L’entente avec l’Iran (pas à n’importe quel prix, bien sûr) est la voix royale, parallèlement à la création d’un Grand Kurdistan qui, dans un premier temps, engloberait la partie irakienne et la partie syrienne.

 

Kurdistan

 

Le clivage entre Arabes et Kurdes s’affirme comme s’affirme le clivage entre chiites et sunnites. L’islam n’est un monolithe qu’en apparence ; il est parcouru de fractures horizontales, verticales et diversement diagonales ainsi que je l’écris si volontiers. Ce fait est essentiel et doit guider les décisions géo-stratégiques. La fracturation des pays arabes doit se poursuivre impitoyablement.

J’ose affirmer que la longue durée (pour reprendre l’expression de Fernand Braudel) œuvre à un rapprochement entre Israël et l’Iran. D’aucuns m’accuseront de prendre mes désir pour des réalités mais l’étude m’incite à penser que c’est dans cette direction qu’il faut aller. Je juge que le sunnisme et ses tendances radicales présentent un danger bien plus sérieux que l’Iran. La Turquie, pays sunnite mais de tradition laïque par la grâce de Mustapha Kemal Atatürk, a traditionnellement montré une relative bienveillance envers les Juifs au cours des siècles ; pensons notamment à Bajazet II et aux Juifs chassés d’Espagne. Mais à présent, elle se voit islamisée par le perfide Erdogan. Fort heureusement, sa politique étrangère est un échec, en Syrie surtout. El-Assad peut lui faire la nique. Il restera en place et sera l’une des solutions au problème syrien après partition du pays et création d’un territoire alaouite-chrétien. Par ailleurs, les Kurdes risquent fort de donner du fil à retordre à la Turquie car ils représentent environ un tiers de sa population. La partition de la Turquie et son affaiblissement définitif sont souhaitables. Le Grand Kurdistan (soit la partie irakienne, syrienne et turque) pourrait constituer un puissant lien entre l’Iran et Israël.

Je suis toujours plus certain que l’Iran, le peuple kurde (en attendant le Grand Kurdistan) et Israël font former un noyau dominant sur l’ensemble du Moyen-Orient, noyau appuyé par d’autres communautés menacées par la masse arabo-musulmane : chrétiens de diverses obédiences, yezidis, alaoutites et druzes pour ne citer qu’eux. Il faut en finir avec le monde arabe, il faut le rabaisser définitivement. L’affaire est bien engagée. La Turquie doit suivre, la Turquie amputée territorialement et interdite d’Europe. Le Pakistan, pays du sunnisme radical, pays atroce, soutien des Taliban, doit être compressé entre l’Iran et l’Inde. Il est loin le Processus de Barcelone dont le concierge du Qatar (j’ai nommé Sarkozy) et Zapatero le Crétin Parfait faisaient la promotion. Il est loin le monde dans lequel les (désastreux) Accords d’Oslo ont été cuisinés et dont on nous a gavés.

Le « peuple palestinien » est une invention récente, invention qui répond à une stratégie de l’O.L.P. au cours des années 1970. Le « peuple palestinien » est bien le peuple inventé, pour parodier le titre du best-seller de Schlomo Sand. Les « Palestiniens » sont des Arabes et les vrais Palestiniens (sans guillemets donc) sont les Juifs d’Israël et des territoires « occupés ». Qui sont les « Palestiniens » ? Ceux de Gaza ou de Cisjordanie (ou, plutôt, de Judée-Samarie), ceux du Hamas ou ceux du Fatah ? Les Arabes d’Israël, citoyens israéliens ? Les Palestiniens de Jordanie ? Shmuel écrit (et je souscris pleinement à cette conclusion) : « L’alliance du Fatah et du Hamas montre également que le Hamas est le fond du paysage palestinien, son décor-cadre. Si, demain, un accord était passé avec l’Autorité palestinienne, Israël se retrouverait inéluctablement face au Hamas, réduisant à néant toute promesse contractuelle : un cas de figure déjà vu en Algérie avec les Accords d’Evian passés avec le Gouvernement provisoire de la République algérienne (G.P.R.A.) mais jamais respecté avec le Front de libération nationale (F.L.N.) qui l’a suivi. »

La décomposition du monde arabe est pour l’heure favorable à Israël, en dépit de bien des incertitudes. En sera-t-il toujours ainsi ? Je ne puis le dire. A ce propos, cette décomposition est pour l’heure si favorable à ce pays que les adorateurs de la Théorie du Complot (ou théorie conspirationniste) jugent que tout ce qui se passe aujourd’hui au Moyen-Orient est le produit du « Plan Yinon » (1982). C’est si vrai qu’aucun site ni aucun blog ne rend compte de ce plan d’une manière neutre.

Si je crois au peuple iranien, je ne crois pas au peuple arabe, quel que soit son régime. Je reconnais cependant le courage d’Arabes, femmes et hommes, qui luttent contre l’abrutissement, souvent au risque de leur vie, des individus menacés par l’ochlocratie — du grec ancien ὀχλοκρατία, soit le pouvoir de la masse sur tous.

Mon appréciation de l’Arabie saoudite ne diffère pas de celle de Frédéric Encel dans cet article intitulé « L’État islamique partage la même vision du monde que les Saoudiens » :

http://www.lopinion.fr/6-octobre-2014/frederic-encel-l-etat-islamique-partage-meme-vision-monde-que-saoudiens-17059

 

Iran, peuples persophones en 2003

 

  Olivier Ypsilantis

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Martin Buber et le principe dialogique – 3/3

 

Martin Buber fait ses études universitaires avec deux maîtres, Wilhelm Dilthey et Edmund Husserl. Parmi ses condisciples et amis, Max Scheler, Nicolai Hartmann, Dietrich von Hildebrand et Martin Heidegger. Martin Buber s’intéresse à la méthode phénoménologique d’Edmund Husserl première version. Sa déception est grande lorsque paraît le premier volume de ‟Ideen” qui marque un virage vers l’idéalisme transcendantal. L’immense intérêt de Martin Buber pour le hassidisme et ses principes l’incline à penser que le véritable accès à la connaissance de l’être n’est pas conduit par l’approche conceptuelle et logique mais par une approche plus immédiate, plus ample.

 

Martin Buber 3Martin Buber photographié par Fred Stein

 

L’insuffisance des propositions de la philosophie transcendantale (notamment quant à la question de l’altérité) stimule la réflexion de Martin Buber. L’autre ne se déduit pas de la raison pure (voir René Descartes et Edmund Husserl) ou de la raison pratique (voir Emmanuel Kant et Johann Gottlieb Fichte). Face à l’insuffisance de ces tentatives pour définir l’altérité, la Begegnungsphilosophie apparaît bien comme une réaction. En effet, si l’être se trouve réduit pour ma conscience à un ensemble de significations, un seul type de relation est possible entre l’autre et moi : la connaissance objective par laquelle je ne vois l’autre que comme un autre je et non comme un autre. La connaissance transcendantale de l’autre n’appréhende pas l’essence de l’autre. La philosophie transcendantale cultive malgré elle le paradoxe et sa volonté de s’extraire de l’isolement de l’ego cogitans n’aboutit pas : l’autre ne sort pas de l’aire d’activité du je qui ne cesse de se référer à lui-même dans une égologie sans fin.

Martin Buber se rebelle contre Edmund Husserl lorsqu’il évoque les rapports entre le je et l’autre. Il se rebelle contre cet enfermement du je dont José Ortega y Gasset rend compte dans ‟La percepción del prójimo” lorsqu’il écrit que l’autre n’est qu’un ‟fantasma que nuestro yo proyecta precisamente cuando cree recibir de fuera un ser distinto de sí mismo, con lo que quedaríamos condenados a vivir cada uno de nosotros aherrojado dentro de sí propio, sin visión ni contacto con el alma vecina, prisionero del más trágico destino, porque cada cual sería a la vez el preso y la prisión”. Martin Buber s’élève donc contre les propositions d’Edmund Husserl telles que celui-ci les expose dans ‟Meditationen und Pariser Vorträge”. A la problématique de l’autre ainsi posée, Martin Buber oppose le principe dialogique, un principe en prise avec la théorie de la connaissance. Il ne s’agit plus de décrire la manière dont un sujet atteint un objet mais de préciser l’espace où trouver les structures qui permettent l’objectivation. Afin de dépasser l’idéalisme transcendantal et sortir de ce je enfermé en lui-même, Martin Buber présente la doctrine de la relation Ich und Du comme une volonté de décrire positivement cet effort qui au-delà de l’objet se porte vers l’être sans que cette connaissance n’engendre une entité inhumaine et neutre (voir Martin Heidegger) mais rende compte d’une relation et, ce faisant, de la société comme d’une vicissitude fondamentale de l’être.

Pour Martin Buber, la relation Ich und Du est une relation d’immédiateté, sans intermédiaire, un face-à-face. Être-au-monde revient à être reconnu comme être indépendant, autonome. Ainsi, une totalité se construit-elle en chaque individu pour lequel entrer en contact avec l’autre revient à appréhender la totalité et l’unité de ce dernier. Ainsi sommes-nous l’un pour l’autre totalité et unité. Et le je ne décrète ni n’organise cette unité. Martin Buber ne flotte pas dans les brumes de la mystique, contrairement à ce que certains ont laissé entendre. Il affirme que la condition de toute véritable rencontre tient à la spécificité de ceux qui y participent. De plus, le langage, vecteur de la rencontre, fait que les protagonistes restent distincts l’un de l’autre : le Du se distingue du Ich. En étudiant la philosophie de Martin Buber, on devine entre les lignes l’héritage hébraïque : le refus de ‟diviniser” l’homme, un refus aussi radical que celui d’incarner Dieu.

Pour Martin Buber, la philosophie de Martin Heidegger et celle d’Edmund Husserl représentent l’effort suprême pour envisager l’être ; et, en ce sens, elles peuvent être de formidables plates-formes à partir desquelles déployer la critique. Il juge qu’il est aussi nécessaire qu’urgent, à partir de ses postulats sur l’être, d’établir une forme de relation qui ne soit ni connaissance objective ou discours mais relation du Ich au Du, d’une part ; et une relation secondaire, celle du Ich au Er, d’autre part — la relation sujet-objet de la philosophie transcendantale. Martin Buber prend donc appui sur la philosophie idéaliste jusqu’à Edmund Husserl et sur celle de Martin Heidegger, une autre forme d’idéalisme transcendantal ; il prend appui sur elles pour mieux dénoncer leur radicalité. Il invite à la rencontre et au dialogue avant tout discours sur l’être.

L’importance de la philosophie de Martin Buber doit d’abord s’appréhender en regard de sa critique de la théorie de la connaissance et de l’ontologie idéaliste. Sa doctrine de la relation Ich und Du (par rapport à celle de la relation Ich und Er) présente une sérieuse objection à la philosophie transcendantale.

Martin Buber est l’auteur d’une traduction de la Bible en allemand, un travail qu’il a mené en collaboration avec Franz Rosenzweig avant de continuer seul après la mort de ce dernier, en 1929. Sa reformulation du sens de l’herméneutique permet de préciser ce qui l’oppose : d’un côté, à la philosophie idéaliste-transcendantale ; de l’autre, au rabbinisme traditionnel et à ses principes exégétiques. Il insiste sur la nécessité quant à la compréhension de l’Écriture de convertir sans cesse le Er en Du. Il insiste également sur l’oralité de la Bible, un livre qui a été transmis oralement depuis l’origine. Martin Buber invite donc à chercher l’esprit de la lettre non seulement dans les mots mais aussi dans la syntaxe, les sonorités, les parallélismes, etc. Le rythme est un principe qui illumine le texte dans chacune de ses parties et dans son ensemble, dans ses répétitions (de sons ou de mots), des répétitions destinées à guider vers l’idée qui sous-tend le texte. Chaque lecture de l’Écriture, nous dit Martin Buber, fait surgir un sens nouveau ; chaque mot porte d’innombrables virtualités ; l’Écriture est palimpseste. Il nous invite à une lecture qui laisse place à la subjectivité, à ma subjectivité, à mon expérience. Mais comment maintenir la conscience et la cohésion de la communauté si les subjectivités individuelles sont ainsi mise en avant dans l’interprétation de l’Écriture, de la Torah (Loi prescriptive du judaïsme) et autres textes pas nécessairement bibliques à caractère juridique, étique, scientifique, etc. ? Comment concilier cette constante recherche de sens nouveaux et la nécessité de transmettre avec clarté la volonté de Dieu ? Franz Rosenzweig fait part de son inquiétude à Martin Buber : rénover l’étude des sources juives sans adhérer au compromis à caractère normatif de la Loi ne risque-t-il pas de conduire à une impasse ? Martin Buber s’empresse de lui répondre que l’existence juive est une exégèse vivante et permanente de l’Écriture ; ainsi la Révélation est-elle sans cesse renouvelée. Être juif, c’est vivre dans un perpétuel mouvement rénovateur excluant le principe dogmatique. Ainsi peut-on présenter deux manières de se conformer à la Loi :  pratiquer de manière automatique les 613 commandements (mitsvot) parce qu’on respecte l’autorité qu’ils ont acquis par la volonté de la communauté ; pratiquer parce qu’on perçoit en eux la voix de Dieu. La Révélation n’est pas un système dogmatique où l’individu s’en tient à la relation Ich-Er. Certes, les lois doivent se dire d’une manière objective, transmissible ; mais pour rester vivantes, elles doivent être sans cesse replacées dans le contexte de la rencontre. La Torah est normative mais elle est essentiellement non-loi. La voix qui conduit la prescription est toujours perceptible ; mais la Torah ne peut être réduite à la Loi sous peine de perdre sa vitalité, son dynamisme. L’accomplissement de la Loi n’est pas point d’arrivée mais point de départ d’un processus sans fin dont la validité dépend de l’engagement personnel, de l’exercice de la liberté individuelle. La Loi limitée à elle-même et suivie mécaniquement ne génère qu’hostilité de tous contre tous. Sous prétexte de sécurité, elle empêche la rencontre, la rencontre qui suppose insécurité et imprévu.

Dans la philosophie de Martin Buber, le dialogue n’a pas le sens qu’il a chez Platon et  Hegel. Selon Martin Buber le dialogue se définit comme nous l’avons vu dans la relation Ich und Du, une relation qui s’élève à la théorie sociale et politique, relation par laquelle est dénoncé l’enfouissement du Ich juridique, éthique, religieux ou philosophique sous des principes universels et abstraits. Martin Buber milite pour un État non pas comme Wir impersonnel mais relation fraternelle Ich/Du inlassablement revitalisée par le dialogue, par l’universalité du dialogue qui seul est à même d’appréhender le Du comme authentiquement autre et introduire ainsi la justice dans la société sans porter préjudice à la liberté. Mais, nous dit Martin Buber, l’avènement de la justice et de la liberté par l’authentique dialogue ne procède pas du volontarisme d’individus soucieux d’établir la justice. La volonté initiale vient de Dieu qui, pour ce faire, invite l’homme à coopérer. On pense à certaines déclarations de Max Horkheimer (1895-1973). Le règne de la justice est impossible par la seule intériorité ; il procède d’une responsabilité première — essence de la liberté — en vertu de laquelle l’homme décide de participer à l’œuvre de rédemption. Comme on le voit, le fameux ‟humanisme” de Martin Buber est une tension vers l’avènement du Royaume du Messie où la justice ne se limite pas à l’éthique et au social. La responsabilité que suscite l’appel du Du ne se limite pas à l’éthique sociale, cet appel suppose une participation dans le creuset de l’histoire des hommes-et-de-Dieu. La morale trouve dans la rencontre valeur et dignité ; mais c’est la rencontre (et non la morale) qui promeut la justice — la rencontre qui est appel du Du et réponse du Ich. Ainsi l’individu peut-il sauvegarder sa liberté face aux abstractions universelles sans pour autant sombrer dans l’égoïsme. La rencontre importe plus que l’impératif éthique qui submerge tout dans l’indifférencié. La pensée de Martin Buber s’articule sur la différenciation entre le commandement biblique ‟être saint” et le commandent éthique ‟être bon”. La sainteté à laquelle tout homme est convié s’oppose au nivellement ; elle suppose la singularité de chaque homme, singularité qui n’exclut en aucun cas la présence au monde et l’engagement social. Cette singularité qui est responsabilité, cette singularité qui se traduit en actes, dépasse amplement le cadre de l’éthique.

Cette appréciation du dialogue explique en grande partie le refus de Martin Buber le sioniste de collaborer à la création d’un État juif en Palestine. Selon lui, le dialogue entre Juifs et Arabes n’est pas compatible avec un État centralisé. Il prône un socialisme structuré autour de petites communautés anarcho-personnalistes ainsi qu’il l’expose dans ‟Pfade in Utopia”. Le monde ne peut être une authentique patrie pour l’homme que par le biais d’une communauté vivante qui est dialogue d’individu à individu. Il ne s’agit donc pas vraiment de cette Gemeinschaft (communauté) que Ferdinand Tönnies (1855-1936) oppose au Gesellschaft (société) envisagé comme une organisation au sein de laquelle les hommes sont en compétition permanente pour le pouvoir. La communauté telle que Martin Buber l’envisage est une communauté volontariste, édifiée par des hommes libres qui maintiennent entre eux des relations directes — le face-à-face —, relations que cimente la participation collective à dimension spirituelle (voir ‟Zwischen Gesellschaft und Staat”). Précisons que Martin Buber n’est pas pour autant un chantre du mutualisme médiéval, un sympathique utopiste qui jette l’anathème sur le progrès technique. Ce qu’il a en tête, c’est la communauté biblique réactualisée par la communauté hassidique, une communauté qui fortifie l’individu.

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Ci-joint, un excellent article publié sur le blog de Pierre Itshak Lurçat, Vu de Jérusalem, et intitulé “Le péché originel de la gauche israélienne (I) Martin Buber et le sionisme : histoire d’une trahison”, un article polémique dont je partage l’analyse :

http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/archive/2014/02/25/le-peche-originel-de-la-gauche-israelienne-i-martin-buber-et-893035.html

J’ai par ailleurs publié un article dédié à Martin Buber sur ce blog même, intitulé “Martin Buber – « Fragments autobiographiques »” ; il contient un trait d’humeur qui rejoint l’analyse faite par Pierre Itshak Lurçat :

http://zakhor-online.com/?p=2539

Et afin de donner une prolongation dans le monde d’aujourd’hui au constat de Martin Buber, je mets en lien ce très bel article d’Abdennour Bidar intitulé “La pauvreté spirituelle d’un certain islam confine à l’indigence”, publié à l’occasion de la sortie de son dernier livre “Plaidoyer pour la fraternité” :

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/02/20/31003-20150220ARTFIG00277-abdennour-bidar-la-pauvrete-spirituelle-d-un-certain-islam-confine-a-l-indigence.php

 

  Olivier Ypsilantis

 

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Martin Buber et la Bible – 2/3

 

Martin Buber 2

 

Pour Martin Buber, la réalité — l’histoire — est le point de rencontre entre Dieu et les hommes, un postulat que sous-tend un autre postulat : il n’y a aucun absolu originel car depuis le Début, l’histoire témoigne de la relation de l’homme à Dieu, l’histoire qui doit être envisagée comme interaction entre le divin et l’humain. La plus haute révélation est celle de la rencontre entre Dieu et l’homme, à part égale, dans cette aire spatio-temporelle qu’est l’histoire. Autrement dit, l’action de l’homme en tant qu’individu a une consistance au niveau historique. Hâtons-nous de signaler que pour Martin Buber la liberté ne s’apparente pas à une bulle qui flotte dans les airs ; la liberté telle qu’il l’envisage est interactive ; elle est réponse (Antwort) et responsabilité (Verantwortung) ; car être libre pour l’individu, c’est pouvoir répondre à l’appel de l’autre.

Selon Martin Buber, la Bible ne met pas en scène un créateur absolu d’un côté et des créatures dépendantes et impuissantes de l’autre. Par ses actions, l’individu influe mystérieusement sur l’être. Le monde est un processus en devenir permanent ; il n’est en aucun cas fermé, verrouillé, il recueille tout ce qui agit sur l’histoire. A aucun moment la Bible n’offre des indices nous permettant de penser qu’il existe une histoire à laquelle l’homme n’aurait aucune part, une histoire manipulée d’en-haut, prédéterminée par un Être immanent qui depuis toujours aurait imposé une finalité inexorable à nos vies. Si le judaïsme pense Dieu comme maître de l’histoire, il le pense aussi comme interlocuteur. Le judaïsme repousse tout plan prédéterminé dans lequel les hommes ne seraient que de simples pions, comme dans ces modernes philosophies issues de la tradition chrétienne telles que l’hégélianisme et le marxisme. Chaque individu est un centre de décision et d’action apte à agir sur l’histoire et sur le processus de rédemption.

D’une part, nous avons une conception eschatologique-apocalyptique dominée par l’idée que tout est fixé d’avance par une autorité toute-puissante ; d’autre part, nous avons une conception prophétique-messianique qui prend appui sur la valeur de l’individu, refusant toute prédétermination et rappelant simplement à celui-ci sa responsabilité et l’importance de ses décisions. D’une part, le déterminisme historique fait entrer le mal dans un plan prédéterminé, d’où l’ambiguité que revêt l’espérance apocalyptique ou utopique (Ainsi que le signale Martin Buber, la volonté d’éradiquer la violence suscite volontiers le recours à la violence, une violence eschatologique qui proclame la fin de toute violence). D’autre part, le messianisme qui est rencontre entre l’homme et Dieu laisse à ce premier la possibilité d’influer à tout moment sur le monde par son action. L’essence messianique s’oppose à l’eschatologie, l’eschatologie qui n’envisage pas que l’individu ou une communauté humaine puissent influer sur le cours de l’histoire : le futur ne se construit pas, tout y est cloué, vissé, boulonné ; il est éternellement présent ; il se dresse dans sa fixité. Les prophètes d’Israël quant à eux invitent les hommes à choisir, accepter ou refuser l’alternative qui se présente. Le prophétisme est élection et décision. Le futur est à venir ; il n’est pas une donnée ; il invite l’homme qui participe à son élaboration.

Cette relation entre l’homme et Dieu est symbolisée par la dualité (et la complémentarité) entre l’Arche et le Temple. Le Temple, c’est Dieu au-dessus des hommes, Dieu vers lequel l’homme s’élève par ses offrandes, ses suppliques, ses sacrifices, etc. L’Arche, c’est Dieu qui conduit son peuple — mais vers où ? Dieu qui est nulle part et partout se présente à l’improviste et n’exige aucun rite spécifique mais l’intention (la kawwana, כוונה), la confiance. La relation entre Dieu et les hommes s’accomplit, en principe, non par le culte mais par les prophètes qui font descendre la parole divine vers le peuple. Entre ces deux idées de la relation entre Dieu et les hommes, il y a une telle différence que la marche même de l’histoire s’en voit affectée. Limiter Dieu à la sphère de l’En-haut et du Temple revient à Le déloger de l’histoire qui se trouve ainsi soumise aux seules décisions et actions — caprices pourrait-on ajouter — des hommes. Les hommes n’ayant aucun compte à rendre à Dieu peuvent se convertir en tout impunité en tyran et s’adonner à l’arbitraire. Certes, le tyran peut offrir des sacrifices, embellir le Temple et dispenser des dons aux prêtres ; mais ce faisant, le tyran protège son autonomie en délimitant strictement l’aire de Dieu et s’approprie l’histoire qui devient en quelque sorte sa chasse gardée. Dieu est limité à la sphère de la religion, enfermé dans les murs du Temple, coupé du flux de la vie humaine, de l’histoire. Mais l’Arche est là, parmi les hommes. Elle symbolise la liberté de Dieu, de Celui qui ne se laisse pas nommer et appréhender mais qui est présent au milieu de son peuple, qui le guide, le conseille, l’interpelle, le rappelle à l’ordre…

La relation de Dieu aux hommes — du divin à l’humain — est consubstantielle à la tradition juive. Cette relation qui structure le devenir de l’histoire suppose l’indépendance et la liberté de l’individu, l’individu qui est appelé à réaliser l’histoire. Selon Martin Buber, le hassidisme ajoute à cette idée l’invitation à sanctifier la vie quotidienne en relation avec Dieu, ce qui revient à inclure dans le Tu (Du) la totalité du monde. Le substrat métaphysique de la pensée de Martin Buber tient à cette relation qui sous-tend son projet philosophique d’une ontologie existentielle de l’entre deux (zwischen). Martin Buber admet que l’action humaine ne peut suffire à restaurer la réalité messianique ; mais selon le hassidisme, l’homme a sa place dans l’éternité de Dieu, une place inscrite dans le temps et dans l’espace, une place à partir de laquelle il lui revient de développer les potentialités que contient sa vie. Selon Martin Buber, le hassidisme résout la dualité entre la vie dans le monde et la vie en Dieu ; il réunit ces deux concepts dans une unité authentique et vivante.

Ci-joint, un site passionnant, Le site des études juives (La première revue d’études juives sur Internet). Il s’agit d’une revue virtuelle proposant des articles de pensée juive et de loi juive (Halakha) privilégiant la démarche talmudique. Des articles de fond peuvent être téléchargés sur le site ; de courtes réflexions sur la Torah ou sur l’actualité présentées sous la forme de ‟billets” peuvent être téléchargées sur le blog

 (à suivre)

Olivier Ypsilantis

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Martin Buber et le hassidisme – 1/3

 

L’influence du grand-père paternel de Martin Buber, Salomon, une autorité internationale en littérature religieuse juive, a été décisive sur le développement de son petit-fils dont l’œuvre peut être envisagée selon trois blocs thématiques, liés entre eux. Lorsque Martin Buber travailla à première édition de ses œuvres complètes, peu avant sa mort, entre 1962 et 1964, il la divisa en trois parties : I. Les écrits philosophiques et politiques. II. Les écrits relatifs à la Bible. III. Les écrits relatifs au hassidisme.

 

 Martin BuberMartin Buber (1878-1965) à la American Jewish University (University of Judaism), Ardmore vers 1950.

 

Comme tout penseur, Martin Buber doit être appréhendé dans son contexte, plus précisément le monde juif allemand au début du XXe siècle, monde dominé par la polémique entre partisans de l’assimilation et défenseurs de la tradition hébraïque. Les écrits de Martin Buber traitent pour l’essentiel de thèmes juifs et prennent appui sur l’étude de la Kabbale et du hassidisme. Ils militent en faveur de la vitalité du judaïsme en commençant par inviter les Juifs eux-mêmes à admettre que leur présence en Occident ne peut se limiter à la participation des Juifs assimilés à la vie des nations.

Le judaïsme occidental était dilué et n’intéressait plus que des cercles d’érudits ; il apparaissait comme une simple curiosité, bonne pour le musée… Quant au judaïsme d’Europe orientale, d’insignes représentants de l’étude du monde juif (parmi lesquels Heinrich Graetz et Abraham Geiger) le regardaient comme résiduel et anachronique. Martin Buber va s’efforcer de faire comprendre tant au monde juif que non-juif que le judaïsme a beaucoup à dire au monde contemporain.

Le hassidisme est l’un des principaux objets d’étude de Martin Buber ; et son sionisme tire sa substance du hassidisme, le hassidisme que j’ai présenté dans une suite de quatre articles sur ce blog même :

http://zakhor-online.com/?p=6868

http://zakhor-online.com/?p=6875

http://zakhor-online.com/?p=6882

http://zakhor-online.com/?p=6893

Le jeune sioniste militant Martin Buber juge que le hassidisme peut être une force vivifiante pour un judaïsme anémié. Le hassidisme est alors regardé comme un sympathique mélange de dévotion populaire, d’ingénuité et de sentimentalisme. Martin Buber va le confronter à la pensée philosophique occidentale afin d’en faire surgir des axes de réflexion sur lesquels l’Europe en crise pourrait prendre appui.

Martin Buber envisage cette crise à partir du schéma kabbalistique de la séparation entre le monde et Dieu. Il esquisse une réponse en se pénétrant du message central du hassidisme au sujet du pouvoir de l’homme et de sa responsabilité dans le mystère de la rédemption ;  il le fait de manière à ce que la vitalité de la tradition juive puisse nourrir ses contemporains tant au niveau théorique que pratique.

Expliquer la crise de l’Occident en termes de séparation entre le monde et Dieu n’est guère original. Friedrich Hölderlin l’avait pensé et d’une manière radicale. Friedrich Nietzsche avait annoncé la ‟mort de Dieu”. Ces penseurs avaient souligné le divorce entre le sacré et le profane, un divorce tel que ces deux sphères en étaient profondément affectées. Le profane s’épuise dans une suite d’apparences éphémères : aucun idéal, aucune norme transcendante pour guider les comportements ; le sacré tourne sur lui-même au-dessus d’un monde privé de Dieu, encourageant des attitudes infantiles et des faux-semblants destinés à masquer Son absence. Pour espérer réunifier le monde, il faut commencer par dresser un état des lieux sans jamais s’en remettre à une tradition qui masque cette réalité. L’originalité de Matin Buber tient à la manière dont il envisage de réunifier ces deux mondes à partir d’une approche spécifique de la doctrine du hassidisme en particulier et de la tradition juive en général. Cette attitude conduit Martin Buber à en faire une lecture sélective, ce que lui reprochera Gershom Scholem. Franz Rosenzweig critique lui aussi Martin Buber qui présente la religion comme statique et la religiosité comme dynamique, une vision qui selon lui ne correspond pas à la réalité historique. Cette critique est portée par la dualité logée au sein du judaïsme, dualité que symbolisent le prophète Moïse et le prêtre Aaron. Cette dualité se retrouve chez Hillel et Shammai, Maïmonide et Nahmanide.

Ci-joint, un lien de Jewish Virtual Library, ‟Hillel and Shammai” :

http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/biography/hillel.html

Ci-joint, une conférence Akadem, ‟La controverse entre Maïmonide et Hahmanide” :

http://www.akadem.org/sommaire/themes/limoud/les-maitres/maimonide/la-controverse-entre-maimonide-et-nahmanide-30-09-2011-12832_320.php

Marin Buber prend la mesure de cette dualité entre approche pratique et étude théorique, de cette tension entre discours prophétique et enseignement rabbinique ; et il se propose d’extraire l’essence de la religiosité juive des décombres sous lesquels le rabbinisme et le rationalisme l’ont enfouie. Prophétisme contre rabbinisme. Mais comment le hassidisme, la religiosité hébraïque et l’esprit prophétique peuvent-ils répondre efficacement à ce divorce entre le sacré et le profane ? Martin Buber analyse la Kabbale lurianique sur l’Exil et la Rédemption et il y perçoit une idée-force : la vie et de la lumière divines dispersées attendent d’être recueillies et élevées par l’action humaine vers l’unité et l’harmonie originelles. Le hassidisme reprend cette gnose de la Kabbale et avance qu’il n’y a pas de séparation absolue entre le sacré et le profane puisqu’à tout moment de sa vie l’homme est invité à recueillir ces éclats de lumière divine pour les relever. Selon le hassidisme, tout homme, quel que soit son domaine d’activité, peut répondre à cette exigence. La rencontre du terrestre et du divin ne s’accomplit pas dans la solitude contemplative mais dans chaque acte quotidien, aussi modeste soit-il. De fait, cette attitude n’est pas propre au hassidisme, elle guide la religiosité juive qui ne se contente pas de réserver à Dieu une aire déterminée — la religion. 

Si l’on considère l’ensemble des écrits du hassidisme, ainsi que nous y invite Gershom Sholem, force est de constater que pour cette doctrine on entre en contact avec la réalité divine par la vitalité du monde, une vitalité qui ne s’identifie pas au monde mais bien au contraire la repousse pour ne l’envisager que sur le plan (abstrait) de la réalité messianique. Je crois surprendre un air platonicien. De fait, Martin Buber repousse cet aspect du hassidisme qui pour lui se rapproche trop de doctrines tant religieuses que métaphysiques, étrangères au judaïsme. Pour lui, une telle attitude revient à réaffirmer la séparation entre le monde et Dieu, d’où son approche sélective du hassidisme,  approche destinée à appréhender le plus simplement possible le présent dans sa plénitude. Il s’écarte du noyau doctrinal qui s’apparente au dualisme métaphysique platonicien pour une spiritualisation de la vie concrète par l’action.

Martin Buber ne célèbre pas pour autant la vie sur un mode dionysiaque. Il affirme simplement qu’il n’y a pas une réalité intérieure et une réalité supérieure strictement séparées, que l’histoire et le sacré ne sont pas distincts l’un de l’autre. Martin Buber n’est ni du côté de Nietzsche ni du côté de Saint Augustin si imprégné de doctrine platonicienne. Pour lui, l’histoire est ce qui désigne la relation entre Dieu et les hommes, dans le temps et au-delà. C’est pourquoi il s’éloigne de la conception prédominante de l’histoire, conception d’origine chrétienne puis philosophique et sécularisée, hégélienne et marxiste. Par la doctrine du Ich une Du, Martin Buber revitalise le message du hassidisme, soit une compréhension de l’histoire qui, face à l’utopie et l’eschatologie, propose à l’individu l’action prophétique, soit le pouvoir de collaborer par ses décisions et ses actions au processus historique de la rédemption.

 (à suivre)

Olivier Ypsilantis

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