Notes  diverses

« Ce n’est pas l’homme qui est un point dans l’Univers, c’est l’Univers qui est un point dans l’homme », Bernard Chouraqui. 

 

Juin 2016, en compagnie de la professeure d’histoire Isabel María Abellán, Catedrática de Geografía e Historia. Elle me parle de son dernier livre, « Isidro – Relato del campo de concentración de Albatera », où elle rapporte le témoignage d’un milicien anarchiste, Isidro, qui termina la guerre civile d’Espagne dans le camp de concentration d’Albatera, au sud d’Alicante. Elle m’évoque Isidro avec respect et tendresse avant d’en venir à un souvenir que ce dernier lui a laissé, peu avant sa mort. Alors qu’il est embusqué, il voit un buisson bouger et tire dedans. Rien, plus rien des heures durant. A la tombée de la nuit, Isidro décide de sortir de sa cachette, à pas de loup, et de s’approcher du buisson car il est certain qu’il y a quelqu’un. Il finit par découvrir un Marocain des Regulares, un ennemi donc, et des plus redoutés, qui gît dans son sang, blessé au ventre. Après avoir échangé quelques mots sur l’ineptie de la guerre, le Marocain lui désigne sa trompette et lui en fait fait cadeau avant d’expirer. Isabel María Abellán sort de son sac une petite trompette en cuivre bosselé, trompette que je regarde et caresse tout en l’écoutant, ému par cette femme au beau sourire et aux dents magnifiquement rangées, une femme qui honore la mémoire.

 

 Seul vestige du Campo de concentración de Albatera, cette baraque pour les gardiens.

 

El Campo de concentración de Albatera, un nom oublié de presque tous, un camp qui fut pourtant le plus dur du système répressif mis en place par Franco à la fin de la guerre civile. El Campo de concentración de los Almendros, un camp très provisoire (ouvert le 30 mars 1939 et fermé le 6 avril de la même année), accueillit des milliers de Républicains, militaires et civils, qui n’avaient pu embarquer dans le port d’Alicante. Il est évoqué par Max Aub dans son livre « Campo de los Almendros », écrit à partir du témoignage d’un ami et historien, Manuel Tuñon de Lara.

 

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L’étude menée sur l’hominidé de Denisova (ou Dénisovien) à partir des trois fragments provenant de trois restes de squelettes de trois femmes, soit deux dents et une phalange. L’analyse ADN confirme qu’il serait plus proche des Néandertaliens que de nous.

Plus une rivière est rapide, plus elle émet de gaz carbonique. Il en va de même pour un homme qui fournit un effort soutenu. Imaginer les réflexions que le poète et ingénieur Novalis aurait retirées de ces observations.

Le monstre Sgr A (Sagittarius A), un trou noir géant au centre de notre galaxie, a une masse équivalente à plus de quatre millions de fois celle du Soleil. Il est situé à vingt-sept mille années-lumière. Des flashs indiquent qu’il festoie — par cette image, il s’agit d’engager les pouvoirs du langage afin de nous soustraire à l’épouvante, à l’écrasement et, enfin, à l’inconcevable. Le rythme de ces flashs semble s’être accéléré depuis peu. Que se passe-t-il ? Parmi les hypothèses avancées, celle d’Andrea Goldwurm. Selon lui, un nuage de gaz (nuage G2) constituerait le plat principal de ce festin, avec des chocs entre des morceaux de G2 et le disque d’accrétion de Sgr A (dont le rayon de Schwarzschild est d’environ onze millions de kilomètres), avec flashs de rayons X. Autre hypothèse relevant du simple bon sens et que tout un chacun fait assez spontanément : l’accélération du rythme de ces flashs pourrait être due à la multiplication des observations au cours de la période 2013-2015. Élémentaire mon cher Watson…

Quelques éléments d’un fabuleux lexique. Trou noir et trou noir supermassif (quelques millions ou quelques milliards de masses solaires). Année-lumière (ou mois-lumière ou jour-lumière), etc. Rayon de Schwarzschild, soit la distance théorique en dessous de laquelle rien, pas même la lumière, ne peut ressortir d’un trou noir. Disque d’accrétion (d’un trou noir), soit son disque de matière, son festin à venir… Amas ouvert, ensemble d’étoiles nées dans la même nébuleuse mais non liées par la gravitation et conduites à se disperser. Aphélie (ce nom a la beauté d’un prénom féminin ; on pense Ophélie, la femme qui flotte dans l’onde, sa chevelure et ses atours, au clair de lune), point de l’orbite d’un corps autour du Soleil situé au plus loin de celui-ci. La mythologie grecque projetée dans l’Univers par le truchement de tout un lexique ; Séléné est l’un des mots de ce lexique. Des récits effrayants, effarants. Dans l’un d’eux il est question de la géante bleue, une étoile au cycle d’évolution très rapide qui se transforme en supergéante rouge avant de devenir instable et d’exploser en supernova. Autre moment de la terrible beauté d’un lexique : rayonnement fossile ou fond diffus cosmologique. 

 

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Les modèles d’argile de… foies de moutons, de « foies divinatoires » sumériens. Voir la collection du Musée du Louvre, soit trente-deux pièces découvertes à Mari par André Parrot entre 1935 et 1936, autant de modèles qui prennent soin de reproduire les malformations de cet organe considéré comme l’organe de l’âme. Voir l’hépatoscopie. La forme des foies laisse supposer qu’elle aurait fait partie de la protase (ou proposition conditionnelle) alors que les inscriptions cunéiformes, en akkadien, auraient constitué l’apodose (ou réponse à cette proposition). Mais pourquoi ces modèles alors que les divinations se faisaient directement sur l’organe ? Ces répliques ont peut-être été destinées à l’enseignement de l’hépatoscopie et à l’établissement d’une taxinomie morphologique en rapport avec les prédictions. Le projet (en cours), soit la numérisation (modélisation) des tablettes cunéiformes de tous les musées du monde. Un demi-million d’entre elles sont déjà consultables en open source, le reste suivra prochainement.

Foie

Six modèles de « foies divinatoires » découverts à Mari (actuelle Syrie).

 

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L’origine africaine des Homo sapiens n’est pas remise en question. Les récentes analyses génétiques sur des hommes fossiles de Géorgie montrent que l’Européen compte dans son patrimoine génétique une quatrième « tribu » (ou clade humain, un clade ou groupe monophylétique comprenant tous les descendants d’une même ancêtre plus l’ancêtre lui-même). Brève chronologie. Il y a quarante-cinq mille ans, une première divergence s’opère entre chasseurs-cueilleurs de l’Ouest et chasseurs-cueilleurs de l’Est. Il y a vingt-cinq mille ans, ces derniers se scindent en agriculteurs du Levant et ce groupe de chasseurs-cueilleurs du Caucase récemment identifiés comme faisant partie de nos ancêtres. Il s’agit d’une tribu à la signature génétique très homogène puisque ce groupe est resté longtemps très isolé avant de se répandre dès la fin de l’ère glaciaire. Ses membres se sont alors mêlés aux deux clades, chasseurs-cueilleurs de l’Ouest et agriculteurs du Levant et ont largement contribué à fonder la tribu des Yamna, ces cavaliers nomades des steppes qui procédant eux aussi du berceau africain ont très tôt bifurqué vers l’Est pour revenir en Europe il y a environ cinq mille ans, diffusant ainsi les langues indo-européennes. Chercher plus amples informations sur mes ancêtres les Yamna. La fascination pour les origines, une fascination qui elle aussi ouvre au monde.

 

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J’ai découvert l’œuvre de José Luís Fernández del Amo Moreno (1914-1995) en faisant une recherche sur le Campo de concentración de Albatera (voir ci-dessus), il y a peu. José Luís Fernández del Amo Moreno fut non seulement architecte mais aussi urbaniste ; et, de fait, je connais peu de créateurs du XXe siècle qui aient à ce point pensé simultanément architecture et urbanisme — comme un tout organique. José Luís Fernández del Amo Moreno travailla à la panification et la construction au sein de l’Instituto Nacional de Planificación (INP), organisme directeur du Sistema Nacional de Planificación (SNP), créé en octobre 1962, par le régime franquiste donc. A partir de 1950, il commença à travailler à ses projets de villages aux lignes pures, avec Belvis del Jarama.  Ces villages à la forte unité constituent la part la plus pertinente de ses travaux. Les artistes du Bauhaus l’auraient grandement apprécié. Et que dire de Vegaviana, un pueblo inteligente ! Les photographies qu’il a inspirées m’évoquent par leur pureté certaines photographies de Carlos Pérez Siquier prises dans la province d’Almería :

http://www.yorokobu.es/vegaviana

Je regrette que l’enseignement de cet architecte-urbaniste ne soit pas plus connu. Le paysage espagnol aurait gagné à le suivre. Ci-joint un lien sur ses nombreux projets et réalisations :

https://es.pinterest.com/herrerohurtado/arquiclick-josé-luis-fernández-del-amo/

 

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 lunivers

 

Au XIXe siècle, des physiciens annonçaient la mort thermique de l’Univers — en se basant sur les principes de la thermodynamique.

Le Big Bang (une expression proposée par Fred Hoyle), l’instant zéro censé marquer le surgissement simultané de l’espace, du temps, de la matière et de l’énergie, un équivalent physique du Fiat lux. La relativité générale confirme cet instant d’un Univers de volume nul dont on rembobine la pellicule sur 13,8 milliards d’années pour revenir à la « singularité initiale », avec température et densité infinies. Il arrive toutefois un moment où les équations de la relativité générale ne tiennent plus. Ces équations décrivent les effets de la gravitation, des effets qui s’effacent à mesure que l’on remonte vers l’instant zéro (à supposer qu’il y en ait eu un), la matière finissant par rencontrer des conditions physiques que la relativité générale ne suffit plus à décrire, d’autres interactions entrant en jeu, en plus des forces électromagnétiques et nucléaires exposées dans le modèle standard, un modèle qui décrit l’ensemble des briques élémentaires de la matière et des forces qui régissent leurs interactions, soit les fermions, composants de la matière, et les bosons, véhicules de trois des quatre forces fondamentales. Le modèle proposé par la relativité générale dans les années 1950 a montré ses limites ; il bute contre le « mur de Planck », vieux de 10-43 seconde (après de Big Bang) alors que l’Univers mesurait 10-35 mètre. Il faut à présent tendre vers l’élaboration d’une théorie unifiant physique quantique et relativité générale pour une conception de la gravité quantique. En attendant, les hypothèses se multiplient, somptueuses pour certaines — ou l’astrophysique et la poésie se rejoignent ; et une fois encore je pense aux intuitions physico-poétiques de Novalis —, avec la théorie des cordes (qui suppose que l’espace-temps possède plus de trois dimensions) ou la théorie de la gravité quantique à boucles, pour ne citer qu’elles, autant de théories qui dérangent l’idée d’un instant zéro, d’une création ex nihilo.

L’image de l’année (2016) rassemble toutes les mesures recueillies par le satellite Planck, en continu sur quatre années : il s’agit de la représentation la plus détaillée à ce jour du Cosmos âgé d’à peine 380 000 ans, soit le moment où des photons parviennent à s’extraire de la soupe de particules primordiale. Jusqu’en 1992, cette lumière primordiale était perçue comme baignant l’Univers d’une égale énergie, avec une température de -270,4°C. Mais en 1992, d’infimes différences de température (de l’ordre du cent millième de degré) sont détectées, des variations de densité dans lesquelles se laisse lire ce très jeune Univers.

 

Olivier Ypsilantis 

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