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Pages d’un carnet

Il semblerait que le QI des humains soit en baisse, et je n’entrerai pas dans les observations qui soutiennent ce constat. Un écrivain italien, Pino Aprile, fait remarquer que cette baisse s’expliquerait par le fait que l’intelligence humaine a donné tout ce qu’elle pouvait donner et qu’ainsi elle tend à s’effacer comme le système pileux ou les dents de sagesse. Pino Aprile explique ce phénomène par l’élaboration de machines toujours plus puissantes, condamnant l’homme à n’être plus qu’une enzyme destinée à transférer l’intelligence du carbone (nous, le biologique) à la silice (la technologie). La technologie entraîne une paresse intellectuelle, une paresse à laquelle ne s’opposent plus guère les systèmes éducatifs – mais rien n’est irréversible. Pino Aprile expose cinq thèses qui tendent à établir la fin de l’intelligence. J’en retiendrai deux qui me semblent relativement pertinentes : 1. L’intelligence se met au service de la stupidité et contribue à son expansion. 2. Quand les hommes se réunissent, ils deviennent plus crétins ; autrement dit, plus on est nombreux, plus chaque individu se crétinise. Il est vrai que l’on peut se crétiniser dans son coin, sans l’aide de personne… Il me semble que le meilleur peut être produit par le dialogue entre deux individus.

Où il est question de la baisse du volume cérébral avec le paléontologue Jeremy DeSilva – je passe sur les détails. Selon lui, l’intelligence collective et l’externalisation de la connaissance (voir par exemple Google) sont responsables de cette réduction de la masse cérébrale. Ainsi le chat sauvage doit disposer d’un cerveau plus puissant (pour survivre) qu’un chat domestique. Que dire ? Internet est une horreur et une merveille ; il faut s’y frayer un chemin au coupe-coupe pour espérer atteindre le but que l’on s’est fixé ou, tout au moins, avancer de quelques pas voire un peu plus. Internet, des trésors perdus dans des montagnes de fumier. Il faut en prendre note et œuvrer sans se lamenter.

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De l’uniformisation du monde, soit de l’appauvrissement du monde. La puissance des algorithmes qui se nourrissent en partie des likes et des clicks. Moment clé de l’ère Internet, en 2009, lorsque Facebook place sur son réseau Like, un bouton grâce auquel les entreprises peuvent connaître les inclinaisons de l’utilisateur afin de mieux lui proposer ce qu’il apprécie, créant ainsi un sentiment de communauté digitale. Et les algorithmes ne cessent de se multiplier, orientant ainsi les goûts des uns et des autres, la formation d’un goût collectif, d’une mode que suivra une autre mode et ainsi de suite… L’ère des masses qui est l’ère des individus atomisés se confirme chaque jour un peu plus, des masses toujours plus massifiées, une massification qui finit par toucher tous les aspects de notre vie. Les plateformes digitales les plus importantes (TikTok, Instagram, X, YouTube ou Netflix) génèrent une culture uniforme avec entreprise taxinomique totale dans laquelle chacun est appelé à rejoindre son groupe digital, qu’il soit culturel, idéologique, social, etc., et à interagir avec les membres de son groupe, c’est l’homophilie des réseaux, c’est la caisse de résonance. Jean Baudrillard avait élaboré le concept d’hyperréalité – le monde dans lequel nous vivons a été remplacé par une copie de ce monde. Nous y sommes immergés, nous sommes dans le fastfood culturel et identitaire. Nous sommes poussés dans des talanquères, dans des périmètres fermés où nous trouvons des individus triés par les algorithmes, compatibles avec nous-mêmes.

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Des questions et des questions sur les origines de Christophe Colomb, une question qui a généré et génère encore une abondante littérature. Pour Estaban Mira Caballos, Christophe Colomb était génois, indiscutablement. Reste la question de son lieu de naissance et de ses origines, entre autres mystères relatifs à sa biographie. Il s’est montré « bon » chrétien et il n’a jamais caché son hostilité envers les Juifs et les conversos, nous dit Esteban Mira Caballos dans la biographie qu’il consacre à Christophe Colomb ; mais, précise-t-il, certaines de ses idées laissent supposer des liens avec le judaïsme. Cet homme cultivé était par ailleurs un piètre cosmographe et un piètre scientifique, et c’est par le plus grand des hasards qu’il découvrit le continent américain. Bref, les hypothèses relatives à un Christophe Colomb juif ou converti suivent un autre géant de l’histoire espagnole, Miguel de Cervantes. Ces hypothèses suscitent encore une vaste littérature.

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La plus grande rétrospective jamais réalisée sur Robert Capa, en Espagne (au Círculo de Bellas Artes de Madrid), sous le titre « Robert Capa. Icons ». La photographie « Muerte de un miliciano » y figure en bonne place, une photographie prise au cours de la guerre civile d’Espagne, en 1936. Et la question revient : s’agit-il d’une mise en scène ou non ? On a prétendu qu’elle avait été prise à Cerro Muriano, dans les environs de Cordoue, et que ce milicien s’appelait Federico Borrell García. Mais un historien, Fernando Penco Valenzuela, a affirmé que cette photographie a été prise à Espejo, à une cinquantaine de kilomètres de Cerro Muriano, mais que la date et l’identité de ce milicien restaient inconnues, ainsi que l’authenticité de cette image emblématique – mise en scène ou non ? Selon des médecins, on ne tombe pas ainsi quand on est touché par une balle.

(El 8 de mayo de 2009, el historiador Fernando Penco Valenzuela y el fotógrafo Juan Obrero Larrea ubicaban Muerte de un miliciano en Espejo, localidad situada a unos 52 kilómetros al sureste de Cerro Muriano, hasta entonces el lugar en el que se pensaba se tomó la imagen que convirtió a Robert Capa en “el mejor fotógrafo de guerra del mundo”, según la revista británica Picture Post. Era la primera vez que, de forma consciente, dos investigadores pisaban el paisaje en el que se realizó la instantánea —para muchos profesionales del mundo de la fotografía, la mejor foto de guerra jamás tomada (Knightley, 1975)—. En la investigación pudieron identificar cortijos, caminos y accidentes montañosos que evidenciaban que tanto “Muerte de un miliciano” como la secuencia completa se habían hecho a las afueras de Espejo (Penco Valenzuela, 2009). Fue en 2020, cuando el Foro por la Memoria Histórica y Democrática de Espejo Comandante Pérez Salas, a través de la Diputación de Córdoba, encargaba al historiador una nueva investigación que revisase y pusiese al día las hipótesis más aceptadas hasta la fecha. Los resultados más relevantes del trabajo se centraron en dos aspectos de la foto: la localización definitiva tanto de ella como de su serie —unas 40 instantáneas según el I.C.P.— que finalmente fueron tomadas en la Haza del Reloj en su límite con el cerro del Alcaparral, cotas altamente estratégicas. Para la consecución de los trabajos los investigadores emplearon el sistema ETRS89 del visor de información geográfica de la REDIAM; el comparador de Mapas del Instituto Geográfico Nacional; el vuelo Army Map Service (B) 1956/1957 del PNOA y las Bases Cartográficas de Andalucía dwg 1/10000 y Raster 1/1000 (Edición 1998). Por otro lado, se pudo identificar a Rafael Medina Ramírez, presidente del Comité de Defensa en Espejo a comienzos de la Guerra civil y persona que, ataviado con indumentaria de oficial, aparecía en varias de las fotos que Robert Capa y Gerda Taro realizaron en Espejo aquella tarde de comienzos de septiembre de 1936.)

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Experte en neurosciences, Maryanne Wolf nous explique que la lecture sur papier active un grand nombre d’aires cérébrales, que la lecture quotidienne sur papier développe des capacités qui ont une fonction sociale de première importance, comme l’empathie, une meilleure compréhension de notre époque et une certaine capacité à débusquer les fausses informations. Lire ne se limite donc pas à l’accumulation de connaissances.

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Autre photographie emblématique et entourée de mystère, mystère quant à son auteur dans ce cas. Elle a été prise en 1942, au cours de la guerre du Vietnam. Elle montre cinq enfants sur une route, suivis de soldats sud-vietnamiens. Tous fuient un bombardement au napalm qui forme un épais rideau de fumée, à l’arrière-plan. Au milieu de ce groupe d’enfants, une petite fille entièrement nue, contrairement aux autres enfants. Il s’agit d’un bombardement de l’armée sud-vietnamienne effectué par erreur sur ses propres troupes. On hésite encore sur l’identité de l’auteur de cette photographie, et je ne vais pas exposer les hypothèses à ce sujet. Un élément de cette enquête : Carl Robinson, de l’AP (Associated Press) à Saïgon, a déclaré que son ancien patron, Horst Haas, aurait donné l’ordre d’attribuer cette photographie à Nick Ut (Nick Ut Cong Huynh), le photographe de l’AP.

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Un article dans La Revista diaria del Mundo du 22 février 2025 attire mon attention, « Pavía hace 500 años. La mayor victoria de España ». C’est au cours de cette bataille que François 1er est fait prisonnier par Charles Quint. Sans entrer dans le déroulement de cette bataille, signalons simplement que l’infanterie espagnole est alors très en avance sur la française. Lire à ce propos, « Pavía 1525. El gran triunfo de la infantería española » d’Àlex Claramunt Soto. L’infanterie espagnole engagée à Pavie est en voie de professionnalisation et elle annonce les Tercios. En 1525, elle est constituée d’unités homogènes qui se sont organisées depuis la guerre de Naples, en 1503. L’erreur de François 1er au cours de cette bataille, avoir fait cesser le tir de ses canons (l’artillerie française est très supérieure à celle de ses ennemis) pour permettre à sa très aristocratique cavalerie de charger, une erreur bien française, soit sacrifier l’efficacité au panache, une erreur qui a souvent bénéficié à ses ennemis, à commencer par les Anglais. L’infanterie espagnole se met à expérimenter l’arquebuse, une arme capable de traverser les armures et dont la fabrication s’est alors industrialisée, une arme facile à fabriquer et donc plutôt bon marché. Ces armes produites en quantité ont une cadence de tir considérable pour l’époque. Tandis que les arquebusiers rechargent leurs armes, les fantassins équipés de piques forment une enceinte protectrice. La combinaison armes blanches / armes à feu, avec spécificités tactiques, donnera à l’infanterie espagnole une supériorité absolue sur les champs de bataille, jusqu’à Rocroi, en 1643.

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Entrevue avec Antonio Muñoz Molina, auteur d’un essai intitulé, « El verano de Cervantes », un livre dans lequel il narre des souvenirs d’enfance et l’aide qu’il a trouvée auprès de Don Quijote. Il évoque le regard panoramique de Cervantes dont la vie heurtée et complexe peut être d’une grande aide pour beaucoup. La vie de Cervantes est à elle seule un roman ; il semble avoir vécu plusieurs vies. Par ailleurs, il montre un immense intérêt pour tous, sans considération pour le rang social. Cette œuvre majeure de Cervantes et de la littérature espagnole a eu curieusement peu de résonance dans les lettres espagnoles ; et lorsqu’il y est fait référence, c’est d’une manière erronée ou superficielle. Voir à ce propos, Miguel de Unamuno et José Ortega y Gasset. Antonio Muñoz Molina rapproche Montaigne et Cervantes, deux écrivains à la curiosité universelle et qui s’adressent au lecteur avec spontanéité, les yeux dans les yeux. Montaigne et Cervantes sont l’un et l’autre portés à tout remettre en question mais sans animosité, avec le sourire pourrait-on dire. L’écrivain et l’homme font corps, toujours. Lorsqu’ils parlent d’eux-mêmes, c’est aussi de nous dont ils parlent. Dans ce grand roman de Cervantes, la raison narrative s’impose face à l’idéologie. L’individu n’est jamais dépossédé de son individualité pour un stéréotype ; ainsi Cervantes peut-il témoigner de la diversité humaine, une attitude pas si courante au XVIème siècle, chez un catholique castillan. Don Quijote est un homme de bien mais enclin au fanatisme, un fanatisme que sait nourrir et activer l’imprimerie, l’imprimerie qui échauffe les imaginations comme le font à présent les technologies digitales. Elles aussi nous découplent du réel et, ainsi, nous enferment.

Olivier Ypsilantis

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