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Des moments de l’histoire juive – V/XVI

Quelques mots sur l’antisémitisme :

Parmi les courants qui favorisent l’antisémitisme : les post-modernistes – l’un des trois courants idéologiques mondialistes avec les altermondialistes et les islamistes – qui remettent en question et frontalement l’existence de l’État d’Israël. Les post-modernistes ne manquent pas chez les Juifs, tant en diaspora qu’en Israël – voir en particulier les Nouveaux Historiens –, qui se trouvent mêlés à toute une extrême-gauche.

Les altermondialistes présentent Israël comme le modèle le plus achevé du capitalisme et de l’impérialisme, un valet de l’Amérique – à moins que l’Amérique ne soit le valet d’Israël, de l’entreprise de domination mondiale du sionisme, un vieux schéma toujours très actif et peut-être même de plus en plus actif. Le Palestinien quant à lui est, toujours selon les altermondialistes, le Juste souffrant, le Palestinien tourmenté par le Juif qui a tourmenté le Christ. Le Palestinien, figure christique, une image de propagande très active.

Dans « Anti-américanisme, antisémitisme, altermondialisme : décryptage », Christophe Delacampagne écrit : « Par idées d’extrême gauche, j’entends les idées promues par trois types de mouvements qui, chacun à sa manière, ont rejeté le modèle stalinien : le mouvement anarchiste (actif en Europe depuis le milieu du XIXe siècle), le mouvement trotskiste (actif depuis l’élimination politique de Trotski à la fin des années 1920) et le mouvement maoïste (actif depuis la “révolution culturelle” chinoise des années 1960). Une convergence historique de ces trois mouvements s’est produite une fois, en Europe, autour des années 1966-1972. Elle n’a pas tardé à se défaire. Les anarchistes, très peu organisés, ont disparu les premiers. Les maoïstes, actifs surtout en France, en ont fait autant à l’instigation de leur leader, Benny Lévy, hostile à la stratégie de lutte armée que prônaient à l’époque Palestiniens, Brigades rouges italiennes et Fraction armée rouge allemande. Les trotskistes sont alors demeurés seuls sur le terrain de l’extrême gauche qu’ils ont peu à peu réussi, au fil des trente années suivantes, à reconquérir. Ce sont donc leurs vues qui dominent actuellement le mouvement “altermondialiste” ».

Forts du Coran, les islamistes désignent le Juif comme l’incarnation du mensonge et de la malignité. Le Juif a commencé par falsifier la Parole vraie (le Coran) – de ce point de vue, le chrétien doit encaisser le même reproche – et ainsi a contrarié l’avènement mondial de l’islam dont tout procède et auquel tout doit retourner…

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« Le nouvel antisémitisme » se qualifie volontiers d’antisioniste. Il cherche à isoler Israël, à le mettre au ban des nations pour lui refuser le droit d’exister. Irwin Cotler (qui a été ministre de la Justice du Canada) déclarait : « L’antisémitisme traditionnel retirait aux Juifs le droit de vivre à égalité avec les autres membres de la société, tandis que le nouvel antisémitisme refuse au peuple juif le droit de vivre à égalité avec les autres membres de la famille des nations ». L’antisionisme antisémite refuse aux membres du peuple juif de vivre dans un État juif. Par ailleurs et suivant une même inclinaison antisioniste-antisémite, Israël n’est pas jugé selon les critères appliqués aux autres pays. Par exemple, lorsqu’Israël est attaqué, on conteste son droit à la défense, ce qui sous-entend que l’on considère son existence comme n’allant pas de soi, comme problématique voire inacceptable. Et si l’on admet qu’Israël a tout de même le droit de se défendre, il ne faut pas que sa réaction soit disproportionnée. « Réaction disproportionnée », un jugement qui n’est appliqué qu’à Israël et qui tombe systématiquement. De fait, toute réaction d’Israël est jugée d’emblée ou presque aussitôt disproportionnée.

Ceux qui rêvent d’un monde sans État d’Israël sont presque toujours des antisémites – je mets de côté les Juifs antisionistes de diverses obédiences (laïques ou religieuses), très minoritaires, et ces sionistes assez présents dans certains milieux bourgeois qui sont heureux de voir les Juifs « chez eux », en Israël donc, et pas « chez nous » où ils sont volontiers accusés d’occuper un peu trop de place ou de s’offrir une double nationalité qui les rend ambigus aux yeux de ces sionistes d’une genre particulier. Bref, l’antisionisme et l’antisémitisme caquettent généralement dans la même basse-cour.

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Une fois encore, il faut insister sur les origines de l’antisémitisme (et de l’antisionisme). Elles ne sont pas qu’anti-judaïques mais elles ne sont jamais radicalement étrangères à l’antijudaïsme. De ce point de vue, le christianisme s’est montré plus virulent et « imaginatif » que l’islam. Aujourd’hui il s’est calmé, dans la mesure où il s’est affaibli.

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L’antisémitisme de gauche et l’antisémitisme d’extrême-droite font leur tambouille chacun de leur côté, ce qui ne les empêche pas de coucher ensemble et de s’adonner à des accouplements dignes du Kamasoutra. Un exemple parmi bien d’autres : le 8 novembre 2001 paraissait dans une revue un article déclarant que les soldats de Tsahal violaient les Palestiniennes aux check points afin qu’elles soient assassinées par leurs familles selon le code des crimes d’honneur. Cet article n’a pas été publié dans une revue arabe, turque ou plus généralement musulmane, ou dans une revue d’extrême-droite mais dans une revue de gauche embourgeoisée au titre prétentieux … Le Nouvel Observateur fondé par Jean Daniel Bensaïd.

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Il y a à gauche et dans de nombreux médias bien des nuances dans la dénonciation d’Israël. Cette dénonciation sait se faire doucereuse ; nous vivons à l’époque des saintes-nitouches. Hier, je ne sais plus quelle chaîne de télévision française a longuement cédé la parole à une heure de grande écoute à Sylvain Cypel sans jamais l’interrompre et en l’interrogeant respectueusement. Les individus de cet acabit ont certes droit à la parole mais on aimerait que les défenseurs d’Israël soient plus souvent invités à s’exprimer de la sorte. Sylvian Cypel est l’auteur d’un livre au titre éloquent, « L’État d’Israël contre les Juifs », tout un programme qui doit en flatter plus d’un, d’autant plus que son auteur est juif. A ce propos, j’ai remarqué – et je ne suis bien sûr pas le seul – que lorsqu’un livre est publié par un Juif et qu’il dénonce d’une manière ou d’une autre l’État d’Israël, ce livre est présenté en très bonne place dans les meilleures librairies, généralement près de la caisse ou en vitrine. Le livre si peu sérieux, « Comment le peuple juif fut inventé » de Shlomo Sand a fait un tabac, autant que « Indignez-vous ! » de Stéphane Hessel. Dans cet opuscule, on est invité à s’indigner sur des questions très diverses dont la politique menée par Israël envers les Palestiniens, à commencer par ceux de la bande de Gaza. Imagine-t-on de tels succès en librairie avec des livres défendant Israël ? Et tout me laisse supposer que Benny Morris, le chef de file des Nouveaux Historiens, est moins populaire depuis qu’il a opéré un revirement politique.

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Shmuel Trigano évoque quelque part l’alibi sémantique de la nouvelle version de l’antisémitisme. Israël est a priori déclaré coupable et lorsqu’on dénonce sa « culpabilité », on n’est pas antisémite mais antisioniste ; et l’antisionisme est déclaré être une opinion parmi d’autres selon les antisionistes, une opinion par ailleurs généralement admise. Cette opinion s’exprime à l’O.N.U. et dans les bars, à l’Assemblée nationale et sur les bancs publics. Son statut d’opinion légitime, respectable et respectée tient en partie à ce qu’elle est partagée par des citoyens de toutes obédiences, qu’elle est présente dans tous les partis politique, dans certains plus que dans d’autres il est vrai.

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Il y a dans l’antisémitisme sous toutes ses formes une manière d’ôter au Juif son identité. Lorsqu’un Juif est attaqué, on dira que ce n’est pas en tant que juif mais pour une autre raison. Le Juif est volontiers déclaré riche, a priori – pour l’antisémite, le Juif est nécessairement riche ; tout Juif est membre de la famille Rothschild ; et tout Juif qui ne semble pas si riche dissimule de l’or sous son matelas, ben voyons ! Le Juif peut être attaqué comme membre d’un peuple qui opprime le Palestinien. Peu importe que ce Juif soit français, anglais ou d’un autre pays, il est par essence un oppresseur. Le monde arabo-musulman a repris tous les ingrédients – ou stéréotypes – de l’antisémitisme du XIXe siècle en ajoutant ses ingrédients à cette soupe du diable. Aujourd’hui, les Juifs sont menacés en Europe et principalement par les Arabo-musulmans. Il est vrai que les « judéo-croisés » peuvent être mis dans le même sac. Ce phénomène est d’autant plus remarquable que les Juifs ont presque tous quitté le monde arabe. La haine arabe des Juifs (ces dhimmis qui les ont vaincus à plusieurs reprises au cours de guerres défensives) prend prétexte de la question palestinienne pour s’exprimer. Cette haine est assez complaisamment justifiée en Europe et sur un mode insidieux – il ne faudrait tout de même pas être soupçonné d’antisémitisme, l’antisémitisme étant réprimé par la loi… Elle est curieuse cette complaisance européenne. Est-ce parce que l’Europe a été l’aire de la Shoah ? L’Europe ne chercherait-elle pas à établir une sorte d’équilibre victimaire : les Juifs ont été assassinés mais regardez ce qu’ils font ; et gros plans sur les bébés, prématurés ou non. Et une certaine mauvaise conscience se voit prestement allégée dans ces calculs faussés et parfaitement ignobles, ignobles car faisant fi des proportions, du contexte, des intentions des uns et des autres et j’en passe. L’antisémite peut alors s’offrir des habits neufs et faire le beau. Il ne sait pourtant pas qu’il a mauvaise haleine et que s’habiller de neuf ne revient pas à se décrasser.

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

 

 

 

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