En hommage au commandant Massoud et à Christophe de Ponfilly – 1/3

 

Je dédie ces articles à deux hommes aujourd’hui morts que je n’ai jamais rencontrés mais que j’ai d’emblée considérés comme des amis. 

 

 

Massoud

Amhad Shah Massoud (1953-2001)

 

N’oublions pas le commandant Massoud. Que ceux qui me lisent aient une pensée pour lui, notamment le jour de son assassinat, le 9 septembre (2001) !

 

Mais écoutons d’abord Christophe de Ponfilly (1951-2006), l’Occidental qui l’a approché avec le plus de respect, d’attention et de compréhension (durée environ 10 mn) :

http://www.youtube.com/watch?v=EcicerEYRjI

 

Christophe de Ponfilly est l’auteur de nombreux films documentaires pour les télévisions françaises et étrangères ; il est notamment l’auteur d’un film intitulé ‟Massoud l’Afghan”, co-produit par La Sept ARTE et Interscoop, l’agence de presse dont il est co-fondateur avec Frédéric Laffont. Il a également fondé la société de production Albert Films. Le lecteur trouvera en fin d’article le lien à partir duquel il pourra visionner l’intégralité de ce film. Christophe de Ponfilly est par ailleurs l’auteur de plusieurs livres, dont ‟Massoud l’Afghan” qui rend compte de l’élaboration du film en question, un livre qui ‟s’efforce, à chaud, de répondre à ceux qui veulent en savoir plus sur la manière dont un film se met à exister.” Peu avant sa mort, il a réalisé un film de fiction, ‟L’étoile du soldat”, tourné en Afghanistan, qui relate les aventures d’un jeune soldat soviétique : fait prisonnier, il découvre le vrai visage de ceux qu’on lui a ordonné de combattre.

 

Je me suis toujours refusé à expliquer les causes d’un suicide. Je n’ai pas accès à l’intimité ultime des hommes. Je crois simplement pouvoir dire que, si son ami le Commandant Massoud n’avait pas été assassiné, Christophe de Ponfilly ne se serait sans doute pas tiré une balle de revolver dans la tête le 16 mai 2006, alors qu’il était attendu à Marseille pour y recevoir le prix Albert Londres.

 

J’ai devant moi le livre ‟Massoud l’Afghan”, la nouvelle édition publiée en 2001 chez Folio/ Gallimard n° 3733 et enrichie d’une postface de l’auteur. La première édition remonte, elle, à 1988 aux Éditions du Félin et Arte Éditions.

 

J’ai lu peu de livres avec autant d’émotion. Parmi eux, ‟Carnets retrouvés” de Đặng Thùy Trâm, un journal présenté sur ce blog même, en septembre 2012.

 

Commandant Massoud et Christophe de Ponfilly

 

Christophe de Ponfilly est un reporter qui accepte de perdre son temps, comme le signale Olivier Roy dans sa belle préface à ‟Massoud l’Afghan”. Car il fallait perdre du temps pour espérer rendre compte de l’Afghanistan où les Occidentaux se trouvaient dépourvus de points de repère, contrairement à Beyrouth : ‟A Beyrouth, les combats et les différents acteurs étaient à proximité de l’hôtel où séjournaient les journalistes ; le Liban comptait nombre d’intellectuels et d’experts ; la littérature sur le pays était abondante”, écrit Olivier Roy.

 

Le livre de Christophe de Ponfilly m’intéresse à double titre. D’abord parce qu’il évoque un homme admirable, le commandant Massoud que j’avais immédiatement pressenti comme l’homme à aider — et je ne suis en rien un spécialiste de l’Afghanistan. Chez nous, cet homme a été méconnu par les pouvoirs et les opinions. Son assassinat quelques heures auparavant a été en quelque sorte gommé par les attentats du 11 septembre commis sur le sol américain. Dans son livre mais aussi dans le lien que j’ai placé en début d’article et dans le film ‟Massoud l’Afghan”, Christophe de Ponfilly explique pourquoi le commandant Massoud a été négligé. Sans jamais donner dans l’anti-américanisme, il dénonce une certaine attitude. Les Américains se sont trompés de mise. J’y reviendrai. Christophe de Ponfilly m’intéresse et m’émeut pour une autre raison : il dénonce de l’intérieur, avec acuité et noblesse, un journalisme obsédé par le journal de vingt heures. Il dénonce aussi les pressés, ceux qui cèdent à la tentation des ‟bidonnages”. Que dirait-il s’il revenait parmi nous ? De ce point de vue, les choses ne se sont guère améliorées.

 

Olivier Roy écrit dans sa préface : ‟Le critère, c’est le temps, le simple temps qui passe. Ce critère partagea notre petit monde en deux : ceux qui prenaient le temps et les autres, ceux qui devaient impérativement boucler leur petit tour de guerre en quarante-huit heures, embuscade comprise.” Christophe de Pontfilly accepte de perdre du temps car il a compris que c’est le seul moyen d’espérer mieux pénétrer une réalité dont nous, Occidentaux, ignorons tout et dont nous ne percevrons probablement pas grand chose parce que nous sommes pressés. Si néanmoins nous avons la chance de mieux la percevoir, c’est grâce à des hommes tels que Christophe de Ponfilly.

 

Sur une période de seize ans, il a donc pris son temps pour effectuer des séjours plus ou moins prolongés dans ce pays si complexe. ‟Prendre son temps”  ou ‟perdre son temps” suppose bien des qualités dont la modestie. On se tient alors loin des formules péremptoires, des breaking news, des gros titres et des prompteurs pour présentateurs.

 

 

Une nuit de juillet 1981, Christophe de Ponfilly entre en Afghanistan par le nord-est du Pakistan en suivant une caravane, un voyage clandestin. ‟Massoud, Ahmad Shah Massoud, n’est encore qu’un nom. Pas encore un homme. Encore moins une légende. A peine une histoire. Juste une résonance. Qui sonne fort. Qui résiste à l’oubli. Un nom dont on se souviendra longtemps.” Quelqu’un d’autre admire celui qui deviendra ‟Le lion du Panjshir”, Laurence Laumonier, la première femme médecin à avoir implanté un hôpital pour le compte d’une ONG française dans la zone tenue par le commandant Massoud.

 

La guerre avait commencé en décembre 1979, une guerre lancée par Brejnev qui allait ébranler l’Empire soviétique et qui ‟pulvérisera la société afghane qui avait encore bien des valeurs et des richesses à proposer au monde, surtout au monde islamique. Car, en Afghanistan, ceux qui ont vécu avant-guerre le savent, on pratiquait la tolérance, pas le fanatisme.”

 

Quinze jours de marche dans des espaces de vertige, minéraux, avec des cols à plus de cinq mille mètres. La caravane, une cinquantaine de montures chargées d’armes et de munitions. Dans l’immense fatigue, il faut filmer (avec du Super 8) ces Afghans qu’il admire. Le froid, la neige, la roche glacée, des dénivelés à couper le souffle, les mines, le blessé qu’il faut porter. En lisant ce récit avec ces bêtes et ces hommes qui peinent, je pense à un autre récit d’aventures dans un paysage extrême, ‟A la découverte des fresques du Tassili” de l’archéologue Henri Lhote, mais sans la guerre il est vrai…

 

Filmer pour faire voir, pour que le monde sache. Filmer l’enfant mutilé par la mine-papillon qui finira par mourir. L’arrivée dans le haut Panjshir, la vallée de Paryan, un espace fertile que l’homme travaille tout en le respectant. La rencontre avec le commandant Massoud enfin. Celui-ci parle français, avec difficulté par manque de pratique mais correctement ; il l’a appris au lycée français de Kaboul, fondé avec le parrainage de Georges Pompidou. Le commandant Massoud est anti-communiste, ce qui ne l’a pas empêché de méditer Mao Tsé-toung et cet adage selon lequel le combattant doit être dans la population comme un poisson dans l’eau. Le commandant Massoud est un organisateur brillant et passionné. Le principal problème de cet homme tient à l’histoire même de son pays — il n’y a pas de nation afghane — et non à une faiblesse de son organisation. Son plan est d’établir des relations inter-ethniques sur tout le territoire afghan.

 

Le 20 avril 1984 a lieu la plus importante attaque soviétique contre le Panjshir. Les populations ont été averties et se sont mises à l’abri ; presque tout est détruit par l’aviation, les maisons, les canaux d’irrigation, les arbres… et des commandos s’acharnent à détruire au lance-flamme et à l’explosif ce qui a été épargné.

 

En juillet 1993, Christophe de Ponfilly est à Kaboul. Il pense ne plus jamais revenir tant le pays lui paraît triste, ‟mais je n’ai pu me résoudre à apprendre dans les journaux l’encerclement  de Massoud par les taliban.”

 

Le 3 juillet 1997, Christophe de Pontfilly est de retour en Afghanistan, en avion cette fois. Après dix-neuf ans de guerre, ce n’est plus seulement la lutte du pot de terre contre le pot de fer mais une guerre civile dans un pays qui n’est pas une nation et qui tente de le devenir. Les taliban apparus en 1995 et qui avaient annoncé leur volonté de ramener la paix ‟ont fini par détruire le crédit que l’ignorance qu’on avait d’eux leur avait accordé.” Ils ont l’appui des Pakistanais eux-mêmes appuyés par les Américains. Christophe de Pontfilly qui n’est pas anti-américain déplore cependant que ces derniers aient choisi d’aider Gulbudine Hekmatyar. Les hautes instances américaines jugeaient en effet que les adversaires les plus efficaces des Soviétiques ne pouvaient être que les fondamentalistes musulmans.

 

Massoud et ses moudjahidin

Le commandant Massoud en discussion avec deux de ses partisans. Tous sont coiffés du béret traditionnel, le pakol. Sa ressemblance avec la causia des Macédoniens est frappante. Il pourrait s’agir d’une influence venue des conquêtes d’Alexandre le Grand.

En lien, le film de Christophe de Ponfilly, ‟Massoud l’Afghan”, qui marche main dans la main avec le livre qui porte le même titre (durée environ 1 h 30) :

http://www.youtube.com/watch?v=hSa_U_bmJVg&list=PLcqXvnWg2Ce_J_JOnyWG0Qn1CKRUA7Id4&index=4

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2 Responses to En hommage au commandant Massoud et à Christophe de Ponfilly – 1/3

  1. alyareussie says:

    Chalom,

    je m’appelle Haim Mamou, j’ai fait mon Alya il y a bientôt 3 ans et j’habite au nord de Jerusalem, à Eli, je suis père de 4 enfants et consultant en stratégie.

    Je salue le travail que vous faites sur votre site contre la désinformation et la délégitimation d’Israël dans le monde, je pense que c’est un des volets les plus critiques pour notre peuple. De mon côté j’ai mis en ligne un blog, alyareussie.fr dédié à désacraliser / dédramatiser / expliquer / réussir les aspects financiers et matériels de l’Alya ainsi que les investissements immobiliers en Israël. Mon objectif est que le blog puisse aider des familles et motiver des francophones en galout en démontrant qu’en s’y prenant bien, il est possible de sécuriser son volet financier en Israël et même de faire mieux qu’en France.

    J’ai aussi rédigé un ouvrage – le premier du genre à ma connaissance – qui traite des pièges et astuces concernant l’acquisition d’un bien immobilier en Israël, et plus généralement de tous les aspects financiers et patrimoniaux pour préparer son Alya, et mieux vivre en Israël. Ce livre pourrait intéresser les Francophones qui souhaitent y investir et/ou préparer leur Alya, les futurs Olim, les Olims qui souhaitent acheter ou ont déjà acheté un bien avec un financement mal ficelé.

    Je souhaiterai savoir si vous offrez la possibilité d’écrire des articles invités, voire de faire une revue de mon livre à vos lecteurs internautes. Si le livre appelle votre intérêt, j’anticipe également de mettre en place des processus d’affiliation transparents. Enfin je souhaiterais savoir si mon blog pourrait être ajouté à votre liste de liens.

    Dans tous les cas je suis impatient d’avoir votre avis,

    Kol tov

    Victor Haim

  2. Olivier YPSILANTIS says:

    Chalom,

    Je serais heureux de pouvoir vous aider dans la mesure de mes moyens, car vous aider revient aussi à aider Israël.

    Je puis ajouter votre blog dans mon blogroll, si vous pensez que cela peut vous être utile. Par ailleurs, je puis publier votre article (vos articles) concernant votre activité et votre livre. Après tout, il y sera question d’Israël comme il en est souvent question dans ce blog. Il sera d’autant plus le bienvenu que j’ai en tête un projet immobilier en Israël et qu’entre temps je cherche à m’inscrire (avec ma fille) pour un stage de «Volontariat civil en Israël.» Vous traitez par ailleurs de sujets que je connais mal, ce sera donc pour moi une occasion d’apprendre. Je vais de ce pas me rendre sur votre blog.

    Bonne fête de Pourim ! Olivier

    PS. Votre courrier me parvient alors que je suis plongé dans des écrits de Jabotinsky. Faut-il que j’y vois un signe ?

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