« L’étoile d’Erika », un livre pour enfants sur la Shoah.

 

Cet article a été rédigé le 8 mai 2015, jour du soixante-dixième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale.   

 

La veille, en accompagnant mon fils dans une bibliothèque publique d’Espagne, j’ai trouvé un beau livre dans la partie réservée aux enfants : « La historia de Erika » dont le titre espagnol répond au titre original, « Erika’s Story », tout simplement. Il est publié en français sous le titre « L’étoile d’Erika ».  C’est un beau livre, un livre plutôt luxueux, avec couverture de format carré et cartonnée. En son milieu, une étoile jaune amovible (1). Le texte est de Ruth Vander Zee et les illustrations de Roberto Innocenti, soit dix dessins : deux en double-page, six en pleine page, deux placés en frise et en haut de page. Le premier dessin et le dernier dessin de cet ensemble ne traitent pas de la Déportation mais du présent, 1995 ; ils sont richement colorés avec notamment une représentation de l’hôtel de ville de Rothenburg avec sa toiture abîmée. Les autres sont en noir et blanc, avec entre les noirs et les blancs de très délicats dégradés de gris, comme dans l’album de Pascal Croci, « Auschwitz ». Seule touche de couleur dans ces dessins en noir et blanc, une délicate touche de rose, la couverture dans laquelle est enveloppée l’enfant lancée du convoi de déportés… Le dessin de la couverture (soit la première et la quatrième de couverture) se retrouve à l’intérieur du livre mais sans l’étoile amovible. C’est un livre à l’architecture délicate et particulièrement élaborée. Autres particularités des illustrations : aucun visage n’est visible, tant celui des déportés que des gardiens ; le convoi figure sur les huit images relatives au passé, à la déportation donc. Un convoi figure également sur la dernière image, en couleurs et en double-page, un train de marchandises avec des wagons semblables aux wagons de la déportation. La vieille femme qui étend son linge est probablement Erika ; et la jeune fille qui regarde passer le convoi est probablement l’une des petites-filles d’Erika. C’est décidément un très beau livre, tant par le texte que par les images, sans oublier le travail de l’éditeur et de l’imprimeur.

 

Erika's StoryCouverture de l’édition anglaise avec l’étoile amovible, placée en mode « étoile jaune ». L’étoile n’a que cinq branches. Pourquoi ?

 

Ci-joint l’intégralité (en anglais) de ce court texte publié chez Random House Children’s Book, London, 2004 :

http://mir.pravo.by/webroot/delivery/files/books/Erika_s%20Story.pdf

J’en traduis le début, la rencontre de l’auteur du livre avec Erika, déjà très âgée :

« En 1995, cinquantième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, j’ai rencontré la protagoniste de cette histoire. Mon mari et moi étions assis sur le bord d’un trottoir, à Rothenburg, en Allemagne, et observions une équipe de nettoyage occupée à ramasser des morceaux de tuiles tombés du toit de l’hôtel de ville. La nuit précédente, une petite tornade était passée sur ce beau village médiéval et avait répandu des débris partout. Un vieux commerçant qui se tenait à côté de nous raconta que la tempête avait fait autant de dégâts que la dernière attaque alliée au cours de la guerre. Lorsque le commerçant retourna s’occuper de sa boutique, la femme qui était assise à côté de nous se présenta : Erika. Elle nous demanda si nous étions en voyage. Quand nous lui répondîmes que nous avions étudié durant deux semaines à Jérusalem, elle nous confia avec un soupir dans la voix qu’elle avait toujours voulu s’y rendre mais qu’elle n’en avait jamais eu les moyens. Je remarquai qu’elle portait au cou une étoile de David accrochée à une chaîne en or ; aussi mentionnai-je qu’après notre séjour en Israël nous avions traversé l’Autriche et visité le camp de concentration de Mauthausen. Erika me répondit qu’elle était allée une fois jusqu’à Dachau mais qu’elle n’avait pu se résoudre à en franchir le seuil. Puis elle me raconta son histoire… »

C’est l’histoire d’une enfant qui ne connaît pas la date exacte et le lieu de sa naissance, qui ne sait pas qui sont ses parents, qui ne sait pas si elle a eu des frères et des sœurs, qui ne connaît pas son prénom et son nom et qui survécut parce que sa mère décida de la lancer in extremis (elle n’avait que quelques mois) du wagon de marchandises qui les transportait vers un camp — Auschwitz ? Erika sait qu’elle fut recueillie près d’un passage à niveau et confiée à une femme qui prit soin d’elle. Erika s’est mariée ; elle a eu trois enfants et des petits-enfants. Son histoire qui dans ce livre tient en quelques lignes commence ainsi : « From 1933 to 1945, six million of my people were killed » et se termine ainsi : « It was once said that my people would be as many as the stars in the heavens. Six million of those stars fell between 1933 and 1945. »

 

Double page, Erika's Story

L’illustration en double page, à l’intérieur du livre, illustration qui reprend la première et la quatrième de couverture.

 

Je ne connaissais pas l’auteur des illustrations contenues dans ce livre, Roberto Innocenti, un Italien né en 1940, un extraordinaire dessinateur autodidacte dont l’art s’apparente au réalisme magique. « Si vous saviez ce que c’est fatigant de représenter un mur pierre par pierre » confie l’artiste. J’ai réfléchi au travail que suppose chaque composition, chaque détail de chaque composition. Aussi ai-je commencé par détailler ce que me proposait la banque d’images en ligne. J’ai détaillé nombre de ses dessins, comme ceux qui figurent dans « Erika’s Story ». Enfant, Roberto Innocenti était fasciné par Pieter Brueghel. Ses références touchent volontiers aux grands classiques de la littérature dite « pour enfants » avec, bien-sûr, « Le avventure di Pinocchio » de Carlo Collodi. Ci-joint, un lien sur l’œuvre de ce magnifique illustrateur :

http://www.robertoinnocenti.com

 

(1) Cette étoile peut être mise en mode « étoile jaune » et se retourne pour s’intégrer à la composition d’ensemble. Dans ce dernier cas, on ne la remarque pas d’emblée et on commence à s’étonner de ces entailles (soit douze segments) placées au centre de la composition.

 

Olivier Ypsilantis

 

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4 Responses to « L’étoile d’Erika », un livre pour enfants sur la Shoah.

  1. Hanna says:

    La poignante histoire d’Erika n’est malheureusement pas exceptionnelle. Ici de nombreuses personnes ont le nom et la date d’anniversaire qui leur ont été attribués à leur arrivée dans un orphelinat. Depuis internet, de nombreux sites essayent de les aider à retrouver sinon leur famille du moins leur identité. Certains y arrivent:
    http://missing-identity.net/
    http://www.ushmm.org/online/hsv/source_view.php?SourceId=32020
    https://identifinders.wordpress.com/2012/09/05/part-i-identifinders-international-announces-dna-study-for-child-survivors-of-the-holocaust/
    A bientôt,

  2. Mitnadev, tu poses la question ” L’étoile n’a que cinq branches. Pourquoi ? ”
    As tu une réponse ?
    PS : mon blog n’est plus skardanelli mais http://dovkravi.blogspot.fr/

  3. Olivier YPSILANTIS says:

    Je n’ai pas de réponse et je cherche une réponse. Si personne ne peut m’en donner, je m’adresserai à ceux qui ont conçu ce livre.

    • Chaumin-Midoir says:

      Bonjour,

      On m’avait fait la lecture de ce livre, il y a bien longtemps, et je ne pouvais en retrouvé une version pour la présenter à mes élèves.
      Grand merci d’avoir mis en ligne le lien du tapuscrit anglais. Je vais pouvoir en faire une lecture à ma classe.
      A mon humble avis, Erika compare juste ces millions de personnes innocentes tuées à ces belles étoiles qui s’accrochent au firmament, tout simplement.

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