Skip to content

« Riposte disproportionnée » avez-vous dit ?

Et ce n’est pas tout. Israël est le pays le plus surveillé au monde, surveillé comme le serait un multirécidiviste. Je m’explique. Sitôt qu’Israël répond à une agression, Hamas ou Hezbollah, mais il y en a bien d’autres, le monde s’émeut et le verdict tombe : riposte disproportionnée. Ce verdict est lancé de tous côtés par les organisations internationales et les médias de masse. De ce point de vue, aucun pays n’est aussi surveillé et réprimandé, comme si Israël devait être mis sous tutelle. Il y a bien ici et là des mouvements de protestation contre la guerre en général et des guerres en particulier, mais ces mouvements n’ont pas l’ampleur et la durée du mouvement contre l’intervention israélienne dans la bande de Gaza. J’étais enfant et je me souviens tout particulièrement des protestations contre les gigantesques bombardements américains au Vietnam, contre le carpet bombing des B-52. Mais ces protestations se limitaient à des secteurs précis et somme toute plutôt limités de la population ; alors qu’aujourd’hui, les protestations contre Israël s’insinuent dans toute la société. Tous sont emportés par le courant et les rares individus qui ne le sont pas se retrouvent isolés sur des îlots. L’expression riposte disproportionnée est entrée dans bien des têtes qui semblaient préparées à la recevoir depuis toujours. On aimerait que les Juifs tant d’Israël que de la diaspora acceptent enfin de dire qu’il pleut quand on leur crache dessus ; tout irait alors tellement mieux…

On accepte éventuellement que les Israéliens ripostent mais pas trop fort, surtout pas trop fort ! On estime que ce précepte du Talmud, « Face à celui qui vient te tuer, lève-toi et tue le premier », doit être revu et corrigé car il incite précisément à une riposte disproportionnée. On en vient même à dire (je l’ai lu dans divers articles) que ce précepte talmudique pourrait expliquer ce type de riposte, que le Talmud est un manuel de violence, etc. On aimerait que le Juif commence à se faire tuer pour riposter, que la lame du couteau soit suffisamment enfoncée dans son corps pour qu’il commence à envisager de riposter.

Riposte disproportionnée, expression venue de la pire des propagandes, élaborée dans des officines bien décidées à entraver tout acte de légitime défense de la part d’Israël, bien décidées à faire peser une suspicion permanente sur ce pays, une suspicion comme celle que l’on fait peser sur les Juifs depuis tant de siècles. Le Juif est toujours suspect, même quand il se défend. Il ne bénéficie d’aucune légitimité car il est sans cesse suspecté. Aucun peuple n’a été autant suspecté que le peuple juif, tout au moins dans nos sociétés. Aujourd’hui, aucun pays n’est plus suspecté qu’Israël, l’État juif. L’ONU se penche sur ce pays comme un tribunal se penche sur un accusé. Et les médias de masse ne cessent de se perdre soit en accusations soit en sous-entendus – et les sous-entendus ne sont pas moins néfastes que les accusations ; il est possible qu’ils le soient encore plus.

Les médias de masse parviennent à s’allier les masses (rien d’étonnant me direz-vous), soit explicitement soit implicitement, les masses qui laissées à elles-mêmes ne s’inquiéteraient que de leur pouvoir d’achat et de leur santé mais qui lorsque le mot « Palestine » ou « Israël » sont prononcés développent des réflexes de type pavlovien. Rappelons que le réflexe pavlovien est passif, involontaire, et basé sur l’association répétée entre deux stimuli.

Il n’est jamais question d’étudier et de réfléchir mais d’obéir à des mots d’ordre distillés jour après jour par des appareils de propagande appuyés par les formidables technologies de l’information – de la désinformation – à présent supranationales. Les récalcitrants seront matés à l’aide de techniques aussi simples qu’efficaces, des techniques furieusement développées au cours des pires années du stalinisme, soit dans la deuxième moitié des années 1930 – les Grandes Purges. L’association sioniste et fasciste s’est révélée particulièrement efficace ; et rappelons que le mot « fasciste » qui s’inscrit dans un moment et un lieu de l’histoire a pris sous le stalinisme un sens générique destiné à écraser l’accusé et le priver de tout droit de réponse. Cette accusation n’a rien perdu de sa virulence. Nous avons bien affaire à des éperviers mentaux, et je reprends le titre d’un chapitre de « La fausse parole » d’Armand Robin. Dans ce livre écrit au début des années 1950, il écrit : « La télédiffusion d’univers verbaux destinés à détruire chez des peuples entiers toute faculté de compréhension, les recherches faites en vue de peupler d’hypno-images les écrans des récepteurs de télévision ne représentent vraisemblablement que les premiers aspects de l’œuvre en cours. On est certainement allé bien plus loin déjà dans l’étude des procédés scientifiques propres à décerveler de loin, sans fil et sans trace. » Nous y sommes. L’étude des procédés scientifiques propres à décerveler de loin, sans fil et sans trace, est mise en pratique et à un rythme toujours plus rapide. Les derniers îlots de liberté menacent d’être submergés. L’une des marques les plus probantes de ce conformisme et de ce décervelage (et je pourrais en revenir au Père Ubu) est l’opprobre quasi général dont on couvre Israël. Il faut dénoncer Israël, il est convenable de dénoncer Israël, il faut s’indigner et alerter. Cet opprobre touche même des Juifs de la diaspora dont on exige des certificats d’antisionisme comme on exigeait autrefois des certificats de baptême ou de limpieza de sangre.

Refuser de dénoncer Israël revient aujourd’hui, en Europe, à compliquer ses relations, à surveiller sa parole, à se décider à se séparer de personnes dont on apprécie certaines qualités, à se voir éventuellement contraints à se justifier alors que les contempteurs d’Israël peuvent se prélasser dans leurs chaises-longues parce qu’ils sont dans le camp du Bien, parce qu’ils ont la meute avec eux. L’ami d’Israël, celui qui par exemple juge qu’il n’y a pas génocide, que l’information mainstream doit être sans trêve examinée, qu’Israël n’organise pas la famine dans la bande de Gaza, etc., celui-là ne connaît pas le repos. Il refuse de se laisser emporter par la simple émotion car il juge qu’elle ne fait que se refermer sur elle-même et qu’elle ne conduit à aucune compréhension. La propagande active essentiellement l’émotion, elle n’active même que l’émotion. Elle garantit par ailleurs le repos à ceux qui l’acceptent car ils sont assurés en échange d’être dans le camp du Bien, de ne pas avoir à argumenter. Ils sont protégés par un conformisme ambiant, par la masse de celles et de ceux qui partagent ce conformisme, une masse en constante augmentation.

Tous ceux qui accusent Israël de « riposte disproportionnée » devraient expliquer à l’armée la marche à suivre pour neutraliser le Hamas tout épargnant le plus possible la population civile dans des zones parmi les plus densément peuplées au monde. Je pose la question à ceux qui estiment qu’Israël a tout de même le droit de se défendre et de riposter ; il est inutile de la poser à ceux, nombreux, qui estiment qu’Israël doit être rayé de la carte. Il s’agit d’une guerre asymétrique, d’autant plus asymétrique que le Hamas détient de nombreux otages.

Israël a investi dans la défense de sa population, avec abris antiaériens divers (mamaks, mamads et miklats) et systèmes antimissiles (Iron Dome, David’s Sling, Arrow 2 et Arrow 3 et bientôt Iron Beam qui fait appel à la technologie du laser). Pendant ce temps, le Hamas a accumulé un arsenal offensif et creusé des tunnels d’attaque dans les zones les plus peuplées, et de préférence sous les hôpitaux, les mosquées et les écoles afin d’attirer l’attention du monde sur Israël et désigner ce pays comme génocidaire et adepte de la riposte disproportionnée. Cette stratégie est payante et presque tout le monde s’y laisse prendre.

Olivier Ypsilantis

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*