Notes de lecture (économie) – 8/14

 

“On the free market, it is a happy fact that the maximization of the wealth of one person or group redounds to the benefit of all; but in the political realm, the realm of the State, a maximization of income and wealth can only accrue parasitically to the State and its rulers at the expense of the rest of society.” Murray Rothbard.

 

Tableau XVII – Les schémas des keynésiens sont mal arrangés, rudimentaires, et pourtant on ne cesse d’y revenir, et avec cette pandémie plus que jamais. On s’en gave, on s’enfle de keynésianisme. Leurs schémas à l’égard des cycles économiques sont d’une très néfaste naïveté. Quand en sortirons-nous ? Nous sommes embourbés.

S’il y a inflation, jugent-ils, alors la cause en est une trop forte demande. Le gouvernement – l’État –, qui ne perd jamais une occasion de se gonfler de son importance et de distribuer bons et mauvais points, intervient par une augmentation de la taxation qui force les gens à dépenser moins. S’il y a récession, ils jugent que les dépenses des particuliers ont été insuffisantes ; le gouvernement décide alors d’augmenter ses propres dépenses, généralement par le déficit. L’idée s’est installée que l’augmentation des dépenses engagées par le gouvernement est une bonne chose pour tous et celui qui exprime des doutes à ce sujet (je suis l’un d’eux) se sent aujourd’hui bien isolé. Des publications conservatrices se sont mises à soutenir cette politique, à juger que toute coupe budgétaire est mauvaise, qu’une monnaie forte est mauvaise. Bref, l’économie est considérée comme une aveugle que l’État et ses gouvernements successifs doivent guider fermement afin de lui éviter l’abîme de la dépression d’un côté, l’abîme de l’inflation de l’autre. Les partisans du libéralisme économique sont traités de « libéraux », ce qui dans bien des têtes diversement keynésianisées et socialisantes n’est guère plus flatteur que d’être traité de « fasciste » ou de « populiste ».

L’économie est envisagée comme le malade et l’État comme le médecin. Quand cessera cette comédie ? Quand inversera-t-on les rôles ?

 

John Maynard Keynes (1883-1946)

 

Quelles sont les causes de ces dépressions qui reviennent périodiquement et à un rythme toujours plus soutenu ? Les cycles économiques sont-ils inscrits dans l’ADN des économies libérales ? Une planification plus ou moins autoritaire peut-elle stabiliser l’économie et lui éviter les précipices ? Je pourrais multiplier les questions à ce sujet.

Aujourd’hui, l’attitude courante vis-à-vis du cycle économique est influencée par Karl Marx, Karl Marx qui avait observé qu’avant la révolution industrielle il n’y avait pas de dilatations et de contractions récurrentes. L’émergence de ce cycle correspondant plus ou moins à la révolution industrielle, Karl Marx en conclut tout naturellement qu’il était inhérent à l’économie de marché. Toutes les écoles de pensée économique étaient au moins d’accord sur un point : ces cycles économiques étaient inhérents à l’économie de marché libre. Karl Marx jugeait que ce cycle serait de plus en plus violent et finirait par exaspérer les masses qui réduiraient le système en cendres. Les économistes modernes pour leur part se mirent à penser que l’État et ses gouvernements successifs parviendraient à force d’intervenir à stabiliser ce cycle (infernal).

Donc, l’économie de marché est responsable de tous les maux et on ne peut espérer en tirer quelque avantage qu’en la mettant sous tutelle…

La « théorie économique générale » nous apprend pourtant que l’offre et la demande tendent toujours vers l’équilibre et qu’en conséquence les prix et les facteurs qui favorisent la production tendent invariablement vers un point d’équilibre. Malgré tous les aléas, il n’y a rien dans la théorie générale qui puisse expliquer les phases régulières et récurrentes de dilatation / contraction du cycle économique. Les explications à ce sujet restent parcellaires et sans lien les unes avec les autres. Or, l’économie qui est aussi la vie ne peut en aucun cas être morcelée. A l’instar d’une théorie, elle doit offrir une amplitude soit un continuum, mot applicable à de nombreuses disciplines, dont l’économie, discipline ouverte à d’autres disciplines, et j’insiste, à commencer par la philosophie. Si Marc Touati m’intéresse, c’est d’abord parce qu’il donne vie aux graphiques et aux chiffres qu’il manie. Il ne se tient pas devant eux comme un adorateur devant une idole, il les place dans un flux qui est celui de la vie. Ses talents d’élocution font le reste.

On oublie un peu trop facilement que l’économie de marché est une économie de profits et de pertes dans laquelle le « flair » des entrepreneurs peut être évalué à partir de leurs profits et/ou de leurs pertes. L’économie de marché possède une sorte de système intégré qui expulse ceux qui manquent de ce fameux « flair ». C’est aussi pourquoi ces injections massives de liquidité ont entre autres effets pervers celui de favoriser la survie d’entreprises qui auraient dû disparaître, comme ces entreprises zombies dont le nombre a sensiblement augmenté depuis que « l’argent est gratuit ». L’économie de marché possède un système intégré de sélection naturelle ; que les pouvoirs publics ne se mêlent pas d’en perturber le fonctionnement.

Mais comment expliquer que les entreprises les mieux dirigées soient elles aussi massivement soumises à des pertes sévères et que toute l’économie entre en récession ? La baisse de la demande ne peut suffire à expliquer ce phénomène. Il faut aller chercher plus en profondeur. De fait, il existe une théorie des cycles économiques, une théorie qui a une longue tradition mais qui semble bien négligée aujourd’hui. Cette théorie débute avec David Hume, un philosophe mais aussi un économiste, et David Ricardo. Ces deux observateurs ont noté qu’au milieu du XVIIIe siècle un autre système s’était développé à côté du système industriel : le système bancaire, un système capable de gonfler la masse de crédit et la masse monétaire sous diverses formes (papier-monnaie, puis dépôts à vue, ou comptes-courants, immédiatement remboursables en papier-monnaie). Selon eux, ce sont les opérations de ces banques commerciales qui expliquent ces cycles récurrents de dilatation / contraction, accélération / ralentissement qui intriguaient les observateurs depuis le milieu du XVIIIe siècle.

L’analyse ricardienne du cycle économique peut être grosso-modo présentée de la manière suivante : la monnaie naturelle (généralement or ou argent) placée sur le marché mondial est un produit utile, et si elle se limitait à ces métaux l’économie fonctionnerait plutôt tranquillement, avec un ajustement en douceur entre l’offre et la demande. Mais le crédit bancaire est venu en quelque sorte perturber cette relative tranquillité. Les banques généralisent le crédit (la monnaie scripturale) sous la forme de papier-monnaie ou de dépôts à vue a priori remboursables en or mais qui de fait ne le sont pas et le sont de moins en moins. On s’en accommode, autrement dit on fait comme si. Les banques font peu à peu monter en puissance le crédit sous la pression de la demande et ainsi augmentent-elles leurs profits.

Mais lisez l’analyse des cycles économiques tels que les ont observés et décrits David Hume et David Ricardo. C’est très instructif et cette analyse, avec la financiarisation toujours plus poussée de l’économie, n’a rien perdu de sa pertinence. Elle peut même être envisagée comme une mise en garde.

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

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