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Des moments de l’histoire juive – VII/XVI

Sans le Juif, comment pourrait-on trouver une cause commune aux riches Libanais, aux habitants du Koweït, aux Bédouins des tribus, au roi hachémite, aux Syriens marxistes ou au fellah égyptien combattant au Yémen dans une guerre sans objet ? L’unité arabe ne pouvait s’exprimer que par la négative : la destruction des Juifs ! Mais sans les Juifs, cette expression lui était refusée. Quant à la restauration de la Palestine, Jarah savait mieux que quiconque que si jamais elle était restaurée, elle serait démembrée du jour au lendemain par ses voisins jaloux. Morris West, « La Tour de Babel »

Si un homme vient pour te tuer, lève-toi plus tôt et tue-le en premier. Une phrase extraite du Talmud

A partir du moment où un service de renseignement commence à agir conformément à la loi, il cesse d’être un service de renseignement. Isser Bééri, premier commandant d’Aman

Ainsi, tandis que le monde libre se trouve confronté à ce qui apparaîtra peut-être un jour comme l’un des plus grands défis de son histoire – son combat contre deux menaces potentiellement mortelles –, les moyens dont il dispose pour recueillir les données vitales afin d’estimer le danger n’ont jamais été plus limités. Les difficultés qu’implique une collecte fiable sont colossales. Le temps normalement alloué à cette tâche a été allongé dans l’optique de parvenir à des résultats, au moment même où les délais pour déjouer les agissements machiavéliques de l’ennemi se sont raccourcis. Ephraïm Halevy, « Mémoire d’un homme de l’ombre »

 

Savoir ce que fait l’adversaire et agir en conséquence… Peu de pays sont confrontés à autant de menaces qu’Israël ; et pour cette raison il lui faut souvent attaquer avant que l’ennemi ne l’attaque ; mais pour attaquer (attaque préventive), il lui faut connaître avec autant de précision que possible les intentions de l’ennemi.

Israël est un petit pays, un très petit pays, avec une superficie d’un peu plus de 22 000 km2, soit à peine plus de deux fois le département de la Gironde. Sa population approche des dix millions d’habitants, légèrement inférieure donc à la population du Portugal ou à celle de la Grèce.

Enfin, nombre d’États lui sont diversement hostiles même si après de nombreuses défaites les pays arabes évitent tout affrontement direct. Depuis quelques décennies, ce sont des organisations armées qui ont pris le relai, des organisations diversement soutenues par des États diversement musulmans et qui pratiquent la guerre asymétrique, la dernière en date et la plus meurtrière ayant été menée par le Hamas le 7 octobre 2023, en Israël même.

Israël est souvent contraint à des actions préventives d’importance variable, la plus massive étant le premier acte de la guerre des Six Jours. Cette nécessité vitale d’actions préventives fait passer ce pays pour agressif et impérialiste, surtout auprès de celles et de ceux qui détestent Israël a priori, soit le gros du troupeau.

Opérations préventives et forces spéciales… Les forces spéciales israéliennes ont leur origine parmi les volontaires juifs engagés contre l’Axe aux côtés des Alliés durant la Deuxième Guerre mondiale, avec opérations commando conduites par des germanophones ou des arabophones. Ce sont les unités du Palmach, constituées par la Haganah en 1941 et armées par le Special Operations Executive (SOE) britannique, qui après la guerre deviendront un outil décisif dans la lutte contre les ennemis arabes. Parmi leurs premières actions, l’attaque en 1941 contre le Liban et la Syrie (alors sous mandat français –  la France de Vichy) lancée par les forces britanniques. Trente-cinq éclaireurs précèdent les troupes australiennes, avec pour mission de sectionner les fils téléphoniques et sécuriser les ponts. Moshe Dayan est l’un d’eux.

Après la guerre, les Juifs de Palestine mettent sur pied une « compagnie spéciale » (le Poum). Ses missions : exécuter des combattants arabes mais aussi des informateurs juifs, attaquer des unités navales britanniques chargées d’intercepter des navires transportant des immigrés juifs clandestins. Parmi les hommes de cette unité, certains participeront à la formation du Mossad et y occuperont des postes de première importance.

Au cours de la lutte contre la puissance mandataire, le futur État d’Israël organise plusieurs formations clandestines : l’une a pour mission d’aider au retour des Juifs dans la Palestine mandataire, dans le futur État d’Israël ; l’autre a pour mission de se procurer des armes et de les distribuer aux milices juives ; une autre mission enfin, infiltrer les populations arabes en faisant appel à des Juifs séfarades originaires du Moyen-Orient. Ces formations sont mises sur pied sous la direction d’Ytzhak Sadeh.

Suite à la déclaration d’indépendance de 1948, la première unité spéciale de Tsahal est formée par un Juif français, Norbert Beyrard (né Benchemoul), ancien officier des SAS de la France libre. Sa première opération a lieu en Galilée contre les forces syriennes. En 1953, Ariel Sharon met sur pied l’Unité 101, rattachée au bataillon parachutiste 890, soit à peine plus d’une centaine d’hommes. Elle ne tarde pas à se distinguer par des opérations très efficaces mais faisant de nombreuses victimes collatérales, comme en Jordanie, lors de l’attaque du village de Kibya. Elle se spécialise dans l’enlèvement d’officiers supérieurs arabes, une précieuse monnaie d’échange. Mais cette unité finit par inquiéter des responsables politiques israéliens qui la jugent incontrôlable et n’obéissant qu’à ses propres règles. Elle est dissoute en janvier 1954 et ses membres sont intégrés à l’unité de reconnaissance du corps des parachutistes. Durant les quinze premières années de l’État d’Israël, des unités spéciales découragent les États arabes d’entreprendre une action militaire d’envergure. Cette force de dissuasion cèdera la place à d’autres forces de dissuasion : l’aviation puis l’arme nucléaire. Automne 1964, les forces spéciales israéliennes (les sayerot) sont réorganisées en quatre unités sous l’impulsion de Yitshak Rabin, chef d’état-major des armées. Trois d’entre elles sont affectées aux grands commandements de l’armée de terre, front Nord, front Centre, front Sud. La quatrième est rattachée directement à l’état-major général. Ces forces spéciales se voient attribuées trois grands types de missions : lutte contre les organisations armées palestiniennes, contre le terrorisme international à l’étranger, et missions spéciales en appui à des opérations militaires.

La lutte antiterroriste à l’international à l’étranger (avec notamment les détournements d’avions) devient une priorité nationale absolue. Par ailleurs, les missions à finalité militaire se multiplient notamment avec la guerre des Six Jours (1967), la « guerre d’usure » (de la fin de la guerre des Six Jours à la fin juillet 1970), la guerre du Kippour (1973) et la guerre du Liban (1982).

L’utilisation des forces spéciales connaît une réorganisation à la fin des années 1980 avec la première Intifada (1987), la dislocation de l’U.R.S.S. (1991) et la première guerre du Golfe (1991), trois événements qui bouleversent le paysage géopolitique au Moyen-Orient. L’U.R.S.S. s’efface après avoir été le principal soutien politique et fournisseur en armement des pays arabes les plus agressifs à l’égard d’Israël. La menace irakienne est écartée. Les menaces se font plus diffuses et donc plus difficiles à appréhender et à combattre. Les mouvements armés intensifient les opérations terroristes (surtout après les accords d’Oslo). Les forces spéciales doivent s’adapter. Terrorisme djihadiste (hostile aux Juifs et aux « Croisés ») à partir de 2001, programme nucléaire iranien, Hezbollah au Liban, conséquences du « printemps arabe » (2011), les forces spéciales vont être plus que jamais sollicitées.

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L’État d’Israël a souvent recours aux « traitements négatifs » (ou assassinats ciblés) et depuis sa création. Des assassinats ciblés ont même été commis avant la création de l’État d’Israël. Au printemps 1945, à Bucarest, naît un groupe clandestin sous la direction d’Abba Kovner (auquel j’ai consacré un article sur ce blog) qui se dénomme « Les Vengeurs » (nokmim). Leur mission, abattre ceux qui ont participé à la Shoah. Une de leurs actions aurait visé le Stalag 13 en avril 1946, à Nuremberg, où près de deux mille prisonniers allemands ont été empoisonnés à l’insu de leurs gardiens américains. Combien de ces prisonniers sont morts ? On ne sait pas vraiment. Les nokmim sont-ils bien à l’origine de cet empoisonnement ? Les témoignages ne manquent pas à ce sujet mais un doute subsiste. Le nombre total des victimes de toutes leurs actions n’est pas connu. Les nokmim auraient planifié plusieurs opérations d’envergure, en Europe et sur le continent américain, et jusqu’au début des années 1950, dont l’empoisonnement des réseaux d’approvisionnement en eau de plusieurs grandes villes allemandes.

Le premier chef du gouvernement israélien, David Ben Gourion, commence par refuser les assassinats ciblés qu’il voit comme une violation des règles de la guerre et du droit international. Pourtant, en 1956, il autorise la premier assassinat ciblé commis par l’État d’Israël, celui de Mustafa Hafi, chef des services secrets égyptiens dans la bande de Gaza. Cette pratique va se poursuivre et devenir plus systématique suite à l’assassinat de onze athlètes israéliens aux Jeux Olympiques de Munich, en 1972. La Première ministre Golda Meir décide alors que son pays exécutera les responsables de ces assassinats où qu’ils se trouvent, et elle crée à cet effet une cellule ultra-secrète du gouvernement israélien (le Comité X), chargée de désigner les terroristes et d’autoriser leur exécution suivant des règles qui déterminent les conditions dans lesquelles le gouvernement donne son feu vert. La désignation des individus à abattre est établie par le Mossad (renseignement extérieur) et Aman (renseignement militaire) qui disposent de listes qui répertorient des cibles considérées comme légitimes, soit des « ennemis de l’État ». Ces cibles se répartissent suivant trois catégories : les terroristes ; les dirigeants politiques et militaires des États ennemis d’Israël ; les individus fabriquant ou vendant des armes de destruction massive aux ennemis d’Israël.

(à suivre) 

Olivier Ypsilantis

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