Dans l’opinion publique mondiale, le passage du Juif victime au Juif bourreau se répand et s’impose toujours plus. C’est l’une des victoires du 7 octobre. Cette épidémie, car il s’agit bien d’une épidémie, touche de l’antisémite de base aux plus hautes autorités politiques tant nationales qu’internationales, à commencer par l’ONU. Parmi les autorités des pays touchés par cette épidémie, l’Espagne. Non que Pedro Sánchez, l’actuel chef du Gouvernement, soit a priori antisémite ; cet individu sans foi ni loi est simplement soucieux de se maintenir au pouvoir (il est de ce point de vue un formidable acrobate) et pour flatter sa gauche qui lui a causé bien des inquiétudes, il sait que jouer la carte palestinienne peut rendre cette gauche un peu plus conciliante à son égard et l’aider à poursuivre un peu moins dangereusement et pour un temps son exercice d’équilibriste. Pour ce faire, cet homme pourrait s’allier au pire et sans le moindre état d’âme. L’Espagne n’est pas le seul pays à mener un jeu trouble, mais ayant durablement vécu dans ce pays, je connais mieux les méandres de sa vie politique que ceux de la Norvège par exemple, un pays qui s’est joint à la meute qui aboie en direction d’Israël. La dénonciation d’Israël rend de plus en plus dangereuse la vie des Juifs en diaspora, et principalement en France dont la politique étrangère est pour le moins ambiguë, sans oublier les positions peu courageuses et elles-mêmes ambiguës du chef de l’État sur la question de l’antisémitisme et de la Palestine.
L’Europe (à commencer par la France) a subi des attaques islamistes d’ampleur mais sa voix est toujours anti-israélienne. C’est une propagande le plus souvent doucereuse mais continuelle et très efficace. Elle est d’autant plus efficace qu’ils ne sont pas nombreux à se donner la peine d’étudier la très complexe question palestinienne qui suppose une connaissance approfondie de l’histoire d’Israël et de la région sur une longue période. Car il s’agit de s’ôter à l’immédiat et aux breaking news (expression terriblement éloquente) si l’on veut espérer commencer à mieux comprendre, d’une part les enjeux, d’autre part pourquoi nous en sommes là.
Les propositions européennes visant à régler le conflit à Gaza ne peuvent être admises. Parmi ces propositions, la plus volontiers mise en avant : un cessez-le-feu. Or, le cessez-le-feu n’a malheureusement jamais conduit à une solution acceptable pour celui qui l’accepte. Et dans le cas présent, tout cessez-le-feu ne pourrait que permettre au Hamas de refaire ses forces. Le dilemme est terrible considérant l’ennemi, un ennemi idéologique, le plus implacable des ennemis donc : toute tentative de négociation conduite par Israël ne pourra qu’affaiblir Israël en commençant par le présenter comme le faible. Et je ne m’attarderai pas sur le cas du Qatar, ce petit pays qui par ses immenses capitaux a la main un peu partout et accueille très complaisamment des membres parmi les plus important de la branche politique du Hamas. La récente frappe contre ce pays m’a rassuré si je puis dire car à force d’avoir le regard tourné vers l’Iran et son détestable régime on oublie ce petit pays très insidieusement néfaste.
Le jeu que mène le Hamas avec les otages amènera probablement une révision en profondeur de ce projet d’un État palestinien et peut-être en arrivera-t-on à la solution proposée par Mordechai Kedar, soit la Eight State Solution pour la Judée-Samarie (Cisjordanie). Quant à la bande de Gaza, une solution commencera à se dessiner après l’anéantissement militaire du Hamas. Annexion partielle ? Bande coupée en morceaux dans le sens de la largeur ?
Israël ne peut perdre aucune guerre car perdre une guerre signifierait pour ce pays sa disparition. Le cercle des ennemis d’Israël n’a cessé de s’élargir ainsi que le signale Julien Brunn. Le cercle de ses ennemis est tellement large qu’il semble englober le monde entier. Vecteur de cette obsession anti-israélienne, les capitaux arabo-musulmans (à commencer par les capitaux qataris) et l’immigration arabo-musulmane vers les pays occidentaux.
Et ainsi va le monde. On accuse Israël de défendre des frontières alors que l’Europe se veut transfrontalière. On déguise en épouvantails les deux ministres jugés « extrémistes » du gouvernement Netanyahu, Ben-Gvir et Smotrich, des incarnations du Diable. L’Europe s’efforce de cacher sa petitesse en dénonçant Israël. Elle se sait faible et affaiblie, et elle tente de se parer d’une vertu qui ne satisfait que son ego. Elle est comme un poisson pris à l’hameçon des capitaux arabes. Et parmi les gages qu’elle doit donner à ses maîtres, dont le Qatar, la dénonciation d’Israël et sur tous les tons. Les contrats se multiplient, les carnets de commandes sont pleins et c’est bon pour l’emploi et la balance commerciale ; mais il y a une facture, sous-jacente, insidieuse, soit une pénétration qui arase tout ; car cet islam n’admet que lui-même, à moins que l’autre ne se tienne sagement courbé devant le trône. Comment a-t-on pu se laisser aller à ce point, s’en remettre au Qatar pour prendre en charge la question du Hamas ? Netanyahu que je considère par ailleurs comme un authentique chef d’État et chef de guerre (l’un et l’autre marchent main dans la main) a lui aussi caché la poussière sous le tapis avec le Hamas/Qatar. Il y a l’Iran, bien sûr ; mais il y a aussi et peut-être même d’abord le Qatar, une formidable duplicité qui, je l’espère, finira par coûter la vie à ce petit émirat. L’Iran est un ennemi visible, il crie haut et fort. Le Qatar joue un autre jeu et cet « ami » devra être abattu. Son action s’apparente à celui des termites dans une habitation.
L’ONU est devenue au fil des décennies une tribune permanente contre Israël, y siègent nombre de dictatures islamiques. Nombre de voix venues des instances internationales (ONU en tête) et nationales (pensons à la France d’Emmanuel Macron ou à l’Espagne de Pedro Sánchez) me fatiguent car toutes invitent Israël à remettre son destin entre les mains de naïfs, de démagogues, de prétentieux, d’infatués et d’ennemis diversement travestis. Nous sommes dans un grand théâtre où œuvrent des illusionnistes, des bonimenteurs, des margoulins, des charlatans et j’en passe. La société du spectacle se prête à leurs jeux, des jeux qui séduisent les masses qui ne demandent qu’à être bercées dans les illusions, qu’à se bercer d’illusions.
Comment tolérer que le monde mettre ainsi son nez dans les affaires d’Israël ? Je le redis, Israël n’est pas un pays sous tutelle, Israël n’est pas un repris de justice. Et tous ces pères-la-morale qui se penchent sur Israël convaincus qu’ils agissent pour son bien et le bien du monde ! Me vient alors ce très sage dicton : « Il vaut mieux avoir un ennemi intelligent qu’un ami bête ».
Je le dis et le redis, quitte à passer pour un fauteur de troubles et un va-t-en-guerre, Israël ne peut baisser la garde, il peut tendre la main mais sans jamais baisser la garde. Pourquoi ? Parce que l’apaisement dans le monde arabo-musulman et ses affidés est toujours simulé ; c’est une tactique destinée à endormir pour mieux frapper. On nous serine que si Israël se retirait de la Judée-Samarie et y interdisait l’établissement de « colons » juifs (« colons », mot à connotation fortement péjorative, c’est pourquoi je le remplace en la circonstance par « pionniers ») tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Or, pour celui qui considère le passé et refuse de se laisser enfermer dans l’immédiateté, tout prouve qu’il ne faut jamais se laisser aller à de tels arrangements. Presque personne n’a étudié la guerre l’indépendance (1948-49) et le refus arabe du plan de partage de l’ONU qui accordait aux Juifs trois lambeaux de terre à peine raccordés les uns aux autres, comme si l’on incitait les Arabes à les couper les uns des autres pour les effacer un à un. Qui se souvient que la Judée-Samarie a été occupée et annexée par la Jordanie durant près de vingt ans et qu’il n’a alors jamais été question d’un État palestinien ? Je n’ai jamais cru aux accords d’Abraham pourtant si vantés. Dans le monde arabe, les braises couvent sous la cendre.
Pour cause de danger iranien on a célébré, y compris chez certains Israéliens, une alliance avec l’Arabie saoudite, l’Iran étant présenté comme le danger majeur voire le seul danger. Mon horreur de l’actuel régime iranien ne m’empêche pas d’espérer beaucoup plus des peuples d’Iran que des Arabes qui souffrent d’un complexe d’infériorité/supériorité envers les Juifs. C’est une impression tout à fait personnelle mais, je le redis, au-delà de l’actuel régime iranien je crois autrement plus à une entente profonde et durable entre l’Iran et Israël qu’entre Israël et le monde arabe.
L’entente entre Israël et le monde arabe ne peut être qu’occasionnelle et superficielle. Le monde arabe se définit par la haine d’Israël ; cette haine est son ossature et sa chair. Des Arabes ne se constituent pas à partir de cette haine, et ils doivent être reconnus comme des individus d’élite car il est particulièrement difficile et courageux d’échapper à la toute-puissante de l’ochlocratie qui pèse sur ce monde. Même la paix avec l’Égypte et la Jordanie n’est qu’une paix imposée. Les hostilités reprendront si les circonstances s’y prêtent, autrement dit si ces pays jugent qu’Israël peut être vaincu. La paix entre Israël et le monde arabe n’est qu’une trêve, en aucun cas une réconciliation. Les États arabes les plus modernes haïssent Israël. Leur haine ne s’exprime pas ouvertement, mais leurs capitaux servent à financer des organisations terroristes dont le but principal et avoué est la destruction d’Israël. Pensons en particulier à l’imbroglio Hamas/Qatar, mais il y en a bien d’autres.
On peut aimer Israël et j’aime ce pays profondément ainsi que je l’exprime à longueur d’articles ; mais avant d’être aimé, Israël a vocation à être respecté, respecté avant tout.
La communauté internationale et ses instances cherchent systématiquement à tordre le bras à Israël dans l’espoir de résoudre le problème israélo-palestinien. On voit le résultat. Les conflits s’aggravent et les positions se radicalisent en dépit de la bonne volonté d’Israël, ou plutôt à cause de la bonne volonté d’Israël. Souvenez-vous des accords d’Oslo, du retrait de la bande de Gaza et j’en passe. A chaque fois les Palestiniens ont repoussé une offre sur le point de se conclure. Souvenez-vous des finauderies de Yasser Arafat. L’Occident devrait considérer la question dans l’autre sens, un sens que suggère le Palestinien Samer Sinijlawi : la paix ne peut se faire qu’au prix d’une transformation interne côté palestinien, une transformation qui ne peut être que lente considérant l’état des lieux, une transformation sur plusieurs générations car on ne se nettoie pas de l’endoctrinement du jour au lendemain. Cette transformation ne peut être que lente car il s’agit de gagner les profondeurs des consciences. Pour l’heure toutes les grandes étapes du processus de paix israélo-palestinien nous ramènent au même constat : toute concession israélienne active le radicalisme des Palestiniens et leurs soutiens. Voyez les accords d’Oslo (1993-95), le retrait unilatéral de la bande de Gaza (2005), les propositions territoriales de Barak (2000) et Olmert (2008), le laissez-faire envers le Hamas (2010-23) avec le Qatar entrant dans la danse.
Olivier Ypsilantis