Le Musée du Palmach, à Tel Aviv – 2/2

 

Le musée du Palmach se veut expérience ; de ce fait, et comme nous l’avons dit, il exclut tout objet à caractère historique. La mise en place de ce parcours muséal nécessita près d’une dizaine d’années de discussions. On en vint à élaborer une combinaison d’expériences filmiques et théâtrales. L’équipe composée d’individus aux compétences très variées eut pour mission principale de présenter l’histoire du Palmach avant la création de l’État d’Israël, avec ces « jeunes prêts à se sacrifier, qui s’étaient enrôlés pour atteindre les objectifs du sionisme et construire un État ; une solidarité à l’ombre de la guerre ; un esprit de volontarisme, une détermination solide ; un contrôle de soi et une obédience à un leadership politique. »

Le visiteur devait donc évoluer suivant deux axes distincts et néanmoins imbriqués : l’axe informatif (le monde et la Palestine dans les années 1940), l’axe expérimental (l’histoire d’un groupe du Palmach depuis son enrôlement en 1941 jusqu’à la fin de la Guerre d’Indépendance). Au cours des années 1990, l’accent fut toujours plus mis sur l’expérimental (l’émotionnel) au détriment de l’informatif. En effet, le public visé était en priorité celui des écoliers et des soldats et, de ce fait, l’expérimental paraissait plus convaincant que l’informatif.

Mais quel scénario proposer pour suivre ce groupe de dix membres (imaginaires) du Palmach ? Les scénarios écrits jusqu’alors étaient trop élaborés pour être rendus crédibles par le film et autres technologies. Oudi Armoni finit par mettre au point un scénario crédible en s’appuyant sur des personnages créés par Yitzhak Ben-Ner qui avait travaillé à ce projet.

Plan de masse du Musée du Palmach

 

Dans ce parcours muséal, l’expérience (en couleur) est essentielle. L’information historique (en noir et blanc) est présente mais jamais centrale. Et je passe sur les détails de cette visite complexe qui se veut, ne l’oublions pas, hommage aux 1168 membres du Palmach morts au cours de la Guerre d’Indépendance. Il est intéressant de noter qu’à la fin de ce parcours, dans le film projeté, les distinctions entre les victimes du Palmach et celles de l’Israel Defence Forces (I.D.F.) se sont estompées, ce qui a pour effet de gommer certains aspects propres à cette organisation paramilitaire. Ainsi, l’affiliation politique de nombre de ses leaders est à peine mentionnée. Son démantèlement n’est même pas évoqué et l’I.D.F. est présenté comme son héritier. L’hostilité entre le Palmach et les groupes clandestins de droite (comme l’Irgoun ou le Lehi) est fortement atténuée. L’expulsion des populations arabes au cours de la Guerre d’Indépendance est évoquée évasivement. La présence – on pourrait presque dire l’omniprésence – de la Shoah dans ce parcours muséal fait oublier certaines controverses propres au monde juif et aux années 1940.

Il convient de mettre l’accent sur le fait que la création du Palmach doit d’abord être envisagée dans le contexte d’un conflit entre sionistes et Arabes. La poussée de l’Afrikakorps ne fut qu’un catalyseur à la création du Palmach en 1941, alors que celle-ci est présentée à la première station et la seconde station de cette visite comme l’unique raison de sa création.

La durée de cette visite est celle d’un film de moyen métrage. Elle suit un itinéraire strict où le visiteur est à la fois spectateur (de film) et acteur (de théâtre), acteur dans la mesure où il est cerné par un environnement « réel » qui sollicite jusqu’à son odorat. Il arrive même que des personnages du film s’adressent directement à lui. Outre ce strict itinéraire spatial, le temps est chronométré : le visiteur ne peut rester à chaque station que le temps du film. On est donc bien loin des musées historiques traditionnels où le visiteur peut revenir sur ses pas ou négliger une salle, s’attarder sur un objet, bref, organiser son temps et son parcours comme bon lui semble.

La direction du musée prit conscience de l’extrême artificialité de ce parcours, notamment en regard des soldats du Palmach morts au combat. Aussi, en mai 2004, une salle de mémoire fut inaugurée, avec des tiroirs contenant nombre de documents originaux et des objets ayant appartenu à des membres de cette unité tués au combat. Je dois dire que c’est bien cette salle qui m’a le plus ému et qui, de ce fait, reste la plus précise dans ma mémoire, d’autant plus que j’ai eu le plaisir de m’y entretenir avec des anciens de cette unité, dans une ambiance conviviale, tout en buvant du thé et en consultant des photographies, notamment celles où figurait Thadée Diffre (surnommé Teddy Eytan), un officier supérieur du Palmach, un Chrétien sur lequel j’écrivais un article. De fait, je préfère le réel à l’hyper-réel – voir le sens de cette désignation appliquée par Jean Baudrillard à la visite de Disneyland, Los Angeles, avec sa théorie exposée dans « Simulacres et simulation ».

Ci-joint, une vidéo, une visite au Musée du Palmach :

https://www.youtube.com/watch?v=FyP1D-o-i5c

Et un article sur le Musée du Palmach :

http://www.shalom-magazine.com/pdfs/44/Fr/PALMACH%20FR_44.pdf

 

Une brève histoire du Palmach (afin de préciser l’esquisse contenue dans la première partie de cet article). Au printemps-été 1941, six compagnies de choc sont constituées au sein de l’organigramme de la Haganah : ce sont des unités de réserve pouvant être immédiatement engagées. Leur premier commandant, Yitzhak Sade. C’est au cours du printemps-été 1942 que les volontaires du Palmach commencent à recevoir un entraînement sérieux, alors que l’Afrikakorps menace les Britanniques. Ces derniers s’emploient à former ses volontaires à la guérilla. Le Palmach avait aidé les Britanniques à reprendre le contrôle de la Syrie et du Liban tenus par les forces fidèles à Vichy. Les missions assignées à ces combattants sont extraordinairement diverses avec, par exemple, l’Arab Unit et ses soldats déguisés en Arabes ou la Balkan Unit et ses soldats entraînés à des opérations en territoires occupés par les nazis, notamment au sauvetage de Juifs. En 1944, trois autres compagnies sont adjointes au Palmach et un organigramme de quatre bataillons est mis au point.

Dans leur guerre contre l’Allemagne, deux petites organisations dissidentes, le Lehi et le Etzel, décident d’attaquer également les Britanniques. Agissant sur les ordres de responsables sionistes reconnus, des groupes du Palmach arrêtent des dizaines de membres de ces organisations. Certains d’entre eux sont livrés à la puissance mandataire tandis que d’autres sont bannis en Afrique de l’Est – ils ne reviendront qu’après le départ des Britanniques.

Lorsque la pression allemande sur la région se fait moins forte, la collaboration entre le Palmach et les Britanniques se relâche. Les membres du Palmach engagés aux côtés de ces derniers se replient sur des kibboutz où, ainsi que je l’ai précisé, ils travaillent quinze jours pour payer leurs frais de séjour et s’entraînent les quinze autres jours. Alors que la guerre touche à sa fin, des groupes de jeunes appartenant au Hachsharot rejoignent le Palmach qui perfectionne son organisation, sa doctrine, ses tactiques, son armement. Des unités d’artificiers sont constituées, ainsi qu’une Naval Company et un Air Squadron. Les vétérans juifs démobilisés des unités britanniques commencent à rejoindre le Palmach. Entre 1945 et 1947, alors que la puissance mandataire s’efforce de contrarier le projet sioniste, le Palmach s’oppose activement à elle, notamment en organisant l’immigration (illégale) de Juifs des pays arabes et d’Europe et en aidant les nouveaux arrivés à s’établir dans la Palestine mandataire.

Le Palmach devient peu à peu l’élément de choc de la Haganah ; il est par ailleurs responsable tant au niveau opérationnel que financier des opérations menées par les autres unités de la Haganah. Yigal Alon, chef du Palmach, est placé sous le commandement de l’état-major de la Haganah. Les membres du Palmach participent à de nombreuses opérations anti-britanniques sans pour autant s’adonner à des actions comparables à celles du Lehi et du Etzel, essentiellement liées à la bataille pour l’immigration et l’établissement des nouveaux arrivés dans le Yishouv. C’est dans ce contexte que les Britanniques déclenchent le Black Sabbath, le 29 juin 1946.

Parallèlement la Haganah et le Palmach se préparent à la menace arabe qui ne manquera pas de se manifester après le départ des Britanniques. On sait ce qu’il est advenu après le 29 novembre 1947. Personne n’est alors mieux préparé que le Palmach pour faire face à cet ennemi et défendre le Yishouv qui compte à présent environ 600 000 personnes. Le Palmach aligne 2 200 soldats auxquels s’ajoutent 900 réservistes. Dès le départ des Britanniques, ses quatre bataillons entrent en action ; ils sont appuyés par quatre autres bataillons nouvellement formés. Le Palmach va avoir un rôle central dans la Guerre d’Indépendance au cours de laquelle ses bataillons sont articulés en trois brigades : la Negev Brigade, la Yiftach Brigade et la Harel Brigade.

Olivier Ypsilantis

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