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De Frédéric Schiffter, du Dr Hajo Meyer, de Francesca Albanese, de Rima Hassan, du gnangnan et tout le tralala. 

Des individus qui n’aiment pas franchement les Juifs, pour des raisons souvent si confuses qu’eux-mêmes ne parviennent que très rarement à les démêler, ou qui ne se sont jamais préoccupés de les démêler, apprécieront ce genre de propos : « Antisémite. Se disait habituellement de celui qui n’aime pas les Juifs. Il semble actuellement désigner quelqu’un que les Juifs n’aiment pas. » Cette réflexion est intéressante dans la mesure où elle n’est ni absolument fausse ni absolument vraie. Elle est intéressante pour diverses raisons, et l’une d’elles me retient en la circonstance : elle sert volontiers d’écran à des individus que je qualifie d’antisémites introvertis et à des degrés divers ; et je ne sous-entends pas que la personne dont il va être question dans le présent article est antisémite. Je note simplement que de nombreux individus sont irrités par le fait juif, sans rêver pour autant d’occire les Juifs ; autrement dit, ils ne savent pas si la question juive les chatouille ou les gratouille, pour reprendre la question du bon docteur Knock.

Les antisionistes sont extravertis, les antisémites sont pour l’heure plutôt intravertis pour cause de Shoah ; aussi, nombre d’intravertis (qui bouillonnent dans leur jus) passent chez les extravertis ; et, ainsi, peuvent-ils exprimer ouvertement leur haine d’Israël qui n’est autre que leur haine des Juifs. Et je pourrais en revenir aux « habits neufs de l’antisémitisme ».

Frédéric Schiffter, un esprit distingué, a placé ce propos du Dr Hajo Meyer sur son blog, propos que je répète : « Antisémite. Se disait habituellement de celui qui n’aime pas les Juifs. Il semble actuellement désigner quelqu’un que les Juifs n’aiment pas. » Rappelons que le Dr Hajo Meyer (Hans-Joachim Gustav Meyer, 1942-2014) est connu pour avoir été à la direction du Philips Natuurkundig Laboratorium, pendant de nombreuses années, et un acteur de la recherche technologique qui a contribué à l’industrialisation de la micro-électronique. Mais, surtout, et c’est ce qui a retenu Frédéric Schiffter, le Dr Hajo Meyer est juif, et pas n’importe quel Juif puisqu’il est un survivant de la Shoah, ce que Frédéric Schiffter s’empresse de préciser en faisant suivre ce nom de : « Survivant du judéocide », judéocide pour ne pas dire shoah.

Tout d’abord, arrêtons-nous sur l’emploi du mot judéocide. C’est un mot bien moins employé que shoah. Frédéric Schiffter bute sur le fait juif (ce que nous avons remarqué au cours de ses exposés sur « L’Ecclésiaste » mis en ligne), et l’emploi qu’il fait de « judéocide » n’est pas anodin, l’air de rien… Le mot « shoah » insiste trop sur l’unicité de cette catastrophe, sur l’unicité juive ; et Frédéric Schiffter est de ceux (fort nombreux) que cette unicité irrite, comme l’irrite la notion de « peuple élu », une notion mal comprise ; il le dit très explicitement – très honnêtement – sur son blog. Il préfère donc faire usage de « judéocide », ce qui a priori n’est en rien incongru ; on est invité à se placer dans une perspective comparative ; il s’agit d’une position théorique, d’un choix théorique sur l’histoire ; c’est un terme parfaitement admis, plus neutre que « shoah », plus technique pourrait-on dire. J’ai écrit un article sur « L’Ecclésiaste » (le Qohélet) vu par Frédéric Schiffter ; je l’ai écrit avec l’aide d’une amie israélienne qui m’a aidé à préciser mon malaise à partir de sa connaissance des textes hébreux. De fait, et j’insiste, Frédéric Schiffter s’efforce de contourner discrètement le fait juif. Je mets en lien l’article en question ; il est intitulé « Réponse à Frédéric Schiffter » :

https://zakhor-online.com/reponse-a-frederic-schiffter/

J’en reviens à ce propos du Dr Hajo Meyer que nous sert Frédéric Schiffter. Ce procédé qui consiste à se référer à un Juif est fréquent chez ceux qui craignent d’être traités d’antisémites – mais l’antisionisme est rarement pur, rarement limité à lui-même) ; c’est un vieux truc qui n’est pas sans efficacité.  En citant ce nom, l’intéressé se sent doublement protégé : 1. par un Juif ; 2. par un Juif rescapé d’Auschwitz. Il s’envisage donc comme intouchable : l’accusation d’antisémitisme ne perforera pas un tel blindage. Il faudrait pourtant assumer ses fréquentations : que Frédéric Schiffter poursuive sans honte ses ébats physiques et intellectuels avec Rima Hassan et Francesca Albanese, deux femmes d’un faible calibre intellectuel, deux membres subalternes (mais très médiatisés) de l’establishment : l’une, députée au Parlement européen ; l’autre, rapporteuse spéciale de l’ONU (sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés).

Donc, après avoir exprimé sa passion pour ces deux femmes, Frédéric Schiffter active ses pots fumigènes et sollicite deux Juifs (comme par hasard) : Alain Finkielkraut, penseur d’envergure, et le Dr Hajo Meyer. Il publie le 8 février 2026, sur son blog, un petit article intitulé « Un herem contre Alain Finkielkraut » que je rapporte dans son intégralité : « Depuis quelques semaines, Alain Finkielkraut répète qu’il a honte, en tant que juif, de ce qu’Israël (son armée et ses colons) fait subir aux populations palestiniennes de Gaza et de Cisjordanie. L’expression publique de pareil sentiment lui vaut la désapprobation véhémente de la part de responsables de “la communauté”, comme il l’appelle. D’aucuns, rabbins, propagandistes payés ou bénévoles de Netanyahu, l’accusent de réagir et de parler comme les “ennemis d’Israël”. Je m’inquiète un peu pour l’académicien. En 1656, la synagogue d’Amsterdam avait excommunié Spinoza parce que celui-ci avait eu honte de l’humiliation qu’elle avait fait subir à Uriel Da Costa au nom de la superstition biblique. Finkielkraut sera-t-il banni de “la communauté” pour antisémitisme ? Ce qui me rassure, c’est que Finkielkraut n’a rien de Spinoza. » Je ne vais pas me lancer dans une analyse de ce texte (qui contient des détails révélateurs) afin de ne pas surcharger le présent article. Et à côté du portrait du philosophe qui accompagne ce texte, Frédéric Schiffter a placé cette réflexion du même philosophe à l’attention de quiconque trouverait à redire : « Je ne supporte pas que certains dans la communauté brandissent l’antisémitisme pour faire échapper Israël à toute critique ». Qu’on se le tienne pour dit ! Et pour activer plus encore ses pots fumigènes, il publie sur son blog, le 7 mars 2026, le propos ci-dessus cité du Dr Hajo Meyer.

Les déclarations de Frédéric Schiffter m’intéressent car elles sont malheureusement banales, comme l’est ce procédé consistant à faire appel à des Juifs dénonciateurs d’Israël pour disparaître derrière un écran de fumée. Les dénonciateurs et dénonciatrices d’Israël (et loin de moi l’idée d’affirmer qu’Israël ne doit être critiqué sous aucun prétexte) m’intéressent dans la mesure où ils et elles sont souvent des pères et des mères tranquilles qui avouent ne pas vouloir ou ne pas pouvoir prendre parti par manque d’intérêt ou de connaissance. Mais lorsqu’il est question d’Israël, ça commence à s’agiter ; d’hésitant le ton se fait péremptoire. Frédéric Schiffter s’inscrit dans cette tendance. Le père tranquille devient moins tranquille lorsque le nom « Israël » est prononcé, et précisément ce nom, ce qui est surprenant de la part d’un homme qui cultive la distance, et non sans intelligence et finesse, un homme qui se garde des mouvements de foule, du brouhaha médiatique, qui voyage peu et apprécie les flâneries sur la Côte Basque, les transats et les fauteuils de l’Hôtel du Palais, à Biarritz, et je le dis sans la moindre ironie, car ce philosophe est doté de belles et nombreuses qualités.

On peut admettre que sa pulsion érotique envers Rima Hassan le rende sourd à ce qu’elle dit, Rima Hassan qui peut évoquer les séduisantes sauvageonnes peintes par Otto Mueller (1874-1930) ; mais on s’interroge quand il déclare sa flamme à une pétroleuse (c’est le cas de le dire) comme il les aime (je reprends ses mots), Francesca Albanese. Le seul lien que j’entrevois entre ces deux femmes est leur violente dénonciation d’Israël. Tout de même, et on me pardonnera mon insistance, qu’il éprouve une attirance sexuelle pour Rima Hassan au tient cuivré et qui sent le sable chaud, soit ! Mais que trouve-t-il à cette Italienne qui par ailleurs s’exprime dans un anglais bien approximatif ? La dénonciation d’Israël favorise bien des rapprochements, bien des accouplements. Ces deux harpies lui ont refilé un sale truc ; mais peut-être en était-il porteur avant de les avoir rencontrées…

Ce sceptique retraité éprouve probablement à ses heures une légère lassitude à tourner dans le scepticisme. Las de dénoncer le chichi, le blabla et le gnangnan, il a décidé de défendre les Palestiniens ou, plutôt, d’accuser Israël et son gouvernement : il se sent ainsi probablement du côté du Bien, il désigne l’Opprimé et l’Oppresseur. Il donne dans le gnangnan, il tombe dans ce qu’il dénonce. Et la forme de gnangnan dont il est atteint est la plus courante, la plus virulente, le paslestignangnan.

Il y a quelques années, les contempteurs d’Israël appréciaient la compagnie de Schlomo Sand. Ils lisaient avidement et donnaient à lire « Comment le peuple juif fut inventé » (publié en 2008), ce titre étant à lui seul une promesse, promesse de libération du fait juif, de la spécificité d’Israël, un régal pour toutes les obédiences antisémites et antisionistes. Imaginez ! Le peuple juif se serait qu’une invention ! Alors, la shoah n’est pas vraiment la shoah, gambadons… Et je ne vise aucunement Frédéric Schiffter par cette digression.

Le Dr Hajo Meyer est encensé par Union juive Française pour la Paix (UJFP) pour « avoir consacré toute sa vie à la lutte contre la manipulation du génocide nazi par la politique sioniste de l’État d’Israël pour justifier la colonisation de la Palestine. » Le Dr Hajo Meyer déclarait (rapporté par l’UJFP) : « L’un des principaux ​tracas de ma vie, c’est qu’Israël se considère comme un État juif, alors qu’en réalité il ​est sioniste. Il veut le maximum de territoire avec un minimum de Palestiniens. J’ai quatre grands-parents juifs. Je suis athée. Je partage l’héritage socio-culturel juif et j’ai appris l’éthique juive. Je ne veux pas être représenté par un État sioniste. Ils n’ont aucune idée de l’Holocauste. Ils utilisent l’Holocauste pour implanter la paranoïa chez leurs enfants. » Et ainsi de suite.

Une fois encore, l’antisionisme politique et éthique du Juif Hajo Meyer, les échauffements du Juif Alain Finkielkraut et, dans un autre style, disons plus frustre, ceux des deux pétroleuses, ont permis à Frédéric Schiffter de s’extraire momentanément de ses lassitudes, de s’attribuer enfin des qualités morales, de se faire philosophe doté de qualités (voir le titre de son livre : « Les philosophes sans qualités »), d’en finir avec le désengagement tranquille (ennuyeux à la longue) et de botter le cul au scepticisme élégant. La dénonciation d’Israël (voire la détestation d’Israël) et du gouvernement Netanyahu peut avoir des effets aussi bénéfiques que le Prozac…

Un petit mot au sujet de Francesca Albanese. Dès sa nomination, elle a exprimé des positions hostiles envers Israël et complaisantes envers le Hamas. Depuis le 7 octobre 2023, elle multiplie les déclarations visant à minimiser les actes du Hamas, tout en accusant Israël de génocide, comparant à plusieurs reprises Gaza à un camp de concentration nazi. Elle a également accusé le « lobby juif » de contrôler les États-Unis. Elle a également évoqué une responsabilité conjointe de la CIA et du Mossad dans les attentats de Charlie Hebdo.

Le gnangnan, l’un des trois concepts-clés de la philosophie de Frédéric Schiffter, qualifie une forme d’altruisme dont le ressort est l’indignation mêlée de sensiblerie contre une forme de tragique frappant les foules humaines. À ma connaissance, l’expression du gnangnan n’est décelable chez Frédéric Schiffter que lorsqu’il est question des Palestiniens frappés par « le Mal » qu’incarne Israël, et plus spécifiquement Netanyahu. Je ne peux que m’interroger ; et un propos de Pascal Bruckner (qui n’est pas juif) me revient : « On ne s’intéresse aux Palestiniens que parce qu’ils sont opprimés par des Juifs. »

Que l’on me comprenne. Je n’ai aucun compte à régler avec Frédéric Schiffter que j’estime en tant qu’écrivain. Je le vois comme un artisan qui aime le beau travail, comme un bijoutier ; et, je le redis, ses livres méritent de figurer dans les meilleures bibliothèques. Ce qui me dérange, ou, plutôt, ce qui m’intrigue, c’est que cet écrivain qui cultive la distance (en particulier à l’égard du brouhaha médiatique) dans sa thébaïde biarrote, et qui le fait avec brio, s’intéresse d’un coup à un pays lointain, avec lequel il n’a jamais entretenu aucun rapport, et que ce pays est… Israël, qu’il s’intéresse à ses dénonciateurs(trices) avec fièvre. Et à propos de fièvre, je ne sais quelle mouche l’a piqué.

Olivier Ypsilantis

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