Un moment de la vie politique espagnole

 

La présidente de la Comunidad Autónoma de Madrid, Isabel Díaz Ayuso, a convoqué des élections le 4 mai 2021 après avoir dissout le parlement de la Comunidad Autónoma de Madrid. Je passe sur l’affaire qui l’a conduite à prendre cette décision car je ne veux pas charger le présent article, une affaire qui trouve son origine dans la Comunidad Autónoma de la Región de Murcia.

 

Isabel Díaz Ayuso (née en 1978)

 

La Comunidad Autónoma de Madrid est dirigée depuis plus d’un quart de siècle par le Partido Popular (P.P.), le grand parti du centre-droit qui a pour pendant le grand parti du centre-gauche, le Partido Socialista Obrero Español (P.S.O.E.). La Catalogne et sa capitale Barcelona qui ont longtemps été le centre économique de l’Espagne ont peu à peu été dépassées par Madrid et sa région, en (grande) partie grâce à une politique économique libérale et à une fiscalité favorable dont la mise en place a été facilitée par la décentralisation initiée par la Constitution de 1978, avec les Comunidades Autónomas (C. A.) au nombre de dix-sept, leur parlement et leur gouvernement.

Depuis le début des années 2000, Madrid n’a cessé de baisser voire de supprimer les impôts qui relèvent de sa compétence : suppression des droits de succession, puis sur le patrimoine, puis baisses successives de l’impôt sur le revenu destiné à la Comunidad Autónoma de Madrid. Ces diminutions substantielles ont été accompagnées d’une grande maîtrise budgétaire. Je n’entrerai pas dans les détails mais j’invite ceux qui me lisent à comparer l’endettement de cette Comunidad avec la plupart des autres Comunidades.

Le dynamisme économique de la capitale de l’Espagne et de sa région fait que le P.I.B. par tête de leurs habitant est le plus élevé d’Espagne, au-dessus de la moyenne européenne. Ce dynamisme n’a pas tardé à susciter la jalousie des nationalistes basques et catalans, une jalousie utilisée à des fins électorales par la gauche, P.S.O.E. en tête. A présent, la gauche espagnole, soutenue par les partis nationalistes basques et catalans, accuse le P.P. d’avoir organisé un « paradis fiscal », en concurrence déloyale avec les autres Comunidades Autónomas. La gauche espagnole qui se présente comme la défenseuse de l’autonomie contre le centralisme représenté par Madrid, le centralisme associé au franquisme, n’hésite pas à dénoncer une Comunidad pour en favoriser d’autres auxquelles elle a promis de substantiels avantages (notamment sous la forme de subventions), moyennant l’appui des partis indépendantistes des Comunidades Autónomas concernées. L’alliance P.S.O.E. / Podemos s’est alliée les Basques d’E.H. Bildu (qui furent liés à l’E.T.A.) et de l’Esquerra Republicana de Catalunya (E.R.C.). Et ainsi on se sert mutuellement la soupe… Que la Comunidad de Madrid soit celle qui participe le plus à la redistribution de la richesse (malgré son taux d’imposition plus bas que dans le reste de l’Espagne) n’importe guère à cette fine équipe qui espère en toute légalité (puisqu’elle a le pouvoir) se livrer à un hold-up.

Je respecte le passé prestigieux de la gauche espagnole. Le P.S.O.E. a été à l’origine de nombreuses réalisations dignes d’éloges ; mais elle est tombée (tant au niveau national que régional) dans une démagogie indigne d’elle, dans des calculs minables destinés à protéger des pouvoirs qui relève du caciquismo, ce mal espagnol que s’est efforcé de combattre le père de José Antonio Primo de Rivera, le général Miguel Primo de Rivera, entre 1923 et 1930. Le caciquismo n’est en aucun cas l’apanage de la gauche, mais puisqu’il est question d’elle, parlons-en.

 

Isabel Díaz Ayuso en compagnie du roi Felipe VI

 

Une fois encore, je passe sur les détails des transfert financiers venus de Madrid et notamment destinés à financer les services publics des Comunidades Autónomas les plus pauvres (à commencer par l’Estremadura) et qui dépassent très largement ceux venus de Catalogne où la pression fiscale est pourtant très supérieure à celle de la Comunidad Autónoma de Madrid

L’actuel chef du Gouvernement, Pedro Sánchez, donneur de leçons invétéré, comme tout socialiste et, dirais-je, comme tout homme de gauche, a fait de la décentralisation l’une de ses marottes. Fort bien. Étant partisan de l’État fédéral, étant ennemi du centralisme étatique et de tout ce qui a trait de près ou de loin au jacobinisme, cet homme devrait me séduire comme devrait me séduire Pablo Iglesias de Podemos, surnommé « Coleta » (soit « queue de cheval »), surnom dépréciatif dont je fais systématiquement usage pour une raison précise. Cet individu a pour homonyme un grand de la vie politique espagnole (né en 1850, décédé en 1925), soit le fondateur du P.S.O.E. et de la Unión General de Trabajadores (U.G.T.) ; et je ne désire pas mélanger les torchons et les serviettes. No hay que mezclar trapos y servilletas. Car Pedro Sánchez ne cherche que le pouvoir, ne cherche qu’à s’y maintenir à l’aide de petits calculs qu’il n’est pas le premier à mettre en œuvre, on s’en doute. L’homme politique le plus néfaste de l’après-franquisme, José Luis Rodríguez Zapatero, lui a montré le chemin avec notamment la distorsion de la mémoire historique, sous prétexte de la servir… Ces deux hommes sont infiniment méprisables, et je le dis avec d’autant plus de dureté que, je le redis, le P.S.O.E. et plus généralement la gauche espagnole ont donné nombre de femmes et d’hommes que j’étudie avec respect.

Pedro Sánchez, cet imbécil inútil comme on le dit ici, veut s’en prendre à l’autonomie de la région de Madrid – au fédéralisme espagnol – en commençant par mettre ses mains dans son système fiscal. Cet homme qui se déclare en faveur de la décentralisation veut attaquer ce qui fait partie des compétences fondamentales des Comunidades Autónomas : la fiscalité.

J’étais à Madrid lorsque la pandémie a été déclarée. La présidente de la Comunidad Autónoma de Madrid, Isabel Diaz Ayuso (née à Madrid en 1978), a immédiatement tenté une gestion libérale de la crise (une fois encore, je passe sur les détails) alors que Madrid était déjà considérée comme la ville la plus touchée au monde. Par cette gestion, cette femme entendait ménager un équilibre entre la santé et l’économie, ce qui lui a été immédiatement reproché par la gauche, cette incorrigible donneuse de leçon. Elle ignore probablement que tout désastre économique provoque automatiquement un désastre social, humain donc. Vouloir protéger l’économie (et plus particulièrement dans le cas qui nous occupe), c’est aussi vouloir protéger l’homme – mais il faudrait que j’adopte l’écriture inclusive, car protéger les hommes…

A ce propos, par cet article (et d’autres articles), je place les femmes au premier plan car ce sont essentiellement elles qui ont fait de Madrid et sa province ce qu’elles sont. Outre Isabel Diaz Ayuso, permettez-moi de citer Cristina Cifuentes et Esperanza Aguirre, elles aussi du P.P. Certes, on peut leur reprocher certaines choses ; et Isabel Diaz Ayuso, tout en leur reconnaissant nombre de qualités, a su prendre ses distances envers elles. Et je n’oublierai pas cette autre femme, Manuela Carmena, mairesse de Madrid de 2015 à 2019, une femme de gauche passée par le Partido Comunista de España (P.C.E.) et que j’aurais invité dans mon gouvernement (de droite) si j’avais été au pouvoir. Il est vrai que certains membres de son équipe laissèrent à désirer, comme Guillermo Zapata (conseiller à la Culture et au Sport), auteur de tweets antisémites, l’antisémitisme – pardon, l’antisionisme ! – étant la chose la mieux partagée par les gauches espagnoles. Ces gauches devenues grossières et agressives se refilent leurs joins. On fume du haschich entre potes et on a la sensation de planer dans les nuées (en dénonçant Israël, le Juif et l’argent) alors qu’on ne fait que s’enfoncer dans sa propre merde. Mais revenons à notre sujet.

 

Isabel Díaz Ayuso

 

Pedro Sánchez arrivé poussivement au pouvoir grâce à une motion de censure (en 2018, contre Mariano Rajoy) a fait d’Isabel Diaz Ayuso sa principale opposante durant la pandémie. Entre-temps, cette femme a remporté les élections du 4 mai (2021), avec 65 sièges, soit à quelques sièges de la majorité absolue (69 sièges). Le désaveu de la politique de Pedro Sánchez est total, Pedro Sánchez, un individu dénué de tout courage politique et pour lequel la politique n’est qu’un instrument au service de sa médiocre personne, un bellâtre qui fait de la politique comme d’autres font des selfies… La défaire historique des socialistes à Madrid ne se limite pas à un désaveu local, c’est un désaveu adressé à La Moncloa, au gouvernement central.

Le gandin de La Moncloa qui s’est mis en tête de lutter contre le sexisme est aux prises avec des femmes qui vont lui mener la vie dure et qui n’ont que faire de son radotage. Parmi elles, la très brillante Inés Arrimadas de Cuidadanos, née en 1981. Coleta a été étrillé par des femmes, à commencer par María Ruiz Solás de Vox et Cayetana Álvarez de Toledo du P.P., pour ne citer qu’elles. Non, la gauche n’est pas simplement feminista et la droite n’est pas simplement machista. Le monde est plus complexe, et c’est bien ainsi. En Allemagne, le parti d’extrême-droite AfD a été dirigé par Alice Weidel (née en 1979), ce que je me suis permis de signaler à une lesbienne militante espagnole qui déclarait que l’extrême-droite était machiste et qu’il n’était pas possible d’être femme et d’extrême-droite, à moins d’être soumis à un homme, son mari à l’occasion. Je me suis donc également permis de signaler à cette militante décidément bornée qu’Alice Weidel avait officiellement déclaré être lesbienne, ce qui me semble-t-il n’avait guère choqué les militants AfD. L’orientation sexuelle des individus ne m’intéresse en rien ; mais lorsque cette orientation est utilisée à des fins politiques et, surtout, démagogiques, il arrive que je tape du poing sur la table.

La gauche espagnole à présent incarnée par Pedro Sánchez et Coleta rumine ; elle est dépassée, prise dans ces images d’une guerre civile qu’elle n’a pas voulu analyser dans toute son amplitude, dans toute sa complexité. Avoir exhumé les ossements de Franco en espérant racoler des voix ne suffit pas – et je redis ma détestation de Franco. On ne peut enfermer un pays aussi complexe que l’Espagne dans un petit monde binaire, avec d’un côté les Bons et de l’autre les Méchants, les Victimes et les Bourreaux. L’intelligence et la connaissance doivent creuser une sape sous ce monde afin d’y placer des charges destinées à le désintégrer.

 

Isabel Díaz Ayuso en compagnie de Manuel Casado, président du P.P.

 

4 mai 2021, Isabel Díaz Ayuso est reconduite avec une majorité qui frôle la majorité absolue, avec une participation record (plus de 76 %). Dans une Espagne épuisée par la pandémie (dont les effets se superposent à ceux de la crise de 2008), par un pouvoir divisé (dont un membre s’emploie à activer la haine comme au temps de la Guerre Civile), par un monarque, Juan Carlos, qui s’est livré à des trafics indignes d’un monarque, Isabel Díaz Ayuso représente à mon sens un espoir pour l’Espagne mais aussi pour les droites libérales européennes. Le parti historique P.S.O.E. a subi une défaire historique (pour la première fois depuis la mort de Franco, le P.S.O.E. perd sa suprématie à gauche) et Isabel Díaz Ayuso totalise plus de voix que les trois partis de gauche réunis, soit le P.S.O.E., Más Madrid et Unidad Podemos.

La gauche comptait sur un haut taux de participation, une mobilisation « antifasciste » pour barrer la voie à Isabel Díaz Ayuso ; il n’en a rien été. Le petit admirateur de Hugo Chávez, soit Coleta, cet imbécile lanceur d’alertes antifascistes qui prend décidément les gens pour des imbéciles, s’est pris un gadin. Il a d’ailleurs annoncé se retirer de la vie politique ; et j’ai pu constater aujourd’hui même qu’il a coupé sa coleta. Faut-il y voir un symbole ?

Cette victoire d’Isabel Díaz Ayuso ne s’expliquerait-elle pas aussi et d’abord par sa gestion de la crise sanitaire ? J’aurais beaucoup à dire à ce sujet, ce qui m’entraînerait à évoquer les bienfaits de la décentralisation et du libéralisme. Coleta se croyait en 1936. Il n’a pas compris que nous sommes en 2021 et que ses concepts et son lexique prennent l’eau de partout. Isabel Díaz Ayuso est une femme de courage, l’une des plus belles figures de la vie politique espagnole d’aujourd’hui. Sa politique sanitaire ne faisait pas l’unanimité, y compris au sein de son propre parti, le P.P. Cette jeune femme a très vite compris ce qui suit, et que pour ma part j’ai toujours défendu : si la vie est ce qui importe le plus, l’économie n’importe pas moins dans la mesure où elle est indispensable à la vie, tant individuelle que sociale. Son discours a semble-t-il séduit nombre de Madrilènes de tout âge et de toute condition, de droite comme de gauche (elle a capté de nombreux votes du P.S.O.E.), qui ont préféré l’autonomie et la responsabilité à l’endettement et à la dépense publique à outrance qui n’ont jamais conduit qu’aux limitations des libertés individuelles et à la prise de contrôle d’appareils d’États sur des populations.

Je dois le redire, la victoire de cette jeune femme m’a redonné confiance en l’Espagne. Et je souhaite que la France, ce pays gangrené par l’étatisme, étatisme économique et mental, médite l’exemple montré par Isabel Díaz Ayuso.

Olivier Ypsilantis

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