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Pour en revenir au plan proposé par Mordechai Kedar

Ce que l’on ne dit pas. Depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza, des centaines de milliers de personnes ont reçu une assistance hospitalière ou ont été évacuées à l’étranger grâce à Israël et malgré les difficultés logistiques et celles que font certains pays comme l’Égypte qui redoutent (on le comprend) que des membres du Hamas ne se glissent dans ces évacuations malgré les contrôles israéliens.

Le mouvement dans l’autre sens est considérable, environ trois cents camions par jour qui doivent être contrôlés afin de vérifier si dans l’aide humanitaire des armes n’ont pas été cachées. Israël s’efforce malgré tout de maintenir ce flux ; mais une fois cet énorme volume d’aide parvenu à l’intérieur de la bande de Gaza, Israël ne contrôle plus rien et environ 80% de cette aide termine entre les mains du Hamas qui la revend ou bien l’utilise comme instrument de chantage auprès de la population palestinienne. Cette réalité n’est que très peu rapportée par les médias occidentaux pour des raisons qui nécessiteraient un long article. La population de Gaza est à présent prise en otage par le Hamas ; je ne la plaindrai toutefois pas franchement car elle semble s’être plutôt réjouie du massacre du 7 octobre. Rien d’étonnant chez les Arabes, ils se réjouissent toujours du mal qu’ils peuvent faire aux Juifs et se mettent à chouiner (les femmes s’y entendent particulièrement, les pleureuses étant particulièrement sollicitées, et reconnaissons qu’elles ne manquent pas de talent) devant des caméras complaisantes lorsque l’affaire tourne mal pour eux. Les Juifs cachent leurs larmes et leurs morts, les Arabes les exposent avec une complaisance qui produit sur mes nerfs l’effet inverse de celui recherché. La distribution de cette aide est contrariée par le Hamas car il sait que les médias auront tôt fait d’accuser Israël de vouloir répandre la famine. Seule la Gaza Humanitarian Foundation a réussi avec bien des difficultés à établir dans la bande de Gaza des points de distribution qui livrent directement les colis aux familles, sans passer par le Hamas donc, mais ce système ne fonctionne pas tous les jours.

Les victimes collatérales sont nombreuses, bien qu’au moins dix fois moins nombreuses que celles de la guerre en cours au Soudan, dont personne ne parle. Ne croyez jamais le nombre de victimes annoncé par le Hamas. Tous les jours nous entendons « selon le Hamas ». La chose est répétée et répétée au point qu’elle finit par rentrer dans les têtes et s’y installer. Et les têtes sont toutes disposées à écouter la voix du Hamas comme toutes les voix qui accusent Israël. La population de la bande de Gaza est utilisée depuis le 7 octobre comme un bouclier humain. Peu lui importe le nombre de victimes, bien au contraire car ces victimes seront mises sur le compte d’Israël. Tandis que Tsahal invite la population à quitter les zones où elle va opérer, le Hamas s’efforce de l’y maintenir par tous les moyens y compris en la menaçant de mort. Suivant une même logique, le Hamas sait tout ce qu’il a à gagner en installant ses bases opérationnelles dans des écoles et des hôpitaux. Les tunnels n’ont pas servi à abriter la population. Les nazis eux-mêmes avaient construit un nombre considérable d’abris antiaériens (Luftschutzraum) pour les populations civiles allemandes et pas seulement pour l’armée et les membres de l’appareil nazi qui par ailleurs n’utilisaient pas les populations civiles comme bouclier humain. D’un certain point de vue, le Hamas fait « mieux » que les nazis.

Il n’est pas possible de négocier avec le Hamas qui doit être militairement anéanti, ce qui ne signifie pas que sa mort politique et idéologique suivra nécessairement. C’est un autre combat qui se profile après son anéantissement militaire. Il y a eu le 7 octobre mais n’oublions pas qu’avant cette date il y a eu un harcèlement constant du Hamas en direction d’Israël qui a pu se protéger grâce à sa technologie et sa préparation civile et militaire. Par ailleurs le Hamas pratique la même politique que Yasser Arafat, une politique parfaitement au point : trimbaler Israël dans de longues, très longues négociations et, au dernier moment, alors que tout semble être en place pour un accord, saboter ces négociations en commençant par poser brutalement des exigences inacceptables.

Où le plan imaginé par Mordechai Kedar pourrait se mettre en place. Il y a en Judée-Samarie des particularités – des particularismes – qui permettent de penser raisonnablement la Eight Emirate Solution. Suivant cette solution les Palestiniens n’auraient pas un État mais huit micro-États organisés autour de clans et de tribus, soit la structure de la population palestinienne. En Cisjordanie, le pouvoir est fragmenté et l’avenir de cette région doit se penser à partir de cette donnée essentielle et pas assez considérée. Cette région pourrait donc être restructurée avec micro-États autonomes à des degrés divers voire indépendants, organisés autour de villes, avec un espace rural et des axes de communication contrôlés par Israël, sans oublier les nombreuses implantations juives qui pourraient être renforcées. Il s’agirait donc d’une annexion de l’ensemble de ce territoire à l’exception de ces micro-États, soit de petits ensembles inclus dans un vaste ensemble, Israël. Le pouvoir palestinien est fragmenté, très fragmenté, et bien au-delà de la fracture Autorité palestinienne / Hamas. Des clans et des tribus dialoguent avec Israël à des degrés divers afin de garantir leur propre sécurité, ce qui sous-entend qu’ils doivent garantir autant qu’ils le peuvent la sécurité des Juifs d’Israël et de Judée-Samarie.

Suite aux multiples actions militaires d’Israël et dans toutes les directions, la région devrait gagner en stabilité, pour un temps tout au moins, car rien n’est définitif, surtout dans cette région ; mais la solution à deux États que certains de nos dirigeants ânonnent comme un mantra semble plus lointaine que jamais. Le « deux États pour deux peuples » est remisé. La création d’émirats palestiniens en Cisjordanie, qu’ils soient confédérés ou non, dirigés par des leaders respectés qui administreraient lesdits territoires en coordination avec Israël (avec garanties mutuelles) semble beaucoup plus réaliste. Ce modèle est notamment proposé par un leader palestinien, le cheikh d’Hébron. Cette idée pourrait séduire des pays arabes, une idée qui tourne le dos au traditionnel modèle de l’État-nation qui n’a jamais séduit les Palestiniens mais qui semble obséder des dirigeants occidentaux.

Richard Abitbol nous signale ce qui suit :

La paix au Proche-Orient ne naîtra pas de résolutions votées à l’ONU, ni de proclamations faites depuis Paris ou Bruxelles. Elle ne résultera pas d’une énième reconnaissance unilatérale mais d’un changement de mentalité que les Palestiniens s’imposeront, un changement venu donc essentiellement de l’intérieur.

Le constat de Samer Sinijlawi devrait être entendu : les Palestiniens doivent faire leurs devoirs. Sans ce changement interne — politique, éducatif, culturel — aucune négociation sérieuse n’est possible. En revanche, si ce constat est pris au sérieux et mené à terme, la coexistence et une prospérité partagée sont envisageables. L’Occident (la France en particulier) doit comprendre que sa responsabilité n’est pas de tordre le bras à Israël mais d’encourager cette transformation palestinienne.

Né à Jérusalem-Est au début des années 1970, Samer Sinijlawi est membre du Fatah, président du Jerusalem Development Fund. Il tient un discours lucide et responsable qui détonne parmi les responsables palestiniens. Sa jeunesse a été marquée par la première Intifada. Arrêté alors qu’il est adolescent, il passe plusieurs années en prison, années au cours desquelles il apprend l’hébreu et s’efforce de comprendre l’autre camp.

Opposant à Mahmoud Abbas et très critique envers l’Autorité palestinienne qu’il juge corrompue et illégitime, Samer Sinijlawi ne se contente pas de dénoncer Israël ; il appelle avant tout les Palestiniens à réfléchir sur eux-mêmes, ce qui signifie : mettre fin au financement des familles de terroristes, renoncer à l’endoctrinement antisémite, instaurer une gouvernance transparente et accepter que la reconnaissance mutuelle soit la condition de tout avenir pacifique.

Modéré mais réaliste, il sait que la paix ne peut être imposée par des résolutions de l’ONU ou par des reconnaissances symboliques venues d’Europe. Selon lui, « le seul État qu’il faut convaincre de reconnaître la Palestine, c’est Israël ». Cette approche pragmatique, qui tient compte des besoins de sécurité israéliens autant que des aspirations palestiniennes à l’indépendance, fait que sa voix est écoutée dans les cercles diplomatiques internationaux comme dans les médias israéliens.

Samer Sinijlawi veut rendre les Palestiniens responsables et critiques envers eux-mêmes afin que « la solution à deux États » ne soit plus une utopie mais une réalité construite par la volonté des deux peuples.

 Olivier Ypsilantis

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