BDS cherche à séduire la jeunesse par tout un lexique choisi, dont justice et human rights. Il pense sur le long terme, il infiltre les cœurs et les esprits, doucement, doucereusement. Son but ultime : l’élimination d’Israël ; c’est le fameux, trop fameux slogan, from the river to the sea.
Mais BDS fait beaucoup plus de mal aux Palestiniens qu’aux citoyens d’Israël, Juifs et Arabes, à ses amis qu’à ses ennemis. Lisez ce qu’écrit le journaliste arabe israélien Khaled Abu Toameh : « The current Palestinian political economy, influenced far too greatly by the BDS and anti-normalization campaigns, amounts to a corrupt, unsustainable, terror-supporting regime that is disinterested in the economic well-being of its own people and the development of a new state. » Israéliens et Palestiniens sont donc harcelés pour que cesse tout échange économique et culturel. Ainsi, le Palestinien et professeur Mohammed Dajani Daoudi a été harcelé pour avoir voulu faire visiter Auschwitz à ses étudiants palestiniens de la Al-Quds University. Et je pourrais multiplier ce genre d’exemples. Le cas du directeur de SodaStream CEO, Daniel Birnbaum, est instructif. Lui aussi et ses employés (dont de nombreux Arabes) ont eu à souffrir de BDS. Et lisez la déclaration du Palestinien Nabil Bashrat : « The BDS movement is causing the most amount of damage to the Palestinian workers. The BDS movement is pressuring SodaStream. They are saying that the company treats us like slaves. This is a lie. We work here together, Arabs and Jews, Israelis and Palestinians. My salary is three times higher than the one I had before, and I get health benefits for me and my family. BDS has no interest in Palestinian workers. »
Le fondateur de BDS, Omar Barghouti, veut par ailleurs boycotter les compagnies arabes hors des territoires dits « occupés » qui traitent avec Israël. L’impact de BDS sur la vie des Palestiniens a été considérable, alors que ses effets ont été très limités sur celle des Israéliens et sur l’économie d’Israël.
Mais d’où vient donc le pouvoir de BDS ? De la séduction qu’il exerce sur les campus d’Occident, avec ces étudiants qui se trouvent sollicités pour défendre de « nobles causes » dont « Justice for Palestinians ». Ce que ces étudiants ne savent pas, c’est que derrière cette aimable façade se tiennent des lobbies qui soutiennent un programme islamiste, notamment le Hamas et autres organisations de cet acabit. Le BDS US campus operation est destiné à vivifier la cause palestinienne, avec cet État palestinien « from the river to the sea », soit la disparition de l’État d’Israël. Afin de redonner du tonus à une cause qui s’étiolait, il fut donc décidé de développer une autre stratégie, et l’islamisme se mit à investir financièrement dans les universités américaines et européennes. On peut dire que, « investing in the future they are ».
L’action de BDS sur les campus s’articule en deux temps. 1. Training and educational sessions (avec flyers, réseaux sociaux, meetings) au cours desquels sont activés tous les rouages bien connus mais toujours aussi efficaces de la propagande. 2. Opération politique avec incitations au vote (interne aux universités) anti-Israël qui, aux yeux de la majorité, ne peut que relever d’une cause légitime, d’une cause au service de la justice. Certes, les organisations pro-Israël existent et bénéficient même de substantiels appuis, notamment financiers, mais elles ne militent pas en faveur de l’élimination de l’autre, ce que fait BDS et autres organisations, comme American Muslims for Palestine (AMP) qui sponsorise Students for Justice in Palestine (SJP). Noa Thisby s’est efforcée de remonter à la source de leur financement (leurs activités supposent d’importants capitaux) mais, écrit-elle, « It seems like they keep the source of their funding extremely murky ».
Je n’entrerai pas dans le détail afin de ne pas alourdir cet article. Simplement, un certain nombre des plus importants supporters de BDS sont aussi des supporters du Hamas, une organisation rattachée à la nébuleuse des Frères Musulmans (Muslim Brotherhood). Il faut lire à ce sujet les analyses et conclusions du Pr. Jonathan Schanzer, ancien analyste du financement terroriste au United States Department of the Treasury. Allez faire un tour du côté des organisations américaines, American Muslims for Palestine (AMP), Students of Justice in Palestine (SJP) sans oublier le Holy Land Foundation (HLF). Et il y a d’autres organisation de cet acabit, comme Islamic Association for Palestine et KindHearts, et des sommes très importantes sont drainées vers le Hamas par leur intermédiaire. Lorsque l’une de ces organisations est dans le viseur des autorités, elle change de ton, et ne cesse de prononcer des mots tels que justice et paix. Et BDS qui ne cesse de faire usage de tels mots peut menacer de diffamation ceux qui s’en prennent à lui.
Le Hamas et BDS ne sont pas directement liés, il faut emprunter des chemins de traverse parfois tortueux pour aller de l’un à l’autre, et c’est ce que montre le Dr. Jonathan Schanzer. BDS sait jouer avec une certaine naïveté. Nombre de ses sympathisants et militants ne savent pas toujours ce que cache ce mouvement, soit la volonté de gommer Israël de la carte. Mais que dire de certains d’entre eux comme Roger Waters des Pink Floyd, que Noa Tishby désigne avec un sourire en coin comme son « favorite punching bag », Roger Waters qui en 2006, invité à Tel Aviv, s’est empressé de se rendre dans la West Bank, Roger Waters qui est devenu le « Energizer Bunny of the boycott movement » ? BDS a fait pression sur le chanteur jordanien Aziz Maraka afin qu’il annule son spectacle de Noël dans un village arabe de Galilée ; mais il finira par le présenter en déclarant que BDS y pensera à deux fois avant de faire pression de la sorte sur un artiste arabe.
Ainsi que le précise Noa Tishby, annuler un concert ce n’est pas seulement s’en prendre à un artiste et à la culture, c’est aussi porter préjudice à l’économie et à l’emploi dans la mesure où un concert c’est aussi « a financial engine and job-creating engine ». Noa Tishby propose quelques axes pour lutter contre BDS (une organisation néfaste pour tous, et d’abord pour les Palestiniens », on ne le dira jamais assez). Elle écrit : « I am a Zionist and I am also a pro-Palestinian ». Ce livre a été publié en 2021. Noa Tishby proposerait-elle avec une même conviction ces mêmes axes, aujourd’hui, après le 7 octobre (2023) ?
BDS poursuit son emprise et érode la légitimité de l’État d’Israël. Il poursuit sa progression en faisant usage de ce qui est aujourd’hui connu sous le nom d’intersectionnalité (intersectionality), une manœuvre pour utiliser à son avantage des problèmes sociaux, a priori très éloignés de la question palestinienne, et faire fusionner des mécontentements. Souvenez-vous de l’émergence du mouvement Black Lives Matter, suite à l’assassinat de Trayvon Martin en 2012 ; puis de sa formidable expansion, suite à celui de Michael Brown Jr. en 2014.
Des activistes BDS ont pris contact avec des activistes de Black Lives Matter afin de leur expliquer que Palestinian Lives Matter pareillement. Black Lives Matter séduit, y compris de nombreux Juifs, les Juifs ayant toujours été de tous les combats pour la défense des droits de l’homme et la justice sociale. Et Noa Teshbi cite à ce propos le nom de Rabbi Abraham Joshua Heschel. Mais l’immixtion de BDS dans des mouvements luttant véritablement pour les droits de l’homme et la justice sociale embarrasse nombre de Juifs et on ne peut que les comprendre, étant entendu que le but ultime de ce mouvement est l’élimination d’Israël de la carte du monde, y compris par le soutien au terrorisme.
Nous pourrions évoquer les liens multiples entre le wokisme et BDS, le wokisme qui représente pour BDS une formidable opportunité, un superbe cheval de Troie. L’intersectionnalité a fait preuve d’une grande efficacité, jusqu’à aujourd’hui tout au moins, car rien n’est éternel.
En conclusion, laissons la parole au Dr. Jonathan Schanzer : « Americans have a right to know who is behind the BDS campaign. And so do those members of the BDS campaign who may not fully understand its history. » Il est vrai que si des activistes BDS agissent en connaissance de cause (soit éradiquer Israël), d’autres (dans une proportion difficile à déterminer) ne sont que des naïfs, des idiots utiles qui ont besoin d’être repris en main.
Olivier Ypsilantis