Des « Je me souviens » contenus dans cette série figurent probablement dans d’autres séries de « Je me souviens » publiées sur ce blog. Qu’importe ! Ainsi que je l’ai écrit, la mémoire revient volontiers sur ses pas, mais, et c’est le plus important, toujours en apportant une inflexion.
À lire : « Je me souviens encore mieux de Je me souviens : Notes pour Je me souviens de Georges Perec à l’usage des générations oublieuses et de celles qui n’ont jamais su » de Roland Brasseur.
Je me souviens que mon père lisait « Papillon », sur la plage, à l’île d’Yeu, entre deux baignades, « Papillon » de Henri Charrière, des pseudo-mémoires (ce que j’apprendrai bien des années après), un best-seller. Je me souviens de la couverture : un papillon qui m’évoquait une tache de Rorschach avec, au-dessus, comme un soleil très rouge.
Je me souviens de « Tristana » de Luis Buñuel, d’après le roman de Benito Pérez Galdós. Je me souviens de certains déboires du cinéaste avec le régime franquiste. Je me souviens de Catherine Deneuve dans le rôle de Tristana et de Fernando Rey dans le rôle de Don Lope.
Je me souviens (bien que vaguement) de certaines dénonciations de Helder Cámara.
Je me souviens d’Yves Montand dans « L’Aveu » de Costa-Gavras, d’après le livre d’Arthur London. Je me souviens avec précision de l’affiche du film, soit Yves Montand la corde au cou et portant des lunettes de protection industrielle.
Je me souviens du LEM. J’ai appris bien après que sous ce sigle se cachait Lunar Excursion Module.
Je me souviens (par Paris Match) des émeutes d’étudiants aux États-Unis, protestations contre l’intervention américaine au Cambodge – the Kent State Shootings.
Je me souviens de la « guerre du bikini » en Espagne, commencée dans une piscine de Zaragoza.
Je me souviens de Jean-Paul Sartre distribuant « La Cause du Peuple », dont il était le directeur, dans les rues de Paris.
Je me souviens de l’expédition du Kon-Tiki. Je me revois lisant, allongé au pied de mon lit, ou sur mon lit, « L’Expédition du Kon-Tiki » de Thor Heyerdahl.
Je me souviens d’Angela Davis et du Black Panther Party.
Je me souviens des mini-jupes et des hautes bottes.
Je me souviens que le nom Tupamaro est longtemps resté dans ma mémoire sans que je sache avec précision ce qu’il désignait.
Je me souviens de l’Isle of Wright Festival et de Jimi Hendrix.
Je me souviens d’une photographie montrant Leïla Khaled du FPL, de cette balle rivée à un anneau passé à son annulaire.
Je me souviens du billet de cien pesetas sur lequel figurait un portrait de Gustavo Adolfo Bécquer, le poète.
Je me souviens de Barbara, de son visage d’aigle et de ce maquillage, comme deux ailes noires déployées sur ses paupières.
Je me souviens de ces photographies (probablement vues dans Paris Match) montrant trois voleurs fusillés publiquement, sur une plage ensoleillée, au Nigéria. Ils sont ficelés à des gros poteaux, devant un empilement de bidons de gasoil probablement remplis de sable.
Je me souviens des fêtes de Persépolis destinées à célébrer le 2 500e anniversaire de la fondation de l’Empire perse par Cyrus le Grand.
Je me souviens de Jésus-Christ superstar.
Je me souviens de la mort de Pierre Overney, membre de la Gauche prolétarienne, abattu par un vigile des usines Renault.
Je me souviens de la Pietà de Michel-Ange vandalisée à coups de marteau de géologue par Laszlo Toth, un géologue hongrois et australien.
Je me souviens de la visite de Jane Fonda à Hanoï.
Je me souviens de l’attentat de Lod et du procès de Kozo Okamoto de l’Armée rouge japonaise.
Je me souviens du match Fischer/Spassky à Reykjavik.
Je me souviens de Mark Spitz et de ses sept médailles d’or.
Je me souviens de Marlo Brando dans « Le Parrain ».
Je me souviens de l’enlèvement des restes du maréchal Pétain, à l’île d’Yeu, et de leur retour.
Je me souviens de l’amerrissage de Skylab dans le Pacifique.
Je me souviens de la guerre du Kippour et du choc pétrolier, de l’inquiétude autour de moi, celle de mon père surtout.
Je me souviens de la mode du streaking.
Je me souviens du visage de Georges Pompidou gonflé par la maladie et les traitements. Je me souviens de Claude Pompidou, une femme au regard un peu divergent mais à la belle silhouette. Je me souviens de rumeurs et de l’affaire Markovic.
Je me souviens de cette photographie montrant Salvador Allende sortant du Palacio de la Moneda, alors en état de siège. Les regards (ceux du président et de deux de ses gardes du corps placés au premier plan et de chaque côté) sont levés, ce qui laisse supposer que les avions de l’armée de l’air vont passer à l’attaque.
Je me souviens d’Arlette Larguiller et de Lutte ouvrière. Je me souviens de ses candidatures à l’élection présidentielle.
Je me souviens du retour de Karamanlis, après la chute des colonels.
Je me souviens du départ de Richard Nixon et de l’arrivée de Gerald Ford.
Je me souviens de Brigitte Bardot photographiée par Sam Levin.
Je me souviens d’avoir souvent entendu ces mots, méthode Ogino, sans savoir de quoi il était question.
Je me souviens de l’enlèvement de Madame Claustre. Combien de fois ai-je entendu ce nom, Madame Claustre, un nom associé dans ma mémoire à un autre nom, Tibesti ?
Je me souviens de l’exil (fiscal) d’Ingmar Bergman.
Je me souviens de Monseigneur Lefèbvre, de polémiques familiales et médiatiques à son sujet.
Je me souviens de Wolf Biermann, de ses errances entre RDA et RFA.
Je me souviens de ce nom, Niki Lauda. Je n’apprendrai que longtemps après l’avoir entendu qu’il s’agissait d’un champion du monde de Formule 1.
Je me souviens de la polémique au sujet de la construction du Centre Pompidou, en plein quartier du Marais. Je me souviens de l’avoir aimé et d’y avoir étudié avec un plaisir jamais démenti.
Je me souviens de la fin de l’isolement diplomatique de l’Espagne.
Je me souviens de Helmut Berger, découvert par Luchino Visconti.
Je me souviens du Rassemblement pour la République, ou RPR.
Je me souviens de Sylvester Stallone dans le rôle de Rocky. Je me souviens de lui à l’affiche car je n’ai vu aucun film de cette série.
Je me souviens quand l’homosexualité ne s’affichait pas tant et qu’on l’évoquait à demi-mot.
Je me souviens des cassettes audio que l’on rembobinait à l’occasion avec un crayon placé dans l’un des deux orifices, une opération facilitée par les six petites dents (je m’en souviens) placées sur leur circonférence.
Je me souviens de l’arrivée du Compact Disc ou CD. J’ai d’emblée apprécié leur côté pratique mais j’ai bien vite su que la qualité du son n’était pas comparable à celle du disque microsillon – ou disque vinyle. Je me souviens d’enivrements à écouter les Deutsche Grammophon et ses classiques, principalement des musiciens allemands et russes. Je revois ces deux mots inscrits dans un élégant cartouche jaune. Je les écoutais sur l’électrophone de mes parents, un Grundig.
Je me souviens d’avoir beaucoup ri en regardant « Le Père Noël est une ordure ». De nombreux passages me reviennent, souvent à l’improviste, avec leurs répliques. Je me souviens par exemple de « Ça dépend, ça dépasse », « Je ne vous jette pas la pierre, Pierre », « C’est fin, c’est très fin, ça se mange sans faim. »
Je me souviens de cette affiche dans Paris, « Les dents de la mer ». Je me souviens plus particulièrement de la scène où Martin Brody (Roy Scheider) tue le requin en faisant exploser la bouteille d’oxygène qu’il lui a lancée dans la gueule.
Je me souviens des stylos à quatre couleurs et des gros crayons à deux pointes, l’une rouge, l’autre bleue.
Je me souviens de la passion de certains pour les photos Polaroid. A ce propos, je me souviens de Gina Pane.
(à suivre)
Olivier Ypsilantis