Je me rends parfois sur le blog d’un philosophe résidant à Biarritz, Frédéric Schiffter, et j’ai publié un article, « Réponse à Frédéric Schiffter » (le 28 avril 2025), avec l’aide d’une amie israélienne à laquelle j’avais fait part de mon malaise après avoir écouté un commentaire de ce philosophe sur l’Ecclésiaste :
https://zakhor-online.com/reponse-a-frederic-schiffter/
J’avais mis en lien et en tête d’article l’intervention de Frédéric Schiffter ; j’ai découvert il y a peu qu’elle avait disparu de son blog intitulé Frédéric Schiffter, philosophe sans qualités ; ce lien ne conduit donc plus à rien sinon à : Désolé, la page que vous recherchez dans ce blog n’existe pas. Le procédé m’a semblé peu élégant, d’autant plus que la réponse se contentait de corriger certaines erreurs et préciser certains manques, les uns et les autres étant tout à fait excusables. Je ne serais pas revenu sur cette question si je n’avais trouvé sur son blog des petites publications qui précisent une impression que j’avais eu en l’écoutant nous parler de L’Ecclésiaste.
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Il y a peu, j’ai trouvé dans Frédéric Schiffter, philosophe sans qualités les quatre publications qui suivent et qui détonent dans un blog tenu par un monsieur au langage et à la mise soignés. J’ai été surpris puis l’impression (désagréable) qui s’était insinuée en moi en l’écoutant commenter l’Ecclésiaste m’est revenue, j’insiste. C’est comme s’il éprouvait une gêne par rapport au fait juif. Il s’exprimait néanmoins avec conviction, entre pas chassés et entrechats. Ci-joint, les quatre publications en question. Je les commenterai brièvement en fin d’article :
Le 9 mai 2025, il publie un article de sa plume intitulé : « Ceci n’est pas un génocide » que je rapporte dans son intégralité :
« En 1943, Raphaël Lemkin, juriste américain d’origine polonaise, crée le terme de “génocide” pour désigner “un crime commis avec l’intention de détruire, en tout ou partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux”. En 1948, l’ONU adopte la Convention pour la Prévention et la Répression du Crime de Génocide et reprend la définition de Raphaël Lemkin. Officiellement, l’ONU mentionne trois génocides au vingtième siècle. Le premier perpétré contre les Arméniens (1915-1923), le deuxième contre les Juifs d’Europe (1941-1945), le troisième contre les Tutsis rwandais (avril-juillet 1994).
Peut-on parler d’un tel crime dont l’État israélien se rend coupable dans l’enclave de Gaza depuis octobre 2023 ? Si les bombardements massifs et incessants causant la mort de dizaine de milliers de gens, si la destruction systématique des hôpitaux et l’élimination des équipes médicales, si l’entrave à l’acheminement de l’aide humanitaire provoquant famine et épidémies étaient intentionnels, il y aurait génocide. Or, il est patent que l’État juif NE FAIT ABSOLUMENT PAS EXPRÈS de raser Gaza, d’en massacrer les habitants et, bientôt, d’en déporter les survivants. Tout cela se produit par inadvertance. On voit très bien quelle pensée nauséabonde s’exprime chez ceux qui prétendent le contraire. » En tag, Antisémitisme mon cul.
Le 4 juin 2025, il publie une photographie de Rima Hassan surmontée du titre : « Échappera-t-elle aux tueurs de la nation chérie de Dieu ? » Rima Hassan se tient sur le pont du voilier Madleen. Sur son tee-shirt on peut lire : 1948 Return is our Right and our Will. En tag, Beauté et Courage.
Le 12 juin 2025, il publie une autre photographie de Rima Hassan surmontée du titre : « Retour de la belle Rima Hassan. Opération Madleen réussie. » Rima Hassan se tient devant un drapeau palestinien. Pas de tag.
Le 14 juillet 2025, il publie une photographie de Francesca Albanese accompagnée d’un mot de cette dame avec en titre : « Encore une pétroleuse comme je les aime » :
« Mes détracteurs n’arrivent pas à s’y faire : je ne suis payée par personne pour mon travail sur la Palestine, même pas par l’ONU. Les Rapporteurs spéciaux travaillent bénévolement. Et j’éprouve un immense plaisir à faire ce que je fais, vous savez pourquoi ? Parce que je méprise les tyrans, les mafias et l’apartheid. C’est inscrit dans mon ADN, et je combattrai les trois avec joie jusqu’à mon dernier souffle. Maintenant, les larbins, trouvez-vous une vie. » En tag, Nation chérie de Dieu mon cul.
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Je passe sur ses deux interventions relatives à Rima Hassan dont il célèbre la beauté. Pourquoi pas ? Il me fait néanmoins penser à ces bourgeois Belle Époque qui prenaient plaisir à s’encanailler dans des cabarets du côté de Montmartre. Las de cultiver l’élégance (un mot sur lequel il revient volontiers et opère d’agréables variations, je le dis sans ironie), Frédéric Schiffter a décidé de quitter au moins par l’imagination sa ville de Biarritz et s’offrir quelques frissons. Cet homme qui cultive la distance, et non sans talent, a décidé de nous parler de son cul (voir ses tags) et de se trémousser dans la foule la plus compacte qui soit, la foule des dénonciateurs d’Israël, tout en effleurant les formes de Rima Hassan. Doit-on lui en vouloir ? On s’ennuie beaucoup à Biarritz.
Une amie m’a fait remarquer que le comportement de Frédéric Schiffter pourrait cacher quelque chose. « Ce monsieur trimbale un antisémitisme de salon dont il n’est probablement pas conscient étant entendu qu’il ne lui viendrait jamais à l’idée d’injurier ou de frapper un Juif parce que juif » ; et elle ajouta : « Il se trouve en bonne compagnie avec ces pétroleuses, il apprécie leur côté provoquant alors qu’elles sont de cruelles idéologues. La rencontre de ces deux antisémitismes, l’un soft (majoritaire dans nos populations) et l’autre hard est dangereuse car ce dernier peut à tout moment faire basculer l’antisémitisme soft dans son camp. »
Par ailleurs, Frédéric Schiffter revient à un agacement partagé par de nombreux Occidentaux de culture chrétienne même si chrétiens ils ne le sont plus – Michel Gurfinkiel parle de post-chrétiens –, un agacement né en partie d’une mauvaise compréhension de la notion de « peuple élu » (je ne vais pas analyser ici le sens premier et non dévoyé de cette expression), génératrice d’agacement et de jalousie, ce qui doit être le cas de ce philosophe qui nous propose une déclaration de Francesca Albanese accompagnée d’un tag : Nation chérie de Dieu mon cul. Le rapport entre cette déclaration et ce tag est intéressant et je laisse à chacun le soin d’y réfléchir, d’autant plus que Nation chérie de Dieu se retrouve sous la photographie de Rima Hassan où il pose la question : « Échappera-t-elle aux tueurs de la nation chérie de Dieu ? » Nation chérie de Dieu… L’élégant biarrot semble perdre sa contenance lorsqu’il est question d’Israël.
Frédéric Schiffter juge pertinente la déclaration de Francesca Albanese (voir ci-dessus). Pourtant, on peut s’adonner à la haine sans être payé, sans chercher à être payé, la haine s’exerce gratuitement, la haine pratique le bénévolat, la haine n’est pas avare de ses efforts, la haine est généreuse… Cette déclaration n’est que propagande avec formules convenues : « C’est inscrit dans mon ADN » et « jusqu’à mon dernier souffle ». Francesca Albanese affirme mépriser les tyrans, les mafias et l’apartheid, mais, à ce que je sache, personne ne les apprécie. Le problème est que tyran, mafia et apartheid peuvent être des accusations simplement destinées à faire taire un accusé, un procédé qu’employait massivement l’appareil de répression stalinien avec trotskyste, agent de l’étranger, saboteur, ennemi de classe, sioniste, titiste et j’en passe, ce qui suffisait à paralyser l’accusé, à le faire condamner au goulag ou au peloton d’exécution, et peu importait le bien-fondé des accusations. On sait que les Israéliens sont pour certains – pour beaucoup – des nazis, des génocidaires et qu’ils pratiquent l’apartheid. Que les Juifs sont une mafia, etc., etc.
Francesca Albanese n’est qu’une propagandiste qui se drape dans une supposée excellence morale, le palestinisme se considérant comme le fer de lance de la lutte contre les tyrans, les mafias et l’apartheid. Ce passage ne prouve rien que sa détestation d’Israël et un antisémitisme qui tente de se masquer derrière un antisionisme. Dès sa nomination à son poste, elle a multiplié des prises de position hostiles envers Israël et s’est montrée complaisante envers le Hamas. Elle a également accusé le « lobby juif » de contrôler les États-Unis et, auparavant, elle a évoqué une responsabilité conjointe de la CIA et du Mossad dans les attentats de Charlie Hebdo. Bien des éléments de son discours (et depuis des années) rendent cette personne hautement suspecte ; mais sa haine d’Israël est respectable puisqu’elle l’exerce sans être payée et qu’elle l’exercera jusqu’à son dernier souffle, c’est inscrit dans son ADN…
Enfin, un mot au sujet de la déclaration de Frédéric Schiffter, « Ceci n’est pas un génocide » (voir ci-dessus). Dans le premier paragraphe, il nous présente succinctement la définition du terme « génocide », un terme élaboré par Raphaël Lemkin. Rien à dire. Dans le deuxième paragraphe, il nous invite à nous poser la question de savoir si l’État d’Israël se rend coupable de génocide dans la bande de Gaza, et depuis le début de la guerre ; puis il nous assène immédiatement son verdict qui ne souffre aucune contradiction : « On voit très bien quelle pensée nauséabonde s’exprime chez ceux qui prétendent le contraire. » Ce professeur de philosophie à la retraite a probablement médité « L’Art d’avoir toujours raison » (Die Kunst, Recht zu behalten) de Schopenhauer.
L’accusation de génocide lancée contre l’État d’Israël relève de la même inversion perverse qui faisait dire aux nazis que, le 5 septembre 1939, les Juifs avaient déclaré à l’Allemagne une guerre à mort à la suite des propos du président du Congrès sioniste mondial, Haïm Weizmann.
Étant le fier porteur d’une pensée nauséabonde, je me permets de signaler que Frédéric Schiffter – un homme pourtant habitué à réfléchir – a décidé de se relâcher et de se faire à son tour le porte-parole des médias de masse et d’endosser les habits du conformisme, lui qui par ailleurs ne cesse de vouloir dénoncer les conformismes. Il est vrai que l’on voit plus facilement la paille dans l’œil du voisin que la poutre dans le sien. Il prend pour argent comptant ce que lui rapporte l’information mainstream sans se donner la peine de vérifier, car ce qui peut accuser Israël est toujours bon à prendre. Que sait-il du nombre de victimes et du type de victimes dans la bande de Gaza ? Ce sont les chiffres du Hamas… Et sachez que si vous n’admettez pas sans broncher qu’Israël détruit systématiquement les hôpitaux et les équipes médicales, entrave délibérément l’acheminement de l’aide humanitaire afin de provoquer famine et épidémies, etc., etc., vous êtes le tenant d’une pensée nauséabonde. Frédéric Schiffter nous avait habitué à mieux mais quand il est question d’Israël et du judaïsme, il se produit en lui un relâchement que j’avais noté dans son « analyse » de l’Ecclésiaste. Il est vrai que les Juifs et l’État d’Israël ont bon dos, même pour l’auteur des concepts chichi / blabla / gnangnan. Il est étrange qu’il se soit laissé aller au gnangnan précisément au sujet des Palestiniens de Gaza, d’autant plus étrange que cet homme qui ne manque pas de tenue ne s’est jamais laissé aller, à ma connaissance, au gnangnan. Mais, et c’est bien le plus important, il a trouvé ses pétroleuses ! Et Rima Hassan a des formes agréables, je dois le reconnaître, même si pour ma part je préfère les pétroleuses Maria Sarrazin incarnée par Claudia Cardinale et Louise incarnée par Brigitte Bardot. Les Colt, les Winchester, les chevauchées, les décolletés, celui de Claudia Cardinale surtout ! Mais il me semble que je m’égare.
On peut trouver deux autres vidéos encore en ligne au sujet de l’Ecclésiaste si l’on entre « Frédéric Schiffter, l’Ecclésiaste » sur Google (une vidéo YouTube mise en ligne le 18 oct. 2010) ; et « Le charme des penseurs tristes 4. Job et L’Ecclésiaste » (une vidéo YouTube mise en ligne le 7 sept. 2013). Il est possible qu’il les fasse disparaître comme il a fait disparaître, après parution de « Réponse à Frédéric Schiffter », la vidéo publiée sur son blog
Alors que je m’apprêtais à mettre en ligne cet article, je suis allé faire un tour sur le blog de Frédéric Schiffter. Ce philosophe nous assène une puissante « vérité » mise en ligne le 27 juillet 2025 ; elle est inscrite en grosses lettres blanches sur fond noir : Israël a le droit de se défendre contre la vérité. Ce philosophe qui par ailleurs ne manque pas de finesse devient lourdaud lorsqu’il s’agit d’Israël et du monde juif. Nous avons eu droit à des erreurs et des approximations au sujet de l’Ecclésiaste, le tout exposé sur un ton doctoral ; à présent nous avons les porteuses de vérité avec Francesca Albanese et Rima Hassan, d’où ce grossier paradoxe : Israël a le droit de se défendre contre la vérité. Frédéric Schiffter qui tenait à se placer à l’écart du brouhaha des masses et leurs médias a décidé de s’y joindre. C’est que l’on s’ennuie beaucoup à Biarritz, la compagnie de la philosophie et les flâneries le long de la Côte Basque ne doivent plus suffire à ce professeur du secondaire récemment retraité. Il nous avait habitué à d’élégants entrechats sur la piste de danse philosophique ; à présent, il a intégré la Chenille que nous chante la Bande à Basile ; il a accroché ses mains à la taille de Rima Hassan « pour pas que la chenille déraille », avec Francesca Albanese dans le rôle du chef de gare « qui nous fait signe pour le départ ».
Olivier Ypsilantis