Notes de lecture (économie) – 7/14

 

“We may test the hypothesis that the State is largely interested in protecting itself rather than its subjects by asking: which category of crimes does the State pursue and punish most intensely—those against private citizens or those against itself?

The gravest crimes in the State’s lexicon are almost invariably not invasions of private person or property, but dangers to its own contentment, for example, treason, desertion of a soldier to the enemy, failure to register for the draft, subversion and subversive conspiracy, assassination of rulers and such economic crimes against the State as counterfeiting its money or evasion of its income tax.

Or compare the degree of zeal devoted to pursuing the man who assaults a policeman, with the attention that the State pays to the assault of an ordinary citizen. Yet, curiously, the State’s openly assigned priority to its own defense against the public strikes few people as inconsistent with its presumed raison d’être.”

Murray N. Rothbard, “The Anatomy ot the State”

 

Tableau XIV – Afin de favoriser la croissance économique de leur pays, les autorités monétaires américaines ne cessent de réduire ou de maintenir des taux d’intérêt extrêmement faibles, et depuis les années 1990. Il n’est pas impossible que la Fed (Federal Reserve System) ait de la sorte favorisé les conditions qui ont donné la bulle immobilière de 2006-2007 et l’endettement du système financier déjà à l’origine de la bulle technologique des années 2000-2001. Suite à l’éclatement de cette dernière, le taux directeur de la Fed est abaissé à 1 %, niveau auquel il est maintenu afin d’éviter une récession de l’économie américaine. Le volume du crédit ne cesse de gonfler, d’où une création monétaire démesurée qui favorise la spéculation immobilière, un processus qui durera jusqu’à ce que la Fed décide, entre 2004 et 2006, de corriger son taux directeur à la hausse, jusqu’à 5 %, afin de lutter contre l’inflation, un processus qui aurait déclenché la crise de 2006-2007.

 

 

Tableau XV – Nous ne parvenons pas à nous extraire de cette classification gauche / droite. On caquette autour de ces notions qui à bien y regarder ne sont plus que des défroques, des sacs vides. L’homme de gauche est paré de toutes les qualités morales ce qui lui épargne éventuellement tout effort : les qualités morales qu’on lui attribue et qu’il s’attribue l’incitent à la somnolence. L’homme de droite quant à lui n’aurait pas de cœur et ne penserait qu’au profit. Ce tour de passe-passe permet à toute une bourgeoisie de vaquer à ses petites affaires tout en se proclamant de gauche, ce qui lui donne un passeport de respectabilité morale. Touche pas à mon pote doit d’abord être compris comme : Ne me touche pas, mon pote – sous-entendu : puisque c’est moi qui demande à ce qu’on ne te touche pas. Mais je n’insisterai pas et me contenterai de rappeler que François Mitterrand, ce Père la Morale, a confessé avoir été profondément déstabilisé par Valery Giscard d’Estaing au cours du second tour des élections présidentielles, le 10 mai 1974, un moment que je vous engage à visionner en ligne.

Mais à présent, allons plus loin ! Finissons-en avec ces deux faces d’un même pouvoir ! Si la gauche (qui a compté bien des femmes et des hommes admirables, rien à voir avec cette toupie ronfleuse de François Mitterrand et Cie) veut vraiment se mettre au service des damnés de la terre, elle devra réinvestir sa conception anti-autoritaire et renouer avec l’économie de marché. Quant à la droite, elle devra comprendre que l’État est un mal, car il existe un socialisme de droite – une droite étatiste – et il n’est pas moins néfaste que le socialisme de gauche. L’étatiste de droite est en profonde contradiction avec lui-même puisqu’il s’adresse à un pouvoir qui détruit les valeurs qu’il prétend protéger.

L’homme de droite qui fait appel à l’État pour le protéger, pour protéger ses valeurs, n’a rien compris ou ne veut rien comprendre. L’homme de droite qui veut protéger ses valeurs doit dire non à l’État. Il faudrait à ce propos évoquer l’effet d’éviction. L’homme de gauche quant à lui met un point d’honneur à mépriser l’entreprise et l’économie en général. Il voit l’entreprise comme une machine à enrichir le riche et appauvrir (et exploiter) le pauvre. J’ai toujours eu le sentiment que l’État est l’aire des puissants, que ce système (le système étatique) ne fait que se nourrir, gargantuesquement, en démocratie comme en dictature. Il est vrai que dans sa voracité il laisse tomber quelques morceaux au sol, morceaux qui sont avalés par ceux qui n’appartiennent pas au système.

L’homme de gauche qui trop souvent est devenu un homme de posture (je me tiens juché sur le piédestal de l’excellence morale, rendez-moi hommage !) envisage l’entreprise comme une machine à exploiter ceux qu’elle emploie et l’entrepreneur comme un négrier. Il qualifie la politique monétaire d’ultralibérale et la voit comme un vol à peine déguisé qui sert avant tout à favoriser les marchés financiers comme nous l’avons vu. Il a raison : cette politique est détournée au profit des entreprises qui s’empressent de verser des dividendes aussi élevés que possible à leurs actionnaires, suscitant ainsi de graves distorsions qui se paieront cher, très cher. L’homme de gauche a donc raison de dénoncer cette politique monétaire expansionniste mais elle n’est pas ultra-libérale, elle est ultra-étatiste. Cette politique est intégralement décidée et gérée par l’État à ce que je sache. Et la politique monétaire est la principale cause d’inégalité dans nos sociétés. Le privilégié n’est pas le riche en lui-même (le plus riche que moi) mais celui qui retire des privilèges de l’État, cet énorme fromage dans lequel se sont logés des rongeurs de toutes tailles.

L’homme de gauche nous assène volontiers que les pays riches exploitent les pays pauvres, d’où leur richesse considérant les plus faibles coûts de main-d’œuvre. Il oublie un détail et pas des moindres. Le capital investi par habitant fait que le salaire d’un habitant d’un pays riche est beaucoup plus élevé que celui d’un habitant d’un pays pauvre. Ainsi, lorsque le méchant riche crée une entreprise en Chine, il entraîne les salaires des employés locaux à la hausse puisqu’il augmente le capital investi par tête. C’est le phénomène de l’égalisation des taux de salaires sur le long terme, un processus activé par le libre-échange et la libre-circulation des capitaux. L’homme de gauche doit renouer avec son anti-autoritarisme plutôt que de s’en remettre à l’État. Il doit par ailleurs étudier les mécanismes économiques autrement que par le petit bout de la lorgnette – la lorgnette de l’idéologie.

Les chemins qu’ont à emprunter l’homme de droite et l’homme de gauche (les meilleurs d’entre eux) devraient se rejoindre assez souvent, notamment dans l’attitude qu’ils ont à adopter respectivement envers l’État. A partir de cette prise de distance, l’un et l’autre pourront vraiment affirmer les valeurs qui leur sont propres et qui sont aussi respectables les unes que les autres.

 

Tableau XVI – On s’adonne toujours plus au keynésianisme dont il n’est pourtant jamais rien sorti. C’est comme une roue qui tourne dans la boue et s’y enfonce toujours plus.

Le keynésianisme désajuste l’économie et de diverses manières. Par ailleurs, on oublie que les ressources qu’il largue à tout vent proviennent intégralement du privé, l’État ne possédant rien en propre, et que ces ressources seront facturées tôt ou tard d’une manière ou d’une autre, et que c’est le privé et les citoyens en général qui payeront la facture sous forme d’impôts aussi divers que variés. N’oublions pas cette remarque de Simone Wapler selon laquelle la dette est de l’impôt en devenir.

Les propositions visant à améliorer le fonctionnement de l’économie peuvent être grosso-modo classées en deux catégories : soit on stimule l’économie par la dépense – politique des grands travaux, allocations, baisse des taux d’intérêt, incitation à la transformation écologique de l’économie, etc. (dynamique externe) ; soit on la stimule par des mesures dites libérales (dynamique interne). L’étude de ces propositions portera donc sur la perception que le libéralisme et le keynésianisme ont des dynamiques de l’économie. Avec l’actuelle pandémie de Covid-19, en France et plus généralement en Europe, nous nageons dans les eaux du keynésianisme – qui se mêlent à celles de l’étatisme. Elles ont terriblement servi. Ce sont des eaux usées et on ne peut être que profondément déprimé par tout ce qui y flotte et par leur odeur. Le keynésianisme, on s’y ébat avant de sombrer dans un immense dégoût…

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

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