Miscellanées – 1/9

 

Ces neuf publications, de « Miscellanées – 1/9 » à « Miscellanées – 9/9 », sont constituées de notes prises au cours de la rédaction d’articles pour ce blog, des notes prises à la hâte, en marge ou au dos de manuscrits que j’ai considérés une dernière fois après les avoir travaillés entre le clavier et l’écran avant de les détruire. Certaines notes sont rapportées ici intactes, d’autres sont allégées ou augmentées (à l’occasion d’un lien Internet). Elles sont constituées de projets d’articles, de pistes à explorer et entrevues au cours de recherches, de notes de lectures, de souvenirs qui me reviennent par ricochets, que sais-je encore ?

Au cours de l’élaboration d’un article, des idées qui n’ont pas de relation pertinente avec ledit article surgissent par des voies plus ou moins directes. Dans tous les cas, j’en prends note, dans les marges ou au dos des manuscrits. Des notes pourront m’inciter à rédiger des articles tandis que d’autres seront laissées en l’état.  

Je compare volontiers le travail de l’écrivain à celui du jardinier : on plante puis on arrache les mauvaises herbes, on taille, on brûle, etc. La création littéraire (et elle n’est pas la seule) s’accompagne de destructions parfois très importantes, plus importantes que ce qui leur échappe ; mais ce qui leur échappe n’aurait pu être sans elles.   

 

 

N’oubliez jamais le Commandant Massoud !

 

Eduardo Gageiro, un nom que j’ai découvert à la Livraria Parlamentar (Assembleia da República de Portugal) par deux gros albums : « Lisboa no Cais da Memória – 1957/1974 » et « Lisboa Amarga e Doce – 1975/2010 ». Ces deux volumineux albums constituent probablement le plus beau témoignage aisément accessible sur la capitale du Portugal de ces années.

 

Une photographie d’Eduardo Gageiro (né en 1935)

 

Quim e Manecas de Stuart Carvalhais (dessinateur malheureusement méconnu hors du Portugal), une pertinence graphique comparable à celle de Hergé avec, par exemple, Quick et Flupke. Quim e Manecas :

https://www.youtube.com/watch?v=U8G91474jd4

 

A étudier, la réforme agraire au Sud du Portugal en 1975. Voir les IV et V Governos Provisórios dirigés par Vasco dos Santos Gonçalves.

 

Me procurer “With the Zionists in Gallipoli” et “With the Judæans in the Palestine Campaign” du Lt.-Colonel J. H. Patterson, ainsi que “Summing Up: An Autobiography” de Yitzhak Shamir. Étudier le mouvement cananéen. Voir ce qu’en dit Pierre Lurçat dans son dernier livre : « Israël, le rêve inachevé. Quel État pour le peuple juif ? ». Ci-joint un article intitulé « Ni État des croisés, ni Terre de Canaan » et signé David Ohana et Tal Aronzon :

https://www.cairn.info/revue-pardes-2009-2-page-143.htm#

 

Saveur du vocabulaire des métiers, et quel que soit le métier. (En feuilletant “Audels Shipfitter’s Handy Book (a practical treatise on steel ship building and repairing for loftsmen, welders, riveters, anglesmiths, flange turners and all ship mechanics)” de Ralph Newstead. Plus particulièrement le chapitre intitulé “Marine and shipbuilding terms” (page 13 à page 23).The most fanciful of all examples of enforced compartmentalism are the strainer-arches of the crossing at Wells Cathedral, c. 1340.

 

Souvenir. Ma grand-tante me lit dans son appartement du boulevard Berthier des poèmes d’Albert Samain. De fait, je ne puis rencontrer le nom de ce poète sans penser automatiquement à elle. Je la revois donc les yeux mi-clos tirant sur sa cigarette, une blonde, une américaine. A son dos, des trouvailles alignées sur une étagère, des trouvailles faites en Grèce par un parent archéologue. Je revois « Le Chariot d’Or » à couverture jaune, l’édition du Mercure de France. J’en relis à l’occasion un poème et je me souviens d’elle.

 

Parmi les livres lus en cachette, durant les gardes, à l’armée, lorsque je me trouvais loin des gradés, entre hangars et champs de neige, « L’effondrement de Nietzsche » du Dr. E. F. Podach, analyse d’une folie, des premiers signes, à Turin en 1888, à sa mort, à Iéna en 1900. C’est au cours de ces gardes, un hiver, dans le même secteur de l’immense caserne, que j’entrepris la lecture de « Drieu la Rochelle » de F. J. Grover. Je lisais alors beaucoup cet écrivain qui à sa manière m’aidait.

 

L’un des plus inoubliables fragments de poèmes : Bis in den Mund gebräunt vom Meer (« Brunie par la mer jusque dans la bouche »). Voir « D-Zug » de Gottfried Benn.

 

Gérard Schlosser et John Kacéré, une communauté de thème et d’ambiance.

 

Le drapé en majesté : Giuseppe Sanmartino et Antonio Corradini.

 

Étudier l’histoire de la Legião Verde, soit ces volontaires portugais contre le bolchévisme, soixante-seize engagés sur le front Est, aux côtés de la División Azul, des Espagnols. Étudier l’histoire de la Legião portuguesa (L.P.) créée en 1936 et dissoute en 1974. Son emblème, une croix fleurdelisée verte inspirée de l’Ordre d’Avis. Étudier l’histoire des Viriatos, ces volontaires portugais dans la Guerre Civile d’Espagne côté franquiste. Viriatos, du nom de ce chef lusitanien qui malmena sérieusement les troupes romaines.

 

Vu « Pheadra » (1962) de Jules Dassin. Pertinence du scénario et du jeu des acteurs. Certaines scènes sont tout simplement sublimes (larmes aux yeux). Et Mélina Mercouri remue férocement en moi mes origines. Le jeu d’Anthony Perkins au volant de son Aston Martin DB4, sur une musique de Bach. La musique de Mikis Theodorakis, irrésistible, confirmation d’une ambiance. Le trailer de ce film :

https://www.youtube.com/watch?v=vB4kmEZaOQ4

 

Mélina Mercouri (1920-1994)

 

« Il est plus aisé de connaître l’homme en général, que de connaître un homme en particulier » (« Réflexions morales » (436), La Rochefoucauld).

 

Étudier le parcours de ces deux politiciennes allemandes (Alternative für Deutschland, AfD) : Alice Weidel et Frauke Petry.

 

Pour un vaste article sur le mouvement cananéen. L’argument d’Aaron Amir (l’un des fondateurs de ce mouvement) selon lequel, très peu de temps après la fondation de l’État (d’Israël), on en viendra au « royaume croisé d’Israël ». Amos Kenan s’intéresse à ce mouvement et aux Croisés en Terre Sainte (Renaud de Châtillon plus particulièrement). Il termine l’un de ses livres sur la fin de l’État juif, une vision liée à la confiscation d’une terre au profit d’une théocratie, confiscation entraînant une menace avec, à la clé, un destin tragique pour les Juifs d’Israël, soit le destin qu’avaient connu les Croisés avec leur tentative d’implantation d’une théocratie en terre étrangère. Le mouvement cananéen a perdu en influence mais d’une certaine manière seulement car ses idées se sont disséminées, avec regard critique porté sur le Juif « nouveau », maître d’une terre. Amos Oz a subi des influences cananéennes, d’où ma sympathie mitigée pour cet écrivain dont je ne connais par ailleurs l’œuvre que très superficiellement. Certes, le mouvement cananéen fait partie intégrante de la richesse de la pensée juive et plus spécifiquement israélienne ; je l’étudie donc et prends des notes mais je ne lui accorde pas la moindre sympathie car c’est un mythe radicalement négatif envers le sionisme : il raille l’entreprise sioniste en lui présageant une fin prochaine, le projet sioniste qui est projet de mutation d’un pays (d’une terre), d’un peuple et d’individus. Le mouvement cananéen ne célèbrerait-il pas à sa manière le Juif diasporique, dépendant – comme s’il s’agissait d’une fatalité ? Des antisionistes se régaleront, à commencer par des non-Juifs tout heureux de pouvoir avancer à l’ombre de Juifs, ce qui leur évitera l’accusation d’antisémitisme. Pour le sioniste, les Juifs veulent redevenir maîtres de leur existence nationale dans ce qui fut et n’a jamais cessé d’être leur pays ; et c’est bien ainsi.

 

19 février 1841, exécution capitale (par pendaison) au Portugal (la peine de mort sera abolie dans le pays l’année suivante), Cais do Tojo. Est exécuté ce jour Diogo Alves (né en 1810 en Espagne), le plus grand tueur en série jamais connu dans ce pays. A partir de 1836, de voleur il devient criminel. Son terrain de chasse est centré sur le Aqueducto das Águas Livres, à Lisboa, qui sert également de point de passage entre Lisboa et Benfica et permet de s’épargner la vallée d’Alcântara. Caché, Diogo Alves bondit sur le passant et le détrousse avant de le précipiter d’une hauteur de soixante-cinq mètres, faisant croire à un suicide. Il finit par organiser un gang qui multiplie les « suicides ». Entre 1837 et 1839, on dénombre plus de soixante-dix victimes – leur nombre exact varie. Le passage par l’aqueduc finit par être fermé par les autorités. Le gang s’attaque alors aux maisons des notables qu’il cambriole, étranglant les témoins. Dernier forfait chez le Dr Pedro de Andrade, médecin particulièrement respecté. Un domestique au service de ce dernier aide le gang à préparer son forfait. Le 26 septembre au soir, la femme du Dr Pedro de Andrade et ses trois enfants sont assassinés. Le Dr Pedro de Andrade qui était absent soupçonne aussitôt son domestique et la police se lance à sa recherche. Mais Diogo Alves est plus rapide ; il retrouve son complice (qui s’est réfugié chez un cousin, membre du gang) et l’étrangle, éliminant ainsi un témoin essentiel. Mais l’un des complices qui s’est fait prendre au cours d’un autre cambriolage finit par parler ; et c’est la fin de Diogo Alves. « Os crimes de Diogo Alves », deux courts-métrages de 1909 et 1911, peuvent être visionnés en ligne.

 

Helena Almeida, découverte à l’occasion d’une visite au Museu Coleção Berardo à Lisbonne. L’œuvre de cette Portugaise est émouvante (elle engage son corps) comme l’est celle d’une autre femme, la Serbe Marina Abramović ; et, de fait, leurs œuvres ont un air de famille. Pareillement émouvante est l’œuvre de Gina Pane qui elle aussi engage son corps. Gina Pane a accompagné mes années d’études entre rue Bonaparte et quai Malaquais.

 

Helena Almeida (1934-2018)

 

L’intéressante figure de Henrique Mitchell de Paiva Couceiro, ses incursões monárquicas contre la Primeira República Portuguesa en 1911, 1912 et 1919. Il est président du Gouvernement de la Monarquia do Norte du 19 janvier au 13 février 1919. Travailler à un article sur cette parenthèse au Nord du Portugal. Voir l’étude de Helena Moreira da Silva (Academia Portuguesa da História, collection Guerras e Campanhas Militares da História de Portugal).

 

La théorie de l’équilibre et ses deux extrêmes : la concurrence totale et le monopole. Entre 1926 et 1933, et principalement dans les pays anglo-saxons, on soumet à une critique serrée ces deux extrêmes et leur prétention à représenter la réalité effective du marché capitaliste. Cette critique a été initiée par un article de Piero Sraffa publié en décembre 1926 dans Economic Journal sous le titre « The Laws of Returns under Competitive Conditions » avant d’être publié en italien.

 

Frédéric Bastiat (dans « Harmonies économiques », chap. V : « De la valeur ») : « L’idée de valeur est entrée dans le monde la première fois qu’un homme a dit à son frère : fais ceci pour moi, je ferai cela pour toi, – ils sont tombés d’accord ; car alors, pour la première fois, on a pu dire : les deux services échangés se valent. Il est assez singulier que la vraie théorie de la valeur, qu’on cherche en vain dans maints gros livres, se rencontre dans la jolie fable de Florian, L’Aveugle et le Paralytique. » Je ne cite pas l’intégralité de l’extrait de cette fable que présente Frédéric Bastiat, une fable écrite par un homme du XVIIIe siècle, et me contente de ce qui suit : « J’ai des jambes, et vous des yeux. / Moi, je vais vous porter ; vous, vous serez mon guide : / Ainsi, sans que jamais notre amitié décide / Qui de nous deux remplit le plus utile emploi, / Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi. »

Olivier Ypsilantis

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