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A propos de sionisme

Depuis des décennies le mot « sionisme » a perdu toute signification précise, en Europe tout au moins. Il a été tellement utilisé d’une manière inconsidérée qu’il n’a plus de forme et que l’on ne sait plus vraiment ce qu’il contient. Ce mot exige donc que nous le reconsidérions avec attention, et déjà par l’étude. On se dit « antisioniste » avec fierté tout en se défendant (mais toujours moins) d’être antisémite. Et, de fait, nombreux sont ceux qui se disent « antisionistes » sans savoir ce qu’est le sionisme, sans jamais avoir envisagé tout ce que véhicule ce mot, une histoire vieille de plus d’un siècle, une histoire d’une densité particulière. Alors, s’ils ne savent pas ce qu’est le sionisme, au moins dans ses grandes lignes, pourquoi une telle fureur à se déclarer antisioniste ? Il y a nécessairement quelque chose qui prépare cette fureur entêtée. Le mot « Israël » suscite à présent des réactions automatiques comme le mot « Jude » en suscitait dans l’Allemagne des années 1930 ; c’est ainsi, il faut en prendre note.

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Le Syrien Faraj Alexandre Rifai prend la défense du mot sionisme. Il signale que dans sa jeunesse ce mot désignait l’ennemi absolu, l’usurpateur, le démon déguisé en victime afin de mieux tromper. Et il déclare : « Et pourtant, c’est ce mot honni que j’ai fini par comprendre, et même par revendiquer. Car le sionisme, loin d’être un projet d’oppression, est l’une des plus nobles expressions de la dignité humaine : le droit d’un peuple à revenir sur sa terre, à y renaître, à y vivre libre. »

Le discours antisioniste dans le monde arabe n’est en rien spontané, signale-t-il, il est le fruit d’une éducation et dès le plus jeune âge, conditionnement idéologique et religieux. Que des dirigeants arabes reconnaissent l’État d’Israël ne doit pas nous tromper, ils gardent et garderont en eux un profond ressentiment envers ce pays, pour l’entité sioniste accusée d’avoir volé la terre aux Arabes. Leur acceptation est de façade, je le sais depuis toujours. Ils se tiendront tranquilles aussi longtemps qu’ils jugeront que le coût d’un engagement contre Israël leur coûtera trop cher. Il est donc hors de question de baisser la garde. Le discours haineux arabo-musulman est repris par la gauche européenne orpheline du prolétaire et des damnés de la terre qu’elle a remplacés par les Palestiniens, avec le Juif d’Israël – le sionisme – comme figure emblématique du colon, de l’impérialiste.

Faraj Alexandre Rifai : « Ce que j’ai découvert en brisant ce conditionnement, c’est une tout autre histoire. Le sionisme n’est pas né du néocolonialisme, mais de l’exil, du rejet et de la souffrance. Il est la réponse historique d’un peuple persécuté depuis deux millénaires, qui n’a jamais cessé de rêver de revenir sur sa terre, et qui a fini par le faire. » Faraj Alexandre Rifai étudie donc l’histoire du sionisme et en conclut : « J’ai compris que les Juifs n’étaient pas venus voler une terre, mais retrouver la leur, souvent en l’achetant, en la cultivant, en la construisant » et il ajoute : « J’ai aussi vu que le rejet arabe du sionisme n’était pas d’abord une solidarité avec les Palestiniens, mais une vieille haine religieuse attisée par l’échec, la jalousie, l’incapacité à accepter que des Juifs puissent vivre libres, debout, souverains. » Tout est dit. Et ce rejet du sionisme n’est pas exclusivement arabe, loin s’en faut. L’Europe social-démocrate a une vision ambiguë de l’État d’Israël. Tout d’abord ses dirigeants et le gros de ses classes politiques ont une connaissance bien réduite de l’histoire très complexe de cette région. Idem avec la réalité israélienne. La propagande anti-israélienne est chez nous aussi prononcée que dans les pays arabes, elle opère simplement sur un mode moins direct (voir par exemple le style du quotidien Le Monde), plus doucereux mais très pénétrant, comme le crachin qui petit à petit vous trempe sans que vous vous en rendiez vraiment compte. La propagande anti-israélienne dans notre Europe social-démocrate est constante et elle provoque en moi une immense fatigue. Il est vrai qu’il existe des espaces où se requinquer, des sites et des blogs notamment, ainsi que des livres. Les sentiments aigres-doux de certains de nos gouvernements sociaux-démocrates s’accordent plutôt bien avec le ressentiment arabe ; ils sont comme des pistons dans un moteur, ils travaillent de concert pour faire avancer la machine antisémite/antisioniste, soit antisiomite.

Faraj Alexandre Rifai : « Je suis Syrien. Je suis arabe. Mais je refuse de vivre dans le mensonge hérité. J’ai choisi la vérité du sionisme, non par trahison de mes origines, mais par fidélité à ce que j’attends pour tous les peuples : le droit de vivre, de construire, d’être libre. Le sionisme n’est pas une malédiction. Il est une victoire de la vie sur la destruction. Et peut-être que si le monde arabe le reconnaissait enfin lui aussi pourrait renaître de ses ruines. »

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Depuis quelques années, le palestinisme gagne les universités occidentales mais aussi les médias en tout genre et, surtout, les réseaux sociaux. Il ne s’agit pas de défendre les Palestiniens dont presque personne chez nous ne connaît l’histoire ; toute cette agitation se fait sur fond d’ignorance (ignorance du sionisme également) ; il s’agit avant tout de provoquer de l’indignation car l’indignation augmente le nombre de visiteurs sur tel ou tel site ou blog et sur les réseaux sociaux. L’indignation attire les humains comme la merde attire les mouches. Le succès fulgurant de ce petit pamphlet (aujourd’hui relativement oublié) s’explique aussi par son titre, un titre pensé dans un esprit marketing, « Indignez-vous ! » de Stéphane Hessel. L’indignation est un commerce, surtout à l’ère du digital. Ce qui importe c’est d’attirer le chaland, autrement dit d’espérer faire le buzz. C’est une histoire particulièrement cynique car le Palestinien on s’en fout. Les réseaux sociaux (probablement l’un des aspects les plus déprimants de l’univers digital) ont compris dès leur naissance tout l’intérêt qu’il y a à activer la question palestinienne, un sujet particulièrement délicat qui exige de nombreuses heures d’études pour espérer ne pas se laisser prendre par des partis pris et formules de propagande. Les réseaux sociaux jouent sur l’immédiateté, la simplification la plus extrême, la formule choc, loin, très loin de tout effort vers la connaissance, un travail sans fin.

La propagande obéit à quelques principes et techniques simples et toujours aussi efficaces. La plus simple et toujours aussi efficace de ces techniques, le copier-coller, qu’il s’agisse d’un texte (parlé ou écrit) ou d’une image (en mouvement ou fixe). On coupe, on choisit un cadrage précis. Ces techniques préparent le rata pour les masses qui l’avalent sans y penser. Presque toute l’information, et principalement au sujet d’Israël et de la Palestine, est le produit de ces techniques ; et elles sont d’autant plus efficaces qu’elles se saisissent d’un sujet extraordinairement complexe qui d’un coup de baguette magique devient « compréhensible ». Et le dernier crétin s’en trouve fort aise, il a compris, surtout si l’information – mais c’est désinformation qu’il me faudrait écrire – va dans le sens de certains préjugés… Bien des slogans activent et réactivent des préjugés, d’où leur efficacité. Et concernant les Juifs, les préjugés sont particulièrement nombreux et lourds. Ces préjugés souvent travestis (l’antisémitisme en antisionisme par exemple) font boule de neige sur les réseaux sociaux, une boule de neige à laquelle les algorithmes s’empressent sans tarder de préparer la voie. On sait que les plateformes favorisent les contenus qui accrochent le plus. Ainsi crée-t-on de toutes pièces une Greta Thunberg ; puis, lorsque l’audimat baisse, on lui met un drapeau palestinien entre les mains et c’est reparti pour un tour. Rima Hassan ou Aymeric Caron ne doivent leur audience qu’à leur virulence anti-israélienne. Accuser Israël rapporte plus gros qu’accuser n’importe quel autre pays. Accuser les Juifs rapporte beaucoup plus qu’accuser n’importe quel autre groupe humain. A ce propos, les Juifs qui critiquent Israël sont très médiatisés et ceux qui font leur promotion peuvent espérer faire le buzz et les intéressés avec eux. Parmi ces Juifs citons Élie Barnavi, Ehud Olmert ou Ehud Barak qui quelque peu oubliés refont surface et peuvent se gausser d’un assez large public.

La défense de la Palestine est dans presque tous les cas l’occasion rêvée pour exprimer la haine des Juifs sans passer nécessairement pour un antisémite. L’antisémitisme longtemps considéré comme honteux et enfoui au milieu des ordures peut en sortir et se montrer au grand jour après un petit toilettage-maquillage. Le « Indignez-vous ! » rapporte gros, et je ne sais à combien d’exemplaires Stéphane Hessel a vendu son petit livre. Je vais donc interroger l’IA… Elle me répond ce qui suit : « En moins de trois mois après sa parution en 2010, il s’est écoulé à plus de cinq cent mille exemplaires, en France, pour atteindre un million quatre cent mille en 2011, toujours en France. À l’échelle mondiale, l’ouvrage s’est vendu à plus de quatre millions d’exemplaires et il a été traduit dans plus de cent langues. » Pas mal. Ce titre est déjà un beau coup de marketing. Certes, il n’est pas question que d’Israël dans ces quelques pages, mais il en est tout de même un peu question, comme une pincée de sel pour relever de goût d’une soupe un peu fade. L’indignation à propos de « la question palestinienne » s’apparente presque toujours à de la pose. Il s’agit de feindre afin de se faire mousser, de se présenter comme le porteur de valeurs universelles. Dénoncer Israël peut rapporter gros ; et puis on ne risque rien, tandis que défendre Israël n’est pas sans danger. Des Juifs ne rechignent pas à ce jeu ; ainsi pensent-ils obtenir un passeport de « bon juif ».

Olivier Ypsilantis

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