Angleterre années 1820, un pays lugubre qui sort d’une longue guerre. La condition ouvrière y est effrayante ; et parmi ces ouvriers, nombre d’enfants. La mécanisation est par ailleurs dénoncée et attaquée. De nombreuses fabriques sont détruites par ceux qui les voient comme des prisons et qui refusent le travail salarié. Les classes supérieures s’inquiètent et craignent un Armageddon. Point lumineux dans ce ténébreux panorama, New Lanark, dans les montagnes d’Écosse, un ensemble pensé par Robert Owen, par un philanthrope sorti de la misère et devenu un grand entrepreneur, un homme plein de bon sens et par ailleurs fantasque.
Jusqu’alors inconnu, New Lanark gagne une rapide réputation dans toute l’Europe qui le considère comme un modèle de philanthropie guidé par un homme visionnaire, un homme qui, par ailleurs, parvient sans tarder à se constituer un important patrimoine. Les visiteurs affluent donc à New Lanark, et parmi eux des princes et des ducs. Robert Owen quant à lui ne s’envisage pas comme un simple philanthrope, mais comme un homme à idées, désireux de mettre en pratique certaines théories capables de conduire l’humanité vers un mieux. Il juge que l’homme est avant tout le produit d’une ambiance sociale, et que la modifier reviendrait à ouvrir la voie à un monde meilleur, voire au paradis sur terre. New Lanark est un laboratoire pour ses idées.
Fort de la réussite de son entreprise, une réussite qui dépasse toutes ses espérances, il décide de se faire connaître. L’occasion ne va pas tarder à se présenter. Suite aux guerres napoléoniennes, le pays se trouve dans une situation économique déplorable. La misère est grande et pourrait engendrer une explosion sociale. Des hommes (parmi lesquels des membres de la haute aristocratie) forment un comité afin d’analyser les causes de cette situation dans l’espoir de lui trouver un remède ; et, à cet effet, ils invitent Robert Owen afin qu’il expose son point de vue, un point de vue qui va surprendre ledit comité. Robert Owen propose de faire de ces misérables des producteurs. C’est un projet de réorganisation de la société à grande échelle qui repose sur un système de coopératives, soit une formation de huit cents à mille individus organisés en vue d’une production agricole ou industrielle autosuffisante, avec unités de logement, parties privées et collectives – on ne peut que penser à l’organisation des kibboutz. Dès l’âge de trois ans, les enfants seraient pris en charge par un système éducatif destiné à mieux les préparer à affronter la vie. Les écoles seraient entourées de jardins entretenus par les enfants plus âgés ; autour des jardins s’étendraient des champs, et les récoltes se prépareraient avec des houes et non avec des charrues, une curieuse idée chère à Robert Owen. Loin des habitations, les fabriques. Le comité écoute Robert Owen et reste bouche bée ; le laissez-faire est encore dans les esprits. On l’écoute poliment, sans donner suite. Mais Robert Owen est têtu et il finit par se faire entendre. En 1819, un comité est nommé (y figure David Ricardo) afin de réunir les 96 000 livres nécessaires à la mise en place d’une coopérative. Son projet suscite bien des sarcasmes mais il est convaincu que les déshérités peuvent produire beaucoup de richesse et s’extraire d’habitudes déplorables si on leur donne la possibilité de travailler dans un environnement choisi. Ces coopératives pourraient devenir des exemples et, ainsi, pourrait-on en finir avec cette industrialisation qui réduit à la misère des masses de travailleurs, impose des journées de seize heures, fait travailler des enfants dans des conditions atroces.
La somme espérée ne sera jamais réunie, mais Robert Owen poursuit son idée et met sa fortune au service de son projet. Il vend sa part de New Lanark et, en 1824, il entreprend de donner corps à son idée dans le pays qui lui semble le mieux approprié, soit les États-Unis. Il fait l’acquisition de terres dans l’Indiana et, en 1826, il inaugure son projet sous le nom de « New Harmony ». Mais, pris dans son élan, il néglige maints détails. Son entreprise est un échec et il doit vendre ses terres. Cette aventure lui coûte les quatre cinquièmes de sa fortune, et il revient en Angleterre.
L’opinion publique tourne en ridicule son idée de Villages of Union, ou coopératives ; mais ses propositions retiennent les classes travailleuses à une époque où naissent les premiers syndicats modernes. Ses idées sont débattues par des comités de personnalités, tandis que dans le pays naissent des coopératives de travailleurs organisées suivant les idées que Robert Owen expose dans ses bulletins. Il y a les coopératives de producteurs, il y a les coopératives de consommateurs. Ces premières sont un échec total, ainsi que le troc. Quant aux coopératives de consommateurs, elles auront une suite, avec les Rochdale Pioneers, l’une des origines de Parti travailliste. Il est curieux de noter que parmi les nombreux projets de Robert Owen, celui qui a connu le plus de succès – qui a survécu à tous les autres – est celui auquel il s’est le moins intéressé.
À son retour des États-Unis, Robert Owen se lance dans une vaste croisade morale, et frénétiquement. Il rassemble autour de lui les dirigeants de la classe ouvrière, un mouvement qui finit par adopter la désignation de Grand National Consolidated Trades Union (GNCTU) en 1834. Le mouvement initié par Robert Owen est à l’origine des syndicats industriels modernes. Le nombre des affiliés atteint le demi-million, un nombre considérable pour l’époque. Dans ce Grand National Consolidated Trades Union sont virtuellement inclus toutes les guildes et tous les syndicats anglais d’importance. À la différence des syndicats modernes, le Grand National Consolidated Trades Union ne cherche pas seulement à améliorer la société mais à la transformer. À cet effet, Robert Owen parcourt le pays afin de défendre sa cause. C’est un échec total. Les syndicats locaux craignent que leur pouvoir ne leur échappe, et des divergences surgissent entre Robert Owen et ses collaborateurs. Par ailleurs, le gouvernement se sent menacé par ce mouvement en pleine expansion, le patronat y voit une menace contre la propriété privée et soutient les lois antisyndicales. Avant ses deux ans, c’en est fini du Grand National Consolidated Trades Union. Robert Owen a soixante-quatre ans et son rôle historique s’arrête. Il vivra encore vingt ans.
La pensée la plus pertinente de Robert Owen reste probablement celle selon laquelle l’homme est le produit des circonstances, et que les circonstances sont déterminées par l’homme. De ce fait, il juge que le monde n’est ni irrémédiablement bon ou mauvais et que c’est à l’homme – nous – de l’orienter. C’est une philosophie d’espérance.
Claude-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon ou, plus simplement, Saint-Simon. En 1778, il se rend aux États-Unis où il se distingue dans la guerre d’indépendance et s’éprend passionnément des idées véhiculées par cette démocratie naissante. La guerre terminée, il se rend au Mexique où il prend contact avec les autorités afin qu’elles fassent creuser un canal – ce canal aurait ainsi anticipé celui de Panama –, mais l’idée reste sans suite. Saint-Simon revient en France alors que la révolution vient d’éclater. À l’Assemblée Nationale, il milite en faveur de l’abolition des titres de noblesse. Comme on peut le constater, sa passion pour la démocratie ne relève en rien de la pose. Au cours de la révolution, il spécule sur les biens de l’Église, ce qui lui permet de se constituer un modeste patrimoine. Par ailleurs, il se lance dans un immense projet éducatif et, à cet effet, il multiplie les contacts et suscite des jalousies qui le conduisent en prison, à titre préventif. Il parvient à s’évader, mais le propriétaire de l’hôtel où il s’était caché est arrêté car jugé complice. Saint-Simon ne pouvant supporter cette injustice se livre à la justice. Il est incarcéré, et c’est en prison qu’il a une révélation, en songe. Charlemagne (dont son père prétend descendre) lui apparaît et l’encourage à accomplir une œuvre philosophique, œuvre qui le rendra aussi célèbre que lui, Charlemagne, le guerrier et le politique.
Il est libéré et dédie sa fortune à une recherche éperdue de savoir. À cet effet, il invite chez lui tout ce que la France compte de têtes pensantes, et dans tous les domaines. Il les aide dans leurs recherches et multiplie les questions. Puis il se met en tête de se marier afin d’étudier sur le vif la vie familiale et, ainsi, compléter ses études sociales. Il se marie mais avec un contrat pour seulement trois ans. Au bout d’un an, il se lasse, sa femme parle trop, pendant que ses invités s’enivrent. Il en conclut que le mariage a ses inconvénients en tant qu’institution éducative. Il cherche alors à obtenir la main de la femme la plus brillante d’Europe, Madame de Staël, la seule capable de comprendre ses projets et le soutenir, pense-t-il. La relation est décevante. Madame de Staël juge que Saint-Simon est intéressant mais qu’il n’est en rien grand philosophe.
Dans cette quête d’un savoir encyclopédique, sans oublier son mariage, Saint-Simon dépense toutes ses économies et finit par tomber dans la pauvreté. Il cherche un emploi de clerc et trouve de l’aide auprès d’un de ses anciens serviteurs qui le loge et le nourrit. Saint-Simon écrit comme un possédé, et il envoie ses travaux aux mécènes les plus en vue, en y ajoutant une note pathétique dans laquelle il rapporte ne vivre que de pain et d’eau, avoir vendu ses vêtements pour financer l’impression de ses écrits dans le seul but de contribuer au bien public et sortir par des moyens pacifiques la société européenne de la crise où elle est immergée. Mais aucune aide ne lui est donnée. Sa famille finit par lui verser une modeste pension. En 1823, il tente de se suicider en se tirant un coup de pistolet ; mais il ne parvient qu’à perdre un œil. Il meurt deux ans plus tard, dans la pauvreté.
Qu’a-t-il laissé ? Il a laissé quelque chose d’étrange : une religion industrielle. Il a beaucoup écrit, mais personne ne le lisait. Il n’a rien fait d’extraordinaire mais il a su réunir autour de lui des disciples qui ont proposé à la société une image inédite de ce qu’elle pourrait être. Cette religion semi-mystique est toutefois désorganisée, et dès ses débuts, car sa base est elle-même inachevée et instable. Saint-Simon n’a jamais eu en tête de fonder une religion ; ce n’est qu’après sa mort qu’apparaît une Église saint-simonienne, en France, avec des ramifications en Allemagne et en Angleterre. Mais plutôt qu’une Église, on pourrait évoquer un ordre religieux ou une confrérie religieuse. Saint-Simon déclare que si la France perd trois mille de ses meilleurs savants, artistes et artisans, les conséquences seraient autrement plus sérieuses que si elle perdait trente mille aristocrates et serviteurs de la Couronne, autant d’individus qui pourraient être aisément remplacés par d’autres individus, particulièrement nombreux, à la recherche de considération sociale.
Saint-Simon place les travailleurs – les industriels – au-dessus de tous, et il propose une réorganisation de la pyramide sociale. Il envisage la société comme une immense usine. Le gouvernement devra être un organe économique et en aucun cas politique – mais comment être l’un sans être (au moins un peu) l’autre ? Il devra arranger les choses, non diriger les hommes. Les récompenses devront être en rapport avec la contribution de chacun à l’égard de la société. Saint-Simon ne prêche pas la révolution, il entonne un hymne à l’industrialisation et s’élève contre le fait que les classes oisives se taillent la part du lion. Mais il ne dit rien de précis sur la manière de remédier à ce mal. Les derniers saint-simoniens proposeront la suppression de la propriété privée, tout en restant plutôt vagues quant à un programme de réforme sociale. Saint-Simon propose une religion du travail mais privée d’un catéchisme approprié. Il met en évidence les grandes injustices à l’heure de la distribution des fruits du travail ; mais il ne propose à ceux qui veulent corriger cette injustice qu’une ligne d’action bien incomplète.
Ce manque de programme de la part de Saint-Simon a peut-être contribué au succès de Charles Fourier. Saint-Simon est pris par une grande idée, Charles Fourier se passionne pour les petites choses, les détails. L’un et l’autre jugent que le monde est horriblement désorganisé, mais les remèdes qu’ils proposent diffèrent grandement. Charles Fourier s’envisage lui aussi comme porteur d’un message destiné à l’humanité, et lui aussi vit dans l’attente d’un riche mécène capable de donner corps à ses idées, un mécène qui ne viendra jamais. Son monde est fantasque, par exemple lorsqu’il envisage l’histoire du monde et ses périodes. Je passe sur les détails, comme la description qu’il nous propose des habitants d’autres mondes. Charles Fourier veut donc mettre de l’ordre dans le chaos terrestre et réorganiser la société ; et, à cet effet, il expose son programme avec minutie. Il avance l’idée du phalanstère (le mot qui définit le plus sûrement Charles Fourier) dont l’organisation offre d’assez nombreuses ressemblances avec la cooperative community de Robert Owen. Il le décrit minutieusement. Le travail sera obligatoire, mais chacun s’organisera à sa convenance (il ne s’agira pas de se tuer à la tâche) et choisira le travail qui lui convient. Des concours seront organisés entre les travailleurs. Une fois que l’idée du phalanstère aura conquis le monde, on organisera de grands concours de chefs cuisiniers et de mise en bouteille de champagne, et ainsi de suite. Curieusement, ce monde fantaisiste, voire fantastique, retiendra l’attention de plus d’un, y compris aux États-Unis où s’implanteront jusqu’à quarante phalanstères. Les États-Unis, un pays où des groupes authentiquement utopistes prospéreront, des groupes extraordinairement divers. De toutes les utopies, le phalanstère est la moins réaliste mais l’aimable rêveur que fut Charles Fourier a su décrire avec une implacable minutie les malheurs du monde. Néanmoins, dans le remède qu’il propose entrent trop d’ingrédients célestes pour soigner les maux terrestres.
Doit-on ridiculiser ces créateurs d’utopies ? On peut penser comme Anatole France, à savoir que sans eux l’humanité ne serait jamais sortie des cavernes. Tous ont des grains de folie, comme Saint-Simon qui envisage la possibilité que le castor puisse prendre la place de l’homme, cet animal étant intelligent entre tous. Robert L. Heilbroner nous avertit, l’attention que nous devons porter à ces créateurs d’utopies ne tient pas à leur excentricité mais au climat intellectuel dans lequel ils ont baigné. Ces créateurs d’utopies vivent dans un monde très dur, celui des débuts de l’industrialisation, un monde d’autant plus dur qu’il se présente comme une conséquence des lois économiques, des lois supposées dépasser l’homme et auxquelles il doit donc se soumettre sans un mot, dénoncer ces lois revenant à dénoncer le cycle des marées ou la loi de la gravitation universelle. Les lois économiques sont alors peu nombreuses mais imposantes. On peut éprouver de la répugnance à leur égard mais elles doivent être envisagées comme le résultat d’une dynamique sociale et en aucun cas comme le produit de la mauvaise volonté ou de la malversation personnelle.
Les lois économiques semblent donc inchangeables alors que l’état de la société est tout bonnement révoltant. Les socialistes utopiques appellent à un changement du système. Chacun à leur manière, ils imaginent un monde où trouver refuge : phalanstère, self-governing communities, etc. Ces socialistes (il y en a beaucoup plus que les trois que nous venons de citer) sont des réformateurs par le cœur plus que par la raison. À la différence des communistes, ils espèrent gagner à leur cause des membres des classes moyennes et supérieures, étant qu’entendu que, selon eux, elles aussi seront gagnantes. Les communistes s’adressent aux masses et envisagent si nécessaire l’emploi de la violence, rien de tel avec les socialistes utopiques.
Les créateurs d’utopies existent depuis au moins Platon ; mais jusqu’à la Révolution française, il n’est guère question d’envisager les injustices économiques, on s’en tient aux injustices politiques. Peu de ces utopistes conçoivent une réforme à l’intérieur du système. Ils espèrent généralement mieux qu’une réforme, ils espèrent une société nouvelle, une société d’entraide et de fraternité érigée contre l’égoïsme. Ce sont des hommes de bonne volonté, mais il leur manque une respectabilité capable d’attirer à eux quelqu’un ayant un peu plus la tête sur les épaules. Ce quelqu’un sera John Stuart Mill, l’un des hommes les plus remarquables de son temps, fils d’un homme également remarquable, James Mill. John Stuart Mill est extraordinairement précoce, et je passe sur les détails. Il est soumis à une implacable éducation intellectuelle qui ne laisse aucune place aux loisirs ; mais vers ses vingt ans, il tombe dans une profonde mélancolie. Il se met à lire des écrivains qui font appel au cœur aussi sérieusement que son père, James Mill, fait appel à la tête. Survient une rencontre vitale, Harriet Taylor, née Hardy. Ils tombent amoureux et finissent par se marier. Harriet Taylor Mill aide grandement son mari à développer son émotion. Elle le sensibilise aux droits de la femme et plus généralement aux droits humains. Après la mort de sa femme, John Stuart Mill déclarera que ceux qui se pencheront sur son œuvre ne devront jamais oublier qu’elle est le produit de trois intelligences, de trois consciences : son père, James Mill, sa femme, Harriet Taylor Mill, et lui-même. « Principles of Political Economy » est le produit d’une trentaine d’années d’études. Il y propose une analyse exhaustive de la science économique de son temps, et il retrace les chemins empruntés par Adam Smith, Thomas Malthus et David Ricardo. Il réalise par ailleurs un travail beaucoup plus personnel et fait une découverte particulièrement importante dans la mesure où elle sort l’économie de la catégorie de science lugubre. John Stuart Mill a une intuition simple, comme la plupart des grandes intuitions. Il nous dit que les lois économiques relatives à la production dépendent de la Nature même ; autrement dit, une même main-d’œuvre peut être plus productive dans un domaine que dans un autre, comme peut l’être la terre suivant l’endroit. Rien de tel avec la distribution qui, elle, ne dépend en rien de la Nature mais entièrement de l’homme. C’est un coup magistral porté aux disciples de David Ricardo. John Stuart Mill nous dit que la société peut modifier des données jugées naturelles, par exemple en créant des impôts, en expropriant, en redistribuant, en donnant tout au roi ou en fondant un immense asile de charité, etc. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas de redistribution qui puisse être qualifiée de concluante, qui puisse prendre appui sur des lois économiques pour se justifier ; il n’y a que les producteurs de richesse qui puissent décider de la répartition de la richesse produite. Ainsi, John Stuart Mill place-t-il le débat économique au-dessus des lois impersonnelles et implacables pour le hausser au niveau des principes éthiques et moraux. Il y a bien un avant et un après John Stuart Mill. On peut discuter sur les modalités de la redistribution mais sans s’autoriser à déclarer qu’elle est soumise à une puissance abstraite contre laquelle rien ne peut être entrepris.
Le monde de John Stuart Mill est un monde d’espérance mais mesuré. Il affirme sa croyance en l’homme, en sa capacité à contrôler son avenir par la raison, par exemple que les travailleurs comprennent l’importance du contrôle des naissances et agissent en conséquence ; à partir de là, tout suivra sans complication car son affirmation selon laquelle la distribution dépend des seules décisions humaines permet tous les espoirs. Le monde parviendra alors à un état stationnaire et des améliorations s’en suivront à partir des richesses produites. L’État veillera à un équilibre général et les hommes s’éloigneront du toujours plus pour cultiver les arts et prendre tout simplement le temps de vivre. John Stuart Mill ne milite pas en faveur d’un socialisme à outrance, il veut réfréner certains abus liés à la propriété privée tout en précisant qu’elle peut – ou pourrait – avoir des aspects positifs pour tous. Par ailleurs, il voit le communisme comme un danger. Il pressent que s’il met l’accent sur l’économique, il ne s’y tiendra pas. Il pressent son versant totalitaire et je pourrais à ce sujet citer des passages éloquents.
La doctrine de John Stuart Mill convenait au tempérament anglais, avec son relatif optimisme et son socialisme modéré. Et je ne peux que conseiller la lecture de son « Autobiography », consultable en ligne et dans son intégralité :
https://www.gutenberg.org/files/10378/10378-h/10378-h.htm
Il y évoque sa femme, son rôle central dans son œuvre, mais aussi sa fille, Helen, dont le rôle n’a pas été moindre, une fille qui prendra en quelque sorte la suite de sa mère. « Principles of Political Economy (with Some of Their Applications to Social Philosophy) » est publié en 1848, année de la publication de « Das Manifest der Kommunistischen Partei » de Karl Marx et Friedrich Engels, un livre de quelques pages qui défait la belle et sereine simplicité du monde de John Stuart Mill.
Olivier Ypsilantis