Notes de lecture (économie) – 10/14

 

Tableau XXII – La théorie du cycle économique a été pleinement élaborée et formulée par Ludwig von Mises dans cette publication monumentale (publiée en 1912) et qui reste à ce jour le livre de référence sur la question : « The Theory of Money and Credit » où il rend compte des dangers de la manipulation de la masse monétaire qui entraîne inflation mais aussi distorsion des prix.

Ludwig von Mises a donc élaboré et formulé sa théorie du cycle économique au cours des années 1920, théorie qui est passée au monde anglo-saxon grâce à un autre membre de l’École d’économie autrichienne, Friedrich A. von Hayek, avec : « Monetary Theory and the Trade Cycle » et « Prices and Production ».

La théorie élaborée par Ludwig von Mises (théorie toujours très active, voire toujours plus active) peut se résumer de la manière suivante :

Sans l’expansion du crédit bancaire, l’offre et la demande ont tendance à s’équilibrer dans un contexte de prix libres, ce qui a pour effet principal d’éviter ces cycles perturbateurs. Mais lorsque l’État s’en mêle, se mêle d’économie (discipline à laquelle il n’entend rien et qui dans tous les cas devrait échapper à son périmètre), tout est distordu. Il stimule l’expansion du crédit bancaire par sa banque centrale, créant un passif qui s’étend à toutes les banques commerciales du pays. Le crédit augmente et avec lui la masse monétaire. Cette expansion de la monnaie (scripturale) finit par provoquer de l’inflation. Mais il y a plus, signale Ludwig von Mises : l’expansion du crédit bancaire abaisse (artificiellement) le taux d’intérêt, l’abaisse en-dessous de son niveau sur le marché libre.

 

 

Sur le marché libre, le taux d’intérêt est exclusivement déterminé par les préférences temporelles de chaque individu, chaque individu étant un élément de l’économie de marché. La définition que donne Wikibéral de la préférence temporelle est la suivante : « La préférence temporelle est la mesure de la préférence subjective (voir définition) qu’une personne peut avoir pour des biens (ou services) immédiats plutôt que pour des biens (ou services) ultérieurs. Entrent en ligne de compte également : le temps nécessaire pour les acquérir, leur durée d’usage, la quantité future, etc. Toutes choses égales par ailleurs, le présent est toujours préféré au futur. Avec une faible préférence temporelle, on tend à épargner, à investir, à former du capital et à produire. Avec une préférence temporelle élevée, on tend à consommer et à vivre au jour le jour en cherchant des satisfactions immédiates. »

Les préférences temporelles des uns et des autres déterminent donc la mesure dans laquelle les uns et les autres vont épargner et investir relativement à leur consommation. Si le degré de préférence pour le présent chute en faveur du futur, on aura tendance à moins consommer pour épargner et investir ; et, parallèlement, le taux d’intérêt baissera. La croissance économique est en grande partie stimulée par ce phénomène qui privilégie l’épargne et l’investissement plutôt que la consommation, phénomène qui par ailleurs fait baisser le taux d’intérêt comme nous l’avons dit. C’est aussi pourquoi ces hommes de l’appareil d’État qui en France incitent éperdument à « relancer la croissance par la consommation » sont soit des crétins soit des menteurs. Je penche pour la seconde hypothèse. « Relancer la croissance par la consommation », le mantra d’une classe politique crétinisée par l’étatisme et l’étatisation, classe politique qui s’emploie par ailleurs à infantiliser les citoyens.

La baisse des taux d’intérêt est plutôt une bonne chose dans le contexte que nous venons d’évoquer, une baisse liée à des préférences temporelles et à un surplus d’épargne. Mais lorsque l’État s’en mêle, il en va autrement, l’État qui favorise l’expansion du crédit via sa banque centrale. Je n’entrerai pas dans le détail de ce mécanisme. Lisez Ludwig von Mises si vous n’avez rien lu de lui. Le lire est un plaisir en ces temps de confinement et d’interventions étatiques aussi diverses que variées.

Ludwig von Mises pointe donc du doigt les effets néfastes de l’expansion du crédit par l’État via sa banque centrale. La dépression (employons ce mot de préférence à tous les euphémismes que l’on nous sert) doit venir ; autant que ce soit le plus tôt possible afin d’amoindrir sa brutalité ; et il est préférable de l’affronter sans tarder plutôt que de s’installer dans une maladie chronique. Pour ce faire, l’État ne doit pas prêter de l’argent aux entreprises en difficulté et ainsi retarder d’une manière ou d’une autre le processus de réajustement. Il ne doit pas encourager la consommation (voir Bruno Le Maire pour lequel la relance économique de la France tient d’abord aux économies que les Français ont accumulées durant le confinement, économies qu’ils sont invités à dépenser massivement et sans tarder), il ne doit pas augmenter ses dépenses – surtout pas ! –, il ne doit pas… Il faudrait établir une liste de ce que l’État doit se garder de faire. Ce dont l’économie a besoin, ce n’est pas d’exciter le consommateur et de le pousser vers les centres commerciaux ou les achats en ligne, elle a besoin de plus d’épargne.

Selon Ludwig von Mises, ce que l’État devrait faire en cette période de dépression : RIEN, et nous ne regretterons rien ! Qu’il reste au lit, dorme aussi longtemps que possible et se garde de mettre ses mains dans le marché. Par son action, il ne fait que retarder un processus d’ajustement, un ajustement d’autant moins douloureux qu’il se fera sans tarder, redisons-le. La prescription du docteur Ludwig von Mises est contraire à celle du docteur John Maynard Keynes. Mais aujourd’hui on se jette dans les bras de ce dernier.

Avec le bon outil d’une théorie du cycle économique, Ludwig von Mises a été l’un des rares économistes à pressentir la crise de 1929. Friedrich A. von Hayek a véhiculé son analyse vers l’Angleterre où une nouvelle génération d’économistes a commencé à adopter dans les années 1930 sa théorie afin d’analyser cette crise, à en tirer leurs conclusions et à promouvoir une politique strictement libérale. Malheureusement, les économistes des générations suivantes s’en sont remis à John Maynard Keynes après publication de « The General Theory of EmploymentInterest, and Money » en 1936.

La théorie de Ludwig von Mises n’a pas été réfutée, elle a été tout simplement oubliée. Espérons que cet oubli ne soit pas définitif. Et quelque chose me dit que les Keynésiens ne vont pas tarder à battre en retraite après que les effets d’une masse monétaire en constante expansion (Quantitative easing) et de taux d’intérêt maintenus artificiellement très bas (quand ils ne sont pas négatifs) seront enfin évalués. Bref, je souhaite que l’hilarité des partisans de John Maynard Keynes fasse place au sérieux des partisans de Ludwig von Mises, au sérieux de sa théorie du cycle économique. Ces derniers ne sont pas des rabat-joie, ils aimeraient que la fête continue, mais ils avertissent que le plancher sur lequel on danse est en train de céder. Il faut relire et méditer Ludwig von Mises, surtout par ces temps de pandémie et de confinement.

 

Tableau XXIII – “The case for individual freedom rests largely upon the recognition of the inevitable and universal ignorance of all of us concerning a great many of the factors on which the achievements of our ends and welfare depend.” Friedrich A. von Hayek

“He will therefore have to use what knowledge he can achieve, not to shape the results as the craftsman shapes his handiwork, but rather to cultivate a growth by providing the appropriate environment, in the manner in which the gardener does this for his plants.” Friedrich A. von Hayek.

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

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