Iran et Israël, deux pays aristocratiques – 1/4

‟Il y a deux pays au monde qui ne méritent pas d’exister : l’Iran et Israël”, déclaration du 5 juin 2010 du roi Abdallah d’Arabie saoudite à Hervé Morin, ministre français de la Défense du gouvernement Fillon de 2007 à 2010.

 

L’Iran, un danger ? Peut-être, certainement… Mais le Pakistan doté de l’arme nucléaire ne constitue-t-il pas un danger au moins aussi grand ? Le Pakistan, son armée et ses services secrets proches des fondamentalistes sunnites, le Pakistan irrité par l’Inde pour cause de Cachemire, le Pakistan sans lequel les taliban n’auraient pu imposer leurs vues sur l’Afghanistan, le Pakistan qui ne serait pas si néfaste si les États-Unis ne l’avaient soutenu… Nous copinons avec le sunnisme radical et nous poussons des cris d’orfraie en désignant l’Iran comme l’ennemi dangereux entre tous. Bon sang, quel foutoir ! Nous sommes en ménage avec les salafistes et nous nous perdons en courbettes devant les Saoudiens et les Qataris ! Ces derniers investissent massivement en France depuis que Nicolas Sarkozy, alors président de la République, les y a invités. Certes, l’argent n’a pas d’odeur mais venu de cette engeance, il pue.

 

Je vais me répéter. L’Iranien a un ‟défaut” : il est intelligent… Il excelle dans nombre de domaines, dont la haute technologie, les satellites, les missiles et l’informatique. Il est vrai, ne l’oublions pas, qu’il a reçu une aide substantielle d’Israël à l’époque (pas si lointaine) où ces deux pays multipliaient les échanges.

 

L’histoire a un sens, c’est l’une des certitudes que je partage avec le judaïsme. Le présent porte en lui d’antiques clés dont il nous appartient de faire usage après les avoir décryptées. Les citées et les textes enfouis restent agissants, que nous les connaissions ou non.

 

Tombe de Cyrus II le GrandTombe de Cyrus II le Grand à Pasargades.

 

Un détour par de ‟vieilles histoires”, avec ces trois figures qui habitent la mémoire des Juifs et des Perses : Cyrus, Darius le Grand et Xerxès 1er. Cyrus est le fondateur de l’Empire perse suite à sa victoire contre les Mèdes, vers 553 av. J.-C. Les Perses et les Mèdes sont les descendants des Aryas, originaires du Pamir. Le vainqueur commence par épargner les vaincus : le roi mède Astyage puis Babylone. Pragmatique, Cyrus a compris qu’il a plus de chance de contrôler son immense empire en faisant preuve de bienveillance envers ses nouveaux sujets. A Babylone, il autorise les peuples déportés (parmi lesquels les Judéens) à retourner dans leur pays d’origine. Sa bienveillance envers ces derniers a laissé une profonde empreinte dans la mémoire juive ; Cyrus leur permet et les aide à reconstruire le temple de Jérusalem détruit par Nabuchodonosor II, en 585 av. J.-C. Tout Juif qui ne s’est pas détourné de la mémoire de son peuple connaît l’oracle en faveur de Cyrus (dans Isaïe 45 1-5) et ce qui est dit à son sujet dans le Livre d’Esdras.

 

Xerxès Ier (Assuérus), le petit-fils de Cyrus, est le Perse le plus ancré dans la mémoire juive, avec son grand-père. Son histoire est rapportée par les Livres d’Esdras, d’Esther et Daniel. Je n’insisterai pas : les noms de Mardochée, d’Esther et d’Aman nous sont familiers ; et la fête de Pourim est probablement la fête juive la plus connue parmi les goys, avec son aspect coloré et bruyant. Certes, les relations entre Juifs et Perses ont connu des bas, je ne suis pas ici pour peindre des tableaux rose bonbon. Rappelons par exemple qu’en 1910, à Chiraz, eut lieu un pogrom, suite à une rumeur. Mais de telles violences ont été rares, bien plus rares que dans le monde chrétien ou arabo-musulman.

En 1958, alors que les communautés juives ne cessent de s’étioler dans l’ensemble du monde arabe, David Ben Gourion envoie une lettre au Shah dans laquelle il justifie sa politique de rapprochement entre Israël et l’Iran en évoquant la haute figure de Cyrus. Mohammad Reza Pahlavi lui adresse une réponse chaleureuse.

 

L’histoire des Tehran Children (je vais y venir), une histoire bien oubliée, marque un temps fort des relations entre Juifs et Perses. On ne peut toutefois oublier qu’en 1975 (avant la révolution islamique donc), l’Iran a voté avec soixante-douze autres pays en faveur de la résolution 3379 de l’Assemblée des Nations Unies qui décrète que ‟le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale.”

 

L’Iran est le seul pays musulman où le nombre de Juifs a augmenté de manière significative après la création de l’État d’Israël, passant entre 1948 et 1968 de 50 000 à 80 000 individus. Après la révolution islamique en 1979, leur nombre a diminué ; mais précisons que nombre de non-Juifs iraniens ont eux aussi pris le chemin de l’exil. Il y a une vingtaine d’années, 35 000 à 40 000 Juifs vivaient en Iran. Leur nombre a certes diminué (ils sont aujourd’hui 25 000 à 30 000) mais rien de comparable avec ce qui s’est passé dans les pays arabes.

Reza Shah Palhavi s’est rapproché de l’Allemagne dans l’espoir de secouer le joug britannique qui exploitait tout à son bénéfice le pétrole iranien mais aussi pour se garantir contre les ambitions hégémoniques de l’U.R.S.S. Il ne l’a pas fait pour des raisons idéologiques. Il ne faut pas confondre Reza Shah Palhavi et le Grand Mufti de Jérusalem ; plus prosaïquement, il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes…

 

Reza Shah PalhaviReza Shah Palhavi (1878-1944)

 

Mohammad Reza Pahlavi a expliqué l’attrait de son père pour l’Allemagne : ‟L’Allemagne n’avait pas eu de comportement impérialiste notable en Iran ; elle n’était pas intervenue dans nos affaires internes et elle était opposée aux deux grandes puissances impérialistes qui avaient été notre tourment pendant si longtemps.” Reza Shah Palhavi désirait déjà moderniser son pays à marche forcée. Pour ce faire, l’Allemagne était un partenaire de choix, un contrepoids aux visées tant britanniques que soviétiques. Et ce n’est pas un hasard si le pacte germano-soviétique a  tant inquiété Téhéran.

 

En Iran, la communauté juive n’a pas connu de drame comparable à celui du 1er juin 1941 en Irak où la communauté juive commença à émigrer massivement, d’abord illégalement puis légalement, après que le Parlement irakien ait légalisé l’émigration vers Israël, en 1950. Quelque 20 000 Juifs irakiens transiteront alors par l’Iran pour rejoindre Israël.

 

Le nom d’Abdol Hossein Sardari, consul d’Iran à Paris, est un homme bien oublié, un homme qui a sauvé près d’un millier d’enfants juifs durant l’Occupation. Ci-joint une notice biographique mise en ligne par le United States Holocaust Memorial Museum :

http://www.ushmm.org/wlc/en/article.php?ModuleId=10007452

 

L’Iran a accueilli plus de 150 000 Polonais (peut-être même le double) pris entre Hitler et Staline : des hommes, des femmes et des enfants, des catholiques, des prêtres, des membres des professions libérales et de nombreux Juifs parmi lesquels un millier d’enfants dont la liste est consultable au United States Holocaust Memorial Museum. Ces enfants polonais, tant catholiques que Juifs, sont connus sous la désignation de Tehran Children. En Pologne, Ispahan est encore appelé ‟la Cité des Enfants”. Ci-joint, un lien (en anglais) mis en ligne par Iranian.com rend compte l’impression d’un timbre (en 2008) commémorant cet événement peu connu :

http://iranian.com/main/2008/isfahan-city-polish-children.html

 

Ispahan ! Ispahan a été fondé par un reine sassanide, Soshandoukht, fille d’un exilarque juif de Babylone, représentant officiel du judaïsme babylonien auprès des autorités locales. Devenue l’épouse de Yazdgard Ier, elle fit bâtir Ispahan. A Hamadan, sa tombe est toujours vénérée et deux mille Juifs vivent encore dans cette ville.

 

A ce jour, en Iran, aucun lieu de la mémoire juive n’a été vandalisé. On ne peut en dire autant dans les pays arabes où nombre de cimetières juifs ont été profanés, comme en Libye où vivait une importante communauté juive. La tombe de Daniel à Suse, celles de Mardochée et Esther à Hamadan sont entretenues comme le sont celles des prophètes Habakouk à Toyserkan, de Hanania, Mishael et Azaria à Qazvin. Cyrus, Darius le Grand et Xerxès Ier sont vénérés tant par les Perses que par les Juifs, dont les Parsim, ces Juifs israéliens d’origine iranienne.

 

Mohammad Reza PahlaviMohammad Reza Shah Pahlavi (1919-1980) régna de 1941 à 1979.

 (à suivre)

Olivier Ypsilantis

 

 

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1 Response to Iran et Israël, deux pays aristocratiques – 1/4

  1. Nina says:

    Hummm…Ca commence bien ! Hâte de lire la suite Olive !

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