There is no difference whatever between anti-Semitism and the denial of Israel’s statehood. Classical anti-Semitism denies the equal rights of the Jewish people its lawful sovereignty within the community of nations. The common principle in the two cases is discrimination.
Abba Eban, ambassadeur d’Israël.
Zionism is nothing more – but also nothing less – than the Jewish people’s sense of origin and destination in the land linked eternally with its name. It is also the instrument whereby the Jewish nation seeks an authentic fulfillment of itself. And the drama is enacted in twenty states comprising a hundred million people in 4 1/2 million square miles, with vast resources. The issue therefore is not whether the world will come to terms with Arab nationalism. The question is at what point Arab nationalism, with its prodigious glut of advantage, wealth and opportunity, will come to terms with the modest but equal rights of another Middle Eastern nation to pursue its life in security and peace.
Abba Eban, ambassadeur d’Israël.
Il s’agit d’un mythe partagé à tous les niveaux, au bar du coin aussi bien que dans les cercles académiques : la création de l’État d’Israël s’expliquerait par la Shoah. L’État d’Israël aurait été créé pour alléger l’Europe de sa culpabilité, l’aire de la Shoah ayant été l’Europe. Cette appréciation partagée par la quasi-totalité des Européens est faussée et fausse dès le départ toute tentative d’analyse. Elle repose sur une profonde méconnaissance historique, en particulier de l’histoire du sionisme, une histoire foisonnante et complexe. Le sionisme politique apparaît à la fin du XIXème siècle. Par ailleurs, l’espoir des Juifs de la diaspora d’un retour en Terre promise a été constant depuis leur bannissement suite aux révoltes contre Rome ; et la présence juive en Terre promise a été elle aussi constante, avec des hauts et des bas, mais constante. La déclaration d’indépendance de 1948 ne peut en aucun cas être attribuée à un acte de repentance ou de générosité des Européens suite à la Shoah. Cette appréciation est non seulement historiquement fausse, elle tend à écarter les Juifs de leur propre destin, à les confiner dans une sorte de passivité en regard de l’Histoire dont les seuls vrais acteurs seraient ceux qui dans un acte de générosité et de repentance auraient très chrétiennement accordé la Terre promise aux Juifs. Cette appréciation qui trop souvent se complaît en elle-même relève bel et bien de l’outrecuidance.
Le mot « sionisme » provient du mot « Sion », la colline sur laquelle la ville de Jérusalem a été bâtie par le roi David. Ce mot marque donc bien le lien indéfectible et plusieurs fois millénaire entre le peuple juif et Eretz Israël. Le sionisme, une conviction morale et un projet politique. Conviction morale, soit l’affirmation du droit à l’existence d’un État juif en Palestine. Projet politique, soit la création de l’État d’Israël et son développement depuis 1948. Le sionisme est un vecteur de la pérennité du peuple juif, pérennité tant physique que spirituelle. Le sionisme en tant qu’aspiration nationale est aussi ancien que le peuple juif.
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Plusieurs documents confidentiels rendus publics montrent que la classe politique israélienne a formulé le projet d’établir une relation privilégiée entre Arabes chrétiens et Juifs, comme dans ce rapport de 1974 interne au parti travailliste dans lequel on peut lire : « Les communautés chrétiennes devraient recevoir un traitement spécial par rapport à la majorité musulmane ». Une minorité d’Arabes chrétiens revendique d’abord l’identité israélienne, ce que certains savent utiliser à leurs propres fins, par opportunisme politique ou professionnel. Mais dans l’ensemble, et depuis la création de l’État d’Israël, les Arabes chrétiens jouent plutôt la carte du nationalisme arabe. Les efforts israéliens destinés à fractionner un bloc arabe hostile, notamment par le biais des Arabes chrétiens, n’ont pas fonctionné aussi bien qu’on pouvait l’espérer, la majorité des Arabes, tant chrétiens que musulmans, affirmant une identité palestinienne. Rien de tel avec les Druzes, des Arabes qui se considèrent comme des citoyens israéliens à part entière. Leur loyauté envers Israël est telle que ce pays a été amené à leur reconnaître une organisation communautaire et une identité distincte de celles des autres Arabes. Les liens entre les Druzes et les Juifs sont antérieurs à la création de l’État d’Israël. En effet, dès les années 1920, des Druzes rejoignent des coopératives du mouvement sioniste tandis que d’autres intègrent la Haganah. Entre 1947 et 1950, alors que le grand mufti de Jérusalem, Mohammed Amin al-Husseini est installé à Damas avec ses hommes (parmi lesquels des dirigeants nazis qui ont trouvé refuge en Syrie) et qu’ils planifient la destruction du jeune État d’Israël, les Druzes du Golan fournissent aux Juifs d’importants renseignements militaires. A la proclamation d’indépendance d’Israël, les autorités druzes demandent à David Ben Gourion qu’on les distingue des citoyens arabes sur le plan administratif. La requête est acceptée en avril 1951. Quatre ans plus tard, les Druzes commencent à effectuer leur service militaire dans les rangs de Tsahal. A partir des élections législatives de mai 1977, les élus druzes participent à la vie politique nationale à partir de plusieurs listes sionistes présentées à la Knesset.
Qu’est-ce qui incite les Druzes à agir de la sorte ? Simple pragmatisme ou réelle sympathie envers Israël ? Probablement un peu des deux. Les Druzes perçoivent depuis longtemps comme des dangers majeurs le nationalisme arabe (largement musulman) et l’islamisme. Les Druzes ne représentent par ailleurs aucune menace démographique pour les Juifs d’Israël. Ils sont environ 145 000 dans le pays et ne représentent que 7.6 % de ses citoyens arabes. De plus leur taux de natalité est bien inférieur à celui des autres Arabes israéliens. A noter une légère différence entre les Druzes de Haute-Galilée et du mont Carmel (Haïfa) et ceux du plateau du Golan (conquis lors de la guerre des Six Jours et officiellement annexé le 14 décembre 1981). De nationalité syrienne, ces derniers refusent pour la plupart et pour diverses raisons la citoyenneté israélienne qui leur est proposée. Ce refus n’entrave pas leur liberté de mouvement. Leurs relations avec Israël sont calmes même si certains manifestent à l’occasion ouvertement leur souhait de voir la souveraineté syrienne rétablie sur le Golan. Les Druzes du Golan représentent une population d’environ 25 000 individus.
Entre autres particularités, la culture druze a une dimension à la fois religieuse (une rupture avec l’islam chiite ismaélien) et ethnico-identitaire avec ses coutumes spécifiques (pastorales et montagnardes), avec l’interdiction formelle de tout prosélytisme et exogamie. Les Druzes n’ont aucune velléité nationale, comme peuvent l’avoir les Kurdes par exemple. Ils servent l’État souverain dans lequel ils se trouvent ou, tout au moins, ils s’en accommodent. La loyauté des Druzes de Galilée envers Israël est sans faille comme nous l’avons dit. Au cours de la première guerre israélo-arabe, en 1948-1949, la brigade druze intégrée au contingent libano-syrien s’est débandée et certains de ses soldats ont même rejoint les troupes israéliennes. Au cours de l’opération « Paix en Galilée » (Liban 1982), les responsables politiques et militaires israéliens se sont efforcés d’éviter tout affrontement avec les Druzes du Chouf en commençant par placer en avant leurs bataillons druzes. Les appels répétés de certains leaders druzes libanais (comme Walid Jumblatt) et d’hommes politiques arabes israéliens (comme Azmi Bishara) à la désertion des Druzes d’Israël sont restés sans effet. Le premier choix d’affectation des conscrits druzes est le Mishmar HaGvul (Magav), l’unité combattante des gardes-frontières avec ses quatre et non trois années de service militaire.
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Israël, ce si petit pays. Israël se cherche des points d’appui dans un vaste monde arabe globalement hostile, notamment par le biais des minorités qui y vivent. Ces bonnes relations le sortiraient de son isolement régional et lui donneraient plus de poids dans ses rapports avec les pays arabes. Mais il lui faut jouer avec circonspection afin de ne pas mécontenter des États qui entretiennent avec lui des relations officielles et ne pas décourager la possibilité d’un rapprochement avec les autres. Face à ce dilemme, les stratèges israéliens ont opté pour un compromis : soutenir les minorités dans les pays arabes hostiles à Israël et les abandonner à leur sort dans les pays arabes avec lesquels Israël entretient des relations normalisées.
Cette vision pragmatique est celle d’Israël et dès sa création. Parmi ces minorités, et en priorité, les chrétiens des pays voisins. David Ben Gourion a eu très tôt en tête un plan de démembrement du Liban. Il l’expose dans une lettre datée du 27 février 1954 à Moshé Sharett, alors Premier ministre israélien, afin de renforcer la communauté maronite. David Ben Gourion juge à raison que le Liban est le maillon le plus faible et de loin de la Ligue arabe. Il écarte de ses vues l’Égypte et les Coptes car, écrit-il dans la lettre en question : « L’Égypte est le pays le plus compact et le plus solidement établi de tous les pays arabes, la très large majorité y constitue un bloc très solide, véritablement de même race, de même religion et de même langue ». David Ben Gourion envisage donc de soutenir la création d’un État exclusivement chrétien au Liban après son éclatement, un État plus petit mais homogène et travaillant en partenariat avec Israël notamment dans le domaine sécuritaire. Il juge que les Français ont commis la très grave erreur de prendre le risque d’élargir les frontières du Liban pour y faire cohabiter des populations hétérogènes. Cette volonté israélienne d’un rapprochement stratégique avec les chrétiens du Liban s’affirmera à plusieurs reprises, notamment au cours de la guerre civile au Liban (1975-1990).
(à suivre)
Olivier Ypsilantis