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La naissance d’un État, Israël

J’ai devant moi un petit livre dégoté chez un bouquiniste de Lisbonne, « Nasceu um Estado : Israel » (Editorial Império, Lisboa, 1950), du Dr. Augusto d’Esaguy, auteur de nombreux ouvrages sur la médecine et l’histoire de la médecine, ainsi que d’ouvrages variés, dont celui que j’ai entre les mains et « Grandezas e Misérias de Israel » (Portugália, 1939), édité en français sous le titre « Grandeur et Misère d’Israël » (Rieder, 1940). Ce petit livre à couverture brune s’orne en frontispice d’un portrait de Chaïm Weizmann, premier président de l’État d’Israël. Il est structuré en dix petits chapitres dont je vais rendre compte.

Je précise que le nom de cet auteur m’était parfaitement inconnu et que j’ai découvert ce livre tout à fait par hasard. Quelques repères biographiques trouvés en ligne. Augusto Isaac d’Esaguy (1899-1961), Juif portugais. Il a été président de la Commisão Portuguesa de Assistência aos Judeus Refugiados (la COMASSIS, fondée en 1933), de 1938 à 1945 – la COMASSIS a eu un rôle crucial dans l’aide aux réfugiés juifs traqués par les nazis. Ses études le portent vers l’histoire de la médecine (qu’il enseigne) puis il se spécialise en dermatologie, à Paris. Son œuvre, volumineuse et diverse, s’attache en particulier à l’histoire des médecins juifs portugais, comme Jacob de Castro Sarmento, Isaac Cardoso, Garcia de Orta et Isaac de Sequeira Samuda. Parmi les entreprises de sauvetage réalisées par ce médecin, l’aide à plus de six cents Juifs allemands bloqués en Espagne qu’il fait passer au Portugal. En 1940, il a un rôle clé (avec Moisés Bensabat Amzalak auquel j’ai consacré un article sur ce blog) dans le sauvetage de Juifs luxembourgeois qui, ainsi, purent atteindre le Portugal.

Chapitre I. L’idée-mère : le sionisme. L’auteur commence par poser la question : que signifie le mot magique « sionisme », un mot si souvent détourné de son sens, mal traduit et probablement intentionnellement ? Ce mot signifie simplement le retour des Juifs de la diaspora en Palestine (c’est la désignation que choisit l’auteur), une idée vitale qui a donné forme à un mouvement politique qui a entraîné Juifs et non-Juifs. Augusto d’Esaguy évoque l’espérance messianique transmise de génération en génération, une espérance exclusivement mystique et religieuse qui, dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, subit une inflexion, avec le retour en Terre Promise sans l’aide de Dieu et grâce au seul effort des Juifs. (L’auteur pense probablement à Sabbataï Tsevi et son mouvement qui réoriente l’espérance messianique traditionnelle).

L’ampleur de l’antisémitisme traditionnel, latent et actif, religieux et économique, transforme le messianisme (ou sionisme traditionnel) en une aspiration laïque et politique. Et il cite Moses Hess, son livre « Rome et Jerusalem. La dernière question des nationalités », ainsi que Judah Leib Pinsker et son livre « Auto-émancipation. Avertissement d’un Juif russe à ses frères ». En 1881 est fondé le premier établissement de Juifs russes, Rishon LeZion. Les violences contre les Juifs se multiplient dans l’Empire des Tsars. S’en suit une émigration massive vers les États-Unis et la Palestine où les Juifs russes fondent un autre établissement, Hovevei Zion (Amants de Sion). Le baron Edmond de Rotshchid et le baron Maurice de Hirsch aident leurs coreligionnaires. (Ce dernier n’appuie guère une installation massive en Palestine et il privilégie l’émigration vers l’Argentine car il craint que la population arabe de Palestine ne rejette la souveraineté juive.)

En 1860 est fondée l’Alliance Israélite Universelle ; en 1871 est fondée l’Anglo-Jewish Association ; en 1891 est fondée la Jewish Colonisation Association.

Chapitre II. Theodor Herzl et le sionisme politique. Effrayé par l’antisémitisme ambiant, en particulier par l’affaire Dreyfus, Theodor Herzl publie en 1896 « L’État juif » (Der Judenstaat) dans lequel il défend la création d’un État juif. Ce livre rompt avec le sionisme mystique et sentimental, ainsi qu’avec le philanthropisme soucieux de favoriser la fondation d’établissements juifs dans le monde. Il promeut l’action, loin des prières. Le sionisme doit être une question nationale, soit œuvrer à la création d’un État juif indépendant. L’émigration vers la Palestine devra se faire méthodiquement et régulièrement. Et c’est tout le peuple qui versera les capitaux nécessaires au développement agricole et industriel de la région. Theodor Herzl l’affirme, la Palestine sera donnée aux Juifs et elle sera reconnue comme État juif par les grandes nations et les empires, à la condition que les Juifs ne craignent pas d’être eux-mêmes et désirent de toutes leurs forces la création d’un État juif.

Chapitre III. Le congrès de Bâle. Augusto d’Esaguy ne cache pas son enthousiasme et il célèbre l’activité de Theodor Herzl qui est reçu à bras ouverts dans de nombreux pays, honoré comme un ambassadeur ou un chef d’État, alors qu’il est froidement reçu dans les synagogues où il s’efforce d’expliquer la signification du sionisme politique. Tandis que les empereurs, les rois et les chefs d’État lui ouvrent les portes de leurs palais, le peuple se méfie plutôt de son message. Lorsqu’il tombe malade, il confie son projet d’un État juif en Palestine à Max Nordau.

Chapitre IV. La Déclaration Balfour. Lorsque Augusto d’Esaguy rédige ce petit livre, Chaïm Weizmann est président de l’État d’Israël. Au cours de la Première Guerre mondiale, les Juifs de Palestine se sont engagés aux côtés des Alliés, avec le général Edmund Allenby ; et Chaïm Weizmann, chimiste de grande valeur, a livré à l’Angleterre, et à un moment de grand danger, une découverte qui contribua à la victoire – soit la production industrielle d’acétone, une contribution scientifique qui donna à Chaim Weizmann un accès privilégié aux dirigeants britanniques, notamment Arthur Balfour et Lloyd George, et favorisa indirectement l’élaboration de la Déclaration Balfour de 1917. Début novembre 1917, les troupes du général Edmund Allenby sont aux portes de la Palestine et la résistance turque se durcit. À cette occasion est signée la Déclaration Balfour par le secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, Lord Arthur James Balfour, et adressée à Lord Lionel Walter Rothschid, leader sioniste. Commence la deuxième phase de la grande lutte pour la naissance d’Israël.

Chapitre V. Le Mandat en Palestine. L’histoire des négociations qui ont précédé la Déclaration Balfour n’a jamais été révélée ; elle reste enfouie dans le secret des chancelleries, dans les mystérieuses archives diplomatiques du Foreign Office ainsi que dans le département d’État des États-Unis. (Je reprends le ton d’Augusto d’Esaguy et rappelle que ce livre a été écrit en 1950, soit moins de deux ans après la naissance de État d’Israël). Toutefois, selon de nombreux historiens, les accords pour l’établissement d’un Foyer national du peuple juif (en Palestine) furent discutés par Lord Arthur James Balfour, en 1916, au cours d’une rapide visite aux États-Unis. Le président de l’État d’Israël, Chaïm Weizmann, prit une part active dans ces discussions. La Déclaration Balfour fut confirmée en 1920, en particulier par la S.D.N. Le sionisme entra dans une nouvelle phase et l’espoir de Theodor Herezl prit forme.

Les Britanniques, puissance mandataire en Palestine, s’employèrent à se tailler une nouvelle zone d’influence, mais en douceur. La Palestine était en effet un point stratégique pour ces derniers, car placée sur la route de l’Inde, au nord du canal de Suez et point d’embarquement du pétrole irakien. La Palestine fut délimitée par les Britanniques, avec ses 26 139 kilomètres carrés. Cette division de la Palestine faite à l’encontre des traités fut à l’origine de tensions, ainsi que le signale Augusto d’Esaguy. (Comparez la carte de la Palestine suite à la Conférence de San Remo et la séparation opérée par les Britanniques en 1921 entre la Palestine mandataire et la Transjordanie cédée à l’émir Abdallah bin al-Hussein).

Augusto d’Esaguy termine ce chapitre par un extrait du livre de Kadmi Cohen, édité à Paris en 1930, « L’État d’Israël » : « Le sionisme traverses une crise grave ; mais sa puissance “messianique” est telle que cette rupture du pacte qui liait Israël à la Grande-Bretagne ne l’écrasera pas ».

Chapitre VI. L’œuvre sioniste en Palestine et la résurrection de l’hébreu. La résurrection de l’hébreu, œuvre d’Eliezer Ben-Yehuda, une œuvre immense. Cette langue « ressuscitée et rénovée, dotée de plus de beauté et de force plastique que l’hébreu des origines » – je ne fais que traduire ce qu’écrit Augusto d’Esaguy – va être la première arme, l’arme secrète, l’arme de la victoire pour la restitution de la terre d’Israël à son peuple. Et l’auteur célèbre un autre miracle, celui de la terre, une terre de sable et de pierres, privée d’eau et abandonnée depuis des siècles, une terre qui se couvre d’arbres et de surfaces agricoles. Le désert se peuple, apparaissent des villages et des villes, dont Tel Aviv. 1922, 750 000 habitants ; 1948, 1 600 000 habitants. L’auteur célèbre l’entreprise sioniste qui tout en cultivant la terre plante les semences d’un nouvel État et recueille le pain et la Loi – « Colhem o pão e a Lei » ; et il cite un passage de « Palestine, Land of Promise » de Walter Clay Lowdermilk, passage dans lequel ce technicien nord-américain célèbre les succès de l’agriculture juive qui pourrait selon lui servir d’exemple aux populations du Moyen-Orient, alors soumises à des conditions de vie désolantes. Et Augusto d’Esaguy a cette exclamation : « Et ce technicien nord-américain n’est pas juif ! » L’aide financière accordée à ces pionniers vient principalement de Juifs nord-américains – rien qu’à New York vivent plus de 300 000 juifs sionistes –, suivis de Juifs britanniques et sud-africains.

L’Agence juive, dirigée par Chaïm Weizmann, est le moteur et la colonne vertébrale de l’établissement des Juifs en Terre Promise et du financement du développement de cette terre qui deviendra l’État d’Israël.     

Chapitre VII. Juifs et Arabes. Juifs et Arabes n’ont pas toujours été des ennemis en Palestine, nous signale Augusto d’Esaguy. Ils ont notamment fait de nombreuses transactions de terrains. Ce n’est que lorsque le Colonial Office se met à soutenir la propagande pro-Arabe qu’ont lieu les premiers heurts entre ces deux communautés, en 1920, pour déboucher sur un déchaînement de violence entre le 23 et le 30 août 1929, dans les villes de Jérusalem, Hébron et Jaffa, entre autres. La S.D.N. intervient pour que les Britanniques répriment ces violences. La Commission Shaw contraint les fonctionnaires britanniques à punir les coupables ; et en Angleterre même, plusieurs responsables politiques condamnent officiellement James Ramsay MacDonald, alors Premier ministre, pour ne pas avoir respecté les obligations internationales volontairement assumées par l’Empire britannique. S’en suit une période de calme relatif jusqu’en 1933, année de l’arrivée des premiers Juifs allemands fuyant le nazisme. En 1936 arrive en Palestine la commission Peel qui propose un redécoupage de la Palestine, déjà amputée de la Transjordanie. Le Congrès sioniste réuni à Zurich, en août 1937, dénonce ce projet, et les Arabes eux-mêmes le dénoncent. Seul l’émir Abdallah bin al-Hussein se tait, trop heureux d’avoir empoché un si gros morceau. Les violences entre Juifs et Arabes ne cessent pas et les Britanniques se voient contraints d’intervenir. Le Grand Mufti de Jérusalem, Hadj Amin al-Husseini, est destitué et se réfugie à Damas où il se convertit en un agent du nazisme. Hitler comprend immédiatement tout l’intérêt qu’il peut tirer de cet ennemi des Juifs et des Britanniques. Les Juifs américains parviennent à faire pression sur les Britanniques pour qu’ils abandonnent ce nouveau plan de partage. Les Britanniques multiplient les Commissions. Mars 1939, réunion à Londres entre Arabes et Juifs, mais rien n’aboutit. Le Gouvernement britannique hésite mais « à présent, tous connaissent le jeu, les cartes sont sur la table. »

Chapitre VIII. 1939, Le Livre Blanc. Le calme est revenu en Palestine. Londres décide alors d’imposer la solution qui convient le mieux à sa politique. Le 17 mai 1939 est publié de célèbre Livre Blanc « qui indigne les peuples de tous les pays libres », qui mobilise les sionistes du monde entier et que refusent les Juifs de Palestine. Des personnalités politiques de premier plan, parmi lesquelles David Lloyd George et Winston Churchill, dénoncent officiellement ce document, mais en vain ; le Livre Blanc est approuvé alors que les nazis traquent les Juifs.

Au congrès sioniste de Londres, en mai 1945, le Livre Blanc est refusé ; il est décidé que l’immigration juive se fera sans restriction et qu’un État juif sera fondé, un État où pourront vivre librement Juifs et Arabes. Les décisions prises à l’occasion de ce Congrès et appuyées par les Juifs nord-américains inquiètent les Arabes et la puissance mandataire, avec le Colonial Office, mais les temps ont changé et la victoire des Alliés, en 1945, accélère la dislocation de l’Empire britannique et affirme la puissance des États-Unis

Chapitre IX. Les partis politiques. Bien avant la Première Guerre mondiale, de très nombreux partis politiques voient le jour en Palestine, un phénomène auquel s’opposent les rabbins qui redoutent l’hostilité des Arabes que le sionisme de Theodor Herzl inquiète. Distantes les unes des autres et autonomes, les petites communautés juives de Palestine ne commencent à se rapprocher les unes des autres qu’en 1928, avec la fondation d’une Communauté juive centrale (Knesseth Israel).

La plus orthodoxe de toutes ces communautés, le Agoudat Israel (Union d’Israël) se tient à l’écart des activités sionistes de la Knesset Israel, et pour deux raisons : sa ferme opposition au vote féminin et aux Juifs libéraux.

Le parti le plus important est celui des syndicats ouvriers, le Parti travailliste ou Mapai, dirigé par David Ben Gourion. Lui est rattachée la Histadrout, ou Fédération générale des travailleurs en Israël. Mapai réunit les deux plus anciens partis politiques d’Israël : Akhdut HaAvoda (Unité travailliste) et Hapoel Hatzair (Le jeune travailleur). Parti affilié à la Deuxième Internationale, il est le principal opposant au communisme et à l’Union soviétique.

Les Sionistes généraux constituent un grand parti modéré, centriste. Son aile gauche est dirigée par le président de l’État d’Israël, Chaïm Weizmann (il en a été le président de 1949 à sa mort, en 1952). Mapai dispose d’une force armée organisée et bien équipée, la Haganah (créée en 1936) forte de plus de 80 000 hommes.

Le groupe Stern ou Lehi (Lohamei Herut Israel), fondé en 1941, et l’Irgun Zvai Leumi (dont a été responsable Menachem Beguin), soit le bras armé du Brit Hatzohar, fondé par le sioniste révisionniste Vladimir Jabotinsky.

Suit la liste des partis de l’opposition, dont le Poale Zion.

Chapitre X. Fin du Mandat, et la Guerre ! 15 mai 1948, fin du mandat britannique et naissance de l’État d’Israël. Depuis longtemps, et en cachette, les Britanniques planifient la guerre contre ce nouvel État, notamment à partir de la Transjordanie – avec la Légion arabe, encadrée par des officiers britanniques. Le jour même de la proclamation de l’Indépendance de l’État d’Israël, cinq armées arabes appartenant à cinq États foncent sur Israël suivant un plan bien établi qui doit avoir raison du pays en dix jours maximum. Le roi-fantoche de Transjordanie, Abdallah bin al-Hussein, fonctionnaire du Foreign Office, doit prendre Jérusalem. Le plan Ernst Bevin / Abdallah bin al-Hussein ? La fondation d’un Empire hachémite. Mais la Haganah tient bon, bien que ne disposant pas d’armes lourdes. Le 11 juin 1948, les cinq armées arabes doivent accepter une trêve. La guerre reprend le 10 juillet. Ces cinq États sont rejoints par l’Arabie saoudite. Des combats s’en suivent entre le 10 et le 19 juillet, et les six armées arabes sont défaites.

Augusto d’Esaguy évoque la Ligne Weizmann, une ligne qu’il prétend plus solide que la Ligne Maginot ou que la Ligne Siegfried. J’ai été surpris en rencontrant cette dénomination – la Ligne Weizmann. Puis j’ai vite compris qu’il ne s’agissait pas vraiment d’une Ligne, comme la Maginot ou la Siegfried, et pourtant… La Ligne Weizmann, une défense constituée de colonies agricoles (des kibboutzim, mot que n’emploie pas l’auteur), certaines fondées il y a presqu’un siècle, des colonies armées et ayant appris à se défendre contre les bandes arabes, des colonies peuplées de femmes et d’hommes maniant avec une même détermination la charrue et le fusil.

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Revenons brièvement sur le premier partage de la Palestine, avec la Transjordanie cédée en 1921 à la dynastie hachémite par Winston Churchill, un geste perçu comme une récompense donnée pour l’aide apportée contre l’Empire ottoman au cours de la Première Guerre mondiale. L’affaire est plus compliquée. Les Britanniques promettent de soutenir la création d’un État arabe indépendant suite à l’aide apportée par les Hachémites du Hedjaz, une famille chérifienne de La Mecque. Mais après la victoire contre les Ottomans, cette promesse se heurte aux accords Sykes-Picot et à la Déclaration Balfour, et l’affaire s’embrouille. En 1921, Winston Churchill rebat les cartes lors de la Conférence du Caire : à Fayçal ben Hussein al-Hachimi l’Irak, à Abdallah bin al-Hussein l’émirat de Transjordanie, ce qui crée un enchevêtrement d’engagements contradictoires. En 1921, Winston Churchill, alors secrétaire aux Colonies, réorganise le Proche-Orient lors de la Conférence du Caire : Fayçal ben Hussein al-Hachimi obtient l’Irak et devient souverain sous le nom de Fayçal Ier, tandis qu’Abdallah bin al-Hussein reçoit l’émirat de Transjordanie et devient souverain sous le nom d’Abdallah Ier, sous mandat britannique.

L’implantation hachémite est alors artificielle et rien ne la justifie que des arrangements politiques. La Transjordanie était intégrée à l’Empire ottoman et n’était qu’une partie de la Grande Syrie ottomane, faiblement administrée, peuplée de tribus bédouines autochtones. Les Hachémites sont originaires du Hedjaz, ainsi que nous l’avons signalé, une région aujourd’hui située en Arabie saoudite. Après 1921, les Hachémites structurent leur légitimité en passant des alliances avec les grandes tribus bédouines du pays et élaborent un récit national. La Jordanie d’aujourd’hui est donc le résultat d’un compromis entre la politique britannique et un effort interne conduit par une dynastie originaire d’Arabie saoudite.

Un mot au sujet de l’article 25. Cet article permet à la puissance mandataire pour la Palestine de 1920 (un vaste territoire sans unité) de soustraire certaines de ses parties   à l’application des dispositions favorables au Foyer national juif, afin de pouvoir adapter le mandat aux réalités locales, aux équilibres démographiques et aux engagements (contradictoires) pris au cours de la Première Guerre mondiale. L’article 25 est bel et bien un outil juridique élaboré pour permettre aisément un découpage du territoire en question afin d’atténuer, voire de gommer, les heurts entre les promesses diplomatiques (et, redisons-le, elles sont nombreuses et contradictoires), les intérêts stratégiques et l’évolution démographique.

Article 25 (adopté en 1922 par la SDN) : « Dans les territoires situés entre le Jourdain et la frontière orientale de la Palestine telle qu’elle sera ultérieurement déterminée, le Mandataire aura le droit, avec le consentement du Conseil de la Société des Nations, de suspendre ou de refuser l’application de telles dispositions du présent mandat qu’il jugera inapplicables aux conditions locales existantes, et de prendre pour l’administration de ces territoires telles mesures qu’il estimera appropriées à ces conditions. »

Les Juifs n’ont pas accepté ce partage, contrairement à ce qui se dit encore. Ils ne l’ont ni accepté, ni refusé pour la bonne et simple raison qu’on ne leur a pas demandé leur avis. Il n’y a eu ni référendum, ni consultation politique du mouvement sioniste. Il s’est agi d’une décision unilatérale prise par les Britanniques et rendue juridiquement possible par le mandat. Le mouvement sioniste l’a entérinée parce que le cadre juridique international du mandat britannique était la seule base légale pour la construction d’un Foyer national juif.

 

Ci-joint, un lien sur Augusto Isaac d’Esaguy intitulé : « A forgotten Jewish-Portuguese historian of medicine: Dr. Augusto Isaac d’Esaguy, OSE, 1899–1961 » :

https://dspace.uevora.pt/rdpc/bitstream/10174/24742/1/Esaguy%20biography%20JMB%202018.pdf

 

Olivier Ypsilantis

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