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Le discours #MeToo. John Gray

Le discours #MeToo est de type stalinien, il suit sa méthodologie. C’est le reductio ad hitlerum, soit disqualifier sans avoir à se donner la peine d’argumenter. Dans cette entreprise, l’accusation d’islamophobie figure en bonne place. La rhétorique stalinienne reste active dans nos pays d’Europe occidentale. Les étiquettes ont changé pour la plupart mais les mécanismes de cette rhétorique n’ont pas changé. Et pour mieux nous aider à le comprendre, Yana Grinshpun propose un discours de 1937 de Vichinsky, « Ennemis du peuple ». Le pouvoir stalinien diabolisait comme des pouvoirs diabolisent aujourd’hui. Yana Grinshpun cite Jacques Ellul : « La propagande doit aussi refléter les particularisations locales, nationales. Ainsi, en France, il existe une tendance globale vers la socialisation, qui ne peut être remontée ni mise en question. La gauche est légitime. La droite est obligée de se justifier devant l’idéologie de gauche (à laquelle participent même les hommes de droite) ; et toute propagande est obligée pour réussir de contenir en elle les éléments principaux de la gauche et doit les évoquer, sans quoi elle ne sera pas reçue. »

L’attaque russe contre l’Ukraine doit en Russie être impérativement qualifiée d’« opération spéciale » et en aucun cas de « guerre » sous peine de lourdes sanctions. Chez nous, il est préférable de faire usage du mot « déséquilibré » pour désigner l’auteur d’une attaque au couteau plutôt que du mot « islamiste », sous peine de se voir traité d’islamophobe, une accusation qui pèse lourd comme toutes ces accusations « savantes » qui se terminent en « phobe ». Ce refus de nommer, de bien nommer, déresponsabilise les acteurs de ces attaques, occulte la réalité de l’acte et diffuse un appel à la soumission (à l’islam).

La notion d’apartheid israélien a été promue par l’OLP avec le soutien de l’URSS, un mythe toujours très actif qui associe quasi systématiquement Israël à l’Afrique du Sud de l’apartheid. Cette association a été très marquée en France, à l’époque de la grande proximité entre le PCF et l’URSS. L’histoire d’Israël est pourtant très différente de celle de l’Afrique du Sud ainsi que le rappelle Yana Grinshpun ; et surtout : « Les lois fondamentales d’Israël (des textes à caractère constitutionnel adoptés par le Parlement israélien, la Knesset) prévoient l’égalité de droit de tous les citoyens. La déclaration d’Indépendance affirme que tous les citoyens d’Israël bénéficient de droits égaux, sans distinction d’origine. » L’accusation d’apartheid lancée contre Israël est l’une des plus tenaces et des plus injustes. Elle a été et reste activée par deux puissantes turbines : la propagande soviétique hier, la propagande islamiste aujourd’hui. C’est après la guerre des Six Jours (1967) et les défaites arabes que la propagande soviétique se déchaîne. En effet, les pays arabes étant politiquement et militairement soutenus par l’URSS, la guerre des Six Jours a été vécue comme un camouflet par celle-ci. La très puissante machine de propagande soviétique va alors monter en puissance contre Israël présenté comme un État raciste et colonial oppresseur du monde arabe.       

Pallywood (fusion de « Palestinien » et de « Hollywwod ») où des mises en scène palestiniennes présentant le David palestinien en lutte contre le Goliath israélien. Pallywood, une grande industrie de manipulation d’images. Il est vrai que cette manipulation est facilitée par le doucereux radotage médiatique qui présente le soldat israélien comme un tueur d’enfants (palestiniens en la circonstance). Il s’agit d’une connaissance pré-conditionnée ainsi que le signale Daniel Dayan.

Il est volontiers question de génocide organisé par les Israéliens sur les Palestiniens. Parmi les promoteurs de ce ragot, Yasser Arafat et Edward Saïd. Et la Nakba devient l’équivalent de la Shoah. Les Juifs font aux Palestiniens ce que les nazis ont fait aux Juifs, les victimes sont devenues les bourreaux et blablabla. Ce radotage reste actif et toujours aussi efficace, peut-être même de plus en plus efficace.

Dans l’attirail du mensonge politique qui « va souvent de pair avec le révisionnisme historique », ainsi que le signale Yana Grinshpun, on trouve Jésus le Palestinien, une figure qui s’appuie en partie sur les traductions tendancieuses du texte hébraïque – où le mot « Palestine » ne figure ni dans l’Ancien Testament ni dans le Nouveau Testament. Le mot « Palestinien » est apparu en 135, soit plus de cent ans après la mort de Jésus (en 33). Jésus a été « palestinisé » pour les besoins de la cause… palestinienne.

De fait, lorsque j’écris des textes sur l’histoire d’Israël, j’évite autant que possible d’employer le mot « Palestine », un mot de propagande romaine destiné à effacer le nom Israël. Je ne fais jamais usage de « territoires occupés » ou de « colons » et j’évite autant que possible « Cisjordanie ». Il est vrai que « Palestine » a longtemps été politiquement neutre ; il suffit de lire les récits des voyageurs au XIXème siècle et au début du XXème siècle pour s’en convaincre. « Palestine » était employé sans que (presque) personne n’en connaisse l’origine romaine, suite à la deuxième révolte conduite par Bar Kokhba. A présent le mot est piégé, comme tant d’autres mots. Mais Eretz Israel que j’emploie autant que possible est lui-même piégé bien qu’il soit parfaitement juste et justifié.

Les médias français reprennent à satiété des mots et expressions qui s’imposent comme des vérités par répétition. On en fait usage sans les interroger vraiment, comme si ce qu’ils désignaient – ou prétendaient désigner – allait de soi, un procédé employé en régime totalitaire (je pourrais en revenir à la propagande stalinienne) mais aussi en régime démocratique. Parmi ces expressions : « colonisation israélienne » (et « colons ») ou « territoires occupés », des expressions qui nous sont quotidiennement assenées et qui sont reprises sans y penser par les masses. Le mot « colonisation » (et ses dérivés) appliqué à Israël, un mot fortement péjoratif, évoque l’histoire de la France et d’autres pays d’Europe et non l’histoire d’Israël car ce mot est décontextualisé pour des raisons de propagande. Yana Grinshpun : « La propagande consiste ici dans la décontextualisation des causes du conflit qu’il faut chercher dans l’histoire du panarabisme, du sionisme et l’islamisation progressive de la cause palestinienne. Le matraquage de ces termes qui proviennent de l’histoire de la colonisation française est un héritage idéologique de la propagande anti-impérialiste soviétique qui convertit Israël en un État dont on met en cause la légitimité. » Matraquage de formules, procédés de propagande actifs – et nous insistons – tant en régimes totalitaires que démocratiques bien que d’une manière plus discrète et soft pour ces derniers. Yana Grinshpun : « Le matraquage est en fait la seule preuve » ; matraquage et occultation : on occulte certains faits et certaines données pour rendre la propagande plus efficace. Dans ce livre qui catalogue les outils des discours de propagande, Yana Grinshpun évoque la fausse analogie, dont la plus courante qui mesure toutes les violences (réelles ou supposées, passées ou présentes) à l’aune de la Shoah. On ne connaît que trop ce slogan selon lequel le Palestinien et plus généralement le musulman sont les Juifs des années 1930. « Le but de ce procédé n’est pas de produire un raisonnement, mais de provoquer une émotion, un sentiment d’horreur ». Pierre-André Taguieff (auquel Yana Grinshpun fait volontiers référence) s’est beaucoup interrogé sur cette inversion qui participe de la « nouvelle judéophobie » fondée sur l’inversion rhétorique et sur la concurrence victimaire. Pierre-André Taguieff : « Le bénéfice idéologique est double : on enterre ainsi la question de la haine des Juifs, et on installe la lutte contre l’islamophobie en front principal, voire unique contre le racisme (…). La thèse de la substitution va de pair avec un déplacement du statut de la victime, à travers une lecture manichéenne du conflit israélo-palestinien. Alors que les Juifs, stigmatisés comme « sionistes » (donc « racistes »), sont « nazifiés », les Palestiniens sont persécutés par les Juifs dominateurs. »

Le Club de Mediapart fait appel à des procédés staliniens en commençant par brandir des mots destinés à placer des signes d’infâmie comme aux époques médiévales sur celles et ceux dont il veut se débarrasser. Ainsi, dans un article du 2 août 2018, ce média titre un article où il est notamment question d’Yves Mamou : « Quand la judéo-facho-sphère verse dans un racisme antimusulman délirant ». On est censé ne pas se relever d’un coup pareil et devoir quitter les murs de la cité pour terminer ses jours seul dans une grotte.

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Dans « The New Leviathans », John Gray déclare sur le ton de la provocation que les énergies renouvelables ne sont qu’un dérivé des énergies fossiles considérant les énormes émissions de dioxyde de carbone que suppose l’extraction des minéraux nécessaires au fonctionnement de ces énergies. John Gray est probablement le philosophe contemporain qui s’est le plus intéressé à la relation homme / animal, compte tenu du fait qu’une population humaine devenue aussi nombreuse qui évoluerait dans un biosystème vidé de la plupart de ses espèces verrait ses jours comptés. La technologie peut espérer prolonger la survie de cette population mais pas indéfiniment.

Le contact avec les animaux est libérateur selon John Gray qui déclare aimer particulièrement les chats et insiste sur l’importance d’avoir un animal familier surtout lorsqu’on n’a pas la possibilité de marcher quotidiennement dans la nature. Il affirme que les réseaux sociaux sont toxiques parce qu’ils enferment les humains entre eux.

Les technologies disruptives peuvent favoriser de nouveaux types de barbarie mais des crimes commis contre l’humanité l’ont également été avec des moyens rudimentaires. Il est vrai qu’avec la technologie la plus avancée on peut imposer à tous une idée de bien-être, de santé et de conduite, une idée qui est une forme de barbarie, une atteinte à l’immense diversité (et donc richesse) humaine.

Le génocide entendu comme élimination systématique d’un peuple (voir la Shoah) est une spécificité humaine. L’idée de génocide ne concerne aucun primate supérieur. Un clan de primates supérieurs peut attaquer un autre clan sans qu’il s’agisse d’un assassinat systématique. Le primate supérieur peut tuer pour protéger son territoire, se nourrir ou par nécessité biologique, en aucun cas au nom d’idées ou de concepts. Par contre, des animaux savent donner leur vie pour leurs proches, comme nous savons le faire.

John Gray dénonce l’idée même d’utopie qu’il juge inepte et dangereuse. La politique est recherche de solutions temporelles (ponctuelles) à des maux qui peuvent être universels et persistants. Les États ont été responsables des pires tueries ; mais la chute des États peut inaugurer le pire, un désordre meurtrier. L’anarchie dans son acception la plus négative peut s’avérer plus meurtrière que la tyrannie.

John Gray a appuyé le Brexit mais il se dit déçu car les politiciens britanniques n’ont pas voulu le mettre en œuvre et ont même commencé par vouloir l’ajourner durant plusieurs années dans l’attente d’un deuxième vote. Le Brexit est donc resté inaccompli, du bricolage et d’abord par manque non de compétence mais de volonté politique. Il s’élève contre les ultra remainers qui accusent les partisans du leave de n’être que des bornés. Il y a plus d’une réponse à la question que pose le Brexit.

Olivier Ypsilantis

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