« Israël peut-il survivre ? La nouvelle règle du jeu » de Michel Gurfinkiel (notes de lecture 3/4)

Les États arabes n’ont accueilli des réfugiés palestiniens qu’à deux reprises parce qu’ils n’acceptent pas la défaite de 1948 et la création de l’État d’Israël. Aussi les réfugiés doivent-ils rester des réfugiés afin de poursuivre le combat. Par ailleurs, les pays arabes des années 1940 sont très pauvres, peu enclins donc à accueillir des réfugiés, “d’autant plus que ceux-ci sont souvent d’anciens ressortissants miséreux ou indociles dont on s’était débarrassé pendant les décennies précédentes”. Et la pérennisation du statut de réfugié présente un avantage avec cette aide internationale assumée par les ONG (dans le langage actuel), une aide qui assure aux assistés un niveau de vie relativement confortable par rapport aux populations non réfugiées, tout en assurant une hausse du PNB des pays d’accueil. Lire “Refugees unto the Third Generation” de Benjamin Schiff.

Chapitre XV, “UNRWA” (pages 143 à 153) ou comment, par un tour de passe-passe, une aide humanitaire destinée à un demi-million de personnes est devenue une rente perpétuelle pour un million de personnes et leurs descendants. L’UNRWA prise au piège. En 2008, l’UNRWA portait assistance à 4 600 000 “réfugiés”, nés pour la plupart après 1948 avec 24 000 employés à plein temps, presque tous des Palestiniens, et un budget de 500 000 000 de dollar. Il faut savoir qu’en 2008, l’ensemble des autres “réfugiés, personnes déplacées et apatrides” du monde (soit 32 900 000 personnes) dépendaient d’une autre agence de l’ONU (UNHCR) ne comptant que 6 260 employés de divers pays, avec un budget qui s’élevait à un peu plus du double de celui alloué aux Palestiniens. Une disproportion flagrante donc. Peu de réfugiés palestiniens se trouvent aujourd’hui dans une situation d’urgence. Les camps palestiniens (de Gaza notamment) ne ressemblent en rien à ceux du Darfour ou du Tchad. Le phénomène UNRWA aura conduit sur le long terme à une “culture d’irresponsabilité” et à une “culture du mensonge”. Rente et fraude.

Les grandes religions chrétiennes ne se sont pas trop engagées dans les simplifications de Marcion. Elles s’en sont tenues au “mystère d’Israël” (voir saint Paul dans “L’Épître aux Romains”).

La Réforme et l’imprimerie (XVIème et XVIIème siècles). Le paradoxe paulinien perçu avec une acuité nouvelle. Pour les Frères de Plymouth, mouvement protestant conservateur, le retour des Juifs en Israël est la condition préalable à l’instauration du Royaume de Dieu sur toute la terre. Judéophilie (et israélophilie) chez les catholiques avec Jacques Maritain qui inclut le sionisme dans le “mystère d’Israël”. L’action du pape Jean-Paul II. Lire “Vive Israël !” de Magdi Cristiano Allam.

Une hypothèse à explorer : “L’islam a tenté de régler son différend avec le judaïsme à travers des doctrines et des comportements analogues au marcionisme”. Plutôt que de critiquer les deux Testaments par le commentaire, les théologiens musulmans ont déclaré qu’ils avaient été falsifiés et que le Coran venait rectifier. De l’influence du dualisme zoroastrien dans le proto-islam, suite à la conquête de l’Empire perse, un schéma repris tel quel par l’islam conquérant et qui l’active.

L’ochlocratie (voir Polybe) ou le pouvoir de tous sur tous, soit un totalitarisme fondé sur le conformisme. Ce type de régime se structure dans les environnements hostiles ou dans les minorités et diasporas. Il aide à la survie du groupe en renforçant sa cohésion. L’une de ses formes les plus achevées se rencontre dans le monde islamique, formé dans le désert, les steppes ou les vallées fluviales qui ne peuvent nourrir l’homme que moyennant de laborieux travaux d’irrigation.

L’islam aurait pu servir de modérateur ou d’antidote à l’ochlocratie, avec ses prescriptions qui vont à l’encontre du mode de vie bédouin. Mais lorsque l’islam est devenu empire, ses valeurs ont cédé devant les valeurs bédouines et les valeurs du dualisme empruntées à la Perse.

Ce jugement constant de tous par tous ouvre la voie au terrorisme politique, au coup d’État permanent. Voir la très longue liste des dirigeants musulmans assassinés ou renversés : les trois des quatre premiers califes, successeurs du Prophète, en passant par le roi Abdullah 1er de Jordanie et Sadate. Ces assassinats ou ces pronunciamientos peuvent être le prélude à une guerre contre les non-musulmans ou entre musulmans de sectes ou ethnies distinctes.

 

Abdullah 1erde Jordanie

 

 

 

Anouar El Sadate

Pourquoi les États-Unis aiment-ils Israël ? La présence d’une forte communauté juive ne saurait tout l’expliquer. Les États-Unis ont été fondés et façonnés aux XVIIème et XVIIIème siècles par les Puritains, l’un des courants les plus judéophiles du protestantisme. Voir les très nombreuses références bibliques dans la vie politique et sociale américaine. “Cette identification au judaïsme n’est cependant pas une substitution, une captation d’identité qui pourrait se traduire, en pratique, par le rejet des Juifs réels”. Voir le message adressé par George Washington à la communauté juive de Newport. Cette grande idée des sionistes chrétiens, à savoir que la nouvelle Sion (les États-Unis) doit aider l’ancienne Sion à retrouver sa liberté. Pensons à ces films hollywoodiens qui voient s’interpénétrer l’américanisme et l’hébraïsme avec “The Ten Commandments”, “Ben Hur” et “Exodus”. Leur succès initial et l’engouement qu’ils suscitent encore a une explication : l’Américain moyen ‒ non juif ‒ s’y reconnaît.

Le travail du Service d’analyse et de recherche de l’OSS sur l’après-guerre souligne l’importance cruciale du contrôle des réserves de pétrole qui se trouvent, pour l’essentiel, dans les pays arabes et en Iran. Par ailleurs, le verrouillage de l’expansionnisme soviétique se fera essentiellement par le contrôle des mers chaudes où se situe le monde arabe et islamique. L’un des moyens de se concilier ce monde : prendre en compte leur hostilité au sionisme. Sous l’influence des experts de l’OSS et du général Patrick Hurley, Franklin D. Roosevelt, qui a de la sympathie pour le sionisme, se rapproche des causes arabes et islamiques. Bref, pour cause de pétrole, on commence à s’entortiller avec les Arabes, en particulier avec le roitelet wahhabite Ibn Saoud, qui se tourne vers les États-Unis en confiant la prospection de son sous-sol à la Standard Oil of California. Sous Dwight D. Eisenhower et John Foster Dulles, un lobby saoudien commence à s’installer au cœur de la vie politique américaine.

Franklin D. Roosevelt et Ibn Saoud, le 14 février 1945, à bord du Quincy.

De l’importance du lobby (lobbying) aux États-Unis. Le lobby juif, qui pour beaucoup dépasse tous les autres, est appelé “The Lobby”. C’est oublier le lobby arabe et islamique, essentiellement financé par l’Arabie saoudite, par l’argent du pétrole donc. En insistant sur la toute-puissance du lobby juif, on oublie cependant ses nombreux échecs comme, entre autres exemples : son impuissance à faire admettre dans les années 1930, à titre humanitaire, la plupart des Juifs expulsés d’Allemagne, d’Autriche ou de Tchécoslovaquie ou à obtenir l’accueil d’une partie des survivants de la Shoah. “Mais ceux qui, à tout prix, veulent croire au Lobby des Lobbies et à sa toute-puissance ne s’arrêtent pas à de tels détails.”

Le lobby arabe américain a été fondé par Ibn Saoud, à la fin des années 1940. La lecture des “Protocoles des Sages de Sion” l’avait profondément marqué, comme elle avait marqué nombre d’Occidentaux, comme l’agent secret britannique Harry St. John Bridger Philby qui, converti à l’islam, dirigea la diplomatie du monarque saoudien dont les sympathisants nazis furent nombreux. L’idée centrale d’Ibn Saoud était de créer un lobby arabe au moins aussi puissant que le lobby juif. Dans sa vision du monde, il voulait opposer les Protocoles des Sages de l’Islam aux Protocoles des Sages de Sion. Ibn Saoud a gagné son pari : le lobby américano-saoudien se confond avec une partie de l’establishment financier et donc des establishments politique et intellectuel du pays.

Le lobby saoudien suit la ligne souhaitée par Ibn Saoud. Il sait peser sur les décisions des États-Unis en politique extérieure. Le seul domaine où ce lobby a échoué reste sa lutte contre Israël. Des Arabes chrétiens (63 % des Arabes américains sont chrétiens) ont appuyé le lobby saoudien. Les Juifs américains ont réagi, notamment après l’arrivée au pouvoir de Menahem Begin, avec l’appui des mouvements sionistes chrétiens : CCI, NCLCI, ICZC, CAI, CUFI, CFI. (à suivre)

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