Des histoires dans l’Histoire

 

Valentin Feldman au Mont-Valérien, le 27 juillet 1942, dans ce qui allait devenir la Clairière des Fusillés.

Paul Ferdonnet fonde l’Agence Prima presse. Le « traître de Stuttgart » finira lui aussi devant un peloton d’exécution (le 4 août 1945, au fort de Montrouge) mais pour d’autres raisons.

Eugène Dabit (célèbre pour son roman « Hôtel du Nord ») est invité par André Gide à faire un voyage en U.R.S.S. où il tombe malade et meurt à Sébastopol, en août 1936, à l’âge de trente-huit ans. Son « Journal intime » tenu entre 1928 et 1936.

Léo Voline, né à Paris en 1917, décédé à Clamart en 2002. Troisième fils du célèbre anarchiste ukrainien V.M. Eichenbaum, dit « Voline », auteur de la trilogie « La Révolution inconnue. 1917-1921 ». Léo Voline se rend en Espagne en 1937 où il s’engage dans une colonne de la C.N.T. En février, au cours d’un engagement, cette colonne est décimée. Sur ses quelque quatre mille combattants à peine plus de cinq cents survivent. Léo Voline est à l’initiative de la réédition (augmentée) de la trilogie de son père, en 1986. La première édition datait de 1947.

https://translate.google.fr/translate?hl=es&sl=ca&u=http://www.estelnegre.org/documents/leovolin/leovolin.html&prev=search

Je n’ai pas connu Léo Voline mais j’ai bien connu son fils, Marc, un camarade d’école. A ce propos, il ressemblait étonnamment à son père, avec les oreilles moins décollées, si ma mémoire est exacte. Et je pourrais à ce propos me lancer une fois encore dans une suite de « Je me souviens ». Par exemple, je me souviens que Marc me prêta l’édition originale de « La Révolution inconnue » que je lus presque d’une traite, un document auquel je reviendrai volontiers dans l’édition dont j’avais fait l’acquisition (Ed. Belfond / Poche-Club, 1972). Je me souviens de discussions passionnées sur cette période de l’histoire dont il était si connaisseur que le professeur lui cédait à l’occasion sa place. Marc Eichenbaum-Voline avait une autre passion, la BD, l’Américaine surtout. C’est lui qui m’a fait découvrir « Little Nemo in Slumberland » dont je suis resté un passionné. Plus récemment, j’ai appris qu’il avait traduit de l’américain au français « Krazy Kat » (1913-1944) de George Herriman (1880-1944), un exercice plutôt ardu :

http://www.du9.org/entretien/traduire-krazy-kat/

 

V.M. Eichenbaum, dit « Voline » (1882-1945)

 

Un événement peu connu : le bombardement d’Almería par des navires allemands au cours de la Guerre Civile d’Espagne. J’ai eu la surprise de constater que Valentin Feldman l’évoque, en date du 15 avril 1940, dans « Journal de guerre 1940-1941 », en page 118 aux Éditions Ferrago. Il écrit : « L’Admiral Scheer est coulé. Ce sont les marins de ce navire de guerre qui ont bombardé Almería. Almería ! Comme c’est loin ! ». Lorsqu’il écrit ces mots Valentin Feldman, alors soldat à la 107e Compagnie du Train hippomobile, est stationné à Rethel (sous-préfecture des Ardennes), et il est vrai qu’Almería est alors bien loin. Valentin Feldman commet toutefois une erreur : l’Admiral Scheer ne sera coulé qu’en avril 1945, le 9. Le 31 mai 1937, il avait bombardé Almería en représailles à l’attaque, l’avant-veille, du Deutschland en rade d’Ibiza, par l’aviation républicaine.

18 juin 1178, des moines de l’abbaye Christ Church de Canterbury observent quelque chose d’extraordinaire du côté de la Lune, une sorte de feu d’artifice (voir ce qu’écrit à ce sujet le chroniqueur officiel Gervase). Des experts contemporains pensent qu’il pourrait s’agir de l’impact d’un astéroïde dont l’énorme cratère Giordano Bruno serait la marque.

Michel Saint-Denis (alias Jacques Duchesne) et son équipe à la BBC. « La petite académie » ou « La discussion des trois amis ».

Caroline Herschel, astronome allemande, découvre des objets célestes dont plusieurs comètes. L’étroite collaboration entre Caroline et son frère William. Un astéroïde porte son deuxième prénom, Lucretia, et un cratère de la Lune a été nommé Caroline Herschel.

Ludwig Beck manque son suicide et est achevé. N’oubliez jamais la Résistance allemande dans toutes ses composantes !

 

Ludwig Beck (1880-1944)

  

Parmi ceux qui ont été formés par le Special Operations Executive (S.O.E.), la Kompani Linge dont l’un des exploits a été la destruction d’une usine de production d’eau lourde, à Vemork, en Norvège. Souvenir d’enfance : je regarde « The Heroes of Telemark » (1965) d’Anthony Mann, avec Kirk Douglas dans le rôle principal.

La bataille des V (V pour Victoire) initiée par Radio-Londres sur BBC, en mars 1941, une bataille non moins efficace – et peut-être même plus efficace – que celle des V1 et des V2 (V pour Vergeltungswaffe)

William Randolph Hearst veut à tout prix empêcher la sortie sur les écrans de « Citizen Kane ».

27 mars 1941, le roi Pierre II de Yougoslavie, âgé de seulement dix-sept ans, opère un coup d’État contre le gouvernement du président du Conseil yougoslave qui a ratifié le pacte tripartite germano-italo-japonais avec Hitler. Ce putsch ramène le pays à la neutralité. Toutefois, le jeune monarque ne tarde pas à promettre de le ratifier afin de protéger son pays. Peine perdue. L’Allemagne et ses alliés attaquent dans les jours qui suivent. A partir du 6 avril 1941, sans aucune déclaration de guerre, commence l’Opération Châtiment (Unternehmen Strafgericht) au cours de laquelle les stukas bombardent Belgrade par vagues durant plusieurs jours, causant la mort de près de dix-sept mille civils et d’énormes dégats matériels, notamment sur des monuments historiques. Une bombe incendiaire tombe sur la Bibliothèque Nationale, détruisant tout le bâtiment. Des manuscrits médiévaux d’une valeur inestimable et des éditions dont il ne subsiste qu’un exemplaire disparaissent dans les flammes. Ces bombardements sont combinés avec l’invasion du pays qui capitule le 17 avril 1941.

 

Pierre II de Yougoslavie (né en 1923, décédé en 1970, roi de 1934 à 1945)

 

Richard Sorge avertit Staline que le Japon n’a pas l’intention d’attaquer l’Union soviétique.

Paul Colette tire sur Pierre Laval le 27 juillet 1941 alors que ce dernier passe en revue des membres de la Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme (L.V.F.) dans la cour de la caserne Borgnis-Desbordes, à Versailles. « J’ai tiré sur Laval » (chez Ozanne & Cie, 1946) est un document à lire.

Le Chemin des Dames, appelé ainsi en souvenir des deux filles de Louis XV, les « Dames de France », Victoire et Adélaïde. Elles empruntèrent fréquemment cette voie carrossable pour se rendre au château de la Bôve, propriété de Françoise de Chalus qui avait été dame d’honneur d’Adélaïde.

Haakon VII de Norvège et le monogramme du chef de l’État, monogramme royal, H7, symbole de la résistance de tout un peuple à l’occupation allemande, H7 dessiné partout, et jusque sur la neige. N’oubliez pas Haakon VII de Norvège et n’oubliez pas Christian X de Danemark. Ils furent des hommes de courage, d’honneur et de fidélité à l’heure de toutes les trahisons. Âme de la résistance norvégienne en exil à Londres, Haakon VII refusa d’abdiquer afin d’empêcher la constitution d’un gouvernement légal à la solde des Allemands. Il faut relire son discours du 8 juillet 1940. Ci-joint, un article sur The Royal House of Norway au cours de la Seconde Guerre mondiale et un lien émouvant (j’y reviens, il figure dans un article publié sur mon blog) sur Christian X de Danemark. Le roi avait l’habitude de sortir chaque matin pour une promenade à cheval, le matin, sans escorte dans sa capitale :

http://www.royalcourt.no/artikkel.html?tid=28689&sek=27269

https://www.youtube.com/watch?v=DuTtxvDWiqU

 

Haakon VII de Norvège (1872-1957)

 

 Olivier Ypsilantis

Posted in HISTOIRE | Tagged , , , , , , , , , , | Leave a comment

En lisant « Journal de guerre. 1940-1941 » de Valentin Feldman (extraits choisis) – 2/2

 

Ci-joint donc, quelques extraits relevés au cours d’une lecture passionnée. Ce journal pourrait être divisé en quatre ensembles : 1 – Le descriptif. En quelques lignes, Valentin Feldman peint (ou dessine, ou grave) une scène avec maestria et suggère une ambiance qui enserre le lecteur, et ce pouvoir est bien l’une des marques de l’authentique écrivain. On est d’autant plus subjugué que le français n’est pas sa langue maternelle (né en 1909, il arrive en France en 1923). Ses portraits de villes et de campagnes sont magnifiques. On pense à des gravures de maîtres. Il faut lire ces lignes où il évoque Rouen ou Dieppe, mais aussi Rethel et des villages traversés, dont ceux du bocage vendéen. Il y a aussi ces passages non moins magnifiques sur les bistrots, des lieux où il aime écrire car il s’y sent plus libre que partout ailleurs. Il nous y attire et nous nous retrouvons en sa compagnie, à sa table, observant avec ses yeux, dans sa peau enfin. 2 – Le philosophique, avec des passages de plusieurs pages parfois, d’une lecture peu aisée. 3 – Des croquis de la vie militaire, avec des portraits généralement sans concession des soldats qu’il côtoie, et des comptes-rendus courtelinesques. 4 – Les actualités discutées, souvent avec une verve aussi coupante que pointue.

Dans cette suite d’extraits, je me suis efforcé de faire figurer ces quatre ensembles (qui pourraient être divisés en sous-ensembles). Le somptueux journal de Léon Werth, « Déposition : Journal 1940-1944 » (un ouvrage de quelque sept cent trente pages), offre une structure et des tonalités proches de « Journal de guerre. 1940-1941 » de Valentin Feldman, avec, il est vrai, une moindre propension à l’analyse philosophique pure. Et je ne puis résister à l’envie de vous proposer un panorama de l’œuvre de Léon Werth, un très grand écrivain que l’éditrice Viviane Hamy a tiré de l’oubli :

http://www.viviane-hamy.fr/les-auteurs/article/leon-werth?lang=fr

 

Mai 1940. Ruines à Rethel après un bombardement anglais.

 

18 janvier 1940. La jalousie les dresse les uns contre les autres. En 89 déjà, les Français ont fait une révolution contre leurs mutuels privilèges. Car tout le monde en possédait, et de contradictoires. Nous sommes dans une situation semblable. Le sens civique manque : il est remplacé par l’envie, et chez le Français moyen ce sens est fort développé. Comme en général chez les hommes dont le sens de l’iniquité se confond avec le sens de leur infortune personnelle. On fait pourtant plus facilement une révolution contre les grands privilèges de certains que contre les petits avantages de chacun. Mais cette envie commune, pour les possédants, est pain béni. Plus exactement, elle sauve leur pain et ils la bénissent. Les imbéciles ont toujours cru faire en laissant faire. Par définition.

25 février 1940. Flâné pendant près de deux heures le long du canal : le pays rethelois est vraiment un pays pouilleux. Tout est d’un jaune grisâtre, d’un jaune sali par on ne sait quelle nuée de poussière. Pourtant, dans l’eau immobile, la dentelle frustre des arbres, encore dénudés par l’hiver, se reflétait avec précision. Et quand la brise est venue rider légèrement la surface du canal, les reflets des branches et du ciel se sont subitement coloriés comme un paysage sur le verre poli d’un appareil photographique.

12 mars 1940. Les gens commencent à avoir le sens du possible politique qui les sort du quotidien – dans la mesure seulement où il s’agit de catastrophes : l’histoire du monde leur apparaît dans l’avenir comme une réalisation superstitieuse de leur appréhension. On n’insistera jamais assez sur la signification magique de la peur. La magie est comme une terreur mise en formules rituelles, dont l’enchaînement fait surgir de l’émotion l’action.

12 avril 1940. Le ciel goudronné de nuages s’est éclairci ce soir. Aucune lueur n’oscille dans la ville, ramassée sur elle-même dans un silence fait d’angoisses. Au-dessus de l’Aisne, s’étale en longue traînée une lumière cendrée.

13 avril 1940. Nous raisonnons tous comme si le vraisemblable existait. En fait, pour la pensée, il n’y a même pas de fait. Il n’y a que des événements.

20 mai 1940. Cette nuit, la garde. Il faisait tiède. Deux lumières. A ma droite, le tunnel avec une lampe-tempête au-dessus des chevaux ; harnachements, charrettes épars. Puis, derrière les arbres, la lune rosée dans un ciel colorié de nuages. Immobilité des branches. La silhouette d’une grille. Images de la campagne provençale : la porte sur la route d’Aix. La campagne champenoise avait bien, cette nuit, une douceur toute provençale.

Un poste d’observation durant la « Drôle de Guerre », 1939/1940.

 

4 juin 1940. Reprendre tout le problème de la superstition : superstition comme angoisse tournée vers le monde (l’opposé de la phénoménologie : plutôt insuffisance de Heidegger). La superstition est la conscience d’être un être dans un monde d’êtres. Rituel de la conjuration : faire tel geste, nécessairement, instantanément ; toucher cette écorce de sa paume, déplacer le caillou du pied gauche, ou cet encrier de l’index droit, à cet endroit plutôt qu’à tel autre (cf. touchons du bois). Se tourner vers le soleil couchant, se coucher, le visage vers le soleil vivant, etc. Expérience concrète de la mentalité primitive par la découverte spontanée d’un rituel, en même temps que de ses significations émotionnelles. Tout rituel est une réglementation technique de l’émotion.

12 août 1940. Je sens sourdre en moi une sombre colère. Contre les salauds du monde qui donnent la souffrance et contre ceux – plus salauds encore – qui viennent la justifier en lui donnant un sens. Il n’y a aucune signification de la souffrance. La souffrance c’est l’absurde en soi. Par là elle est être. Ce soir, je suis avant tout un refus de cet être gênant. Se raidir est la première maxime. Mais ce raidissement contre le mal est encore un mal.

20-21 août 1940. Les gens semblent ignorer la signification historique du mouvement qui nous entraîne. De l’épopée – on n’aperçoit que les désagréments quotidiens ; de la révolte – les désagréments permanents. Tout est pensé en raison de la rupture imposée aux habitudes. Tout – sauf la signification de cette rupture. Sauf l’enjeu du jeu. Sauf le destin. Curieux cet embourgeoisement de l’idée de destin. Les gens me paraissent incapables de distinguer destin et carrière. Au moment où l’esprit petit-bourgeois est en péril, les gens réagissent à la manière du petit-bourgeois éternel. C’en est désarmant.

1er septembre 1940. Ce qui manque à Dostoïevski, c’est le sens de l’angoisse cosmique. Le péché est pour lui une solution, sans doute, la solution à l’angoisse morale, une réponse à l’expérience du mal par laquelle le monde se révèle à lui. Mais le mal, dans son œuvre, n’est que le mal dans l’existence, jamais le mal de l’existence. La philosophie ne commence qu’avec le péché, et non seulement parce que l’intelligence est la grande, pour ne pas dire l’unique, pécheresse. Attitude essentiellement religieuse. En un sens, aucune pensée n’est moins aristotélicienne que la pensée russe.

5 septembre 1940. Être attentif aux rapports, aux rapports seuls, en mouvement. Danger : louper l’objet. Tel cet agent qui, pendant la retraite, réglait consciencieusement la circulation à l’entrecroisement de deux routes dans l’Yonne. Tous obéissaient à ses gestes augustes : réfugiés, combattants, isolés perdus, et fuyards. Et lui, majestueux, tout aux rapports de « régler » le mouvement, digne toujours. Il ne s’était pas aperçu que le flot humain s’était écoulé, remplacé par un autre : sans le savoir, il indiquait le chemin depuis un bon quart d’heure aux unités allemandes motorisées.

 

Le centre-ville de Toucy, le 15 juin 1940.

 

11 octobre 1940. Je ne croyais guère à la destinée du judaïsme. Je me suis toujours foutu, et au fond je me fous encore royalement, du judaïsme et de sa destinée. Je crois d’ailleurs que l’esprit du judaïsme est à l’esprit messianique qui traverse la Bible ce que le rituel catholique est à l’esprit chrétien. Mais un fait demeure : tous les grands juifs ont commencé par se libérer du judaïsme : le Christ, Marx, Spinoza, Bergson – toute proportion gardée entre ces noms. Mais il n’en reste pas moins vrai que c’est comme « juifs » qu’ils ont été « recensés » par l’histoire. Et que chaque fois que le pharaonisme s’installe dans le monde, il fait aux juifs une condition d’esclaves. Que c’est peu drôle, peu drôle, de faire le martyre sans la foi.

22 octobre 1940. Et toujours les mêmes pensées en vrille. On ne saurait leur échapper qu’en s’échappant à soi-même. Je ne demande que cela, du reste. Mon « moi » m’a toujours inspiré de l’ennui. Mais le propre de la situation où les événements m’enferment c’est précisément de me livrer à une méditation sur mon moi et sa destiné, qui ne m’intéresse pas. N’avoir pour perspective immédiate que sa vie « intérieure » quand on ne croit pas à l’existence autonome de la vie intérieure, voilà qui est dur.

3 novembre 1940. Libérer ses souvenirs d’un moi qui les gonfle et les altère. Faire des souvenirs une chose comme doivent être, comme sont les souvenirs des choses. Et surtout se débarrasser de son cas personnel. Car, pour ce qui me concerne, de mon cas personnel je commence à en avoir soupé. Pour être franc, de Feldman Valentin, j’en ai plein le cul.

3 février 1941. Cette vie individuelle – je n’ose même pas dire : cette vie personnelle, ils interdisent jusqu’à la notion de personne – en marge de la vie sociale m’est de plus en plus intolérable. Dans certains cas, l’action politique a la fonction psychologique de l’érotisme. Il s’agit de s’étourdir, de fuir le vide qu’on porte en soi, ou de calmer une immense inquiétude. C’est le cas le Malraux. C’est le cas de tout intellectuel révolutionnaire pour qui la révolution est autre chose qu’une réussite de vanité. Être en tôle, quel admirable procédé pour gâcher ce qui vaut la peine d’être gâché ! L’amour du risque lui-même est transformé : ce « risque » n’est en fait qu’une certitude. On est dispensé de réfléchir sur l’action parce que cette fin des actes est la suppression des actions. La mortification, cette éternelle obsession de l’intellectuel, reçoit une consécration historique. L’inutile passe par un sacrifice ; quelle aubaine ! La conscience se mystifie en réfléchissant sur les conditions objectives de sa mystification. Et la paix « intérieure » est conquise parce que l’obstacle est au dehors : non pas hors des barreaux ; mais hors de vous comme ces barreaux. C’est ce qu’un chrétien ne saurait concevoir. Sans doute parce qu’il doit aimer son péché comme il aime son salut ; le péché n’est-il pas ce par quoi on est sauvé puisque c’est contre son propre péché que l’on se sauve ? (…) Le chrétien cherche la paix en lui parce que l’émeute est en lui. Mais le révolutionnaire n’a pas à s’insurger contre soi. En s’insurgeant contre le monde, il se débarrasse de soi. L’action est une solution au problème parce qu’elle est la suppression du problème. Le moi n’est plus haïssable : l’essentiel est ailleurs. Et la haine elle-même devient chose parce qu’elle est haine des choses.

 

Opération Barbarossa.

 

21 avril 1941. Rêves insensés du sage : être selon la puissance de ses pensées ; ôter les choses pour mieux y voir et ne pas trouver le vide ; établir une équivalence morale entre des individus, alors que la parenté mathématique n’est concevable qu’entre des masses ; faire de sa vie intérieure autre chose qu’un itinéraire de fuite.

6 juillet 1941. Depuis quinze jours – une immense angoisse et un immense espoir soulèvent le monde. La voici la guerre finale tant attendue et que d’aucuns n’osaient plus espérer dans l’intensité folle de leurs souhaits : l’Europe contre l’ « Eurasie », les deux mondes en présence et le choc dramatiquement gigantesque, qui rend l’action même semblable au rêve. Dans la fièvre de cette vertigineuse quinzaine les idées se bousculent, comme les communiqués dans leur incroyable arrogance. Et pourtant, jamais les événements n’avaient revêtu semblable clarté. Nul n’a plus à chercher sa place – mais à la maintenir. La voilà bien concrète et bien palpable, la notion terrible de destin. De ce destin avant tout collectif, avant tout implacablement impersonnel, comment retenir les fugitives, les fragmentaires images ?

(Note. Au matin du 22 juin 1941 avait débuté l’Opération Barbarossa.)

12 août 1941. Il n’y a de rêve que parmi les choses. Ne serait-ce que parce que le poétique c’est le rêve fait chose. Il n’y a d’héroïsme que dans l’acte qui engage la vie, qui la place d’emblée, et simplement, spontanément même, à la limite de l’être et du néant. Au fond, l’héroïsme est un acte physique qui implique une option métaphysique. L’héroïsme est la manière physique de vivre la métaphysique : métaphysique physiquement, charnellement vécue. Tout le reste est littérature

3 décembre 1941. Et comme il est entendu que les Juifs avaient pour principal défaut de vivre tous ensemble, le gouvernement vient d’instaurer une « Union des Israélites de France », à laquelle doivent adhérer obligatoirement tous les petits-fils de Sem et leurs enfants. L’action antisémite réforme et organise la communauté juive. On ne sait jamais par quelle voie se manifeste la volonté du Messie. Comme qui dirait, les voies de Dieu sont mystérieuses et ses desseins impénétrables. A quand l’institution bienfaisante du ghetto ?

 

La cloche où sont gravés les noms des Résistants et des Otages fusillés par les Allemands au Mont-Valérien au cours de l’Occupation. Parmi ces noms, celui de Valentin Feldman.

 

Olivier Ypsilantis

Posted in Valentin FELDMAN | Tagged , | Leave a comment

En lisant « Journal de guerre. 1940-1941 » de Valentin Feldman – 1/2

 

« On ne pense pas l’événement historique comme on pense l’événement existentiel, parce que l’existentiel est là, tandis que l’historique va venir. Aussi ne se sent-on jamais témoin que si l’on est acteur » écrit Valentin Feldman dans son journal le 6 juin 1941.

 

 

J’ai rencontré pour la première fois le nom Valentin Feldman dans « Souvenirs désordonnés » du libraire et éditeur José Corti qui fut son ami. Bien des années plus tard, et il y a peu, j’ai retrouvé ce nom en consultant un prospectus à l’Office du Tourisme de Toucy (ville natale de Pierre Larousse), dans l’Yonne, où je m’étais rendu au mariage d’un neveu. Toucy et Valentin Feldman ? Le 15 juin 1940, Valentin Feldman échappe de justesse à la mort dans le bombardement aérien de ce village, bombardement qui fait des dizaines de morts, Toucycois et, surtout, des réfugiés qui se replient vers la Loire. Un ciel parfaitement bleu facilite ce bombardement, bref mais très meurtrier. Valentin Feldman (qui est alors soldat à la 107e Compagnie du Train hippomobile et qui bat en retraite avec son unité) passe la journée à lutter contre les incendies, à secourir les blessés et à extraire les cadavres des décombres, un dévouement qui lui vaudra l’attribution de la Croix de Guerre. Le compte-rendu de cette journée est rapporté dans son journal de guerre, aux pages 174 à 176 des Éditions Farrago (Tours, 2006), une excellente maison qui a malheureusement mis la clé sous la porte l’année de la publication du journal de Valentin Feldman.

 

Valentin Feldman (né à Saint-Pétersbourg le 23 juin 1909, fusillé au Mont Valérien le 27 juillet 1942)

 

Le journal de Valentin Feldman est constitué de trois cahiers et d’un carnet. Premier cahier, 2 janvier / 14 mai 1940 ; carnet, 15 mai / 14 juillet 1940 ; deuxième cahier, 6 août 1940 / 6 avril 1941 ; troisième cahier, 7 avril / 6 décembre 1941.

On connaît Valentin Feldman pour cette parole qu’il lança au peloton d’exécution : « Imbéciles, c’est pour vous que je meurs ! » Pour le reste… Ainsi que le signale Pierre-Frédéric Charpentier, dans son avant-propos au « Journal de guerre. 1940-1941 », il n’y a pas de trace de Valentin Feldman dans les plus de mille deux cents pages du « Dictionnaire des intellectuels français » de Jacques Julliard et Michel Winock, dans les huit cents pages de la somme de Gisèle Sapiro consacrée à « La Guerre des écrivains. 1940-1953 », ni même dans les soixante-huit entrées de l’ouvrage d’Antoine Porcu dédié aux résistants communistes, « Héroïques. Ils étaient communistes ». Il est vrai que quelques études ont rappelé son existence, comme « Vichy, l’Université et les Juifs » de Claude Singer et « Victor Basch. De l’affaire Dreyfus au crime de la Milice » de Françoise Basch, la première à publier des fragments inédits de ce journal de guerre.

Bref, avant publication de son journal par cette maison d’édition tourangelle, Valentin Feldman était un presque-oublié. Ce Résistant fusillé à trente-trois ans a aussi été un intellectuel ; il a publié dans les meilleures revues spécialisées de l’époque, parmi lesquelles la « Revue de Synthèse historique » à laquelle il a contribué régulièrement de 1930 à 1938. Il a également publié un livre à la Librairie Félix Alcan, en 1936, « L’Esthétique française contemporaine » (voir image ci-dessus), un éditeur qui publiait les meilleurs d’alors à commencer par Henri Bergson et Émile Durkheim. Simone de Beauvoir qui a rencontré Valentin Feldman, et qui a tenu ce qui s’apparente bien à un journal (il s’ouvre sur « Mémoires d’une jeune fille rangée »), le cite en passant, négligemment, en écrivant Feldmann au lieu de Feldman, une faute qui se retrouve à Dieppe (il y enseigna au début de la guerre) où Valentin Feldmann (sic) a sa rue et son école. Dans son court-métrage, « Le Dernier mot » (1988), Jean-Luc Godard fait mourir Valentin Feldman en 1944 et lui attribue un fils (Il est mort en 1942 et a laissé une fille unique dont il sera question plus loin). Certes, les intellectuels du P.C.F ou sympathisants se lancèrent dans une hagiographie dès la Libération mais en ne tenant compte que du Résistant communiste, de sa mort et de sa dernière parole, adressée aux soldats allemands du peloton d’exécution.

Je ne vais pas me perdre en détails biographiques (généralement accessibles en ligne). Simplement. Valentin Feldman est le fils unique d’une famille de la bourgeoisie aisée de Saint-Pétersbourg. Le père disparaît en mer en 1916 et la révolution d’Octobre éclate l’année suivante. La mère, Esther, s’en retourne à Odessa dont elle est originaire et multiplie les leçons de piano pour ne pas sombrer dans la misère qui l’entoure. En juin 1922, la mère et son fils partent pour la France qu’ils atteignent après un tortueux périple. Marseille puis Paris. Dénuement extrême auquel la mère s’efforce de pallier en donnant une fois encore des leçons de piano, tandis que Valentin s’entraîne à maîtriser la langue française en lisant les classiques, de Corneille à Baudelaire. L’aide matérielle d’un oncle de Valentin est déterminante. Inscrit au Lycée Henri IV, il travaille comme un forcené. Pour cause de mauvaise connaissance du français, il est parmi les derniers de la classe mais trois ans plus tard, en 1927, il est bachelier et reçoit le premier prix de philosophie au concours général. 1931, il obtient sa licence et son diplôme supérieur de philosophie. Une bourse de cinq mille francs accordée par l’Académie des Sciences morales et politiques lui permet une certaine tranquillité.

 

« L’Esthétique française contemporaine » de Valentin Feldman, Librairie Félix Alcan, 1936.

 

Les années 1930 sont celles de sa maturation intellectuelle et politique. Il traduit des ouvrages du russe au français, notamment le « Diderot et son temps » de I. K. Luppol, avec la collaboration de sa femme. Puis il publie « L’Esthétique française contemporaine » en 1936, avant d’adhérer au Parti communiste. Il est plusieurs fois recalé à l’agrégation de philosophie car s’il est souvent premier à l’écrit, il est recalé à l’oral avec un zéro éliminatoire en grec. Il va finir par l’obtenir au cours de l’été 1939 après que Victor Basch l’ait tancé, Victor Basch dont l’influence sera déterminante sur Valentin Feldman et qui tiendra envers lui le rôle de père, d’une certaine manière. Valentin Feldman surnommait affectueusement Victor Basch, « le Vieux ». Quarante-six ans séparaient les deux hommes.

Le pacte germano-soviétique le dévaste, et le mot n’est pas trop fort. Il faut lire ce que José Corti rapporte à ce sujet. Valentin Feldman est déclaré inapte à servir sous les drapeaux car souffrant de problèmes cardiaques. Il passe outre et s’engage comme volontaire. A la mi-octobre 1939, il est affecté à la 107e Compagnie du Train hippomobile. Il vit la Drôle de Guerre dont son journal rend compte avec une grande précision, un journal qu’il commence le 3 janvier 1940, à Rethel, dans les Ardennes. Il est astreint à des tâches administratives sans intérêt. Il lit autant que son emploi du temps le lui permet, il lit avec une attention particulière les « Mémoires » du Cardinal de Retz. Il tient son journal. Malgré un terrible sentiment de « gaspillage » (un mot qui ne cesse de revenir dans ces pages), il ne perd jamais de vue les enjeux de cette guerre et il pose le dilemme implacablement : « Tout est là : ou bien on accepte ou bien on refuse ; l’hitlérisme est un des phénomènes contre lesquels il faut prendre parti, sans nuances ». A Rethel, baptême du feu, le 11 mai 1940. Son unité se replie. A Toucy, dans l’Yonne, le 15 juin, il manque de se faire tuer dans un bombardement. En juillet, soldat vaincu et désœuvré, il stationne à Saint-Genest-sur-Roselle, au sud de Limoges.

Rendu à la vie civile, il enseigne la philosophie à Dieppe. Il entre dans la Résistance en commençant par assurer la liaison entre plusieurs réseaux. Statut des Juifs, d’octobre 1940. Il n’est toutefois pas encore révoqué de l’enseignement car il manque à l’administration des documents relatifs à son ascendance familiale. Il engage une procédure de divorce afin de protéger sa femme et sa fille. Il continue à tenir son journal mais avec des périodes au cours desquelles il n’écrit presque rien. Ainsi le journal tenu sous l’Occupation est-il plus réduit que celui tenu au cours de la Drôle de Guerre, dans son cas trois fois plus longue. Juin 1941, second statut des Juifs. Valentin Feldman est officiellement révoqué de son poste d’enseignant en août.

L’attaque contre l’U.R.S.S. le pousse à intégrer le Front national de la Résistance et il se voit chargé de la direction régionale du mouvement. Il participe au lancement du journal clandestin « L’Avenir normand » qui fustige les notables vichystes de Dieppe, il donne des textes à « La Vérité » et rédige des tracts. Rien de son action clandestine (réunions, rédaction et distribution de tracts, etc.) n’est rapporté dans les pages de son journal pour des raisons évidentes de sécurité. L’action prime toujours plus sur l’écriture ; et au cours de l’hiver 1941, il disparaît dans la clandestinité. Vers la mi-janvier, il brise la vitrine d’un photographe de Rouen qui expose des portraits de soldats allemands et laisse en évidence une protestation écrite : « Quand nos prisonniers souffrent en Allemagne, il est scandaleux de voir la gueule de leurs geôliers à l’honneur des vitrines françaises ». C’est sa dernière action connue d’homme libre. Il est arrêté le 5 février 1942 à la place d’un autre. On l’accuse d’avoir fait le guet dans la nuit du 2 au 3 février, lors d’un attentat contre la centrale électrique de Deville, près de Rouen. Cette nuit, il travaillait à l’impression de tracts et de journaux mais son alibi pouvant compromettre ses camarades, il préfère se taire. Valentin Feldman est mis au secret six mois durant, à la prison de Bonne-Nouvelle, à Rouen, avant d’être transféré à Fresnes, en juillet. Sa femme et ses amis multiplient les démarches auprès des autorités françaises et allemandes. Le 18 juillet, après un simulacre de procès, il refuse de signer un recours en grâce. Dans l’une de ses dernières lettres, on peut lire : «  Tout est calme en moi ; tout est rigoureux, mathématique autour de moi depuis cent soixante-dix jours ». Il y a bien une pureté et une transparence chez Valentin Feldman, une pureté et une transparence qui sont celles des mathématiques et de l’authentique esprit philosophique, cet esprit qui transparaît à chaque page de son journal avec ces interrogations et analyses complexes sur la notion de temps, interrogations centrales et récurrentes chez ce jeune philosophe.

Parmi les relations de Valentin Feldman, outre Victor Brasch, je me contenterai de citer Maurice Schumann (qui lui rendra hommage le 22 octobre 1997, au Sénat, lors d’une discussion suite à la proposition émise par le président du groupe socialiste, Robert Badinter, d’ériger un mémorial au Mont Valérien en hommage aux Résistants fusillés sous l’Occupation) et Jacques Soustelle, co-fondateur du Musée de l’Homme (alors proche du Parti communiste), sans oublier le philosophe Étienne Souriau dont il fut le disciple.

Il est question de Valentin Feldman dans le livre de mémoires de Marcel Schneider : « L’Éternité fragile : Innocence et vérité ». Plus rare, il y est également question de sa femme, Marie-Anne (Yanne) Comiti (1911-1979), rencontrée au cours de ses années d’études à la Sorbonne, une agrégée de philosophie et enseignante comme son époux. Dans ce livre, Marcel Schneider rapporte que Yanne découvre que son mari est juif suite à son expulsion de l’enseignement, plus précisément du collège de Dieppe. Mais écoutons-la : « Le nom de Feldman ne m’avait pas mis la puce à l’oreille. Quand on n’est pas sensibilisé à un état de fait, rien ne vous alerte. Oui, moi, Corse et catholique, j’ai épousé un juif russe. Quelle aventure ! Ma fille, selon les nouvelles lois raciales, risque d’avoir des ennuis. Je l’ai expédiée dans l’île. Avant qu’on aille la chercher là-bas et qu’on l’arrache aux Comiti, les poules auront des dents ». Valentin et Yanne s’étaient mariés le 19 août 1933. Leur fille Léone naîtra l’année suivante, le 14 mai. Léone Teyssandier-Feldman est auteur d’une thèse de doctorat : « Le déguisement dans le théâtre de la Renaissance anglaise, de Lyly à Shakespeare (1585-1610) ».

 

La clairière des Fusillés du Mont-Valérien où Valentin Feldman fut exécuté le 27 juillet 1942.

http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/le-mont-valerien-haut-lieu-de-la-memoire-nationale-0

 

Ci-joint, le lien Bibliothèque nationale de France (data.bnf.fr) concernant Valentin Feldman :

http://data.bnf.fr/12890137/valentin_feldman/

La mère de Valentin Feldman, Esther, a consacré trois brochures poético-biographiques à la mémoire de son fils : « Mon fils, Valentin Feldman, 1909-1942 », « Tu es immortel… » et « Dialogue devant ta tombe ».

 

_________________________

 

Dans le prochain article, je me contenterai de rapporter des passages de ce journal, passages qui me semblent particulièrement révélateurs et beaux, tout simplement ; car Valentin Feldman est un grand écrivain, un écrivain au jugement coupant et aigu, doué d’un sens très fin de l’anecdote, véritable peintre aussi, capable de rendre une atmosphère avec une parfaite économie de moyens, et de faire un portrait pertinent en quelques mots.

Ce document de quelque trois cents pages m’évoque un autre journal, tenu par un très grand écrivain bien oublié, Léon Werth, un écrivain pas assez connu malgré le magnifique travail de l’éditrice Viviane Hamy. Le volumineux journal de Léon Werth, « Déposition : Journal 1940-1944 », est un document lui aussi essentiel sur ces années. Léon Werth observe de son repaire, un village du Jura. Peu d’écrits attaquent aussi férocement le régime de Vichy que l’auteur étudie essentiellement à partir de la presse et des émissions radiophoniques. J’ai beaucoup pensé à cet écrivain, Juif lui aussi, tout en lisant Valentin Feldman. J’ai noté un air de famille, tant par l’esprit que par le style.

J’ai évoqué « Déposition : Journal 1940-1944 » ; il me faudrait aussi évoquer « 33 jours » (court récit des tribulations de Léon Werth au cours de l’Exode), un chef-d’œuvre. Autre écrivain qui offre un air de famille tant avec Léon Werth qu’avec Valentin Feldman : Maxime Alexandre (je lui ai consacré un petit article sur ce blog). Ainsi ai-je pensé à « P. R. – Présumé Révolutionnaire » en lisant ces pages. Maxime Alexandre mais aussi Courteline que Valentin Feldman cite dès les premières pages de son journal, journal qui s’ouvre sur des considérations relatives à la vie aux armées au cours de la Drôle de Guerre, une vie d’ennui et de temps gaspillé, le tout encadré par les lourdeurs de l’administration militaire. Cette vie d’ennui et de tracasseries est également décrite par Léon Werth dans « Caserne 1900 ». Bref, en lisant Valentin Feldman, des souvenirs d’autres lectures me sont venus, malgré moi, avec leur ambiance particulière. Si vous ne les avez lus, lisez Valentin Feldman, Léon Werth et Maxime Alexandre !

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

 

Posted in Valentin FELDMAN | Tagged , , , , , , , , , , , , , | Leave a comment

L’armée d’Israël, Tsahal

 

C’est ainsi, il fallait que j’en revienne à cette armée où j’espère pouvoir passer sans trop tarder quelques semaines dans le cadre du Sar-El. Je propose ici une nouvelle série de courtes vidéos sur Tsahal (acronyme de Tsva Hagana LeIsrael), appelé aussi IDF (Israel Defence Forces). Une fois encore, j’ai choisi de mettre l’accent sur ses particularités humaines et non sur ses technologies, par ailleurs plutôt extraordinaires, et qui irriguent non seulement la société israélienne mais le monde.

 

Une femme de Tsahal.

 

Le monde est généralement hostile à Israël. Parfois, j’en viens même à me demander si je ne suis pas en partie pro-israélien par esprit de contradiction, par dégoût pour ce conformisme qui englue des masses en tout genre. Mais il me semble que cette force qui m’engage à défendre Israël (avec des moyens certes bien limités) est antérieure à toutes les explications que je puis avancer, et même antérieure à ma mémoire. Ce qui m’apparaît toutefois c’est qu’aussi loin que remonte ma mémoire, j’ai toujours vécu comme si Israël était aussi mon pays. Et je ne suis pas juif. Et je ne suis pas de ces Chrétiens évangélistes sionistes que je considère avec une certaine défiance puisque que leur amitié pour Israël (qui n’est pas à négliger par ces temps d’hostilité générale) n’est pas gratuite et qu’une foutue histoire de conversion des Juifs constitue leur horizon. Je me dois de mettre les choses au point : un Chrétien qui s’engage pour Israël (et il ne s’agit pas de remettre en cause la foi des uns et des autres) peut avoir à l’occasion une idée derrière la tête

Cette suite de vidéos veut rendre sensible la richesse humaine d’une armée unique au monde, d’une armée extraordinairement unique, l’IDF, Tsahal. Chaque vidéo est précédée d’une courte présentation. Le curieux désireux d’en savoir plus trouvera nombre d’informations en ligne et dans un grand nombre de langues. Cette suite désordonnée n’a pour toute prétention que d’inciter celles et ceux qui me lisent à étudier cette armée qui fait corps avec un peuple et un pays, l’armée des filles et des fils d’Israël, mais aussi de celles et de ceux qui aiment Israël, tout simplement… So, let’s go.

 

Juif éthiopien de la Brigade Nahal sur le plateau du Golan.

 

Témoignage sobre d’un officier de Tsahal, le lieutenant Adam Landau, qui a combattu le Hamas dans le nord et le centre de la Bande de Gaza :

https://www.youtube.com/watch?v=_2JXHRz5uJo

J’ai longé ce camp au retour de permissions entre une base du Néguev et Tel-Aviv. Ce camp est une ville reconstituée, un décor qui pourrait être de cinéma mais qui sert à Tsahal pour son entraînement à la guérilla urbaine. Ce camp d’entraînement aux combats urbains, Mala, est l’un des plus perfectionnés au monde. C’est après la seconde guerre du Liban que l’idée d’un tel centre s’est imposée aux dirigeants de l’armée israélienne. Les ennemis d’Israël ne s’alignaient plus sur un champ de bataille. Le terrorisme et la guerre asymétrique s’imposaient et il fallait relever le défi. Ce centre est constitué d’immeubles ayant jusqu’à huit étages, de bidonvilles, d’écoles et de bâtiments publics, de locaux commerciaux, de places de marché. Des armées du monde entier viennent s’y entraîner :

 

De la naissance de l’État d’Israël jusqu’à aujourd’hui, des milliers de Volontaires sont venus de partout pour rejoindre les rangs du Mahal, la plupart d’entre eux dans des unités de combat. Mahal est l’acronyme hébreu de Mitnadvei Chutz LaAretz qui signifie littéralement « Volontaires venant de l’extérieur d’Israël » et désigne les Volontaires étrangers, Juifs et non-Juifs, qui ont combattu dans le camp israélien au cours de la première guerre israélo-arabe :

https://www.youtube.com/watch?v=6Hi87qQmB5Q

Dans un précédent article, j’ai mis en ligne une vidéo sur cette unité particulière. Cette vidéo est plus détaillée. Selon les renseignements fournis par Tsahal, les Bédouins en service actif sont au nombre de 1 655. Certains d’entre eux forment les Elite Bedouin Trackers Units chargés de la surveillance des frontières nord et sud d’Israël :

https://www.youtube.com/watch?v=LhtIMcJWIag

La Brigade Kfir est la plus récente et la plus importante des brigades d’infanterie de Tsahal. Constituée de six bataillons, elle a pour objectif la lutte contre la guérilla (guérilla urbaine et en terrains compliqués, comme les cultures en terrasses ou les zones broussailleuses, etc.) et le terrorisme palestiniens. La brigade opère en Judée-Samarie et chacun de ses bataillons contrôle une zone spécifique et apprend à en connaître chaque détail. Les noms de ces six bataillons sont : Nahshon, Samson, Harouv, Netsah Yehouda, Douhirat, Lavi. Contrairement aux autres bérets de Tsahal, tous monochromes, le béret de la Brigade Kfir est tacheté camouflage :

https://www.youtube.com/watch?v=Mkx3auHsHPk

 

Un M-109 howitzer en action

 

Le Corps d’Artillerie de Tsahal a pour mission d’appuyer et de protéger l’infanterie au cours de ses engagements. Ce corps combattant a une spécificité par rapport aux autres corps combattants : il compte une forte proportion de femmes dans ses rangs. Elles remplissent des missions de combat et de commandement, notamment dans la gestion et le calcul du feu d’artillerie, l’utilisation d’appareils de communication, l’analyse des conditions météorologiques visant à accroître la précision du feu d’artillerie, etc. J’ai aussi mis cette vidéo en ligne car l’intérieur de ce blindé m’est assez familier. Avec une équipe du Sar-El, j’ai participé à la préparation de ces blindés, des M-109 howitzer : paquetages pour chacun des membres de l’équipage et chargement des munitions, des obus de 155 mm pesant chacun quarante-cinq kilogrammes qu’il fallait placer sur le côté, dans leurs alvéoles :

https://www.youtube.com/watch?v=Id4DWx5FFWM

J’ai déjà évoqué les réservistes. Ils font partie intégrante de la société israélienne ; et eux aussi contribuent à lui donner sa forte particularité. Ci-joint un lien sur les milouim :

https://www.youtube.com/watch?v=E-ViLHnjv28

J’ai dit qu’il ne serait guère question de l’aspect technologique de Tsahal dans cette série. J’ai néanmoins choisi de la terminer sur le Tavor, fusil d’assaut de 5.56 mm, l’un des plus forts symboles de cette armée, un symbole qui promet d’être aussi fort que le Uzi qu’il a remplacé :

https://www.youtube.com/watch?v=CN_MR9fygUU

https://www.youtube.com/watch?v=TgWWPB8Zd8Y

 

 

Olivier Ypsilantis

Posted in L'Armée d'Israël | Tagged , , , , , , , , , | 8 Comments

Un voyage en train, en Inde (En lisant « India. Vagón 14.24 » d’Ignacio Carrión Hernández) – 2/2

 

Je reviens à Bénarès en compagnie d’Ignacio Carrión Hernández. A peu de distance de cette ville sainte entre toutes, à Sarnath, Bouddha donna son premier sermon, il y a environ deux mille cinq cents ans. Sarnath, une petite ville entourée de bois, est aux Bouddhistes (ultra-minoritaires en Inde) ce que Bénarès est aux Hindous.

 

Bénarès, cérémonie de crémation (elles se font à la chaîne).

 

Retour dans le train, direction l’intérieur du pays, avec arrêt de quelques heures à Allahabad avant de rouler toute la nuit en direction de Khajuraho dont les façades des temples s’ornent de centaines de scènes érotiques en haut-relief, autant d’exercices de gymnastique qui donnent le tournis, a kind of dizziness. Arrivée à l’aube en gare de Satna puis quatre heures d’autobus jusqu’à Khajuraho, soit à peine plus de cent kilomètres. Le temple de Kandariya Mahadeva où le guide signale que l’accouplement est un rite supérieur à tous les autres selon la doctrine tantrique qui envisage la femme comme centre de la Création. Itarsi, au cœur de l’Inde, un important nœud ferroviaire. Visite du village de Sevagam où Gandhi invita pour la première fois, officiellement et poliment, les British à quitter le pays. L’emploi du temps de Gandhi y est détaillé. A ce propos, je me souviens que les représentations de Gandhi étaient plutôt rares en Inde, plus rares que celles d’Atatürk en Turquie. Ainsi, je me souviens de portraits jaunis et piqués de chiures de mouches dans des gargotes, d’affiches sur des routes et, dans des villages, de modestes monuments montrant généralement le Mahatma assis en tailleur devant un métier à tisser rudimentaire, une image simple mais chargée de sens, efficace : il s’agissait d’inviter chaque Indien à fabriquer ses propres vêtements et, ainsi, à priver les Anglais de la plus-value produite par leurs manufactures à partir d’une matière première volée (ou presque) à l’Inde, le coton.

Madras, quatrième ville du pays, une ville dont l’importance est due à la pénétration britannique. On ne le dira jamais assez : l’Inde est un pays essentiellement constitué de villages d’importance diverse, plus d’un demi-million, six cent mille peut-être. Les villes indiennes sont un héritage de la colonisation, elles ont été plaquées sur la structure villageoise du pays, tant et si bien que l’un des meilleurs moyens d’étudier cette période dominée par le British Empire est d’étudier l’histoire et le développement des villes : New Delhi, Calcutta, Bombay et Madras pour l’essentiel.

De Madras, Ignacio Carrión Hernández s’en va en taxi à Pondichéry. Chaleur étouffante, mousson. Arrêt à Auroville, fief de La Mère, veuve de Sri Aurobindo. Sri Aurobindo est un grand monsieur, tant par sa vie spirituelle que politique. Je respecte ses prises de position politiques et ses jugements sur l’Occident mais je dois dire que ma visite à Auroville m’a profondément déçu, déprimé même (et je crois lire une même déception chez Ignacio Carrión Hernández). Auroville m’est apparu comme un supermarché de la spiritualité, une caserne du soft et du cool, un truc de bobos, de fils de famille un peu paumés et assez volontiers prétentieux, comme nombre de paumés. J’en suis parti déprimé au bout de quelques heures, alors que ce pays m’avait donné jusqu’alors de belles énergies. Mais Auroville n’est pas l’Inde. Cependant, mon impression de Pondichéry reste en partie contaminée par mon impression d’Auroville.

A Pondichéry, j’ai goûté une certaine nostalgie du côté de la White Town : Suffren St., Surcouf St., La Bourdonnais St., Bharati Government Park au centre duquel s’élève un agréable monument néo-classique blanc comme du sucre. Là, j’ai bu deux Ricard dans un café à l’ombre des grands arbres qui ornent cette place, deux Ricard qui après des semaines de riz, de jus de fruits et de thé m’ont fait éprouver une sensation de légèreté que je n’avais pas éprouvée depuis la Bodega Guzmán (Calle Judíos), à Cordoue, devant la synagogue où je me suis vu danser à la manière de Rabbi Jacob mais très spontanément, car n’oubliez pas que dans le film il faut le pousser et pour cause… J’ai donc goûté une certaine nostalgie ; mais que dire de cette partie française coupée de la partie indienne ? J’ai déambulé dans la White Town avant de me perdre dans les rues, à l’intérieur, derrière le front de mer, des rues indiennes comme on en voit partout en Inde, pays relativement uniforme dans ses paysages humains, de Bombay à Calcutta, de New Delhi à Cochin. Puis je suis reparti en voiture, vers la côté ouest, vers Cochin-Ernakulam, avec ce délicat goût de la nostalgie dont je m’efforce encore de definir les contours et le volume.

 

Basilique du Sacré-Cœur de Jésus (milieu XIXe siècle), Pondichéry

 

Le chapitre 7 s’ouvre sur ces mots : “El correo nocturno a Bangalore sale de la estación de Madras lleno hasta los topes” (Le courrier nocturne pour Bangalore part de la gare de Madras chargé à ras bord). Bangalore ¡ Je n’ai pas voulu m’y arrêter. J’ai regardé par les fenêtres du train ces buildings de verre dans lesquels se réflétait un ciel presque de mousson et j’ai préféré poursuivre. Ville de la high tech par excellence (et dont la population a augmenté extraordinairement depuis les années 1970), Bangalore est aujourd’hui la cinquième ville du pays, juste après Madras. Non, vraiment, je n’ai pas voulu m’arrêter à Bangalore, capitale de l’État du Karnataka, et j’ai préféré poursuivre vers le Kérala. Le nom Bangalore ne m’avait longtemps évoqué que ces explosifs placés dans un tube et destinés à faire sauter des obstacles sans se découvrir, le Bangalore torpedo, une technique mise au point par le Captain McClintock de l’Army of India. Dans ma mémoire cinématographique, elle m’évoque d’emblée une scène de “Saving Private Ryan” (1998) de Steven Spielberg.

“El vagón se llena de esa música que los indios interpretan cada amanecer, una sonata de carraspeos, gárgaras, toses, escupitajos y eructo, acompañados de acordes de vientos de las mas diversas escalas”. Ce passage est en tous points digne de Rabelais ; et j’ai été témoin de telles scènes, scènes auxquelles je n’ai pas tardé à me joindre et avec plaisir. Un détail toutefois : les Indiens font beaucoup de bruit avec leur bouche, leur gorge plus exactement, mais jamais je ne les ai entendus faire du bruit avec leurs sphincters, comme en Chine, jamais ! La gorge est la voie de la vie, il convient donc de la soigner autant que posible. Les Indiens se nettoient la gorge aussi souvent que les Juifs se nettoient les mains. De ce point de vue, je suis l’héritier de ces deux cultures.

Mysore, deuxième ville du Karnataka. Très touristique. Je ne m’y suis pas attardé. Mysore, un nom qui m’évoqua d’abord Tipu Sultan (1750-1799), ses pièces frappées de caractères perses. Sur plusieurs d’entre elles, des éléphants caparaçonnés.

 

 Des camions indiens

 

Vers Bandipur. Trichur. Cochin. Trivandrum. Kovalam. Cap Comorin, pointe extrême du sous-continent indien, dans le Tamil Nadu. J’ai été plus ému, je dois le dire, au cap Sounion ou au cap Ténare (cap Matapan), à la pointe du Magne, l’un des doigts du Péloponnèse. Mais j’en reviens à Ignacio Carrión Hernández et à Cochin. J’aurais aimé qu’il s’attarde un peu plus dans cette ville où prennent place nombre de mes plus beaux souvenirs d’Inde, parmi lesquels la postière évoquée auparavant. Et je me souviens de ces retours dans la vieille ville, la ville insulaire, à la nuit tombée, avec ces monticules de déchets soigneusement constitués à intervalles réguliers et auxquels on avait mis feu, des feux qui éclairaient les rues d’une lumière digne de Rembrandt ou de Georges de La Tour, des rues en terre battue aujourd’hui probablement asphaltées.

Mes souvenirs se sont emmêlés à ceux d’Ignacio Carrión Hernández. Je voulais rendre compte de ce livre et je me retrouve à présent tout entortillé. Mais qu’importe ! De Cochin, Ignacio Carrión Hernández revient vers Madras. Son voyage est dévié pour cause de pluies et d’inondations. Arrêt à Ellora où il s’attarde dans la grotte de Kailasa, probablement la plus extraordinaire construction humaine de toute l’Inde et, je pèse mes mots, de notre planète, extraordinaire par ses dimensions mais aussi parce qu’elle s’est constituée non par ajouts mais par retraits, un travail en négatif en quelque sorte. Ellora, dans l’État du Maharashtra, soit trente-quatre temples qui se répartissent entre temples bouddhistes (douze), temples hindouistes (dix-sept) et temples jaïnistes (cinq), les plus anciens étant les bouddhistes et le plus impressionnant de tous étant le temple (bouddhiste) de Kailasanatha (VIIIe siècle).

Retour à Bombay en Boeing 737. Il y rencontre le Père Francisco A. Benac, un jésuite espagnol installé en Inde qui lui évoque longuement l’apparition de la Vierge à San Sebastián de Garabandal, dans la province de Cantabria. Puis il rencontre le petit-fils du Mahatma Gandhi, Rajmohan Gandhi, opposé à la politique d’Indira Gandhi (fille de Kamala Nehru et sans lien de parenté avec le Mahatma). Je rappelle que l’auteur du livre que j’ai entre les mains est journaliste (et écrivain, auteur notamment d’un volumineux journal commencé en 1961) et qu’il finira sa carrière comme envoyé spécial du quotiden “El País”. Je profite de cette parenthèse pour ajouter qu’il est également l’auteur de plusieurs récits de voyage dont (outre “India, vagón 14.24” rédigé lorsqu’il était correspondant en Angleterre de la revue “Blanco y Negro”) “De Moscú a Nueva York” et “Madrid, ombligo de España”.

 

Des femmes indiennes. L’Inde, une puissance des couleurs qui hante le souvenir. En lien, le festival des couleurs (Holi Festival) :

https://www.youtube.com/watch?v=xaysqwFoVOE

 

Mais je poursuis le voyage en compagnie de l’auteur. Agra, Taj Mahal puis dernière étape dans le wagon 14.24, Agra, New Delhi, soit six heures, accroché à une locomotive qui ne dépasse guère les 50 km/h. En avion New Delhi, Calcutta où il rencontre Teresa de Calcutta. Puis retour à New Delhi ; et c’est sur un portrait incisif d’Indira Gandhi que se termine ce récit d’un voyage en Inde.

Comment terminer cet article qui pourrait s’ouvrir sur d’autres articles, avec ce flux de souvenirs suscité par cette lecture ? Je ne sais. Je me souviens de mon bien-être, là-bas, un bien-être qui me rendait transparent, un bien-être qui me faisait œil et rien qu’œil. Je n’emportais pas d’appareil photographique, je ne voulais pas interposer entre eux et moi cette chose compliquée et coûteuse. Je n’emportais que deux carnets à couverture rigide afin de mieux prendre des notes, à tout moment, accroupi au coin d’une rue, d’une place, assis dans les autobus, les trains, les taxis, les rickshaws, prendre des notes dans la marche aussi. Et celui qui écrit est discret, plus discret qu’un photographe, encore que…

Je terminerai cet article par cinq “Je me souviens”, pas plus :

Je me souviens de mon bien-être à me sentir goutte d’eau dans un océan.

Je me souviens de l’embarcadère et de l’embarcation qui de Ernakulam me conduisait à Cochin. C’était au petit-matin, dans un jour déjà parfaitement lumineux. J’aurais voulu glisser sans fin sur ces eaux tièdes. Et j’ai ce même désir, à Lisboa, dans les navettes qui vont d’une rive du Tejo à l’autre.

Je me souviens de cette marchande d’antiquités, une Chrétienne du Kerala au visage de déesse gréco-bouddique et à la chevelure d’une vitalité divine. Une croix latine en or jaune brillait à son cou, et le rapport de cet or à cette peau (dont la tonalité se condondait avec celle des meubles en bois sombres et précieux qui encombraient son magasin) m’apparut lui aussi divin.

Je me souviens de ces arrêts plus ou moins prolongés dans des gares plus ou moins importantes, parfois même in the middle of nowhere, avec rien que de la poussière ocre et brûlante. J’ai aimé ces moments. Pourquoi ? J’observais avec intensité car je savais que je ne reviendrais probablement jamais là. Une force m’imposait de rendre compte de ces moments, ce que je faisais une fois remonté dans le train. Là, je griffonnais des notes, incapable de trouver le sommeil comme ces Indiens qui m’entouraient, qui s’endormaient à volonté et pouvaient garder la posture durant des heures et des heures, sans faire le moindre mouvement. Je dormais peu, je mangeais peu, je ne connaissais ni la fatigue ni la faim. J’étais là comme en mission, de retour au pays peut-être…

Je me souviens que Bombay est un nom qui dérive directement du portugais : Bom Bahia, la Bonne Baie.

 

Les couleurs explosent aussi sur les uniformes de l’armée indienne, lors de la célébration de Republic Day, à New Delhi, les 26 janvier. Ci-joint, une séquence du défilé militaire avec le Sikh Regiment :

https://www.youtube.com/watch?v=6fBLznl_pnQ

 

 Olivier Ypsilantis

Posted in Ignacio Carrión Hernández | Tagged , , | Leave a comment

Un voyage en train, en Inde. (En lisant « India. Vagón 14.24 » d’Ignacio Carrión Hernández) – 1/2

 

Parmi les très nombreuses manières de voyager, l’une d’elles m’a particulièrement séduit pour diverses raisons, et d’abord parce que le train est bien la meilleure manière de découvrir l’Inde. Ces voyages en train en Inde restent parmi mes plus beaux souvenirs de voyage, des souvenirs qui me revisitent très souvent et à l’improviste. A ces milliers de kilomètres parcourus, j’aimerais en ajouter d’autres milliers. J’ai tellement aimé les trains indiens, le souffle des diesels, les paysages tantôt brûlés, tantôt luxuriants, avec ces arrêts plus ou moins prolongés au cours desquels je marchais à pas lents sur les quais. Le train était devenu ma maison et je le quittais toujours à regret.

J’ai devant moi un petit livre à couverture verte. Je me souviens de mon plaisir, lorsque je l’ai dégoté dans le fouillis d’un bouquiniste de la Plaza de la Corredera, à Córdoba. Il s’intitule « Indian Vagón 14.24 ». Son auteur, Ignacio Carrión Hernández. Le bouquiniste vendait de nombreux ouvrages publiés au cours de cette période communément nommée la Transición española, des années qui virent une frénésie éditoriale, souvent de qualité, après presque quarante ans de franquisme. Ce petit livre a été publié en 1977.

Ignacio Carrión Hernández fit donc un curieux voyage. Cet Espagnol originaire de Valencia (il résidait alors à Cambridge) répondit à une annonce qui proposait un voyage dans un wagon (le 14.24) qui, accroché à des trains indiens, allait faire le tour du pays, un tour organisé par un Anglais résidant à New Delhi.

 

Ignacio Carrión Hernández (San Sebastián, 6 sept. 1938 – Valencia, 8 oct. 2016)

 

Quelques notes de lecture. Arrivée par avion à New Delhi. Les sens sont assaillis. (A ce propos, je me souviens d’avoir été plongé durant une dizaine de jours dans un état proche de la dépression lors de mon retour d’Inde, un état que j’ai rétrospectivement expliqué par le manque de couleurs. Les couleurs de l’Inde ! Les couleurs de l’Inde qui sont les saris, les images religieuses du panthéon hindou mais aussi chrétien, les épices, les camions…). Une petite annonce dans un journal londonien proposait un tour de l’Inde en six semaines pour la modique somme de 80 £, soit moins de 10 000 pesetas. Un certain Jim Glossop, originaire du Yorkshire, avait loué un wagon qui attendait en gare de New Delhi une douzaine de voyageurs pour s’accrocher à des trains ordinaires et faire un tour du pays, un wagon dénué de tout confort. Pas de guide. Pas de nourriture spéciale. Des toilettes et une cuisine rudimentaires.

L’auteur écrit : « A mí los viajes me dan risa, por eso los hago » (« Je ris lorsque je voyage ; c’est pourquoi je voyage »). Et c’est vrai. On pique volontiers des fous rires en voyage, plus qu’en restant chez soi. Mais pourquoi ? Parce que l’attention se désengourdit, que les habitudes sont dérangées et qu’ainsi le si précieux étonnement nous atteint plus sûrement.

Un portrait synthétique de la capitale de l’Inde, New Delhi, New Delhi qui n’est pas l’Inde a dit le Mahatma Gandhi. New Delhi est pourtant l’Inde dans l’un de ses quartiers, Chandni Chowk (l’Inde en miniature). Départ en train (dans le wagon 14.24), New Delhi pour Hardwar (anciennement Gangadwara), ville sacrée aux portes du Gange.

J’allais oublier de décrire plus minutieusement le wagon, la demeure roulante d’une douzaine de voyageurs durant six semaines. C’est un wagon rougeâtre avec fenêtres à barreaux noirs. L’intérieur du wagon correspond précisément à la description de l’annonce. Deux bancs qui se font face dans la longueur, un fourneau alimenté au charbon, des toilettes et une douche. Quelques tabourets en osier et une petite table ont été ajoutés par Jim Glosop, ainsi que quelques cartes de l’Inde. Ce que ne précise pas l’auteur : les toilettes sont-elles Indian Style ou Western Style, un détail qui a son importance pour celui qui a pratiqué les trains indiens, des trains qui offrent le choix entre ces deux styles (à prononcer avec l’accent anglais). Dans le wagon aussi un ventilateur, au plafond. Nettoyage et séchage du linge à l’arrêt, dans les gares, ou bien dans le wagon. Douches rapides, la réserve d’eau étant peu volumineuse. Le ménage et autres corvées (dont les toilettes) incombent aux occupants du wagon.

 

Un train indien et sa locomotive diesel

 

L’auteur de ce petit livre sait tenir ses humeurs à distance, comme le font les voyageurs anglais que je ne cesse d’apprécier, en grande partie pour cette raison. Sur ces pages flotte une ironie légère, une distanciation que cet Espagnol originaire de Valencia (il est né au Pays Basque accidentellement, pour cause de guerre civile) a probablement appris chez les Anglais.

Ignacio Carrión Hernández évoque cette lenteur (langueur ?) indienne, « una languidez especial », et me vient un souvenir indien avec la postière de Cochin, à laquelle je remettais des cartes postales qui montraient généralement des attelages de buffles aux cornes peintes et des éléphants, beaucoup l’éléphants. Je me souviens donc de la postière de Cochin, en sari toujours et dont la couleur changeait d’un jour à l’autre, une postière belle et souriante. Elle quittait le bureau de poste à pas très lents, majestueux pourrait-on dire, protégée par une vaste ombrelle tantôt mauve tantôt safran. Je l’observais. J’observais aussi l’un des derniers Juifs de Cochin, à quelques pas du bureau de poste, un homme à la peau et au regard clairs, appuyé à la rambarde de son escalier, à l’entrée de Synagogue Lane, un cul-de sac où j’aimais m’accroupir, le dos appuyé contre un mur, pour prendre des notes. J’ai repensé à la postière de Cochin en lisant ces mots d’Ignacio Carrión Hernández : « … se mueven con esa elegancia natural de las indias, una mezcla de calma y determinación inimitable. »

Excursion à Rishikes, ville plus petite que Hardwar mais non moins sainte et rendue célèbre par les Beatles. Lucknow – Benares, la ville la plus sainte du pays et l’une des plus anciennes, soit sept heures de voyage.

Tout en lisant ce livre, je m’interroge : comment Ignacio Carrión Hernández l’a-t-il écrit ? Il me semble qu’il a pris des notes (plus ou moins élaborées), une manière de croquis, avant de passer à l’élaboration finale. C’est ainsi qu’on travaille le mieux : des notes pour mieux se souvenir, entre stylographe et papier puis entre clavier et écran. A ce propos, je me souviens de mon immense plaisir à prendre des notes, plus précisément dans quelque chose en mouvement, des trains en l’occurrence (avec ces wagons tirés par de puissants et lents diesels) mais aussi des autocars, des taxis et des rickshaws.

Je lis ces pages et mille souvenirs me saisissent. Je suis dans des trains, entre backwaters du Kérala et aridités du Tamil Nadu où je me vis par moments dans la savane africaine, mais une savane plus assoiffée où le minéral semblait vouloir en finir avec un végétal déjà bien affaibli. J’ai tant aimé ces heures ; et j’y reprends place sans peine. Je laissais aller mon regard dans des espaces circonscrits par des fenêtres que striaient des barreaux fixés à l’horizontale, des barreaux que le regard oubliait sans peine.

Mais j’en reviens à Ignacio Carrión Hernández. Il évoque ces cadavres d’Hindous, à Benarés, entre les flammes d’un bûcher et l’eau du Gange. Des cadavres ne sont qu’à moitié brûlés : ce sont des cadavres de pauvres qui n’ont pu s’offrir assez de combustible pour une crémation complète. L’un de ces cadavres heurte sa barque, un cadavre qui dans un moment se retrouvera au milieu des baigneurs (« dentro de un momento estará entre los bañistas »). L’odeur de chair brûlée venue des ghats. Les corbeaux et les vautours dans les palais en ruine. L’urine partout et son odeur. C’est un livre très convaincant aux grandes qualités sensorielles. Nombre de paragraphes pourraient sans peine faire l’objet d’un dessin ou d’une gravure. L’Inde, pays puissamment visuel dont on revient comme drogué, drogué par ses couleurs d’abord. Je le redis, j’ai connu comme une dépression à mon retour d’Inde, par manque de couleurs.

Un rickshaw, le moyen de transport urbain le plus populaire en Inde.

 

Je me suis souvenu d’équipées avec conduite en zigzag à bord d’une Hindustan Ambassador Classic 1500 DSL, des zigzags d’autant plus inquiétants que sur ces routes par ailleurs assez proprement asphaltées il n’y avait pas le moindre marquage au sol. Il faut les avoir empruntées pour prendre conscience du sentiment de sécurité qu’il donne. Circulaient de nombreux camions-citernes plutôt vétustes sur lesquels il était écrit au pochoir Highly Inflammable. Avant de prendre la route, le chauffeur, un Chrétien, ne manquait jamais de se recueillir devant un petit autel en bord de route, avec Jésus-Christ au cœur ardent et saignant honoré de colliers de fleurs et de bâtonnets d’encens aux tonalités d’épices. De plus, un chapelet était accroché au rétroviseur et une petite croix se balançait au gré de la route. Mais Jésus-Christ ne me suffisait pas et derrière les camions-citernes, je m’en remettais aussi aux divinités du panthéon hindou.

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

Posted in Ignacio Carrión Hernández | Tagged , , | Leave a comment

En lisant « Qui t’aime ainsi » (Chi ti ama così) d’Edith Bruck – 2/2

 

Edith Bruck rend également compte des gestes de solidarité des Allemands, y compris de ses gardiens, gestes d’autant plus remarquables qu’ils auront été rares. « Lors de la traversée des villages, les gens regardaient par la fenêtre et parfois ils nous lançaient des pains entiers ». Mais quelques lignes plus loin : « Par la suite, quatre femmes affirmèrent qu’elles ne pouvaient plus avancer. Les Allemands arrêtèrent la caravane : que celles qui ne pouvaient plus continuer le disent, on les emmènerait dans un hôpital. Rêvant d’un lit tout blanc avec une infirmière, certaines déclarèrent ne plus pouvoir avancer. Elles furent abattues d’un coup de pistolet ».

Ces gestes de solidarité étant rares, Edith les rapporte minutieusement. Les déportés avec lesquels j’ai eu la chance de m’entretenir me les rapportaient avec une même minutie : ils étaient gravés dans leur mémoire. Dans le cas d’Edith Bruck, c’est par exemple ce soldat de l’Organisation Todt (OT), pas un SS précise-t-elle, qui lui procure régulièrement un peu à manger. Il est vrai que ces gestes se multiplièrent vers la fin (plusieurs rescapés me l’ont confirmé) car des Allemands sentant que le Reich était en voie d’effondrement préférèrent se montrer relativement conciliants. Mais il est non moins vrai que d’autres, décidés à entraîner le monde dans leur perte, multiplièrent les violences. Le nombre des victimes des camps n’a cessé d’augmenter à mesure que la défaite de l’Allemagne se précisait. Pensons en particulier aux Juifs de Hongrie…

 

Young German boy walking down dirt road lined w. corpses of hundreds of prisoners who died of starvation nr. Bergen Belsen extermination camp.

 

Les deux sœurs poursuivent leur marche. Nous sommes en hiver. Les vêtements pèsent sur les corps décharnés. « Au fur et à mesure que nous avancions, nous jetions nos haillons parce qu’ils nous pesaient ». Edith, une gamine, risque sa vie pour manger (voir la fin du chapitre 4). Edith, sa sœur et ces femmes, celles qui ne meurent pas en route, vont marcher durant cinq semaines et parcourir… mille cinq cents kilomètres ! Mille cinq cents kilomètres avant d’arriver au camp de Bergen-Belsen, un camp plongé dans un atroce chaos après le repli d’autres camps (notamment celui d’Auschwitz) face à l’avance soviétique. Le camp est rempli de mourants et de morts, et les poux propagent le typhus. Nombre de celles qui ont survécu à cette marche meurent alors. Mais la proximité de tant de morts et de mourants confirme Edith dans sa rage de vivre. « J’avais la diarrhée. Je n’avais aucun endroit où pouvoir aller parce que j’étais entourée de moribonds. Je finis par choisir une tente remplie de morts et, tout en faisant mes besoins sur eux, je leur demandais pardon ».

15 avril. Bergen-Belsen est libéré et cette date correspond précisément au premier anniversaire de son arrestation. Transfert à Celle, à peu de distance de Bergen-Belsen. Des flirts, promenades et chocolat… « Beaucoup de celles qui acceptaient tombèrent enceintes au cours d’une promenade ». Dans ce camp qui avait été un mouroir ravagé par le typhus, des bals et autres divertissements sont organisés. A Celle, Edith connaît son premier amour, un flirt avec un jeune Hongrois qui ressemble à son frère Laci.

Il y a cinq mois que les deux sœurs ont été libérées. Elles reviennent en Hongrie, dans leur village où elles espèrent revoir des rescapés de leur famille. Elles font halte à Budapest qu’Edith ne connaît pas et où elles retrouvent Margo, une sœur, et son petit garçon, puis leur frère, Peter, survivant des camps lui aussi et qui a vu son père mourir, et une autre sœur, Leila, élégante et froide, et qu’Edith ne reverra pas. Mais lisez ce livre ! L’écriture en est alerte, trépidante même, moqueuse volontiers. Edith s’étonne de tout ce qu’on raconte sur les soldats russes, accusés de violer autant qu’ils le peuvent, y compris des grands-mères. Edith émet des doutes et rétorque qu’il valait mieux être violée que finir vivante dans des fours crématoires. Elle observe les Russes, discrètement, et ne s’en laisse pas compter. On lui dit qu’un Russe lave du poisson dans un bidet. Elle finit par hurler, exaspérée : « Allez en Allemagne, là-bas ils sont raffinés et civilisés ! »

Une vue du camp de Bergen-Belsen après sa libération.

 

Je retrouve dans ces pages toute une féminité, cette féminité qui irrigue les pages de « Signora Auschwitz » et qui à l’occasion trouble le lecteur.

Edith Bruck poursuit l’errance. Elle se rend clandestinement en Tchécoslovaquie. Les gens s’efforcent de se débrouiller dans un monde déglingué et elle note qu’ils deviennent de plus en plus vils, pensant ainsi, probablement, pouvoir mieux se débrouiller…

La mémoire d’Edith Bruck est précise, si précise qu’en la lisant on se voit placé devant un écran, au cinéma. Je le redis, il y a une précision cinématographique dans ces pages. On est immergé dans l’espace et le temps dont elle rend compte. En quelques mots, elle donne une telle crédibilité aux individus qu’il nous semble les voir en chair et en os, pouvoir avancer une main et les toucher. L’économie de moyens confirme les ambiances, comme dans le néo-réalisme (neorealismo), ce mouvement du cinéma italien né précisément dans les années sur lesquelles s’ouvre le récit d’Edith Bruck.

Redisons-le, ce témoignage est celui d’une femme, une femme qui ne cache pas ses sentiments et ses comportements et, de ce point de vue, on peut parler d’une femme libre, authentiquement libre, libre de toute idéologie, religion, concept et, surtout, de toute image, celle de la Sainte, de l’Exemple, du Modèle ou de la Pédagogue, entre autres images. Edit Bruck n’est pas une militante : elle est son propre porte-parole, et en rien celui du communisme, de l’anti-fascisme et autres idéologies, mâchées et remâchées par les foules. Elle s’efforce même d’être sioniste mais sans y parvenir vraiment. Elle se dit qu’elle l’aurait vraiment été si elle était née et restée en Israël, si elle avait été une sabra. Et c’est peut-être même avant tout pourquoi ce témoignage est si précieux. J’ai un tel plaisir à lire Edith Bruck qu’il m’arrive de ralentir et même d’interrompre ma lecture pour en faire durer le plaisir… Il faut lire par exemple ce qu’elle écrit à la fin du chapitre 7, au sujet de sa relation avec Tibi, son cousin.

Cette transparence d’Edith Bruck fait que le lecteur se retrouve dans sa peau. Sa transparence (je ne sais vraiment pas à quel autre mot faire appel) subjugue et à la lire, on se retrouve immergé dans une eau claire et fraîche bien qu’il soit essentiellement question d’une extrême misère tant physique que psychologique et morale. Pourquoi ne pas le dire ? Il est difficile pour l’homme qui la lit de ne pas devenir amoureux d’elle, d’autant plus que nous savons qu’elle est belle, ce que confirme la photographie choisie pour la couverture de la présente édition de « Qui t’aime ainsi », une photographie où elle a plus ou moins vingt ans, je suppose.

Alors qu’elle est enceinte de son cousin Tibi, qu’elle aurait aimé repousser mais qu’elle aime tout en le haïssant, celui-ci la force à avorter, ce qu’elle commence par refuser mais finit par accepter. Avant de partir pour Prague dans le but de se faire avorter, elle pense au suicide. Elle écrit : « Je suis sortie sur la terrasse, il faisait nuit, je me suis appuyée sur la balustrade, j’ai regardé la rue en bas. Sur les maisons d’en face, il y avait de grands panneaux sur lesquels était écrit : « Juifs, dehors, allez-vous-en en Palestine ! » Quelqu’un est passé en parlant du film qu’il avait vu, Le Dictateur, et il riait. Cela me désespéra davantage encore. Pour nous les Juifs, il n’y avait vraiment aucun endroit où pouvoir vivre en paix. Puis je pensais au film de Chaplin et je souris : au fond je n’avais pas envie de mourir ». Ce passage ne cesse de m’interroger. Il est génial au sens strict de ce mot à présent galvaudé, génial en ce qu’il concentre en peu de mots une infinité de tensions, tensions personnelles et collectives, et toujours avec une parfaite économie de moyens. Edith Bruck prend le lecteur par la main et l’entraîne dans son laboratoire (le laboratoire de l’écriture, du souvenir, du souvenir qui s’écrit) pour qu’il place son œil sur le microscope et voit ce qu’elle a été ; et ce qui a été est.

Sa famille finit par apprendre ce qu’il lui est arrivé. Elle écrit : « J’étais devenue la brebis galeuse de la famille ; ils me reprochaient souvent mes erreurs sans penser aux leurs ». Point à la ligne. Pas d’atermoiement. Aucune insistance : ni reproche ni tentative de justification. L’écriture suit son rythme, vigoureuse et rigoureuse. Et le lecteur en vient à remercier Edith Bruck mais aussi sa traductrice, Patricia Amardeil (pour ceux qui ne lisent pas dans l’original, l’italien, ce qui est mon cas).

 

Haïfa vu du Mont Carmel dans les années 1940.

 

La famille décide d’envoyer « la brebis galeuse » en Palestine. Elle finit par s’entendre avec un garçon, Milan. Ils pensent partir ensemble. Elle a à peine seize ans ; elle en avait douze lorsqu’elle fut débarquée sur la Judenrampe. Je passe sur certaines séquences (car j’espère que ceux qui me lisent liront ce livre) pour en venir à la cérémonie (juive) de mariage, avec Milan, un homme sympathique (contrairement à Tibi) mais qu’elle n’aime pas et qu’elle espère finir par aimer… En lisant la description de cette cérémonie, je n’ai pu une fois encore que penser au cinéma néo-réaliste mais aussi à certains romans d’Alberto Moravia, autre figure du néo-réalisme italien.

Départ pour la Palestine. Le groupe quitte la Tchécoslovaquie pour l’Allemagne où il transite par différents camps dont celui de Gereistriet. Edith se montre enthousiaste, prête à défendre la patrie, Israël. Le départ pour Israël est ajourné. On enquête à son sujet. Elle écrit : « Avec ce nez, ces yeux, ces cheveux, j’aurais pu ne pas être juive ». Bref, on ragote sur son compte avant de finir par écarter les soupçons et même lui présenter des excuses. Mais les ragots sont arrivés jusqu’en Israël. Marseille. Embarquement clandestin. Nous sommes fin août 1948. Elle débarque à Haïfa le 3 septembre 1948.

Tout en lisant ce livre, je prends la mesure du sens de l’anecdote qu’a cette écrivain et, à ce propos, je pourrais saturer cet article de passages choisis dans cette centaine de pages. Elle dessine des portraits en quelques lignes, à la manière des meilleurs caricaturistes. Rien ne manque et rien n’est en trop.

J’ai souri à la lecture de certains passages, par exemple celui où elle nous dit qu’en faisant la queue pour se rendre au réfectoire, dans un camp entre Tel-Aviv et Haïfa, une queue interminable dans la chaleur, elle apprit à se disputer dans toutes les langues : arabe, russe, yiddish. « Les baraques étaient en tôle et tout autour il n’y avait que du sable, toujours et encore. Chaque chambre abritait sept, huit personnes (…) Pendant la nuit, la chaleur restait suffocante, on ne pouvait pas sortir à cause des chacals qui hurlaient devant la porte. Les hommes ronflaient dans la baraque, moi je m’endormais à l’aube ». On imagine la scène… On pourrait sans peine la transférer dans un film de Charlie Chaplin et plus encore de Buster Keaton et autres comiques parmi les plus grands. A ce propos, je me souviens des fous rires qui m’ont pris en lisant « La Trêve » (« La Tregua ») de Primo Levi, le récit de ce tortueux retour des camps à sa patrie, un récit dans la meilleure veine picaresque. Et j’ai d’autant plus ri que je venais de lire « Si c’est un homme » (« Se questo è un uomo ») auquel ce livre fait suite.

Arrivée en Israël. Edith Bruck veut s’engager dans l’armée, mais elle n’a pas dix-huit ans. Elle ne supporte plus la vie en communauté. Elle tente de prendre possession d’une chambre dans une maison de la Casbah de Haïfa mais on la flanque à la porte. Elle s’installe dans un immeuble bombardé. Elle veut divorcer. Elle fait des ménages. Elle finit par divorcer. Elle se débrouille. Elle ne se débrouille pas. La promiscuité, toujours, avec ces personnes qui dorment jusque dans les couloirs. Mauvaises odeurs, ronflements, etc. Des hommes la reluquent. Elle cède à l’un d’eux. Elle se dégoûte. D’autres lui font la cour mais sans lui manquer de respect. Elle devient amoureuse et se marie. Le couple s’installe dans un entresol crasseux. Ils s’aiment à la folie. Elle travaille dans un restaurant, quatorze heures par jour, sans oublier les tâches ménagères. La promiscuité encore et toujours. Avec l’hiver, l’eau s’infiltre partout et il faut sans cesse déplacer le lit. Disputes. On se sépare, on se rabiboche. Edith s’épuise bien qu’elle soit robuste, elle s’épuise pour gagner trop peu. Le mari finit par la frapper, gifles, coups de pieds (« même au visage »), puis il lui adresse des mots d’amour et multiplie les gestes d’attention deux jours plus tard. Divorce. Elle quitte Haïfa pour Tel-Aviv, ne trouve pas de travail, tombe malade, revient à Haïfa où elle chante dans un cabaret qui la licencie le lendemain « parce que je ne savais pas distinguer un do d’un si », travaille comme serveuse, et je passe sur des mésaventures tragi-comiques. En lisant ces pages, il m’est arrivé de penser à ce récit autobiographique de 1933 de George Orwell, « Down and Out in Paris and London », un chef-d’œuvre lui aussi. Mais surtout, j’ai vu ces scènes transposées à l’écran, avec hésitation prolongée entre rire et larmes.

 

Kibboutz Kfar Etzion en 1947.

 

Edith envie la force des sabras, de ceux et celles qui ne connaissent que le pays où ils sont nés, Israël. Mais elle porte en elle les camps et se sent vieille alors qu’elle a tout juste vingt ans. Et elle se pose la question : « Est-ce que nous serions venus s’il n’y avait pas eu les persécutions ? » La fin de ce livre mérite une attention particulière tant elle y décrit sur un mode pudique (et qui pourtant ne cache rien) ce qu’elle mais aussi ce que tant de rescapés des camps nazis éprouvent. Elle aimerait épouser l’un de ces jeunes sabras qui « ne pensaient qu’à défendre leurs champs et bien les cultiver, à mettre au monde de nombreux enfants pour que le pays devienne plus fort ». Mais son passé (ses épreuves et ses erreurs) l’encombre et lui pèse. Elle veut quitter Israël mais étant divorcée, elle peut être retenue pour faire son service militaire. Elle contracte un troisième mariage, une pure formalité, puis s’empresse de divorcer avant de quitter Israël.

Tout en lisant ce livre, j’ai été étonné par sa précision et je me suis interrogé sur la mémoire d’Edith Bruck. La mémoire est certes capable de choses étonnantes mais la difficulté vient lorsqu’il s’agit de respecter une chronologie, ce qu’Emmanuel Berl a admirablement exprimé dans l’un de ses écrits autobiographiques, avec son ironique légèreté. Mais par une note placée en fin de récit, j’ai appris qu’Edith Bruck avait commencé à écrire ce livre à la fin de l’année 1945, en Hongrie et en hongrois, sa langue maternelle. Elle a perdu le document, un cahier, en Tchécoslovaquie, dans lequel était consigné le début de ce récit. « J’ai essayé de le réécrire ensuite, à plusieurs reprises, dans les différents pays où j’ai été. Ce n’est qu’à Rome, entre 1958 et 1959, que j’ai réussi à l’écrire intégralement dans une langue qui n’est pas la mienne ». Ainsi, ce livre a-t-il été précédé d’une tentative (au moins partielle) d’écriture de la mémoire.

Permettez-moi enfin de citer un passage qui figure en fin de livre, une explication sans faux-fuyant, pure et transparente : « Ils (les sabras) disaient (…) que nous n’étions bons qu’à nous marier et divorcer, divorcer et nous remarier. Je répondais qu’ils étaient incapables de nous comprendre. En Allemagne, nous avions tout perdu, nos biens et nos proches et nous nous mariions pour ne jamais rester seuls, pas même un instant. Nous vivions au jour le jour, encore hantés par le cauchemar de la mort. Nous étions restés orphelins très jeunes, sans soutien moral, sans maison, avec une santé fragile, pour beaucoup détruits à jamais. En ville, il y avait trente divorces par jour et tous de jeunes comme moi. Il est difficile de trouver le bon chemin tout seul, plus encore dans l’adversité. C’était vrai ! Nous ne ressemblions pas à cette jeunesse forte et saine qui pouvait danser et chanter, s’instruire et combattre sans jamais fléchir ». Ainsi, malgré elle, Edith Bruck se fait-elle porte-parole silencieuse des rescapé(e)s des camps. Et c’est aussi ce qui contribue à la très grande valeur de ce témoignage, valeur littéraire (Edith Bruck est une écrivain majeure de la littérature italienne et européenne) et valeur historique, un document pour l’histoire, l’histoire des Juifs hongrois au cours de la Deuxième Guerre mondiale mais aussi d’Israël en 1948.

 

Olivier Ypsilantis

Posted in Edith BRUCK | Tagged , , , , | Leave a comment

En lisant « Qui t’aime ainsi » (Chi ti ama così) d’Edith Bruck – 1/2

 

A Patricia Amardeil, qui se bat pour la mémoire de la Shoah depuis de nombreuses années et qui par ses traductions d’Edith Bruck (Edith Steinschreiber) offre au public francophone la possibilité de rencontrer une grande dame des lettres italiennes, une Juive hongroise rescapée d’Auschwitz.

A Georges Bensoussan, grand historien de courage penché sur l’étude de l’immense mémoire juive et qui m’a permis de rencontrer Patricia Amardeil.  

 

Je viens de recevoir au courrier le livre d’Edith Bruck, « Qui t’aime ainsi », son premier livre. Il a été publié en 1959. Je l’ouvre, il fleure encore l’encre d’imprimerie. Il est dédicacé par sa traductrice, Patricia Amardeil : Pour toi cher Olivier, ce deuxième livre d’Edith Bruck traduit en français parce que la Shoah n’en finit pas d’ébranler notre raison et de bouleverser notre cœur. Avec toute mon amitié, Patricia. J’avais rendu compte dans un article en deux parties sur ce blog du premier livre d’Edith Bruck traduit en français, traduction réalisée par Patricia Amardeil, « Signora Auschwitz » :

http://zakhor-online.com/?p=10239

http://zakhor-online.com/?p=10202

Ces deux livres d’Edith Bruck, traduits de l’italien au français par Patricia Amardeil, ont été publiés aux Éditions Kimé (2, impasse des Peintres, Paris IIe arrondissement), dans la collection Mémoires en jeu.

La couverture de « Qui t’aime ainsi » montre Edith Bruck jeune, d’une grande beauté avec ce visage plein, classique, harmonieux, sculptural. A ce propos, je me demande si sur cette photographie Edith Bruck ne pose pas pour un artiste, avec cette sculpture au premier plan. Je vais enquêter, j’aimerais en savoir plus.

 

Couverture du livre achevé d’imprimer en mars 2017. Et un lien vers les Éditions Kimé : http://www.editionskime.fr

 

Ce petit livre, une centaine de pages, s’ouvre sur une présentation de Philippe Mesnard, « A corps et âmes perdus », Philippe Mesnard qui dirige la collection Mémoires en jeu. Suivent les onze chapitres du texte d’Edith Bruck. Deux textes de Jean-François Forges, modestement intitulés « Notice historique » et « Notes de la notice historique », ferment l’ensemble. Philippe Mesnard est notamment l’éditeur de deux inédits de Primo Levi ainsi que des manuscrits des Sonderkommando d’Auschwitz. Jean-François Forges est aussi l’auteur d’un livre dont je conseille la lecture : « Éduquer contre Auschwitz – Histoire et mémoire ».

En quatrième de couverture, on peut lire : « Edith Bruck livre avec Qui t’aime ainsi un double témoignage inédit. Il s’agit d’abord d’un des rares récits, venant prendre place à côté de celui d’Être sans destin d’Imre Kertész, de la déportation et de l’internement des Juifs hongrois au printemps 1944. La destination étant Auschwitz et le but, l’extermination. Edith Bruck y survit. Mais ensuite, plus rare encore, la deuxième moitié du livre témoigne de l’errance des survivants et, plus particulièrement, de ces tout jeunes gens privés de repères affectifs et livrés à eux-mêmes. Car l’ouverture des camps n’apporte, pour eux comme pour nombre des rescapés, ni la restitution du monde d’avant et de leurs biens, ni la possibilité du bonheur de vivre ».

Dans sa présentation, Philippe Mesnard nous avertit : le corps, le corps vieilli, survivant d’Auschwitz, est déjà présent dans « Qui t’aime ainsi » comme il est présent dans « Signora Auschwitz », une présence récurrente et centrale.

« Qui t’aime ainsi » est la deuxième traduction au français d’un livre d’Edith Bruck, cette écrivain des lettres italiennes d’origine hongroise, rappelons-le, deux traductions menées par Patricia Amardeil qui termine une troisième traduction d’Edith Bruck dont j’espère rendre prochainement compte sur ce blog. « Qui t’aime ainsi » est dédié « A ma mère pour le pain qui avait le meilleur goût du monde ».

Le livre commence par nous entraîner dans le milieu familial. La maisonnette, une masure au toit de chaume qui laisse passer la pluie. Un père taciturne qui fait commerce de tout sans réussir à pourvoir aux besoins de la famille. Une mère, trente-neuf ans mais qui en paraît beaucoup plus. Le dénuement, les disputes et l’école où elle est heureuse de se rendre parce qu’elle l’éloigne de ces disputes. Dès les premières lignes, on est poussé (précipité même) dans ce livre. Pourquoi ? Parce que les détails (les précisions) nous attirent et nous cernent, définissant une ambiance. La puissance d’ambiance (atmosfera) de ces pages (il s’agit d’une traduction, ce qui incite le lecteur à remercier aussi la traductrice, Patricia Amardeil) est stupéfiante.

Ce document littéraire (Edith Bruck est une écrivain majeure de la littérature italienne) est aussi un document historique, ce que souligne Jean-François Forges dans sa « Notice historique » qui s’ouvre sur ces mots : « La lecture du livre d’Edith Bruck Qui t’aime ainsi permet d’aborder plusieurs thèmes historiques vus par les yeux d’une jeune juive hongroise ». Rappelons que les Juifs hongrois ont été relativement épargnés (par rapport aux Juifs polonais pour ne citer qu’eux) jusqu’en 1944, avant d’être massivement déportés, gazés, incinérés. 146 convois transportant 423 500 Juifs hongrois arrivèrent à Auschwitz entre le 16 mai et le 9 juillet 1944. Parmi eux Edith Bruck et des membres de sa famille, arrivés à Birkenau fin mai 1944.

Les capacités de la machine à exterminer mais aussi de la machine à effacer l’extermination (les fours crématoires) se révélèrent insuffisantes face à un tel afflux. Par ailleurs, l’entassement était effroyable. Voir cette partie du camp de Birkenau (secteur BIII) surnommée Mexiko, le Mexique étant alors considéré comme un pays particulièrement misérable. Le crématoire VI qui aurait considérablement augmenté les capacités de l’ensemble ne put être installé à temps. Il faut avoir étudié le Sonderaktion 1005 et le travail supervisé par Paul Blobel pour prendre la pleine mesure de cette volonté radicale d’exterminer mais aussi de cacher toute trace d’extermination, à savoir les victimes, les corps des victimes, des millions et des millions de corps.

Ce document rend également compte de la multiplication des signes de l’antisémitisme. Ainsi tient-on cette confirmation : le nazisme a bénéficié de multiples complicités, d’un terrain favorable, comme on le dit du cancer. Trop souvent, les nazis n’eurent qu’à apporter la touche finale, le reste ayant été accompli par un antisémitisme multiséculaire.

 

 

Dans la mentalité commune, le Juif est nécessairement riche, il roule sur l’or, au sens propre de l’expression… Je n’exagère rien. Ainsi, les paysans (des Chrétiens protestants) du village hongrois où est née et a grandi Edith Bruck, un village aux confins de l’Ukraine et de la Slovaquie, s’étonnent que sa famille soit pauvre : « Mais comment se fait-il qu’ils ne soient pas riches ? » Cette lente emprise de l’antisémitisme dans la vie quotidienne n’est pas moins effrayante que l’organisation de mort du monde concentrationnaire : elle l’annonce et le prépare. Ainsi, dans « The Exorcist » (le film de 1973 de William Friedkin d’après un scénario de William Peter Blatty), la partie la plus inquiétante est-elle bien celle qui rend compte de signes annonciateurs, annonciateurs d’on ne sait vraiment quoi, ce qui ajoute à l’inquiétude. Ce qui suit n’est pas inquiétant, l’effroi ayant eu raison de l’inquiétude. Souvenez-vous de ces bruits venus du grenier, dans cette maison confortable et ordonnée d’Américains middle class alors que la famille est réunie autour de la table. Quelques-uns de ces signes dans le livre d’Edith Bruck : lorsque les Juifs entrent se baigner dans le fleuve, des non-Juifs en sortent en les accusant d’avoir sali l’eau. Il est vrai que la famille d’Edith Bruck souffre moins de l’antisémitisme que d’autres familles car moins observante. Mais elle en arrive à ce qui suit : «  Les Juifs ne jouaient pas avec moi en disant que je n’étais pas assez juive (…) Il me restait quelques amis chrétiens qui, parfois, me défendaient ». A l’école l’antisémitisme se fait de plus en plus manifeste, dans le village aussi. « Bon nombre des personnes au milieu desquelles j’avais grandi ne me saluaient plus en feignant de ne pas me voir ». C’est l’un des signes de l’horreur à venir, de l’horreur toute proche. Edith Bruck est déjà dans l’enceinte d’Auschwitz-Birkenau.

Pâques 1944. L’angoisse ruisselle, les sueurs de l’angoisse. Et la nuit confirme son emprise. Le danger rôde juste derrière la cloison. Couvre-feu sépulcral. A l’aube, coups violents contre la porte. La gigantesque machine va les happer. Le père montre aux gendarmes ses décorations gagnées au cours de la Première Guerre mondiale. Mais ils rient, les jettent par terre et lui conseillent de sortir vite s’il ne veut pas être sorti à coups de pieds. Une fois les Juifs rassemblés, les gendarmes séparent femmes et hommes puis les font se déshabiller afin d’explorer tous leurs orifices : une fois encore, c’est ainsi dans bien des têtes : Juif = or. Edith Bruck, douze ans, a droit à cette fouille : « Ils fouillèrent de leurs doigts tous les orifices qu’un animal peut avoir. J’avais envie de rire, je n’éprouvais aucune honte devant eux ». Arrivée dans un ghetto organisé par les nazis. Déshabillage pour fouille, une fois encore. Après cinq semaines passées là, transfert dans une synagogue « très belle et grande comme un théâtre ». Nous sommes fin mai 1944. Wagons à bestiaux. A la frontière allemande, les Allemands demandent de l’or, les Juifs étant supposés en être bardés. Ils partent avec des alliances. Auschwitz. Sélection. Séparation. Le rituel de l’abattoir et pire. Mais lisez ce livre !

Les chapitres 4 et 5 rendent compte des transferts d’Auschwitz à Bergen-Belsen où elle est libérée. Ces transferts supposent une mortalité effrayante car il faut marcher et marcher encore, avec des rations de plus en plus réduites que complète à l’occasion du chapardage. Le gigantesque système concentrationnaire s’effondre avec les armées du Reich et la mortalité augmente. Il faut avoir étudié les derniers temps de Bergen-Belsen (un camp à l’histoire et à la composition assez particulières) pour prendre la mesure de ce que supposait l’entassement avec notamment la propagation des pires maladies dont le typhus.

Edith et sa sœur Eliz restent ensemble, ce qui contribue en grande partie à leur survie ; Edith ne le dit pas explicitement mais le lecteur le pressent. Et c’est en lisant ces chapitres 4 et 5 que l’expression l’énergie du désespoir prend tout son sens. Dans ce chaos, la mort se fait encore plus présente, par épuisement et maladie. Dans ce chaos, le lecteur découvre, ou achève de découvrir, Edith, une petite fille (elle a douze ans, rappelons-le) délurée et dotée d’une énergie vitale qui semble dépasser la moyenne. Pour survivre il faut « organiser », « organiser », l’un des mots les plus utilisés dans l’univers concentrationnaire, « organiser » pour survivre, tout simplement. La nourriture est devenue si rare que marcher demande un immense effort ; et ceux qui ne peuvent suivre sont systématiquement achevés.

Edith Bruck multiplie les anecdotes. L’histoire de l’univers concentrationnaire est d’abord faite d’anecdotes, l’anecdote étant particulièrement révélatrice dans cet univers où l’individu se voit soumis à des conditions extrêmes, inimaginables à l’extérieur des enceintes électrifiées.

Edith Bruck avance dans une colonne d’un millier de femmes gardées par seulement une vingtaine de soldats. Ce qu’elle écrit m’a grandement surpris : « Beaucoup de filles avaient un gilet ou une écharpe en laine : c’étaient les riches, et nous, en les regardant avec mépris, nous disions qu’elles ne se les étaient pas procurés de manière honnête. Peut-être avaient-elles volé le pain des autres ou qui sait encore… Beaucoup se mettaient du rouge à lèvres et, de temps à autre, s’enfonçaient dans le bois avec un Allemand pour en ressortir avec une écharpe neuve qu’elles échangeaient contre du pain. C’était une bonne fortune pour une Juive qu’un Allemand puisse la désirer. Pour moi, elles avaient raison, c’était une question de vie ou de mort, mais Eliz ne partageait pas mon point de vue. C’était un sujet de dispute entre nous ». Ce passage est révélateur de la psychologie d’Edith Bruck, d’un certain pragmatisme : « Pour moi, elles avaient raison, c’était une question de vie ou de mort ». Cette sincérité confirme la valeur de ce récit. Edith Bruck écoute sa vitalité qui la conduit et la protège et c’est aussi pourquoi ces pages sont parfaitement belles, belles malgré l’horreur qui les inonde. C’est un récit nu, un récit qui n’est pas conduit (recouvert, masqué) par une religion ou une idéologie, par une croyance.

Mais j’en reviens au passage ci-dessus. Il m’a surpris. L’idéologie avait écrasé les têtes et le Juif ou la Juive qui touchaient un Allemand ou une Allemande étaient qualifiés de Jüdischer Rassenschänder (souilleur de race). Un déporté juif m’a rapporté que l’un des hommes de son groupe avait été injurié et rudoyé par un soldat de l’escorte parce que son regard avait rencontré celui d’une « Aryenne » alors qu’ils traversaient un village. Ce même déporté m’a souvent rapporté que dans l’Allemagne vaincue et détruite les hommes manquaient et que nombre d’Allemandes les recherchaient. Ce rescapé d’Auschwitz s’était retrouvé à faire l’interprète entre Soviétiques et Britanniques, et il portait l’uniforme. L’uniforme ne déplaisait généralement pas aux Allemandes, il les rassurait à l’occasion : le soldat pouvait devenir un protecteur et améliorer son quotidien. Un jour, ce survivant me confia même avec le sourire : « Le Juif était le fruit défendu et, de ce fait, il était encore plus délicieux. »

(à suivre) 

Olivier Ypsilantis

 

Posted in Edith BRUCK | Tagged , , , , , , , , , | 32 Comments

Jean-Luc Mélenchon, « Méluche » pour ses potes.

 

« La colère des imbéciles remplit le monde. Nous avons voulu changer le monde et, à cette fin, nos avons dû compter avec l’Imbécile. Alors pour bien faire, nous le sommes tous devenus », Valentin Feldman, le 15 janvier 1940, dans « Journal de guerre, 1940-1941 »

 

Jean-Luc Mélenchon ? La France tombe dans le dégoût d’elle-même et de tout ce qui l’entoure, et Jean-Luc Mélenchon en est l’un des symptômes. La France est prête à s’en remettre à un baratineur qui surfe sur des approximations. A ce propos, je remercie « Danilette » de nous en avoir livré quelques-unes dans son article intitulé « Jean-Luc Mélenchon, quelques perles… » :

http://www.danilette.com/article-discours-de-jean-luc-melanchon-quelques-perles-106925702.html

La France qui tourne sur elle-même jusqu’à en perdre l’équilibre est donc prête à s’en remettre à celui qui parle le mieux, à un homme qui se présente comme une sorte de Christ laïque et républicain.

 

Jean-Luc Mélenchon (né en 1951)

 

Lorsqu’un pays va mal, il s’en remet à la démagogie. Plus celle-ci est profonde, plus elle l’attire, l’Histoire récente de l’Europe l’a montré. Nous sommes aujourd’hui placés devant le gouffre de la démagogie et Jean-Luc Mélenchon est en France son plus brillant représentant. Il est vrai que les temps sont inquiétants et que l’envie de mettre fin à l’inquiétude en sautant le pas gagne de plus en plus de monde. Mais ce gouffre n’est pas notre seule voie. Nous pouvons faire un pas de côté, rien qu’un pas, et nous l’épargner…

Dans le flot verbal de Jean-Luc Mélenchon (j’ai dit « flot », j’aurais pu dire « flux », je n’ai pas dit « dégueulis »), il y en a pour tous les goûts. C’est une soupe épaisse dans laquelle flottent toutes sortes de morceaux. Pour ma part, je dois être honnête, j’en savoure quelques-uns, certains segments de discours de politique étrangère.

Mais je sais que le bonhomme est le roi de l’embrouille, tant de choses flottent dans sa soupe… Par exemple, cette dénonciation du riche m’inquiète. Et d’abord, qu’est-ce que le riche ? Le « riche » est un concept absolument relatif puisque est riche celui qui est plus riche que moi, puisque sont riches ceux qui sont plus riches que moi. Ce qui permet d’activer l’envie de tous contre tous, étant donné qu’il y aura toujours plus riche que moi. Seuls sont épargnés l’Américain Bill Gates ou l’Espagnol Amancio Ortega Gaona (le fondateur d’Inditex-Zara) à l’échelle mondiale, Bernard Arnault et Liliane Bettencourt à l’échelle nationale.

Jean-Luc Mélenchon est porté par la fatigue d’un pays, fatigue qui désigne tout naturellement des ennemis à déposséder et à dépecer, à moins qu’ils ne se décident à rejoindre la grande messe collective, à goûter la chaleur des camarades épris de toutes ces grandes choses que sont la liberté, l’égalité et la fraternité, des concepts honorables aussi longtemps qu’ils ne sont pas imposés par des pouvoirs étatiques

La dénonciation du riche conduit tout naturellement, dans bien des têtes, à la dénonciation du Juif, étant entendu que pour nombre de clampins le Juif est riche et qu’il cache de l’or dans la doublure de ses vêtements, métaphoriquement au moins. Cette dénonciation, Jean-Luc Mélenchon ne la fait pas frontalement, il biaise. Cet homme hait spontanément Israël et le sionisme ; il sait que par ailleurs cette haine rapporte gros, de plus en plus gros, qu’elle draine des couches socio-culturelles (le mot m’ennuie mais j’en fais usage pour l’occasion) très variées. Car il ne faut pas croire que l’immonde BDSM (Boycott, Divestment, Sanctions Movement) ne parle qu’aux Arabo-musulmans, aux socialos et aux gauchistes de diverses obédiences. Il séduit des gens très-comme-il-faut, y compris des prout-prout-ma-chère. Je pourrais vous servir des tartines à ce sujet.

Jean-Luc Mélenchon est bien ce chef démagogue qui appelle ceux qui sont capables d’aimer et ceux qui n’ont rien à se reprocher à le rejoindre, dans une communion socialo-christique où la sueur ne sera pas celle de l’exploitation de l’homme par l’homme mais celle des transports amoureux. Les autres, qui ne peuvent être que les grincheux, les profiteurs, les usuriers, les créatures de l’ombre n’ont qu’à trembler en attendant leur mise au pilori voire au gibet. Mais le nouveau Christ est clément et il pardonnera à ceux qui le rejoindront. L’aspect mystico-politique et socialo-religieux de ce brillant tribun de fête foraine (et son relatif succès tant auprès des djeuns que des rombières, auprès d’excités que de peine-à-jouir) en dit beaucoup sur l’état du pays.

Je ne vais pas entrer dans les détails techniques qui rendent inepte le programme mélenchonien. En fait, ils n’importent guère dans une vision ivre d’elle-même. Je comprends que l’on aime et que l’on recherche la chaleur des camarades et des foules en liesse mais je sais que cette chaleur et que cette liesse se font toujours au détriment d’autres, des boucs-émissaires dont le plus grand crime est précisément de ne pas s’être joint à cette grande messe. Plus prosaïquement, je sais que cette grande messe promise par le tribun se terminera au mieux dans une odeur de rot à la bière, l’une des odeurs de la caserne…

 

Coluche (1944-1986) mort à quarante-deux ans, Coluche qui me manque, parfois.

 

Mais pourquoi un tel pathétisme, mon cher Olivier ? Jean-Cul Mélenchon est un comique ! Un comique ? Un comique, un vrai de vrai, se présente-t-il à des élections présidentielles ? Certes, il y a eu Coluche en 1981 mais Coluche était assez grand pour pratiquer l’autodérision, et de manière radicale.

Vive Coluche ! A bas Merduche !

Le talent de comique est le plus beau des talents. Il place l’homme simultanément dans les nuées et le purin. Mais vous, Monsieur Mélenchon, n’êtes pas drôle, vous êtes même un triste sire, avec votre ego sur ses ergots, vos recettes qui n’en sont pas, votre christisme en carton-pâte, votre lyrisme de caserne. Et puisque vous êtes d’origine espagnole, je vous adresse ce mot fraternel : « !Me cago en ti, chaval! »

Daniel Cohn-Bendit qui n’est en rien mon maître à penser a toutefois une manière de tailler des costards à Jean- Luc Mélanchion qui me ravit. C’est qu’il connaît le bonhomme de l’intérieur et qu’il a un sens de l’humour voire de l’autodérision que n’a pas Jean-Luc Merdenchion :

http://www.lalibre.be/light/buzz-tele/cohn-bendit-a-melenchon-va-te-faire-voir-et-va-tutoyer-castro-video-583b46e7cd70a4454c0639f1

Ci-joint, deux articles autrement plus sérieux que le mien, l’un signé Yves Mamou et intitulé « Jean-Luc Mélenchon, « scélérat » utile de l’islamisme » :

http://dovkravi.blogspot.com.es/2017/04/jean-luc-melenchon-scelerat-utile-de.html

L’autre signé François Heilbronn et intitulé « Mélanchon, les Juifs et le peuple supérieur » :

http://dovkravi.blogspot.com.es/2017/non04/melenchon-les-juifs-et-le-peuple.html

 

Olivier Ypsilantis

Posted in ACTUALITÉ | Tagged , , , , , | Leave a comment

Des histoires dans l’Histoire, encore et encore – 3/3

 

J’ouvrirai cette série qui pourrait être infinie par la mort de trois photographes que je connais essentiellement par la Guerre Civile d’Espagne, trois amis, trois collaborateurs : Gerda Taro, Robert Capa, David Seymour :

Gerda Taro le 26 juillet 1937, tôt le matin, expire, les jambes écrasées par un T-26 ami conduit par Aníbal González. Dans la précipatation, il ne s’était aperçu de rien. Un camarade, Fernando Plaza, conducteur d’un T-26, lui dira simplement, une fois le danger passé : “¡Te has cargado a la francesa!”

Robert Capa, sur la route de Nam Định, à Thái Bình, près de la frontière laotienne. Le 25 mai 1954, à 14 h 55. Malgré l’avertissement du chef de patrouille, il monte sur un talus qui longue la rizière pour mieux photographier la scène et marche sur une mine antipersonnel. Ce que j’ai découvert assez tardivement, c’est qu’il existe des photographies en couleurs de sa dernière série. Un détail qui m’intrigue encore : un soldat de cette patrouille est en chemise blanche, ce qui attire terriblement l’œil.

 

Robert Capa, sur la route de Nam Định, à Thái Bình (Indochine).

 

David Seymour tué dans le Sinaï le 10 novembre 1956 par un soldat égyptien. Tué avec lui, le photographe Jean Roy. Le photographe Enrique Meneses (19a rédigé un compte-rendu détaillé des circonstances de la mort de ses deux collègues.

Souvenir d’une lecture passionnée, un jour de pluie, en Bretagne : « L’affaire du Laconia », de Léonce Peillard, publié chez Robert Laffont dans la collection Ce jour-là (en l’occurrence : 12 septembre 1942). Souvenez-vous de Werner Hartenstein, commandant de l’U-156 :

https://www.youtube.com/watch?v=azUCuJRyqa4

L’histoire a été portée à l’écran, « The Sinking of the Laconia », une co-production anglaise et allemande présentée en deux parties sur BBC 2, le 6 et 7 janvier 2011.Ci-joint, le trailer :

https://www.youtube.com/watch?v=VkfhmF3vfak

Le fils de Staline, capturé au cours de l’été 1941 par les Allemands qui auraient proposé un échange avec Friedrich Paulus, une offre repoussée par Staline. Les circonstances de sa mort ne sont pas claires. S’est-il suicidé en se jetant contre une clôture électrifiée, a-t-il été liquidé suite au refus de son père, a-t-il été abattu pour avoir refusé d’obéir à un ordre ?

On connaît l’affaire T. D. Lyssenko, une affaire étudiée par le généticien roumain Denis Buican (Dumitru Buican-Peligrad) et qui montre l’ineptie des conceptions scientifiques staliniennes. On connaît moins Ilya Ivanov Ivanovich et cette histoire de Humancé. Ilya Ivanov Ivanovich, un spécialiste de l’insémination artificielle, notamment par la création d’hybrides entre espèces qui partagent des caractéristiques génétiques. Début 1910, au cours d’un congrès, il déclare qu’il est possible d’obtenir par insémination artificielle un croisement d’homme et de chimpanzé, un « humancé », considérant que le patrimoine génétique de l’un et l’autre est commun à 96 % / 98 %. Ainsi insémina-t-il avec du sperme humain des chimpanzés femelles puis avec du sperme de chimpanzé des femmes (volontaires). On a dit que Staline suivait avec intérêt ces expériences et qu’il rêva de mettre sur pied une vaste armée constituée d’Humancés, supposés plus dociles, plus économes, plus résistants, plus efficaces car moins émotifs et moins préoccupés de questions morales. Mécontants de ses échecs, Staline envoya le chercheur en exil, dans le Kazakhstan où il mourut.

Parmi les emblèmes de la Guerre Civile d’Espagne, le T-26, le mono azul (qui fut aussi le nom d’une publication hebdomadaire de La Alianza de Intelectuales Antifacistas), la camisa azul, el yugo y las flechas, le rouge et le noir de la C.N.T. / F.A.I., le casque Modelo 26 “con alas”, etc.

La belle-fille du général Agustín Muñoz Grandes a envoyé une lettre à la mairesse de Madrid, Manuela Carmena, suite à la decisión de son équipe de retirer le titre de Hijo Predilecto au général José Moscardó Ituarte et à celui qui fut président du Gouvernement, Carlos Arias Navarro.

Luis Cervantes Dato et le siège de Baler.

5 janvier 1996, Yehia Ayache, dit “L’Ingénieur”, est liquidé par le Shin Bet grâce à une charge explosive installée à l’intérieur de son téléphone portable.

27 mars 1979, je me souviens de l’attentat contre le restaurant universitaire du foyer juif (on disait de préférence “israélite”) de la rue de Médicis. Ci-joint, deux courts documentaires INA (information diffusée respectivement par Antenne 2 et TF1) :

http://www.ina.fr/video/CAB7900523801

http://www.ina.fr/video/CAA7900416501

Le Doggerland.

 

 

La défaite d’Alarcos en 1195 et la victoire de Las Navas de Tolosa en 1212.

Manuel Fal Conde le Carliste s’exile au Portugal d’où il s’oppose au Decreto de Unificación du 19 avril 1937 puis, de retour en Espagne, il s’oppose au recrutement des Carlistes dans la División Azul.

Les Grupos de Acción Carlista (G.A.C.) et leurs contacts avec l’E.T.A. Militar.

The Drunkards Cloak.

Louis-François Perrin de Précy et Jean-Baptiste Agniel de Chenelette, glorieux défenseurs de la ville de Lyon, déclarée « ville rebelle », face aux hordes de la Convention.

Souvenir de lecture, une nouvelle de Jean Giono intitulée « Une histoire d’amour ». Où je découvre l’histoire des Verdets.

Le KV-1 et les exploits de Zinovy Kolobanov.

Une nouvelle toute fraîche, le 24 mars 2017 dans la soirée, Mazen Fuqaha, un terroriste du Hamas, a été liquidé de quatre coups de pistolets équipés de silencieux. Je lève mon verre à la santé du… Mossad.

Olivier Ypsilantis

 

Posted in HISTOIRE | Tagged , , , , , , , | Leave a comment