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DANA: El Estado que no estuvo ou Quand les Valenciens ont été abandonnés par l’État

ESTE ARTÍCULO SE PRESENTA PRIMERO EN SU TRADUCCIÓN AL FRANCÉS Y, A CONTINUACIÓN, EN SU VERSIÓN ORIGINAL EN ESPAÑOL.

Cet article a été rédigé par mon fils David, né à Córdoba (Cordoue) il y a vingt-deux ans. Avec une équipe, il s’est rendu sur les lieux de la catastrophe afin de participer aux secours. Cet article rend compte succinctement du chaos provoqué par la DANA, cette inondation soudaine, et dénonce les manques et les errements des pouvoirs publics confrontés à une catastrophe majeure. Il est présenté dans sa traduction française suivie de la version originale, en espagnol. 

 

Introduction.

Aujourd’hui 29 octobre 2025 marque le premier anniversaire de la tragédie qui a frappé Valencia et Letur. Il s’est donc écoulé un an depuis ce funeste jour où des dizaines de milliers d’Espagnols démunis et livrés à eux-mêmes ont affronté la dévastation causée par l’une des catastrophes naturelles les plus importantes et les plus meurtrières jamais enregistrées dans l’histoire de l’Espagne. Cet événement  restera gravé à jamais dans la mémoire de ceux qui l’ont vécu comme de ceux qui se sont rendus sur place et ont été les témoins de ce scénario infernal.

Les versions officielles, soucieuses de leurs intérêts, ont nié ou omis des faits pourtant vérifiables par des témoignages et des faits survenus avant et après le désastre. Au fil des mois, on a cherché à concentrer toute la responsabilité de ce drame sur une ou plusieurs personnes, essayant ainsi d’occulter l’origine de cette catastrophe : un État défaillant qui n’a ni prévenu ni secouru. Mais comment une catastrophe d’une telle ampleur a-t-elle pu se produire en Espagne ? Comment l’État, disposant de tous les moyens nécessaires, n’a-t-il pu prévoir un événement de cette magnitude et alerter ? Poser ces questions nous conduit inévitablement à l’interrogation suivante.

En Espagne, l’État agit comme une grosse tique qui, chaque année, suce les citoyens via les impôts, sans autre but que de grossir jusqu’à tomber comme un fruit mûr. Un tique infecté par la métastase « autonomies » et maintenu en respiration artificielle via la Banque centrale européenne. Un État qui, dans toutes ses manifestations — locales, provinciales, régionales et nationales — privilégie le gain électoral immédiat au détriment de ses devoirs les plus élémentaires, montrant ainsi une continuelle négligence structurelle.

Dans le cas présent, l’absence de mesures de prévention révèle un même schéma de négligence institutionnelle. Le nettoyage des rivières et ravins — fréquemment critiqué par certains écologistes qui prônent « laisser la nature suivre son cours » — ainsi que l’entretien des pluviomètres et des stations d’épuration ont été systématiquement négligés, exposant la population à des risques prévisibles et donc évitables. Le leadership de l’Espagne dans la destruction de barrages a ajouté une dimension au désastre, montrant que l’incompétence de l’État n’était pas circonstancielle mais systématique.

Les avertissements n’étaient pas nouveaux : pendant des années, les Valenciens et les citoyens de toute l’Espagne, en particulier ceux qui vivaient dans les zones à risque, dénonçaient cette inaction politique. À Valencia, certains agriculteurs avaient publiquement alerté, à la mi-octobre 2024, sur l’inopérance du radar de l’AEMET (Agence espagnole de météorologie) à Cullera (Valencia), signalant que sa réparation était impérative face à l’imminence d’une DANA (Dépression isolée à niveaux élevés). Tous ont été ignorés, voire vilipendés.

 

Brève chronologie du 29 octobre 2024.

Le 29 octobre 2024 marque le début de la catastrophe. Aux premières heures de l’aube, l’AEMET émet une alerte orange pour fortes précipitations qui devient rouge à 7h36.

À 12h00, la Confédération hydrographique du Júcar (CHJ) signale des débits anormaux dans les rivières et ravins, dépassant des seuils critiques à plusieurs endroits.

À 14h35, la disparition d’un transporteur au sud de Valence est signalée. Son corps sera retrouvé quelques jours plus tard.

Face à ces signes très inquiétants, la réponse est minimale : aucune instruction d’évacuation, aucune interdiction de circulation ; seule une timide recommandation de « prudence », clairement insuffisante face à l’ampleur de la menace.

Vers 18h30, les services d’urgence commencent à enregistrer les premiers incidents liés aux débordements de rivières et ravins. Entre 19h00 et 20h00, les appels aux services d’urgence sont saturés, considérant les inondations généralisées dans tous les villages de la Ribera Baixa, de l’Horta Sud de Valencia et de la Hoya de Buñol, entre autres zones.

À 20h11, face au risque imminent d’effondrement du barrage de Forata, l’alerte mobile de la Protection civile incite la population à éviter tout déplacement. À ce moment précis, tous les villages du sud de Valencia sont déjà totalement inondés, avec des centaines de disparus et de nombreux morts.

On a enregistré des précipitations de 600 à 770 l/m² pendant plus de vingt heures, avec des accumulations records de plus de 621 l/m² en seulement six heures, saturant totalement rivières, ravins, barrages et systèmes de drainage, provoquant la rupture de digues et des débordements massifs dans tout le sud de Valencia, avec des eaux torrentielles boueuses atteignant trois mètres de hauteur. Le fleuve Turia, au cœur de la ville de Valencia, large de cent cinquante mètres et profond en moyenne de dix mètres, avait atteint sa limite.

Quelques minutes seulement séparent les premiers débordements des inondations massives qui vont ravager des dizaines de communes. L’eau torrentielle ne laisse aucun répit des heures durant, jusqu’à la nuit tombée qui enveloppe le sud de Valencia dans une obscurité  totale, suite à la coupure de l’alimentation en électricité et en eau, laissant plus d’un demi-million de personnes isolées et sans moyen de communication.

 

Sud de Valencia, la nuit du 29 octobre 2024

 

Souvenirs de la DANA : Arrivée sur les lieux.

Ce soir-là, alors que je rentre de Caravaca de la Cruz vers mon village de la province de Murcia, l’autoroute est submergée par une pluie torrentielle et illuminée par des éclairs traversant le ciel, présageant la tragédie qui va se dérouler non loin.

En arrivant chez moi et en découvrant les premières images de la dévastation qui s’abat sur Valencia, je comprends immédiatement qu’il ne s’agit pas d’une simple « goutte froide » saisonnière. La vision du fleuve Turia sur le point de céder me marque profondément : un an auparavant, j’avais pu apprécier l’ampleur monumentale de son lit, désormais incapable de contenir une telle masse d’eau.

Je passe la nuit éveillé, cherchant des informations fiables dans le chaos et la confusion, essayant de comprendre ce qui se passe. Ce n’est qu’au lever du jour que la réalité se révèle dans toute sa brutalité : les villages du sud de Valencia — et le village oublié de Letur — se réveillent dans un scénario de désolation et d’horreur indescriptible.

Des images et vidéos commencent à circuler, certaines montrant des corps sans vie, confirmant ce que j’ai pressenti toute la nuit : il ne s’agit pas d’une simple crue, mais d’une catastrophe d’une ampleur inédite.

Les médias traditionnels ne tardent pas à devenir complices de la désinformation, semant la peur parmi la population sous prétexte de sécurité et afin de faciliter le travail des services d’urgence. Télévision, presse et individus malintentionnés inventent toutes sortes de mises en garde plus ou moins ridicules pour dissuader la population de se rendre sur place, dans l’intention délibérée de cacher l’abandon des Valenciens, un abandon qui durera entre 48 et 72 heures, jusqu’à l’arrivée des premiers volontaires.

Parmi ces volontaires, un petit groupe de dix à douze personnes (dont je faisais partie) unies par l’urgence et la volonté d’agir s’était présenté la veille par vidéo-conférence afin d’esquisser un plan d’action. 

Le 1er novembre, je pars de Murcia en moto à 3h30 du matin. Arrivé au point de rendez-vous, à Elche, je pars pour Valencia en voiture, accompagné de deux frères, dont l’un deviendra mon camarade durant les mois qui suivront notre modeste mais significative lutte pour aider nos concitoyens.

Je me souviens encore des conversations du voyage aller, brèves et incertaines. Nous ne savions pas si nous arriverions à destination ni quelles scènes nous attendraient dans les zones dévastées. Une confusion générale régnait, dans une atmosphère surréaliste. Pendant des heures, nous avons traversé des routes plongées dans un épais brouillard, avec la sensation de pénétrer dans un territoire suspendu entre le réel et l’irréel.

Nous avons finalement atteint Utiel et avons été surpris de trouver de nombreux volontaires déjà présents depuis la veille, beaucoup venus de Madrid et de Castilla-La Mancha, poussés par le devoir d’aider.

Les autorités locales nous ont informés que la commune disposait déjà de volontaires en nombre suffisant et qu’il était préférable de diriger les efforts vers des  localités plus touchées. Nous nous sommes alors dirigés vers Chiva, où, après deux heures de route, nous avons trouvé le complexe sportif transformé en un vaste entrepôt improvisé. Dans ce centre logistique, nous avons aidé au tri de tonnes de dons provenant de toute l’Espagne : nourriture, eau, vêtements, masques, gants, pelles, etc.

À midi, on nous a demandé de nous rendre à l’autre bout du village pour dégager une rue légèrement obstruée par un amas de boue. Nous étions une quinzaine, pelle à la main sous le soleil, déblayant un mélange de terre et de débris, tandis que toute la province restait dans le chaos. Il était difficile de comprendre la logique de notre effort isolé au milieu d’une urgence où l’on comptait encore les morts et où la boue ensevelissait des quartiers entiers sous plus de deux mètres d’épaisseur. Nous avions l’impression qu’on nous avait confié un « travail sale » pour nous occuper. Pas « sale » par la nature physique de la tâche mais par son inutilité évidente.

 

Une rue dans la localité de Paiporta

 

Cependant, c’est à Chiva que la catastrophe prit pour moi une dimension tangible. En périphérie du village, les vignobles étaient dévastés : électroménagers, pièces de voitures et toutes sortes d’objets domestiques s’entremêlaient dans une végétation inclinée, comme si la nature elle-même avait été sculptée par la violence de l’eau. Un véhicule coincé dans un olivier reste gravé dans ma mémoire : les clés étaient encore sur sa porte, signe muet que son propriétaire avait tenté de se mettre à l’abri avant de succomber à la force incontrôlable du courant.

Au milieu d’une rue, j’ai trouvé une photo de mariage encadrée. Un vieil homme m’a expliqué que le couple vivait dans la commune voisine, à plusieurs kilomètres. La force de l’eau avait effacé les distances, brouillant les limites et emportant les souvenirs. Une jeune femme nous a raconté que la vitrine du bazar situé au bout de sa rue avait éclaté, emportant des centaines de pantalons, t-shirts, bonnets et soutiens-gorge qui avaient fini flottant dans son salon.

En début d’après-midi, un petit groupe de six ou sept volontaires s’est dirigé vers Massanassa. Ce que nous y avons trouvé nous a laissés sans voix : il n’y avait plus matière à spéculer sur ce qui « avait pu arriver ». Là se trouvait la preuve irréfutable d’une force naturelle déchaînée, à la violence incontrôlable. 

À partir de ce moment, mes souvenirs deviennent flous. L’intensité de ce que nous vivions, combinée à la fatigue physique et mentale, ne laissait pas de place à la clarté. Nous passions d’une maison à l’autre, d’un garage à l’autre, répondant aux appels, notant des adresses pour intervenir le lendemain, assistant des personnes arrivées spontanément, toutes désireuses de collaborer… Tout se déroulait dans un bourbier saturé d’une odeur âcre et nauséabonde, mélange de produits chimiques, de mort et de décomposition. Un bourbier recouvrant tout en couches successives et jusqu’au dernier recoin.

 

Matin du 30 octobre, quelque heures après la DANA

 

Souvenirs de la DANA : Retour.

Après un bref retour dans nos villages d’origine, nous avons été gagnés par l’inquiétude, une inquiétude qui nous a poussés à revenir sur les lieux affectés, animés par un sens des responsabilités qui n’admettait aucun délai. Le groupe initial de volontaires, environ douze personnes, s’est réduit à cinq.

Nous sommes retournés à Massanassa, cette fois équipés de quatre pompes à eau, pelles, bottes, masques, lampes torches et autres outils essentiels pour agir dans un environnement très hostile. Nos efforts se sont répartis entre plusieurs localités voisines : Massanassa, Alfafar et Catarroja.

Alors que nous avancions vers les zones touchées, des rumeurs infondées se propageaient, tant dans les médias que sur les réseaux sociaux, évoquant des routes bloquées par des risques d’effondrement ou des contrôles militaires. La réalité était tout autre : des centaines de convois civils, chargés d’aide, circulaient sans obstacle, les militaires facilitant leur passage. Cette information sur les supposées routes coupées n’était qu’un des nombreux mensonges diffusés avec l’intention de semer la peur et d’entraver l’effort des secouristes volontaires.

Notre travail consista à pomper l’eau de garages remplis d’un liquide trouble et nauséabond où des centaines de voitures étaient entassées, traversées par toutes sortes d’objets et de débris végétaux emportés par l’inondation. Bien qu’adaptées à ce type d’intervention, nos pompes n’en pouvaient plus : microplastiques, végétation, carburant et divers débris obstruaient leurs filtres, obligeant l’un d’entre nous à rester vigilant sans relâche tandis que les autres luttaient contre la boue et les débris à coups de pelles.

 

Des volontaires dans les rues de Paiporta (photo de Rober Solsona)

 

Souvenirs de la DANA : Anecdotes et témoignages.

Les journées commençaient avant l’aube, entre 4h30 et 5h00, et se prolongeaient jusqu’au coucher du soleil, l’absence d’électricité rendant tout travail presque impossible avec de petites lampes. Dans les rares moments de pause, pendant que nous nous relayions, j’en profitais pour converser avec les habitants et recueillir leurs témoignages. En voici quelques-uns :

Les pompiers de l’aéroport de Valencia, avec qui nous avons collaboré pour pomper l’eau, nous ont révélé qu’ils étaient venus en tant que volontaires, payant leur propre matériel, face au refus de leurs supérieurs de les déployer dans les communes touchées. Ils avaient demandé des congés pour pouvoir intervenir et devaient agir à titre personnel, sans soutien officiel ni utilisation de l’équipement de l’aéroport.

De nombreux témoignages racontaient la situation extrême vécue par les habitants le soir du 29 octobre. Un jeune homme a flotté pendant des heures, accroché à la cime d’un arbre, après avoir vu une vague déferler depuis le ravin près de sa maison alors qu’il promenait son chien ; un homme a pu repérer sa belle-sœur coincée dans un ascenseur à cause de la coupure de courant, la sauvant en faisant levier avec un balai pour éviter une noyade certaine ; un autre a brisé à coups de marteau une fenêtre de garage pour libérer son frère ; une vieille dame a survécu dans sa modeste maison, dotée d’un petit pigeonnier transformé en grenier, qui l’a protégée lorsque le niveau de l’eau dépassait déjà deux mètres à l’intérieur.

Des habitants de Massanassa m’ont expliqué que durant la nuit du 30 octobre, les vols ont augmenté. Ils m’ont rapporté des pillages dans le cimetière municipal où des individus ont profité de la rupture des niches pour voler alliances et autres biens des défunts, ajoutant ainsi à l’horreur de la tragédie.

Incrédule quant à la faible présence militaire, j’ai interrogé les habitants. Ils m’ont expliqué que l’intervention était minimale afin d’éviter de projeter une mauvaise image à l’international. Il se disait que dans la base militaire la plus proche, à seulement 5 km, des milliers de soldats prêts à intervenir restaient inactifs sur ordre de leurs supérieurs.

 

Des volontaires nettoyant l’église Sant Jordi Mártir (photo de Santi Palacios)

 

De même, j’ai été témoin direct de plusieurs événements qu’il convient de signaler :

Un matin, alors que nous reprenions des forces avec un peu de nourriture que d’autres volontaires nous avaient offerte, des membres de la Croix-Rouge, craignant une légère pluie, nous ont demandé — sans possibilité de refuser — de prendre en charge tout le matériel qu’ils avaient apporté, principalement des sacs de vêtements, car ils devaient partir. Ils ont laissé les dons empilés sur le sol d’une station-service hors service, complètement exposés à la pluie. Plus tard, nous avons appris, par d’anciens membres de l’organisation, que 92 % du budget attribué à la DANA par cette ONG était consommé par les frais de personnel.

Parmi les volontaires, plusieurs apportaient de la nourriture, déjà achetée ou préparée par leurs soins. D’autres contribuaient avec des outils, destinés surtout aux tâches de nettoyage et de déblayage. J’ai pu voir certaines personnes se servir avec des caddies de supermarché comme s’il s’agissait d’un self-service, sans se rendre compte que ceux qui les entouraient pouvaient en avoir tout autant, voire davantage besoin. Aucun de ces individus n’était espagnol. 

Cela me conduit à la remarque suivante : la très faible présence d’immigrants. Je supposais que, dans ces villages traditionnels de Valencia, l’immigration était  faible. Les habitants m’ont corrigé : à Massanassa, Catarroja et Alfafar, la population d’immigrés — principalement africaine — représente entre 18,5 % et 36 % du total. En une semaine, je n’ai aperçu qu’un groupe de trois Sénégalais déblayant la boue. Où se trouvait les autres  ?

J’ai toutefois été témoin de nobles comportements. Nombre de ceux qui avaient perdu leur maison nous ont témoigné une gratitude débordante, nous invitant à revenir lorsqu’ils auraient un toit à nous offrir. D’autres — que la chance avait placés à des étages supérieurs — nous ont offert de la nourriture et un endroit pour nous reposer, une manière pour eux de surmonter le désastre. Parmi ces derniers, je n’oublierai jamais cette jeune famille chrétienne qui nous a offert son hospitalité dans son appartement de Valencia. Ils vivaient près du pont qui marquait la frontière entre deux réalités : au nord, la ville poursuivant sa routine ; au sud, les villages engloutis dans un scénario de guerre où le temps s’était arrêté. Pouvoir fermer les yeux quelques heures et être à l’abri nous a mis mal à l’aise : il nous fut impossible de trouver le sommeil à l’idée que d’autres passaient la nuit dans la boue ou parmi les restes de ce qui avait été leur maison. Pourtant, dans ces jours où la fatigue se confondait avec l’impuissance et où l’espoir semblait se dissoudre dans la boue, la générosité de ceux qui nous ont accueillis a agi comme un baume, nous rendant pour un instant foi en l’humanité.

 

Rumeurs et fausses informations.

Comme je l’ai déjà mentionné, rumeurs et mensonges, habilement distillés et relayés par les médias et les réseaux sociaux, ont cherché à freiner le flux des volontaires. On craignait sans doute que la réalité ne démente le récit officiel et ne mette au jour la négligence des institutions. Dans l’entrelacs des faussetés diffusées dans le chaos informationnel, on peut citer les suivantes :

Parmi les nombreuses rumeurs qui ont circulé ces jours-là, aucune n’a connu autant de diffusion que celle du parking de Bonaire. La version officielle affirmait que plus de huit cents cadavres y étaient piégés par les eaux. Le mythe s’est rapidement répandu, encouragé par les médias télévisés — en particulier La Sexta — qui y ont vu une manœuvre de distraction efficace. Pendant que l’attention médiatique se concentrait sur ce point, des centaines de milliers de personnes affectées continuaient à ne recevoir ni aide ni couverture médiatique. Ce faux récit, soigneusement tissé permettra de criminaliser  la population civile pour propagation de « rumeurs ».

Au cours d’une matinée interminable, des informations ont circulé sur une supposée épidémie de tétanos causée par les restes d’animaux morts emportés par la boue. Simultanément, on alertait sur les risques d’une seconde DANA, dans le but très clair de décourager tout volontaire de se rendre sur place. Certains médias accusaient même ceux qui aidaient d’« agir de manière irresponsable », affirmant que leurs véhicules bloquaient les services d’urgence. Pendant que ce récit se construisait, plus de cinquante véhicules officiels escortaient le chef du Gouvernement et le roi, venus une semaine après la catastrophe uniquement pour l’apparence. Après avoir contenu leur indignation, les Valenciens ont clairement montré que leur présence était inutile. Et pourtant, certains ont tenté de transformer Felipe VI en héros de papier, s’appuyant sur la lâcheté évidente de Pedro Sánchez. Cependant, les deux ont fait figure de personnages parfaitement ridicules.

 

   Le roi d’Espagne (sous un parapluie) hué lors de sa visite des villages sinistrés

 

La rumeur probablement la plus persistante jusqu’à aujourd’hui concerne le nombre officiel de victimes : 212 morts et 2 disparus, ce qui soulève une question incontournable : si le nombre réel de décès ne correspond pas au chiffre officiel, comment les différentes strates du pouvoir, du local au national, peuvent-elles taire la vérité d’une tragédie d’une telle ampleur ? La réponse réside dans le principal talent de notre classe politique : falsifier les statistiques. Certes, les recensements officiels permettent de vérifier si une personne est vivante ou non, mais le décompte des victimes de la DANA a été — et reste — perverti jusqu’à l’extrême.

Parmi les multiples manipulations statistiques utilisées pour minimiser l’ampleur de la tragédie, la plus infâme reste celle de la manipulation des critères de comptage des victimes. Seules « sont mortes à cause de la DANA » celles qui ont été littéralement emportées par l’eau ou ensevelies sous les débris, excluant les décès indirects — comme les infarctus, hypothermies, infections ou traumatismes. J’ai personnellement relevé plus de cinquante noms de personnes décédées, avec seulement vingt à trente témoignages, alors qu’il y a eu un demi-million de sinistrés… Des habitants de Paiporta, l’une des zones les plus touchées, m’ont parlé de plus de 500 morts uniquement dans leur commune. Vérité ou pas, le chiffre officiel — 212 morts — est un affront. Quiconque a parcouru ces rues sait que les chiffres ne correspondent pas : maisons inondées jusqu’au plafond, personnes âgées piégées dans leurs logements et sans-abris — les invisibles de toujours — emportés par le courant sans nom ni registre.

À cette altération des chiffres s’ajoutent d’autres ombres : la main invisible de la politique modulant le discours public ; les retards — suspectement prolongés — dans les autopsies (dont certaines restent encore sans conclusion) ; la déscoordination entre registres locaux, provinciaux, autonomiques et national ; l’opacité des institutions qui ont dressé des murs là où la transparence aurait dû régner. Tout un réseau visant à diluer les responsabilités, scellant la vérité sous des couches de bureaucratie.

 

Conclusion.

Non, la tragédie n’a pas qu’un seul visage. Ni Carlos Mazón — président de la Generalitat valenciana — ni Pedro Sánchez — président du Gouvernement — ne sont les seuls responsables. La véritable responsabilité repose sur toute une machine politique qui a fait de l’inefficacité une habitude et de la négligence une forme de gouvernance. La Generalitat n’a pas voulu prévenir, l’État n’a pas voulu secourir. La faute, partagée, traverse toute la classe politique espagnole, qui depuis des années parasite la vie des citoyens, les asphyxiant dans une bureaucratie autocomplaisante, se reproduisant elle-même et se nourrissant des efforts d’autrui, une administration hypertrophiée qui étouffe, taxe, censure et abandonne : par action ou omission, par lâcheté ou calcul, toujours contre ceux qu’elle devrait servir.

Je redis qu’en matière de prévention la Generalitat n’avait entrepris aucune action concernant l’entretien des rivières, ravins et barrages car ces tâches n’avaient pas de rentabilité électorale. Elle est donc coupable a priori. Mais pourquoi le gouvernement national n’a-t-il pas agi  ? Pourquoi l’article 4 de la Loi organique 4/1981, qui régule les états d’alerte, d’exception et de siège, n’a-t-il pas été activé face à une catastrophe d’une telle ampleur ? La réponse est simple : lorsqu’un état d’alerte est déclaré pour catastrophes, calamités ou malheurs publics, tels que tremblements de terre, inondations, incendies urbains et forestiers ou accidents majeurs — comme le prévoit ladite loi —, l’État central assume la gestion totale de l’urgence. Et c’est précisément ce que le gouvernement a voulu éviter : assumer sa responsabilité.  Il a discrédité  la Generalitat, laissant les morts à sa charge.

La France, qui avait proposé d’envoyer plusieurs centaines de pompiers, a vu sa proposition refusée sous le prétexte officiel que la situation était « pleinement contrôlée ». Il en fut de même pour El Salvador, qui mettait à disposition de l’État espagnol ses meilleures équipes de secours. Néanmoins, certains pompiers français, désobéissant aux ordres gouvernementaux, se sont rendus sur place de leur propre initiative — plus précisément à Chiva. Ils ont été stupéfaits de constater l’ampleur du désastre et l’absence d’attention institutionnelle. Paradoxalement, ce sont eux, venus de l’étranger, qui ont été les premiers services d’urgence arrivés sur place. Ils ont compris que ce pays qu’ils venaient aider avait été abandonné par son propre État.

Au cours de ces jours, la géographie de l’Espagne semblait converger vers le sud de Valencia. Des policiers de Málaga, Madrid, Huelva, Salamanca et de nombreuses villes espagnoles arpentaient les rues, des pompiers de provinces lointaines drainaient la boue et sauvaient les personnes piégées, des médecins venus de tous les coins du pays parcouraient les habitations inondées. Chaque visage étranger à ces localités rappelait l’absence de celui qui aurait dû organiser, coordonner et protéger ses citoyens.

La DANA de Valencia a été la confirmation — une fois de plus — que l’État espagnol, dans toutes ses manifestations, n’a pas pour priorité de garantir le bien-être des citoyens. Cet État éléphantesque et partitocratique corrode la nation, agissant dans son propre intérêt et rendant hommage aux puissances étrangères si nécessaire, reléguant au second plan les obligations fondamentales de protection, justice et prestation de services publics qui devraient constituer le sens même de l’État. En somme, un État absent qui a montré encore une fois que face à l’adversité, seul le peuple sauve le peuple – sólo el pueblo salva el pueblo.

Pour ceux qui souhaitent mieux comprendre la réalité des faits, je partage quelques liens vers des reportages photographiques montrant la dévastation provoquée par la DANA:

https://elpais.com/espana/2024-11-29/un-mes-de-la-dana-de-valencia-en-imagenes.html 

https://elpais.com/espana/2024-11-03/galeria-tres-dias-en-paiporta.html 

https://www.eldiario.es/comunitat-valenciana/destruccion-provocada-temporal-comunitat-valenciana-imagenes_3_11776499.html 

https://rtvc.es/fotogaleria-efectos-dana-30-octubre-2024/ 

https://www.elmundo.es/album/espana/2024/10/30/6721db0de4d4d84c298b4593_5.html

 

DAVID

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TRADUCCIÓN AL ESPAÑOL      

  • Introducción.

Hoy, 29 de octubre de 2025, se cumple un año de la tragedia que asoló Valencia y Letur. Un año de aquel fatídico día en el que decenas de miles de españoles desamparados y abandonados a su suerte, se enfrentaron a la devastación provocada por una de las mayores y más mortíferas catástrofes naturales jamás registradas en la historia de España. Un acontecimiento que permanecerá eternamente grabado en la retina de quienes lo vivieron en carne propia, así como de quienes acudieron ahí y fueron testigos de aquel infernal escenario.

Las versiones oficiales, impregnadas de intereses, han negado u omitido hechos constatables, testimonios y eventos que ocurrieron —o que no ocurrieron— antes y después de la desgracia. A lo largo de todos estos meses, se ha buscado concentrar toda la responsabilidad en una o pocas personas, tratando así de soslayar la verdadera raíz del problema: un Estado fallido que ni previno ni socorrió. Pero, ¿cómo pudo ocurrir un desastre de semejante envergadura en España? ¿Cómo pudo el Estado, con todos los medios a su alcance, no prever ni alertar sobre una eventualidad de esta magnitud? Plantear estas preguntas nos conduce inevitablemente a una segunda cuestión. 

En España, el Estado actúa como una gran pulga que, adherida a la nación, succiona vía tributos, año tras año, a todos los ciudadanos, sin otra finalidad que la de engordar hasta caer como fruta madura. Una pulga infectada por la metástasis de las “autonomías” y asistida por la respiración artificial del Banco Central Europeo. Un Estado que, en todas sus manifestaciones —locales, provinciales, autonómicas y nacionales— antepone el rédito electoral inmediato al cumplimiento de su deberes más elementales, evidenciando una negligencia estructural que se repite sin cesar.

En este caso, las tareas de prevención que debieron efectuarse y no se realizaron ponen sobre la mesa el mismo patrón de omisión institucional. La limpieza de ríos y barrancos —frecuentemente denostada por ciertos ecologistas, que claman por “dejar fluir la naturaleza”—, así como el mantenimiento de los medidores de pluviometría y de las depuradoras de aguas, fueron sistemáticamente descuidados, exponiendo a la población a riesgos previsibles y evitables. El liderazgo de España en la destrucción de presas añadió una dimensión más al desastre, evidenciando que la incompetencia del Estado no fue circunstancial, sino sistemática.

Estas advertencias no eran nuevas: durante años, los valencianos y ciudadanos de toda España denunciaban esta inacción política, particularmente aquellos residentes en zonas vulnerables. En Valencia, concretamente, algunos agricultores habían alertado públicamente a mediados de octubre de 2024 sobre la inoperancia del radar de la AEMET (Agencia Estatal de Meteorología) en Cullera (Valencia), advirtiendo que su reparación era imperativa ante la inminencia de una DANA (Depresión Aislada a Niveles Altos). Todos ellos fueron ignorados, cuando no, vilipendiados.

 

  • Breve cronología del 29 de octubre.

El 29 de octubre de 2024 marca el inicio de la catástrofe. A primeras horas de la madrugada, la AEMET emite una alerta naranja por fuertes precipitaciones que se torna roja a las 7:36. 

A las 12:00, la Confederación Hidrográfica del Júcar (CHJ) advierte sobre caudales anómalos en ríos y barrancos, con superación de umbrales críticos en varios puntos. 

A las 14:35 se reporta la desaparición de un transportista al sur de Valencia que, días después, aparecería muerto.

Frente a estos signos claros y excepcionales, la respuesta es mínima: ninguna instrucción de evacuación, ninguna prohibición de circulación; tan solo una tibia recomendación de “prudencia”, claramente insuficiente ante la magnitud de la amenaza.

Sobre las 18:30, los servicios de emergencias comienzan a registrar las primeras incidencias por desbordamientos de ríos y barrancos.

Entre las 19:00 y las 20:00, las llamadas a Emergencias saturan los sistemas de atención ante el desbordamiento generalizado en todos los pueblos de la Ribera Baixa, la Horta Sur de Valencia y la Hoya de Buñol, entre otras zonas.

A las 20:11, ante el inminente riesgo de colapso de la presa de Forata, la alerta móvil de Protección Civil insta a la población a evitar desplazamientos. Para entonces, todos los pueblos del sur de Valencia ya están totalmente inundados, con cientos de desaparecidos y numerosos fallecidos. 

Se registran precipitaciones de 600-770 L/m² durante más de 20 horas, alcanzándose  récords de acumulaciones de más de 620 L/m² en tan sólo 6 horas, con una saturación total de ríos, barrancos, presas y sistemas de drenaje, provocando la rotura de diques y desbordamientos masivos por todo el sur de Valencia, con aguas torrenciales enfangadas de hasta 3 metros de altura. El río Turia, en el corazón de la ciudad de Valencia, con una anchura de 150 metros y una profundidad media de 10, llega al límite de su capacidad.

Apenas unos minutos separaron los primeros desbordamientos de las inundaciones masivas que arrasaron decenas de municipios. El agua en tromba no dió tregua, golpeando durante horas hasta bien entrada la noche, que envolvió el sur de Valencia en una oscuridad densa y absoluta, tras el colapso del suministro eléctrico y de la red de aguas, dejando a más de medio millón de personas aisladas y sin comunicación.

 

Sur de Valencia, la noche del 29 de octubre de 2024

 

  • Recuerdos de la DANA: Llegada al lugar de los hechos.

Aquella tarde, mientras retornaba de Caravaca de la Cruz hacia mi pueblo en Murcia, la autovía se encontraba envuelta en una lluvia torrencial, iluminada por relámpagos que surcaban el cielo, rayos que parecían señalar la tragedia que se desplegaba no muy lejos.

Al llegar a casa y contemplar las primeras imágenes de la devastación que se abatía sobre Valencia, comprendí de inmediato que no se trataba de cualquier gota fría estacional. Me sobrecogió la visión del río Turia al borde de ceder, un espectáculo que evocaba mi visita a la ciudad apenas un año antes, en donde pude apreciar la monumental envergadura de sus cauces, y que ahora se transformaba en una amenaza incontenible.

Pasé la noche en vela, buscando rastros de información fiable entre el caos y la confusión, tratando de comprender  lo que realmente estaba sucediendo. Fue sólo con los primeros destellos de la mañana siguiente que la realidad se reveló en toda su crudeza: los pueblos del sur de Valencia —y el olvidado pueblo de Letur— amanecieron sumidos en un tétrico escenario de desolación y horror indescriptible. 

Empezaron a difundirse imágenes y videos de todo tipo, algunos mostrando cuerpos sin vida, que vinieron a confirmar la sospecha que me había acompañado durante toda la noche: no se trataba de una mera riada, sino de un desastre de proporciones inéditas.

No tardaron los tradicionales medios de comunicación en transformarse en cómplices de la desinformación, sembrando miedo entre la población bajo el pretexto de garantizar la seguridad ciudadana y facilitar la labor de los servicios de emergencia. Televisión, prensa e individuos de mala fe construyeron todo tipo de relatos ridículos para disuadir a la ciudadanía de acudir al lugar, con la deliberada intención de que permaneciera oculta la desprotección a la que habían sometido a los valencianos. Un abandono que se extendió durante 48-72 horas, hasta la llegada de los primeros voluntarios. Entre esos voluntarios, un pequeño grupo de diez o doce personas (del que formé parte), unidos únicamente por la urgencia y la voluntad de actuar —apenas presentados la noche anterior a través de una videollamada— comenzó a esbozar los primeros trazos de su organización. 

El 1 de noviembre, salí en moto desde Murcia a las 3:30 de la madrugada. Llegado al punto de encuentro, en Elche, partí para Valencia en coche, acompañado de dos hermanos, uno de los cuales se convertiría en mi compañero durante los meses siguientes de nuestra modesta —pero significativa— lucha por ayudar a nuestros conciudadanos.

Aún guardo en la memoria las conversaciones del viaje de ida, breves e inciertas. No sabíamos si llegaríamos a destino ni qué escenas nos esperarían al adentrarnos en las zonas devastadas. Reinaba una confusión general, en un ambiente que parecía deslizarse hacia lo surreal. Durante horas cruzamos carreteras sumidas en una niebla espesa que reforzaba la sensación de estar penetrando en un territorio suspendido entre lo real e irreal. Finalmente alcanzamos Utiel, donde nos sorprendió encontrar a numerosos voluntarios, ya presentes desde la noche anterior, muchos de ellos venidos desde Madrid y Castilla-La Mancha, empujados por la cercanía y el deber de ayudar.

Las autoridades locales nos comunicaron que el municipio ya contaba con voluntarios suficientes y que era preferible dirigir los esfuerzos hacia localidades más afectadas. Emprendimos entonces camino hacia Chiva, donde, tras dos horas de trayecto, encontramos el polideportivo convertido en un vasto almacén improvisado. En aquel centro logístico ayudamos en la clasificación de las toneladas de donaciones que llegaban de toda España: alimentos, agua, ropa, mascarillas, guantes, palas, etc. Al mediodía, nos pidieron acudir al otro extremo del pueblo para despejar una calle ligeramente obstruida por un montículo de barro. Éramos unos quince, paleando bajo el sol un amasijo de tierra y escombros, mientras la provincia entera seguía desbordada por el caos. Costaba, pues, entender la lógica de aquel esfuerzo aislado, en medio de una emergencia donde aún se contaban los muertos y donde el barro sepultaba barrios enteros bajo más de dos metros de espesor. Sentimos que se nos había encomendado un “trabajo sucio” para mantenernos ocupados. No “sucio” por la naturaleza física de la tarea, sino por su evidente inutilidad.

 

Una calle en la localidad de Paiporta

 

No obstante, fue en Chiva donde la catástrofe adquirió para mí una dimensión tangible. En los márgenes del pueblo, los campos de vid aparecían arrasados: electrodomésticos, piezas de automóvil y toda clase de objetos domésticos se entrelazaban con la inclinada maleza, como si la naturaleza misma hubiera quedado esculpida por la violencia del agua. Un vehículo encastrado en un olivo quedó grabado en mi memoria: las llaves seguían puestas en la cerradura de la puerta, señal muda de que su propietario había tratado de ponerse a salvo antes de sucumbir a la fuerza incontrolable de la corriente.

En medio de una calle encontré una fotografía de boda enmarcada. Un anciano me explicó que la pareja vivía en el municipio contiguo, a varios kilómetros. La fuerza de arrastre del agua había borrado distancias, confundiendo límites y arrastrando recuerdos. Una joven nos relató que la luna del bazar situado al final de su calle había reventado, remolcando centenares de pantalones, camisetas, gorros y sujetadores que habían terminado flotando en el salón de su casa. 

Al inicio de esa misma tarde, un reducido grupo de seis o siete voluntarios emprendimos camino hacia Massanassa. Lo que encontramos nos dejó sin aliento: ya no cabía especular sobre lo que “pudo haber ocurrido”. Allí estaba la evidencia irrefutable de una fuerza natural desatada, cuya violencia había trascendido cualquier intento de contención.

A partir de ese momento, mis recuerdos se desdibujan,  La intensidad de lo vivido, sumada a la fatiga física y mental, no dejaba espacio para la clarividencia. Nos movíamos de un hogar a otro, de un garaje a otro, contestando llamadas, anotando direcciones para atender al día siguiente, asistiendo a personas que aparecían de improviso, todas deseosas de colaborar… Todo transcurría en medio de un lodazal saturado de un hedor acre y nauseabundo, mezcla de químicos, muerte y descomposición. Un lodazal que cubría todo en capas sucesivas, penetrando en cada objeto hasta su último rincón.

 

Mañana del 30 de octubre, pocas horas tras el paso de la DANA

 

  • Recuerdos de la DANA: Retorno.

Tras un breve retorno a nuestros pueblos de origen, la inquietud y la tensión que nos producía permanecer alejados de la catástrofe nos empujaron a volver a los lugares afectados, impulsados por un sentido de responsabilidad que no admitía demoras. El grupo inicial de voluntarios, de cerca de doce personas, quedó reducido a apenas cinco. 

Volvimos a Massanassa, equipados esta vez con cuatro bombas de agua, palas, botas, mascarillas, linternas y otros utensilios que sabíamos imprescindibles para actuar en un entorno tan adverso. Nuestro esfuerzo se distribuyó entre varias localidades contiguas: Massanassa, Alfafar y Catarroja. 

Mientras avanzábamos hacia las localidades afectadas, se difundían rumores falsos, tanto en medios de comunicación como en redes sociales, que hablaban de carreteras bloqueadas, bien por riesgo de derrumbe, bien por controles militares. La verdad era precisamente la opuesta: centenares de convoyes civiles, cargados de ayuda, circulaban sin impedimentos, con los militares facilitando su paso. Aquella falsedad sobre las supuestas carreteras cortadas constituía apenas una de las muchas mentiras difundidas, destinadas a infundir miedo y obstaculizar el esfuerzo de los voluntarios.

Nuestro trabajo consistió en achicar agua de garajes repletos de un líquido turbio y fétido, donde cientos de coches permanecían amontonados, atravesados por todo tipo de objetos y fragmentos de vegetación que la riada había arrastrado. A pesar de estar diseñadas para este tipo de aguas, las bombas no daban abasto. Microplásticos, maleza, combustible y restos varios obstruían sus filtros, lo que obligaba a que uno de nosotros permaneciera vigilándolas sin descanso, mientras los demás luchábamos contra el barro y los escombros a golpe de pala.

 

Voluntarios en las calles de Paiporta (foto de Rober Solsona).

 

  • Recuerdos de la DANA: Anécdotas y testimonios.

Las jornadas arrancaban antes del alba, entre las 4:30 y las 5 de la mañana, y se prolongaban hasta la caída del sol, pues la ausencia de suministro eléctrico hacía casi imposible cualquier labor con pequeñas linternas. En los escasos momentos de respiro, mientras nos relevábamos, aprovechaba para conversar con los vecinos y recopilar sus testimonios. Estos fueron algunos de ellos:

        – Los bomberos del aeropuerto de Valencia, con quienes colaboramos en las labores de achicamiento, nos revelaron que habían llegado como voluntarios, costeando su propio material, ante la negativa de sus superiores de desplegarlos en los municipios afectados. Habían solicitado excedencias para poder acudir y debían intervenir a título personal, sin apoyo oficial ni utilización del equipo del aeropuerto.

        – Fueron numerosos los testimonios que recogí sobre la extrema situación en la que se vieron envueltos los lugareños en la tarde-noche del 29 de octubre. Un joven flotó durante horas, aferrado a la copa de un árbol, después de ver cómo una ola descendía en tromba desde el barranco próximo a su casa mientras paseaba a su perro; un hombre logró divisar a su cuñada atrapada en el ascensor por el corte del suministro eléctrico, pudiendo rescatarla haciendo palanca con una escoba, evitando así su ahogo seguro; otro pudo romper a martillazos una ventanilla de extracción para liberar a su hermano de un garaje que se inundaba hasta el techo; una anciana pudo sobrevivir en su modesta casa que, a pesar de ser de planta baja, disponía de un pequeño palomar transformado en desván, que la resguardó cuando el nivel del agua —indicado por el barro en las paredes— superaba ya los dos metros en su interior.

        – Vecinos de Massanassa me comentaron que, durante la madrugada del 30 de octubre, se dispararon los robos. Me relataban que se habían registrado saqueos en el cementerio municipal, donde individuos aprovecharon la rotura de nichos para sustraer alianzas y otros ajuares de difuntos, añadiendo otra capa de dolor a la tragedia.

        – Incrédulo por la escasa presencia militar, pregunté. Vecinos me comentaron que la actuación era mínima para evitar proyectar una mala imagen ante el ámbito internacional. Se decía que en la base militar más próxima, a apenas 5 kilómetros del lugar, miles de efectivos dispuestos a intervenir permanecían inertes por orden de sus superiores.

 

 Voluntarios limpiando la iglesia de Sant Jordi Mártir (foto de Santi Palacios)

 

Asimismo, fui testigo directo de diversos sucesos que conviene señalar:

        – Una mañana, mientras recuperábamos fuerzas con algo de comida que otros voluntarios nos habían ofrecido, miembros de la Cruz Roja, temerosos ante la previsión de una ligera lluvia, nos requirieron —sin posibilidad de negarnos— que nos hiciésemos cargo de todo el material que habían traído, en su mayoría bolsas de ropa, ya que ellos debían retirarse. Dejaron las donaciones apiladas en el suelo de una gasolinera fuera de servicio, completamente expuestas a la lluvia. Más tarde supimos, a través de ex miembros de la organización, que el 92 % del presupuesto asignado a la DANA por esta ONG se consumía en gastos de personal.

        – Entre los voluntarios, varios traían comida, ya comprada o elaborada por ellos mismos. Otros contribuían con utensilios, destinados sobre todo a las tareas de limpieza y retirada de escombros. Pese a no ser mayoría, pude ver a algunas personas que se servían con auténticos carros de supermercado como si de un buffet se tratara, sin reparar en que quienes les rodeaban podrían requerirlo tanto o más que ellos. Ninguno de estos individuos era español.

        – Lo anterior se relaciona con otro aspecto que llamó mi atención: la notable escasez de inmigrantes. Supuse que, siendo pueblos tradicionales de Valencia, la inmigración sería reducida. Los vecinos me corrigieron: en Massanassa, Catarroja y Alfafar, la población inmigrante —principalmente africana— supone entre el 18,5% y el 36% del total. En una semana tan sólo divisé a una cuadrilla de tres senegaleses removiendo barro. ¿Dónde se encontraban el resto?

        – Con todo, entre tanta desgracia asomó también la bondad del ser humano. Muchos de quienes habían perdido su hogar nos mostraron una gratitud desbordante, invitándonos a volver cuando tuviesen un techo que ofrecer. Otros —que la fortuna había dejado en pisos más altos— nos ofrecieron alimento y un lugar donde descansar, como buscando en ese dar un modo de sobreponerse al desastre. Entre éstos últimos, quiero recordar a una joven familia cristiana que nos ofreció su hospitalidad en su apartamento de Valencia. Vivían junto al puente que marcaba, sin pretenderlo, la frontera entre dos realidades: al norte, la ciudad que seguía con su rutina; al sur, los pueblos hundidos en un escenario de guerra en donde el tiempo se había detenido. Poder cerrar los ojos unas horas al amparo de un techo nos hizo sentir la fortuna como una pena: era imposible conciliar el sueño sin que cierta incomodidad moral nos recordase que otros pasaban la noche sobre el barro o entre los restos de lo que fue su hogar. No obstante, en días donde el cansancio se confundía con la impotencia y la esperanza parecía disolverse en el fango, la generosidad de aquellos que nos acogieron actuó como un bálsamo, devolviéndonos, aunque fuera por instantes, la fe en el ser humano.

 

  • Bulos y falsos rumores.

Como ya apunté, no fueron pocos los rumores y falsedades que, hábilmente sembrados y replicados por los medios y las redes, buscaron frenar el flujo de voluntarios. Temían, sin duda, que la inocultable realidad desmintiera el relato oficial y dejara al descubierto la dejadez de las instituciones. Entre la maraña de falsedades que se difundieron en medio del caos informativo, cabe mencionar las siguientes:

        – Entre los muchos rumores que florecieron en aquellos días, ninguno alcanzó tanta difusión como el del parking de Bonaire. La versión oficial sostenía que allí yacían más de ochocientos cadáveres atrapados por las aguas. El mito se extendió con rapidez, alentado por medios televisivos —especialmente La Sexta— que hallaron en él una eficaz maniobra de distracción. Mientras la atención mediática se concentraba en aquel punto, cientos de miles de afectados seguían sin recibir ayuda ni cobertura mediática. Aquel falso relato, tejido con precisión, se convirtió en la coartada perfecta para acusar posteriormente a la población civil de “propagar bulos”.

        – En una de aquellas mañanas interminables, comenzaron a circular noticias de un supuesto brote de tétanos, causado por los restos de animales muertos arrastrados por el barro. Simultáneamente, se alertaba de una posible segunda DANA, con el claro efecto de desanimar a cualquier voluntario a acercarse al lugar. Algunos medios incluso acusaban a quienes ayudaban de “actuar de manera irresponsable”, afirmando que sus vehículos obstruían los servicios de emergencia. Mientras se tejía esta narrativa, más de cincuenta vehículos oficiales escoltaban al presidente y al Rey, que acudían una semana después de la catástrofe, únicamente a cumplir con la apariencia. Los valencianos, tras haber contenido su indignación durante días, dejaron patente que su presencia era innecesaria. Y aun así, no faltaron los palmeros que intentaron transformar a Felipe VI en un héroe de papel, apoyándose en la evidente cobardía de Sánchez. Ambos, sin embargo, protagonizaron un ridículo total.

 

 El rey Felipe VI (bajo el paraguas) abucheado en su visita a los pueblos afectados.

 

        – El bulo más persistente, aún vigente, es el relativo a la cifra oficial de víctimas: 212 muertos y 2 desaparecidos. Surge así una pregunta inevitable: de no corresponderse el número real de fallecidos con el oficial, ¿cómo pueden las distintas capas del poder, desde lo local hasta lo nacional, silenciar la verdad de una tragedia de semejante alcance? La respuesta se halla en la habilidad más depurada de nuestra clase política: falsear estadísticas. Cierto es que los censos oficiales permiten verificar si alguien continúa con vida o no, pero la contabilidad de las víctimas de la DANA fue —y sigue estando— pervertida hasta el extremo. 

De entre las múltiples trampas estadísticas empleadas para minimizar el alcance de la tragedia, sobresale la más infame de todas: la manipulación de los criterios de conteo de decesos. Sólo “murieron por la DANA” quienes fueron literalmente devorados por el agua o sepultados bajo los escombros, omitiendo fallecimientos derivados – como infartos, hipotermias, infecciones o traumatismos-. Yo mismo recogí más de cincuenta nombres de fallecidos con apenas una treintena de testimonios sobre una población afectada de medio millón de personas… ¿Cómo es esto posible?

Vecinos de Paiporta, una de las zonas más castigadas, me hablaron de más de 500 muertos solo en su municipio. Verdad o no, la cifra oficial —212 muertos— es una clara afrenta. Cualquiera que haya pisado aquellas calles sabe que los números no cuadran: casas anegadas hasta el techo; ancianos atrapados en sus viviendas, convertidas en ratoneras; y los sin techo —los invisibles de siempre—, barridos sin nombre ni registro por la corriente. 

A esa adulteración del conteo se añadieron otras sombras: la mano invisible de la política modulando el discurso público; los retrasos —sospechosamente prolongados— en las autopsias (algunas, aún, permanecen sin conclusión); la descoordinación entre los registros locales, provinciales, autonómicos y nacional, que parecían hablar idiomas distintos; y la opacidad de unas instituciones que levantaron muros donde debía haber transparencia. Todo un entramado orientado a diluir responsabilidades, sellando la verdad bajo capas de burocracia.

 

  • Conclusión.

No, la tragedia no tiene un solo rostro. No fueron Carlos Mazón – presidente de la Generalitat valenciana- ni Pedro Sánchez —presidente del Gobierno— los únicos responsables. La verdadera responsabilidad recae sobre toda una maquinaria política que ha hecho de la ineficiencia un hábito y de la desidia una forma de gobierno. Ni la Generalitat quiso prevenir ni el Estado quiso socorrer. La culpa, compartida, es transversal a toda la clase política española, que desde hace años parasita la vida del ciudadano, asfixiándolo en un marasmo de burocracia autocomplaciente, que se reproduce a sí misma y se alimenta del esfuerzo ajeno. Una administración hipertrofiada que ahoga, grava, censura y abandona: por acción o por omisión, por cobardía o por cálculo, siempre contra aquellos a quienes debería servir.

Insisto que, en materia de prevención, la Generalitat, desinteresada en el mantenimiento de ríos, barrancos y presas —por carecer tales tareas de rentabilidad electoral—, no emprendió acción alguna. Es, por tanto, culpable a priori. Ahora bien, ¿por qué el Gobierno de la Nación no actuó a posteriori? ¿Por qué no se activó el artículo 4 de la Ley Orgánica 4/1981, que regula los estados de alarma, excepción y sitio, ante una catástrofe de semejante magnitud? La respuesta es sencilla: en cuanto se declara un estado de alarma por catástrofes, calamidades o desgracias públicas, tales como terremotos, inundaciones, incendios urbanos y forestales o accidentes de gran magnitud —tal y como establece la citada ley—, el Estado central asume la gestión total de la emergencia. Y eso fue precisamente lo que el Gobierno quiso —y quiere— evitar: asumir su responsabilidad, delegando la carga y el descrédito en la Generalitat, dejando que los muertos queden en manos ajenas.

Del mismo modo actuó el Gobierno con respecto a la ayuda internacional. Francia, que había ofrecido el envío de varios centenares de bomberos, vió su propuesta rechazada bajo el argumento oficial de que la situación estaba “plenamente controlada”. Lo mismo ocurrió con El Salvador, que puso a disposición del Estado español sus mejores unidades de rescate. No obstante, algunos bomberos franceses, desobedeciendo las órdenes gubernamentales, acudieron por iniciativa propia al lugar de los hechos —concretamente, a la localidad de Chiva—. Quedaron sobrecogidos al comprobar la magnitud del desastre y la ausencia de atención institucional. Paradójicamente, fueron ellos, venidos del extranjero, los primeros servicios de emergencia en llegar. Entendieron que aquel país al que habían venido a ayudar había sido abandonado por su propio Estado.

En aquellos días, la geografía de España parecía converger en el sur de Valencia. Policías de Málaga, Madrid, Huelva, Salamanca y todo tipo de ciudades españolas caminaban por sus calles; bomberos de provincias lejanas drenaban el barro y rescataban a los atrapados. Médicos llegados de todos los rincones del país recorrían las viviendas anegadas. Todos ellos voluntarios. Cada rostro extranjero (en esas localidades) era un recordatorio de la ausencia de quien debió organizar, coordinar y proteger a sus ciudadanos.

La DANA de Valencia fue la confirmación – una vez más – de que el Estado español, en todas sus manifestaciones, no tiene por prioridad  garantizar el bienestar de la ciudadanía. Un elefantiásico Estado de partidos que corroe la nación, actuando por interés propio y rindiendo pleitesía a potencias extranjeras si es necesario, relegando a un segundo plano las obligaciones fundamentales de protección, justicia y prestación de servicios públicos que deberían sustentar el sentido mismo del Estado. En definitiva, un Estado que no estuvo, mostrando una vez más que, ante la adversidad, solo el pueblo salva al pueblo.

 

Comparto, a interés de quienes quieran adentrarse más en la realidad de los hechos, algunos enlaces a reportajes fotográficos que reflejan la devastación provocada por la DANA:

https://elpais.com/espana/2024-11-29/un-mes-de-la-dana-de-valencia-en-imagenes.html 

https://elpais.com/espana/2024-11-03/galeria-tres-dias-en-paiporta.html 

https://www.eldiario.es/comunitat-valenciana/destruccion-provocada-temporal-comunitat-valenciana-imagenes_3_11776499.html 

https://rtvc.es/fotogaleria-efectos-dana-30-octubre-2024/ 

https://www.elmundo.es/album/espana/2024/10/30/6721db0de4d4d84c298b4593_5.html 

 

DAVID

 

Agradezco encarecidamente a quienes compartieron conmigo esta complicada travesía. La fuerza, el compromiso y la perseverancia de cada uno fueron el combustible que nos impulsó a seguir adelante, aun en los momentos de mayor desánimo.  Gracias a Fran Santillana, compañero de terreno en aquellos días y meses posteriores en los que coordinamos ayuda; a Almudena, compañera de vida y sostén inquebrantable; a María y Andrés, cuya hospitalidad nos abrió las puertas de su hogar durante varias noches; a mi familia más próxima, siempre atenta y colaboradora; y a todos aquellos que, directa o indirectamente, confiaron en nosotros para brindar auxilio, cada uno a su manera. 

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