Des « Je me souviens » bien humains, trop humains

 De naissance

Je me souviens qu’Alexandre le Grand avait la tête légèrement inclinée vers l’épaule gauche : une atrophie de naissance des muscles du cou.

Je me souviens que Joseph Goebbels avait la jambe droite déformée des suites d’un pied bot ou d’une ostéomyélite.

Je me souviens que Jean-Paul Sartre souffrait d’un strabisme exotropique de l’œil droit. Plus familièrement, il avait un œil qui disait merde à l’autre.

Je me souviens que Engelbert Dollfuss ne mesurait que 1m 51, ce qui lui valut le sobriquet de ‟Millimeternich”, un sobriquet qui le vexait profondément.

Je me souviens que Périclès avait un crâne allongé ce qui lui valut le sobriquet de ‟tête d’oignon”. On dit que c’est pour le dissimuler qu’il portait un casque corinthien.

Je me souviens que Julien Gracq avait un gros bouton (je ne sais comment le nommer plus scientifiquement) un peu au-dessus de la commissure des lèvres.

Julien GracqJulien Gracq (1910-2007)

 

Des accidents

Je me souviens que Ramón María del Valle-Inclán était manchot, qu’il dût subir une amputation du bras gauche suite à un coup porté avec une canne ferrée, au cours d’une tertulia, dans un café de Madrid. La gangrène s’était mise dans la blessure.

Je me souviens que Hans Hartung était unijambiste. Engagé dans le Régiment de marche de la Légion étrangère, il avait été amputé de la jambe droite suite à une blessure reçue à Belfort, en novembre 1944.

Je me souviens de l’oreille de Van Gogh. Je me souviens qu’il y a peu, deux universitaires allemands ont remis en cause la thèse de l’automutilation pour celle d’une dispute avec Gauguin.

Je me souviens que Victor Brauner peignit un ‟Autoportrait à l’œil énucléé”, plusieurs années avant de perdre un œil, le gauche, lors d’un dîner bien arrosé entre artistes, un verre lancé par le peintre Óscar Domínguez.

Je me souviens que Blaise Cendrars est l’auteur d’un livre qui a pour titre ‟La main coupée”. Il avait été amputé du bras droit suite à une blessure reçue en 1915 alors que ce Suisse s’était engagé dans la Légion étrangère.

Je me souviens que Moshe Dayan perdit son œil gauche alors qu’il se battait contre les forces de Vichy, en Syrie. Je me souviens qu’une balle frappa les jumelles qu’il venait d’ajuster.

Moshe DayanMoshe Dayan (1915-1981)

 

Des coiffures et des systèmes pileux

Je me souviens de la coupe de cheveux Louise Brooks de Catherine Mansfeld.

Je me souviens de la moustache de Salvador Dalí, mais aussi de celles de Charlie Chaplin et d’Adolf Hitler.

Je me souviens de la barbe de Ramón María del Valle-Inclán mais aussi de celles de Karl Marx, de Charles Darwin, de Bakounine, de…

Je me souviens des sourcils de Georges Pompidou. Ils firent le délice de la caricature.

Je me souviens des cheveux verts de Baudelaire.

Je me souviens que des parachutistes américains de la 101st Airborne Division s’étaient faits une coupe iroquoise avant D-Day.

Parachutistes américains de la 101st Airborne DivisionParachutistes américains de la 101st Airborne Division peu avant leur largage au-dessus de la Normandie.

 

 Des attributs

Je me souviens du plaid sur les épaules de Stéphane Mallarmé.

Je me souviens du béret de Richard Wagner et du chapeau melon de Joseph Conrad, bien moins connu que celui de Charlie Chaplin.

Je me souviens de la bicyclette d’Alfred Jarry. Je me souviens qu’il ne s’en séparait jamais, même dans son minuscule appartement parisien. Il disait que c’était pour faire plus rapidement le tour de la pièce. Je me souviens que le Père Ubu voyait dans le vélo ‟l’émotion esthétique de la vitesse dans le soleil et la lumière”.

Je me souviens des chiens de Schopenhauer, Atma :

http://www.schopenhauer.fr/biographie/schopenhuaer-et-son-chien.html

Je me souviens de Diogène de Sinope et son tonneau.

Je me souviens des binocles d’Offenbach.

Jacques OffenbachJacques (Jacob) Offenbach (1819-1880)

 

Des univers mentaux

Je me souviens des multiples bizarreries d’Algernon C. Swinburne, en particulier de son goût pour le sado-masochisme, une tendance qu’il aurait commencé à cultiver à Eton :

http://www.jose-corti.fr/auteursromantiques/swinburne.html

Je me souviens que Dostoïevski était épileptique et que l’aura de ses crises passe dans son œuvre, ‟L’Idiot” surtout. Je me souviens que Flaubert était lui aussi épileptique.

Je me souviens que Zola avait l’obsession d’être enterré vivant, une obsession qu’il traduisit dans l’un des livres les plus terrifiants de toute la littérature, ‟La mort d’Olivier Bécaille”, une nouvelle. Ci-joint, l’intégralité du texte :

http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre2577.html

Je me souviens de Richard Dadd, le peintre parricide.

Je me souviens d’une certaine parenté mentale entre les écrits autobiographiques d’Arthur Adamov et des dessins et gravures de Bruno Schulz.

Je me souviens de Virginia Woolf, de ses mood swings et de ses nervous breakdowns, de son suicide dans la rivière Ouse.

Virginia WoolfVirginia Woolf (1882-1941) 

Olivier Ypsilantis

This entry was posted in JE ME SOUVIENS and tagged , , . Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*