Iran et Israël, deux pays aristocratiques – 3/4

Il est souvent question des provocations antisémites d’une frange de l’actuel régime iranien. Mais on ignore généralement que ‟Shoah” de Claude Lanzmann a été diffusé en Iran, début 2011, dans une version sous-titrée en persan. Ce projet initié par l’Unesco en 2009 sous le nom d’‟Aladin” pouvait être capté par les télévisions sattellitaires. Le régime aurait pu sans peine en couper la diffusion. Que le lecteur n’aille pas s’imaginer que je soutiens un régime alors que j’en souhaite la disparition ; simplement, je m’efforce de montrer que la perception d’Israël qu’a l’Iran est plus complexe que celle qu’en ont les pays arabes.

Je ne désire pas chanter les louanges de l’actuel régime iranien, je ne désire pas peindre le passé en rose bonbon, je le redis. Comment oublier l’oppression que le chiisme iranien a fait peser sur les minorités en général et les Juifs en particulier ! On ne peut taire que le chiisme introduit en Iran en 1501, par le premier souverain de la dynastie safavide, chercha à s’imposer en prenant pour cible toutes les autres religions. Sous le règne de Shah Abbas 1er le Grand (1587-1629), les autorités procédèrent à des conversions forcées, notamment en modifiant le régime des successions. Les Juifs furent visés mais aussi les Arméniens et les Zoroastriens. Au XIVe siècle, on en vint à interdire aux Juifs de sortir les jours de pluie au motif qu’ils souillaient l’eau… Au XIXe siècle, le clergé chiite a lui aussi fomenté des pogroms en divers endroits du pays. Et n’oublions pas les violences de 1903, à Ispahan. L’accession au pouvoir de Reza Shah Pahlavi, en 1925, va changer la condition des minorités.

 

Purim, Téhéran 1964

Pourim, Téhéran, 1964.

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La diaspora iranienne compte aujourd’hui dans le monde environ six millions d’individus. Il existe en Inde une très ancienne communauté zoroastrienne (victime des persécutions suite à l’invasion de la Perse par les Arabes) qui est à l’origine de la communauté parsie dans le sub-continent indien. Les zoroastriens parsis sont implantés autour de Bombay et enregistrent le taux d’alphabétisation le plus élevé de toute l’Inde.

Les Juifs iraniens vivant en Palestine étaient 30 000 en 1920, soit un tiers de la population juive de la région. Toutes vagues migratoires confondues, on estime les Juifs d’origine iranienne vivant en Israël à 250 000 (ascendants inclus).

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Cette période initiée par le ‟Printemps arabe” voit l’isolement croissant de l’Iran et d’Israël, l’Iran qui s’efforce de rompre l’isolement en soutenant le régime de Damas et le Hezbollah. Je reste convaincu que l’Iran a davantage en tête d’affaiblir le sunnisme et le monde arabe que d’en finir avec ‟l’entité sioniste”. Israël ne doit pas pour autant baisser la garde. L’Iran veut étendre son rôle de protecteur des communautés chiites, qu’elles soient majoritaires comme à Bahreïn ou minoritaires comme au Pakistan où elles sont victimes d’actrocités. A ce jour, le Pakistan est probablement le plus dangereux des pays musulmans. C’est pourtant avec lui que les États-Unis se compromettent.

Les Iraniens sont nationalistes, soit. Les Israéliens le sont aussi et je ne leur en ferai pas le reproche, je suis sioniste et considère même avec une profonde sympathie les partisans du Grand Israël, version Jabotinsky. Quant à la solution ‟Deux Peuples – Deux États” qui m’a séduite un temps, par lassitude plus que par conviction, je sais à présent ce qu’elle vaut : ce n’est que de la poudre de perlimpinpin et je ne veux pas me retrouver en compagnie de charlatans et de gogos. Le nationalisme iranien ne serait-il pas le plus efficace des coupe-feu contre les partisans du Grand Califat, contre la fange salafiste, wahhabite et autres maladies religieuses issues du sunnisme ? La diaspora iranienne est, elle aussi, nationaliste ; c’est une diaspora prestigieuse comme le sont les diasporas juives, arméniennes, arabo-chrétiennes libanaises, chaldéennes… Elle est fière, et à raison, de son iranité, comme le sont les Juifs d’Iran et les Juifs d’Israël d’origine iranienne — les Parsim. Est-ce un hasard si les Juifs iraniens sont plus fiers de leur iranité que les Juifs arabes ne le sont de leur arabité ? Non ! Et qu’un imbécile ne vienne pas me servir que j’admire les Iraniens parce qu’ils descendent des Aryens…

Les diasporas iraniennes doivent servir de courroie de transmission entre leur pays d’origine et le reste du monde, à commencer par les États-Unis et Israël. La diaspora iranienne (aux États-Unis surtout) accumule les réussites dans tous les domaines. Je persiste à croire que la société iranienne est aujourd’hui, en dépit de la Révolution de 1979, bien plus complexe et nuancée que ne le disent les médias. Mais je ne fais qu’exprimer une intuition…

Une union profonde et durable est envisageable entre Juifs et Iraniens, sans naïveté. Une telle union est impossible entre Juifs et Arabes, à moins que ces premiers n’acceptent de courber l’échine ; mais ces temps sont définitivement révolus. Une telle déclaration déplaira à ceux qui nous serinent que nous sommes tous frères, un propos fourre-tout qui ne sert généralement qu’à masquer la vacuité de leur pensée. Je suis de ceux qui ont des préférences et qui s’en expliquent, on m’en excusera. Ron Leshem, l’auteur de ‟Niloufar” écrit : ‟Même si vous savez bien qu’en Israël déjà, de manière collective, nous sommes obsédés par l’Iran, nous avons tendance à penser que les Iraniens passent leurs journées à chercher des solutions pour nous éliminer. Leur gouvernement ne cache pas son intention de nous rayer de la carte, c’est vrai, mais il y a tant d’autres soucis. Moi, ma découverte et mon grand choc, ça a été de constater nos ressemblances, plus fortes encore qu’avec les Arabes, et pas de la même fibre qu’avec les Européens.”

 

David Ben Gourion

David Ben Gourion (1886-1973)

 

Malgré tous les changements survenus au Moyen-Orient, la politique d’alliance imaginée par David Ben Gourion reste actuelle ; elle me semble même plus pertinente que jamais. L’histoire des relations entre Israël et l’Iran n’est pas marquée du sceau de la guerre, tant dans l’Antiquité qu’aux époques modernes, bien au contraire. L’Irak a été cassé et une partition se dessine avec, peut-être, l’embryon d’un État kurde qui se prolongera vers la Syrie et la Turquie. L’Iran a déjà poussé ses pions dans le vide laissé par les récentes guerres menées contre l’Irak, pays majoritairement chiite. Une partition de la Syrie est souhaitable, avec un État alaouite et chrétien sur la côte méditerranéenne et le long de la frontière libanaise. Par ailleurs, on assiste à l’inimaginable : le Hezbollah, ennemi juré d’Israël soutenu par l’Iran, se bat à présent contre d’autres musulmans, contre une rébellion syrienne vérolée par les pires tendances de l’islam sunnite. Il me semble que l’Iran œuvre à un affaiblissement radical du monde arabo-musulman, cherchant à atteindre la tête du monstre : l’Arabie saoudite. Cet affaiblissement pourrait conduire dans le moyen-long terme à un rapprochement entre deux peuples d’élite, l’Iran et Israël.

(à suivre)

Olivier Ypsilantis 

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3 Responses to Iran et Israël, deux pays aristocratiques – 3/4

  1. Hanna says:

    Je ne pense pas qu’on puisse parler de juif arabe. De Juif iranien oui, ou tunisien, marocain car il s’agit de nationalités mais le mot arabe fait référence à un peuple (plus ou moins arabe d’ailleurs). C’est une expression forgée dans les années 80 quand la gauche de Mitterand était au pouvoir et qu’on nous demandait de gommer notre judéité au profit d’une parenté méditerranéenne et de recettes de cuisine plus ou moins semblables. Une grande confusion était entretenue, peut-être a dessein, surtout par ignorance. Par exemple, on disait que les Juifs et les Arabes parlaient la même langue, l’arabe, or dans le cas des Juifs il s’agissait du judeo-arabe. Les Arabes savaient bien que c’était faux mais ne disaient rien car cela servait leurs intérêts à l’époque, les Juifs acceptaient la situation, surtout ceux de gauche, en se rassurant avec les slogans comme touche pas à mon pote (on étaient tous potes à ce moment là) et les non-Juifs se persuadaient qu’ils avaient à faire à la même population ou presque. Les choses ont bien changé depuis, les Arabes n’ont plus besoin des Juifs pour s’imposer et les Juifs se sont fait avoir comme toujours.
    Cordialement

  2. Marie says:

    Est-ce un hasard si les Juifs iraniens sont fiers de leur iranité !!?
    Le Prophète Mohamed ( Que la paix et le salut d’ALLAH soient sur lui ) a dit : ” 70.000 juifs d’Ispahan ( Iran ) suivront le ” charlatan”.

  3. Olivier YPSILANTIS says:

    Votre commentaire est si elliptique que je n’y comprends rien. Désolé.

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