Quelques fragments de lettres extraites de mes papiers

 

Une lettre écrite à l’encre bleue sur papier bleu pâle, avec en-tête à caractères rouges : Royal Naval Quarters Blyth, Northumberland, signée Pierre-Aristide M., lieutenant aux F.N.F.L. et datée du 7 novembre 1944. Elle est adressée à sa sœur et à son mari :

  Officiers sous-mariniers de la France Libre

 

Les photographies que vous m’avez envoyées m’ont comblé de joie. J’aurais aimé vous en envoyer à mon tour mais je n’ai pu m’y résoudre et répondre à votre souhait car je m’étais laissé pousser la moustache et la barbe. J’ai tout rasé mais avec le froid je vais les laisser repousser.

Ici, pas une famille qui ne soit éprouvée. Quant à moi, je viens de perdre des camarades de combat anglais. Nous étions partis ensemble mais eux ne sont pas revenus. C’est ainsi. Le combat que nous menons est un sport, dangereux et passionnant. Le froid est arrivé. Neige. Tempête. Et l’hiver sera encore plus rude dans le Grand Nord. Mais si nous sommes récompensés par du beau gibier, tout sera oublié…

Ici, dans le Northumberland, j’ai trouvé une réelle sympathie pour la France. Cette idée domine qu’avec une France asservie le monde n’est plus et ne sera plus le même. Nous devons gagner la paix et pour ce faire nous devons nous battre sur tous les fronts. Notre équipage est « gonflé à bloc » et il aime ses officiers. Avec eux nous ne pouvons que gagner. Mon commandant est un homme merveilleux et avec lui nous irons n’importe où et avec le sourire, même si nous n’avons que quatre-vingt-dix-neuf pour cent de chance de ne pas revenir.

J’espère pouvoir un jour vous montrer mon nouveau sous-marin. L’espace y est un peu exigu mais c’est un engin dernier cri. Nous dormons à quatre dans un espace de trois mètres sur quatre qui sert aussi de salle-à-manger et de salon. Je vous jure qu’après la guerre je pourrai vraiment dormir n’importe où !

J’ai d’excellents amis dans la Royal Navy, dont un médecin écossais qui porte ostensiblement le kilt à l’occasion des cérémonies. Les Free French sont très aimés et toujours reçus avec affabilité. Avant chaque départ en opération, les Britanniques nous offrent une grande « party » puis une autre à notre retour. A ce sujet, j’aurais des anecdotes à vous rapporter ; elles vous amuseront.

Nous sommes habillés comme des esquimaux. (Je vous enverrai des photographies). Il n’est pas question d’uniforme lorsque nous sommes en opération. Je porte un petit bonnet de laine bleu marine qui me fait ressembler à un clown, ce qui fait la joie de l’équipage. Mais sur ce bonnet, je n’ai pas oublié d’agrafer une Croix de Lorraine que j’ai également agrafée sur ma toque de fourrure et mon passe-montagne.

Je vais vous quitter. Il est tard et le devoir m’appelle. Écrivez-moi. Vos lettres me donnent la force de poursuivre le combat. Avec nos chefs et nos équipages, nous ne pouvons que vaincre et achever de libérer le Continent, une libération qui passera par la maîtrise des mers, des océans et la prise des ports.

 

Une lettre de Paul Léautaud adressée à ma grand-tante qui fut un temps sa secrétaire. Cette lettre est datée du samedi 30 juin 1951. Le trait en est épais. Paul Léautaud écrivait à la plume d’oie, qu’on se le dise :

Mademoiselle,

Je m’empresse de vous envoyer le petit règlement de vos travaux pour moi, avec mes remerciements pour votre aimable lettre.

Vous ne pouvez vous imaginer la vie que je mène, chez moi, depuis cinq mois. Mes deux propriétaires sont venues habiter le grand jardin qui fait suite au mien, y faisant construire une vaste maison en bois (coût : plus d’un million). Installation de l’électricité et du téléphone pour elles, la dépense s’en faisant chez moi. Par suite, ouvriers, maçons, circulation, des coups de marteaux toute la journée. Du gravois partout, escaliers et bonne partie du jardin, le nettoyage m’en étant laissé, tout mon rez-de-chaussée encombré de menuiseries. Bref : ma tranquillité perdue et tout mon travail en plan. Et j’ai bien peur d’en avoir encore pour quelques mois. Je devais donner des notes au Mercure, au Figaro, à la Revue de Paris, à La Table Ronde, engagements que je n’ai pu tenir. Vous voyez d’ici la presse. La petite société à quatre pattes va heureusement fort bien, ce qui, après tout, est le principal.

Avec mes très cordiaux hommages. P. Léautaud

P.S. Je risque cette demande n’étant pas sûr qu’elle soit fondée : n’avez-vous pas entre vos mains la copie à la machine du dernier texte pris par vous en sténographie ? Le mandat, payable à domicile, vous parviendra séparément.

 

 Paul Léautaud (1872-1956), chandelles et plume d’oie. Mais où sont les chats !

 

Extrait d’une lettre manuscrite du général de Boissieu, suite à une préface que je lui avais fait parvenir. J’y avais brossé un panorama politique de la famille, en adoptant une position parfaitement neutre. Dans ce panorama, j’évoquais mon père, très anti-gaulliste pour cause d’Algérie et sympathisant O.A.S. C’était ainsi dans les familles françaises. Un grand-père, officier de la Première Guerre mondiale, qui tout en refusant catégoriquement la Collaboration et Vichy refusait de condamner le Maréchal, son fils aîné radicalement gaulliste, son dernier fils (mon père) ulcéré par la « trahison » algérienne, et moi qui aurait pu, si j’avais eu quelques années de plus, lancer des pavés dans le Quartier Latin en braillant « La chienlit c’est lui ! »

Votre préface pour les souvenirs de votre oncle et de sa femme est excellente. Je voudrais cependant vous suggérer d’adoucir vos jugements sur le général de Gaulle (page 6) au sujet de l’exécution de Bastien-Thiry. (J’insiste, ce jugement n’est pas le mien mais celui de mon père, un jugement que je rapporte en simple observateur).

Charles de Gaulle a dit (et, je crois, écrit) les reproches qu’il a fait à Bastien-Thiry dans cette affaire. Ils sont écrits dans mon second tome de souvenirs, Éditions Plon, 1981, page 170, « L’Attentat du Petit-Clamart ». J’ai écrit : « Le premier reproche était d’avoir fait tirer sur une voiture dans laquelle B. T. (le général de Boissieu ne va plus désigner Bastien-Thiry que par ses initiales) savait qu’il y avait une femme, Madame de Gaulle, qui n’avait rien à voir dans les problèmes d’Algérie, ni dans la politique du général. Le deuxième était d’avoir fait courir des risques mortels à des innocents, dont les trois enfants de la famille Fillon qui étaient dans une Panhard qui arrivait vers la D.S. (Au cours de l’attentat, une Panhard circulant dans l’autre sens et dans laquelle se trouvait une famille, dont une femme et trois enfants, essuie les coups de feux. Le conducteur, Monsieur Fillon, est légèrement blessé à un doigt). Le troisième était d’avoir mêlé à cette affaire des étrangers, les trois Hongrois, largement rétribués. Le quatrième, le plus grave (aux yeux du général), était que B. T. n’avait pris aucun risque personnel (souligné par le général de Boissieu) dans l’attentat. Il s’était contenté de lever son journal pour déclencher les tirs. « Le moins que l’on puisse dire, écrivait le général, est qu’il n’était pas au centre de l’action ». Ainsi le général a gracié ceux qui servaient une arme (souligné par le général de Boissieu), mais pas B. T. qui faisait prendre des risques aux autres…

 

Le général Alain de Boissieu (1914-2006) en compagnie de sa femme, Élizabeth de Gaulle (1924-2013), fille aînée de Charles de Gaulle.

 

Extrait d’une lettre manuscrite du général de Boissieu, datée du 13 mars 1991, suite à l’enterrement d’un oncle, ancien de la Division Leclerc :

Jacques a eu des adieux bouleversants, car beaucoup de camarades savaient qu’il avait lui-même fixé toute l’ordonnance de cette cérémonie… Quel courage devant la mort !

Cette qualité aura dominé toute sa vie. Et l’humour ne lui a jamais manqué, même dans les moments les plus graves. Lorsqu’il fut blessé à Badonvillers, j’ai été prévenu aussitôt. Je suis arrivé et je l’ai vu sur un brancard, avec une veste traversée que l’on avait découpée. La blessure était terrible à voir (souligné par le général de Boissieu), j’ai pensé qu’il était perdu, je l’ai donc salué (souligné par le général de Boissieu). Je l’ai alors entendu dire : « Ce n’est pas courant de voir un capitaine vous saluer au garde-à-vous ! » Puis la douleur le reprit. Quel courage devant la mort, car c’était un glorieux mourant qui était devant moi ce jour-là. Lorsqu’on m’a dit quelques jours plus tard que Jacques allait peut-être s’en sortir, j’étais médusé et… transporté de joie !

 

Une lettre d’un ancien de la Division Leclerc, Jacques F., envoyée de Marseille et datée du 23 mai 2004 :

En reprenant la première mouture de votre document au sujet de votre oncle, à la page 5, concernant la Manifestation des Lycéens et Étudiants sur les Champs-Élysées, à Paris, le 11 novembre 1940, je tiens à vous préciser que j’y participais.

Je n’avais pas seize ans et nous étions plusieurs milliers (mis en gras par l’auteur de cette lettre) à remonter la célèbre avenue depuis la place de la Concorde ou le rond point des Champs-Élysées afin de donner le change aux Allemands qui ont mis du temps à comprendre la signification des cannes à pêche et du “deux” que nous scandions. Mais sur la place de l’Étoile, ils nous attendaient en force. Ils ont commencé à tirer en l’air puis sur nous avec des armes automatiques. Il y eut de nombreuses arrestations et des blessés. Par la suite, cinq lycéens du Lycée Buffon seront exécutés : Pierre Benoît, Jean-Marie Arthus, Pierre Grelot, Jacques Baudry, Lucien Legros. Voir la plaque commémorative posée dans ce lycée.

Suite à ces incidents, nous avons été dans l’obligation pendant plusieurs semaines de signer un registre à la police. J’avais réussi à me sauver avec la complicité d’un employé du métro, à la station Étoile, qui avait fait partir la rame au moment où les Allemands se précipitaient sur le quai.

 

Olivier Ypsilantis

 

Posted in HISTOIRE | Tagged , , , , | Leave a comment

Opération « Merkur » (Unternehmen Merkur). Les parachutistes allemands sautent sur la Crète.

 

Cet article se veut (très) synthétique. Il ne s’adresse qu’à ceux qui connaissent mal, très mal, l’histoire de cette bataille de la Seconde Guerre mondiale, une bataille pas assez connue. J’ai par ailleurs un attachement particulier pour la Crète, et pour des raisons culturelles et familiales. Rien de ce qui concerne cette île ne m’est indifférent, qu’il s’agisse de la culture minoenne, des travaux de Sir Arthur Evans, de la peinture du Greco ou de cette première opération coordonnée aéroportée de l’Histoire, l’Opération « Merkur », printemps 1941.

 

____________________

 

Pour les troupes britanniques qui se battent en Grèce après la ruée des troupes allemandes dans les Balkans (début 1941), la Crète est devenue leur base arrière. En avril, elle devient leur point de repli. En effet, suite à la prise par les Allemands du pont qui enjambe le canal de Corinthe, la bataille de Grèce (continentale) est perdue pour les Britanniques ; et l’importance stratégique de la Crète se confirme pour ces derniers mais aussi pour les Allemands.

La baie de Souda (à l’ouest de la Crète, près de Hania) offre un excellent mouillage pour la Royal Navy ; et de Crète, la Royal Air Force (R.A.F.) peut contrer la Luftwaffe au-dessus de la Méditerranée et menacer les champs de pétrole de Ploiești, en Roumanie.

La Crète, cette île formidablement étirée, est barrée sur toute sa longueur par une chaîne de montagnes qui culmine à plus de 2 400 mètres. La seule route digne de ce nom longe la côte nord, de Malème à Héraklion. Les trois aérodromes (occupés par la R.A.F.) sont bien modestes et le seul port capable d’accueillir des navires de gros tonnage est celui de Souda.

L’Oberkommando der Wehrmacht (O.K.W.) préfèrerait attaquer Malte qui représente une menace pour les opérations à venir en Afrique du Nord ; et, de fait, la défaite allemande à venir sur ce théâtre d’opérations est inexplicable sans l’île de Malte restée britannique ; mais Hitler préfère attaquer la Crète. La question mérite d’être posée : que s’en serait-il suivi si Malte était tombé aux mains des Allemands ? La Méditerranée serait probablement devenue allemande et un axe vital du British Empire aurait été sectionné. Par ailleurs, Rommel bien approvisionné aurait probablement enfoncé les lignes alliées à El-Alamein, fonçant vers un Irak où le ressentiment envers les Britanniques était marqué (voir le coup d’État de Rachid Ali et ses généraux, en avril 1941). Et je n’ose imaginer la suite… Que Hitler ait outrepassé les conseils de ses généraux et amiraux, en particulier ceux d’Erich Raeder, est une chance. A ce propos, je conseille la lecture de l’autobiographie de ce marin, « Ma vie » (« Mein Leben »), l’une des autobiographies les plus passionnantes de la Seconde Guerre mondiale.

 

Une scène de l’Opération « Merkur »

 

Je passe sur les détails du plan d’attaque allemand. Brièvement. C’est un plan fort ambitieux qui engage 15 000 hommes aéroportés et 7 000 hommes transportés par mer pour les renforcer. Aux avions de transport s’ajoute l’appui aérien, chasseurs et bombardiers. Ce plan vise à prendre le contrôle de tous les points stratégiques de l’île en un jour ! C’est un projet risqué et pour diverses raisons, notamment parce que les avions de transport étant en nombre insuffisant, les parachutistes devront être largués en deux vagues.

Première vague, le 20 mai 1941 au matin, sur Malème et Hania ; seconde vague, l’après-midi du même jour, sur Réthymnon et Héraklion ; soit quatre zones le long de la côte nord de l’île, de l’ouest au centre. Ces quatre zones devront établir le contact entre elles aussi vite que possible. Le deuxième jour, des éléments aérotransportés atterriront sur les trois aérodromes capturés par les parachutistes. Dans un même temps, des renforts en hommes et en matériel lourd seront débarqués à Héraklion et Souda mais aussi dans tout ce qui ressemble à un port sur la côte septentrionale de l’île.

Face à un tel plan d’attaque, la défense de la Crète semble faible. Sur les 27 500 soldats britanniques et du Commonwealth (auxquels s’ajoutent environ 14 000 soldats grecs), à peine 5 000 font partie de la garnison initiale, les autres sont des Néo-Zélandais (de la 2nd New Zealand Division) et des Australiens (de la 6th Australian Division) évacués de Grèce et arrivés en Crète, épuisés, désorganisés et privés d’armes lourdes. Le War Cabinet qui veut tenir l’île ne peut envoyer de renforts conséquents. L’armement lourd manque, pire, la couverture aérienne est dérisoire. La Royal Navy (sous les ordres de l’amiral Andrew B. Cunningham) est quant à elle bien présente, et elle n’a rien à redouter des forces navales italiennes ; mais considérant le manque de couverture aérienne, les unités de la Royal Navy ne pourront faire mouvement qu’à la faveur de l’obscurité. Des unités navales sont par ailleurs tenues en réserve à Alexandrie.

Mais les Britanniques disposent d’un avantage considérable, d’une arme redoutable entre toutes et dont ne disposent pas les Allemands : le décodeur « Ultra ». Depuis le début du mois de mai, les Britanniques connaissent tous les détails de l’Opération « Merkur » et tout est mis en œuvre pour tuer la force parachutiste allemande. Le général Richard C. Freyberg qui supervise la défense de l’île se montre optimiste. Elle ne sera pas tenue mais le décodeur « Ultra » qui avait livré les zones de largage causera des pertes effroyables parmi les parachutistes allemands, les Fallschirmjägern.

 

Parachutiste allemand tué dans un champ d’oliviers

 

Deux scènes de ces combats choisies au hasard. A Malème, les parachutistes du III. Bataillon sont littéralement massacrés par les hommes de la 5th New Zealand Brigade, et avant même qu’ils aient pu récupérer leurs armes parachutées avec eux dans des containers. Les parachutistes d’une section du II. Bataillon tombent sur deux bataillons de soldats grecs et des groupes de civils armés. Ils sont décimés et les treize survivants ne doivent la vie sauve qu’à l’intervention d’un officier britannique. Les corps des parachutistes tués seront retrouvés affreusement mutilés pour la plupart.

En cette fin de journée du 20 mai 1941, la situation des Allemands n’est guère encourageante, et je fais usage de l’euphémisme. C’est à Malème que les Allemands du Gruppe West semblent le plus solidement établis, même s’ils n’ont pris ni l’aérodrome ni la colline 107 qui le domine. La situation du Gruppe Mitte, à Hania et Réthymnon, ainsi que celle du Gruppe Ost, à Héraklion, sont des plus critiques. Après analyse de la situation, il apparaît que la tête de pont de Malème, aussi fragile soit-elle, est celle qui présente les meilleures chances d’exploitation. Le général Kurt Student (qui est à l’origine de l’Opération « Merkur » et qui en est l’architecte) décide alors de jouer son va-tout et l’expression n’est pas forcée : il déplace le centre de gravité de l’attaque vers l’ouest de l’île, vers Malème. Il prend des risques considérables ; mais l’inaction des Britanniques qui laissent passer la nuit (du 20 au 21) sans contre-attaquer va jouer en sa faveur. Le général Richard C. Freyberg aurait pu alors, et sans trop de peine, frustrer l’attaque allemande sur la Crète.

 

Partisans crétois

 

Brève chronologie :

21 mai. Les Allemands ne cessent de renforcer leurs positions dans le secteur de Malème. Ils s’emparent de la colline 107, un point stratégique puisque de cette hauteur la piste d’aviation est directement menacée. Alors que les obus tombent encore sur la piste, les Allemands commencent une noria de Ju 52. Ils amènent armes, munitions et hommes. Les avions rendus inutilisables par les tirs britanniques sont poussés à la hâte sur les côtés afin de ne pas interrompre la noria. En fin de journée, la contre-attaque néo-zélandaise que redoutent les Allemands, contre-attaque qu’ils n’auraient probablement pu repousser, ne vient pas. Encore une occasion perdue. La situation ne va pas tarder à basculer au profit des Allemands. Le Gruppe Mitte et le Gruppe Ost sont quant à eux très menacés et leurs attaques sont repoussées.

21 et 22 mai. L’échec des opérations maritimes. Malème étant devenu l’objectif numéro un, les deux convois maritimes destinés à renforcer la présence allemande en Crète convergent vers ce point situé à l’extrême ouest de l’île. Les embarcations ne sont pour la plupart que des bateaux de pêche propulsés à la voile, avec un moteur d’appoint de faible puissance. Un premier convoi part de l’île de Milos. Il va être traqué par la Royal Navy et très durement touché jusqu’aux premières lueurs de l’aube qui obligent les Britanniques à se retirer considérant, comme nous l’avons dit, l’absence de couverture aérienne. Le deuxième convoi est rappelé au Pirée dans la crainte qui ne subisse le sort du premier convoi. Avant que la bataille de Crète ne tourne franchement en leur faveur, les Allemands ne se risqueront plus à renforcer leurs troupes par la mer.

22 mai. La noria des Ju 52 se poursuit sur l’aérodrome de Malème, dans la poussière soulevée par les avions (ce qui ralentit le trafic), au milieu des carcasses d’avions et toujours sous le feu de l’artillerie alliée.

23 mai. A Malème, les Allemands renforcent toujours leurs positions, avec cette noria de Ju 52 qui transportent hommes et matériel. Ils s’efforcent par ailleurs de desserrer l’étreinte autour de ce secteur et attaquent les Néo-Zélandais qui retirent leurs batteries qui pilonnent l’aérodrome. Plus à l’ouest, le Gebirgs-Pionier-Batallion 95 qui progresse vers Kastelli doit affronter des bandes civiles armées, parmi lesquelles des femmes et des enfants. Au cours de leur avance, les Allemands découvrent des corps de leurs parachutistes torturés puis massacrés et mutilés, avec yeux et organes génitaux arrachés. Le III. Batallion du Luftlande-Sturmregiment a particulièrement souffert de ces exactions. Au cours de sa première nuit en Crète, des partisans crétois ont tué et mutilé tous les blessés qu’ils ont pu trouver et mutilé les tués. 135 hommes de ce bataillon auraient ainsi trouvé la mort. Les Allemands font aussitôt savoir que pour un de leurs soldats tués, dix Crétois seront immédiatement passés par les armes.

24 et 25 mai. L’Opération « Merkur » semble être en bonne voie et l’O.K.W. la rend enfin publique. A Malème, les hommes et le matériel ne cessent d’arriver. Les Allemands poussent à présent vers l’est, avec l’appui de la Luftwaffe, dans un relief très difficile. Kastelli tombe après des bombardements en piqué. Le 25 mai, le village de Galatas tenu par les Néo-Zélandais est évacué dans la nuit. Les Allemands y pénètrent au matin du 26 mai. La route de Hania leur est ouverte.

27 mai. Les Britanniques décident d’évacuer l’île par la côte sud. Les Allemands renforcent leurs dispositifs autour de Hania. A Stilos, combats d’arrière-garde menés par les Australiens et les Néo-Zélandais, puis repli général vers la côte sud. Les troupes qui battent ainsi en retraite ne seront guère inquiétées, les Allemands poursuivant leur mouvement le long de la côte nord, d’ouest en est.

28 au 30 mai. Les Allemands continuent leur progression d’ouest en est, retardés par quelques combats d’arrière-garde. La garnison de Héraklion (soit quelque 4 000 hommes) est évacuée par la Royal Navy dans la nuit du 28 au 29 mai. Aux premières heures du 29 mai, les Allemands prennent la ville sans tirer un coup de feu. A Réthymnon, les troupes australiennes et grecques capitulent. Le lendemain toute la Crète, à l’exception du secteur Loutro-Sfakia, sera aux mains des Allemands.

L’évacuation, 29 mai au 1er juin. Le petit port de pêche de Sfakia, sur la côte sud, est le point d’embarquement des troupes en retraite. Au soir du 30 mai, le général Richard C. Freyberg et de nombreux officiers quittent l’île par hydravion. Les Allemands qui ont compris ce qui se trame resserrent leur étreinte autour de Sfakia. La Royal Navy parviendra à évacuer près de 15 000 hommes vers l’Égypte, alors qu’elle est harcelée par la Luftwaffe. Le 1er juin, à neuf heures, les troupes qui n’ont pu être évacuées se rendent. Les derniers combats cessent vers seize heures, dans les collines au nord de Sfakia.

L’Opération « Merkur » est un succès pour les Allemands puisque toute l’île est entre leurs mains ; mais c’est une victoire à la Pyrrhus. Les pertes allemandes sont effrayantes : sur les 22 000 hommes engagés, près de 6 000 ont été tués, parmi lesquels de nombreux vétérans des parachutistes.

Cette opération amène une question, inévitable. Avec les plans ennemis en poche, grâce au décodeur « Ultra », les forces alliées présentent sur l’île auraient pu annihiler les troupes aéroportées allemandes. Ce n’est pas la ténacité des Britanniques et des combattants du Commonwealth qui est remise en question par les historiens mais le manque d’initiative, proche de l’inertie, du général Richard C. Freyberg et de ses officiers. Rappelons que les zones de largage étaient toutes connues et dans le détail, que les troupes alliées étaient concentrées autour de ces zones, solidement établies et plus bien nombreuses que les troupes allemandes, au moins dans les premiers jours. Alors ? On a prétendu que la relative passivité de ce général néo-zélandais s’expliquerait par le fait qu’il ne pouvait admettre des pertes élevées en hommes, des pertes qui auraient choqué l’opinion publique d’un pays peu peuplé. Rappelons que la population de la Nouvelle-Zélande comptait alors environ 1 600 000 habitants.

 

Sépultures de parachutistes allemands

 

Tout en travaillant à cet article, des souvenirs me sont venus. Je me suis souvenu d’une excursion dans les environs de Hania, vers Malème, au cours de laquelle j’ai découvert un étrange monument, le Fallschirmjäger-Denkmal, surmonté du symbole des parachutistes allemands : l’aigle s’apprêtant à piquer vers le sol. En observant bien, j’ai compris que la swastika qu’il tenait dans ses serres avait été noyée dans du ciment. Mis à part ce détail, le monument était intact. Après enquête, j’ai appris qu’il avait été érigé en 1941, par les hommes du II. Batallion-Sturmregiment, en hommage à ceux qui avaient donné leurs vies pour la Grande Allemagne (Gross-Deutschland), à Malème, Galatas, Kastelli et Hana, du 20 au 28 mai 1941. Je le redis, ce monument était curieusement intact lorsque je l’ai découvert au début des années 1980. Suite à une enquête Internet (voir lien ci-dessus), j’ai appris qu’une tempête avait fait tomber en 2001 la sculpture et qu’elle n’avait pas été remise en place. Par ailleurs, son piédestal avec inscription avait été vandalisé :

http://firedirectioncenter.blogspot.com.es/2014/05/battles-long-ago-crete-1941.html

Je me suis également souvenu de l’arrière-boutique de ce brocanteur d’Athènes, à Plaka, où, dans une petit pièce couvertes d’étagères, s’alignaient des casques de parachutistes allemands, certains troués, certains déchiquetés. Les casques en parfait état se vendaient déjà très chers, et je suis certain que les prix en ont beaucoup augmentés. Ce modèle, le Fallschirmhelm était une version dérivée du Stahlhelm. Il se caractérisait par un raccourcissement de ses bords, tant au niveau du front que de la nuque.

Je me suis également souvenu de la boutique d’un brocanteur proche du port de Hania, avec tout un fourbi récupéré tant chez les Allemands que chez les Alliés. C’était à la fin des années 1970.

Concernant le matériel allemand abandonné en Grèce, je me souviens que lorsque je vivais à Athènes, au milieu des années 1980, on pouvait voir rouler quelques sidecars BMW R-71 ainsi que quelques Volkswagen Kübelwagen (Volkswagen Tipo 82), véhicule caractéristique avec son nez fortement biseauté. Le parc automobile athénien était alors un véritable musée roulant, par ailleurs très polluant. Je me souviens par exemple d’une Volvo Amazon (une série née en 1956), longtemps garée devant ma porte.

Ci-joint, une vidéo sur la bataille de Crète où est repris et détaillé le schéma d’ensemble que je viens de présenter. Quelque chose m’intrigue pourtant dans ce document : à aucun moment il n’est fait mention du décodeur « Ultra » :

https://www.youtube.com/watch?v=N1Qt6MGjgCQ

 

Olivier Ypsilantis

Posted in HISTOIRE | Tagged , , , | Leave a comment

A l’adresse des Schmocks, encore.

 

« Poursuivant leur fantasme — trouver à toute force un sujet révolutionnaire —, ils ont mis la main sur les musulmans, après avoir jeté la classe ouvrière aux oubliettes, puis le tiers-monde, dont aucun d’entre eux ne se hasarde plus à parler », Fabrice Nicolino.

 

Je ne suis pas un fan de « Charlie Hebdo », il n’empêche qu’à l’occasion j’y trouve des articles à partir desquels je fais mon miel. Dans le numéro spécial du 4 janvier 2017, deux articles m’ont retenu. L’un en page 3-4-5 ; il est intitulé « Cette gauche qui s’est toujours couchée devant les despotes » et signé Fabrice Nicolino. L’autre en page 14-15 ; il est intitulé « Le concept d’islamophobie joue un rôle essentiel dans le djihad » et signé Gilles Kepel.

Ce qui fait la qualité de ces articles (malheureusement trop rares, mais ne nous plaignons pas), c’est qu’ils proposent une vision grand angle ou, tout au moins, une vision à l’angle assez généreusement ouvert, soit une mise en perspective historique, une prise de recul, ce qui est nécessaire pour préciser sa vision. Notons que le recul devient plutôt rare dans ce monde de breakings news et de racolage médiatique frénétique. Dans l’article de Fabrice Nicolino, je n’apprends rien, mais je lui suis reconnaissant de cette mise au point. L’auteur y passe en revue, et en pointillé (son énumération n’a rien d’exhaustif, à chacun de la compléter), le passé d’un certain nombre d’intellectuels de gauche qui se sont compromis à des degrés divers avec les pires despotes, à commencer par Staline. Et Fabrice Nicolino cite trois noms importants qui, d’abord séduits, ont fini par écrire des livres de dénonciation essentiels mais qui n’ont malheureusement été que peu ou très peu lus au moment de leur parution.

 

Victor Serge (Victor Lvovich Kibalchich), né en 1890, décédé en 1947.

 

Ces trois noms : Panaït Istrati, Victor Serge et Boris Souvarine. Panaït Istrati effectue deux voyages en U.R.S.S., l’un en 1927 (en compagnie de Nikos Kazantzakis), l’autre en 1929. Sympathisant communiste, il ne peut se résoudre à mentir et il publie un compte-rendu de ce séjour sous le titre « Vers l’autre flamme », sous-titré « Confession pour vaincus ». J’ai lu ce livre lorsque j’étais adolescent. La dénonciation de la bureaucratie y est omniprésente, cette bureaucratie qui oppresse le peuple dans le but de maintenir ses privilèges. Panaït Istrati a donc voulu faire œuvre de vérité comme l’avait fait Anton Tchekhov (voir son immense enquête intitulée “Sakhaline”) dans la Russie des tsars, un témoignage essentiel comme l’est « Souvenirs de la maison des morts » de Dostoïevski. Victor Serge est un rescapé du Goulag. En effet, suite à une campagne de protestation internationale, il est libéré en 1936 (il avait été interné en 1933) et revient en Belgique. Ses témoignages écrits à partir de son expérience concentrationnaire seront peu lus ou, tout au moins, resteront sans effet. Boris Souvarine publie un livre monumental en 1935 ; il est intitulé « Staline », tout simplement, et est discrètement sous-titré « Aperçu historique du bolchevisme », un livre qui reste fondamental sur cette époque. Je me souviens de l’avoir lu avec passion, de l’avoir véritablement dévoré, presqu’en même temps que « Le stalinisme. Origines, histoire, conséquences » de Roy Medvedev. Ce livre majeur de Boris Souvarine sera très peu lu, à gauche tout au moins.

Cette liste est loin d’être exhaustive, mais je m’en tiendrai à ces trois noms évoqués dans l’article de Fabrice Nicolino. Il se trouve que j’ai lu les livres en question et que j’en ai d’emblée compris l’importance, une importance qui n’a pas été reconnue lors de leur publication mais qui pour ceux qui auscultent l’histoire apparaissent bien pour ce qu’ils sont, des écrits majeurs ; et je pense plus particulièrement à ce livre de Boris Souvarine et aux écrits de Victor Serge. L’influence du Parti communiste est restée telle en France qu’on a longtemps été susceptible d’être traité de « réactionnaire » dans les milieux intellectuels lorsqu’on lisait Boris Souvarine. La remarque excrémentielle de Jean-Paul Sartre, « Tout anticommuniste est un chien », empuantait encore bien des têtes à la fin des années 1970 et même dans les années 1980. Lorsqu’un nigaud me traita de « réactionnaire », je lui répondis tout de go qu’un réactionnaire est un homme qui réagit, tout simplement, comme le fait tout organisme vivant et bien vivant. Le nigaud me traita alors de finaud, allant jusqu’à déclarer que je cherchais l’embrouille. Afin d’aggraver mon cas, j’ajoutai que j’étais sioniste, que j’étais un réac-sioniste.

Mais j’en reviens à l’article en question, et à « Charlie Hebdo ». Passons aux idiots utiles de Staline, extraordinairement nombreux. Parmi eux, Aragon, un dandy cireur de pompes et lécheur de culs, piètre poète qui aujourd’hui ferait probablement du blow job sur la personne de Kim Jong-un, après décès de Fidel Castro.

Cette gauche qui s’est toujours couchée devant les despotes… Des femmes et des hommes de gauche ne se sont jamais couchés devant eux, et ils l’ont payé de leur vie ou de leur liberté lorsqu’ils n’ont pas été ostracisés. Ce n’est donc pas la gauche dans son ensemble que je pousse dans le fossé mais une certaine gauche, celle des idiots utiles mais aussi les couards. Un rappel historique : il suffit d’étudier la composition de la Résistance française (et surtout à ses débuts) et le passé de nombre de Collaborateurs parmi les plus importants pour commencer à délinéer cette gauche stupide ou pleutre ; et pour l’heure je laisse de côté le Pacte germano-soviétique (23 août 1939) et les grandes manœuvres diplomatiques. Le P.C.F. a fait après guerre un tel ramdam que le peuple mais aussi l’intelligentsia (surtout l’intelligentsia) en sont venus à croire que tous les Résistants étaient communistes et que les Collaborateurs et les pères-la-pantoufle étaient « de droite », diversement « de droite », et… anti-communistes. On se souvient que pour Staline, les sociaux-démocrates et les démocraties anglo-saxonnes n’étaient que des « fascistes » et qu’il fallut que la pression des armées allemandes menace d’emporter Moscou pour qu’il infléchisse son discours et donne des ordres aux agents du Komintern pour qu’ils calment leur zèle, en attendant des jours meilleurs…

 

 Willi Münzenberg (1889-1940)

 

  
En juin 1935, des idiots utiles du communisme (du stalinisme) se retrouvent à Paris, au Congrès international des écrivains manipulé par l’Allemand Willi Münzenberg (la vie de cet homme doit être étudiée de très prêt puisqu’il se trouve au centre de l’appareil de propagande stalinienne, et la vie de son successeur Otto Katz, alias André Simone, n’est pas moins passionnante). Au nom de l’antiracisme on s’étreint, on se papouille. André Malraux est de la partie, André Malraux qui ira jusqu’à justifier les tortures et les meurtres perpétrés par les Staliniens contre le P.O.U.M. et la C.N.T.-F.A.I. au cours de la Guerre Civile d’Espagne.

Jusqu’en juin 1941, Jacques Duclos, Maurice Thorez et d’autres huiles de l’appareil tiennent le rôle de pots fumigènes : il s’agit dans tous les cas de ne pas remettre en cause la politique du Parti communiste et de l’U.R.S.S., en un mot de Staline. Les intellectuels antifascistes mais aussi anti-communistes comme Jacques Ellul et Jacques Charbonneau ne sont guère écoutés. Dans l’après-guerre, l’emprise du P.C.F. se confirme, surtout chez les intellectuels. Fabrice Nicolino écrit : « Sartre devient ces années-là un salaud ». Il n’en a pas été toujours ainsi. L’auteur de cet article nous rappelle que Sartre fut l’un des premiers adhérents du Rassemblement démocratique révolutionnaire (R.D.R.), un parti qui eut une courte durée de vie, un parti fondé par le courageux David Rousset, rescapé des camps nazis et qui dénonça toutes les oppressions, dont le Goulag. Mais Sartre ne tardera pas à se faire l’idiot utile du stalinisme, avant de chanter les louanges de Fidel Castro. Sartre est l’auteur d’un livre très peu connu dont le titre par son emphase « poétique » est digne du Père Ubu, ce titre : « Ouragan sur le sucre » (paru en feuilleton dans France-Soir), récit de son séjour en 1960 à Cuba où l’auteur est trimballé et bichonné par le patron. Lorsqu’on gravite dans le cercle du chef ou de l’appareil, le communisme est beau, très beau même. Jean-Paul Sartre, penseur abondant et médiocre, s’est laissé prendre au piège, et il a chanté les louanges du régime avant de prendre ses distances, ce qui lui a demandé une dizaine d’années. Raymond Aron qui avait lui aussi fait le voyage à Cuba comprendra d’emblée. Cet épisode m’a confirmé dans ce qui suit : Jean-Paul Sartre servait une pièce d’artillerie lourde. Il tirait un peu au hasard et ça faisait BOUM-BOUM ! Raymond Aron était un tireur d’élite ; et il me faudra évoquer la solitude du tireur d’élite… Mais, une fois encore, je me suis égaré !

J’ai vécu plusieurs années à Córdoba d’Espagne, l’une des plus belles villes d’Europe. La mairie (ayuntamiento) aimait Fidel Castro et le faisait savoir. Dans cette ville où catholiques et communistes sauce andalouse se partageaient le pouvoir, j’ai assisté à de drôles d’affaires qui ont confirmé mon dégoût pour diverses catégories socio-culturelles, à commencer par les catholiques de gauche, des ersatz de communistes — à moins que les communistes ne soient des ersatz de catholiques de gauche. Fidel Castro y était célébré car il devait représenter le « communisme sexy et balnéaire ». Et dans la foulée, on faisait du Che un néo-Jésus. Córdoba d’Espagne fut aussi le fief de Roger Garaudy, véritable tout-terrain, spécialisé dans les parcours en 4X4 dans les décharges publiques, un salaud diversement travesti. Le finaud connaissait l’art du camouflage : dans la Torre de La Calahorra, il avait installé un petit Disneyland de la convivencia (du bien-vivre-ensemble). A Córdoba d’Espagne, on s’intéressait vivement aux Palestiniens, parangon de l’Opprimé, figure christique (le Palestinien crucifié par des soldats de Tsahal, comme le montraient certaines caricatures, flattait un vieux fond…), moderne idole à laquelle d’étranges congrégations rendaient un hommage soutenu en se livrant à des gesticulations diverses auxquelles participaient notamment des membres du Partido Comunista de Andalucía (P.C.A.) et des Chrétiens de gauche, le tout dominé par un Islam érigé en symbole de la Tolérance, avec ces mots de propagande : CONVIVENCIA, AL-ANDALUS. Les Camarades pratiquaient le frotti-frotta avec l’Oumma sur fond de détestation d’Israël, qualifié de pays d’apartheid, l’accusation la plus récurrente. Ah, la chaleur des Camarades ! Ah, la chaleur de l’Oumma ! Il m’arrive en rêve de charger ces masses au marteau d’armes et au fouet de guerre, au fauchard et au morgenstern ! Mais, vous diront les Camarades, nous sommes antisionistes et en aucun cas antisémites. Soit. Mais expliquez-moi, Camarades votre sollicitude particulière envers les Palestiniens, une sollicitude à laquelle n’ont droit aucune autre population. Votre pelote s’est drôlement emmêlée dans toutes sortes de choses. Voulez-vous que nous la démêlions ensemble, tranquillement, au coin du feu ?

 

Le genre de manifestation qu’affectionnent les communistes d’Andalousie, avec cette association récurrente des mots « Apartheid » et « Israel ».

 

Où en suis-je ? Ah oui ! Curieux tout de même, ces bons-gros-de-gauche nous ont présenté Che Guevara en Jésus-Christ-Superstar ; mais lorsque le Commandant Massoud a été assassiné, rien ! Rien de rien ! Peut-être parce qu’il s’était aussi battu contre les Soviétiques. Je ne sais. Certains chiens hésitent à mordre ceux qui ont été leurs maîtres…

Dans le florilège d’une certaine bêtise, Le Monde diplomatique, le « Diplo » pour les intimes, summum de la bêtise française, une bêtise prétentieuse et ventripotente, donneuse de leçons, journal des appareils d’État, à commencer par le Quai d’Orsay. J’ai lu à l’occasion ce torche-cul dans des ambassades des Démocraties populaires d’Europe de l’Est où, étudiant, je me suis beaucoup baladé, loin du tourisme de masse. J’ai notamment erré derrière le « mur de protection anti fasciste », désignation fort intéressante puisqu’on y retrouve le mot FASCISTE, encore une fois !

C’est précisément là que j’ai commencé à prendre en détestation le « Diplo » et à me torcher allègrement le cul avec, mentalement au moins. Non ! C’était encore avant, peu avant de passer mon baccalauréat. Le Monde diplomatique et Le Monde me sont apparus dans toute leur doucereuse horreur au cours des tueries de masse organisées par les Khmers rouges, honorables puisqu’ils étaient rouges… Il me faudrait faire un dossier de presse sur ces articles truffés d’euphémismes et cherchant des excuses à l’horreur. Parmi les laudateurs du régime, Alain Badiou qui par ailleurs conspuait l’armée vietnamienne, une armée qui (on l’a oublié) a enrayé une machine de mort qui tournait à plein régime et qui aurait à coup sûr assassiné non pas le tiers mais la moitié voire les trois-quarts de sa population et plus encore. Oui, ce sont les divisions de l’armée vietnamienne qui ont détraqué ce mécanisme. Il est vrai qu’elles n’étaient pas guidées par la commisération mais par la volonté de protéger des communautés (vietnamiennes) déjà meurtries par le Kampuchea. Ce sont bien elles qui ont cassé la colonne vertébrale d’un monstre, chouchou des « progressistes » de France. Au nom du tiers-mondisme, Le Monde diplomatique a soutenu les régimes les plus atroces au cours des années 1960, 1970 et au-delà. Le totalitarisme lorsqu’il est de gauche mérite toutes les louanges et celui qui se risque à le critiquer est traité de « fasciste », la désignation la plus massivement utilisée par les staliniens. Je me souviens que celui qui lisait « L’Archipel du Goulag » de Soljenitsyne était volontiers regardé comme un anticommuniste, comme un réac’ donc, un facho même. J’en ai fait l’expérience.

On me dira que je remue de vieilles histoires. Mais à ce que je sache, ces histoires ne sont pas si vieilles et, surtout, elles ont laissé de nombreux, de très nombreux héritiers, comme le signale Fabrice Nicolino : « Bien des marquis de l’intelligentsia de gauche, en 2017, sont les héritiers de ces mensonges et de ces infamies. Résumons : des générations entières de « penseurs » ont encensé le crime, incapables de comprendre la nature du despotisme moderne. On ne pouvait guère espérer mieux en face de l’islamisme, forme nouvelle du totalitarisme ». Et ces héritiers vous invitent à vous taire sous peine de vous traiter d’islamophobe, de raciste — comme si, je le répète, l’islam constituait une race !  On tourne en rond, on radote. Refusons cet abrutissement et repoussons ces tentatives d’intimidation. Efforçons-nous de rester fidèles aux hommes vrais !

L’interview de Gilles Kepel, « Le concept d’islamophobie joue un rôle essentiel dans le djihad », en fin de ce numéro de « Charlie Hebdo » peut être lu comme une suite à l’article de Fabrice Nicolino.

 

 Olivier Ypsilantis

 

Posted in A l'adresse des Schmocks | Tagged , , , , , , , , , , | 2 Comments

Quelques récréations 

 

« I shall say this only once », l’une des répliques fétiches — a catch phrase — de Michelle of the Resistance dans la série télévisée ‘Allo ‘Allo! de David Croft et Jeremy Lloyd : 

https://www.youtube.com/watch?v=A4I9DMSvJxg

Pour faire suite à « Quelques documents visuels et auditifs parmi mes favoris », un article publié sur ce blog, je rapporte ici quelques vidéos qui m’ont fait sourire ou rire, et qui par l’humour m’ont désigné un espace salutaire où me reposer, c’est-à-dire refaire mes forces.

J’en reviens à cette parodie de la vie de Ned Kelly, « Ned Kelly’s Son », imaginée par Benny Hill. A dire vrai, je ne me lasse pas de la parodie anglaise — la parodie historique en particulier ; elle m’aide à supporter la vie, à me remettre en selle si je puis dire. Lorsque plus rien ne va, que l’histoire m’écrase avec ses meurtres, je visionne volontiers Monty Python (en particulier ses longs-métrages) et autres classiques anglais du genre. Et j’en reviens au loufoque et à l’impertinent Benny Hill en bandolero dans « Ned Kelly’s Son », Benny Hill auquel je trouve décidément quelque chose de picaresco :

https://www.youtube.com/watch?v=W-4a8gDgY84

benny-hill

Benny Hill (1924-1992). Charlie Chaplin était un fan de Benny Hill, lui-même un fan de Charlie Chaplin. 

 

La série québecquoise « Le cœur a ses raisons » de Marc Brunet, une parodie des séries télévisées genre « Dallas », une parodie où nombre de répliques ont un air de famille prononcé avec celles qui émaillent les écrits d’Alfred Jarry sur Ubu. Elles conduisent à un délire d’autant plus étourdissant qu’elles se veulent plutôt discrètes et se glissent mécaniquement dans les interstices des conventions pour les dynamiter… sans jamais le vouloir. A ce discret délire s’ajoutent du grandiloquent et du pontifiant que véhicule un langage d’autant plus bancal qu’il se veut châtié (on pense à des Précieuses ridicules version télévisée nord-américaine), un ton déclamatoire et emphatique qu’enrichit un lexique québecquois bien savoureux. Acteur central, Marc Labrèche qui saute d’un rôle à un autre, toujours au sein du clan Montgomery. Et ce nom (stupide) qui ne cesse de revenir comme pour scander des scènes foutraques : « Criquette », Criquette Rockwell, un rôle tenu par Anne Dorval. En lien : Saison 1 – Épisode 1, « La mort de Doug », de cette série de trente-neuf épisodes diffusés entre 2005 et 2007 :

https://www.youtube.com/watch?v=LBepL9JBqzY

La Première Guerre mondiale parodiée dans « Oh! What a Lovely War », avec le flonflon de Mark Sheridan : Belgium Put The Kibosh On The Kaiser :

https://www.youtube.com/watch?v=ckNsV4MP4nU

Et puisqu’il est question de la Première Guerre mondiale, je mets en lien l’un des meilleurs films de Charlie Chaplin, « Shoulder Arms » (1918), curieusement bien moins connu que « The Great Dictator », « Modern Times » ou « The Gold Rush ». La première partie (une suite de petits tableaux) me semble bien supérieure à la seconde, plus romanesque, moins incisive :

https://www.youtube.com/watch?v=ZBP5v3N_Rk4

 charlot-soldat

Charlie Chaplin dans « Shoulder Arms ». On notera à sa ceinture, entre autres choses, une tapette à souris et une râpe à fromage (pour se gratter le dos), les tranchées étant envahies par les rats, les souris et les puces. 

 

La Seconde Guerre mondiale parodiée dans la série « ‘Allo ‘Allo! », avec Gordon Kaye (René Artois) et Carmen Silvera (sa femme, Edith Artois). Ci-joint, un extrait de cette série télévisée conçue par David Croft et Jeremy Lloyd et qui sévit sur BBC entre 1982 et 1992, soit quatre-vingt-cinq épisodes, avec un va-et-vient savoureux entre le français et l’anglais, l’anglais et le français, avec prononciation bizarre qui ouvre des perspectives incongrues, notamment avec Officer Crabtree dont j’aimerais dresser le lexique des à-peu-près qu’il nous sert. Ci-joint, des acteurs de cette série évoquent leurs catch phrases  :

https://www.youtube.com/watch?v=v8z6ozePI4U

C’était au début d’Internet, dans la France profonde, avec Les Deschiens, des caractères aussi typés que ceux qu’ont élaborés Claire Bretécher avec Les frustrés, Gérard Lauzier avec Michel Choupon, Cabu avec Le Grand Duduche ou André Franquin avec Gaston Lagaffe. Il faut voir le duo François Morel – Olivier Saladin, Olivier Saladin qui s’efforce d’expliquer à ce premier non seulement Internet mais aussi les trous noirs, la dérive des continents, la génétique et j’en passe. Les différents sens que véhiculent les mots (comme souris à la fin du premier sketch mis en lien) conduisent à des malentendus et à des réactions loufoques. Ci-joints, « Les autoroutes de l’information et Internet » et « La génétique » :

https://www.youtube.com/watch?v=aV02z9-LrBQ

https://www.youtube.com/watch?v=3POUpr_xHnM

Ci-joint, l’un des plus extraordinaires morceaux de caméra cachée, avec Raphaël Mezrahi et sa « victime », André Pousse, extraordinaire par sa durée (près de cinquante minutes, une performance) et par sa finesse. Le garçon sage, timide et poli peut se permettre toutes les impertinences et trimbaler le gros dur… Raphaël Mezrahi révèle ses « victimes ». Certaines sont tout simplement ahuries, d’autres s’énervent, d’autres restent aimables et répriment à l’occasion des fous rires (lorsqu’elles le peuvent). André Pousse donc :

https://vimeo.com/87701698

raphael-mezrahi

Raphaël Mezrahi (né en 1964) et son air de petit garçon sage, timide et poli. 

 

Fou rire garanti, avec « Boemerang », une parodie devenue célèbre. Beaucoup, dont moi, n’ont pas immédiatement vu la parodie et se sont laissés piéger, ce qui n’a fait qu’ajouter à la pertinence du montage et aux fous rires consécutifs :

https://www.youtube.com/watch?v=nCJ8ch94KTA

Peut-être le classique de Mr Bean (Rowan Atkinson). C’est par ce numéro que j’ai découvert le personnage :

https://www.youtube.com/watch?v=ZWCSQm86UB4

L’humour espagnol n’a pas la richesse de l’humour anglais, irlandais, français, juif ou tchèque pour ne citer qu’eux. Pourtant, Cruz y Raya (le duo José Sánchez Mota – Juan Antonio Muñoz Pérez) a créé des types qui resteront, avec notamment Juan de Dios le Gitan (et son papa) et Blasa, (Doña Nicolasa), la vieille paysanne madrée, méfiante et déphasée. Blasa donc, un rôle tenu par José Sánchez Mota :

https://www.youtube.com/watch?v=4dQCQYrcx40

« Belle Époque », avec rires et foirinette à tous les étages, dans une Espagne baroque comme l’est si volontiers l’Espagne. Ci-joint, le trailer du film de Fernando Trueba, avec les quatre sœurs si séduisantes :

https://www.youtube.com/watch?v=u_6NLtd_nYw

belle-epoque« Belle Époque » et les quatre sœurs. De gauche à droite : Penélope Cruz (Luz), Ariadna Gil (Violeta), Maribel Verdú (Rocío) et Miriam Díaz-Aroca (Clara). 

 

Michel Leeb (que je vois comme une sorte de Jerry Lewis français) dans un sketch où il déploie ses qualités d’imitateur et de bruiteur. On se croirait dans un dessin animé de Tex Avery :

https://www.youtube.com/watch?v=-j3UmbjV27s

Toujours en compagnie de Michel Leeb, une autre variété de bruits avec « La ponctuation » :

https://www.youtube.com/watch?v=N4c6Yf4W41g

Mon plaisir à regarder et re-regarder, à écouter et ré-écouter « La vie privée des animaux » de Patrick Bouchitey, surtout en compagnie d’un enfant. L’un de ces épisodes choisi au hasard :

https://www.youtube.com/watch?v=46jsvb7910U

Gerard Hoffnung, ce créateur polyfacétique, et son monologue le plus célèbre : « The Bricklayer’s Lament » :

https://www.youtube.com/watch?v=zZUJLO6lMhI

gerard-hoffnung

Gerard Hoffnung (1925-1959), à droite avec son tuba, en novembre 1956. 

 

Olivier Ypsilantis

Posted in Récréations | Tagged , , , , , , , , , , , , , | Leave a comment

A l’adresse des Schmocks – 3/3

 

Le christianisme s’est construit sur la substitution (se substituer au judaïsme). Je le sais et j’en témoignerai. Je ne nie pas la valeur du christianisme (fondé par un Juif), je ne nie pas le génie du christianisme, mais je ne suis pas dupe et en toute modestie. A présent, l’islam active cette théologie (de la substitution) avec une férocité planétaire. Il veut avaler les Chrétiens et les Juifs, le noyau juif. Que pouvons-nous faire ? Je n’ai pas de réponse. Mais je ne puis cacher que je méprise ces Juifs qui veulent faire amis-amis avec leurs ennemis dans le but de préserver leur tranquillité ; et que je méprise ces Chrétiens qui ne sont amis des Juifs que parce qu’ils espèrent les utiliser contre les Musulmans. Et j’ai d’autres mépris.

 

 

Les adeptes du Vrai, du Beau et du Bien qui me traitent de raciste ou d’islamophobe devraient réfléchir. Le racisme n’a rien à voir avec l’islamophobie, l’islam ne se limitant en aucun cas à une race même si le noyau historique en est arabe. L’islam est international et multiracial, comme le communisme et autres religions et idéologies. On trouve de tout dans l’Oumma, vraiment de tout. J’insiste de la sorte car ils sont fort nombreux à vous assener du « raciste » à tout propos. C’est l’arme qu’utilise le clampin lorsqu’il veut écraser son interlocuteur. C’est l’arme du pauvre et, disons-le, elle n’est pas sans efficacité.

Le racisme pur et dur (lié à la couleur de la peau ou à je ne sais quel autre trait physique) est une maladie qui doit être combattue, par l’éducation, l’intelligence, la culture. Et l’islamophobie ? L’islam ne m’enthousiasme guère, j’y éprouve des difficultés respiratoires. Mais passons. C’est d’abord l’islam sunnite que j’attaque, en insistant sur les capacités de réflexion et d’ouverture de certains rameaux du chiisme. Je suis un ardent défenseur des Kurdes, un peuple multi-religieux où l’islam occupe une certaine place et pas des moindres. Je mets en valeur autant que possible la culture iranienne dans son ensemble, une culture immense, millénaire, dont l’islam n’est pas absent. J’honore la mémoire du Commandant Massoud, un Musulman fervent et pratiquant. Et j’honore la mémoire de bien d’autres Musulmans. Que les promoteurs du Touche-pas-à-mon-pote, du On-est-tous-frères, de Indignez-vous ! et autres fadaises passent leur chemin, et vite ! Leur bêtise prétentieuse ne m’entame pas, leurs projectiles ricochent et peuvent à tout moment se retourner contre eux.

Il est vrai que je fais volontiers preuve d’une certaine véhémence envers les Arabes. Je le reconnais. Je reconnais par exemple que je les juge inférieurs aux Iraniens, inférieurs non pas génétiquement ou racialement (je laisse à d’autres le soin de patauger dans cette gadoue) mais culturellement. Mais je reconnais que ce n’est pas irrémédiable. Les Arabes peuvent mieux faire, et ils feront mieux ; ayons confiance. Les sociétés arabes sont lamentables ; mais il s’y trouve des individus remarquables par l’ampleur et l’acuité de leur diagnostic, des individus d’autant plus respectables que ces sociétés ne favorisent guère l’éducation et la réflexion, et qu’elles n’hésitent pas à intimider voire à éliminer ceux qui portent sur elles un regard critique.

Je suis effrayé de constater que le conformisme grignote les têtes, que le travail des mass media, en France tout particulièrement, consiste pour l’essentiel à développer chez le citoyen des réflexes de type pavlovien. Par exemple, au mot « sioniste » ou « Israël », ça tire sur sa chaîne, ça aboie et ça retrousse les babines.

Pour ma part, je souffre de sionisme, d’une forme aiguë de sionisme connue sous le nom de sionistisme. Le sioniste, tu connais l’Unter-kretin ? C’est celui qui a fait de Gaza un Auschwitz… Zionist, Nazi, Gaza, Auschwitz… Les z-z-z-z gazouillent dans ta tête d’Unter-kretin.

Ce foutu choc pétrolier (provoqué par l’OPEP, suite à la victoire israélienne) dont nous n’avons pas fini de subir les conséquences, parmi lesquelles la lente emprise arabo-sunnite sur les pays dépendant de leur pétrole, en Europe plus particulièrement. Mais patience. Les gauches européennes et leurs amitiés arabes sentent que l’avenir ne leur sourit pas, d’où l’islamisation à tout-va et par le haut, par décisions gouvernementales. Certes, la gauche n’est pas seule responsable de cette tendance doucereuse. Le général de Gaulle en est à l’origine. La gauche socialiste n’a fait que la confirmer, pour des raisons de clientélisme, d’abord, mais aussi pour des raisons idéologiques sur lesquelles je reviendrai. Parmi les nombreux artisans de l’islamisation, Jack Lang, alors ministre de la Culture sous François Mitterrand, aujourd’hui président de l’Institut du monde arabe.

Mais Jack Lang n’est pas mauvais garçon ; il est juste un peu nigaud. D’autres ont pris le relais et avec des idées plus claires et des modes d’action plus offensifs. C’en est fini de la guimauve. Dans cette mouvance, des Juifs de gauche animés par je ne sais quelle force. Parmi eux, Vincent Peillon qui vient de comparer la situation des Musulmans de France à celle des Juifs sous Vichy, une déclaration qui a fait violemment réagir de nombreux sites et blogs juifs dont JJSNews qui titre « Salaud de Peillon ! » Et que dire de l’infâme vote orchestré à l’Assemblée nationale pour la reconnaissance d’un État palestinien, un vote auquel cette institution est non seulement nullement habilitée mais sur lequel elle n’a pas la moindre compétence tant en matière juridique que géopolitique ! On ne peut que penser à ce diction : Chacun son métier, les vaches seront bien gardées.

J’ai eu véritablement honte de mon pays — et honte d’être français — lorsque j’ai su ce qui s’était tramé dans l’hémicycle. Le maître d’œuvre de cette sinistre farce n’était autre que Laurent Fabius. N’y aurait-il pas pires ennemis des Juifs que les Juifs convertis et leurs descendants ou que ceux qui pensant avoir des origines juives ne les supportent pas et veulent effacer la « souillure » ? Et je pourrais en revenir à Reinhard Heydrich. C’est une question lancinante.

 

 

Un vote à l’Assemblée nationale pour la reconnaissance d’un État palestinien ! Mais la création d’un État ne se décide pas ainsi, qui plus est dans une assemblée aux élus généralement peu connaisseurs de la question (et je fais usage de l’euphémisme) ou simplement guidés par une hostilité plus ou moins marquée envers Israël. Alors, oui, dans ce cas, je m’indigne ; et je sais qu’en la circonstance ils ne sont guère nombreux à s’indigner. On préfère suivre en béni-oui-oui les mots d’ordre de Stéphane Hessel.

Entre Juifs honteux, Chrétiens de gauche (ces individus poissent terriblement) qui voient les Palestiniens comme autant de Jésus-Christ en croix, Parti Anti-Sioniste (il faut lire « Palestine : Un lieu qui pleure » de John Berger pour prendre la mesure d’un certain « lyrisme »), socialistes de diverses obédiences, antisémites chiasseux ou constipés et autres esprits fonctionnarisés qui voient dans les Palestiniens le parangon des Damnés de la Terre et qui envisagent leur libération de la Géhenne (sioniste) comme la Parousie, les lobbies musulmans bénéficient de relais pour islamiser la société.

Rien ne facilite mieux la propagation des idéologies totalitaires que les idiots utiles, parmi lesquels le genre on-est-tous-potes. Les idiots utiles servent massivement l’islamisme. A ces idiots, à ces oies blanches, s’ajoutent des individus plus « conscients » pour qui la réduction d’Israël (solution à tous les problèmes du monde et à leurs problèmes personnels : impuissance, éjaculation précoce, incontinence, insomnie et j’en passe) vaut bien un pacte avec les lobbies musulmans et leurs tendances les plus radicales.

C’est toute une humanité qui s’agite, avec ces leçons de morale en continu dispensées par ces idiots utiles : Juifs honteux, démagogues parvenus détenant des postes à responsabilité et qui espèrent protéger leurs fonctions en entonnant l’antienne antisioniste, antisémites qui ont quitté leurs hardes pour les costumes de marques, bennes à ordures style Alain Soral, Quai d’Orsay (trop à dire à ce sujet), ceux qui sortent leurs mouchoirs lorsqu’ils voient des Juifs squelettiques derrière des fils de fer barbelés mais qui ont une attaque cérébrale lorsqu’ils voient un combattant de Tsahal (ils tolèrent les combattants du ghetto de Varsovie, considérant la disproportion des forces), ceux qui enterrent certains rapports (par exemple celui qui révèle un lien un peu trop précis entre antisémitisme et antisionisme) et qui se livrent à des manœuvres administratives, ceux qui larmoient sur les charniers de la Shoah mais auxquels les Juifs vivants donnent de l’urticaire, à moins que ces Juifs ne soient antisionistes, des potes… Bref, ces innombrables idiots utiles dénoncent les « crimes » d’Israël et se penchent sur les Palestiniens avec une sollicitude de nurse. On essuie une larme devant l’étoile jaune mais on ne tolère pas l’étoile bleue, surtout si elle est inscrite sur l’aile d’un avion de chasse. Et j’allais oublier ces Juifs improbables comme Dominique Moïsi, auteur de « Un Juif improbable », chouchou du quotidien « Le Monde » qui le qualifie comme l’un « des plus fins commentateurs des questions de politique étrangère ». Ben voyons ! Dans un article de présentation à ce livre, on peut lire cette remarque typique de ce quotidien-serpillère : « La guerre de Kippour confirme Dominique Moïsi dans son sentiment que ce pays ne peut indéfiniment exclure « l’autre, l’Arabe et le Palestinien » ; il en voit le symbole dans « l’incongruité » du drapeau blanc et bleu, frappé de l’étoile de David, orgueilleusement planté sur la paisible Jéricho ». Avec ce lyrisme de pacotille pontifiant, assené jour après jour par les autorités, comment voulez-vous que le bourgeois français ne finisse pas gaga et bréneux ?

 

Olivier Ypsilantis

 

Posted in A l'adresse des Schmocks | Tagged , , , , , | 7 Comments

A l’adresse des Schmocks 2/3

 

Le Brexit et l’élection de Donald Trump m’ont réjoui. J’ai toujours voté en faveur de l’Europe, sans vraiment y penser, dans un élan que je jugeais naturel. Pourtant le Brexit m’a réjoui, et d’abord parce que j’ai toujours apprécié la réserve des Anglais vis-à-vis de l’Europe continentale, une réserve qui n’en fait pas moins des Européens à part entière. Cette réserve — cette volonté de distanciation — est une marque de liberté ; et, de fait, Angleterre est bien la plus vieille terre de liberté d’Europe ; c’est aussi pourquoi la France (qui se veut championne mondiale de la Liberté) ne cesse de lui disputer ce titre à coup de Bicentenaire, blowing her own trumpet. Infatuée d’elle-même, l’Europe — France en tête — avait besoin d’une leçon. Le Brexit s’en est chargé, et ce n’est peut-être qu’un début.

 

 

Et Donald Trump ? Je ne m’étais guère intéressé au personnage jusqu’à son élection. Lorsque j’ai réalisé que les représentants du Vrai, du Beau et du Bien étaient en deuil, qu’ils chialaient sans pouvoir s’arrêter, j’ai commencé à m’intéresser à lui. Esprit de contradiction certes ; mais, par ailleurs, la démocrate Hillary Clinton qui traînait la savate dans les couloirs du pouvoir depuis tant d’années ne m’inspirait guère — et je fais usage de l’euphémisme. Les représentants auto-proclamés du Vrai, du Beau et du Bien étaient en deuil, mais je ne pouvais me résoudre à leur présenter mes condoléances. Je riais sous cape. Lorsque le politiquement correct désigne le Diable, je m’intéresse au Diable car je sais qu’il n’est pas diabolique mais qu’il est diabolisé. Le lynchage de cet homme (qui, je le redis, m’est d’emblée apparu autrement plus complexe qu’on ne le présentait) m’a stupéfié. Mais, surtout, la toute-puissance des mass media s’est fracassée contre cet étrange personnage, ce qui m’a semblé de bon augure. Quel plaisir de voir ces pépés et ces mémés tomber de leur sofa et de leur rocking-chair puis d’observer leur mine désappointée. Ce fut digne de Buster Keaton et de Roscoe C. Arbuckle, « Fatty » pour les intimes.

On peut ne pas apprécier son style et son look, mais Donald Trump ne se limite pas à la caricature que nous ont servie presque tous les mass media d’Europe — majoritairement ignorants des États-Unis, ils se contentent de surfer sur quelques préjugés. La grossièreté de la caricature m’a rendu le personnage sinon sympathique, du moins intéressant. Les instituts de sondage — ces modernes idoles — se sont ridiculisés. Exit les gourous ! Charge creuse dans les épaisseurs molles. Exit Granny !

Tout de même, cette victoire est stupéfiante, quand on sait que l’appareil du Republican Party n’était guère favorable à Donald Trump et que ce candidat a dépensé pour sa campagne près de deux fois moins que Granny. Bref, tout laisse penser que l’homme a un flair stupéfiant, autrement dit une finesse d’analyse, un sens aigu de la tactique et de la stratégie. Ses manières parfois grossières, tout au moins choquantes, hors convention, n’auraient-elles pas essentiellement pour but de tromper l’ennemi, l’ennemi qui baisse la garde face à ce qu’il a identifié comme un gros balourd — a clumsy guy — qui finira bien par tomber de lui-même ? Nous avons affaire à un personnage qui promet une aventure autrement plus intéressante que les réunions Tupperware et les ventes de charité de Granny.

Donald Trump m’intrigue décidément. Et j’ai toujours parié sur les gens qui m’intriguent. Autrement dit, j’aurais voté Donald Trump, en me moquant infiniment des tentatives d’intimidation de ses adversaires qui présentent ses partisans comme des petits Blancs racistes et frustrés — ce même jugement a été porté sur les partisans du Brexit. Signalons en passant que l’électorat de Donald Trump est beaucoup plus varié que ne l’a braillé une certaine propagande. Ce type d’intimidation fonctionne de moins en moins, et il ne m’a jamais atteint.

Cette moquerie générale contre le candidat Donald Trump, avec sa crinière de paille et son teint orangé, me l’a rendu sympathique, d’autant plus que la silhouette et la démarche élégantes de Barack H. Obama n’auront servi qu’à masquer un petit président, un tout petit président, un homme dépassé, perdu. Et je n’insisterai pas sur sa sourde hostilité envers Israël. Le « clown » Donald a gagné et c’est bien ainsi. Qu’on l’accuse et qu’on accuse ses sympathisants de populisme me fait hausser les épaules. Les partisans du Vrai, du Beau et du Bien se sont toujours contentés de brandir l’invective — avec rabâchage d’un lexique des plus sommaires — pour annihiler l’adversaire : hier c’était « ennemi du peuple » ou « fasciste » ; aujourd’hui c’est encore « fasciste » (un sioniste est un « fasciste », je le rappelle), mais le mot étant devenu quelque peu éculé, on lui préfère de plus en plus « populiste ».

Au fond, les outrances verbales, la coiffure clownesque du candidat Donald et son teint orange (comme le bec et les pattes de Donald Duck) auront servi à faire dévier les tirs. Ses ennemis ont vidé leurs chargeurs sur des apparences. Ils ont gaspillé leurs munitions. C’est amusant à observer, très amusant. Ces tirs nourris contre les apparences ont épargné le fond, ses idées. Certes, Donald Trump n’est pas un adepte des théories politiques ou économiques élaborées, mais qu’importe ! Il a n’a pas moins d’idées que ses adversaires et, surtout, il a une volonté marquée de les mettre en œuvre. Il n’en a probablement pas moins que Ronald W. Reagan, un très grand président (on peut ne pas l’apprécier, on peut même le détester, on ne peut nier sa stature), il en a probablement moins que le piètre Barack H. Obama, un tout petit président. Parmi ses idées : relever les barrières douanières pour protéger les emplois industriels dans son pays. Cette idée part d’une bonne intention, je ne sais ce qu’elle donnera. Le protectionnisme, l’un des axes majeurs de sa campagne politique, semble paradoxal dans le monde d’aujourd’hui ; il ne l’est pas tant quand on sait que le monde se mondialise depuis qu’il est monde. Pour l’heure, signalons que cette politique remporte l’adhésion des syndicats.

A ceux qui veulent un peu mieux comprendre ce qui se joue, je propose cet article signé Caroline Galactéros-Luchtenberg et intitulé « Pourquoi Trump dérange ». L’auteure, nous invite tout simplement à un nouveau comportement diplomatique, à une nouvelle vision géo-politique, considérant le rapprochement annoncé entre les États-Unis et la Russie. Nous sommes loin des minables tracasseries européennes, françaises d’abord, contre la Russie de Vladimir Poutine au sujet de l’Ukraine (on se souvient de l’affaire des « Mistral »), tracasseries qui m’avaient fait enrager. C’est au cours de cette affaire que François Hollande a véritablement montré sa stature de nain politique. Nous sommes loin du dérisoire Barack H. Obama qui n’avait rien trouvé de mieux que d’en revenir à la Guerre Froide, Barack H. Obama qui avait entamé sa présidence en prononçant un discours au Caire, le 4 juin 2009, discours intitulé « A New Beginning » et qui n’est rien qu’une allégeance à l’Islam, un discours mou et sucré comme un loukoum.

Les convictions de Caroline Galactéros-Luchtenberg sont portées par un style dynamique. Je conseille la lecture de ses autres articles, notamment ceux ayant trait aux rapports entre Washington et Moscou et à la guerre en Syrie :

http://dovkravi.blogspot.com.es/2016/12/pourquoi-trump-derange-par-caroline.html

Et que ceux qui se sont installés dans un petit monde binaire lisent attentivement cet autre article de Caroline Galactéros-Luchtenberg. Peut-être commenceront-ils à comprendre que les « conservateurs » (les réacs, les fachos et j’en passe) le sont souvent moins que des « progressistes » qui m’évoquent de plus en plus des mémés tricotant au coin du feu :

http://dovkravi.blogspot.com.es/2017/01/a-washington-et-paris-les-faux-amis-du.html

 

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

 

Posted in A l'adresse des Schmocks | Tagged , , , | Leave a comment

A l’adresse des Schmocks – 1/3

 

La gauche française, cette bonne vieille, sucre les fraises. Il lui est arrivé d’être belle, flamboyante. Mais à présent elle radote et son dentier mal ajusté claque. Que faire ? Car son radotage ne connaît pas la pause. Cette gauche s’est faite donneuse de leçons, et c’est sans fin. Que faire ? Elle est montée en chaire après en avoir fait descendre peu aimablement le prêtre ; et elle s’est mise à pérorer, à pérorer et à pérorer, à distribuer bons et mauvais points, avec pour toute transcendance… elle-même !

Elle radote mais elle n’en est pas moins animée par une volonté de subjuguer ceux qui ne récitent pas ses mantras, en commençant par leur assener des qualificatifs destinés à leur clouer le bec puis à les écraser selon une technique strictement stalinienne. Cette gauche ne se préoccupe plus de connaissance ; et, à dire vrai, à quoi bon s’en préoccuper lorsqu’on prétend détenir la Vérité ! La posture morale permet de faire l’économie de la connaissance, l’épuisante connaissance, toujours à construire et à déconstruire, toujours en chantier et vers laquelle il faut néanmoins s’efforcer jusqu’à son dernier souffle.

Ainsi le terme « fasciste » est-il appliqué à tout propos. Ce terme — je me répète — a été concocté et frénétiquement assené par Staline et ses agents : il supposait condamnation à mort puis exécution ou, tout au moins, séjour plus ou moins prolongé dans un camp dont beaucoup ne sont pas revenus. Bref, la gauche vous traite volontiers de « fasciste » ou d’ « islamophobe » (et autres qualificatifs tirés de son lexique de propagande) pour un oui pour un non. Par exemple, le sioniste est un « fasciste » : il est responsable de l’ « oppression » voire du « génocide » des Palestiniens.

 

 

La gauche s’est figée dans la posture morale, ce qui lui évite d’avoir à se casser la nénette, ce qui lui permet surtout de s’attribuer à moindre frais un petit air de supériorité. Sa rente morale semble inépuisable, en France plus particulièrement où les donneurs de leçons encombrent des estrades de plus en plus encombrées et, il est vrai — note d’espoir —, de plus en plus branlantes. Les plus nombreux d’entre eux sont tout simplement idiots, genre idiots utiles et autres idiots ; les autres, plus finauds, vaquent à leurs petites affaires et remplissent leurs caddies derrière une façade proprette. Des donneurs de leçons parviennent à nicher dans les branches les plus hautes de l’appareil politique et médiatique. IIs espèrent conserver leur place aussi longtemps que possible et, à cet effet, et suivant des principes strictement démagogiques, ils départagent le Bien du Mal, ils distribuent bons et mauvais points et ainsi de suite.

Lorsque le mot « Israël » est prononcé, la gauche serre les fesses avant de tout expulser sous l’effet d’une irrésistible poussée intestinale ; et ses déjections sont considérables. Récemment, la pauvre vieille s’est étranglée avant de souffrir d’indigestion : le Brexit et Donald Trump. Les partisans du Brexit ne sont pour elle que des Petits Blancs exclusivement occupés à boire du thé dans leurs campagnes en regardant la pluie tomber derrière les vitres. Donald Trump quant à lui est un raciste, un sexiste et j’en passe. Je me marre.

J’ai toujours voté pour l’Europe et, pourtant, j’ai applaudi lorsque les sujets de Sa Gracieuse Majesté ont majoritairement voté pour le Brexit ; et j’ai pareillement applaudi lorsque Donald Trump l’a emporté contre Granny, une vieille toupie, une habituée des couloirs du pouvoir.

Cette histoire d’immixtion des services secrets russes dans l’élection américaine (supposons qu’elle soit vraie, car rien n’est moins sûr) m’a réjoui, car je crois plus que jamais en une puissante union russo-américaine appelée à remodeler l’ordre du monde. Les Russes débarrassés du communisme sont nos alliés naturels. Une alliance stratégique russo-américaine — ou américano-russe — pourrait notamment signifier un coup mortel porté au monde arabe et plus généralement sunnite, lit du terrorisme international. Les Saoudiens et autre engeance seront renvoyés à leur crasse. Donald Trump et Poutine main dans la main, une montée en puissance jamais vue, un front d’acier planétaire et des capacités d’intervention foudroyantes. Ce contexte ne devrait pas être défavorable à Israël.

L’élection de Donald Trump (tout au moins je l’espère) va réorienter, et plutôt radicalement, la politique américaine au Moyen-Orient, plus particulièrement quant à la question palestinienne. Un signe : David Friedman a été nommé ambassadeur des États-Unis en Israël, une nomination accompagnée d’un geste hautement symbolique : le transfert de l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem. Et ce n’est qu’un début auquel j’applaudis. Exit la « solution à deux États », cette « solution » à laquelle je m’étais laissé aller à croire il y a une vingtaine d’années, la jugeant bénéfique pour tous, y compris pour Israël. A présent, la réduction de cette poche cancéreuse que représente la Cisjordanie doit se poursuivre, patiemment et suivant divers plans, afin qu’elle redevienne la Judée-Samarie. Oubliées les frontières d’avant la Guerre des Six Jours ! Le vainqueur — Israël — s’est montré bien aimable ; il aurait pu tout bonnement garder et annexer ce qu’il avait conquis suite à son attaque préventive contre quatre pays arabes coalisés. Le Plan de paix Elon (voir le Parti Moledet) pourrait être activé, parallèlement à d’autres plans. Activation du transfert des « Palestiniens », ce peuple inventé, la plupart d’entre eux n’étant que des Saoudiens et autres Arabes déplacés selon un plan prémédité destiné à placer les Juifs d’Israël dans une situation des plus embrouillées afin qu’ils s’y prennent les pieds avant d’être accusés de tous les maux.

 

 

Il est vrai que des « Palestiniens » ont quitté leurs terres pour cause de guerre. Doit-on pour autant se lamenter et gémir indéfiniment et planétairement ? J’aimerais que l’on commence par se lamenter et gémir de la sorte sur tous les déplacés, sans oublier ce million de Juifs quelque peu oubliés (euphémisme), chassés de terres où nombre d’entre eux étaient installés avant même l’arrivée des Arabes. J’aimerais que l’on ait une pensée pour les Berbères — les Kabyles en particulier —, eux aussi oppressés par les Arabes. Pour ma part, je compte dans ma famille des ancêtres déplacés et il ne me déplairait pas de récupérer commerces et terres en Anatolie. Quelqu’un pourrait-il parler en haut lieu de mon affaire et me ménager une entrevue auprès Erdoğan ? Je plaisante à peine. Nous sommes tous des déplacés ou des descendants de déplacés, à des degrés divers. Mais pourquoi cette sollicitude particulière et extrême envers les Palestiniens de la part de citoyens qui ne se préoccupent que des soldes et de l’analyse de leurs selles ? Devinez… Il est vrai que leur ignorance est flattée par les mass media et que de la sorte cette ignorance se convertit à leurs propres yeux en connaissance, en clairvoyance. Ainsi les ignorants sont-ils devenus rois et peuvent-ils espérer en remontrer sans peine à ceux qui ne partagent pas leurs vues, à commencer par les sionistes — des « fascistes ».

Les partisans auto-proclamés du Vrai, du Beau et du Bien — les de-gauches — larmoient sur Gaza, et certains n’ont pas honte de comparer Gaza et Auschwitz. Ces Unter-kretins — je ne vois pas comment les appeler autrement — ne se posent même pas la question de savoir pourquoi, il n’y a pas si longtemps, il y avait si peu d’habitants — un désert presque — dans ce qui correspond aujourd’hui à la Bande de Gaza. On ne vient pas de soi-même et on ne fait pas autant d’enfants dans un lieu comparable à Auschwitz. Les Unter-kretins se caractérisent par l’ignorance, une ignorance bavarde, fière d’elle-même, militante, racoleuse, jaculatoire, éjaculatoire.

Les attentats en Europe occidentale ont trouvé la gauche désarmée. L’état d’urgence n’est pas adapté à un conflit non-conventionnel, à une guerre ultra-asymétrique comme celle que nous vivons. Nous sommes empêtrés dans le bureaucratique (c’est-à-dire dans la lourdeur et la lenteur), alors que sur le terrain du terrorisme le rythme s’est accéléré. Et c’est précisément cette différence de rythme qui rend ce combat si pathétique et que je n’ose dire perdu d’avance, le défaitisme aidant le terrorisme.

La gauche est dépassée malgré toutes ses tentatives réelles ou feintes destinées à endiguer le terrorisme. La gauche radicale quant à elle, heureuse d’avoir trouvé un substitut à son fétiche — le Prolétariat —, s’est acoquinée avec ces nouveaux « Damnés de la Terre », l’Immigré (Arabe de préférence), le Musulman. La gauche radicale est en mal de Cause, en mal de Protégés. Aussi n’hésite-t-elle pas à donner le sein à une étrange progéniture née chez les salafistes et autres sympathiques tendances, à se chanter et à nous chanter des berceuses… Ce que ces idiots utiles (Staline a eu les siens, particulièrement nombreux, qui lui ont permis d’étendre sa puissance), ces useful idiots, ne veulent pas savoir, ou ignorent tout simplement, c’est qu’ils servent les desseins des pétro-monarchies dont les capitaux financent le terrorisme, et depuis des décennies, des pétro-monarchies que des pouvoirs ménagent par ailleurs, surtout depuis le choc pétrolier de 1973… Ainsi l’ultra-gauche et les pouvoirs en place sont-ils complices sans même le savoir. Et lorsqu’il s’agit de dénoncer Israël (voir le Quai d’Orsay et autres officines), la complicité est totale : on partouze suivant des figures parfois plus élaborées que les figures les plus élaborées du Kamasutra.

Cette dichotomie gauche/droite sera jugée artificielle ou dépassée. Par ailleurs, on me demandera — et à raison — de définir ce que j’entends par gauche et par droite, deux qualificatifs plutôt galvaudés et, il est vrai, de plus en plus imprécis. Ma réponse tient toute entière dans cette présentation de « l’homme de droite » formulée par le philosophe existentialiste chrétien d’origine juive, Gabriel Marcel. Ce texte somptueux et qui en remontrera à plus d’un est intitulé « Qu’est-ce qu’un homme de droite ? ». Il est publié par l’Association Présence de Gabriel Marcel, des propos recueillis par André Parinaud et parus dans l’hebdomadaire « Arts » en 1962 :

http://www.gabriel-marcel.com/articles&textes/homme_droite.php

 

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

Posted in A l'adresse des Schmocks | Tagged , , , | Leave a comment

Des histoires dans l’Histoire, encore.

Jean Zay extrait de sa cellule de Riom par trois Miliciens qui se font passer pour des Résistants auprès de celui qu’ils veulent assassiner. Ils le « libèrent » non loin de Vichy, dans un bois, afin qu’il aille dans la montagne rejoindre des Maquisards, lui laisse-t-on croire… Sitôt qu’il s’éloigne — était-il dupe? —, il est abattu. Afin d’empêcher toute identification, il est dénudé et on lui ôte son alliance ; puis son corps est poussé dans une dénivellation et recouvert d’éboulis. Joseph Darnand s’empresse d’expliquer sa disparition par une attaque de Maquisards. Quelques mois plus tard, des chasseurs découvrent des restes humains ; mais ce n’est qu’après l’arrestation de l’un des trois Miliciens assassins que les restes de Jean Zay sont identifiés.

 Jean Zay (1904-1944)

 

L’assassinat de celui qui avait été ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts sous le gouvernement du Front Populaire me conduit à un autre assassinat, celui de Georges Mandel, autre ministre du gouvernement du Front Populaire, extrait de sa cellule de la Santé pour être abattu dans la forêt de Fontainebleau, à l’occasion d’une panne simulée. Mais qui étaient les véritables commanditaires de cet assassinat ? Version largement répandue : la Milice voulut venger la mort de Philippe Henriot. Pas si simple…

Pourquoi évoquer Georges Mandel ? Georges Mandel est entré très tôt dans ma mémoire. Enfant, je me souviens de promenades dans la forêt de Fontainebleau en compagnie de mon grand-père. Certaines nous conduisirent vers un monument d’une belle sobriété. Là, un homme avait été assassiné. Aujourd’hui, je détaille ce monument à l’aide de photographies et lis : En ce lieu, Georges Mandel est mort assassiné par les ennemis de la France le 7 juillet 1944, sous un médaillon en haut-relief. « Ennemis de la France », une expression véhémente mais plutôt vague…

Parmi les séquences les plus reproduites de la Libération de Paris, celle qui montre une femme récupérant un fusil et une grenade à manche sur un soldat allemand blessé, dans un espace asphalté et découvert : le parvis de l’Hôtel de Ville. J’ai appris il y a peu que cette femme s’appelait Anne-Marie Dalmasso, une Italienne née en décembre 1922, décédée en avril 1950 de la tuberculose. Cette séquence montre la femme d’abord seule, puis rejointe par un F.F.I. et, enfin, par un secouriste coiffé d’un casque blanc. Tous se mettent à transporter le blessé que la femme soutient par les pieds.

 Anne-Marie Dalmasso, membre des Équipes nationales, sur le parvis de Hôtel de Ville, en août 1944.

 

Une image traîne dans ma mémoire : celle d’un gamin coiffé d’un casque trop grand et auquel Joseph Goebbels serre la main. Au hasard d’une recherche Internet, j’ai pu en comprendre le contexte et, surtout, mettre un nom sur cet enfant-soldat, né en 1929, décédé en 2010. Le Dr. Goebbels, Reichsminister für Volksaufklärung und Propaganda, fit un déplacement pour les besoins de la propagande, pas à Berlin, en avril ou mai 1945, comme je le crus longtemps, mais à Lauban (Silésie), en mars 1945, après la reprise de la ville par les troupes allemandes, au cours de l’Opération Gemse. Le gamin, Wilhelm (surnommé « Willi ») Hübner, avait été messager au cours de cette contre-attaque. Je constate qu’il a tout de même seize ans ; je ne lui donnais que douze-treize ans.

Les détails de cette histoire varient d’une version à une autre. Ce qui est certain : un jour de juin 1943, au Berghof, à Berchtesgaden, Henriette von Schirach, fille de Heinrich Hoffmann, le photographe officiel du régime, et femme de Baldur von Schirach, chef des Hitlerjugend, demanda des comptes à Hitler sur le traitement réservé aux Juifs. Rentrée de Hollande occupée, elle avait assisté à une rafle de Juives et avait aussitôt téléphoné pour prendre rendez-vous avec le Führer qu’elle connaissait de longue date. Arrivée au Berghof, elle lui fit part de sa révolte et sans ambages, laissant entendre qu’il ne devait pas être au courant… Cette histoire dans l’Histoire mérite d’être rapportée car c’est la seule fois, à en croire tous les témoignages, que quelqu’un s’est permis d’évoquer directement à Hitler, et sur le ton du reproche, le traitement infligé aux Juifs.

J’ai un souvenir très précis du livre (de Marc Toledano) et du film (de Claude Autant-Lara) dont le personnage principal est Aloïs Stanke, surnommé « le franciscain de Bourges », moine franciscain infirmier et surveillant à la prison du Bordiot, à Bourges. Dans le film de Claude Autant-Lara, Hardy Krüger tient le rôle d’Aloïs Stanke. A ce propos, je me souviens que j’en suis venu à confondre cet acteur avec Steve McQueen. Et en faisant une recherche sur la prison du Bordiot, j’ai trouvé ce lien qui évoque Aloïs Stanke mais aussi un certain Paoli, originaire d’un village des environs de Bourges, un gestapiste français réputé pour sa cruauté :

http://criminocorpus.hypotheses.org/7329

Franz Stock, prêtre allemand, aumônier dans les prisons de Paris de 1940 à 1944, puis supérieur du séminaire des barbelés, de 1945 à 1947. A partir de 1945, dans ce camp de prisonniers allemands, surnommé le séminaire des barbelés, furent rassemblés plusieurs centaines de séminaristes allemands, au Coudray, près de Chartres.

Franz Stock (1904-1948)

 

Stolypine, un réformateur trop oublié et trop souvent conspué par les adeptes du jugement hâtif, par ceux que guident des idées préconçues et qui se contentent de connaissances succinctes. Ceux qui jugent hâtivement Stolypine jugent pareillement Miguel Primo de Rivera, autre grand réformateur malheureusement incompris et lâché par presque tous, y compris dans son milieu. A ce propos, et je me répète, j’ai en tête un essai, quelques pages, sur l’homme tragique en politique. Et les deux figures ci-dessus nommées, le Russe et l’Espagnol, me semblent réunir les caractéristiques (to epitomize) de l’homme tragique en politique.

Stolypine est nommé ministre de l’Intérieur puis chef du Gouvernement par Nicolas II, un tsar faible entouré d’une bureaucratie aussi pléthorique qu’incompétente ; quant à la très jeune Douma, ses membres ne cessent de se perdre en querelles. En août 1906, Stolypine est une fois encore victime d’un attentat, et cette fois dans sa datcha, au cours d’une réception. Cet attentat à l’explosif d’une énorme puissance fait une trentaine de morts, essentiellement des domestiques et des invités, sans compter de nombreux blessés parmi lesquels certains de ses enfants. C’est cet attentat qui va l’inciter à durcir le ton (ce que ses détracteurs oublient) et à mettre sur pied des tribunaux militaires avec procès expéditifs. Ce que ses détracteurs oublient aussi (ou ne veulent pas dire), c’est que Stolypine n’avait pas vocation à faire le gendarme et à mener des opérations de répression. Son idée maîtresse était l’amélioration de la condition paysanne, une amélioration qui ne pouvait faire l’économie d’une réforme agraire. N’oublions pas que l’abolition du servage (en 1861) n’avait pas fait pour autant des paysans des propriétaires.

Stolypine et Miguel Primo de Rivera, d’authentiques réformateurs restés incompris de tous, et dans toutes les couches sociales, aussi bien parmi les leurs que parmi ceux dont ils voulaient améliorer la condition. Le Russe fut assassiné, l’Espagnol mourut peu de temps après s’être exilé à Paris, de diabète probablement, empoisonné peut-être.

Francisco Giner de los Ríos, fondateur de la Institución Libre de Enseñanza. L’œuvre immense de ce pédagogue, créateur d’une institution à l’origine de plusieurs institutions prestigieuses et qui perdurent. L’un des points forts de sa méthode d’enseignement : favoriser la réflexion plutôt que la mémorisation (forcenée). Que ceux qui aiment l’Espagne s’arrêtent sur cette haute figure et s’efforcent de la replacer dans l’Espagne d’alors pour mieux appréhender l’amplitude et la profondeur de son œuvre de pédagogue — qui ne représente qu’une partie de son œuvre.

Francisco Giner de los Ríos (Ronda, 1839 – Madrid, 1915)

 

Karl Ludwig Freiherr von und zu Guttenberg, responsable de la publication du Weiße Blätter, assassiné dans la nuit du 23 au 24 avril 1945 par la Gestapo.

Je me souviens d’avoir découvert ce nom, Maurice Grimaud, alors que j’étais encore enfant, en consultant des « Paris Match ». Ce n’est que bien plus tard que je comprendrai le rôle central tenu par ce haut fonctionnaire au cours des événements de mai 68, par cet homme de grande culture épris de littérature et d’art moderne (comme l’était Georges Pompidou) et qui sut freiner la spirale de la violence. Ci-joint, un lien d’une grande rigueur retrace l’action de ce préfet de police de Paris d’une grande modestie qui refusa d’être présenté comme un héros ayant empêché le sang de (plus) couler :

https://www.cairn.info/revue-histoire-politique-2015-3-page-18.htm

Dans le lien suivant, on pourra lire ce qui suit : « Blessé au front par un pavé provoquant un enfoncement de la boîte crânienne dans la nuit du 10 au 11 mai 1968, le Commandant Journiac de la CRS 5 gardera des séquelles irrémédiables. Un an plus tard, au volant de sa voiture, suite à un malaise imputé à sa blessure en service, il décèdera dans l’accident. » :

http://amicale-police-patrimoine.fr/Tenue%20CRS%20MO%201968.html

J’ai découvert le général uruguayen Líber Seregni Mosquera, à Lisbonne, par un livre exposé sur un drap, à même le pavé, sous le soleil d’un samedi d’août, à la Feira da Ladra (Campo de Santa Clara), un livre intitulé « La autoridad del pueblo ». Le général Líber Seregni Mosquera fait partie de ces militaires de la famille de Humberto Delgado le Portugais (que j’évoque dans un précédent article) et des Capitães de Abril, pour ne citer qu’eux.

Arrêté pour sa participation à la Résistance, Jean Cassou (alias « Jean Noir ») est incarcéré à la prison militaire de Furgole, à Toulouse. Là, il compose de tête trente-trois sonnets (il est interdit de crayon et de papier) qu’il retranscrira après son transfert au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe, dans le Tarn. Jean Cassou dans la nuit du 19 au 20 août 1944 à Toulouse : sa voiture tombe sur un détachement allemand qui s’apprête à quitter la ville. Deux de ceux qui l’accompagnent sont tués à ses côtés ; il est quant à lui laissé pour mort.

Le Generalfeldmarschall Erwin Rommel au château de La Roche-Guyon où il a établi son quartier-général en février 1944. Ayant refusé d’en expulser les propriétaires, le duc de La Rochefoucauld et sa famille, il s’installe dans le pavillon d’Enville, au milieu de tapisseries de la manufacture royale des Gobelins, les tapisseries d’Esther. A en croire de nombreux témoignages, il n’y avait pas de drapeau à croix gammée dans le village de La Roche- Guyon, et le salut militaire était préféré au salut nazi. C’est en lisant les journaux de guerre d’Ernst Jünger que j’ai commencé à entrevoir ce qui s’était passé dans la partie du château alors occupée par Erwin Rommel, avec ce va-et-vient d’officiers anti-nazis. De fait, il existe un lien discret et néanmoins précis entre le château de La Roche-Guyon et l’attentat du 20 juillet 1944. On sait que le Generalfeldmarschall se montrait réticent à un attentat contre Hitler, et pour diverses raisons dont une semble dominer : la crainte de déclencher une guerre civile en Allemagne, une crainte qui pour celui qui étudie cette période sans parti-pris ne paraît pas hors de propos. Dans ce château, Ernst Jünger l’anti- nazi a soumis le manuscrit de son essai « La Paix » à Erwin Rommel. Je ne sais quelle attention ce dernier lui prêta. Ernst Jünger écrit : « Lorsqu’au cours de l’hiver 1941, à l’Hôtel Majestic, c’est-à-dire en somme dans le ventre du Léviathan, je traçai sur une feuille blanche ce mot : La Paix, j’eus le sentiment de m’engager dans une entreprise plus considérable que tous les faits de guerre auxquels j’avais participé jusqu’alors depuis 1914. »

Ernst Jünger (1895-1998)

 

Olivier Ypsilantis

 

Posted in HISTOIRE | Tagged , , , , , , , , , , , , , , | Leave a comment

En souvenir d’un grand-oncle, le commandant Pierre-Aristide M., « Oncle Pierre ». 

 

A Oncle Pierre, un Grec amoureux des mers et des océans.

 

Décret du 10 octobre 1946 portant nomination dans l’ordre national de la Légion d’honneur, au grade de chevalier. « M. P.-A. Officier d’élite, animé du plus bel esprit militaire, a rallié les Forces Navales Françaises Libres (F.N.F.L.) après une évasion difficile par l’Espagne. Se distingue au cours de nombreuses opérations dans les eaux ennemies à bord des sous-marins Junon et Morse. Volontaire pour le 1er Régiment de fusiliers-marins, vient de se signaler par son courage au cours d’actions en Indochine. Plusieurs fois cité. »

L’intérieur du sous-marin Rubis où servit Pierre-Aristide M.

 

Comment rendre compte de la vie de ce grand-oncle ? Je ne dispose que d’une documentation parcellaire, de quelques lettres retrouvées dans les tiroirs d’un appartement et de quelques documents enfouis dans une boîte en carton oubliée dans une cave. Mais qu’importe ! Je vais travailler en mosaïste, à l’aide d’abacules. J’ai aussi quelques souvenirs de lui que je placerai ici et là en reprenant à l’occasion la litanie des « Je me souviens ». Et puis, concernant les navires sur lesquels il a servi, je dispose d’un outil incomparable : Internet.

Tout d’abord, je me souviens qu’il est né à Clamecy, en 1915 (le mois et le jour ?), dans la Nièvre, dernier rejeton d’une famille de trois enfants. Et je me souviens que ses deux sœurs sont nées à Rotterdam.

Je me souviens qu’il était plutôt petit, moins d’un 1 m 80, et particulièrement souriant. Les femmes l’aimaient beaucoup et il ne semblait pas s’en rendre compte. A ce sujet, ma mère m’a raconté des histoires plutôt amusantes, comme celle de ces deux voisines de palier qui se le disputaient, de son amie indochinoise qui en conçut une jalousie au point de lui planter des ciseaux de couture dans une main. A terre, il ne comprenait rien à ce qui lui arrivait et ne rêvait que de lever l’ancre ou de larguer les amarres. Selon plusieurs témoignages : « A terre, il était complètement perdu… ». Perdu, peut-être, il n’empêche qu’il a été cité à l’ordre du Corps d’Armée pour ses opérations de… débarquements, ce que j’ai appris il y a peu.

Je me souviens qu’il avait fait ses études secondaires à Bossuet, Paris. Je m’en souviens car j’ai entendu dire au moins une fois : « Oncle Pierre était à Bossuet ». Par un document (retrouvé dans la boîte en carton), j’ai appris qu’il avait été également élève à Louis-le-Grand où il avait passé son baccalauréat Lettres.

Une carte de visite m’indique l’une de ses adresses sur la terre ferme (car ses adresses ont surtout été des navires submersibles et des navires de surface) : Jackson Heights, New York City.

Sa femme, une grande américaine de Phoenix (Arizona) d’origine allemande que nous appelions « Tante Connie », pet form de Constance, ce que j’appris tardivement. Je me souviens du léger et délicieux accent de cette Américaine agrégée de Lettres modernes. Je la trouvais très sexy — précisément pour son accent.

Dans les années 1950, « Oncle Pierre » (nous ne l’avons jamais appelé autrement en famille) était Port Captain, chargé de la sécurité du terminal et des opérations des navires de la Compagnie des Transports Océaniques (C.T.O.) et Compagnie Maritime des Chargeurs Réunis (C.M.C.R.) aux USA, de Boston au golfe du Mexique.

 

L’une des nombreuses belles affiches de la Compagnie Maritime des Chargeurs Réunis (C.M.C.R.) 

 

Je me souviens que sa famille, une famille de riches négociants, fit une faillite fracassante et qu’il se retrouva dans l’obligation de se débrouiller sans tergiverser. Sa passion de la mer en fit un matelot dès l’âge de dix-sept ans, de 1933 à 1938, ce que me révèle une lettre manuscrite et ce qui me permet de rectifier une légende familiale qui l’avait fait matelot — on disait « mousse » — dès l’âge de treize ans. Pour un peu, on en aurait fait un Moïse abandonné dans une corbeille en osier…

Dans les marges de ses cahiers d’écolier —j’en ai trouvés plusieurs dans les tiroirs de l’appartement — il dessinait des bateaux en tout genre, et d’une main très sûre.

De 1938 à 1946, Marine Nationale et Forces Navales Française Libres (F.N.F.L.). Après avoir quitté l’armée, il se retrouve en août 1946 Second Capitaine en station en Indochine, à la Compagnie Maritime des Chargeurs Réunis. Ci-joint, un bref historique de cette prestigieuse compagnie qui, par ailleurs, est à l’origine d’une superbe imagerie (affiches, cartes postales, etc.) :

http://www.cargos-paquebots.net/Presse/Lettre%20des%20paquebots/Chargeurs_Reunis/Chargeurs.htm

Oncle Pierre a expérimenté presque tout ce qui flotte (hormis les voiliers) mais aussi les sous-marins. En 1938, il embarque à bord du Duguay-Trouin où il fait sa préparation d’élève officier de réserve (E.O.R.). Le Duguay-Trouin, un croiseur léger de 2ème Classe lancé en 1922. Bloqué à Alexandrie au sein de la Force X, le Duguay-Trouin reprend du service au côté des Alliés en 1943 et participe au débarquement de Provence avant d’être envoyé en Indochine puis retiré du service en 1952.

A la déclaration de la guerre, Oncle Pierre est aspirant à bord du Foch, un croiseur lourd entré en service en 1931 et qui se saborde à Toulon en 1942. Il est volontaire pour les dragueurs de mines avant d’être muté sur le Commandant Bory, en janvier 1940, un aviso de la classe Élan lancé l’année précédente. Le Commandant Bory passe sous le contrôle de Vichy avant de rejoindre les Forces Navales Française Libres en novembre 1942 et d’être retiré du service en 1953. En juin 1940, Oncle Pierre est décoré de la croix de guerre.

 

 

En août 1940, il quitte la Marine Nationale et rejoint les Forces Navales Françaises Libres fin 1941, après une évasion hasardeuse par l’Espagne. Volontaire pour les sous-marins, il est officier-torpilleur sur le Junon.

Ci-joint, un lien intitulé « Norvège 1942 : Nous n’étions que trois sous-marins français » par le Capitaine de Vaisseau Étienne Schlumberger (1915-2014), Compagnon de la Libération :

http://envelopmer.blogspot.com.es/2015/11/norvege-1942-nous-netions-que-trois.html

Oncle Pierre effectue plusieurs missions à bord du Rubis puis il est nommé officier en second à bord du Morse avec lequel il effectue des opérations en Norvège, mer du Nord et mer Méditerranée. Ci-joint, un lien sur le Rubis mis en ligne par le Musée de l’Ordre de la Libération, huit des membres de son équipage étant Compagnons de la Libération :

http://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/les-unites-militaires/le-sous-marin-rubis

De tous les sous-marins ralliés à la France libre, le Rubis est la première unité à reprendre le combat. Suite à des résultats peu encourageants, les Britanniques parviennent à le modifier afin qu’il utilise des mines Vickers-Armstrong. Durant cinq années, ce sous-marin va opérer sans répit le long des côtes norvégiennes et jusque dans les fjords. Il aura largué six cent quatre-vingt-trois mines et coulé vingt-deux navires. Quant au Junon (regroupé dans la IXe Flottille britannique), il est employé à des missions de patrouille et de protection dans la bataille pour les convois de Mourmansk. Avec le Minerve, Oncle Pierre mène de nombreuses opérations spéciales de débarquement de commandos et de matériel au profit de la Résistance norvégienne. Au palmarès du Junon, le 11 septembre 1942, le débarquement d’un commando chargé de faire sauter une usine (mission qui s’inscrit dans la « bataille de l’eau lourde »), une réussite totale. Oncle Pierre reçoit la médaille de la Guerre de Libération, dite « de Narvik ».

La guerre terminée, il se porte volontaire pour les fusiliers-marins et rejoint le 1er Régiment de fusiliers-marins (1er R.F.M.) en août 1945, en Indochine. Il y restera jusqu’en août de l’année suivante. Citation à l’ordre du Corps d’Armée par le Général Leclerc : « M. Pierre-Aristide. Sous-marinier d’élite, passé aux fusiliers-marins sur sa demande. Officier de haute valeur, animé par une foi patriotique ardente et doué des plus belles qualités morales et militaires qui en font un véritable chef. S’est affirmé dans de nombreuses opérations de débarquement. Vient encore de se distinguer au cours de la prise de Batri (Cochinchine) en février 1946, enlevant son peloton avec courage et résolution. Déjà cité. 13 mars 1946 ». Batri ? Batri ? Je ne parviens pas à localiser ce nom pourtant clairement dactylographié sur la feuille que j’ai sous les yeux.

Parmi ses nombreuses décorations officielles, l’Atlantic Star et la croix de chevalier de l’Ordre Royal du Cambodge.

Je ne dispose d’aucun document qui retrace sa carrière maritime après 1956, date à laquelle a été rédigé le curriculum vitæ que j’ai devant moi. Je vais m’efforcer de suppléer à ce manque par quelques souvenirs personnels.

 

La croix de chevalier de l’Ordre Royal du Cambodge, avers et revers.

 

Avant d’énumérer ces quelques souvenirs, je me permets de résumer un document dactylographié de trois pages qui explique peut-être — au moins en partie — pourquoi ce grand-oncle s’était mis à étudier le chinois mandarin au cours d’une retraite tardive. Il avait mené une opération de sauvetage à bord du cargo Docteur Yersin, opération par laquelle il avait sauvé la vie d’un équipage chinois, soit près d’une centaine d’hommes embarqués à bord d’un bâtiment de guerre nationaliste. Le document précise vendredi 28 octobre mais pas l’année. Le Docteur Yersin était un relativement petit cargo, essentiellement utilisé pour le cabotage en Extrême-Orient de décembre 1945 à avril 1948. Ce navire lancé en 1943 fut désarmé en 1953. Ci-joint quelques vues de ce cargo de cent mètres de long :

http://www.messageries-maritimes.org/yersin.htm

Cette opération de sauvetage dont je ne vais pas rapporter ici les détails était d’autant plus risquée que l’équipage du navire chinois avait fait une fausse manœuvre au cours de laquelle il avait éperonné le Docteur Yersin venu les secourir dans une mer démontée. Le capitaine M. dont le cargo transportait trois mille tonnes de charbon (qu’il devait livrer au Japon) avait dû non seulement s’efforcer de sauver l’équipage du sloop chinois mais aussi son navire et son équipage. Selon l’auteur de cet article, le sang-froid et la compétence du capitaine M. s’expliquent par son passé d’officier sous-marinier, soit l’élite des forces navales.

Je me souviens de mon émotion à lire ses notes rédigées sur un papier bleu pâle filigrané alors que son sous-marin s’apprêtait à plonger dans les eaux glacées de l’arctique pour des opérations secrètes. L’officier-torpilleur qu’il était alors notait : « J’espère que nous augmenterons notre tableau de chasse » ou « J’espère que la chasse sera bonne » ou bien encore « Avec un tel équipage, je ne crains pas la mort ».

En bon officier de marine, il finira par s’installer à Toulon. Je ne sais s’il a été incinéré. Je ne sais si ses cendres ont été dispersées dans la mer. Il aimait tellement la mer ! Il s’efforça de retarder autant que possible sa mise à la retraite et finira sa carrière sous des pavillons de complaisance. Il fut le plus vieux capitaine en activité. A terre, il était d’une distraction légendaire. Il obtint péniblement, très péniblement son permis de conduire ; mais considérant sa distraction, c’est sa femme qui conduisait.

Lorsqu’il venait à Paris, il ne manquait jamais de passer par le Cercle National des Armées (C.N.A.), 8 place Saint-Augustin dans le VIIIe arrondissement, un vaste palais années 1920 conçu par Charles Lemaresquier.

 

Le Cercle National des Armées de Terre, de Mer et de l’Air   

 

Il aimait rapporter ce souvenir, et ses sœurs aussi : « Le commandant M. parle au commandant M. ». C’était à la radio, en mer de Chine me semble-t-il. Deux navires marchands de gros tonnage se dirigeaient l’un vers l’autre. Les capitaines des deux navires entrèrent en contact radio… Ils portaient le même nom et le même prénom. Je ne sais s’ils eurent le temps de se découvrir un lien de parenté et s’ils se revirent, mais je sais que la famille avait plaisir à rappeler cet épisode. Ce que découvrit un oncle, c’est que sur un rameau de l’arbre généalogique grec, les capitaines au long-cours se succèdent sur de nombreuses générations.

Adolescent, j’assistai aux funérailles d’une parente auxquelles il aurait dû assister. Mais il était alors à l’autre bout du monde, dans le Pacifique, commandant un tanker de la Shell. Je me souviens de la couronne offerte à la défunte par Le commandant Pierre-Aristide M. et son équipage de l’Isocardia (un Shell Tanker) inscrit en lettres argentées sur un ruban, en diagonale d’une couronne.

J’aimerais lui parler aujourd’hui, j’aimerais qu’il me parle de la mer Méditerranée et de l’océan Pacifique, d’opérations sous-marines dans les fjords de Norvège, d’un sauvetage en mer de Chine, de la Cochinchine, de son passage par Espagne pour rejoindre le général de Gaulle à Londres, de sa vie à New York dans les années 1940, de ses rapports avec la Grèce, de son enfance en Bourgogne, de sa vie de jeune matelot et de capitaine, de ses équipages, de tant de choses enfin.

 

Olivier Ypsilantis

Posted in HISTOIRE | Tagged , , , , , | 1 Comment

En compagnie de Bernard Chouraqui – 4/4

 

« Le catholicisme, s’appropriant la judéité en demeurant enfermé dans le Cosmos Sépulcral, aura déterminé l’Occident et son prétendu humanisme à n’être qu’un original avatar de la Goyité : recevant de la Judéité, révélation de la situation historique impossible de l’homme, le catholicisme (avec Saül de Tarse, père de l’Occident) en évacuait l’impératif de la changer. Il interdisait absolument et inquisitorialement toute tentative d’évasion et mettait, avec les Juifs, la Judéité hors sa loi.

C’était ainsi l’audace abrahamique du messianisme qui était évacuée, et le catholicisme devint la justification la plus terrifiante de l’impossibilité et de l’interdit (prétendument divin) de toute évasion », Bernard Chouraqui dans « Qui est Goy ? Au-delà de la différence ». 

 

Hermann Rauschning (1887-1982), auteur de « Hitler m’a dit » que Bernard Chouraqui a lu attentivement.  

 

Les deux derniers chapitres de « Qui est Goy ? Au-delà de la différence » conduisent le lecteur au paroxysme de la réversibilité. Où est le concave ? Où est le convexe ? Où est l’intérieur ? Où est l’extérieur ? Et ainsi de suite. Je le redis, lire Bernard Chouraqui c’est monter à bord d’un avion qui ne cesse de faire basculer la ligne d’horizon. On ressort grisé et quelque peu tremblant de sa lecture, ce dont on le remercie.

Que nous dit-il dans « De Pharaon à Hitler » et dans « Hitler » ? Ce dernier est annoncé par une pensée de Cioran : « Faut-il en induire que l’homme est un Juif non advenu ? » Il y est question, une fois encore, de Pharaon et de ses pyramides par lesquelles il espérait échapper au Cosmos Sépulcral alors qu’elles ne faisaient que le confirmer et hypnotisaient Pharaon. Et Bernard Chouraqui nous entraîne, radical et généreux : « C’est ainsi que l’homme occidental, ayant suivi Saül de Tarse qui passionnait l’existence dans le Cosmos Sépulcral mais en interdisait, exactement comme Pharaon, l’évasion, resta prisonnier du Sépulcre effroyable et ne produira que des actes imposés par l’existence-dans-le-sépulcre ». Il y a une généalogie mentale entre Pharaon et Saül de Tarse, le futur saint Paul, le principal responsable d’une scission néfaste entre toutes.

Du Judaïsme au Christianisme à l’Islam ou l’histoire d’une chute… Et peut-être ai-je le tempérament réactionnaire — le grand mot ! —, considérant que « C’était mieux avant »  et que l’histoire du monde est l’histoire d’un pire toujours à venir. Mais qu’importe ! Saül de Tarse est Pharaon. Et les Juifs qui révèlent à l’homme historique qu’il est prisonnier du Sépulcre sera dénoncé et traqué ; car l’homme prisonnier du Sépulcre veut oublier sa condition d’emmuré ; et garde à celui qui la lui rappelle ! Il y a un trait d’union qui va des Pyramides de Pharaon aux camps d’exterminations nazis. L’homme ancien et l’homme moderne ne veulent pas que leur propre enfermement leur soit révélé ; et comme il se trouve que c’est le Juif qui le leur révèle… La logique du Sépulcre, les Pyramides et Pharaon et, paroxysme, les camps d’extermination et Hitler.

Une fois encore, Bernard Chouraqui opère un renversement et rend indiscernable le concave du convexe ou, plus exactement, il ne cesse de les intervertir dans une succession vertigineuse. Il nous désigne Auschwitz, symbole de l’enfermement, du monde sépulcral, un monde dans lequel se trouvent des victimes mais aussi des bourreaux. Et je passe sur les développements, véritables jets enflammés, pour en arriver au constat du philosophe : « On n’entend donc rien aux camps de concentration nazis, de même que l’on n’entend rien aux pyramides si l’on ne comprend pas que les camps comme les pyramides expriment d’abord la protestation désespérée des hommes — les pharaons, les Égyptiens qui adorent les pharaons, les nazis… — enterrés vifs dans le Sépulcre contre leur sort qu’entretient la prévarication. »

Le bourreau n’est pas ignorant de sa culpabilité, il en sait même beaucoup sur elle ; et s’il n’en allait pas ainsi, l’antisémitisme serait impossible. L’homme prévariqué (l’homme sépulcral, Pharaon), l’homme du Cosmos Sépulcral, veut oublier à tout prix que son cosmos est sépulcral ; et ainsi en vient-il à tout intervertir, à désigner par « vie » ce qui est « mort » et inversement, par « emprisonnement » ce qui est « liberté » et inversement, et ainsi de suite dans un va-et-vient infernal. « Si Pharaon a besoin de construire une pyramide pour croire qu’il échappe à la mort, alors qu’il ne sait que trop bien qu’il ne lui échappe pas puisque c’est l’obsession de ne pas lui échapper qui l’astreint à construire des pyramides, c’est que son existence est un véritable supplice ». Transposez cette réflexion à notre époque et vous avez les rangées de fils de fer barbelés électrifiés, les miradors, les chambres à gaz et les fours crématoires.

Je poursuis ma lecture de Bernard Chouraqui. La densité des déploiements ne va pas tarder à empêcher tout commentaire et je ne vais plus faire que le citer. « Il y a donc des pyramides parce que les Pharaons ont vécu enfermés toute leur vie dans un Cosmos Sépulcral qu’ils avaient honte et peur de nommer ; et il y eut un supplice de six millions de Juifs dans des camps de concentration parce que l’homme européen est, en dépit de sa prétendue émancipation par le catholicisme, un homme prisonnier du Sépulcre cosmique, dont toute l’activité vise, exactement comme il advint à Pharaon, à oublier qu’il est dans un Sépulcre en construisant des sépulcres et en immolant quiconque — notamment les Juifs — proteste contre la logique mortifère du Sépulcre. »

La Goyité subordonne la réalité à sa fantasmagorie, à l’enfermement dans le Cosmos Sépulcral, la marque la plus massive de l’idolâtrie, l’idolâtrie contre laquelle Israël s’élève depuis qu’il est Israël, d’où le côté « trouble-fête » des Juifs, d’où l’acharnement particulier dont ils sont les victimes. C’est l’espérance juive que repousse la Goyité, cette espérance à laquelle les Juifs invitent. Les Juifs sont eux aussi enterrés dans le Sépulcre — ils ne sont pas coupés du reste des hommes, ils sont pleinement intégrés à l’humanité —, mais ils savent qu’il existe une possibilité d’évasion et ils invitent les autres — les Goys — à partager cet espoir avec eux. « Les enterrés vifs, se sentant agressés par les Juifs qui, de leur point de vue, les narguent avec leur scandaleuse espérance, répondent à l’agression par l’agression et, désireux de supprimer Israël, ils veulent supprimer ceux qu’ils croient être la cause de l’agression », une remarque dans laquelle se condense le noyau de violence toujours prêt à exploser à la face des Juifs, d’Israël.

Mais il y a plus. L’agression joue dans les deux sens : celle que les nations font subir à Israël, celle qu’Israël fait subir aux nations. Les nations se sentent agressées par Israël parce qu’elles sont idolâtres. Sans cette double agression, l’idolâtrie ne serait plus et l’humanité sortirait des impasses sanglantes de l’Histoire : Auschwitz comme la « plus terrible figuration symbolique et concrète de ce Cosmos sépulcral où (…) se sont enfermés les adorateurs du Sépulcre ». Par Auschwitz et par les violences exercées contre les Juifs, les seuls êtres préparés à l’évasion générale du Sépulcre (des êtres désireux d’entraîner l’humanité avec eux) ont été assassinés « comme étant les responsables de l’enfermement universel ». On tourne atrocement en rond. Des pyramides à Auschwitz, de Pharaon à Hitler…

Les Juifs se dressent et dénoncent l’histoire sépulcrale  ; ils désignent un au-delà avec un Dieu-Lieu. Et rien n’échappe à ce Dieu-Lieu, par même Pharaon et Hitler et autres adorateurs du Cosmo sépulcral. A ce propos, je pourrais en revenir à la réversibilité infinie qui porte — et que porte — la pensée de Bernard Chouraqui, avec ce questionnement incessant qui pourrait être représenté par le concave et le convexe ; car, au fond, Bernard Chouraqui ne cesse de nous entretenir de concavité, de convexité et de leur incessante réversibilité, de leur infinie porosité de l’une à l’autre. Lorsque je le lis, je vois se former, se mouvoir et s’interpénétrer des géométries aussi nombreuses que variées. Cette philosophie est très visuelle, ce qui me permet de suivre ses développements avec une certaine aisance. C’est une pensée fluide, dansante. Lorsque je le lis, je vois des lignes, des figures et des volumes qui ne cessent de jouer les uns avec les autres, de danser.

Le Cosmos Sépulcral est le royaume creusé par les idolâtries ; il est royaume et, à cet effet, « il reste susceptible de récupérer son excellence ». Rien n’est irrémédiable. La fluidité et la porosité sont partout sous le regard de Dieu. Je vois Bernard Chouraqui traçant des figures géométriques et modelant des volumes. Je le vois aussi étudiant la mécanique des fluides et les images issues de la théorie du chaos. Je perçois un air de famille entre lui et Benoît Mandelbrot — les fractales. Oui, il y a bien une somptuosité géométrique et chromatique chez Bernard Chouraqui dont la pensée trace aussi des lignes strictes, à la manière de Mondrian, avec intersections à angle droit.

C’est une philosophie inspirée, deux mots qui semblent incompatibles et pourtant. On peut être philosophe et croyant, non ! On peut être philosophe sans être prosterné devant l’idole Logique ! On peut être philosophe sans vouloir s’incarcérer dans un Système ou se mettre en ménage avec une Théorie.

Dans un numéro de l’année 1980 des Archives de sciences sociales des religions, Yves Chevalier a écrit quelques lignes sur Bernard Chouraqui, suite à la parution de son premier livre, en 1979, un essai, « Le Scandale juif ou la subversion de la mort » :

http://www.persee.fr/doc/assr_0335-5985_1980_num_50_2_2215_t1_0259_0000_3

Le côté goguenard de cette petite recension trahit un embarras, et j’ai souri en la lisant. Yves Chevalier commence sur ces mots : « La ‟séphardité” de l’auteur lui aurait-elle joué un tour ? » Curieux. Pourquoi n’a-t-il pas dit « judéité » plutôt que « séphardité » ? Mais qu’importe. Yves Chevalier poursuit et nous dit que sans vouloir défendre à tout prix le rationalisme issu de la Renaissance, « on pourra se demander sur quoi peut déboucher le rejet implicite et volontaire de toute pensée ‟logique” et l’appel à une religiosité orientale, fascinante certes mais quelque peu étrange ». Cette question d’Yves Chevalier a le mérite d’être sincère ; toutefois, il me semble qu’elle est mal posée. Le judaïsme ne rejette pas la logique, simplement il ne s’y limite pas. Il affirme qu’il y a Quelqu’un au-dessus d’elle et que la logique laissée à elle-même conduit au monde sépulcral. Je me permets de signaler que le judaïsme est la plus logique des religions, qu’il est la religion qui invite le plus sûrement l’homme à penser par lui-même et à faire usage de son intelligence dans le sens le plus large du mot. En ce sens, et je me répète, on peut dire que le judaïsme est plus une école de pensée qu’une religion. Bernard Chouraqui dénonce la logique qui enferme l’homme en lui-même, cette logique desséchante et arrogante enfermée en elle-même et qui bloque toutes les perspectives. Bernard Chouraqui n’invite pas à un bal des vampires ou à un sabbat de sorcières.

Dans ce même article, Yves Chevalier, un sociologue, évoque des maladresses, des longueurs et des naïvetés. Je dois être moi aussi maladroit et naïf car je n’ai à aucun moment éprouvé ce que dénonce ce monsieur. J’ai été plutôt émerveillé par l’art de construire de Bernard Chouraqui, la richesse de ses géométries, lignes, plans et volumes — car Bernard Chouraqui écrit avec une rigueur d’architecte. Il m’est arrivé de penser à des longueurs mais cette impression m’a vite quitté. J’ai compris sans tarder que ce sont précisément ces répétitions avec inflexions renouvelées et cette trituration qui contribuent en partie au charme puissant de ses écrits. Par ces répétitions toujours changeantes, Bernard Chouraqui nous entraîne dans des visions kaléidoscopiques — soit des répétitions avec éclatements infinis d’une structure de base. Visions kaléidoscopiques et chatoiements car ces pages sont chatoyantes et fortes d’une majesté qui procède de certains modes de la répétition, comme la litanie (suite de prières liturgiques d’intercession se terminant par des formules identiques) ou le leitmotiv (motif musical conducteur).

« L’antisémitisme était le paroxysme de dénégation opposable par une humanité qui ne savait que trop bien l’énorme PÉCHÉ qu’Israël attaquait en elle, puisque cet énorme péché, selon sa logique maladive et aberrante, la condamnait à s’infliger les pires supplices. La première des victimes de Pharaon sera Pharaon lui-même, ses autres victimes seront persécutées parce que, martyrisé par lui-même, il aura besoin de déplacer la cause de sa souffrance et de la situer en autrui. Sa peur l’obligera à se défendre contre une agression qui provient de lui comme si elle provenait des autres… L’audace des prophètes d’Israël sera de nommer l’horreur de la situation dans le Cosmos Sépulcral et, grâce à elle, de nommer — Suprême Scandale ! — la possibilité de s’en évader », peut-on lire en dernière page de « De Pharaon à Hitler ». Mais lisez Bernard Chouraqui qui écrit encore : « Aujourd’hui, cependant, la Goyité arrive à sa fin : ayant atteint son apogée, voici que sa barbarie se montre au grand jour et que le dévoilement de son œuvre de mort, dans les siècles, l’accuse. Des millions d’êtres humains, prisonniers encore des structures et des valeurs inventées et imposées par elle, veulent sortir du Sépulcre : en ceci, ils sont en quête de leur Judéité et ne s’arrêteront de marcher que lorsqu’ils l’auront atteinte. »

Olivier Ypsilantis   

 

Posted in Bernard CHOURAQUI | Tagged , , , , , , , , , , | Leave a comment