Carnet 10

 

Dessin David 18.28.02
L’histoire de Harry Grenville vue par mon fils David, neuf ans
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Un Polonais en visite au Musée national d’Auschwitz-Birkenau a pris des photographies de ces accumulations de valises sur lesquelles figurent à la peinture blanche les noms et prénoms des déportés suivis d’un numéro. Ce Polonais décida d’enquêter sur ces noms, une enquête qui le conduisit à un certain Harry Grenville, quatre-vingt sept ans, résidant à Dorchester, en Angleterre, et à sa soeur, Hannah Robinson, quatre-vingt-trois ans, résidant à New York, tous deux enfants de Jacob Greilsamer, l’un des noms inscrits sur une valise, suivi du numéro 960.

 

En juillet 1939, peu avant le déclenchement des hostilités, Jacob Greilsamer et sa femme Klara envoyèrent leurs deux enfants en Angleterre, où il furent placés dans une famille à Camelford, North Cornwall. Ils faisaient partie de ces quelque dix mille enfants juifs envoyés d’Allemagne vers la Grande-Bretagne par le British Jewish Refugee Committee dans le cadre du Kindertransport (ou Refugee Children Movement – RCM). Le frère et la sœur reçurent des lettres laconiques envoyées par la Croix-Rouge jusqu’en octobre 1944. Dans la dernière lettre, on les informait que leurs parents avaient été envoyés dans un camp, vers l’est, sans plus de précision. Ils avaient été internés à Theresienstadt, en 1942.

 

A présent, grâce à l’enquête de ce Polonais, le frère et la sœur savent avec certitude ce qui est arrivé à leurs parents, Jacob et Klara Greilsamer ainsi qu’à leur grand-mère, Sara Ottenheimer.

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Un bel exemple de ‟bidonnage” (outre ‟Pallywwod” de Richard Enderlin), cette video de Ruben Salvadori intitulée ‟Journalistes au Moyen-Orient – L’envers du décor” :

http://www.youtube.com/watch?v=agY9FgNX8FY

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Que cherchent donc les médias du monde occidental par leur constant discrédit d’Israël ? Veulent-ils vraiment la mort de cet État souverain ? Les médias œuvrent à une terrible inversion des valeurs, férocement pratiquée par les deux grands totalitarismes du XXe siècle, le nazisme et le stalinisme, une inversion dont rend compte la langage et qu’ont étudiée Victor Klemperer pour le nazisme et Armand Robin pour le stalinisme, pour ne citer que les deux noms qui me viennent d’emblée à l’esprit.

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Certains ‟aiment” les Juifs lorsqu’ils sont faibles, seulement lorsqu’ils sont faibles. Le Juif fort les énerve, les déconcerte. Ils s’empressent alors de s’en éloigner en vitupérant pour aller consoler le pauvre Palestinien devenu à leurs yeux David, tandis que le Juif souverain — l’Israélien — s’est fait Goliath… Les médias travaillent quotidiennement et avec un acharnement sournois à cette inversion. A cet effet, le Dr. David Altman (Senior Vice President, Netanya Academic College and Vice Chair of the S. Daniel Abraham Center for Strategic Dialogue) confesse avec une pointe d’ironie qu’il ne serait pas surpris que les Palestiniens interpellent les Nations Unies pour que soit supprimé le texte de la Bible qui stipule que Goliath est un Philistin. Sur le blog du Dr. David Altman, un article intitulé ‟Who is David and who is Goliath ?” :

http://blogs.timesofisrael.com/who-is-david-and-who-is-goliath/

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La France m’inquiète. Je refuse pourtant de m’installer dans le pessimisme et de tirer les sonnettes d’alarme à tout propos. Le départ confirmé d’un nombre toujours augmenté de Juifs de France non seulement vers Israël mais vers l’ensemble du monde anglo-saxon, à commencer par Londres et New York, confirme mes inquiétudes, car je sais que les Juifs ont un flair aigu, affiné par une longue histoire d’insécurité. Cette inquiétude s’explique par l’importance grandissante de la communauté arabo-musulmane en France mais aussi par l’injection de capitaux arabo-musulmans en provenance de pays aussi ‟sympathiques” que l’Arabie saoudite ou que le Qatar, suppôts des non moins ‟sympathiques” Frères musulmans et salafistes. Le poids grandissant d’une certaine démographie et de capitaux ne serait pas si inquiétant si ne subsistait l’influence d’une certaine gauche (en fait, de deux vecteurs de la gauche), toujours très agissante dans le monde des médias et de la culture, une gauche orpheline du prolétariat tel que l’avait défini avec acuité Karl Marx, au XIXe siècle. Cette gauche orpheline de ses protégés s’est entichée des immigrés arabo-musulmans qui leur servent de substitut au sens psychanalytique du terme. Des Juifs pathétiques soutiennent ce mouvement. Ainsi pensent-ils s’en tirer à bon compte.

 

Simon Epstein (né en 1947, à Paris) a étudié la généalogie de cette tendance en tant que directeur du ‟Vidal Sassoon International Center for the Study of Antisemitism”. Simon Epstein rapporte l’attitude changeante de l’U.R.S.S. à l’égard d’Israël, une attitude que les communistes français, alors inféodés à Moscou, à Staline donc, ont adoptée tels des toutous suivant leurs maîtres. Il étudie cette attitude et ses aléas, du vote de l’U.R.S.S. en faveur de la création de l’État d’Israël, aux Nations-Unies en novembre 1947 — ne l’oublions pas —, au revirement antisioniste et antisémite, avec le ‟complot des blouses blanches”, dernier crime antisémite de Staline qui connaît un paroxysme début 1953, très peu de temps avant la mort subite de ce dernier. Les communistes, parmi lesquels des Juifs, se mirent à aboyer comme des roquets sur ordre du PCF, de Moscou donc. On pourrait évoquer le cas de Maxime Rodinson (1915-2004). Simon Epstein note que ‟la veulerie de ces « témoignages » était d’autant plus grave que la France, à la différence de l’Union soviétique, était un pays libre. Les orateurs s’exprimaient de leur plein gré.” Simon Epstein a raison mais précisons que le PCF faisait alors régner parmi ses membres une discipline militaire.

 

Le recyclage de l’ordure antisémite-antisioniste s’inscrit en France dans le développement durable. Il me semble que de ce point de vue la France fait mieux que les autres membres de la CEE. L’inféodation prolongée à Moscou du PCF, confirmée à la Libération, explique en partie l’excellence française dans ce domaine. Les aboiements communistes, réflexes pavloviens encouragés par le camarade Staline, ont persisté après la guerre des Six Jours, après la guerre du Kippour, au cours de l’Opération Paix en Galilée, pendant la première puis la deuxième Intifada…

 

L’antisionisme fut et reste la bouée de sauvetage — pour ne pas dire le canot de sauvetage — d’un Parti communiste qui a commencé à prendre l’eau au cours des décennies 1980-1990. Afin de se maintenir à flot, tout en recueillant des naufragés, le PCF, toujours influent dans les mass-médias nationales et l’éducation nationale, multiplia les signes en direction du ‟nouveau prolétariat français”, les rejetons de la grande immigration des années 1960-1970, en provenance du Maghreb pour l’essentiel. Les camarades à la dérive ne se contentèrent pas d’assener l’injure ‟Sioniste !” — un compliment pour ma part — mais celle de ‟Raciste !” et d’‟Islamophobe !” sitôt que certaines préoccupations étaient évoquées. L’immigré du Maghreb est aux communistes français ce que le pauvre était aux dames patronesses.

 

Il y a les communistes, il y a aussi les trotskistes. Simon Epstein note que plus ces premiers perdent leurs plumes, plus ces derniers se remplument. A noter par ailleurs que les glissades entre l’extrême-droite et le communisme sont en France une constante historique, de Doriot et consorts aux déçus du PCF qui votent pour le FN.

 

Les trotskistes sont vis-à-vis de l’État d’Israël et du sionisme dénués de tout complexe. Ils ne trimballent pas dans leurs valises le lourd héritage stalinien ; et contrairement aux communistes, ils sont restés antisionistes depuis les années 1920, bien avant la création de l’État d’Israël donc. Pêchant leur électorat dans les mêmes eaux que les communistes, les trotskistes font volontiers de la surenchère et savent se montrer sinon plus féroces, du moins plus perfides. J’ai pu comparer les corpus antisionistes communistes et trotskistes dans des journaux et des revues ; le corpus trotskiste est à ce sujet plus élaboré, plus subtil, plus néfaste donc.

 

Simon Epstein

Simon Epstein (né en 1947, à Paris)

 

Un trait d’histoire sépare les communistes des trotskistes et autres composantes de l’extrême-gauche française : la Deuxième Guerre mondiale. Après bien des hésitations liées au Pacte germano-soviétique, les communistes ont été parmi les adversaires les plus résolus du nazisme. Ce serait être d’une stupide mauvaise foi que de ne pas le reconnaître. Ceci étant posé, il faut dans un même temps dénoncer l’entreprise de l’appareil du PCF qui s’est efforcé de s’approprier toutes les victimes de la Résistance. ‟Le Parti des 75 000 fusillés” est une désignation outrancière, probablement destinée à effacer un certain pacte. Mais à aucun moment, je ne remets en cause le courage de femmes et d’hommes affiliés au PCF ; je ne remets en question que le comportement de l’appareil… Parmi les Résistants de la première heure n’oublions pas ces hommes qui n’étaient pas précisément de gauche, parmi lesquels des royalistes. Et je pourrais commencer par citer le Réseau Orion fondé par Henri d’Astier de la Vigerie. Je recommande à ce sujet la lecture de ‟La jeunesse et la Résistance” sous-titré ‟Réseau Orion 1940-1944” d’Alain Gandy.

 

Les trotskistes, eux, ne s’impliquèrent guère dans la lutte titanesque. Leur mot d’ordre pouvait se résumer à ‟Que les impérialismes s’entredévorent !” Je suis abonné depuis sa création à l’excellente revue trotskiste, ‟La revue des travailleurs” (C.E.R.M.T.R.I.) afin de mieux étudier ceux dont je me défie. Les articles sont généralement d’une très bonne tenue ; ils s’appuient sur une documentation de première main, souvent inédite. Je n’en accepte pas pour autant nombre d’analyses et de conclusions proposées. J’évoque cette revue parce que j’ai pu constater que la Shoah y est un sujet poussé de côté ou noyé dans des ensembles. Il est vrai que lorsqu’on est l’héritier de ceux qui mettaient Roosevelt, Churchill, Hitler et consorts dans le même sac, on préfère enjamber la Shoah et en rajouter sur les ‟crimes impardonnables” commis par l’impérialisme américain.

 

Simon Epstein écrit : ‟Il existe une raison secondaire à cette occultation de la Shoah par les trotskistes.” Cette raison : qu’un grand nombre de responsables trotskistes (jusque dans les années 1980) sont juifs. ‟S’abstenir de toute évocation du malheur juif les aide — pensent-ils — à camoufler leur origine et à se poser en authentiques militants internationalistes.” J’ai également noté ce comportement chez des Juifs communistes, dont un rescapé de la Shoah. Il ne me semble donc pas que ce soit une spécificité des Juifs trotskistes. Simon Epstein : ‟L’occultation de la Shoah par les trotskistes répond à des considérations doctrinales : elle tient à leur analyse ‟paritaire” et ‟équilibrée” de la Seconde Guerre mondiale.” Ce parti-pris peut être versé au dossier des origines du négationnisme d’extrême-gauche.

 

Je poursuis au pas de charge. Le climat délétère qui s’installe en France est davantage le fait d’une classe d’intellectuels que d’une certaine immigration, arabo-musulmane en l’occurrence. Ces intellectuels plus ou moins brillants s’érigent en juges : d’un côté le Bien, de l’autre le Mal. En conséquence, leur verdict ne peut que répondre aux plus hautes exigences de la Justice… Ces juges auto-proclamés emploient un langage alambiqué afin de mieux en imposer à ceux qu’ils veulent réduire. Par ailleurs, grâce à cette position ‟morale”, ils peuvent s’épargner d’avoir à affronter l’histoire et ses effroyables complexités. L’histoire est un océan perpétuellement démonté où une vague en recouvre aussitôt une autre. L’histoire n’est en rien cette petite construction théorique, simpliste et simplette, reposante et à l’usage d’une classe d’intellectuels dévoyés.

 

Le signe = placé entre Ariel Sharon et Adolf Hitler reste une insanité. Le ‟nouvel antisémitisme” a une généalogie, comme les ‟nouveaux historiens” en ont une. Les trotskistes ont utilisé la Shoah tout particulièrement à l’occasion de la première et, plus encore, de la deuxième Intifada. Simon Epstein : ‟Cette fois, il s’agissait de donner libre cours à un antisionisme radical en expliquant que les Israéliens font aujourd’hui aux Palestiniens, grosso modo, ce que les nazis firent aux Juifs.” Des Juifs d’Israël et d’ailleurs véhiculent eux aussi cette atroce confusion…

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Ci-joint, le compte-rendu ARTE d’un passionnant dossier établi par Simon Epstein sous le titre ‟Un paradoxe français”, sous-titré ‟Antirascistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance”, publié chez Albin Michel en 2008 :

http://www.arte.tv/fr/sur-l-antisemitisme/2014704,CmC=2026690.html

 

 

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