Mai 2024
Des éléments d’explication à l’échec du 7 octobre. On en revient à la conceptsia car elle est partagée par de nombreux membres de l’establishment militaire, politique et sécuritaire israélien. Parmi eux des orientalistes et des spécialistes de l’islam, soit ceux qui ont élaboré la conception israélienne dominante au sujet du Hamas depuis le retrait de la bande de Gaza en 2005. Et Pierre Lurçat cite Avraham Sela, un ancien des Renseignements militaires, et son livre « The Palestinian Hamas: Vision, Violence and Coexistence » (écrit en collaboration avec Shmuel Mishal) qui l’a plongé dans un malaise avec ce refus de toute lecture culturelle (caractéristique de la conceptsia), alors que c’est précisément l’étude de la culture de l’islam qui permet d’appréhender l’idéologie du Hamas et de la plupart des habitants de la bande de Gaza.
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Les experts militaires israéliens ont eu tort de se focaliser sur les aspects techniques et opérationnels et ce faisant ils ont négligé un point essentiel, soit l’idéologie et les croyances religieuse du Hamas. Trop d’experts ont projeté sur les dirigeants du Hamas leur vision du monde et leurs propres valeurs (rationalité, pragmatisme, intérêts économiques, etc.). Cette incapacité à appréhender la culture de l’ennemi a permis le 7 octobre.
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Il faut dire un mot sur l’école militaire Bnei David fondée en 1988 par le rabbin Elie Sadan, une école militaire sioniste-religieuse pionnière dans sa spécificité et qui se propose d’inciter des jeunes sionistes religieux à assumer eux aussi la sécurité de leur pays. Cette école ne plaît pas à tout le monde et un ancien chef d’état-major, Moshe Yaalon, a même demandé sa fermeture, ce qui a soulevé bien des protestations considérant la contribution des élèves passés par cette école et des soldats sionistes religieux à la défense d’Israël. Moshe Yaalon accuse le Bnei David d’être une institution, il sous-entend donc que les valeurs religieuses inculquées par cette école sont contraires aux valeurs de l’État d’Israël…
Les écoles militaires sionistes religieuses suscitent des craintes à gauche, la gauche pour laquelle il n’est pas question de renforcer le caractère juif de l’État d’Israël. Dans cette école l’accent est mis sur l’étude de la foi juive, la Emounah, soit l’intervention divine dans l’histoire humaine. Pourquoi Dieu a-t-il créé le monde et pour quelle mission a-t-il créé l’homme ? Le judaïsme est l’un des secrets de la force de Tsahal.
Ci-joint, un lien intitulé « Rabbi Eli Sadan – Bnei David – Receives Israel Prize for Lifetime Achievement 5776 » :
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La justice de la Cour pénale internationale (C.P.I.) n’a rien à voir avec la justice et a tout à voir avec la politique politicienne. Voir le mandat d’arrêt lancé contre Benyamin Netanyahu. La France a applaudi à cette mesure car elle est à la solde des capitaux qataris. Notons que cette décision de la C.P.I. a été refusée par Israël alors que le battage médiatique, notamment en France, présente Benyamin Netanyahu comme un Premier ministre honni de son peuple. L’offensive judiciaire contre Israël, conduit depuis plusieurs décennies par les Palestiniens et leurs alliés, est l’autre versant de l’attaque du 7 octobre ; et de ce point de vue il n’y a aucune différence entre le Hamas et l’Autorité palestinienne.
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Nous sommes à l’ère de la post-vérité, autrement dit une ère pour laquelle les faits objectifs ont moins d’influence sur l’opinion publique que l’émotion et les opinions personnelles. Comment Israël peut-il se défendre à l’ère de la post-vérité ? Le défaut d’Israël est qu’il s’auto-accuse plutôt que d’accuser systématiquement un ennemi comme le Hamas. Face à mensonge palestinien, de nature ontologique, métaphysique ou religieuse, Israël doit assumer sa vérité métaphysique, soit être le peuple qui sanctifie la vie et la morale contre ceux qui sanctifient la mort et le mensonge.
Juin 2024
Évoquons à présent ceux qui ont compris qui était le Hamas et dont la voix n’a pas été entendue, soit des spécialistes de l’islam par ailleurs Juifs pratiquants fort éloignés de la conceptsia. Ils ont saisi la dimension apocalyptique de l’islam, soit l’amour de la mort et le mépris de la vie humaine, autrement dit l’absence de toute valeur commune et fondamentale entre eux et nous. Cet impensé est l’une des raisons qui expliquent que le 7 octobre a été possible. La majorité des Israéliens et de leurs dirigeants civils et militaires étaient persuadés que les responsables du Hamas ne cherchaient que le bien-être et le confort et que les capitaux déversés chez eux (en bonne partie par le Qatar) suffiraient à les calmer. Le peuple qui sanctifie la vie ne peut comprendre le peuple qui sanctifie la mort.
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Israël critiqué, vilipendé. Les médias de masse lui sont défavorables et ne cessent de jouer avec l’émotion par le biais d’images choisies afin d’accentuer l’antipathie à l’égard de ce pays. Pourtant, sous cette croûte se cache une admiration sourde pour Israël, une jalousie envers ce pays. Quoi que l’on en dise, Israël est admiré quand il combat et est victorieux. Non, le fondement de la politique étrangère israélienne n’est pas le « processus de paix » et des « concessions douloureuses », ces termes n’entrent pas dans le lexique politique de l’islam pour lequel les trêves ne servent qu’à reprendre son souffle avant de repartir au combat ! Tsahal a oublié sa vocation première pour se disperser dans des missions qui n’ont rien à voir avec la défense du pays. Des généraux toujours plus nombreux se sont mis à patauger dans la politique sans même prendre la peine de retirer leurs uniformes. Tsahal n’est pas une entreprise philanthropique ou une quelconque ONG mais un outil conçu pour frapper les ennemis d’Israël
Juillet 2024
Il n’est pas encore possible de dresser une liste complète des responsables de l’échec du 7 octobre. Quelques faits indéniables peuvent toutefois être établis. Nous en avons désigné quelques-uns. Ajoutons des faits oubliés, avec ces manifestations le long de la barrière, à la frontière de Gaza, manifestations « pacifiques » commencées en 2018. Le Tribunal suprême et le procureur militaire se sont emparés de l’affaire dans le but de protéger des « civils innocents », neutralisant ainsi la défense israélienne. Le Hamas a toujours suivi de très près l’évolution de la société israélienne et ses conflits internes. À une époque, Tsahal ripostait et, ainsi, trois cents Gazaouis qui n’avaient pas respecté les sommations furent abattus par Tsahal avant que la Cour suprême ne s’en mêle. Mais préférant ne pas avoir à se justifier, Tsahal modifia ses consignes de tir. Une brèche venait d’être ouverte dans la barrière, une brèche juridique qui, sans le savoir, préparait le 7 octobre. Un terroriste arrêté après le 7 octobre a confirmé que ces manifestations avaient pour but de préparer le terrain et recueillir des informations, de tester Tsahal, autant de données qui serviront au Hamas le 7 octobre. Après une accalmie, les manifestations le long de la barrière reprirent et Israël s’interrogea sans vraiment comprendre qu’il s’agissait d’une répétition générale. Ligoté par des normes imposées par l’establishment judiciaire (la Cour suprême) et le procureur militaire, Tsahal ne pourra engager qu’une part infime de ses forces. Il faut lire à ce sujet le journaliste Yoni Rothenberg.
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Bension Netanyahu (le père de Benyamin Netanyahu) peut être considéré comme le fondateur du lobby juif américain. Contrairement à d’autres sionistes, il s’adresse frontalement aux dirigeants politiques américains, en leur présentant tout l’intérêt que les États-Unis auraient à soutenir un État juif afin de faire obstacle à l’influence soviétique au Proche-Orient et au Moyen-Orient. L’action de Bension Netanyahu aura été essentielle lors du vote aux Nations-Unies relatif à la création d’un État juif. Benyamin Netanyahu est de ce point de vue le digne héritier de son père – il faut voir et revoir Benyamin Netanyahu devant le Congrès américain, avec ces standing ovations. Mais ce succès ne doit pas pousser de côté la question des relations entre Israël et les États-Unis. Méditons cette remarque de David Ben Gourion : « L’État d’Israël ne peut compter que sur un seul allié fidèle dans le monde : le peuple juif ».
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Le 7 octobre témoigne de la tension entre Tsahal et l’establishment judiciaire. Le procureur de l’armée décida d’arrêter les réservistes soupçonnés d’avoir commis des « actes illégaux » à l’égard des terroristes du 7 octobre. Et je cite ces lignes de Pierre Lurçat qui me semblent fondamentales : « Comme l’a déclaré la mère d’un des réservistes poursuivis par la justice militaire, “la justice n’est pas capable de faire la distinction entre un frère et un ennemi”. C’est précisément le cœur du problème. Aux yeux du procureur militaire, comme des juges de la Cour suprême et de l’establishment judiciaire dans son ensemble, il n’y a pas de différence fondamentale entre un soldat de Tsahal qui risque sa vie pour défendre son peuple et sa terre, et un terroriste du Hamas ! Les deux dont des sujets de droit et la même justice abstraite et coupée des réalités doit s’appliquer à l’un comme à l’autre. » Avec cet establishment, seule la loi compte, exit les valeurs telles que l’amour du peuple juif, de la terre d’Israël et de sa Torah. Il y a tout un mépris à peine dissimulé de la caste des juges de la Cour suprême à l’égard du peuple. La loi adoptée sans réserve par le juge Aaron Barak est dissociée de la morale. Aucune norme morale ne peut remettre en cause la « légalité ». Cet homme a profondément influencé les élites israéliennes. Selon Aaron Barak, « il n’existe aucun domaine de la vie qui échappe au droit », et seule la Cour suprême peut l’interpréter quitte à se placer au-dessus de la Knesset qui à ses yeux ne représente que le petit peuple.
Août 2024
Jusqu’aux années 1980, une distinction nette était faite entre droit et politique. Vingt ans plus tard, le juge Aaron Barak gomme cette distinction et, ainsi, la Cour suprême ne cessera d’élargir son aire d’intervention, notamment en ouvrant grand ses portes aux O.N.G., à commencer par celles qui prétendent défendre les « droits de l’homme », soit, systématiquement, les droits des Palestiniens, des O.N.G. financées par l’Union européenne, la Fondation Soros et autres acteurs hostiles à Israël. La Cour suprême est bien un cheval de Troie pour les ennemis d’Israël ; elle veut tenir en laisse le Gouvernement, la Knesset et Tsahal.
Septembre 2024
D’après Avi Weiss, ce sont les juristes du département du procureur militaire qui ont retardé l’intervention de l’armée de l’air le 7 octobre. Le général Uzi Dayan a confirmé que ce sont de soi-disant « problèmes juridiques » qui ont empêché l’armée de l’air d’intervenir alors qu’elle aurait pu décimer les hordes de terroristes quelques minutes après leur entrée sur le territoire israélien. Une fois encore, l’armée de l’air a préféré obéir aux juristes plutôt qu’au gouvernement. Ces longs mois de lutte contre la réforme judiciaire (celle d’une armée refusant d’obtempérer aux ordres d’un gouvernement considéré comme illégitime) ont rendu le 7 octobre particulièrement meurtrier. L’armée de l’air n’a pas bougé et ce sont des forces disparates et agissant spontanément qui ont évité une catastrophe encore plus grande. Je mets en lien ce très émouvant reportage de i24 intitulé : « Les femmes tankistes, héroïnes du 7 octobre » :
Octobre 2024
En 1966, David Ben Gourion alors ministre de la Défense avait suggéré de conquérir la bande de Gaza suite aux incessantes incursions des Fedayins en Israël, proposition rejetée par le Premier ministre Moshé Sharett qui répondit que « sans les Nations Unies l’État d’Israël n’aurait pas vu le jour », une remarque qui fit bondir David Ben Gourion pour qui c’est l’audace des Juifs qui avait fondé ce pays et non une résolution d’Oum-Shmoumi, une expression entrée dans le lexique politique israélien afin d’exprimer le mépris des Israéliens pour les Nations Unies et les résolutions contre Israël votées par la majorité pro-arabe à l’O.N.U. La guerre contre le Hamas et le Hezbollah a mis en lumière les activités sournoises de l’URNWA dans la bande de Gaza et de la FINUL au Sud-Liban, activités dirigées contre Israël.
Olivier Ypsilantis