Je me souviens de Georges Perec

 

Je me souviens de G.ORG.S P.R.C. et de « La Disparition ».

Je me souviens « Des Revenentes » ; et notez revenEntes et non pas revenAntes, pour la contrainte que vous connaissez.

Je me souviens du n° 24 de la rue Vilin et du n° 13 de la rue Linné.

 

 

Je me souviens que dans le chapitre IV de « W ou le souvenir d’enfance », Georges Perec évoque ses deux premiers souvenirs d’enfance : une lettre hébraïque et une clé (en or ?) que lui aurait donnée son père. Ces deux souvenirs prennent place rue Vilin, à Paris, dans le XXe arrondissement, où il passa les six premières années de sa vie. Il annonce que ses deux premiers souvenirs ne sont pas invraisemblables mais qu’à force de variantes et de pseudo-précisions qu’il a introduites au fil de ses narrations, tant parlées qu’écrites, ils sont devenus « profondément altérés, sinon complètement dénaturés ».

Je me souviens que c’est au même numéro de la rue Vilin, au 24 donc, que vécut la famille Gutman, soit les parents et leurs six enfants. Je me souviens plus particulièrement de Simon Gutman, rescapé de la Shoah :

http://www.memorialdelashoah.org/hommage-a-simon-gutman-decede-ce-lundi-5-octobre.html

Rue Vilin, je me souviens de Georges Perec, bien sûr, mais aussi de Robert Bober. Robert Bober, l’homme qui ne cesse d’interroger la mémoire et ses traces. Ci-joint un bel entretien Robert Bober avec Marie-Françoise Levy, « La mémoire n’est pas chronologique » :

https://www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2014-2-page-309.htm

Je me souviens que la bibliothèque de Villard-de-Lans porte à présent le nom de Georges Perec et vous savez probablement pourquoi.

Je me souviens que Georges Perec, très gros fumeur, tenait sa cigarette non pas entre l’index et le majeur mais entre le majeur et l’annulaire, une particularité extrêmement rare me semble-t-il.

Je me souviens que Jean Duvignaud a écrit un petit livre intitulé « Georges Perec ou la cicatrice ». La cicatrice au-dessus de la lèvre du Condottiere d’Antonello da Messina et de celle de Georges Perec, une cicatrice reçue, ainsi qu’il le rapporte dans « W ou le souvenir d’enfance », au cours d’une dispute, un coup de bâton de ski.

Je me souviens de « Un homme qui dort », le livre mais aussi son adaptation au cinéma par l’auteur lui-même et Bernard Queysanne. Je me souviens de la bassine en plastique rose. Je me souviens de l’ambiance que ce livre m’a imposée, implacable si je puis dire, comme celle de « L’Ennui » d’Alberto Moravia.

 

 

Je me souviens que la mère de Georges Perec, Cyrla Szulewicz, a été employée chez Jaz, la Compagnie Industrielle de Mécanique Horlogère. Ce n’est pas un hasard si dès les premiers mots de « La Disparition » cette marque apparaît.

Je me souviens que Georges Perec est né à Belleville, 19 rue de l’Atlas, dans le XIXe arrondissement.

Je me souviens de Georges Perec et de Robert Bober à Ellis Island.

Je me souviens de Georges Perec est né un 7 mars et décédé un 3 mars.

Je me souviens que Georges Perec a étudié au Collège Geoffroy-Saint-Hilaire d’Étampes et qu’il a classé en sept familles les élèves de ce lycée (voir détails) dans son roman inachevé et posthume « 53 jours ».

Je me souviens de Georges Perec et de la place Saint-Sulpice, de son poste d’observation installé dans le café de la Mairie pour y travailler à « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien », en 1974. Je me souviens d’avoir travaillé suivant l’exemple donné par Georges Perec à une « Tentative d’épuisement d’un lieu toulousain », au début des années 1990, dans différents cafés de la place du Capitole dont le Grand Café Le Florida.

Je me souviens que dans les années 1970, suite à la tentative menée place Saint-Sulpice, Georges Perec mena une tentative similaire au Carrefour Mabillon, tentative à laquelle participa Claude Piéplu avec sa voix.

Et vous souvenez-vous des cinquante choses à faire avant de mourir selon Georges Perec ? Parmi ces choses, je me souviens qu’il faut planter un arbre et jeter les choses dont on n’a plus besoin. Je ne me souviens plus du reste et me rafraîchirai la mémoire. Mais j’allais oublier, je me souviens de cette extraordinaire « chose à faire avant de mourir » : Boire du rhum trouvé au fond de la mer.

Je me souviens de son immense projet (inachevé) relatif à douze lieux parisiens.

Je me souviens, par Georges Perec, que la rue Vilin à Ménilmontant partait de la rue des Couronnes et se terminait en un escalier qui menait à la rue Piat. Je me souviens que cette rue apparaît dans plusieurs films dont « Casque d’or » de Jacques Becker.

Je me souviens de certains J’aime / Je n’aime pas.

Je me souviens que dans « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien », me semble-t-il, Georges Perec s’amuse à écrire voitures / ouatures.

Je me souviens d’avoir écrit comme Georges Perec un même nombre de « Je me souviens », soit 480.

 

 

Je me souviens que Georges Perec fut documentaliste en neurophysiologie au C.N.R.S.

Je me souviens que dans « Je me souviens », Sophie, Pierre et Charles faisaient la course et que c’était Sophie qui gagnait car Charles traînait et Pierre freinait tandis que Sophie démarrait.

Je me souviens que Georges Perec eut comme professeur de philosophie à Étampes un certain Jean Duvignaud et qu’une amitié s’en suivit.

Je me souviens que Georges Perec fit son service militaire dans un régiment de parachutistes à Pau et qu’il ne fut pas envoyé en Algérie car pupille de la nation.

Je me souviens que Paulette Pétras fit carrière à la Bibliothèque nationale. Je me souviens qu’elle a laissé de discrètes marques dans l’œuvre de Georges Perec, notamment dans « Les Choses ».

Je me souviens qu’elle participa avec des amis de Georges Perec à élaboration de phrases sans la lettre « e » pour « La Disparition ».

Je me souviens qu’après leur séparation ils restèrent amis et achetèrent en 1974 deux appartements dans le même immeuble, 13 rue Linné, à Paris

Je me souviens, au moins en partie, du travail considérable qu’elle accomplit après la mort de l’écrivain afin de promouvoir son œuvre, notamment l’inventaire de ses archives.

Je me souviens que Paulette Pétras et Georges Perec vécurent au 5 rue de Quatrefages dans le Ve arrondissement, à Paris.

Je me souviens de Harry Mathews. Je l’ai connu par Georges Perec.

Je me souviens que « La Boutique obscure » contient 124 rêves.

Je me souviens que Georges Perec a suivi une psychothérapie avec Françoise Dolto puis deux psychanalyses dont une plus profonde avec Jean Bertrand Pontalis.

Je me souviens que « La vie mode d’emploi » s’inscrit dans les recherches de l’Oulipo, soit l’OUvroir de LIttérature POtentielle dont Georges Perec a été membre. Je me souviens que l’histoire se passe à Paris, XVIIe arrondissement, dans un immeuble d’une rue qui n’existe que dans ce roman, la rue Simon Crubellier, au n° 11.

Je me souviens du plaisir de Georges Perec à énumérer, de sa jubilation à énumérer. A ce propos, je me souviens qu’il se souvenait de Jules Verne.

Je me souviens qu’une rue de Paris porte le nom de Georges Perec, une rue du XXe arrondissement, à quelques pas du boulevard Mortier (segment de la ceinture des boulevards extérieurs ou boulevards des Maréchaux) et de la porte de Bagnolet.

 

 

Je me souviens de mon avidité à lire les pages que Claude Burgelin consacre à Georges Perec.

Je me souviens de l’historien Marcel Bénamou, membre de l’OuLiPo. Il apparaît dans « La Disparition » sous les traits de l’avocat Hassan Ibn Abbou.

Je me souviens qu’un timbre a été édité en souvenir de Georges Perec, un timbre à 0,46 € gravé à partir d’une photographie de l’écrivain prise par Anne de Brunoff. Georges Perec se présente avec un chat noir sur l’épaule.

Je me souviens que Georges Perec a dédié à Italo Calvino « 243 cartes postales en couleurs véritables ». Je me souviens de mon plaisir à les lire, sur une île de l’Atlantique.

Mais je cède la parole à Georges Perec qui va vous lire quelques-uns de ses « Je me souviens » :

https://www.youtube.com/watch?v=TNhN77tyep8

Olivier Ypsilantis

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