Considérations diverses 2/2

 

“Un événement d’une ampleur que je qualifierais de mystique s’est récemment produit avec le vote de 138 États sur 188 pour l’admission de la Palestine comme « État non-membre » de l’ONU. D’aucuns y voient le début d’une ghettoïsation des Juifs à l’échelle planétaire. J’y vois pour ma part le signe éclatant de l’élection du peuple d’Israël, j’entends une élection théologique, car une telle unanimité dans l’exclusion d’un seul peuple sur toute la planète est absolument unique et constitue un signe spirituel de la plus haute importance. Le prétexte invoqué est du même acabit car on n’a jamais vu un statut d’État non–membre attribué à une organisation politique : il a été taillé sur mesures pour les Palestiniens, tout comme la création de l’UNWRA avait conféré aux réfugiés palestiniens un statut unique parmi les dizaines de millions de réfugiés de l’histoire du XXe siècle, afin de perpétuer l’abcès sur le corps d’Israël” écrit Shmuel Trigano dans l’article intitulé ‟Harmagedon des nations” que je mets en lien :

http://danilette.over-blog.com/article-harmagedon-des-nations-shmuel-trigano-113238955.html

Cet article m’intéresse pour une raison particulière. On m’interroge souvent sur les raisons de mon sionisme. Elles sont nombreuses. L’une d’elles se détache pourtant des autres. Je perçois une profonde vulgarité dans la posture pro-palestinienne. C’est la ligne de plus grande pente ; il n’y a qu’à se laisser glisser… La masse est instinctivement pro-palestinienne et anti-sioniste, l’anti-sionisme étant dans presque tous les cas un cache-misère à l’antisémitisme.

 

 

‟Les détracteurs du sionisme savent de manière consciente, s’ils sont cultivés et, de manière plus obscure, s’ils ne le sont pas, le lien opaque, ténébreux mais tangible reliant l’hostilité religieuse, qui a prévalu en Occident durant près de deux millénaires à l’égard des Juifs et du Judaïsme, à l’opposition historique et politique, manifestée aujourd’hui au regard du sionisme, expression contemporaine, laïque ou pas, du Renouveau d’Israël”, écrit Arnold Lagémi dans un article intitulé ‟Le sionisme est à la politique ce que l’Élection d’Israël était au christianisme : insupportable !” et publié sur son blog le 15 décembre 2012. Je recopie ces lignes car je souligne depuis des années ce fait que je juge central dans la mentalité de nombreux chrétiens et post-chrétiens qui, tout en suivant avec inquiétude les agissements de l’islam, se trouvent diversement empêtrés dans un anti-judaïsme d’héritage qui se perd assez volontiers dans les fondrières de l’anti-sionisme, avec cette sollicitude toute particulière pour les Palestiniens, parmi lesquels des Chrétiens. Des siècles durant, on a ânonné que le Juif était un déicide ; cela laisse des marques dans l’inconscient collectif ! Parallèlement, la théorie de la Substitution faisait des petits.

 

J’acquiesce à cette remarque de Sacha Bergheim dans son article intitulé ‟Le destin des Juifs comme peuple est engagé”, sous-titré ‟De la réprobation à la réhabilitation (1ère partie)” : ‟Et au-delà de la situation au Proche-Orient, pourquoi certains conflits ont-ils plus d’audience que d’autres ? Faut-il renoncer à toute éthique en établissant une hiérarchie des victimes ? Pour y répondre, nous oserons franchir la frontière intellectuelle de la bienséance française en n’hésitant pas à affirmer la parenté idéologique fondamentale entre l’antisionisme et la judéophobie atavique de la culture occidentale en convergence avec ceux de l’islam.”

 

 

Daniel SibonyDaniel Sibony 

 

Lors d’une interview Daniel Sibony déclare : ‟Au cours d’une rencontre-débat avec un intellectuel musulman spécialiste de l’islam, Ghaleb Bencheikh, animateur de l’émission ‟Islam” diffusée les dimanches matins par la chaîne de télévision France 2, ce dernier a dit: “Les terroristes islamistes qui se réclament de l’islam n’ont rien à voir avec cette religion parce que celle-ci interdit de tuer”. Pour corroborer son assertion, Ghaleb Bencheikh a cité un verset du Coran: “Ne tue pas l’homme que Dieu a sacré”. Je lui ai alors demandé de me préciser quel était ce verset coranique? Il me l’a nommé. J’ai ouvert mon Coran et lu intégralement ce verset: “Ne tue pas l’homme que Dieu a sacré, sauf pour une cause juste”. Des intégristes peuvent donc se réclamer de ce même verset, tout en maintenant un lien avec le texte originel. Les fondamentalistes musulmans ne sont pas pour autant des renégats. Dans l’islam, la dialectique entre modérés et extrémistes est plus subtile qu’on ne le pense. Il n’y a pas une opposition violente entre ces deux courants.” Cette remarque va dans le sens de ce que je ne cesse d’écrire : l’islam est un binôme fait de douceur et de violence. La douceur ou la violence peuvent être alternativement mises en avant pour les besoins de la cause sans jamais s’opposer au Coran. C’est l’une des clés pour comprendre l’islam et la mentalité musulmane.

 

 

Ces braves gens qui vous serinent que nous sommes tous frères et qu’il n’y a qu’un même Dieu pour tous — pour ceux qui y croient. Ils n’ont pas tort mais la complexité des enjeux nous interdit de nous limiter à cette bonne grosse déclaration. Prêcher la fusion est le meilleur moyen d’ajouter à la confusion. Car enfin, et pour nous en tenir aux monothéismes, il y a des différences substantielles entre le Dieu des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans. Il est bon de les étudier et de les circonscrire plutôt que de servir au uns et aux autres des slogans serpillères. Nous sommes tous frères, et après ? Dans son livre ‟Nom de Dieu – Par-delà les trois monothéismes”, Daniel Sibony fait remarquer que l’approche critique du Coran n’est pas bienvenue, qu’elle est même considérée comme une insulte dans les pays arabes. Le Coran envisagé comme immanent ne procède que de lui-même, il ne doit rien à ce qui l’a historiquement précédé, la Bible des Juifs puis celle des Chrétiens. Le Coran est depuis toujours. La Bible des uns et la Bible des autres n’en seraient que des contrefaçons.

 

Pour celui qui, plus modestement, envisage le Coran comme un produit parmi d’autres, il apparaît bien comme une pâle copie de la Bible, d’où probablement une certaine nervosité musulmane : les parvenus éprouvent la nécessité d’en rajouter. Soyons bref : le Coran reprend des histoires qui ont trait aux peuples juif et chrétien ; mais plutôt que de les enrichir, il les a appauvries. Le Coran est en quelque sorte à la Bible ce que l’orgue de Barbarie est à l’orgue. Ma vision du monde est de ce point de vue extrêmement pessimiste : à mesure que le temps passe, l’appauvrissement (spirituel en l’occurrence) gagne. Les Musulmans sont des mendiants mentaux. Et ceux qui espèrent avoir la paix en se taisant ne se préparent qu’une paix de mouroir.

 

La rage du parvenu s’exprime par le rejet de tout ce qui l’a précédé. Tour de passe-passe : notre Livre a été dicté par Dieu à son Prophète. Le Prophète n’est que le magnétophone qui enregistre la voix de Dieu. Il n’en soustrait rien ; il n’y ajoute rien. Les Chrétiens ne sont guère épargnés mais, une fois encore, c’est sur les Juifs que se concentre le ressentiment. Les Juifs énervent les Musulmans. Les Juifs sont des ‟favorisés”, des ‟enfants gâtés” et il n’y a pas de raison ! Pourquoi eux et pas nous ? Tout suit. Les Juifs sont à l’origine de tant de choses mais plutôt que de réfléchir en leur compagnie, calmement, les yeux dans les yeux comme ils nous y invitent, on s’énerve. Quand l’islam sortira-t-il de‟la edad del pavo” (1), d’une crise d’adolescence qui n’en finit pas ?

 

Daniel Sibony écrit probablement avec un sourire en coin : ‟On peut interpréter en termes humains l’émergence du Coran, et cela mène à cette hypothèse : les Arabes ont connu le Dieu biblique (…) bien avant Mahomet (…). Mais dans leur filière ismaélienne-édomite et ses ramifications, ils n’avaient pas de Livre à eux, ils se sont sentis ‟exclus”, écartés du Livre. Ils ont donc, avec Mahomet, fait le leur, mais contrairement aux chrétiens qui ont innové en inventant le Dieu-homme, le Coran s’est contenté de prélever ses contenus dans la Bible et le Talmud, les exprimant dans la langue de son peuple, un bel arabe très poétique et envoûtant. Cette absence de nouveauté a exigé, semble-t-il, une certaine dureté envers ceux qu’on remplace.” A méditer.

 

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(1) Pavo : dindon. Cette expression venue de l’espagnol courant peut signifier ‟l’âge bête”.

 

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