Il y a le « Je me souviens des années 70 » de Christophe Quillien dans lequel l’auteur a rassemblé 495 instantanés qui ont fait les années 1970 : les montres Kelton, les Dents de la mer, les pantalons pattes d’éph’, etc.
Je me souviens de dessins de Tim pour L’Express.
Je me souviens des protestations contre l’installation de Superphénix.
Je me souviens de la mort de René Goscinny, soit Astérix orphelin.
Je me souviens du couronnement napoléonien de l’empereur Bokassa.
Je me souviens de l’Amoco Cádiz.
Je me souviens de la voix de Georges Marchais.
Je me souviens quand les œuvres de Joan Miró étaient déclinées un peu partout.
Je me souviens du trio de Camp David, soit Sadate/Carter/Begin.
Je me souviens de la chute du Shah.
Je me souviens du cri de Tarzan poussé par Johnny Weissmuller.
Je me souviens de la moustache de Lech Walesa.
Je me souviens de Marlon Brando dans « Apocalypse Now ».
Je me souviens de Salt II, avec Carter et Brejnev.
Je me souviens de l’assassinat de Lord Mountbatten. Je l’ai appris alors que j’étais à Barcelone.
Je me souviens de l’affaire des diamants de Bokassa révélée par Le Canard enchaîné.
Je me souviens de la glasnost et de la perestroïka.
Je me souviens des rouflaquettes de Carlos Menem.
Je me souviens de la « tache de vin de Porto » sur le crâne de Gorbatchev.
Je me souviens du baiser Brejnev-Honecker.
Je me souviens de François Mitterrand et de Helmut Kohl se tenant par la main, à Douaumont, commémoration du soixante-dixième anniversaire de la Première Guerre mondiale.
Je me souviens du 23 février 1981.
Je me souviens de la UCD (Unión de Centro Democrático).
Je me souviens de la mise en place de l’Estatuto autonómico, avec Catalans et Basques pour ouvrir la danse, suivis des Galiciens, puis des Andalous (avec la Ley Orgánica de Armonización del Proceso Autónomico, LOAPA), et de tous les autres enfin.
Je me souviens de Póntelo/Pónselo, avec la liste de ce dont l’usage du préservatif préserve.
Je me souviens de la rencontre des Britanniques et des Français sous la Manche.
Je me souviens de l’apparition puis de l’invasion du code-barres et de la carte de crédit.
Je me souviens de l’explosion de la navette spatiale Challenger et des tentacules incandescentes lancées dans le ciel.
Je me souviens du Moonwalk de Michael Jackson.
Je me souviens de l’invasion des chaussures de sport – elles ne se limitaient plus au sport.
Je me souviens quand il n’y avait rien dans la perspective des Champs-Élysées, rien que l’Arc de Triomphe.
Je me souviens du Pont-Neuf emballé par Christo.
Je me souviens du succès du livre de Patrick Süskind, « Le Parfum ». Je me souviens que même ceux qui n’avaient pas l’habitude de lire en parlaient.
Je me souviens de Gabriel García Márquez prix Nobel de Littérature.
Je me souviens de Harrison Ford en Indiana Jones.
Je me souviens d’Alain Prost champion du monde de Formule 1.
Je me souviens de l’apparition de nouveaux sports : deltaplane, windsurf, parapente, et j’en oublie.
Je me souviens d’attentats : dans la gare de Bologne, contre le gouvernement Thatcher (à Brighton), rue de Rennes (à Paris), contre Ronald Reagan, contre le pape Jean-Paul II, contre Anouar el-Sadate.
Je me souviens des téléphones en bakélite, avec leur cadran circulaire dans lequel on engageait l’index, du bruit que faisait ce cadran lorsqu’il revenait à son point de départ.
Je me souviens des vestes achetées dans les surplus militaires et sur lesquelles on écrivait au feutre des slogans pacifistes, sans oublier l’incontournable symbole de la paix.
Je me souviens de la mode des sabots suédois.
Je me souviens que Georges Perec a vécu de 1974 à sa mort, en 1982, 13 rue Linné, à Paris, dans le Ve arrondissement. Je me souviens qu’il évoque son appartement dans Penser/Classer, à partir d’une digression sur le verbe habiter.
Je me souviens des projections de diapositives, en famille ou dans les amphithéâtres universitaires.
Je me souviens des vacances de juillet à Cesson, et des sirops de fruits Teisseire à l’heure du goûter. Je me souviens de bouteilles métalliques et cylindriques surmontées d’un bouchon en plastique de couleur : vert pour la menthe, rouge pour la grenadine, jaune pour le citron, etc. Je me souviens que nous nous efforcions de ne pas en perdre une goutte, ce qui n’était pas facile considérant la forme de ces bouteilles.
Je me souviens de certains jingles, Du pain, du vin, du Boursin ou Orangina : Secouez-moi !
Je me souviens qu’il y avait de nombreux autostoppeurs au bord des routes.
Je me souviens des pantalons à pattes d’éléphant, je les détestais ; je me souviens des pulls à cols roulés, je les détestais.
Je me souviens quand on fumait partout ou presque, dans les restaurants, les bars, les discothèques, les trains, les avions, les bureaux, les salles de classe à l’université, et même dans certains hôpitaux.
Je me souviens que le premier livre de Georges Perec que j’ai lu était « Les Choses », un livre que nous avait recommandé notre professeur d’économie, « Les Choses : une histoire des années 1960 ».
Je me souviens du groupe Supports/Surfaces, et en particulier de Claude Viallat. Je me souviens de la Figuration libre, et en particulier de Robert Combas.
Je me souviens que parmi mes disques préférés, lorsque j’étais adolescent, figuraient ceux des Pink Floyd, avec « The Dark Side of the Moon » et « Animals ». Je me souviens en particulier de la couverture du disque vinyle « The Dark Side of the Moon », un prisme triangulaire noir placé au centre sur un fond noir profond. Un rayon de lumière blanche entre par la gauche et traverse le prisme, qui le réfracte en un spectre de couleurs vives — rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo et violet — qui s’échappent par la droite.
Je me souviens que j’ai découvert Georges Gainsbourg par la chanson : Ma petite quéquette / Sort de ma braguette / Je pisse et je pète / En montant chez Kate / Moralité / Eau et gaz à tous les étages. Une amie m’invita à danser sur cette chanson, mais je fus pris par un tel fou rire que je ne pus l’accompagner.
Je me souviens que la suspension hydropneumatique des DS de mon père me donnait l’envie de vomir, d’autant plus qu’il fumait au volant.
A propos de voitures, je me souviens que mon grand-père était un passionné de grosses américaines, en particulier les Chevrolet. C’était avant les choc pétroliers de 1973, année de sa mort. Je me souviens que sur son lit d’hôpital, quelques jours avant sa mort, il avait demandé à mon père de lui commander une Citroën SM avec moteur Maserati. Je me souviens que cette voiture ne survivra pas aux chocs pétroliers.
Je me souviens de la mode des tissus psychédéliques dans les années 1970.
Je me souviens quand Herbert Marcuse et Wilhelm Reich étaient à la mode. Je me souviens d’avoir lu de ce dernier, et avec passion, « La Psychologie de masse du fascisme » et « Écoute, petit homme ».
Je me souviens que dans les intérieurs années 1970 dominait volontiers la combinaison de l’orange et du marron, papiers peints, carrelages, etc.
Je me souviens de rues pavées aujourd’hui asphaltées.
Je me souviens des autobus SAVIEM SC 10.
Je me souviens de l’apparition des gradateurs électronique et du plaisir que l’on avait à faire varier l’éclairage.
Je me souviens que Georges Perec est mort le 3 mars 1982, à quarante-cinq ans, d’un cancer du poumon, à l’hôpital Charles-Foix, Ivry-sur-Seine. À ce propos, je me souviens qu’il était un très gros fumeur et qu’il tenait sa cigarette d’une manière particulière, entre le majeur et l’annulaire.
Je me souviens de : Si le BIC POROUS PEN ne sèche pas, c’est grâce à sa pointe en porex. Pas à son capuchon.
Je me souviens de l’arrivée de la R5 qui sera la voiture la plus vendue en France. Je me souviens de l’arrivée de la Peugeot 205 qui, à son tour, sera la voiture la plus vendue en France.
Olivier Ypsilantis