En relisant « La deshumanización del arte » de José Ortega y Gasset – 1/2

 

Le livre le plus connu de José Ortega y Gasset, « La rebelión de las masas » (publié en 1929), reste un livre actuel, il est même de plus en plus actuel. Certains des axes de réflexion – des observations – qu’il contient et développe peuvent encore aider ceux qui cherchent à s’y retrouver. « La deshumanización del arte » est probablement moins connu bien que…

 

L’édition dans laquelle j’ai étudié cet écrit.

 

Ce livre rend compte de la transformation de l’art mais aussi de la philosophie au cours de deux générations, l’une née vers 1860, l’autre vers 1880, avec volonté marquée de délinéer un nouveau monde formel – un nouvel espace – et quelque soit la forme d’expression. Parmi les représentants de ces deux générations citons respectivement, pour la peinture : Van Gogh et Gauguin / Picasso ; pour la musique : Debussy / Stravinsky ; pour la philosophie : Husserl, Bergson / Ortega y Gasset, Heidegger, Wittgenstein. Tous promeuvent un rejet du positivisme dominant dans la seconde moitié du XIXe siècle.

L’impressionnisme peut être considéré comme l’ultime manifestation de ce monde positiviste, y compris dans son avatar, le pointillisme, qui y intègre l’optique scientifique. La guerre de 14-18 va activer ce processus, ce que José Ortega y Gasset ne mentionne pas dans son livre. Franz Marc (tué à Verdun le 4 mars 1916) a laissé un carnet de trente-six dessins faits en première ligne, des dessins éclatés comme ceux de Fernand Léger. Franz Marc, ainsi que nombre d’artistes allemands de sa génération, inclinait aussi vers la philosophie (la théorie). A ce propos, ses notations prises au cours de cette période sont particulièrement intéressantes pour ceux qui veulent étudier les avant-gardes artistiques dans leur aspect théorique. Franz Marc notait donc que cette guerre totale avait fait exploser le monde des apparences et qu’il fallait l’optimisme d’un entêté pour s’en tenir au monde d’avant.

José Ortega y Gasset écrivit ce livre en 1925. Le chambardement, et dans tous les domaines de la création, n’était donc pas un phénomène nouveau. Il aborda pourtant la question qu’il se proposait d’étudier avec inquiétude. Les artistes qui en étaient les auteurs appartenaient à sa génération. Pour ce faire, il manquait donc de recul ; mais il savait qu’étudier une question dans sa jeunesse voire dans son enfance était certes ardu mais pouvait être fécond. Mais surtout, il ne disposait pas d’une méthodologie définie pour aborder la question. Il regrettait la mort de Jean-Marie Guyau (1854-1888) dont il aurait espéré des éclaircissements quant à l’évolution artistique (histoire de l’art) envisagée d’un point de vue sociologique.

Eduard Meyer et Jacob Burckhardt avaient étudié les œuvres d’art à partir de leurs effets (ce qu’éprouve celui qui les reçoit), mais José Ortega y Gasset envisage la relation avec l’œuvre d’art d’un point de vue strictement sociologique, et il n’est pas totalement démuni avec son écrit de 1921 sur Debussy (voir « Musicalia »). Il constate que les œuvres d’avant-garde sont mal accueillies par le grand public qui, confronté à elles, crie au scandale lorsqu’il n’est pas indifférent. Stravinsky a poursuivi les recherches de Debussy et on sait qu’à l’occasion du « Sacre du Printemps », au Théâtre des Champs-Élysées, le 27 mars 1913, le scandale fut grand. Mais pourquoi une telle incompréhension ? José Ortega y Gasset (se) pose la question. Les œuvres d’avant-garde sont rendues plus difficiles d’accès non par leur degré de complexité mais par leur caractère insolite. Car, enfin, la musique de Debussy est-elle plus complexe que celle de Beethoven, par exemple ? Poser la question revient à y répondre.

 

 

Pour la bourgeoisie de la deuxième moitié du XIXe siècle, le positivisme et son équivalent en art, le réalisme, étaient un catéchisme, un ensemble d’habitudes dans lequel elle baignait et prospérait. Pour illustrer sa démonstration, José Ortega y Gasset choisit la « Symphonie N°7 » de Beethoven et, en contrepoint, « L’après-midi d’un Faune » de Debussy. Pour ce penseur espagnol, la musique romantique (et l’art romantique en général) flatte le sens commun, à l’inverse de la musique de Debussy et celle de ses disciples qui, fuyant le sentimentalisme, s’emploient à la purifier, « eliminando de su interior cuanto no sea puramente estético ». Ainsi repoussent-ils les « sentimientos primarios » qui produisent une beauté sans substance : du kitsch. José Ortega y Gasset distingue deux publics : le grand public, porteur des « sentimientos primarios », et un public réduit, très réduit, porteur des « sentimientos secundarios ».

Le grand public représente l’art d’hier tandis que le public réduit, très réduit, représente l’art d’aujourd’hui. Et José Ortega y Gasset enfonce le clou : l’art qui se préoccupe avant tout des réactions (feuilleton, pornographie, effets spéciaux) est inférieur à l’art qui exige recherche et contemplation. La beauté exige et ne peut se contenter de « las cosquillas y el alcohol » (des chatouilles et de l’alcool).

Lorsqu’il écrit « Musicalia », en 1921, José Ortega y Gasset déclare que l’art contemporain est impopulaire. En 1925, avec « La deshumanización del arte », il maintient ce jugement mais s’efforce de l’expliquer. « Los sentimientos secundarios » divisent tout simplement le public entre ceux qui aiment et ceux qui n’aiment pas. « Los sentimientos primarios » quant à eux divisent le public entre ceux qui comprennent (une minorité) et ceux qui ne comprennent pas et qui de ce fait s’énervent et à l’occasion se scandalisent. Cette dichotomie ne correspond pas à l’antérieure ; et c’est un point central pour comprendre l’approche de José Ortega y Gasset, une approche qui opère par l’extérieur, par la sociologie. José Ortega y Gasset affirme que depuis la Révolution française le peuple prétend être toute la société ; et que depuis ce temps les artistes s’efforcent d’accompagner cette volonté et de la flatter, d’où le réalisme et le romantisme, soit jouir des choses sans se laisser affecter par elles, d’où la multiplication des effets, d’où l’accent mis sur la virtuosité.

 

 

 

José Ortega y Gasset observe que l’avant-garde ne cherche pas à être intelligible pour tous, contrairement à l’artiste du XIXe siècle qui cherchait à séduire le plus grand nombre à défaut de tous, une séduction qui passait nécessairement par une imitation de la réalité, imitation qui supposait du métier, avec ses effets et ses trucs auxquels le spectateur se laissait prendre non sans complaisance.

José Ortega y Gasset admet les limites de l’art pour l’art, néanmoins il constate que l’art d’avant-garde tend vers une purification, soit un allègement graduel des ingrédients humains qui conditionnent la production du XIXe siècle, ingrédients romantiques et naturalistes. Cette nouvelle tendance qui ne se soucie pas de plaire (ou de déplaire) réduit inéluctablement et considérablement son public. En ce début XXe siècle, l’art s’est lassé de l’hyper-addiction aux émotions et au descriptif réaliste qui avait marqué l’art du siècle précédent. Le positivisme en philosophie et l’impressionnisme en peinture (et en musique) finissent par être jugés superficiels, une enveloppe (un épiderme) qui faut perforer afin d’étudier les choses de l’intérieur. Van Gogh et sa génération commencent par refuser cette superficialité qui conduit à la vulgarité, tant esthétique que morale. Convertir le coup d’œil en instance suprême n’est pas la mission de l’art – à moins qu’il ne se veuille somptuaire.

Dans « La deshumanización del arte », José Ortega y Gasset se présente comme observateur impartial, son regard se veut scientifique. La deshumanización del arte, titre étrange, inquiétant, et qui peut prêter à confusion ; avant de le lire, je me demandais ce que pouvait cacher ce mot : deshumanización. J’ai enfin compris qu’il désignait tout d’abord une volonté affirmée de stylisation, d’épuration, une volonté qui n’est en rien refus du monde, mais refus de l’imitation du monde. C’est l’implosion et l’explosion des formes avec le Cubisme et Die Brücke, avec le Futurisme et Der Blaue Reiter, etc. Rien à voir avec un mépris du monde, bien au contraire : il s’agit de l’appréhender avec une conviction nouvelle, de percer les apparences, de passer sous l’enveloppe des choses. Ces artistes occupés à « déshumaniser » l’art reconnaissent les mérites de l’impressionnisme. Ils savent (même s’ils ne le disent pas toujours explicitement) qu’il a ouvert des voies, mais ils veulent se porter au-delà du monde scintillant des apparences et des émotions. La deshumanización del arte est saut hors d’un monde dominé par les sensations pour un monde d’abstractions, un monde qui ne procède pas du monde des Idées (voir Platon) mais plutôt de ce fond occulte et indéterminé qu’Anaximandre nomme apeiron (ἄπειρον).

 

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

 

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Dorothy Sheridan et “The Mass Observation”

 

En Header, l’une des quatre cents photographies prises par Humphrey Spender à Bolton et Blackpool à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

A Christian Boltanski et Daniel Spoerri, deux artistes qui ne cessent d’interroger la mémoire et qui pour cette raison – entre autres raisons – me sont particulièrement chers. Et, bien sûr, à Georges Perec.

 

Les travaux de Dorothy Sheridan ne sont guère connus, me semble-t-il. Et pourtant. Ce nom est inséparable du Mass Observation (MO). Le MO est intimement lié à la mémoire, à une mémoire intime et modeste – une mémoire qui n’est pas, comme trop souvent, celle des célébrités et des sommités, une mémoire qui répond à une préoccupation que j’ai eu très tôt : que chaque femme et que chaque homme laissent une trace écrite (manuscrite ou digitale) ou sonore/visuelle au cours de leur passage sur terre. Bref, que chaque être humain participe même très modestement à un immense centre de la mémoire, et quel que soit le support de leur mémoire. Mass Observation: Recording everyday life in Britain.

 

 

 

Mass Observation ? Bref historique. Les archives du MO (transférées en 1970) proviennent de la University of Sussex. Elles avaient été entreposées dans le sous-sol des bureaux du MO Ltd, à Londres, et constituées au cours d’une période comprise entre 1937 et 1949, année de son enregistrement en tant que compagnie et année d’une plus large ouverture à la recherche, au mainstream market research. Lorsque cette masse de documents fut envoyée à la University of Sussex, elle incluait du matériel plus tardif des années 1950 ainsi que quelques journaux (diaries) des années 1960. L’ensemble arriva dans un désordre indescriptible et, pire, dans un piète état.

Tom Harrisson fut invité à mettre de l’ordre dans cette masse afin de la convertir en outil de recherche. Le MO avait besoin de publicité et d’investissements afin de survivre matériellement (travaux de restauration et de nettoyage) et d’acquérir une respectabilité : être consulté, notamment par des chercheurs. Tom Harrisson se montra excellent quant à la publicité et aux investissements, moins efficace quant à la conservation et au classement. Dorothy Sheridan écrit : « Indeed his very presence among the papers seemed to increase the degree of dissaray ».

Entre 1970 et 1974, Tom Harrisson embaucha des employés qui commencèrent à trier l’ensemble des documents. Les choses auraient pu aller plus vite mais sa formidable énergie l’amena à se disperser. A partir des matériaux collectés, il entreprit la rédaction d’un livre qui sera publié en 1976, « Living Through the Blitz » ; il entreprit également la rédaction d’une autobiographie, d’une étude sur la signification de la royauté dans la culture anglaise, et d’un livre à partir des Worktown project papers, autant de projets auxquels sa mort accidentelle mettra fin, en janvier 1976.

En 1974, Dorothy Sheridan commença à travailler à temps partiel avec Tom Harrisson. En 1975, grâce aux efforts de ce dernier et selon ses vœux, un charitable trust fut fondé, supervisé par la University of Sussex. A sa mort, Dorothy Sheridan prit sa suite.

 

Quelques menus du Mass Observation Archive

 

Environ un cinquième de la masse du MO était constitué d’écrits personnels de volontaires ayant joué le jeu du MO, avec journaux intimes, réponses à des questionnaires (du MO) détaillés ou à des « directives ». Un ensemble de trois mille documents dactylographiés correspondait à des comptes rendus des activités du MO, du début de la Seconde Guerre mondiale à 1950. Tous les sujets spécifiques au temps de guerre étaient abordés : plans d’évacuation, rationnement, conscription, alertes, propagande, etc. L’essentiel des archives du MO était constitué de boîtes contenant des observations, des interviews, des questionnaires, des enquêtes, des comptes rendus descriptifs de personnes et de lieux, ainsi que des imprimés (fascicules, brochures, affiches et affichettes, éphémérides, etc.). Les papiers provenant du Worktown project constituaient à eux seuls soixante-quatre caisses, avec pour thèmes principaux : la politique, la religion et les loisirs, un ensemble auquel s’ajoutaient quatre cents photographies prises par Humphrey Spender à Bolton et Blackpool à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Depuis 1970, les MO Archive ont presque doublé de volume, ce qu’explique en partie les petites donations constituées de journaux intimes et autres documents à caractère personnel ainsi que l’envoi d’autres types de documents mais ayant un lien avec le MO, lien thématique ou historique sur une période retenue par le MO. L’augmentation des archives s’explique toutefois essentiellement par la réactivation du Mass Observation Project par des volontaires. Ainsi, depuis 1981 (j’écris cet article à partir de l’appendice de Dorothy Sheridan, rédigé en 2009 et inséré dans « Wartime Women – A Mass Observation Anthology, 1937-45 »), trois mille cinq cents personnes ont participé à ce projet. Lorsque Dorothy Sheridan rédigea cet appendice, le projet avait toujours de la vigueur et plus de cinq cents volontaires étaient en contact régulier avec le MO par courrier papier et courrier électronique.

 

Fiona Courage cherchant dans la Mass Observation Archive, en 2011.

 

Trois fois par an, un courrier était envoyé, une invitation – appelée « directive » dans les débuts du MO – à écrire sur deux ou trois sujets, soit des événements concernant le pays (comme la guerre des Falklands), des questions politiques ou sociales, soit des affaires privées avec souvenirs en tout genre. Ce projet était financé par les fees et les royalties provenant des publications élaborées à partir des archives du MO et par des partenaires, des chercheurs.

Le MO est à l’origine de nombreuses publications en tout genre – voir certaines illustrations accompagnant le présent article. Leur liste est trop longue pour être rapportée ici. A ce sujet, consultez : www.massobs.org.uk

Les MO Archive font à présent parti des University’s Special Collections et sont ouvertes au public.

Un mot à propos du livre que j’ai entre les mains, « Wartime Women », sous-titré « A Mass Observation Anthology 1937-45 ». L’auteur a commencé à travailler à ce livre en 1989, une année riche en événements commémoratifs : 1939-1989, quarantième anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale… On s’efforça de recréer l’ambiance de ces années, avec tenues vestimentaires, scènes de rue, intérieurs de domiciles et de commerces, bruit des Air Raid Sirens suivi de « All Clear », Vera Lynn chantant « We’ll meet again » et tant d’autres détails emblématiques d’une époque donnée – le day-to-day life

L’esprit d’aventure, le courage et l’art de la guerre (warfare) étaient généralement considérés comme un domaine exclusivement masculin. Toutefois, l’émergence d’un renouveau féministe, dans les années 1970 et 1980, contribua à décaler un certain angle de vision, à souligner le rôle actif des femmes dans cet immense conflit qui par ailleurs accéléra les changements sociaux par le biais des bouleversements économiques que supposa la guerre totale, avec une industrie de guerre tournant à un régime de plus en plus frénétique : toujours plus de fusils, de mitrailleuses et de canons, toujours plus de chars, d’avions et de navires, et toujours plus de balles, d’obus et de bombes pour alimenter cet arsenal. Les femmes devaient par ailleurs s’occuper de leurs enfants et travailler aux champs (labourage et récolte) abandonnés par les hommes.

 

 

Dorothy Sheridan écrit : « By putting this anthology together, I want to offer more than yet another pot-pourri of wartime anecdotes. I hope it will suggest other, more radical, interpretations of women’s experience ». Cette anthologie recueille des documents écrits au jour le jour par un groupe réduit de personnes qui espéraient non pas la notoriété mais que leurs modestes comptes rendus puissent à l’occasion être utiles. Cette anthologie, « Wartime Women », rend également compte, en filigrane, d’un projet activé par le MO, d’une entreprise originale dédiée à la mémoire. A propos de cette anthologie, Dorothy Sheridan écrit encore : « This book is therefore also about Mass Observation and about a particular group of women who, in responding to its apeal, took the task of writing about their lives. »

Dorothy Sheridan est l’auteur de quatre ouvrages élaborés à partir du MO Archive : « Speak for Yourself: A Mass Observation Anthology », « Mass Observation at the Movies », « Writing Ourselves: Mass Observation and Literary Practices » et « Wartime Women: A Mass Observation Anthology 1937-45 ».

 

 

Il existe de très nombreux liens par ailleurs excellents sur le Mass Observation. J’en ai choisi quelques-uns et invite le lecteur à poursuivre, à se promener dans l’aire/ère de la mémoire, à l’aide de ces nombreuses traces inscrites dans le Mass Observation Archive mais aussi à l’aide de ses nombreuses publications.

Probablement le livre le plus complet sur le sujet : « Worktown: The Astonishing Story of the Project that launched Mass Observation » :

http://www.massobs.org.uk/about/news/99-work-town-the-astonishing-story-of-the-project-that-launched-mass-observation

Mass Observation Online : This resource offers revolutionary access to one of the most important archives for the study of Social History in the modern era. Explore original manuscript and typescript papers created and collected by the Mass Observation organisation, as well as printed publications, photographs and interactive features :

http://www.massobservation.amdigital.co.uk

Mass Observation, 1937-1950s avec schéma de la structure de cette entité (Personal writing & Topic collections) et liens interactifs qui proposent une vue d’ensemble fort précise du contenu de ces archives :

http://www.massobs.org.uk/mass-observation-1937-1950s

Mass Observation on show (par BBC News). Mass Observation propose aussi de nombreuses et émouvantes photographies de la vie du peuple britannique au quotidien sur plusieurs décennies (MO – Mass Observation – Recording everyday life in Britain) :

http://www.bbc.com/news/in-pictures-23578168

Olivier Ypsilantis

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En feuilletant des revues espagnoles

 

En Header, un vue du champ de bataille de Corbera d’Ebre (Catalogne), Guerre Civile d’Espagne (25 juillet – 17 novembre 1938), laissé en l’état pour le souvenir, comme Belchite (Aragon). Ci-joint, des vues du Pueblo Vell :

http://abandonadosalsilencio.blogspot.com.es/2016/04/corbera-debre-el-poble-vell.html

 

Antonio López Osés. Un photographe dont j’ignorais jusqu’au nom, Antonio López Osés (1928-1999), originaire de Logroño (La Rioja). Sa ville (son thème de prédilection) lui rend hommage. Sa veuve, Encarna Ruiz, gère le fonds de son mari, soit environ quarante mille négatifs.

 

La photographie de Guillermo Fernández López Zúñiga avec Gerda Taro

 

Guillermo Fernández López Zúñiga. Autre photographe, plus connu : Guillermo Fernández López Zúñiga (1909-2005). En 2010, la Asociación Española de Cine et Imagen Científicos (ASECIC) reçoit une boîte métallique pour bobine de film de 70 mm que l’oxydation rend difficile à ouvrir. Il s’agit d’un don de la famille du photographe, fondateur de cette association. Surprise ! Cette boîte contient près de trois mille cinq cents négatifs de la Guerre Civile d’Espagne, un aspect peu connu de son œuvre de photographe.

Parmi ces négatifs, un portrait de Gerda Taro pris trois semaines avant sa mort, une photographie volontiers attribuée à Robert Capa et qui montre la jeune femme prenant une photographie. Le soleil l’éclaire de côté. Ses cheveux courts, clairs et bouclés. Son chemisier clair à manches courtes. A-t-elle été prise par Guillermo Fernández López Zúñiga ? La question peut être posée car il n’est pas rare que dans les archives des photographes de ces années, des photographies prises par des collègues se soient glissées. Quoiqu’il en soit, cette découverte est précieuse et pour diverses raisons. L’une d’elles : c’est le premier négatif connu de cette photographie très reproduite et suivant des cadrages divers, souvent rognés. Peu d’informations à son sujet : elle aurait été prise en juillet 1937, non “en el frente de Guadalajara” mais à Valencia où Gerda Taro couvrait le Congreso Internacional de Escritores para la Defensa de la Cultura. A ce propos, une photographie de Guillermo Fernández López Zúñiga montre le poète Miguel Hernández à la sortie de ce congrès.

La question de la paternité (ou de la maternité) des photographies de la Guerre Civile d’Espagne est complexe. Par exemple, il est parfois difficile (et pour des raisons trop longues à expliquer ici) de démêler Gerda Taro, Robert Capa et David Seymour les uns des autres. Ainsi, dans les archives d’Agustí Centelles, il pourrait y avoir des photographies de Pablo Luís Torrents et d’Antonio Góncer Rodríguez (Gonsanhi). Guillermo Fernández López Zúñiga a également photographié le camp d’Argelès-sur-Mer ; il y fut interné et y installa un labo-photo de fortune en bénéficiant de la complaisance de gendarmes préposés à la garde du camp dont il faisait à l’occasion le portrait.

Guillermo Fernández López Zúñiga est surtout connu pour avoir été le pionnier du cinéma scientifique en Espagne. Il est toujours resté fort discret sur ses images prises au cours de la Guerre Civile de 1936-1939. Des proches pensent qu’il ne voulait en aucun cas compromettre ceux et celles que son objectif avait fixés. Après son exil en France (1939-1947) puis en Argentine (1948-1957), il revient en Espagne où il travaille à la Unión Industrial Cinematográfica (UNINCI) avant de fonder la Asociación Española de Cine Científico, en 1966, qui deviendra la Asociación Española de Cine e Imagen Científicos (ASECIC). Ci-joint, pour les hispanophones, un reportage sur cette découverte (la boîte métallique pour bobine de film de 70 mm) présentée par TVE :

https://www.youtube.com/watch?v=vq9It32W2QA

 

L’exil espagnol à Londres. Un aspect peu évoqué de l’exil espagnol : l’exil des Espagnols en Angleterre. Le travail infatigable du GEXEL (Grupo de Estudios del Exilio Literario, rattaché à la Universidad Autónoma de Barcelona) et de son fondateur, Manuel Aznar Soler, un travail relayé par quatre éditeurs (dont le GEXEL) et qui a donné la Biblioteca del Exilio, soit une cinquantaine de libres publiés et autant en projet. En 2008, Manuel Aznar Soler fait connaître à un plus large public le Boletín de la Asociación de Intelectuales Españoles (Mexico, 1956-1961, soit quatorze numéros). En 2016, Francisca Montiel étudie et édite le Boletín del Instituto Español (Londres, 1947-1950, soit douze numéros). Esteban Salazar Chapela qui est à l’initiative de cette publication fut aussi son collaborateur le plus assidu. Ont collaboré au Boletín del Instituto Español les plus importants hispanistes britanniques d’alors aux côtés d’exilés espagnols, parmi lesquels Luis Cernuda. En 1946, le régime de Franco fonde un Instituto Español (à Eaton Square) à peu de distance de l’autre Instituto Español (fondé par la République à Princes Gate), qui fermera ses portes au cours de l’été 1950. Esteban Salazar Chapela décède à Londres en 1965.

 

Ramón Salas Larrazábal (1916-1993), militaire et historien

 

Parution de “De Madrid al Ebro” de Jorge M. Reverte et Mario Martínez Zauner. Jorge M. Reverte est l’auteur d’un (excellent) essai intitulé “El arte de matar” qui traite des stratégies et des tactiques élaborées par les camps adverses au cours de la Guerre Civile d’Espagne. “De Madrid al Ebro” peut être lu comme un prolongement à cet essai. Ce livre riche en précisions strictement ordonnées va du siège de Madrid à la bataille la plus vaste et la plus meurtrière de cette guerre, la bataille de l’Ebre. Il y a quelques années, Ramón Salas Larrazábal (un historien et un militaire) avait fait remarquer que les officiers espagnols étaient de bons commandants (des chefs de bataillons) mais de mauvais généraux ; autrement dit, de bons tacticiens mais de mauvais stratèges. Dans le livre “De Madrid al Ebro”, les auteurs multiplient les exemples destinés à appuyer cette appréciation, qu’il s’agisse de Francisco Franco, generalísimo del Ejército nacional, ou de Vicente Rojo, jefe del Estado Mayor Central del Ejército Popular de la República. L’un et l’autre étaient des tacticiens, en aucun cas des stratèges. L’un et l’autre ne pensaient qu’à la batalla decisiva. Ainsi se limitaient-ils à un secteur sans jamais envisager l’ensemble des fronts sur le territoire national. On a souvent dit, et on dit encore, que Franco a fait durer la guerre à dessein, pour mieux organiser l’occupation des territoires conquis, à commencer par la répression. Les auteurs du présent ouvrage jugent (et ils ne sont pas les seuls) qu’il s’agit d’une affirmation destinée à maquiller l’échec des Nationalistes devant Madrid. Autrement dit, Francisco Franco ne laissa en aucun cas la guerre traîner par calcul, il ne put aller plus vite en besogne simplement parce qu’il avait en face de lui une armée capable de lui résister et de contrarier ses offensives, comme le fit le général José Miaja à Madrid en 1936 puis à Valencia en 1938, une armée par ailleurs capable d’organiser des offensives de grande envergure comme celle de l’Ebre, en Catalogne. Mais l’erreur fatale du tandem Juan Negrín / Vicente Rojo fut d’avoir privilégié la batalla decisiva à la “defensa elástica y los hostigamientos parciales”.

 

Olivier Ypsilantis

 

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Un intellectuel espagnol engagé pour Israël, Gabriel Albiac.

 

Ci-joint, la traduction de la première partie de l’article intitulé : « Las raíces de Israel » (« Les racines d’Israël »), un texte qui s’insère dans « Otros mundos », une anthologie d’essais de Gabriel Albiac publiée par la maison d’édition Páginas de Espuma, Madrid, 2002. La deuxième partie de cet article est plus historique, plus factuelle. Je propose donc une traduction de cette première partie où Gabriel Albiac met les points sur les i, avec précisions sémantiques et redéfinition de certains mots, à commencer par sionisme qui dans bien des têtes (elles se contentent de répéter ce que distillent ou assènent les médias de masse) se confond avec fascisme. Ci-joint donc l’intégralité de « Las raíces de Israel » de Gabriel Albiac dans sa version originale :

https://www.clublibertaddigital.com/ilustracion-liberal/62/las-raices-de-israel-gabriel-albiac.html

 

Gabriel Albiac (né en 1950, à Utiel, dans la Comunidad valenciana)

Quelques précisions biographiques : Gabriel Albiac est professeur de philosophie depuis 1974 à la Universidad Complutense de Madrid (UCM), l’une des plus prestigieuses universités d’Espagne et du monde latino-américain. Ce philosophe enseignant collabore intensément avec les médias : presse écrite, radio et télévision. Chroniqueur à l’ABC et auteur de nombreux articles dans la presse espagnole (dite « de droite », volontiers pro-israélienne), Gabriel Albiac proclame sa ferveur pour le judaïsme, le monde séfarade (les expulsés d’Espagne et du Portugal) et l’État d’Israël. Il attribue cette ferveur à sa lecture de Spinoza. Je passe sur ses prix et récompenses pour ne signaler que le prix Samuel Toledano (reçu en 2013) et le prix Samuel Hadas de Amistad España-Israel, reçu en 2012, à l’occasion du 25ème anniversaire de la reconnaissance d’Israël par l’Espagne, en 1985 donc. Rappelons que Samuel Hadas (1931-2010) fut le premier ambassadeur d’Israël en Espagne. Quant à Samuel Toledano (1929-1996), il a puissamment œuvré tout au long de sa vie à la reconnaissance de la communauté séfarade et de l’État d’Israël par les autorités espagnoles.

Ci-joint, une visite guidée de la bibliothèque de Gabriel Albiac par Gabriel Albiac et sous les auspices de Libertad Digital, un centre le liberté en Espagne qui, comme tout centre de liberté, a cette spécificité : la défense d’Israël. Vous ne comprenez pas le castillan ? Qu’importe ! Laissez-vous guider durant une dizaine de minutes par la belle énergie espagnole :

https://www.youtube.com/watch?v=HXPk7rvU174

Concernant Libertad Digital, je considère après plus de vingt ans passés dans ce pays que ce site constitue le fer de lance de la défense d’Israël (de la liberté donc) en Espagne. Je conseille aux hispanophones et plus simplement à ceux qui « se débrouillent » en espagnol de consulter ce vaste site avant d’entrer par exemple cette clé sur le moteur de recherche : « Libertad Digital Israel ».

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Donc, la traduction de la première partie de l’article en lien ci-dessus :

Ainsi qu’il en est de tout mot qui s’inscrit dans l’aire passionnelle de la rhétorique politique, le mot sioniste a fini par devenir presque impossible à appréhender. S’efforcer de rétablir son contenu en termes apodictiques est à présent une tâche quasi impossible et, pire, inaudible.

Pour le locuteur moyen de la fin du XXème siècle, sionisme et antisionisme constituent le couple d’opposés conceptuels par lequel s’appréhende le conflit arabo-israélien. Dans les traditions de gauche les plus conventionnelles, sionisme est généralement employé comme synonyme ou variante d’impérialisme. Avec les plus radicales et grossières de ces traditions, on a même pu évoquer – sous l’influence du jargon de l’OLP – le « fascisme sioniste » (…).

Nous allons tenter de rétablir la signification historique de ce mot. Le sionisme est une idéologie politique née dans le monde laïc juif européen – et plutôt socialiste –, à la fin du XIXème siècle, sous l’effet d’une poussée antisémite dont l’affaire Dreyfus est emblématique. Le cycle du sionisme se termine définitivement avec la création d’un État juif en Palestine. Le sionisme réalise ainsi son programme essentiel. Après 1948, l’utilisation du mot sionisme devient métaphorique ; il ne désigne plus aucun mouvement social ou politique précis.

Commençons par rappeler deux caractéristiques de ce mouvement, formellement établi à Bâle, en 1897, avant de suivre son itinéraire avec la fondation de l’État d’Israël.

Mais en premier lieu, revenons-en à certains usages dévoyés du langage. Il est fréquent de constater dans l’opinion publique une assimilation spontanée entre sionisme et intégrisme religieux : un cliché (un tópico) confortable qui met dans un même sac orthodoxie rabbinique et sionisme radical, un cliché confortable mais erroné, tant du point de vue historique que religieux. Cette confusion entre sionisme et tradition rabbinique est discordante. Cette identification entre les orthodoxies religieuses et les expansionnismes territoriaux n’a de sens que dans les traditions religieuses qui pratiquent le prosélytisme (qui prend appui sur l’hypothèse d’un salut universel), une norme éthique primordiale. C’était le cas de la tradition chrétienne, il n’y a pas si longtemps, lorsqu’elle prenait au sérieux sa dogmatique, et c’est à présent le cas de l’islam, avec encore plus de détermination. Tandis que pour le judaïsme orthodoxe, le prosélytisme est une perversion théologique. L’élection divine du peuple est métaphysiquement et théologiquement incompatible avec la conversion comme pratique de masse. Ainsi convient-il d’appeler les choses par leur nom ; et de conserver un minimum de mémoire historique. Le sionisme n’est pas né dans des milieux rabbiniques et orthodoxes. Il a été essentiellement le fait du judaïsme laïc et de ses tendances les plus affirmées, très mêlées au socialisme naissant – le cas de Moses Hess ou de Israël Zangwill sont assez significatifs – depuis la fin du XIXème siècle. Son objectif politique défini par son grand configurateur doctrinaire, Theodor Herzl dans « L’État juif » (1896) comme projet d’édification d’un État juif dans la Palestine ottomane, heurta de front la majorité du rabbinat de la diaspora qui vit là une substitution du religieux par le laïc.

Jusqu’à aujourd’hui, en Israël même, les secteurs les plus littéralistes du judaïsme d’observance messianiste refusent la légitimité d’un État conçu sans aucune référence à une transcendance. Pour un orthodoxe, le Livre est transparent : le Règne ne peut advenir aussi longtemps qu’il n’y a pas de Messie ; toute tentative pour hâter Sa venue revient à blasphémer l’œuvre divine ; et c’est précisément ce que fait le sionisme qui édifie un État (juif) laïc.

Les importantes concessions faites à ce rabbinat orthodoxe par David Ben Gourion après la formation de l’État d’Israël ne parviendront jamais à effacer complétement cette tension essentielle et insurpassable.

L’échec de la Haskala, ce mouvement d’assimilationniste qui s’efforça, d’abord en Allemagne puis en Russie, de favoriser la pleine intégration du judaïsme en Europe et les pogroms de 1819 et 1881 sont les présupposés immédiats de l’émergence du mouvement de Theodor Herzl en faveur du retour à Sion que le Premier Congrès Sioniste proclama en 1897 à Bâle.

 

Theodor Herzl (1860-1904)

_________________

 

Ces lignes pertinentes de Gabriel Albiac, homme d’intelligence et de bonne volonté, appellent des prolongements. Mais pour l’heure, je préfère m’en tenir là après avoir signalé ce philosophe important dans le monde espagnol, un philosophe au parcours atypique et courageux. Il y a d’autres intellectuels espagnols et hispanophones engagés dans la défense d’Israël et de la culture juive, parmi lesquels Adolfo García Ortega auquel j’ai consacré un article sur ce blog. Ils ne constituent pas le gros de la troupe, mais c’est ainsi partout, en France notamment où ils sont si nombreux à prendre une pose pro-palestinienne. Sait-on jamais… Le courage n’est pas une caractéristique des intellectuels français, pays sur-étatisé où les organes de l’appareil d’État envahissent et étouffent les consciences.

Ainsi que je l’ai précisé, Gabriel Albiac travaille beaucoup avec les médias, du quotidien ABC en passant par la radio et la télévision. Les vidéos qui le montrent s’exprimer sur des questions diverses, en particulier Israël, pays qu’il admire et défend, sont assez nombreuses. J’ai choisi de mettre en lien une longue entrevue en castillan (80 mn), à la Casa Sefarad Israel (calle Mayor 69, Madrid), intitulée « Sefarad Convivencia : diálogo con Gabriel Albiac » :

https://www.youtube.com/watch?v=LUtDUqRbriE

L’article suivant mis en lien est intitulé « Quand l’étincelle juive d’un milliardaire américain devient un flambeau de Yom HaAtsmaout » et signé Amanda Borschel-Dan. Il met l’accent sur la laïcité des fondateurs d’Israël et il peut être lu comme un prolongement à ce qu’écrit Gabriel Albiac. Dans cet article donc, on peut notamment lire : « Et si je vous demandais de me nommer les héros du peuple juif d’avant la haskala, vous pourrez nommer Maïmonide, Rachi, quatre ou cinq, peut-être même six noms. C’est très peu pour des milliers d’années. Mais ces trois cents dernières années, le nombre de Juifs qui ont accompli de grandes choses est extraordinaire. C’est à couper le souffle, tant de choses ont été faites, c’est à se demander comment ! Comment a-t-on pu en faire tant en trois cents ans ? C’est un phénomène notable et je pense l’une des choses les plus tristes de l’instruction juive, c’est que jusqu’à maintenant nous avons ignoré ces trois cents dernières années dans notre éducation juive traditionnelle. Et Israël, dans un sens, est un exemple de réussite laïc extraordinaire (c’est moi qui souligne). Israël est le plus grand miracle du XXe siècle. Pas à cause des religieux, mais grâce aux accomplissements laïcs ». J’ai souvent pensé à ce phénomène. La lecture et la traduction de cet article de Gabriel Albiac m’ont remis en tête cette interrogation, le rapport extraordinaire entre la haskala et la fécondité juive :

http://dovkravi.blogspot.com.es/2017/06/quand-letincelle-juive-dun-milliardaire.html#more

 

Olivier Ypsilantis

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Gustave Le Bon, observateur des foules

 

« L’importance sociale d’une idée n’a d’autre mesure réelle que la puissance qu’elle exerce sur les âmes. Son degré de vérité ou d’erreur ne présente d’intérêt qu’au point de vue philosophique », Gustave Le Bon.

 « Assurances contre les accidents, création de maisons ouvrières, retraites, hygiène, éducation, crédit agricole, développement de la mutualité, organisation de la prévoyance, etc., sont des preuves évidentes de la sollicitude générale. Ce n’est pas là du socialisme, c’est du devoir social, chose bien différente », Gustave Le Bon.

 

 

Gustave Le Bon (1841-1931)

 

Je me souviens d’avoir découvert Gustave Le Bon dans la bibliothèque d’une grand-tante par un titre qui m’intrigua : « Psychologie des foules » (publié en 1895). Je devais avoir quinze ou seize ans et il pleuvait à verse. Je me suis calé dans une méridienne (je pourrais la décrire) et j’ai commencé par ouvrir ce livre un peu au hasard, subjugué, avant d’en faire une lecture méthodique. Je me souviens de la couverture vert très pâle de ce livre, le plus connu d’un écrivain malheureusement trop oublié. L’édition que j’avais entre les mains était celle de la Librairie Félix Alcan (108, boulevard Saint-Germain, Paris, VIe arrondissement), l’édition de 1905.

Cet article m’a été en partie inspiré par la lecture de la thèse d’histoire des idées politiques de Gustave Le Bon parue en 1986, aux Presses Universitaires de France (P.U.F.) et signée Catherine Rouvier, docteur d’État en Droit public et en Sciences politiques de l’Université Paris II (Panthéon-Assas), ancienne élève de Sciences Po Paris et professeur à l’Université de Paris XI (Orsay).

Gustave Le Bon m’a d’emblée fasciné. Il a observé cette manie latine (française en particulier) de vouloir « faire le bonheur des peuples malgré eux », une dénonciation basée sur l’observation de la politique de colonisation, française plus particulièrement. Il pose la question : Comment la métropole s’y prend-elle ? Réponse : En expédiant « des légions de fonctionnaires » ; et, goguenard, il enfonce le clou : « C’est à peu près d’ailleurs notre seul article d’exportation sérieux ! »

Gustave Le Bon (un homme à lire et à relire car politically incorrect) notait il y a environ un siècle que nous, Européens, sous-estimons la puissance de la religion en Asie. Lisez bien, il écrit : « Les institutions politiques des Orientaux, qu’il s’agisse des Arabes ou des Hindous, dérivent uniquement de leurs croyances religieuses… Il n’y a pas de code civil en Orient, il n’y a que des codes religieux ; une nouveauté quelconque n’y est acceptée qu’à la condition d’être le résultat de prescriptions théologiques ». A bon entendeur, salut ! Et pour finir, une prophétie du même qui ne se voulait en rien prophète (et cette considération à plus de cent ans) : « Loin de disparaître, leur influence (des mahométans) grandit chaque jour ». Une différence, et de taille, entre Arabes et Hindous. Les Arabo-musulmans cherchent à convertir le monde entier, tandis que les Hindous restent entre eux. On naît hindou, on ne le devient pas.

L’islam et le socialisme ont des points communs, jusqu’à un certain point il est vrai… Il s’agit de deux religions de masse, de deux religions massifiantes, massificatrices.

Gustave Le Bon et le socialisme, on y vient… Mais, tout d’abord, entendons-nous. Gustave Le Bon n’est ni anti-républicain, ni anti-démocrate comme certains le laissent entendre ; il est anti-socialiste comme l’est tout homme épris de liberté. Dans l’un de ses ouvrages, « Psychologie du socialisme », moins connu que « Psychologie des foules », il décrit ainsi le socialisme et dès les premières pages : « Le pays ne serait plus qu’une sorte d’immense couvent soumis à une sévère discipline maintenue par une armée de fonctionnaires ». Un couvent ? Pour Gustave Le Bon, le socialisme est un étatisme mais aussi… une religion.

Le socialisme est bien une religion : il est beaucoup plus « une croyance à forme religieuse » qu’une doctrine. Le socialisme est venu tout naturellement prendre la place de religions anémiées. Il est « venu à l’instant précis où le pouvoir des vieilles divinités a considérablement pâli ». Mais s’il y a religion, il y a dogme. Oui, nous dit Gustave Le Bon, mais les dogmes (la doctrine) ne se structurent et ne s’imposent vraiment que lorsque la croyance (à forme religieuse) a triomphé ; et après on bidouille, en s’efforçant de « mettre d’accord les principes formulés par ses fondateurs avec les faits nouveaux qui les contredisent trop nettement », à la manière d’un théologien. Le dogme est incertain aussi longtemps qu’il n’a pas triomphé. Et on en revient à la psychologie des foules. Les foules ne s’attardent pas sur les discussions des théoriciens, les foules ne coupent pas les cheveux en quatre (l’anglais a cette belle expression : to dance on the head of a pin).

La véritable influence du socialisme et de ses dogmes se fait non par les théories (il est capable d’en pondre au moins autant qu’une poule pond des œufs), et leurs arguments économiques qui n’intéressent que quelques spécialistes, le socialisme est véritablement fort quand « il reste dans le domaine des affirmations, des rêveries et des promesses ». Ce qui était vrai il y a un siècle et plus l’est encore, même si le bavardage de la technicité s’est immiscé un peu partout. Bref, peu importe la part de vérité ou d’erreur, quand « une croyance est fixée dans les âmes, son absurdité n’apparaît plus, la raison ne l’atteint plus. »

Parmi les modifications sociales essentielles qu’entraîne la mise en œuvre du socialisme, l’emprise grandissante de l’étatisme, le socialisme reposant sur un égalitarisme qui ne peut être maintenu que par la coercition. La France s’y prête tout particulièrement, forte d’une tradition historique qui remonte bien avant la Révolution de 1789 ; et le tempérament latin (sur lequel l’auteur revient volontiers) aide aussi à la propagation du socialisme.

L’égalité, c’est le triomphe de la collectivité sur l’individu, c’est la mainmise du collectivisme sur l’individualisme, deux principes en lutte perpétuelle qui animent les sociétés humaines depuis toujours.

J’ai toujours haussé les épaules en apercevant la trilogie Liberté-Égalité-Fraternité au fronton des bâtiments officiels. Je dois porter Walden en moi. Je ne suis pas un défenseur de l’Ancien Régime ; mais le Nouveau Régime ne m’a jamais enthousiasmé. Il récupère les tares de l’Ancien ; il en corrige certes quelques-unes mais il en rajoute d’autres. Le constat est consternant : on tourne en rond ! Le plus ridicule dans cette trilogie est bien Fraternité, comme si elle se décrétait ! Et la Liberté, se décrète-t-elle ? Personne ne s’entend sur ce mot fourre-tout. C’est un véritable dialogue de sourd. L’Égalité, oui : on s’efforce de couper tout ce qui dépasse ; mais comme l’écrit Catherine Rouvier : « De cette société où ont été abolis les privilèges, les rangs et les communautés surgissent, comme de leur bois de jeunes loups affamés depuis longtemps, les ambitieux, les forts, les énergiques, les actifs de tout poil et de toute origine, bien décidés dans ce désert social à se tailler la part du lion et à restaurer à leur profit titres et privilèges ».

 

 

En citant de la sorte Catherine Rouvier, je ne cherche pas à défendre à tout prix l’Ancien Régime et à peindre un monde noir et blanc, noir pour la Révolution, blanc pour ce qui l’a précédé ; mais je refuse de basculer dans l’inverse, blanc pour la Révolution, noir pour ce qui l’a précédé. Je ne suis pas un contempteur radical de la Révolution française, en aucun cas ; je ne suis pas non plus l’une de ses groupies, en aucun cas. Trop à dire à ce sujet. Il est vrai que de nombreux contempteurs de la Révolution française me sont antipathiques ; mais étant imperméable à tout dogme (tant religieux que laïc), je n’ai aucune peine à reconnaître le bien-fondé d’un certain nombre de leurs jugements. Je préfère lire Edmund Burke que tout ce salmigondis chié par les théologiens révolutionnaires, à commencer par Saint-Just. Quant aux groupies révolutionnaires, leurs transes me répugnent et leur absence d’esprit critique me déprime lorsqu’elle ne me met pas en colère. Un mot à ce sujet : on oublie que parmi ces jeunes loups que la Révolution française fit sortir de leur bois figurent d’assez nombreux cadets de familles aristocratiques que le droit d’aînesse avait privés de moyens de subsistance, des cadets tentés par l’aventure car n’ayant rien ou presque rien à perdre. La Révolution française est aussi (et d’abord) l’histoire d’une lutte interne et complexe au sein des vieilles classes dirigeantes, de la noblesse et de ses complexités que pourrait symboliser la mort d’un roi voté par un cousin, premier prince du sang, Louis-Philippe d’Orléans, duc de Montpensier, duc de Chartres puis duc d’Orléans, devenu Philippe Égalité…

Dans une société libre, l’égalité est impossible. Certes, il peut y avoir l’égalité devant la loi, ce qui n’est pas si mal, ce qui est même très bien, ce qui est essentiel ; mais cette égalité sur le papier — cette égalité codifiée — est vite contournée, et diversement, par les forts, tandis que les faibles n’ont pour toute liberté que celle de rester faibles. Car dans une société la vraie liberté est économique, matérielle, c’est ainsi ; et cette liberté engendre des inégalités qui ne peuvent être corrigées qu’autoritairement, par intervention étatique, avec redistribution. C’est alors que l’État s’impose et s’enfle. Nous avons l’État français, gorgé comme une tique. Mais, redisons-le, le volume particulier qu’a cet État n’est pas exclusivement le fait de la Révolution française qui n’a fait qu’accélérer un processus. Gustave Le Bon observe très justement que si la France est prédestinée au socialisme, c’est parce que le socialisme n’est autre chose que « l’expression ultime de l’idée monarchique dont la Révolution n’a été qu’une phase accélératrice ». Le socialisme c’est la monarchie dite « absolue » du XVIe siècle, mais en pire… Dans un cas, le bon peuple est soumis au bon vouloir du prince ; dans l’autre, il est ligoté comme Gulliver par les Lilliputiens. Et dans ce cas, il ne s’agit pas d’une métaphore du krach de 1720 mais de l’individu immobilisé dans un maillage de lois, de décrets, d’arrêtés, de circulaires, de chartes, de règlements, de codes, et j’en passe…

Certes, le socialisme est en principe soumis à l’élection ; je dis bien en principe car l’histoire a montré qu’il sait s’installer et se maintenir par la force la plus brutale. Le socialisme est donc en principe soumis à l’élection, à des mandats temporaires, mais il est tout-puissant, et sournoisement, avec cet énorme appareil administratif. En France aujourd’hui, aucun parti politique, des partis les plus à droite aux partis les plus à gauche, en passant par le centre droit, le centre gauche et le centre du centre, aucun parti politique ne lutte pour moins d’État, aucun.

 

Olivier Ypsilantis

 

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Je me souviens (sur les routes et en train)

 

Je me souviens que sur la route des vacances, vers l’île d’Yeu, nous nous arrêtions dans les environs de Chôlet, dans un bois, de pins me semble-t-il. Là, nous piqueniquions. Je mangeais léger car la suspension hydraulique de la DS Citroën de mon père me mettait le cœur au bord des lèvres. Enfants, nous nous disputions les places aux vitres au cas où…

Vers le Portugal, en Extremadura, le Guadiana que nous longeons puis dont nous nous éloignons avant de le traverser pour le longer plus loin, et ainsi de suite.

Au bord de la route, dans le Territoire de Pondichéry, émergeant d’une épaisse végétation, La Vache qui rit, rouge comme le képi des gendarmes de Pondy.

Nous quittons la route et entrons dans La FutaiePropriété privée, ainsi que le signale un panneau. Longue allée de sable et de gravier, avant la courbe qui conduit à la grille, une haute grille métallique à deux battants très ouvragés, style Art Nouveau. Les phares pivotent avec le volant, ce qui émerveille les enfants que nous sommes. Ne serions-nous pas à bord d’un vaisseau spatial ?

Je me souviens, sur les routes du Québec, des camions au capot saillant dont le magnifique 9900i, avec ses tuyaux d’échappement qui montaient en symétrie (comme des périscopes) le long de la cabine.

 

Un 9900i sur une route du Québec

 

Inde, en train, l’aube, à peine. Des taches blanchâtres en contrebas. Je m’interroge. Le jour commence à se lever ; ces taches : de la pâte dentifrice autour des lèvres d’Indiens à la peau très sombre (je suis dans le Sud, quelque part dans l’État du Karnataka), des Indiens accroupis le long de la voie ferrée et qui se brossent, se brossent et se brossent les dents. En Inde, on n’arrête pas de se brosser les dents et de se racler la gorge, au réveil surtout, une habitude que je n’ai pas perdue. Il s’agit de chasser ces humeurs accumulées au cours du sommeil, du fond de la gorge et des fosses nasales.

Sur les routes de Pologne, un été. A l’orée d’un petit bois, j’entends de l’eau qui coule. Un ruisseau à l’eau transparente ! J’en profite pour me laver intégralement. Cette eau froide me redonne des forces et avec cette propreté retrouvée, je me vois traverser le pays à pied.

Sur une route du Tarn, un été, vers la gentilhommière du frère et de la sœur, de Maurice et Eugénie de Guérin. Je lirai l’œuvre du frère quelques années après cette visite, une œuvre que je rapprocherai de « Hypérion ou l’Ermite en Grèce » (« Hyperion oder Der Eremit in Griechenland ») de Friedrich Hölderlin, des œuvres qui vous enivrent d’énergie. Et si vous ne connaissez pas Le Cayla, je vous propose une brève visite :

https://www.youtube.com/watch?v=xPfMg9oddhk

Extremadura , Alta Vega del Guadiana, entre Cáceres y Badajoz, des rizières en abondance avec la confluence du Río Alcollarín, du Río Ruecas et du Río Gargáliga, pour ne citer qu’eux. L’enfant David se souvient des rizières du Vietnam, alors que nous descendions des montagnes du Laos vers la plaine, vers Ðiện Biên Phủ et Hà Nội. Il pleut sur l’Extremadura et il me parle des rizières du Vietnam, des paysans aux chapeaux coniques en feuilles de latanier fabriqués dans les environs de Huê. Il aimerait revenir au Vietnam. Le Vietnam, je ne cesse d’y revenir, par le rêve et la rêverie, à l’orée du sommeil, souvent, vers Huế le plus souvent, Huế et ses brumes humides, féminines, Huế si douce et qui n’en fut pas moins le lieu de terribles combats, en 1968, combats précédés par le massacre de milliers de notables par les communistes.

 

Vietnamese woman in coolie conical hat riding bicycle ladden with bags, Hanoi, Vietnam

 

La route sous la pluie, les essuies-glaces et leurs différentes vitesses, le confort de l’habitacle, des musiques choisies qui me replacent dans des souvenirs amoureux. Les terres rouges d’Aragon et les amandiers en fleurs, déjà.

La nuit, dans les Pyrénées. Barrage de la Guardia Civil qui me demande de la suivre. Fouille systématique de la voiture. L’un des membres de la patrouille tombe sur un recueil de poèmes de Miguel Hernández, son poète favori ; et il se trouve qu’il est originaire de sa ville, Orihuela, dans la province d’Alicante. Nous voilà à boire café sur café dans la caserne (il s’est mis à pleuvoir) et à parler de poésie pendant que ses collègues passent ma voiture au peigne fin.

Marche dans les collines du Wicklow (sur les pas de J. M. Synge : voir “In Wicklow, West Kerry and Connemara”) où je rencontre un quidam échevelé et quelque peu débraillé qui m’invite à prendre le thé chez lui. Il m’explique (et ses yeux riboulent vers le ciel) que la Sainte Vierge apparaît régulièrement dans un coin de son salon et que j’aurai peut-être la chance de la voir…

Au départ de Phongsaly, dans la province la plus septentrionale du Laos. L’autobus surchargé ne cesse de se surcharger. Dans le couloir central s’empilent des sacs de riz sur lesquels prennent place Laotiens et Laotiennes, avec de la volaille et encore des sacs. Crevaison dans un gué. Arrêt sur une route couverte d’une poussière d’une incomparable douceur où je m’enfonce jusqu’aux chevilles. Malgré l’inconfort, je me sens bien : je suis toujours bien sur la route.

 

Olivier Ypsilantis

 

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A propos du Qatar, de l’Arabie Saoudite et de l’Iran – 2/2

 

L’Iranien souffre d’une sensation d’encerclement justifiée mais que personne n’évoque alors qu’elle est centrale dans les agissements du régime iranien qui a par ailleurs poussé de côté l’exportation de sa Révolution. Ce régime est ce qu’il est, je ne le défendrai sous aucun prétexte. Il faut tout de même se donner la peine d’en étudier les structures (assez mouvantes) et les luttes d’influences, volontiers tout en nuances, au sein de l’appareil du pouvoir. Nous ne sommes pas chez les frustres Arabes, propagateurs d’une religion frustre, et il convient avec l’Iran de laisser de côté ses gros sabots. On jugera mon ton méprisant, au point où en sont les choses je m’en fous.

L’Iran n’a rien plus rien à gagner à organiser des attentats, rien. Elle risque même d’en subir (1), d’être frappé par des membres de Daesh, des Sunnites qui vouent une haine radicale au Chiisme (et ils ne sont pas les seuls) dont l’Iran est le cœur. La guerre entre Chiisme et Sunnisme pourrait faire les gros titres (headlines) dans les années à venir.

L’un de mes espoirs les plus chers, la création d’un Grand Kurdistan, surtout en zone arabe (Irak, Syrie) et turque. Vive le Rojava ! Vive les Peshmergas !

 

Je pourrais en revenir à ces forces centrifuges et centripètes qui menacent l’Iran, l’intégralité territoriale du pays – et oublions pour un temps le régime. Mais en dehors des spécialistes, personne ne se donne la peine d’étudier l’histoire plusieurs fois millénaire de ce pays véritablement fascinant et autrement plus riche que celle du monde arabe dans son ensemble. Nous devons infiniment plus aux Iraniens qu’à l’ensemble du monde arabe ; mais considérant l’état d’inculture générale, le radotage des mass médias et nos terrifiantes compromissions (en Europe notamment) avec le monde arabo-musulman, je suis conscient que mes propos se perdront dans le désert…

Dans les lignes qui suivent, je me permets de faire brièvement part d’expériences personnelles, certes fort limitées mais authentiques et qui me servent à l’occasion de guide dans la fosse que creusent jour après jour les mass merdia, dans les traquenards de l’Information qui « informe » pour mieux désinformer…

Le chauffeur de l’autocar, la soixantaine passée, était un Pasdaran. Il avait fait partie de la garde rapprochée de l’Imam Khomeini à ses débuts. Il se débrouillait en anglais et, de ce fait, nous avons pu discuter. Il a vite compris que j’aimais son pays ; et à aucun moment je n’ai évoqué le régime issu de la Révolution de 1979, pas question de le heurter, je voulais le mettre en confiance et l’interroger ! L’intérêt que je manifestais pour son pays, intérêt historique et culturel, se doublait d’une franche hostilité envers le monde arabe, hostilité que je lui exprimais et sans détour. Le lendemain, à l’arrêt, dans un village de briques crues et de poussière, sous un ciel de poussière, nous avons repris la conversation. J’en suis venu à Israël, en prenant un air aussi dégagé que possible tout en l’observant à la dérobée. L’air pensif il m’a dit : « Israël est notre plus grand ennemi ». Mais je sentais que sa parole était en suspend et qu’il avait quelque chose à ajouter. Je ne le quittais pas des yeux. Son regard et ses traits se durcirent : « Non ! Nous avons un ennemi bien pire qu’Israël : l’Arabie Saoudite et le wahhabisme ! » Je me revois alors lui sourire et lui mettre une main sur l’épaule.

Le guide, Reza, était un homme d’une grande finesse, amoureux de la langue française qu’il maniait avec une parfaite élégance. Je le revois à Chiraz nous lire des passages du « Divân » de Hafez, sur la tombe du poète (en français, dans la traduction de Charles-Henri de Fouchécour), puis des passages du « Jardin de roses » de Saadi, sur la tombe du poète. Reza était discret et fin. Cet Azéri d’allure moderne était un chiite pratiquant. Il était extraordinairement serviable et d’une patience qui me subjuguait. Il semblait avoir l’éternité devant lui. Un jour, j’orientai la conversation sur Israël, et mon ton laissait supposer que ce pays n’avait peut-être pas ma sympathie – il faut à l’occasion savoir être hypocrite pour mettre son interlocuteur en confiance…

Ce qu’il m’a dit mérite qu’on s’y arrête. Il n’a pas commencé à éructer comme un Arabe, à déclarer qu’il fallait en finir avec ce pays et rejeter les Juifs à la mer – ce que me servent inlassablement les Arabes du Maghreb que j’interroge à ce sujet, je le précise car il m’est arrivé de rencontrer des Berbères qui s’écartaient de cette infamie. Il m’a dit : « Les Israéliens sont des loups qui rodent autour de nous ; et que peut-on faire dans ce cas ? On leur jette des pierres pour les éloigner ». Voir les Israéliens comme des loups et les Iraniens (le régime de Téhéran) comme des agneaux prête certes à sourire mais c’est mieux que les éructations en boucle des Arabes et le radotage coranique. Ce qui doit être analysé est le degré de sincérité de Reza : la propagande du régime a-t-elle vraiment réussi à lui faire croire qu’Israël menaçait l’Iran ? Je suis menacé – je me sens menacé –, en conséquence je me défends ; c’est mieux que : les Juifs à la mer, un point c’est tout ! J’espère qu’on me comprendra. Reza a perdu son calme une fois (tout en restant calme), lorsque je l’ai interrogé sur le Bahaïsme, une belle religion fondée par un Persan en 1863 : « Le Bahaïsme, des agents d’Israël qui veulent nous détruire. A surveiller ! »

Mais j’en reviens à des considérations plus strictement géopolitiques. Ce n’est en aucun cas une quelconque affinité religieuse ou idéologique qui rapproche l’Iran et le Qatar, un rapprochement par ailleurs assez mesuré – et j’insiste –, car à lire les News on pourrait croire que ces deux pays s’entendent comme larrons en foire. Aurélien Marq explique fort bien les raisons de ce rapprochement dans l’article que je viens de citer : « Rappelons au passage que le Qatar doit sa richesse au gaz, bien plus qu’au pétrole, ce qui le rapproche de la Russie et de l’Iran plus que des autres membres de l’Opep ». C’est donc un rapprochement de circonstance, lié à des intérêts commerciaux, plus prosaïquement à une histoire de « gros sous », de « big money ».

Je me suis senti un peu moins seul en lisant cet article. Je ne sais qui est Aurélien Marq mais je salue sa perspicacité. L’auteur rappelle en passant l’hostilité multiséculaire entre les Perses et les Arabes avant d’ajouter : « Opposition d’autant plus forte que les Saoudiens savent que l’Occident a beaucoup plus en commun, sur le plan culturel, avec les traditions chiites et leurs interprétations symboliques et poétiques du Coran, qu’avec la lecture littéraliste du wahhabisme qui y voit avant tout un code juridique. Une commune fierté de l’Antiquité, alors que l’Arabie Saoudite tente méticuleusement de faire disparaître ses origines. (On estime que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Arabie Saoudite a détruit 98 % des vestiges historiques de plus de mille ans présents sur son sol, y compris les sites historiques musulmans.) Une jeunesse qui rêve de liberté, alors que la jeunesse sunnite se radicalise. Du point de vue saoudien, un rapprochement entre l’Occident et l’Iran est un risque bien réel, susceptible de favoriser l’émergence du fameux « islam des lumières » dont l’hypothèse terrifie Riyad, et doit donc impérativement être empêché ».

Je ne suis ni naïf, ni en pamoison devant le Chiisme, mais cette analyse est la mienne depuis bien des années et en dépit des provocations verbales du régime de Téhéran contre Israël, provocations qui me révulsent et me donnent l’envie de renverser la table. Ce Concours international de caricatures sur l’Holocauste organisé par l’Iran suffirait à me décourager mais patience. Non, le monde arabo-sunnite (et plus généralement sunnite) n’est pas appelé à faire main basse sur les richesses du monde, dont les nôtres, et à le couvrir d’un voile de tristesse. Les éructations du régime de Téhéran cesseront. Les relations historiques entre les Perses et les Hébreux puis entre l’Iran et Israël ne sont pas marquées d’un sceau de sang et, une fois encore, je me garde de toute naïveté ; je souhaite un Israël fort, très fort. Je ne suis pas un pacifiste, le pacifisme ayant participé aux pires désastres. Je suis un homme de paix.

L’Iran protège ses richesses préislamiques, des richesses immenses, et il les donne à voir avec fierté, je puis en témoigner. Les écoliers iraniens visitent Persépolis par classes entières et le tombeau de Cyrus II à Pasargades est une image plus reproduite que celle de l’Ayatollah Khomeini et autres ayatollahs, je puis également en témoigner. L’Arabie Saoudite quant à elle encadre strictement les fouilles archéologiques, quand elle les autorise, et prend soin de gommer tout ce qui a précédé l’avènement de l’islam, à commencer par les riches témoignages de la vie juive et chrétienne sur sa terre. Un pays qui agit de la sorte ne mérite pas même un regard. Et quand on pense aux efforts de l’archéologie iranienne et israélienne, pour ne citer qu’elles !

 

 Le tombeau de Cyrus II à Pasargades, dans le Fars.

 

J’ai applaudi à l’élection de Donald Trump et j’applaudis à certaines de ses initiatives, notamment envers Israël et un Jérusalem indivisible sous l’égide d’Israël. J’ai été heureux de son projet initial (l’un des points forts de sa campagne électorale) d’un rapprochement avec la Russie, projet qui semble avoir été poussé de côté. Je comprends sa satisfaction d’avoir passé un gigantesque contrat d’armement avec les Saoudiens, ainsi donne-t-il du travail à son pays et rééquilibre-t-il sa balance commerciale. Mais il faudrait qu’il les congédie une fois le contrat signé et le chèque encaissé. Il faudrait encager ce pays qui contamine le monde avec ses pétrodollars, à commencer par l’Europe où sévissent de nombreuses communautés musulmanes, arabes en particulier. L’indépendance énergétique vis-à-vis de ce pays (sans parler du Qatar ou du Koweït) est une urgence prophylactique absolue. Pourquoi, nous Européens, ne pas donner notre préférence aux Russes, au gaz et au pétrole russes ? La Russie est le deuxième producteur de gaz au monde, le troisième de pétrole brut et de produits pétroliers. Et nous sommes voisins. Alors ? Une alliance entre l’Europe et la Russie ferait de nous une puissance exceptionnelle. Non plus seulement de l’Atlantique à l’Oural mais de l’Atlantique au Pacifique, de Brest à Vladivostok… A quand une volonté politique supérieure, soit une volonté stratégique ? Cette volonté pourrait dans un même temps et par des voies diverses nous détacher du monde arabe, de son cœur funeste, et faire baisser l’antisémitisme et l’antisionisme en Europe, faire oublier par exemple le suprêmement infâme Boycott – Diversement – Sanctions (BDS).

Il va falloir se reprendre et se déprendre de l’ensemble du monde arabe. Alliances renouvelées avec la Russie mais aussi avec l’Inde (et mise au banc du Pakistan) et la Chine. Israël définitivement rétabli dans ses droits millénaires et inaliénables, avec au moins l’intégration de la Judée-Samarie au pays (j’aimerais plus, le Sinaï par exemple), avec Jérusalem définitivement unifié. Les mots « Palestine », « Palestiniens », « Territoires occupés » et autres mots du même acabit devront être peu à peu oubliés car ils ne sont que des mots d’une propagande qui prolifère sur fond d’antijudaïsme, d’antisémitisme, d’antisionisme, et plus simplement d’ignorance qui plastronne et de crétinerie crasse.

Il y a aussi que (et je cite Aurélien Marq) : « La France gagnerait à se tenir à l’écart de la querelle entre l’Arabie Saoudite et le Qatar, et plus généralement à prendre ses distances vis-à-vis de ces deux pays, l’un et l’autre contribuant massivement à la diffusion de l’idéologie islamiste qui est, aujourd’hui, la principale menace pesant sur l’Occident. Elle devrait, surtout, se rapprocher de l’Iran, sans naïveté mais sans tergiverser. Puisque même l’Allemagne semble maintenant prendre ses distances vis-à-vis des Américains et de leur alliance renouvelée avec le wahhabisme, saisissons cette opportunité pour entraîner l’Europe vers une vision plus équilibrée du Moyen-Orient, et une prise de conscience des remarquables opportunités que recèle la société civile iranienne ». Vous avez bien lu ? Non ! Alors relisez !

 

 _____________

(1) J’ai écrit cet article en deux parties quelques semaines avant le double attentat qui a visé des symboles à Téhéran, soit le Parlement iranien et le mausolée de l’imam Khomeini. Curieux, je vais finir par me croire extralucide… L’Iran n’est pas coutumier des attentats, même s’il connaît des escarmouches avec des groupes indépendantistes kurdes et, surtout, baloutches.

 

Olivier Ypsilantis

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A propos du Qatar, de l’Arabie Saoudite et de l’Iran – 1/2

 

Le Qatar est enfin montré du doigt ; je ne m’en plaindrai pas ; il y a des années que je dénonce ce réduit comme l’un des principaux financiers du terrorisme international. Il n’est pas nécessaire d’appartenir à des services secrets – d’être dans le secret des dieux – pour en avoir connaissance. Par ailleurs, la tension entre l’Arabie Saoudite et le Qatar est une vieille histoire sur laquelle a surfé Donald Trump, avec peut-être l’aide d’Israël dans le but d’affaiblir le monde arabo-musulman, en attendant plus, ce à quoi j’applaudis. Divide and Rule, on connaît l’extraordinaire efficacité de ce motto qui explique en partie le British Empire.

Pendant ce temps, l’immense Inde et l’immense Chine montent en puissance, et nous n’en sommes qu’aux débuts. Et, à ce propos, je m’adresse à ceux qui déclarent que l’islam va submerger le monde. Non ! Ces derniers sont victimes des breaking news ; autrement dit, ils manquent de recul, de champ de vision, de viewing range ; ou bien ils se sont saoulés à la propagande coranique, et ils vont dessaouler parce qu’ils seront réduits en morceaux sanglants, tout simplement. L’immense Inde et l’immense Chine observent et se taisent. Elles observent les agissements d’un certain islam, de l’islam. Les Indiens et les Chinois sont patients, plus patients que nous ; mais lorsque cette patience sera mise à bout, cette patience orientale, des violences dont nous n’avons pas même idée commenceront avec une tranquillité et une précision de cuisinier qui découpe la viande…

Je vais faire simple. La Chine ne supportera pas d’être importunée par des braillements et de l’agitation coraniques. Les Chinois aiment vaquer à leurs affaires et en bons commerçants ils apprécient la politesse. Quant aux Indiens hindous (soit environ un milliard d’individus), ils représentent à présent environ 80% de la population totale du pays, une proportion certes confortable mais qui a tendance à décroître aussi discrètement que régulièrement depuis quelques décennies au profit de l’islam. Il faut avoir voyagé en Inde pour prendre la mesure d’une certaine inquiétude dont on parlera beaucoup dans les années à venir. Problème de natalité, certes, mais il faut compter avec ce fait : on naît hindou, on ne se convertit pas à l’hindouisme, tandis que l’islam ramasse tout ce qui traîne pour le mettre dans son chariot. Mais, surtout, pour l’Inde l’islam c’est d’abord le Pakistan, pays atroce entre tous où tout Sunnite a droit de vie et de mort sur les non-Sunnites, soit principalement les Chiites (c’est au Pakistan que vit la plus grande communauté chiite après celle d’Iran), les Hindous et les Chrétiens. Je signale que si le Pakistan est devenu ce qu’il est devenu, soit la terre musulmane de plus grande intolérance, c’est en grande partie pour cause de capitaux saoudiens déversés depuis des décennies dans ce pays, avec notamment construction à tout-va de mosquées salafistes.

Il me semble que l’un des problèmes géopolitiques majeurs (et peut-être même LE problème géopolitique majeur) que pourrait affronter le monde dans une décennie, ou un peu plus, est bien la question Inde-Pakistan. Le Pakistan qui pour l’heure est quasiment un protectorat américano-saoudien. Personne n’ignore que le programme nucléaire pakistanais a bénéficié de l’appui financier saoudien. Commencé en 1972, il s’est considérablement accéléré au cours de ces dernières années, passant de quelques dizaines à quelques centaines de têtes nucléaires. Mais tout le monde s’en fout, les mass media sont occupés ailleurs… Mieux dit : l’information est d’abord destinée à… désinformer.

La rivalité Arabie Saoudite / Qatar est une assez vieille histoire sur fond de Frères musulmans (le Qatar) et de Wahhabisme (l’Arabe Saoudite). C’est pourquoi le coup de gueule de Donald Trump n’a pas été sans effet : tout était en place pour qu’il se traduise illico presto dans les faits. Commencer par pénaliser le Qatar, l’un des argentiers des Frères musulmans, est bienvenu dans la mesure où ces derniers sont plus intelligents et efficaces que les tendances que soutient l’Arabie Saoudite, à commencer par le Wahhabisme. Mais il ne faudra pas s’arrêter en si bon chemin et serrer progressivement le collier passé au cou de cette dernière afin de parvenir à son étouffement progressif, un étouffement que les U.S.A. ont commencé à organiser puisqu’ils ne dépendent plus d’elle pour leurs approvisionnements en énergies fossiles. A nous Européens de suivre !

Dans un article publié sur le site Causeur, intitulé « Arabie Saoudite – Qatar : l’histoire d’une rivalité. Pourquoi la brouille diplomatique était inévitable » et signé Aurélien Marq, on peut lire : « Le reproche fait à Doha de soutenir les Frères musulmans s’inscrit dans la même logique de rivalité au sein de l’extrémisme sunnite, la Confrérie représentant à long terme une menace particulièrement sérieuse, que les pays occidentaux ont d’ailleurs le grand tort de sous-estimer. Qu’elle privilégie l’influence culturelle et l’entrisme politique plutôt que la violence grossière des attentats, qu’elle se pose en recours pour « apaiser les tensions entre les communautés » en faisant progresser l’islamisation à coups « d’accommodements raisonnables », ne la rend pas moins dangereuse, au contraire ». Analyse impeccable dont il va falloir tirer toutes les conséquences. Je reviendrai à cet article, il contient une remarque qui rejoint certaines de mes observations au sujet de l’Iran.

Le Jaïnisme ne représente qu’un très faible pourcentage de la population indienne, mais son influence économique et intellectuelle est considérable. Ci-joint, Palitana, haut lieu de pèlerinage jaïn.  

 

L’Iran ? Quel intérêt aurais-je à défendre ce pays : je suis sioniste, une maladie dont l’état de gravité est tel dans mon cas qu’elle a été jugée incurable, et par les meilleurs spécialistes. Tout d’abord, je ne défends pas le régime iranien, en aucun cas, et j’espère que ceux qui me lisent l’ont compris. Mais je dis et redis qu’en prenant un peu de distance par rapport aux News, c’est du côté de ce pays qu’un avenir respirable se dessine. Cette entente ne se fera pas à n’importe quel prix, c’est pourquoi je m’empresse d’ajouter que les tentacules que pousse l’Iran au Moyen-Orient doivent être sectionnés, à commencer par la plus puissante d’entre elles, celle qui partie d’Irak s’étend vers la Syrie et le Liban, avec le Hezbollah aux portes d’Israël. Mais dans un même temps, il faut comprendre qu’un certain isolement historique explique l’agressivité du régime, autrement plus qu’une quelconque idéologie conquérante. Je signale que l’Iran n’a jamais attaqué ses voisins dans une guerre de conquête, comme l’ont fait les Arabes, ces propagateurs de l’islam. L’Iran a été conquis par les Arabes et islamisé par eux. La guerre Irak-Iran (1980-1988), si proche de nous, a été déclenchée par l’Irak de Saddam Hussein. Mais je ne vais pas me répéter ; j’ai exposé mon point de vue dans un certain nombre d’articles publiés sur ce blog (voir Iran dans « Categories »). Je vais simplement reprendre quelques éléments de réflexion et frontalement : je ne suis pas un adepte de la langue de bois. Point de départ : j’ai toujours jugé l’Iranien supérieur à l’Arabe, et que les chiens de garde de l’antiracisme retournent à leurs niches et à leurs réflexes pavloviens ; je me suis expliqué à ce sujet et je n’y reviendrai pas.

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

 

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Des artistes qui aiment Israël

 

En Header, Franck Sinatra (le sioniste) en Israël.

 

Cet article s’adresse à toutes celles et à tous ceux qui aiment Israël, qu’ils soient juifs ou non-juifs, homosexuels ou hétérosexuels, jeunes ou moins jeunes, à la peau claire ou à la peau foncée, et j’en passe, étant entendu qu’Israël est l’universel humain par le truchement d’un peuple extraordinairement particulier. Je signale que ces artistes qui aiment Israël sont généralement traités de tous les noms par les chiens de garde (de l’islamophobie), ceux qui aboient et retroussent les babines au seul nom « Israël ». Mais aimant les chiens, je me garderai dorénavant de traiter une certaine engeance de « chiens »… Et puis cette injure rappelle trop Jean-Paul Sartre, celui qui traita l’anticommuniste de chien. N’ayant pas la moindre estime pour ce « penseur », pour ce bavard, je préfère ne plus rien dire qui y fasse référence.

Je propose cette courte série où s’entrecroisent les cultures, les genres, les générations, les pays, les Juifs et les non-Juifs, etc.

 

Bob Dylan (né en 1941)

 

« Neighborhood Bully » (1983) de Bob Dylan. Les paroles de cette chanson se suffisent à elles-mêmes, et le titre de cette chanson est puissamment évocateur… Bully, Bullying, Israël et les Juifs sont victimes de bullying depuis des siècles et il est écrit que cette horreur aura une fin et qu’Israël aidera (et aide déjà) ceux qui en sont les victimes. Ci-joint, l’intégralité du texte de Bob Dylan dans l’original (un copier-coller sur le site officiel de l’artiste) :

Well, the neighborhood bully, he’s just one man
His enemies say he’s on their land
They got him outnumbered about a million to one
He got no place to escape to, no place to run
He’s the neighborhood bully

The neighborhood bully just lives to survive
He’s criticized and condemned for being alive
He’s not supposed to fight back, he’s supposed to have thick skin
He’s supposed to lay down and die when his door is kicked in
He’s the neighborhood bully

The neighborhood bully been driven out of every land
He’s wandered the earth an exiled man
Seen his family scattered, his people hounded and torn
He’s always on trial for just being born
He’s the neighborhood bully

Well, he knocked out a lynch mob, he was criticized
Old women condemned him, said he should apologize.
Then he destroyed a bomb factory, nobody was glad
The bombs were meant for him. He was supposed to feel bad
He’s the neighborhood bully

Well, the chances are against it and the odds are slim
That he’ll live by the rules that the world makes for him
’Cause there’s a noose at his neck and a gun at his back
And a license to kill him is given out to every maniac
He’s the neighborhood bully

He got no allies to really speak of
What he gets he must pay for, he don’t get it out of love
He buys obsolete weapons and he won’t be denied
But no one sends flesh and blood to fight by his side
He’s the neighborhood bully

Well, he’s surrounded by pacifists who all want peace
They pray for it nightly that the bloodshed must cease
Now, they wouldn’t hurt a fly. To hurt one they would weep
They lay and they wait for this bully to fall asleep
He’s the neighborhood bully

Every empire that’s enslaved him is gone
Egypt and Rome, even the great Babylon
He’s made a garden of paradise in the desert sand
In bed with nobody, under no one’s command
He’s the neighborhood bully

Now his holiest books have been trampled upon
No contract he signed was worth what it was written on
He took the crumbs of the world and he turned it into wealth
Took sickness and disease and he turned it into health
He’s the neighborhood bully

What’s anybody indebted to him for?
Nothin’, they say. He just likes to cause war
Pride and prejudice and superstition indeed
They wait for this bully like a dog waits to feed
He’s the neighborhood bully

What has he done to wear so many scars?
Does he change the course of rivers? Does he pollute the moon and stars?
Neighborhood bully, standing on the hill
Running out the clock, time standing still
Neighborhood bully

 


A l’occasion d’un voyage en Israël, en 2003, Whitney Houston est reçue par le Premier ministre Ariel Sharon ; elle lui déclare : « I’ve never felt like this in any other country. I feel at home, I feel wonderful. »

 

Sans commentaire : écoutez Serge Gainsbourg chanter « Le sable et le soldat » (composé lors de la guerre des Six Jours) :

https://www.youtube.com/watch?v=w47owg-IST0

 

Les relations de Madonna avec Israël sont fantasques, instables. C’est pourquoi j’ai hésité à faire figurer son nom dans cette liste. Son intérêt pour la mystique juive – la Kabbale – semble sincère mais je ne sais s’il s’agit d’une passion passagère ou bien durable. Cette catholique se serait convertie au judaïsme mais naviguerait depuis quelque temps dans l’islam, et s’y serait même convertie. A vérifier. Pour l’heure, oublions-la donc.

Johnny Hallyday sur le Kotel

 

Johnny Hallyday. Je n’ai pas une passion pour l’œuvre de Johnny mais j’admire l’énergie de l’homme, une énergie quasi surnaturelle. Non, vraiment, je l’admire sans être un fan. Et j’ai appris il y a peu que Johnny le Goy avait pensé s’engager aux côtés d’Israël en 1967. Je l’ai donc vu d’un coup comme un ami, un ami très cher, un proche, comme tous ceux qui aiment Israël :    

http://www.lepoint.fr/ces-gens-la/hallyday-j-ai-failli-venir-en-israel-au-moment-de-la-guerre-des-six-jours-29-10-2012-1522728_264.php

 

Je n’ai pas une passion pour l’œuvre de Michel Fugain mais j’ai appris il y a peu qu’il exprimait une sympathie sincère pour Israël. Et l’homme est infiniment sympathique et pas seulement parce qu’il aime Israël et la culture juive. Il déclarait en 2008, dans une entrevue avec André Darmon : «  Je vais vous faire une confidence, je suis le goy le plus juif de Paris ». Je suis le goy le plus juif de Paris

 

Véronique Genest (Julie Lescaut). Elle est haïe par les militants pro-Palestiniens et les Arabes pour ses propos qui ne laissent pas de place au doute, des propos qui rejoignent ceux de Tom Cruise, de Richard Gere et de Harrison Ford pour ne citer qu’eux, des sionistes qui par ailleurs éprouvent de la défiance (euphémisme) envers les Arabes :

http://www.lemondejuif.info/2017/04/veronique-genest-aux-militants-pro-israeliens-a-paris-am-israel-hai/

 

Romy Schneider et son mari Harry Meyen

 

L’amour de Romy Schneider pour Israël et le peuple juif pourrait faire l’objet d’un article à part, d’un livre. Romy Schneider, l’impératrice des actrices, avait une relation très particulière avec Israël et le peuple juif et ce n’est pas un hasard si elle avait prénommé son fils David et sa fille Sarah. Le passé de sa mère, Magda, la hantait. Romy a été inhumée avec une Magen David au cou. Lisez attentivement ce lien intitulé « Romy Schneider et le spleen du IIIe Reich » et signé Marie-Pierre Créon :

https://chroniquesdelairdutemps.net/2014/05/29/romy-schneider-et-le-spleen-du-iiie-reich/

 

Olivier Ypsilantis

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Notes libres, en lisant Léon Ashkenazi – 2/2

 

Léon Ashkenazi en vient à l’être-frère, avant d’en venir aux faux-frères.

L’une des dimensions de l’identité hébraïque, le frère. Dans le récit biblique, suite au meurtre d’Abel par Caïn, le terme « frère » disparaît. Par ailleurs, n’oublions pas que Rome est fondé suite au meurtre d’un frère par son frère, de Rémus par Romulus. Mais si Rome se félicite de ce meurtre qui entérine sa fondation, la Torah, elle, condamne Caïn.

Le mot « frère » et « sœur » reviennent fréquemment dans l’identité hébraïque. Que signifient-ils ? On commence avec Adam et Ève. Ils ne se parlent pas (sauf pour des consignes de kasher, humour biblique en quelque sorte). Peut-être s’aiment-ils, mais la Torah n’en dit rien. L’humanité croît et se multiplie, jusqu’au Déluge. Dieu a décidé d’annuler cette humanité dont la fraternité est absente. Il détruit son ébauche, comme le ferait un artiste, pour tout reprendre. A cet effet, Dieu garde des graines… C’est l’Arche de Noé. « Il est frappant de voir que l’humanité semble être sanctionnée parce qu’elle est incapable de la fraternité des frères ».

 

 

Apparaît Abraham, celui qui va reprendre l’histoire, Abraham qui à ce propos est souvent présenté comme le Nouvel Adam. Les termes « frère » et « sœur » reviennent alors dans le récit biblique et l’inondent. Abraham et Sarah sont présentés comme mariés, comme Adam et Ève. Comment se sont-ils rencontrés ? On ne le dit pas. S’aiment-ils ? La Torah n’en dit rien mais on le suppose. Mais on sait qu’ils se parlent, et pour se dire des choses importantes. Le mari reconnaît que sa femme est sa sœur, la femme reconnaît que son mari est son frère.

Les fils d’Abraham, Ishmaël et Isaac, ne s’aiment pas et ne se parlent pas mais ils ne se tuent pas.

Isaac et Rebecca se parlent pour se dire « mon frère » et « ma sœur ». Ils ont deux fils : Esaü et Jacob, des rivaux qui s’entêtent à savoir qui des deux est le véritable hébreu, qui des deux est le véritable Israël. Esaü prétend être Israël mais il n’est pas le peuple juif… Esaü, c’est l’Église, c’est Rome et, plus généralement, la Chrétienté. Les frères se parlent mais se séparent. Les relations entre ces deux frères et le regard que les trois grandes religions monothéistes portent sur eux sont un sujet de fascination. Ils doivent être étudiés de près car on y décèle l’un des multiples nœuds de l’imbroglio juif-chrétien-musulman.

Jacob et Rachel s’aiment. Naît Joseph. Joseph est le frère qui aime ses frères et qui ainsi qui répare la catastrophe commencée avec le meurtre d’Abel par Caïn. S’achève alors le récit de la Genèse et commence l’histoire d’Israël, et « l’humanité embraye sur le message messianique et prophétique de la fraternité et de la recherche de la paix à la manière de la descendance d’Abraham ».

Venons-en aux faux-frères. Ils ne manquent pas. Les faux-frères sont ceux qui veulent remplacer Israël mais aussi ceux qui veulent annuler l’identité hébraïque dans l’histoire humaine. Commençons par ces derniers :

Première génération. Abraham. Deux personnages tournent autour d’Abraham : Nimrod, le Hitler d’alors, celui qui d’après le Midrash jette les Hébreux dans le feu, à Our-Kasdim. L’autre, c’est Loth, neveu d’Abraham. La Bible dit que Loth et Abraham se ressemblent comme des frères mais « la capacité d’être frère est fondée sur la moralité chez Abraham et sur l’immoralité chez Loth », Loth qui va fonder deux lignées de rivalité messianique dressées contre Israël : Amon et Moav. « La parcelle de sainteté qui était enfouie dans l’identité de Loth revient avec Ruth, plus tard, et rejoint l’identité messianique qui engendrera le roi David ».

Deuxième génération. Isaac. Avimelekh, nom d’une dynastie de rois de la Philistée (un royaume qui aujourd’hui correspondrait plus ou moins au territoire de Gaza). Rome qui veut couper Israël de sa terre change le nom « Israël ». Ça ne vous rappelle rien… La Palestine… Les récits bibliques ne sont décidément pas de vieilles histoires bonnes pour les pépés et les mémés. Ils sont ce que nous lisons dans la presse du jour et ce que nous lirons dans la presse de demain. La Bible c’est le génie du temps qui est le génie des Hébreux et des Juifs qui n’ont pas complètement oublié qu’ils restaient des Hébreux. (En aparté. C’est parce que je sais que les Hébreux sont le peuple du temps (et j’y inclus les Juifs qui sont hébreux), de la mémoire, c’est parce que je sais qu’ils sont ceux qui désignent d’une manière effective l’immensité d’énergie que recèle le souvenir que j’ai appelé mon blog Zakhor). Donc, les Romains ont fait un « bon travail » – un travail efficace – puisque dans bien des têtes de Goyim en tout genre (et dans certaines têtes juives), les Palestiniens (les Philistins, les Phalestiniens pourrait-on dire) sont les authentiques propriétaires de la terre d’Israël. Nous ne sommes pas sortis de l’auberge : ces « vieilles histoires » sont terriblement collantes.

Nimrod veut anéantir physiquement le peuple juif ; c’est l’ancêtre des Nazis & Cie. Avimelekh veut l’expulser de sa terre. Et n’oublions pas le troisième acteur de cette tragi-comédie : Ishmaël, « l’identité approximative qui s’instaure en rivalité et qui réclame l’héritage d’Abraham l’Hébreu ». L’identité approximative, on ne saurait mieux dire… Une fois encore, nous ne sommes pas sortis de l’auberge… Ishmaël, soit l’Islam et plus particulièrement les Arabes, cœur historique de l’Islam.

Troisième génération. Jacob. Jacob est aux prises avec la lignée du frère d’Abraham. Na’hor a refusé de redevenir hébreu. Il veut rester araméen, en galout dirait-on aujourd’hui. Il fait souche et donne Bethouel qui donne Lavan. Lavan veut éradiquer l’émergence de l’identité d’Israël. Mais que représente aujourd’hui cette lignée ? « Ce sont les Juifs anti-juifs et anti-Israël qui au nom de l’ancestralité galoutique s’opposent au projet d’Abraham ». A côté de cette lignée, on a le frère de Jacob, Esaü (la Chrétienté) qui prétend être Israël, et Ishmaël (l’Islam) qui veut faire main basse sur l’héritage d’Abraham.

Pas mal ! Lire la Bible c’est mieux que lire la presse du jour dans la mesure où cette presse et les histoires rapportées semblent procéder d’elle qui la synthétise dans des épures. Toutes les histoires humaines (et toutes les virtualités humaines) y sont recueillies, des histoires qui se répètent jour après jour : les mêmes scénarios avec quelques changements dans les décors…

Septième personnage de cette grande représentation, de cette comédie humaine pourrait-on dire : Amaleq. Amaleq apparaît systématiquement dans les périodes de fin d’exil, quand l’identité d’Abraham tend à redevenir hébraïque. Ainsi cherche-t-il à détruire et remplacer Israël à la sortie d’Égypte. Idem à la fin du deuxième exil. Relisez le livre d’Esther. Amaleq c’est Hitler et « Mein Kampf », c’est aussi la Charte palestinienne. Amaleq est un condensé de ceux qui veulent détruire Israël et de ceux qui veulent remplacer Israël, une synthèse d’assassins et d’usurpateurs – les usurpateurs étant à leur manière des assassins.

L’être hébreu et l’amour des frères. L’idéal d’Israël, c’est l’unité, une vertu qui manque et aux Hébreux et aux Juifs, et c’est précisément pourquoi il est question d’idéal : l’idéal est ce vers quoi on tend… Le judaïsme est fondé sur l’unité, il appelle sans trêve à l’unité. Les Hébreux tendent vers la fraternité et ne cessent de se déchirer. Les Juifs tendent vers la fraternité et ne cessent de se déchirer. La refondation de l’État d’Israël a certes rassemblé mais elle a également accentué des fractures au sein du monde juif. Alors ? On pourrait désespérer des Juifs ; mais, lueur d’espoir, ils sont tous intimement conscients de cet état de choses et en souffrent diversement ; autrement dit, ils n’ont pas oublié ce rêve. Ne désespérons donc jamais !

Israël voyage dans l’humanité mais reste profondément vulnérable. Pourquoi ? Parce qu’Israël a des messages à porter (à l’humanité), des messages voilés et de ce fait – point central – des messages qui à tout moment risquent de ne pas être compris, et par les Juifs qui les portent et par les non-Juifs qui les reçoivent… La force mais aussi la vulnérabilité d’Israël sont aussi là. Le messager est dans une situation particulière : il est le pivot d’une aventure, il est le point précis sur lequel s’appuie le fléau de la balance : un message mal compris peut avoir des conséquences incalculables, et d’abord pour celui qui en est le porteur. Redisons-le, Israël peut se définir (et être défini) d’abord comme porteur de message.

Une question est posée : les sacrifices ne sont permis par la Torah qu’à l’intérieur du Temple ; alors, pourquoi le sacrifice fondateur de l’histoire d’Israël a-t-il été fait non seulement en dehors du Temple mais dans la terre de la plus grande impureté, l’Égypte ? Réponse : il y a deux saintetés : la sainteté dévoilée et la sainteté voilée, enfouie dans le profane, plus importante peut-être que cette première puisqu’elle attend d’être dévoilée, libérée. De même, il y a deux sagesses : la sagesse dévoilée et la sagesse voilée ; et deux amours : l’amour permis dehors et interdit dedans (l’amour du frère et de la sœur), et l’amour permis dedans et interdit dehors (l’amour de l’époux et de l’épouse). Le premier homme et la première femme ont accédé à l’amour époux/épouse, soit la reconnaissance de l’autre à l’intérieur de l’identité humaine ; ils ont ainsi quitté la catégorie mâle/femelle, la catégorie animale.

Le patriarche (Abraham en l’occurrence) élargit et approfondit la question de la relation amoureuse. Le couple ne doit pas se limiter à la relation époux/épouse, il doit aussi englober la relation frère/sœur. Plus prosaïquement, on s’épargne ainsi les scènes de ménage et on ne casse pas la vaisselle…

La relation du Juif à la Torah offre elle aussi cette sagesse bicéphale, avec le côté dévoilé (l’aspect sœur, public, universel) et le côté voilé (l’aspect épouse, privé, personnel).

Léon Ashkenazi dit : « Et voilà que le peuple juif se balade dans l’Histoire en disant de la Torah : voyez comme ma femme est belle, c’est ma sœur ! » (Il me faudrait décidément placer des émoticônes dans cet article, avec clins d’œil et sourires – à ce propos, les émoticônes n’auraient-ils pas été élaborés par des Juifs ?) En entendant ce peuple (hébreu) déclarer ce qu’il déclare, certains se grattent la tête, d’autres appellent l’ambulance, d’autres lui crachent à la figure et/ou le frappent en déclarant qu’ils n’aiment pas qu’on se paye leur gueule ; bref, les Hébreux, patriarches en tête, prennent sans cesse le risque de ne pas être compris et d’en subir les conséquences, des conséquences à l’occasion terribles.

Point de départ de l’histoire d’Israël, avec Abraham qui fonde la première vertu : la conscience d’Israël, une vertu qui se constitue avec trois vertus distinctes : la vertu de charité, la vertu de justice, la vertu de l’unité des valeurs (vertu de la vérité morale). Abraham n’est que charité, il n’est donc pas encore pleinement Israël ; et se conduire comme il se conduit peut à l’occasion vous mettre dans le pétrin, pour ne pas dire dans un merdier. Un exemple, avec Ishmaël, fils d’Abraham. Vous connaissez la prière que celui-ci adresse à Dieu, Dieu qui l’entend. Les ennuis commencent, continuent aujourd’hui encore et ne sont pas prêts de finir. La rivalité entre Isaac (l’unique fils légitime de la promesse de l’Alliance selon la Bible) et Ishmaël n’en finit pas, Ishmaël qui remplit le monde de son aigreur et ne cesse d’injurier et de frapper Isaac. Sarah croyait bien faire ; elle tardera pas à s’en mordre les doigts et à chasser Ishmaël, l’aîné, et sa mère, la servante Agar, au désert. A présent, nous avons des Musulmans plus nombreux que les étoiles du ciel, ou presque, et qui ont les glandes, et qui nous font un caca nerveux. Parmi les très nombreux symptômes de ces perturbations, leur insistance via « les Palestiniens », ce peuple inventé, à réclamer Jérusalem, un morceau en attendant le reste…

L’Islam, c’est l’arriviste à la recherche éperdue de prestige et de reconnaissance ; et il les recherche par tous les moyens, en commençant par insister sur le droit d’aînesse. Pour ma part, qu’importe ! Mon cœur et mon intelligence me guident et je les écoute, en toute modestie…

Olivier Ypsilantis

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