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La Fraternité ?

 

Il faut lire et relire le texte de Frédéric Bastiat intitulé « Justice et fraternité », publié dans Journal des Économistes le 15 juin 1848, un texte dans lequel Frédéric Bastiat défend une conception libérale de la loi et du gouvernement contre celle des socialistes. Je mets en lien l’intégralité de ce texte à lire et à relire :

http://bastiat.org/fr/justice_fraternite.html

Que nous dit Frédéric Bastiat entre autres choses ? Que ce qui sépare radicalement libéraux et socialistes tient à ce que pour les libéraux l’économie politique se borne à demander à la Loi la Justice (universelle). Le socialisme quant à lui (et sous toutes ses formes) exige de la Loi non seulement la Justice (universelle) mais aussi la Fraternité, un authentique dogme dans ce cas. Le socialisme part du principe que la société étant l’œuvre de l’homme tout ce qui la constitue a été pensé et arrangé par le législateur. Mais Frédéric Bastiat juge (et je partage pleinement ce jugement) que cette interprétation est misérable : « Quant à moi, au nom de la science, je proteste de toutes mes forces contre cette interprétation misérable, selon laquelle, parce que nous reconnaissons à la loi une limite, on nous accuse de nier tout ce qui est au-delà de cette limite. »

Le mot « Fraternité » est magnifique, et comment résister à son sublime appel !? Mais la Fraternité est-elle nécessairement sublime et l’individualisme nécessairement répréhensible ? Poser cette question revient pour ma part à y répondre.

La Fraternité n’a pas à être imposée d’en-haut. La Fraternité ne se décrète pas dans un ministère. Elle se vit au quotidien, dans les gestes de la vie. Elle s’inscrit dans une fluidité à laquelle est invité à participer tout individu à chaque instant de sa vie, de son plein gré et en toute conscience. Des membres d’un appareil d’État ou des idéologues n’ont pas à me dicter ma conduite en regard de la Fraternité qui, dans ce cas, est une affaire d’État, une affaire idéologique, ce qui me fait penser à l’Amour (avec un A) tel que le promeut l’Église et qui signifie l’imposition d’un catéchisme. A ce propos, je comprends parfaitement la méfiance des Juifs envers l’amour chrétien, un amour conquérant, impérialiste, étouffant, une arme destinée à subjuguer et à écraser toute critique : « Quoi, vous vous opposez à l’Amour !? », pendant à : « Quoi, vous vous opposez à la Fraternité !? »

La société peut (et doit) s’auto-organiser. L’impôt doit être simple et juste et non plus complexe et arbitraire comme il l’est devenu en France. L’impôt ne doit pas être élaboré par une administration pléthorique qui est comme « la vermine du corps social » – des mots de Frédéric Bastiat que je fais miens. L’État minimal relève de la salubrité (publique). Laissons les individus (les citoyens) s’organiser suivant l’initiative privée qui sait former des combinaisons en tout genre et en quantité quasi-infinie.

Que la Loi s’emploie à définir la Justice mais qu’elle ne se mette pas en tête de définir – et imposer – la Fraternité. Il insupportable d’imposer la Fraternité – ou l’Amour – à un homme épris de liberté ; il sait combien la liberté est fragile, trop souvent sacrifiée au nom de la Liberté. Les plus implacables dictatures font grand cas de ce mot, un mot au sujet duquel tout le monde devrait s’entendre. Disons-le clairement, certaines idéologies promeuvent la Liberté pour mieux supprimer les libertés au nom de la Liberté. J’ai décidément beaucoup de mal avec cette devise inscrite au fronton de certains édifices publics : Liberté – Égalité – Fraternité, avec la Fraternité surtout qui revêt tant de formes (imprévues) et au nom de laquelle on formulera tant de décrets (imprévus).

Cette somme d’imprévus, cette incertitude face à ce qui relève bien de l’arbitraire empêchera le développement harmonieux de l’économie. Les profits et les salaires baisseront ainsi que l’investissement. Les finances publiques s’en ressentiront et les emprunts succéderont aux emprunts. On mutualisera la dette, pensant avoir fait le ménage chez soi en lançant ses poubelles par-dessus les murs des voisins. « Après avoir épuisé le présent, on dévorera l’avenir » disait Frédéric Bastiat. Et l’État gestionnaire de la Fraternité sera assailli par ceux qui toujours plus nombreux solliciteront ses faveurs – sa Fraternité.

Parmi les plus pertinentes pensées de Coluche, il en est une qui pourrait être envisagée d’un point de vue particulier : « Les hommes naissent libres et égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres ». Les plus égaux que d’autres ne seraient-ils pas ceux qui logent dans l’appareil du pouvoir, qui nous disent ce que sont la Liberté, l’Égalité et la Fraternité, et nous les imposent comme l’Église impose l’Amour (du prochain).

Olivier Ypsilantis

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