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Israël au ban des nations

Le Palestinien devient toujours plus la Victime, le parangon de la victime. C’est la victime en habits de sacre et intronisée. Et depuis le 7 octobre, ils sont de plus en plus nombreux à se presser autour de lui et à se perdre en dévotions. Chez nous, en Europe, l’Europe qui a été l’aire de la Shoah (rappelons-le), [l’anti / judaïsme / sémitisme / sionisme] musulman, et principalement arabo-musulman, rencontre la culpabilité européenne et active le ressentiment envers Israël (et les Juifs de la diaspora considérés comme autant de représentants de ce pays) ; et ainsi un conflit très localisé est présenté comme un conflit aux dimensions mondiales. Via les images et les commentaires, Israël semble vouloir s’en prendre au monde entier pour y répandre la mort et la destruction. Les ruines de Gaza semblent vouloir recouvrir le monde. D’autres conflits autrement plus meurtriers sont à peine évoqués, lorsqu’ils le sont. En Europe, la guerre à Gaza occupe plus de place que la guerre en Ukraine qui se déroule pourtant sur le sol européen. Nous sommes malades et on peut affirmer sans hésiter que si les Palestiniens n’avaient pas affaire à des Israéliens, à des Juifs, il en serait bien moins question. Le Juif bouc émissaire, Israël bouc émissaire, une histoire sans fin, un formidable entortillement dans lequel nos démocraties se voient prises.

L’obsession de l’ONU pour Israël est étrange. Et afin d’épargner au lecteur une très longue énumération, je me contenterai de rappeler qu’entre 1948 et 1991, le Conseil de sécurité des Nations Unies a émis cent soixante-quinze résolutions pour le Moyen-Orient, quatre-vingt-dix-sept étant dirigées contre Israël et quatre contre les pays arabes. Quant à l’Assemblée générale des Nations Unies, elle a émis trois cent vingt-deux résolutions contre Israël et aucune contre les pays arabes. Je veux bien que l’on soit plus sévère à l’égard d’Israël considérant les exigences éthiques que s’impose ce pays mais tout de même…

Doit-on rappeler entre autres bizarreries qu’Israël est le seul État qui ne bénéficie pas d’un droit de participation à la vie internationale égal à celui des autres pays, par exemple au Conseil de sécurité des Nations Unies ? Quant à la participation d’un juge israélien au jury de la Cour internationale de Justice, elle semble impossible alors qu’y siègent des juges de pays ennemis et d’États qui ne sont pas des États de droit.

Dans un autre registre, je suis depuis longtemps surpris qu’Israël ne fasse pas partie de la francophonie, contrairement au Vietnam par exemple où moins de 1% de la population parle encore le français alors que cette langue est diversement parlée par environ 10 % de la population israélienne.

L’ONU, et de diverses manières, place Israël dans le rôle d’État paria, un État scruté par mille regards, des regards chargés d’a priori et de partis pris. Cette mise au ban internationale est très lucidement désignée par Shmuel Trigano comme « les frontières d’Auschwitz ». L’un de ses livres (publié en 2005) porte précisément ce titre, un titre étrange, inquiétant même et qui désigne une réalité qu’il faut affronter. D’un côté le Juif victime de la Shoah a encore droit à de la compassion – mais pour combien de temps ? –, de l’autre le Juif vivant et en particulier l’Israélien, bien trop vivant au goût de beaucoup. Et des glissements s’opèrent comme par enchantement : le Palestinien prend la place du Juif de la Shoah et ainsi la victime devient le bourreau. Sur les ruines du ghetto de Varsovie sont plaquées en transparence celles de Gaza, et ainsi de suite.

Je ne vais pas insister car il faudrait plusieurs épais volumes pour rendre compte du comportement négatif de l’ONU envers Israël. De ce point de vue, il n’y a rien de nouveau avec la guerre en cours à Gaza. Un exemple parmi tant d’autres, la bataille de Jénine (avril 2002) transmise sur fond de mise en scène avec ces Palestiniens qui sont décidément de fins connaisseurs de notre mentalité d’Occidentaux, d’Européens plus exactement, et qui prévoient très exactement nos réactions. Le Fatah avait présenté cette ville comme un remake du ghetto de Varsovie avec les Palestiniens dans le rôle des insurgés juifs et Tsahal dans celui des troupes nazies chargées d’écraser la révolte. Cette inversion s’est révélée très efficace. Des représentants de l’ONU s’offusquèrent. Le directeur de l’UNRWA évoqua une catastrophe humaine sans équivalent dans l’histoire récente. Le prix Nobel de littérature, le Portugais José Saramago compara Jénine à Auschwitz, et ainsi de suite.

Cinq mois plus tard, on parlera à peine du rapport sur Jénine du Secrétaire général de l’ONU, avec un bilan de cinquante-deux Palestiniens tués (dont trente-cinq combattants armés) et vingt-trois soldats de Tsahal tués. L’hystérie anti-israélienne dominait et domine encore. On célère la résistance palestinienne, y compris le terrorisme et à commencer par le terrorisme étant entendu qu’il ne s’agit pas de terrorisme mais de résistance… La violence palestinienne sous toutes ses formes est sacralisée. Les Palestiniens font l’objet d’une commisération quasi universelle ; aucun peuple n’a droit à autant d’égards. Deux exemples parmi tant d’autres. L’UNRWA (une institution internationale) a été créée pour les seuls Palestiniens, des réfugiés de génération en génération. Les Palestiniens sont nos chouchous. Pourquoi ? La réponse est terrible : parce que ceux qui sont accusés d’en avoir fait des réfugiés sont des Juifs, Israël. L’autre exemple est moins connu et Shmuel Trigano nous le rappelle. Les trois résolutions votées par l’Assemblée générale de l’ONU en décembre 2022 concernent les droits humains de l’enfant : une sur les droits du garçon, une autre sur les droits de la fille et la troisième sur… les enfants palestiniens. Il n’y a pas d’autres exemples d’enfants devant faire l’objet d’une attention spéciale à l’ONU. Cette remarque nous conduit à l’affaire Mohammed al-Durah sur laquelle je ne m’étendrai pas. J’ai pris la mesure de l’impact de cette affaire lors d’un voyage en Israël, peu après, avec ces amis israéliens qui me disaient leur colère et leur désespoir tout en s’efforçant de se justifier alors qu’ils savaient que j’étais de leur côté. Le Juif tueur d’enfants est une vieille image concoctée en terre chrétienne, reprise dans le monde musulman, principalement arabo-musulman, et rebalancée chez nous, en Europe. Décidément, nous couchons ensemble et nous nous refilons nos saloperies.

Et remontons dans le temps, en 1975. Au cours d’une Assemblée générale des Nations Unies, la résolution 3379 décide par des voix à peine détournées de l’exclusion morale d’Israël de la scène juridique internationale. Cette exclusion sera certes révoquée en 1997 (suite au processus d’Oslo) mais le mal était fait et le discours de l’ONU ne cessera de véhiculer l’idée d’un Israël adepte de l’apartheid.

Israël est stigmatisé afin d’œuvrer à son effacement et à la réinstauration de la Palestine dont la fondation remonterait dans bien des esprits à la création du monde. La méconnaissance de l’histoire de cette région par une immense majorité d’individus (qui ont par ailleurs un avis arrêté sur la question palestinienne, une question pourtant particulièrement complexe) ne cesse de m’étonner. Mais une fois encore, je sais que cette attitude s’explique par l’antisionisme, fragile paravent à l’antisémitisme.

L’ONU est depuis bien des années l’un des principaux vecteurs de l’antisémitisme. Ainsi que le signale Shmuel Trigano, les paroles qui sont proférées à sa tribune « sont le fait d’États et de puissances militaires et non d’individus irresponsables ». Leur impact est considérable et Shmuel Trigano précise que les Palestiniens alors conduits par Yasser Arafat ont fait ce qu’ils ont dit, à savoir qu’ils ne signaient la paix que pour mieux détruire Israël, ce que les adeptes des accords d’Oslo (et je pourrais en revenir à Amos Oz) n’ont pas voulu entendre. On connaît la suite. Par le biais de l’ONU, l’Europe (la France en tête) cherche à étendre et consolider sa position sur la scène internationale. Cette instance internationale qu’est l’ONU a été dévoyée par le bloc communiste et ses affidés (dont le monde arabe) et elle poursuit son projet de mise au ban d’Israël, un projet en grande partie réalisé : Israël est dénoncé comme État paria avec la bénédiction de l’Europe démocratique. Au nom des droits de l’homme, l’antisémitisme est activé.

Olivier Ypsilantis

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