En 1914 l’Empire russe compte environ 5,6 millions de Juifs, soit la plus importante communauté juive du monde et la plus persécutée, un vivier pour le sionisme et dès 1881-1882. Au cours de la guerre civile consécutive à la révolution d’Octobre 1917 les pogroms se multiplient. Et une fois au pouvoir, les bolchéviques accentuent les persécutions contre les Juifs religieux. Quant au sionisme il ne tarde pas à être considéré comme un danger, un mouvement nationaliste (bourgeois donc), ou déviationniste s’il est marxisant. Sous Staline, être accusé de “sionisme” équivaut une condamnation à mort.
Pourtant, en 1947, Staline soutient le partage de la Palestine, un partage qui conduit à la création de l’État d’Israël qu’il soutient au cours de la guerre d’Indépendance de 1948-1949, notamment en lui fournissant de l’armement par l’intermédiaire de la Tchécoslovaquie. Staline n’agit aucunement par sympathie pour la cause sioniste ; il s’agit d’évincer les Britanniques du Moyen-Orient (ses ressources pétrolifères) et de la Méditerranée orientale, de porter préjudice à leur influence auprès des monarchies arabes, très anticommunistes. Par ailleurs, le jeune État d’Israël a une orientation politique franchement socialiste et Staline suppose qu’il pourrait rejoindre le bloc soviétique. Mais Staline se ravise après avoir constaté que suite à la visite de Golda Meir à Moscou en 1948, l’enthousiasme des Juifs d’U.R.S.S. pour Israël et le sionisme est trop marqué à son goût. Il change alors brusquement d’orientation et se tourne vers les pays arabes ennemis d’Israël tandis qu’il ne cesse d’intensifier les persécutions contre les Juifs. Le complot des blouses blanches n’est que l’épisode le plus connu d’une longue suite de persécutions en direction des Juifs.
La pénétration soviétique au Proche-Orient et au Moyen-Orient s’intensifie au cours des années 1950-1960. L’U.R.S.S. profite des courants anti-impérialistes des régimes arabes, par ailleurs volontiers anti-communistes. En 1947, l’U.R.S.S. incite Nasser à se montrer encore plus virulent dans ses dénonciations d’Israël. On connaît la suite. Au cours de la guerre du Kippour (1973) l’U.R.S.S. soutient comme en 1967 l’Égypte et la Syrie. Mais cette guerre est une nouvelle défaite pour l’U.R.S.S. et ses alliés. Sadate passe du côté américain et les accords de Camp David sont signés. De fait l’U.R.S.S. ne va cesser de voir son influence décliner au Proche-Orient et au Moyen-Orient même elle conserve quelques positions fortes. Les Palestiniens ne sont pour les Soviétiques que des pions sur un échiquier. La cause palestinienne représentée par l’Organisation de libération de la Palestine (O.L.P.) ne leur importe en rien, elle ne leur sert qu’à perturber les pays arabes pro-occidentaux. Yasser Arafat et ses partisans sont par ailleurs considérés comme peu fiables. Les Soviétiques préfèrent miser sur le régime syrien qui mènera contre les réfugiés palestiniens d’implacables opérations au Liban, entre 1975 et 1991.
Il est important d’étudier la question palestinienne en regard des agissements soviétiques et dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Ces agissements n’ont jamais vraiment cessé, y compris après la chute de l’U.R.S.S.
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L’antisionisme de gauche offre une palette assez diverse. C’est à partir de l’écrasante victoire israélienne au cours de la guerre des Six Jours (juin 1967) que les gauches européennes se mettent à cultiver l’antisionisme après avoir été plutôt ou franchement favorables au sionisme et à Israël. C’est étrange. Israël est soudainement jugé trop fort. On aime éventuellement le Juif faible, affaibli. On célèbre le Juif des convois de déportation ou le Juif qui mène une lutte désespérée dans les ruines du ghetto de Varsovie ; mais le Juif trop fort semble perturber certains schémas mentaux. A ce propos, pourquoi Israël est-il sans cesse accusé de “réaction disproportionnée” sitôt qu’il commence à se défendre ? Si la gauche se détourne du sionisme après la guerre des Six Jours c’est aussi parce que le référentiel nationaliste est mis au placard au profit de l’internationalisme puis du tiers-mondisme et/ou de l’alter-mondialisme. Le sionisme et les valeurs qu’il véhicule apparaissent alors de plus en plus comme un repoussoir. Ainsi que le montre Alain Finkielkraut, dans un petit essai que j’évoquerai dans cette suite, on a longtemps reproché aux Juifs leur internationalisme à l’époque des nationalismes ; à présent, à l’époque où les frontières sont dénoncées, on reproche aux Juifs de défendre des frontières.
Une perspective marxisante présente Israël comme un pays du côté des puissants donc “méchant”, un pays qui opprime les faibles donc les “gentils”, un pays qui opprime les damnés de la terre auxquels sont censés appartenir et en priorité les Palestiniens. La détestation des États-Unis, alliés de l’État d’Israël, pousse à la détestation d’Israël et d’autant plus que les États-Unis (après les Britanniques) ont été les adversaires de la France (et des Britanniques) au Proche-Orient et au Moyen-Orient. Et n’oublions pas la “riche” tradition antisémite de gauche, moins connue que celle de droite et qui mérite d’être étudiée avec la plus grande attention tant elle sait se cacher sous des oripeaux divers à commencer par ceux de l’antisionisme.
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Le premier accord de Camp David présente un plan d’autonomie sur cinq ans des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza. Israël s’engage à y participer, notamment par des élections municipales. Cet accord invite par ailleurs à initier un processus de reconnaissance d’Israël par le Liban, la Syrie et la Jordanie. Le deuxième accord a trait à la paix entre l’Égypte et Israël. Ces accords (les tout premiers signés entre Israël et un État arabe) sont signés en 17 septembre 1978 entre Anouar el-Sadate et Menahem Begin sous l’égide de Jimmy Carter. Anouar el-Sadate obtient la rétrocession du Sinaï, israélien depuis la guerre des Six Jours, et le recouvrement de la souveraineté intégrale de son pays sur ses richesses pétrolières ainsi qu’une très importante aide économique américaine. Il refuse de récupérer la bande de Gaza car il sait que ce petit territoire surpeuplé ne fera que lui poser de sérieux problèmes. En avril 1982, le gouvernement de Menahem Begin fait évacuer de force plusieurs milliers d’Israéliens installés depuis 1967 dans le Sinaï.
Cette paix israélo-palestinienne est rejetée par l’O.L.P., la plupart des pays arabes, l’U.R.S.S. et ses satellites ; et elle ne soulève pas un grand enthousiasme dans les pays occidentaux, à commencer par la France.
Camp David est surtout un succès (et non des moindres) pour les États-Unis, pour l’Égypte aussi, même si le pays se trouve exclu de la Ligue arabe pour dix ans. C’est aussi un succès pour Israël qui peut s’en prendre à l’O.L.P. qui a implanté ses infrastructures au Liban. En effet, aussitôt après le retrait définitif du Sinaï, l’armée israélienne pénètre au Liban, en juin 1982.
Camp David II, juillet 2000. Protagonistes : Yasser Arafat, Ehud Barak (devenu Premier ministre) et Bill Clinton. On y traite de problèmes tels que le statut de Jérusalem, la question des réfugiés, le tracé des frontières israélo-palestiniennes et la possibilité d’un État palestinien. Après quinze jours de pourparlers, et selon une méthode qui lui est propre, Yasser Arafat met fin aux négociations. Le vieux renard sait que le problème palestinien doit perdurer afin qu’il puisse conserver et conforter son pouvoir. Deux mois après l’échec de Camp David II éclate la seconde Intifada.
(à suivre)
Olivier Ypsilantis