Je me souviens, ou quelques temps d’une promenade en Histoire.

 

Je me souviens qu’Alexandre le Grand portait la tête légèrement inclinée vers la gauche pour cause de rétrécissement congénital de muscles du cou.

Je me souviens que les meilleurs frondeurs d’Alexandre étaient des Rhodiens ; ses meilleurs archers, des Crétois ; ses meilleurs cavaliers, des Thessaliens…

Je me souviens des bornes de la Voie de la Liberté – 1944, de grosses bornes en ciment sur lesquelles figurait en bas-relief une torche à la flamme ondoyante brandie au-dessus des flots.

 Borne de la voie de la LibertéLes bornes de la Voie de la Liberté vont de Sainte-Mère-Église (Km 0) et d’Utah Beach (Km 00) à Bastogne ; elles commémorent l’avancée de la IIIe Armée du général Patton.  

Je me souviens que, dans la nuit qui précéda la bataille d’Arbèles (ou Gaugamèles), il y eut une éclipse, que la lune qui venait de se lever, pleine et brillante, devint rouge sang avant de s’obscurcir, ce qui épouvanta les soldats d’Alexandre, prêts à retraverser le Tigre. Je me souviens que les mages égyptiens qui connaissaient ce phénomène s’efforcèrent de rassurer les soldats et qu’Aristandre de Telmessos, devin officiel du roi, profita de l’occasion pour galvaniser les Grecs en leur déclarant que le Soleil (grec) avalerait la Lune (perse). Je me souviens que, juste avant cette bataille, un aigle passa au-dessus d’Alexandre. Le jeune roi et son armée furent alors convaincus que la victoire était à eux.

Je me souviens que César obtint la capitulation d’Uxellodunum en empêchant les assiégés gaulois de descendre puiser l’eau à la rivière ; puis en interdisant l’accès d’une source au pied de l’oppidum ; enfin, en détournant la source par une captation souterraine. Voyant la source tarie, les Gaulois se crurent abandonnés des dieux et se rendirent.

Je me souviens que Hitler s’identifiait à Frédéric II, alors que les armées soviétiques encerclaient Berlin. Il était persuadé que la mort de Roosevelt, le 12 avril 1945, lui permettrait de retourner la situation, exactement comme la mort d’Élisabeth Ire de Russie avait permis à Frédéric II de gagner la guerre de Sept Ans.

Je me souviens de George L. Mosse et du concept de « brutalisation » (brutalization).

Je me souviens que lorsque les Rangers parvinrent au sommet de la Pointe du Hoc, ils constatèrent que les canons de 155 mm (considérés comme les plus dangereux de tout le secteur de débarquement américain) qui n’avaient pas été détruits par les bombardiers avaient été déplacés et remplacés par des poteaux télégraphiques recouverts de filets de camouflage pour faire illusion.

 Bombardiers à la Pointe du HocBombardiers US, retour de mission au-dessus de la Pointe du Hoc.

http://videos.tf1.fr/jt-13h/2009/la-pointe-du-hoc-lieu-emblematique-du-debarquement-4433546.html

 

Je me souviens qu’au cours du IIe concile de Latran (1139), présidé par le pape Innocent II, l’usage de l’arc et de l’arbalète furent prohibés dans les guerres entre Chrétiens car considérés comme trop meurtriers.

Je me souviens du peuple Moriori des îles Chatham et de la « loi de Nunuku ». Et vous, vous souvenez-vous de ce peuple ?

http://history-nz.org/french/fremoriori.html

Je me souviens du roi Christian X du Danemark. Il ne porta pas l’étoile jaune, comme le dit la légende, mais il menaça d’être le premier citoyen du royaume à la porter si les Juifs de son pays étaient arrêtés. Ci-joint, un émouvant reportage montre le roi se promenant dans Copenhague au cours de l’occupation de son royaume par les Allemands :

https://www.youtube.com/watch?v=DuTtxvDWiqU

Je me souviens que le prototype de la guillotine a été fabriqué par un facteur de clavecins, Tobias Schmidt, un Allemand installé à Paris.

Je me souviens qu’en 1942, Leclerc se fit bricoler un képi — le képi dit « de Koufra » — à partir d’une chéchia de tirailleur sénégalais, avec deux étoiles récupérées sur l’uniforme d’un officier italien fait prisonnier lors de la conquête du désert libyen.

Képi du Général Leclerc

Le képi dit « de Koufra » 

 

Je me souviens qu’avant d’être chef des camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, Rudolph Höss pensait sérieusement à devenir prêtre. A ce propos, je me souviens que Miroslav Filipović, frère franciscain défroqué, fut commandant du camp de Jasenovac et tua de sa propre main nombre de détenus, ce que ne fit pas Rudolf Höss.

Je me souviens que les Allemands rendirent hommage à l’héroïque résistance des élèves-officiers de réserve de l’École d’Application de la Cavalerie, à Saumur. Ils refusèrent de garder prisonniers de si valeureux adversaires, les autorisant même à franchir la ligne de démarcation et à passer en zone libre ; ils la franchirent devant des Allemands figés au garde-à-vous qui leur rendirent les honneurs militaires.

Je me souviens des maux du cardinal de Richelieu :

http://cardinalderichelieu.forumactif.com/t206-les-maladies-du-cardinal

Je me souviens que je découvris le nom « Garibaldi » par ce boulevard parisien du XVe arrondissement où habitait Tante Birgit, une grand-tante suédoise. Garibaldi, ce nom me parut d’abord étrange, alambiqué. A ce propos, je me souviens qu’un bisaïeul sauva une bonne douzaine de Garibaldiens venus soutenir les Français et faits prisonniers au cours de la guerre franco-prussienne de 1870. Considérés comme des francs-tireurs, ils devaient être fusillés le lendemain, à l’aube. Dans la nuit, cet ancêtre, solide gaillard, aidé de son cocher, neutralisa la garde et délivra les Garibaldiens ligotés dans une grange. Recherché, il vécut quelque temps caché dans une grotte de la forêt de Fontainebleau, ravitaillé par des habitants. A ce propos, je me souviens qu’un grand-oncle, un marin grec, sauva l’équipage d’un navire de guerre de la Chine nationaliste pris dans la tempête, quelque part en mer de Chine méridionale.

Je me souviens qu’il y avait chez ma grand-tante une profusion de marque-pages dans ses livres et sur son bureau. Je me souviens tout particulièrement de l’un d’eux. Il épousait la mise en perspective de la puissante et aérodynamique locomotive « Commodore Vanderbilt ».

Je me souviens de l’ignoble Volksgerichtshof.  Écoutez les aboiements de Roland Freisler, formé à l’école bolchévique après avoir été fait prisonnier au cours de la Grande Guerre. Ci-joint un extrait de son « talent » au cours du procès d’Ulrich Wilhelm Schwerin von Schwanenfeld qui sera pendu, avec d’autres conjurés de l’attentat du 20 juillet 1944, à la prison de Berlin-Plötzensee. Ulrich Wilhelm Schwerin von Schwanenfeld avait jugé dès 1935 qu’il fallait tuer Hitler. Qu’il ne soit jamais oublié !

https://www.youtube.com/watch?v=0sV7QpRwRP0

Ulrich-Wilhelm Graf von Schwerin von SchwanenfeldUlrich Wilhelm Graf Schwerin von Schwanenfeld (1902-1944). Que sa mémoire soit honorée !

 

Je me souviens de Herbert et Marianne Baum, et du Baum Gruppe.

Je me souviens de Basile II dit le Bulgaroctone. Je me souviens que cet empereur de Byzance voulait mettre un frein aux visées expansionnistes bulgares. Aussi après avoir capturé les quelque quatorze mille hommes qui composaient l’armée bulgare, il leur fit crever les yeux mais fit éborgner un homme sur cent afin qu’ils puissent être guidés jusqu’à leur tsar, Samuel 1er. Ce dernier mourut d’une crise cardiaque à la vue de ce spectacle.

Je me souviens de la tactique d’Épaminondas le thébain à la bataille de Leuctres, en Boétie.

Plan de la  bataille de Leuctres Plan de la bataille de Leuctres (371 av. J.-C.)

 

Je me souviens d’une journée passée dans la baie de Navarin et du plaisir que j’eus par la suite à détailler les ravages causés à la flotte turque en 1827 par les trois puissances.

Je me souviens de la Venganza catalana, un temps de l’histoire que je découvris chez un bouquiniste alors, qu’étudiant à Barcelona, je furetais du côté des Ramblas. La Venganza catalana, soit la vengeance des Almogávares suite à l’assassinat de Roger de Flor et d’une centaine de ses proches par les Byzantins inquiets de leurs prétentions. La Grèce ravagée… A ce propos, je me souviens qu’un ami anglais nous servait ostensiblement du Roger de Flor, un cava. Je ne puis voir ce nom sans penser à lui, à sa maison andalouse, à la vue de sa terrasse sur le bleu de la Méditerranée et sur cette aride Sierra Almagrera où Hannibal extrayait l’argent destiné à payer ses mercenaires.

Je me souviens de Moshe Dayan devant le Mur des Lamentations, avec son œillère, son casque à mentonnière avec filet de camouflage.

J’étais enfant. Je me souviens des montagnes d’ordures dans les rues de Paris, en mai 68, suite à la grève générale des éboueurs. Je me souviens que l’armée participa à leur enlèvement. Je me souviens de Plus d’essence et de files d’attente considérables devant les stations-service. Je me souviens de « Sois jeune et tais-toi », de « Nous sommes tous des juifs allemands » (je ne compris l’allusion que bien après), de « La lutte continue » avec un poing sortant d’une cheminée d’usine.

Mai 68, poubelles dans ParisParis, mai 68.

 

Je me souviens du champ de bataille de Chéronée. Je me souviens du lion colossal à côté duquel fut découvert un ossuaire, les restes de soldats thébains tombés au cours de cette bataille contre Philippe II de Macédoine, en 338 avant J.-C. Je me souviens d’avoir  visité ce même jour, un jour de printemps frais et parfumé, le champ de bataille des Thermopyles. J’avais découvert, enfant, ce haut fait de l’histoire grecque par le film de Rudolph Maté, « The 300 Spartans », avec Richard Egan dans le rôle de Léonidas.

 

Olivier Ypsilantis

 

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