Lorsque je lis la presse…

 

Lorsque je lis la presse, je m’attarde de plus en plus sur les notices nécrologiques, particulièrement celles de “El Mundo”, ce grand quotidien espagnol. Elles y sont très fournies ; certaines d’entre elles occupent une pleine page, voire plusieurs pleines pages. A ce propos, je me souviens que je taquinais volontiers ma chère grand-mère, fidèle lectrice du “Figaro”, qui y détaillait le Carnet du Jour, la rubrique Décès. Il n’était pas rare qu’elle y constate la mort d’une connaissance ou d’un parent plus ou moins proche. Aujourd’hui, je fais de même ; et je ne puis ouvrir le journal à la page Obituarios sans avoir une pensée pour elle et, ainsi, la rappeler à la vie.

 

Les notices nécrologiques permettent entre autres choses de prendre la mesure du temps. Elles invitent l’air de rien à cet exercice que Georges Perec pratiqua à la suite de Joe Brainard : “Je me souviens / I remember”. Ainsi, il y a peu :

 

Je me suis souvenu de mes entrevues avec Corneille (décédé le 5 décembre 2010), dans son atelier parisien, un atelier où les livres, catalogues et documents divers s’empilaient à même le sol et formaient de véritables chicanes. Et je me souviens que son vrai nom est Guillaume Cornelis Beverloo et que le groupe CoBrA auquel il avait appartenu est un acronyme de Copenhague/Bruxelles/Amsterdam, villes où résidaient la plupart de ses membres.

 

Je me suis souvenu de ma stupeur en apprenant qu’une bombe avait été mise au point, capable d’en finir avec la vie sans trop porter préjudice aux choses. Le père de la bombe à neutrons, Samuel T. Cohen, est décédé le 28 novembre 2010.

 

Je me suis souvenu de mon émotion – larmes aux yeux – en écoutant la Symphonie N° 3 d’Henryk Górecki, décédé le 12 novembre 2010.

 

Je me suis souvenu  de mon émerveillement devant ces images du chaos que je vis pour la première fois (c’était au début des années 1980, me semble-t-il), au Goethe-Institut de l’avenue d’Iéna, à Paris. Bien que peu doué pour les mathématiques, je me suis toujours efforcé de suivre les travaux de cet homme qui avait entrepris de mesurer avec autant d’exactitude que possible la longueur des côtes de Bretagne, des côtes particulièrement découpées. Comme on s’en doute, leur longueur augmentait à mesure qu’augmentait la précision de l’outil de mesure. Benoît Mandelbrot est décédé le 14 octobre 2010.

 

En lisant l’article nécrologique dédié au rabbin Leo Trepp (décédé le 3 septembre 2010), une personnalité que j’ai découverte par l’une de ces notices nécrologiques, je me suis souvenu de la Rikestraße, à Berlin, et de la synagogue dont ce rabbin avait eu la responsabilité.

 

Je me suis souvenu du film “Le Jour le plus long” (1962), inspiré du livre de Cornelius Ryan. Je me suis souvenu de Leslie de Laspee dans le rôle de Bill Millin,  surnommé “Piper Bill” et décédé le 17 août 2010.

 

Au fil de ces notices nécrologiques quotidiennement publiées, je pourrais continuer ainsi sur des pages et des pages, une manière de stimuler une suite de Je me souviens. Et je me prends à rêver d’archives intégralement constituées de Je me souviens, un exercice écrit auquel chacun devrait se livrer au moins une fois dans sa vie.

 

Curieusement, à côté d’une photographie de Bill Millin, j’ai découvert un émouvant commentaire écrit par un Américain dont je vous donne un extrait : “Without much initial interest, I began reading in the Obituary section in a recent “Economist” of the passing of Bill Millin (…) I had no idea who Bill Millin was, and assumed nothing as I read the article. But the deeper I got into the piece, the more fascinated I became.”  Il est donc courant que l’on apprenne l’existence d’un homme par sa mort !

 
 

1 - Lorsque je lis la presse... Bill Millin, D Day 1Bill Millin du 1st Special Service Brigade.

 

2 - Lorsque je lis la presse... Bill Millin, D Day 1Débarquement à Sword Beach du 1st Special Service Brigade. Au tout premier plan, en flou, Bill Millin. L’homme immédiatement à sa gauche et marchant dans l’eau est Major The Lord Lovat.

 

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2 Responses to Lorsque je lis la presse…

  1. Hanna says:

    J’ai lu que les Allemands étaient tellement fascines par la présence incongrue de cet homme soufflant dans sa cornemuse au milieu de la bataille qu’ils n’essayèrent pas de l’abattre

  2. Luis Artime says:

    Bill Millin , “Piper Bill”, había sido reclutado en Mayo del ’44 por ese fascinante personaje que fue Simon Fraser, Lord Lovat, noble escocés de leyenda, cuando estaba formando la que sería su famosa Brigada de Comandos, convenciéndole de que la única gaita que sonaría el día D en Normandía sería la suya.

    El War Office había prohibido los gaiteros de combate, tras las desastrosas bajas registradas entre sus filas durante la Primera Guerra Mundial. Sin embargo, Lovat desdeñando esa orden bajo el fuego alemán, mientras cruzaba erguido al frente de sus hombres el Pegasus Bridge, le ordenó a Bill: ”Esa es una orden inglesa y nosotros somos escoceses. ¡Toca!”.

    Efectivamente algunos prisioneros alemanes declararon más tarde que no habían abatido a Bill porque consideraron que se trataba de un loco.

    El Gaitero Mayor Leslie de Laspee, que interpretó el papel de Bill Millin en la película” el Día Más Largo” era, en realidad, el gaitero oficial de la Reina Madre. Lord Lovat lo eligió, en lugar de su fiel subordinado, que trabajaba a la sazón como camarero en un pub, porque consideró que este estaba demasiado gordo para interpretar el papel, según declaró más tarde, ante la decepción manifestada por Millin en una entrevista,

    Sin embargo, cuando murió el noble escocés, en 1995, el conmovedor “lament” que sonó en su funeral salió de la gaita de su antiguo camarada Bill Millin.

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