Notes de lecture (économie) – 9/14

 

Tableau XVIII – On va donc accuser les banques d’être les responsables de ces cycles (voir Tableau XVII dans le précédent article) – les banques qui sont un élément essentiel de l’économie de marché –, ce qui revient à s’en prendre à l’économie de marché. Cette accusation est malvenue ; elle relève soit d’une mauvaise observation soit d’un parti-pris idéologique. Jamais les banques ne pourraient accroître le crédit après concertation entre elles si le gouvernement ne les y encourageait d’une manière ou d’une autre. Si les banques étaient véritablement concurrentielles, toute expansion du crédit par une banque accumulerait sans tarder des dettes de cette banque chez ses concurrentes qui réagiraient. De fait, les banques ne peuvent mener une politique d’expansion du crédit en s’entendant entre elles que sous le parapluie d’une banque centrale, une banque étatique qui prend le contrôle du système bancaire à l’aide de diverses mesures.

Il est vrai que les banques ne se plaignent pas de cette banque étatique qui leur permet d’augmenter considérablement le crédit sur le long terme, et donc leurs profits respectifs. La banque centrale encourage les banques à augmenter leur passif et donc leur profit. De ce survol, on peut conclure que le cycle économique n’est pas provoqué par des défaillances de l’économie de marché mais bien par l’intervention de l’État dans cette économie, l’État qui décidément, et une fois encore, devrait strictement s’en tenir à ses fonctions régaliennes.

 

Tableau XIX – Depuis la crise de 2007-2008 et jusqu’à l’actuelle pandémie, l’économie est entrée dans une phase exceptionnellement longue et soutenue de croissance, une croissance financée par une augmentation considérable de l’endettement. Si l’on s’en tient aux prévisions cycliques, on peut avancer l’hypothèse suivante (une hypothèse forte) :

Après la surchauffe boursière et la survalorisation des marchés (tant publics que privés) de 2020, 2021 devrait voir une correction marquée sans être vraiment sévère et un ralentissement économique, ralentissement qui dans le système de capitalisme d’État que nous connaissons devrait avoir de lourdes conséquences. Ce ralentissement provoquera des difficultés budgétaires qui feront monter sans tarder les taux obligataires, une situation difficilement tenable pour des États déjà très lourdement endettés. Ces États ne pourront faire fonctionner aussi aisément la cavalerie. La cavalerie est un processus financier par lequel de nouveaux emprunts servent à rembourser les emprunts antérieurs. Ce système fonctionne aussi longtemps que l’emprunteur parvient à lever un nouvel emprunt.

 

Minsky Moment

 

Le système chavirera à un moment ou à un autre. Les agents au sens large pourraient alors se tourner vers les actifs privés, comme des affamés sur une gamelle pleine. C’est généralement quand la confiance envers le secteur public s’effrite que l’inflation se réveille et plutôt férocement, le système s’affranchissant de la pression déflationniste. L’inflation (de pénurie) contraindrait le système à remonter les taux. C’est ainsi, quand la dette est trop élevée par rapport à la solvabilité, les taux connaissent une correction et le système entre en crise. Un État tel que l’État français, considérant son niveau d’endettement, souffrirait terriblement même d’une légère hausse des taux, à moins d’une intervention de la Banque centrale européenne, intervention qui ne ferait que repousser le problème tout en l’augmentant.

La hausse des taux d’intérêt place le système face à une possible crise des dettes publiques. Au cours de la seconde moitié de l’année 2021, le scénario pourrait être le suivant (une hypothèse forte) :

Correction d’une bonne part des actifs privés suite au probable ralentissement économique, ralentissement lié pour l’essentiel aux difficultés budgétaires et aux risques qu’elles font courir à la France et à l’Europe. Ces difficultés achèvent d’ébranler la confiance envers le secteur public, ce qui conduit à une hausse des taux et à une contraction de l’économie dans les pays où plus de la moitié du P.I.B. tient aux dépenses publiques. Ces dépenses devraient être de plus de 58 % du P.I.B. pour la France ! La perte de confiance dans les actifs publics conduira à un repli vers les actifs privés ; s’y ajoutera l’inflation de pénurie puis une hausse générale des taux, hausse qui poussera tout le système dans un terrible cercle vicieux, de fait un maëlstrom. La remontée des taux signifiera quasiment un arrêt de mort pour le système, arrêt de mort que les banques centrales s’efforceront probablement de différer en commençant par rétablir la confiance à grands coups de figures de rhétorique avec abondance de sophismes. Et on repartira pour plus de dette jusqu’au « moment Minsky », autrement dit lorsque les investisseurs perclus de dettes se mettront à vendre massivement leurs actifs afin de satisfaire leur besoin de liquidité, ce qui conduira à une baisse du prix de ces actifs et à un assèchement des liquidités.

L’éclatement de cette gigantesque bulle pourra être éventuellement repoussé mais jusqu’à un certain point, et je défie quiconque de prévoir ce moment. On ne peut que s’essayer à des hypothèses, faibles ou fortes, sans jamais se prendre pour un devin. Cet exercice permet simplement d’augmenter et d’affiner ses connaissances en économie, cette discipline qui peut être pratiquée par des non-spécialistes – j’en suis un.

 

Tableau XX – « C’est ce qui est arrivé. La chimère du jour est d’enrichir toutes les classes aux dépens les unes des autres ; c’est de généraliser la spoliation sous prétexte de l’organiser. Or, la spoliation légale peut s’exercer d’une multitude infinie de manières ; de là une multitude infinie de plans d’organisation : tarifs, protection, primes, subventions, encouragements, impôt progressif, instruction gratuite, Droit au travail, Droit au profit, Droit au salaire, Droit à l’assistance, Droit aux instruments de travail, gratuité du crédit, etc. Et c’est l’ensemble de tous ces plans, en ce qu’ils ont de commun, la spoliation légale, qui prend le nom de Socialisme. » Frédéric Bastiat.  

 

Tableau XXI – Les économistes libéraux ne cessent de répéter (à raison) que l’État n’est pas l’économie, qu’il n’est pas un agent de l’économie. Dans ce domaine, ses interventions sont non seulement illégitimes, elles sont inefficaces. L’intervention de l’État a un coût qui serait justifié s’il améliorait par exemple la situation des pauvres ; mais il n’en est rien. Il appauvrit les riches sans enrichir les pauvres. La solidarité forcée favorise l’égoïsme, tue l’esprit d’entraide, décourage la générosité privée, accable la spontanéité du cœur. L’État décourage. Il n’est qu’un estomac de super-prédateur qui cherche des proies en tous sens.

L’État ne produit rien, il prélève et dépense. Il prélève une part conséquente de la richesse créée par des Français pour la redistribuer à d’autres Français, inefficacement, en saisissant au passage une part conséquente du butin. Et il confirme le proverbe : L’appétit vient en mangeant.

Suite à cette pandémie, et quitte à me faire traiter de tous les noms, je me permets d’affirmer que l’intervention de l’État n’était en rien nécessaire pour soutenir l’économie. Cette intervention ne fait qu’augmenter le déficit public et, bientôt, les impôts. Certes, dans le très court terme on pense avoir évité le pire ; mais ce pire évité aujourd’hui n’est que du pire à venir. Le poids et le périmètre de l’État doivent être urgemment réduits ; autrement dit, son appétit – ses dépenses – doit être progressivement diminué pour le bien de tous, sauf pour les rongeurs qui se sont logés dans le fromage État. Mais ils finiront eux aussi par mieux se porter ; un peu d’exercice et moins de goinfrerie leur seront bénéfiques. La pompe fiscale et la pompe à emprunt fonctionnent à plein régime. Il faut freiner cette machine qui se dirige – qui nous dirige –  vers un gouffre.

L’interventionnisme étatique doit cesser dans l’économie. Il dérange plutôt qu’il n’arrange. Ce faisant il réduira son poids sur les entreprises et les rendra plus compétitives. Il faut que l’État se recentre sur ses fonctions régaliennes qu’il assume avec toujours plus de difficultés pour cause de dispersion. Oui, il est impératif que l’État se recentre, qu’il supprime les monopoles, ces machins qui finissent par succomber sous leur propre poids après avoir étouffé tout ce qui les entoure, il est impératif qu’il cesse de décourager la concurrence tout en multipliant les distorsions dans le marché, qu’il laisse le processus de destruction créatrice opérer, qu’il laisse les individus et les entreprises libres de leurs succès et de leurs échecs, et ainsi de suite.

L’économie n’est pas une branche de l’État ou, mieux, une émanation de l’État. L’économie c’est chaque individu en tant qu’investisseur, producteur et consommateur. Je me souviens à ce propos que notre professeur d’économie (ce professeur auquel je dédie cette suite de textes, comme je lui ai dédié la précédente suite) nous disait qu’une mère de famille qui fait un gâteau participe à la vie économique d’un pays d’une manière non moins négligeable et respectable qu’un maçon qui construit une maison, qu’un entrepreneur qui prend telle ou telle décision, et ainsi de suite. Je n’ai jamais oublié ce propos, c’était dans les années 1970. L’économie est la somme de nos choix, faire un gâteau est un choix parmi bien d’autres et ce choix en entraîne d’autres. Le recentrage de l’économie sur l’individu fait par Carl Menger et l’École d’économie autrichienne me fait souvent revenir au propos de ce cher professeur.

L’État a besoin des individus pour exister, l’inverse n’est pas si évident. Dans tous les cas, nous n’avons pas besoin de l’État tel que nous le connaissons. Il nous faut reconquérir le champ des idées. Les idées libérales doivent être beaucoup plus enseignées, en France surtout où elles sont systématiquement poussées dans un débarras et conspuées lorsqu’elles s’avisent d’en sortir ne serait-ce que le bout de leur nez.

 (à suivre)

Olivier Ypsilantis

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