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Synagogues et cimetières juifs de Lisbonne

Suite à l’expulsion des Juifs du Portugal, en 1496, les lieux de culte et les cimetières juifs deviennent clandestins. L’Inquisition veille et condamne ceux qui judaïsent. Ainsi, António Homem, professeur à l’Université de Coimbra, est exécuté en 1624 pour avoir installé dans sa maison une synagogue.

Au cours de la première moitié du XIXe siècle on peut trouver à Lisbonne plusieurs lieux de culte juifs installés chez des particuliers. L’un d’eux est situé Largo do Corpo Santo, dans la maison de Simão Cohen, originaire de Gibraltar. Le projet d’édifier une synagogue digne de ce nom fait son chemin dans la Comunidad Israelita de Lisboas (C.I.L.). En 1813, soit huit ans avant l’abolition de l’Inquisition (Tribunal do Santo Ofício), naît une autre synagogue, située Beco da Linheira (qui deviendra Travessa do Ferragial), la synagogue Shaar Hashomayim, fondée par le rabbin Abraão Dabella. On peut s’interroger sur le fait qu’une synagogue soit fondée, alors que l’Inquisition est toujours en place. En ce début XIXe siècle, le judaïsme est dans une situation quelque peu floue dans le royaume du Portugal ; il est officiellement interdit de célébration mais dans la pratique l’Inquisition ferme les yeux. Par exemple, en 1816, le rabbin Abraão Dabella est dénoncé à l’Inquisition de Lisbonne par des voisins qui l’ont surpris à son domicile de la Rua do Ouro pratiquant le judaïsme en compagnie de plusieurs dizaines de fidèles. Le grand inquisiteur D. José de Melo, évêque de l’Algarve et confesseur de la reine D. Maria I ne prend aucune mesure à son encontre. En 1822 est fondée une autre synagogue, au domicile d’un particulier, Salomão Mór-José, Rua dos Correeiros. En 1860, après la mort d’Abraão Dabella et de Salomão Mór-José, les synagogues du Beco da Linhera et de la Rua dos Correeiros fusionnent et donnent naissance à une autre synagogue, située Beco dos Apóstolos (dernière adresse de la synagogue fondée par Salomão Mór-José), la synagogue Hes-Haím. En 1880, une autre synagogue voit le jour, Rua do Corpo Santo. Mais c’est le projet de construction d’une grande synagogue centrale, et pleinement reconnue par les autorités, qui accélère la sédimentation de la C.I.L. À cet effet se tient une réunion à la Cámara Municipal de Lisboa, le jour de Noël 1894. Une commission est élue afin de rassembler les Juifs de Lisbonne, posant ainsi les conditions pour l’approvisionnement en viande kasher et l’édification d’une synagogue centrale dans la capitale portugaise. L’assemblée générale de la C.I.L. du 4 mars 1897 permet d’avancer ce projet qui se précise par la circulaire du 12 octobre de la même année, circulaire qui fait appel à des dons pour l’édification de ladite synagogue. Le ton de cette circulaire est particulier car la situation de la communauté juive au Portugal et à Lisbonne est particulière, floue par manque de statut juridique et de cadre légal, une situation qui prendra fin à l’évènement de la République en 1910.

Le 23 août 1901 est signée la vente d’un terrain, Rua Alexandre Herculano. La communauté juive n’ayant pas de statut juridique, ainsi que nous venons de le dire, le terrain est acheté par des particuliers qui, par un acte du 31 mars 1902, le cèdent à la C.I.L.

Le projet de construction de la synagogue est confié à l’un des plus célèbres architectes portugais, Miguel Ventura Terra, alors au début de sa carrière, carrière au cours de laquelle il remportera plusieurs fois le prix Valmor (ou Prémio Valmor e Municipal de Arquitetura, un prix d’architecture prestigieux attribué à Lisbonne pour récompenser la qualité architecturale des bâtiments — qu’ils soient neufs ou rénovés – ou des projets de paysages/espaces publics — dans la ville de Lisbonne). L’une des réalisations les plus importantes de cet architecte est le siège du Banco Lisboa & Açores, Rua do Ouro, dont le directeur est alors Abraão Bensaúde. Miguel Ventura Terra est un républicain très engagé et un franc-maçon, ce qui a peut-être pesé dans le choix de la C.I.L., à une époque où la situation juridique de la communauté juive portugaise est mal assurée, précaire donc.

Moyennant quelques petites modifications, le projet est approuvé par les édiles de Lisbonne et le roi D. Carlos I. La première pierre est posée le 25 mai 1902, et la synagogue est inaugurée le 18 mai 1904 sous le nom de Shaaré Tikhá (Portes de l’Espérance). À noter : cette belle synagogue plutôt imposante est en retrait de la rue afin de respecter la législation en vigueur qui interdisait une trop grande visibilité aux édifices religieux non-catholiques.

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Au cours du XIXe siècle, les Juifs de Lisbonne et du Portugal ont la possibilité de faire appel aux services qu’offre le royaume. Mais leur situation juridique étant indéfinie, ils ont toutes les raisons de s’éprouver comme des citoyens de second rang. Aussi aimeraient-ils n’avoir qu’à compter sur eux-mêmes ou, tout au moins, avoir à compter d’abord sur eux-mêmes, d’autant plus que jusqu’en 1910, année de l’avènement de la république, l’essentiel de l’aide sociale et l’éducation dépendent de l’Église.

Lorsque se constitue la C.I.L., les Juifs de Lisbonne sont inhumés dans un coin du Cemitério dos Ingleses (English Cemetery), Rua São Jorge (avec également une entrée Rua Saraiva de Carvalho). Cette particularité s’explique par le fait que de nombreux Juifs qui ont commencé à revenir au Portugal après l’expulsion de 1496 sont originaires de Gibraltar ; de ce fait, ils ont la citoyenneté britannique. Le Cemitério dos Ingleses de Lisbonne remonte à l’année 1771. Le terrain sur lequel il s’étend a été cédé aux Britanniques résidants au Portugal en accord avec le traité luso-britannique de 1655, un traité qui entre autres points accorde d’importants privilèges commerciaux aux marchands britanniques installés au Portugal ainsi que des avantages divers aux sujets britanniques installés dans ce pays.

Le premier Juif de Lisbonne à être inhumé dans ce cimetière est José Amzalaga, en 1804. Ce coin de cimetière est une concession de la couronne britannique faite en 1801. Les Juifs y seront inhumés jusqu’en 1865. À la fin des années 1860, cette solution semble dépassée ; et sur un terrain acquis en 1865, Calçada das Lajes, il est explicitement décidé de fonder un cimetière juif. En octobre 1868, l’autorisation est accordée par le roi D. Luís I. Ce cimetière restera connu sous le nom de Cemitério das Lajes (du nom de l’artère sur laquelle il donne, soit Calçada das Lajes, aujourd’hui Rua Afonso III). Ce cimetière est toujours utilisé par la Comunidad Israelita de Lisboa.

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Un mot personnel sur le Cemitério dos Ingleses (English Cemetery), dont l’entrée se situe Rua São Jorge, devant le plus agréable jardin de Lisbonne, le Jardim da Estrela. Le Cemitério dos Ingleses est l’un de mes lieux favoris de la capitale portugaise, avec le Jardim da Estrela. La tombe la plus célèbre (soigneusement indiquée dès l’entrée) est celle de Henry Fielding, décédé à Lisbonne le 8 octobre 1754. C’est un cimetière qui pourrait être qualifié de romantique, avec cette alliance entre une végétation libre et des tombeaux de styles très divers, plus ou moins entretenus. Les herbes poussent très vite dans ce cimetière ombragé ; et la paroisse anglicane, Saint George, qui se trouve au milieu de ce cimetière, fait appel à des volontaires pour désherber les sépultures et leurs abords. Il m’arrive d’être l’un d’eux afin de mieux sentir ce lieu. Il y a quelques jours, suite à des pluies interminables, du jamais vu à Lisbonne depuis au moins quatre décennies, les pierres tombales se sont trouvées enfouies sous les herbes. Je me suis dédié durant une matinée à nettoyer des tombes du Commonwealth War Graves où reposent des hommes d’à peine vingt ans, l’âge de mon fils David.

Olivier Ypsilantis

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