Vladimir Jabotinsky et Oded Yinon, deux grands sionistes

 

Dans l’immense diversité du projet sioniste, deux visions m’ont particulièrement intéressé : un manifeste de Vladimir Jabotinsky (écrit en 1923), « La Muraille de fer » ; et le « Plan Yinon », avec cet article publié en 1982, sous le titre « Stratégie pour Israël dans les années 80 ». Concernant le « Plan Yinon », une grande quantité d’articles et de vidéos sont consultables en ligne : c’est pain béni pour ceux qui, si nombreux, voient partout la main d’Israël, du Sionisme et, plus généralement, du Juif. Avec ce texte, ils tiennent enfin « la preuve » que leurs délires sont fondés… Les conspirationnistes exultent !

Tout d’abord l’intégralité du texte de Vladimir Jabotinsky, un classique de la littérature sioniste à lire et à relire :

http://www.juif.org/blogs/8279,zeev-jabotinsky-la-muraille-de-fer-1923-extrait-d-oeuvres.php

Ce texte est remarquable et pour plus d’une raison. D’abord, parce qu’il est implacablement anti-démagogique. Ce texte sobre et coupant comme le meilleur acier pose des limites précises destinées à empêcher avant tout et autant que possible la violence – on sait que le principal fauteur de troubles voire de guerres est bien la démagogie, la démagogie qui se livre sur le langage à des trafics aussi divers que variés.

 

Vladimir Jabotinsky (1880-1940)

 

Des antisionistes eux-mêmes reconnaissent à Vladimir Jabotinsky cette qualité : une clarté dans la pensée et son expression, une clarté implacablement anti-démagogique qui s’interdit tout faux-fuyant et écrase le sentimentalisme, ce sentimentalisme qui prend en pitié les « pauvres Arabes »  – « victimes des Juifs », bien entendu – et qui multiplie les signes de compassion en espérant se concilier leurs bonnes grâces. C’est un texte de politique pure que Julien Freund n’aurait pas manqué de saluer comme tel, qu’il ait été d’accord ou non avec le sionisme de l’auteur et, plus généralement, avec le sionisme.

Ce texte est remarquable et pour plus d’une raison, je le redis. Et d’abord, parce qu’il ne véhicule pas le moindre mépris pour les Arabes de Palestine. « Ma position politique, en revanche, est dominée par deux principes fondamentaux. Premièrement, je pense que l’éviction des Arabes est absolument impensable ; la Palestine a toujours été une terre habitée par deux peuples. Deuxièmement, je suis fier d’être de ceux qui ont élaboré le programme d’Helsingfors qui prévoyait l’octroi de droits nationaux à tous les peuples vivant sur une même terre. »

Mais Vladimir Jabotinsky pose cette question centrale (une question sous-jacente dans les analyses de Julien Freund) : « Peut-on toujours atteindre un objectif de paix par des voies pacifiques ? » Il ne se perd pas dans le faux-fuyant et la tergiversation et il déclare tout de go que « la réponse à cette question dépend entièrement de l’attitude des Arabes à notre égard et à l’égard du sionisme, et non de notre attitude ». Ce n’est pas en faisant risette aux Arabes de Palestine qu’on se fera accepter par eux, sur des terres qu’ils considèrent comme leurs.

Et il enfonce le clou : « Aussi longtemps qu’il y aura la moindre étincelle d’espoir pour les Arabes de nous résister, ils n’abandonneront pas cet espoir, ni pour des mots doux ni pour des récompenses alléchantes… » C’est le mur de fer, le nécessaire mur de fer, le très nécessaire mur de fer, l’indispensable mur de fer…

Je fais toutefois une objection à ce texte fondamental (écrit en 1923, je le rappelle, bien avant la création de l’État d’Israël donc) de ce grand sioniste, probablement le plus lucide de tous les sionistes, une objection de détail. Lorsqu’il compare la situation des Arabes de Palestine à celle des Indiens précolombiens et des Indiens d’Amérique du Nord, il fait la part trop belle – bien trop belle – aux Arabes de Palestine. Indiens précolombiens et Indiens d’Amérique du Nord étaient libres avant l’arrivée des Européens, libres depuis toujours, absolument souverains ; rien à voir avec les Arabes de Palestine qui avaient été soumis aux Britanniques et, auparavant, aux Ottomans dans une région traversée en tous sens et soumise depuis l’Antiquité à maints conquérants. J’ouvre une parenthèse qui est plus qu’une parenthèse pour signaler que la plupart des « Palestiniens » (soit les Arabes de Palestine, les Palestiniens étant tout naturellement pour ceux qui voyagèrent dans la région, au XIXe siècle notamment, les Juifs de Palestine) sont des Arabes d’un peu partout venus s’installer dans ce qui allait devenir l’État d’Israël, attirés par l’esprit d’entreprise des Juifs. Il faut le dire et le redire, il y avait peu d’Arabes dans cette région. Jérusalem était par sa population beaucoup plus juive qu’arabe (musulmane) et Gaza n’était qu’un banc de sable, alors qu’à présent sa population tend vers les deux millions. Des propagandistes qui ne connaissent pas la honte (pléonasme) se plaisent à rapprocher Gaza de Auschwitz. Sa population y a pourtant un taux de croissance parmi les plus élevés du monde et qui ne saurait s’expliquer par un afflux de déportés amenés-là par Israël…

Je précise par ailleurs, autre détail, que si les Espagnols et autres Européens voguèrent vers le continent américain, ce n’était pas pour y retrouver une patrie perdue, rien à voir avec « L’an prochain à Jérusalem », le lien jamais oublié, jamais, un lien que des siècles de dispersion n’avaient pas effacé…

Il n’en reste pas moins que ce texte de Vladimir Jabotinsky est à ma connaissance l’un des plus beaux textes de la littérature sioniste, un texte coupant comme le meilleur acier, c’est-à-dire dénué de toutes ces ambiguïtés et de toutes ces imprécisions responsables de tant de malentendus, de tant de violences. En ces temps de langue de bois, il convient de lire et de relire ce texte. On peut repousser ses conclusions, et avec violence, mais sans jamais cesser de lui reconnaître clarté et pureté. Mais, surtout, il reste un formidable outil de réflexion et de travail, un guide toujours actuel, toujours plus actuel.

 

Oded Yinon est bien moins connu que Vladimir Jabotinsky, et il n’est malheureusement guère connu que des conspirationnistes, ces volatiles qui perchent un peu partout sur l’arbre socio-politique. Oded Yinon, ancien fonctionnaire au ministère israélien des Affaires étrangères, est l’auteur d’un plan sur lequel se sont précipités nombre de ces volatiles qui pensèrent d’un coup donner consistance à leurs fières délirantes et tenir enfin « la preuve » ! J’insiste, ce plan (un plan auquel j’ai pensé dans mon coin, bien avant de prendre connaissance du « Plan Yinon ») fait le régal des conspirationnistes, ces mouches qui ne cessent de bourdonner autour d’Israël. Entrez Plan Yinon sur les moteurs de recherche et vous  prendrez la mesure de ce bourdonnement. Le « Plan Yinon » expliquerait la décadence du monde arabe, monde dénué de tout esprit critique hormis celui de quelques Arabes (que je salue) bien isolés et menacés par leur société d’origine ; il est tellement plus simple d’expliquer sa misère par le Juif ou le colonisateur, par l’Autre dans tous les cas, pour ne pas avoir à passer par l’autocritique et pratiquer l’autodérision, un exercice pourtant fort distrayant et excellent pour la santé…

 

Une carte que je porte en rêve, le Grand Kurdistan et le Grand Israël.

 

Le monde arabo-musulman a compris toutes les rentes qu’il pouvait tirer de sa position de « victime », de son infantilisation par une gauche en mal de protégés. Par ailleurs, la concurrence victimaire est devenue une olympiade, avec son podium et sa remise de médailles. Les Arabo-musulmans parviennent à en décrocher de nombreuses ; et devinez pourquoi ? Pour cause d’Israël !

Les « Printemps arabes », désignation de propagande, ont décuplé cette croyance en un « complot sioniste ». Avec le morcellement consécutif du monde arabe, les conspirationnistes – ou complotistes – brandissent plus encore le « Plan Yinon ». « Nous tenons la preuve ! » braillent-ils. Les pauvres !

Mais j’en reviens à ce plan. Il me séduit. J’aimerais simplement que les espérances qu’il contient soient plus avancées ; par exemple que le Sinaï soit israélien, plutôt que d’être le repaire de bandes armées qui se livrent aux pires trafics. La situation de plus en plus précaire des Chrétiens d’Égypte (devenus souffre-douleurs des Musulmans du pays) me fait espérer la création d’un État (chrétien) indépendant (allié d’Israël) en Haute-Égypte. L’accord de paix de 1979 a probablement retardé ce processus. Le Liban, la Syrie et l’Irak sont en voie de démantèlement. Le Grand Kurdistan prend forme, sur les ruines de l’Irak et de la Syrie et peut-être un jour de la Turquie, cet État dangereux entre tous et à morceler.

Les tensions entre Chiites et Sunnites sont un vecteur fondamental de la l’affaiblissement du monde arabe et plus généralement musulman. Mais contrairement au « Plan Yinon », je ne suis pas partisan d’un remodelage de l’Iran. Par contre, l’amenuisement du Pakistan me semble souhaitable comme me semble souhaitable la création d’un Arab Shia State partiellement constitué d’un morceau d’Irak.

La Jordanie reste pour l’heure un pays relativement calme, mais pour combien de temps ? Il faudra avec l’aide de ce pays résorber cette poche cancéreuse, la Cisjordanie. Comprenez-moi, il serait plus esthétique, oui, esthétique, de retracer la frontière en suivant la vallée du Jourdain. Ce projet pourrait permettre l’activation d’un autre plan, pour le « Plan de Paix Elon », soit la réinstallation des « Palestiniens » de l’autre côté du Jourdain, mettant ainsi  fin à ces histoires de « territoires occupés », de « colons » et de « colonisation », à cet ergotage cadastral auquel plus personne de comprend rien mis à part ceux qui n’ont jamais rien compris. Cette frontière nette devrait permettre des échanges plus féconds – et surtout plus simples – entre Juifs et Arabes. Quant aux Arabes de nationalité israélienne, on ne les empêchera pas de rejoindre leurs frères de l’autre côté du Jourdain, en Jordanie, ou en Transjordanie si vous préférez.

Et l’Iran ? La paix est possible avec ce pays somme toute raisonnable. Afin de mieux le tenir, la question kurde pourrait être agitée, une manière de chantage comme une autre – le chantage, pièce maîtresse de la diplomatie. Après dépeçage de l’Irak, de la Syrie (et même de la Turquie), on pourrait menacer l’Iran d’activer le séparatisme kurde (et autres séparatismes iraniens) afin fonder une alliance, toute alliance tenant de l’opportunisme et de la volonté d’éloigner une menace. C’est avec l’Iran qu’il nous faudra jouer après la réduction du monde arabe. C’est avec ce pays que nous fonderont une paix, une paix armée, mais une paix, et une collaboration qui devrait être féconde.

Au courrier, un article des Éditions Kountrass, « La Turquie est plus dangereuse que l’Iran ». Je résume. Steve Bannon a récemment pointé du doigt la dangerosité du Qatar (ce que je ne cesse de faire sans être Steve Bannon) et a signalé que la Turquie était plus dangereuse, beaucoup plus dangereuse que l’Iran, ce que je pense également. Problème majeur et qui empoisonne le monde, la Turquie est dans l’OTAN. Il faudrait l’en faire sortir avant de la réduire, notamment en cédant une part de son territoire pour la formation d’un Grand Kurdistan.

L’article suivant contient d’intéressants éléments de réflexion. Il s’intitule « Il faut redessiner les frontières du Moyen-Orient ». Le Figaro interroge Kendal Nezan, président de l’Institut kurde de Paris, qui rentre d’Erbil, en Irak, où il a assisté au référendum sur l’indépendance du Kurdistan (approuvé par 92% des votants).

A la question du Figaro : « Que représente pour vous ce référendum d’indépendance ? », Kendal Nezan termine très justement sa réponse par : « Au nom de quoi demanderait-on un État pour les Palestiniens et le refuserait-on pour les Kurdes, qui forment un nation très ancienne ? » Cette insistance (discrète) sur l’ancienneté des Kurdes est une manière de laisser entendre que les Palestiniens sont des nouveaux-venus, qu’ils ne peuvent avoir de prétention à l’ancienneté. Et j’irai plus loin : il n’y a pas de « peuple palestinien », plus exactement, ce peuple pourrait être les Juifs d’Israël, présents depuis toujours dans ces régions devenues parties intégrantes de l’État d’Israël. Par ailleurs, le nom même de « Palestine » peut être légitimement repoussé quand on connaît sa généalogie. Il a été fabriqué par un occupant désireux de gommer une identité.  En 135, lorsque l’empereur Hadrien vient à bout de la grande révolte juive, il change le nom Judaea en Palaestina. Il change également le nom Jérusalem en Aelia Capitolina afin d’effacer à jamais le souvenir des Juifs et, surtout, de les humilier. Mais lisez l’article suivant, « Le grand bluff du nom “Palestinien”, petit rappel pour les “ignorants de bonne foi” » :

http://www.danilette.com/article-le-grand-bluff-du-nom-palestine-petit-rappel-pour-les-ignorants-de-bonne-foi-84119105.html

Dans cet entretien, Kendal Nezan  rappelle à raison que : «Le Kurdistan est la seule région du Moyen-Orient où la démocratie, le respect des minorités et des droits de l’homme et l’esprit séculaire sont défendus par une population. Ne pas le défendre serait une défaite morale pour nos valeurs ». Le redécoupage des frontières peut et doit être envisagé calmement pour le bonheur des peuples. Au travail donc ! Et le directeur de l’Institut kurde de Paris rappelle très justement que « L’Irak a existé pendant près d’un siècle, soit beaucoup plus longtemps que l’URSS ou la Yougoslavie » et qu’il serait temps « d’organiser une conférence internationale avec l’ensemble des parties et modifier la carte avec un État sunnite irakien et syrien, un État kurde en Irak et, si les Kurdes de Syrie veulent s’y joindre, une fédération et, enfin, un État alaouite… »

Ci-joint donc l’intégralité de l’entrevue publiée par Le Figaro et reprise par le blog Danilette’s :

http://www.danilette.com/2017/10/il-faut-redessiner-les-frontieres-du-moyen-orient-kendal-nezan.html

 

Olivier Ypsilantis

 

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3 Responses to Vladimir Jabotinsky et Oded Yinon, deux grands sionistes

  1. Hanna says:

    En fait le plan Yinon nous propose le Foyer National Juif de 1920, c’est à dire le territoire de la Palestine Mandataire et le plan Elon de transférer les Arabes de Judée-Samarie en Jordanie.
    Il y a aussi pour la Judée et la Samarie (et même Gaza), la proposition de Mordekhai Kedar, spécialiste israélien du monde arabe, qui propose d’y créer des emirats comme celui de Barhein, c’est à dire basés sur un seul clan (ou clans associés familialement) puisqu’en fait la population arabe se définit encore par son appartenance à un clan et non pas à une nation:
    https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/02/16/une-nation-palestinienne/
    http://www.palestinianemirates.com/articles.html

  2. Nina says:

    Rappel nécessaire ? NON ! VITAL !
    Je me lève et j’avale ce texte. Je ne le lis pas, je le fais mien comme une gourmandise.

    Il faut le faire circuler. J’adhère à ton enthousiasme et au simple rapport à la vérité historique.

    Tu as sans doute raison concernant l’Iran. Nos débats me manquent mais tu ne t’es pas trompé : le peuple iranien a hurlé récemment : “MORT A LA PALESTINE !” durant une manifestation réprimée comme il se doit par les pasdaran et les bassidj.

    Le peuple en a marre de ses mollah.

    Le comble fut sans doute lors d’un match de foot opposant deux équipes locales. Les amateurs hurlèrent alors “MORT AUX DICTATEURS !”.

    Le peuple iranien est mûr Olivier.

    Netanyaou et Trump ne cessent de leur faire des avances en distinguant à chaque fois les oppresseurs et les oppressés : les mollah et leur cohorte de chiens enragés et le peuple iranien qui n’a même plus de quoi boire tant la sècheresse mine le pays.

    Il reste le sursaut nécessaire du point névralgique de tout l’Iran : LE GRAND BAZAR de Téhéran. C’est lui et lui seul qui donnera le top départ d’un renversement de régime.

    Je scrute comme toi dans l’espoir qu’enfin les iraniens se soulèvent et trouvent de l’aide extérieure pour le faire.

    Eviter une guerre, redonner de l’espoir pour que l’Iran enfin purifié de ses enturbannés, puisse donner la mesure de ses capacités politiques (démocratiques), et intellectuelles.

    Autant je me méfie d’un consensus avec les pays du Golfe qui furent les premiers à sponsoriser tous les terroristes de la planète pour tuer les juifs partout ainsi que les guerres contre Israël, autant je suis d’accord que fondamentalement, nous aurions plus à tirer d’une paix durable entre l’Iran et l’état juif.

    Il y a trop de “si” dans cette hypothèse de travail et notamment parce que les seuls se croyant “investis” pour sauver l’Iran sont les OMPISTES. Ces espèces de gros cons qui ont fait la synthèse entre ISLAM ET MARXISME !

    Les nervis de Khomeiny qui ont participé à de grandes purges en 1979 avec l’ayatollah et guide suprême sont en diaspora et s’auto-proclament les seuls garants d’un Iran démocratique à venir !

    Quelle erreur ce serait alors de les laisser investir l’Iran si chute du régime il y avait demain ! C’est précisément cela que je redoute le plus.

    Je les vois toutes les semaines à Paris. Ils sont massivement regroupés place du Trocadéro et ils ne sont guère différents des enturbannés iraniens.

    Comme les journaleux sont en mal de “pauvres déplacés”, leurs enquêtes et papiers concernant ces cinglés qui ont autant de sang sur les mains que Khamenei et ses sbires ne doivent plus pouvoir être une force politique sinon l’Iran mettra encore un demi-siècle avant de sortir de l’obscurantisme dans lequel Khomeiny a plongé la Perse.

    Comme d’habitude mon Olive, bravo…Rien d’autre à dire sinon qu’il est bon d’avoir des synthèses dans lesquelles on apprend et on vibre. C’est une qualité rare.

  3. Olivier says:

    Merci Nina. J’ai quelques problèmes d’ordinateurs que je vais tenter de résoudre pour mieux te répondre. .

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