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Le palestinisme

Un point qui me semble central, toujours plus central : il ne serait pas tant question des Palestiniens s’ils n’avaient affaire à Israël, à l’État juif. Aucun peuple n’a droit à une telle attention, à tant de commisération. Depuis le 7 octobre 2023 ou, disons, depuis l’offensive lancée par Tsahal, le peuple palestinien émeut toujours plus les masses. Le 7 octobre a été oublié, il s’agit à présent de faire preuve de compassion bruyante et toujours plus bruyante envers les Palestiniens, de s’indigner ! L’émotion est sans trêve activée au détriment de la raison et de l’étude (celle de l’histoire de cette région par exemple). Il s’agit d’ingurgiter et goulument ce que les médias de masse dégurgitent.

Depuis le 7 octobre, une partie du monde est victime d’une pandémie – je ne force en rien la note –, le palestinisme, un néologisme qui rend compte d’un phénomène nouveau, d’une mutation de ce virus qu’est l’antisionisme, une mutation qui accentue sa virulence et sa contagiosité. De fait l’antisionisme semble dépassé, il est presque ringard comparé au palestinisme. Contre ce virus la recherche médicale s’épuise car sitôt qu’un remède semble faire preuve d’une certaine efficacité le virus mute. Antijudaïsme chrétien et musulman, antisémitisme et antisionisme, tous couchent ensemble et se refilent des MST (Maladies Sexuellement Transmissibles) et des IST (Infections Sexuellement Transmissibles).

L’antijudaïsme chrétien et l’antijudaïsme musulman se sont mutuellement contaminés au cours de l’histoire, idem avec l’antisémitisme chrétien et l’antisémitisme musulman, idem avec l’antisionisme chrétien et l’antisionisme musulman. Il y aurait une longue, très longue histoire à écrire à ce sujet. Et avec la mondialisation, nos politiques pro-arabes et une certaine immigration de masse, des tendances mortifères sont réactivées. Dans toute cette longue histoire de coucheries n’oublions pas celles du nazisme (une idéologie spécifiquement européenne) avec le monde musulman, arabe en particulier, sous le IIIème Reich puis après sa chute avec recyclage de cadres nazis, notamment en Syrie et en Égypte.

Shmuel Trigano pose la question de l’antisionisme. Il se demande s’il n’est pas dépassé ou, tout au moins, s’il n’est pas en passe d’être dépassé. La question mérite d’être posée même si je ne vois pas que l’État d’Israël et les référents collectifs du pays soient menacés de l’intérieur par le post-modernisme, le post-modernisme que ceux qui ne vivent pas en Israël ont tendance à voir comme plus imposant qu’il n’est. Il me semble que nous sommes toujours dans le schéma que décrit Alain Finkielkraut dans « Au nom de l’autre. Réflexions sur l’antisémitisme qui vient », probablement l’un de ses meilleurs écrits, Alain Finkielkraut qui rend compte en quelques pages de l’accusation de cosmopolitisme adressée aux Juifs à l’époque des nationalismes et de l’accusation de nationalisme adressée aux Juifs alors que le trans-frontiérisme est un peu partout célébré en Occident. Quant au haro sur les Juifs au nom de la doctrine post-moderniste et de l’intersectionnalité, il me semble qu’il ne s’agit que d’un réaménagement partiel du décor pour une pièce qui se répète, un radotage séculaire.

Des communautés souffrent un peu partout sur notre planète mais le Palestinien, tout au moins en Europe, est placé au hit-parade de la souffrance, et tout indique qu’il va s’y maintenir ; et je ne prétends pas que les Palestiniens soient directement responsables de cette tendance. Ils doivent eux-mêmes être dépassés par cet élan d’émotion qui soulève les masses, un élan dont n’a jamais bénéficié aucune population, tant par l’intensité du ramdam médiatique que par sa durée, surtout sa durée. Par exemple, la question tibétaine me semble considérable, mais elle n’a suscité qu’une émotion passagère et assez peu partagée. Et qui évoque les chrétiens dans certains pays d’Afrique, en particulier le Nigéria ? Et ainsi avec tant d’autres questions. On a évoqué une « conspiration du silence », et l’expression me semble justifiée. Les Palestiniens quant à eux ne sont pas victimes de cette conspiration, bien au contraire.

Mais j’y pense ! Une partie de mes ancêtres était originaire d’Anatolie, d’Izmir en particulier. La présence grecque sur les côtes de ce qui est devenue la Turquie remontait à plus de trois mille ans, une présence comparable par son ancienneté à celle des Juifs sur ce qui est aujourd’hui l’État d’Israël. Cette présence a été brutalement balayée au cours de la guerre gréco-turque de 1919-1922, avec plus d’un million de réfugiés. J’en suis venu à me dire que si mes ancêtres avaient été victimes des Juifs, j’aurais pu hériter de la condition de réfugié et en tirer quelques avantages, matériels et moraux ; je serais devenu prince de la Souffrance et ce titre serait passé à ma descendance. J’aurais été plaint, dorloté par l’ONU et des ONG. Nous n’étions pas des colons, c’était notre terre, plus de trente siècles d’une présence continue, ça en impose ! Ah, si mes ancêtres avaient été victimes des Juifs… Et oublié le génocide grec pontique (1916-1923). Il n’y en a plus que pour le « génocide » des Palestiniens. Oubliés également tant d’autres génocides, des vrais ; et oubliée l’expulsion des Juifs des pays arabes, des Juifs présents dans ces pays depuis tant de siècles, et parfois même avant l’arrivée des Arabes. A ce sujet, je ne puis que recommander la lecture de « Juifs en pays arabes. Le grand déracinement, 1850-1975 » de Georges Bensoussan.

Les Palestiniens (une désignation elle-même critiquable) se trouvent placés sur la plus haute marche du podium de la souffrance. La Shoah n’est plus rien comparée à la Nakba. Les victimes sont devenues des bourreaux. Avec les six segments qui forment le swastika on s’amuse à former une Magen David ou la Doppelte Sig-Rune des SS. L’antisionisme et le palestinisme sont devenus les plus inflexibles des mots d’ordre, les plus pesants des conformismes. Ne pas y souscrire c’est se mettre au banc de l’humanité ; l’humanité, ses instances internationales et ses tribunaux de la Sainte Inquisition. Cette tendance s’affirme toujours plus depuis le 7 octobre 2023, au point que ce massacre est oublié, sauf en Israël et chez des Juifs de la diaspora. Chaque jour qui passe voit toujours plus d’individus basculer dans le palestinisme, un vaste égout où convergent des eaux usées venues de tout un réseau de canalisations.

Dans mes relations je suis très discret lorsqu’il s’agit d’Israël. Mais depuis quelque temps les accrochages se font de plus en plus fréquents. Des personnes que j’avais plaisir à fréquenter tiennent des propos auxquels je ne m’attendais pas, violents parfois, alors que ces personnes sont mesurées et ont l’habitude d’analyser. Mais, à présent, lorsqu’il est question d’Israël c’est comme si l’heure de la récréation avait sonné ; on se précipite vers la sortie pour se défouler… Israël est devenu le défouloir de masses en constante augmentation ; Israël a toujours été un défouloir, comme l’a été le Juif dans les sociétés chrétiennes et musulmanes ; mais aujourd’hui, à l’heure des masses et de la massification de tout, c’est un grouillement indistinct. L’antisionisme et le palestinisme sont de très puissants liants. Ils rapprochent des individus qui autrement ne se seraient jamais rencontrés ou se seraient ignorés, tout simplement. Parmi eux, et parmi les plus dangereux, les intellectuels (ou pseudo-intellectuels), une catégorie d’hommes prête pour « l’abattoir mental » selon l’expression d’Armand Robin qui poursuit à leur sujet : « Étant le contraire des hommes de pensée, étant idolâtres de tout exercice cérébral impliquant promesse de domination sur d’autres consciences, ils sont tout désignés pour être les premiers servants d’une entreprise inédite tendant à séparer toute pensée du réel et à la contraindre à tourner en rond indéfiniment dans un même cercle, réduite à un ensemble de rouages dérisoires mus de loin. » L’antisionisme se trouve boosté par le palestinisme. Il tourne en rond indéfiniment dans un même cercle et de plus en plus vite. Toute pensée est évacuée par une force d’inertie centrifuge de plus en plus puissante. Le palestinisme est l’une des marques de la toute-puissance « d’une entreprise inédite tendant à séparer toute pensée du réel ».

Olivier Ypsilantis

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