Haine du Juif – Haine d’Israël

 

C’est vrai, être sioniste vous condamne à un relatif isolement. Mais qu’on se le dise, je préfère avoir quelques amis que des hordes de potes. La chaleur du troupeau m’incommode, sans parler des odeurs, les haleines surtout. (Olivier Ypsilantis)

 

Shmuel Trigano souligne à raison que le « nouvel antisémitisme » active un dédoublement de la figure juive qu’a rendu possible la création d’un État juif, l’État d’Israël. Ainsi cet antisémitisme « nouvelle cuvée » oppose : le sioniste / le Juif ; l’Israélien (le Juif souverain) / la victime de la Shoah ; la mémoire juive de la Shoah / l’universel de la Shoah. J’avais fait ce constat bien avant de prendre connaissance de l’analyse de Shmuel Trigano, aussi l’ai-je lue en manière de confirmation.

Des individus toujours affairés à désigner le Bien et le Mal, à distribuer Bons Points et Mauvais Points (on les trouve aujourd’hui généralement à gauche, des socialistes ménopausés à l’extrême-gauche en chaleur), ont dressé le petit tableau suivant : Mal : Sioniste – Juif souverain – Singularité de la Shoah ; Bien : Juif – Juif victime – Universalité de la Shoah.

Sioniste = Mal, Juif = Bien. Ainsi l’antisioniste espère-t-il découpler antisionisme et antisémitisme. J’ai expliqué l’inanité de cette position à plusieurs reprises dans des articles disséminés sur ce blog. Je ne vais donc pas me répéter. Juif souverain = Mal, Juif victime = Bien. Une même personne va y aller de sa larme devant les victimes de la Shoah et serrer les poings devant les soldats de Tsahal, n’hésitant pas à établir en toute bonne conscience une équivalence entre Gaza et Auschwitz. Paresse mentale, conformisme de cauchemar… Singularité de la Shoah = Mal, Universalité de la Shoah = Bien. C’est le grand discours dans le style on-est-tous-frères, on-est-tous-potes, l’Humanité-est-une, etcetera. La Shoah est une atteinte à l’Homme, à l’Humanité… Certes, mais ce n’est pas tout. S’en tenir à cette considération relève une fois encore du conformiste fourre-tout, du bon ton et, surtout, du désir de préserver son petit confort mental. Il faut avoir la décence (je ne sais à quel autre mot faire appel) de reconnaître que la Shoah concerne spécifiquement une partie de l’humanité : les Juifs. Mais sous couvert de « bons sentiments » on va s’employer à dissoudre une spécificité dans le bain d’acide de l’Humanité. Certains jalousent aux Juifs jusqu’à leurs souffrances, ce que montre ce refus entêté de reconnaître la spécificité de la Shoah… Je dis bien la Shoah, je ne dis pas que les Juifs ont été le seul peuple à souffrir et à subir un génocide ; et je ne suis pas ici pour organiser un hit-parade de la souffrance. Est-ce clair ?

 

 

L’antisionisme n’attaque pas seulement un gouvernement, il attaque aussi un État dont il souhaite la disparition – et celle de la population qui s’est placée sous sa protection.

Le « deux poids, deux mesures » est trop souvent appliqué à Israël, notamment au sujet des opérations conduites par Tsahal à Gaza. Certains Juifs ne sont pas en reste dans cette dénonciation et parfois d’une manière extrêmement insidieuse.

Israël est bien la terre ancestrale des Juifs du monde entier et l’État d’Israël a été fondé « sur la base d’un consensus de traités internationaux, ce dont ne peuvent se prévaloir que très peu d’États » nous rappelle Shmuel Trigano.

Étudier la lawfare (guerre juridique) menée par les Palestiniens, notamment à l’ONU, par l’intermédiaire de l’Organisation de la Conférence islamique, devenue l’Organisation de la Coopération islamique (O.C.I.).

La mémoire de la Shoah peut conduire à la nazification d’Israël. Il faut lire et relire ce petit livre d’une densité particulière écrit par Shmuel Trigano, « Les frontières d’Auschwitz ». Premier temps d’une manœuvre sournoise : On ôte à la Shoah sa spécificité juive afin de l’universaliser (une fois encore, le Juif est poussé de côté au profit de l’Homme, de l’Humanité) ; puis on exalte le Juif victime (afin de parer à toute accusation d’antisémitisme) avant de dénoncer l’opération d’accaparement de la Shoah (ce drame « universel »), supposément menée par les lobbies sionistes et Israël et destinée à créer des rentes morales en tirant profit de la culpabilisation de l’Occident. Cette « mémoire » de la Shoah dévoyée (exit le Juif au profit de l’Humanité) permet aussi et d’abord aux nouveaux antisémites d’interdire aux Juifs de les accuser d’antisémitisme en prétendant que cette accusation, ainsi que la mémoire de la Shoah comprise comme une entreprise spécifique de destruction du peuple juif, sont autant de manœuvres destinées à faire taire toute critique contre Israël.

En Europe, et principalement en France, des pouvoirs couards (qu’ils soient « de droite » ou « de gauche »), soucieux de ne pas troubler l’ordre public et de ne pas froisser certaines susceptibilités, détournent la tête lorsqu’ils ne la mettent pas dans le sable. On cherche la figure de l’Opprimé, le Palestinien fera l’affaire, et on monte en chaire après en avoir fait descendre plus ou moins aimablement le curé afin de départager le Bien du Mal et répandre la « bonne parole ». La figure du Palestinien – de l’Opprimé – est susceptible de flatter diversement des Français dits « de souche » (stupide expression, j’en conviens) et des populations issues de l’immigration. Elle sert de liant et établit une sorte de « fraternité » sur le dos d’Israël et plus généralement du Juif, à moins que ce dernier n’apporte des gages d’antisionisme.

En France le pouvoir et ses organes, dont l’immonde quotidien Le Monde (et plus encore Le Monde diplomatique), feignent de ne pas voir que les eaux de l’antisémitisme et de l’antisionisme se mêlent, que de plus en plus de Juifs sont agressés parce que juifs, et que ceux qui les agressent ne se préoccupent pas de savoir s’ils sont sionistes. Il faut avoir plus de courage pour porter la kippa que le kamis dans les villes de France. On excuse toujours plus les agressions et les meurtres de Juifs sous prétexte de « territoires occupés » et j’en passe. On répète que cette violence est importée du Moyen-Orient par la faute d’Israël. On s’épargne ainsi toute remise en question des politiques menées chez nous par des gouvernements successifs, de politiques qui ont conduit à l’acceptation plus ou moins active du B.D.S (Boycott Désinvestissement Sanctions), la réponse citoyenne et non-violente à l’impunité d’Israël. C’est mignon tout plein. Les médias de masse ont fait du « bon boulot » : les défenseurs d’Israël sont de plus en plus isolés et sont sans cesse contraints à s’expliquer tandis que les antisionistes font de la chaise-longue lorsqu’ils ne font pas du hamac.

Lorsqu’un Juif se fait agresser par un néo-nazi (ce qui est devenu plutôt rare) on s’empare du sujet (et à raison), sauf que l’on espère ainsi occulter ce fait : les agressions contre les Juifs sont aujourd’hui en Europe presque exclusivement le fait de Musulmans. Dans ce cas, on commence par ne pas révéler l’identité de(s) agresseur(s), puis on fait usage de la circonlocution et de l’euphémisme, l’agresseur (qui peut être un assassin) est déclaré « instable », « fragile » et j’en passe ; bref, on tortille du cul. Lorsque cette position devient trop compliquée à maintenir, on se replie sur la politique israélienne, sur la « réaction disproportionnée » de Tsahal mais également sur la « colonisation israélienne des territoires palestiniens », sur les « territoires occupés », autant de dénonciations qui trouvent chez nous nombre d’oreilles extraordinairement attentives, au point que les agresseurs voire les assassins sont plus ou moins excusés. On passe vite, les Juifs n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes… On laisse sous-entendre que si Israël n’agissait pas ainsi – ou, mieux, n’existait pas – ces actes de violence ne seraient pas. Autrement dit, derrière tous ces actes plane l’ombre d’Israël, du Juif – à moins que le Juif ne dénonce le sionisme, devenant alors un Juif acceptable, honorable même. Une telle attitude arrange les pouvoirs qui la favorisent en sous-main. Mais la politique de l’autruche prépare des désastres, et la première victime sera l’autruche.

Les représentants du Vrai, du Beau et du Bien, responsables politiques ou simples citoyens, ont tôt fait de vous traiter d’« islamophobe » sitôt que vous dénoncez l’antisémitisme. Une fois encore, on active les pots fumigènes tout en assenant selon une technique éprouvée (et portée à son maximum par Staline et ses agents) des qualificatifs destinés à étourdir l’ennemi avant de le saigner. Ainsi que je l’ai souvent écrit, le mot « fasciste » accuse une certaine usure après bientôt un siècle d’usage aussi intensif qu’inapproprié. Des mots au suffixe en phobie tendent à le remplacer ; ils donnent par ailleurs à celui qui en fait usage un air savant – scientifique.

 

 

Israël est diabolisé comme le Juif l’a été. Où l’antijudaïsme musulman active l’antisémitisme occidental et inversement. C’est une valse à deux temps. Et plus c’est gros mieux ça passe : Nakba = Shoah, Gaza = Auschwitz, SS = Tsahal, les combattants palestiniens sont les (dignes) héritiers des combattants du ghetto de Varsovie, les soldats d’Israël sont les héritiers des soldats de Jürgen Stroop, et ainsi de suite. Ce sont les Frontières d’Auschwitz. En résumé, les Palestiniens sont déclarés « victimes des victimes ». Il faut lire Edward Saïd et décortiquer sa dialectique, rudimentaire mais efficace, probablement efficace parce que rudimentaire…

Le Palestinien, parangon de l’homme souffrant, nouveau Christ en Croix, une croyance qui titille d’autres croyances : le Juif déicide et le crime rituel, un bobard concocté chez les Chrétiens et repris chez les Musulmans. Vous pensez que je force la note ! Allez faire un tour du côté de la caricature antisioniste-antisémite : une « bonne » caricature en dit beaucoup plus que des pages et des pages d’écrits.

Les Palestiniens, parangon de l’Opprimé, nouveau « Peuple élu ». Des Chrétiens et post-Chrétiens ne sont pas insensibles à cette dialectique viciée. Vatican II a un peu calmé l’ardeur de certaines accusations, l’Islam (d’un certain point de vue héritier du christianisme) les active plus furieusement que jamais, l’Islam supposé corriger les « imperfections » du Judaïsme et du Christianisme…

Nos avons affaire à un magma qui charrie de l’archaïque et du moderne, du crime rituel (les Israéliens ont été accusés de prélever des organes sur des Palestiniens tués à Gaza) au « peuple en danger » qu’agite une certaine gauche en mal de Damnés de la Terre.

Il y a en France et ailleurs (mais en France surtout) toute une entreprise destinée à pousser de côté le judaïsme et la culture juive. Je ne citerai pas la chaîne Arte, d’autres l’ont fait ; mais je ne puis taire qu’à chacun de mes retours en France, je remarque que dans les librairies de Paris et de la province les rayonnages Culture juive et Judaïsme s’amenuisent d’année en année. Et on y met toujours plus en valeur des ouvrages écrits par des Juifs hostiles à Israël et au peuple juif, à commencer par l’historien – pardon, l’histrion – Shlomo Sand qui nous explique comment le peuple juif « a été inventé »… Les nouveaux historiens israéliens sont volontiers placés en évidence, près de la caisse à l’occasion. L’un d’eux est moins présenté depuis qu’il a revu certaines de ses positions, Benny Morris.

 

Olivier Ypsilantis

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One Response to Haine du Juif – Haine d’Israël

  1. Jg says:

    Je pense que nous sommes toujours oblige d expliquer , et de justifiers nos actes ou paroles a nos millions de contradicteurs .
    Nous ne serons jamais accepte , encore moins sur notre terre .
    Mais sur notre terre , meme amputee par la colonisation arabe , l etat Juif prospere cahin caha , mais nous allons de l avant !

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