Quelques temps de l’histoire d’Israël – 3/3

 

Dixième temps. Petit tableau des plans de partage de la Palestine. Juillet 1922, la puissance mandataire découpe arbitrairement et unilatéralement la Palestine. La Transjordanie, soit 74 % de la Palestine mandataire, revient à celui qui va devenir Abdallah 1er de Jordanie de la dynastie des Hachémites, en remerciement du soutien apporté par son père, chérif de La Mecque, dans la lutte contre l’Empire ottoman de 1916 à 1918. Dans le territoire restant (entre le Jourdain et la Méditerranée), les tensions entre Arabes et Juifs sont telles dans les années 1920-1930 que la puissance mandataire propose en 1937 un premier plan de partage : c’est le plan de la commission royale présidé par Lord Robert Peel, avec un État juif d’environ 5 000 km2 tandis que les 24 000 km2 restants sont attribués à la Transjordanie. Entre ces deux territoires, une zone qui inclut Jérusalem et ses environs et qui se termine en une sorte de bec au sud de Tel Aviv, une zone sous le contrôle de la puissance mandataire. L’exécutif sioniste accepte ce plan pourtant peu généreux ; il est refusé par les autorités arabes.

Le second plan de partage est présidé par la commission John Woodhead, en 1938. Il propose des découpages fort compliqués que je ne décrirai pas ; je vous invite à consulter les cartes mises en ligne. Ces propositions sont jugées trop compliquées voire impossibles à mettre en œuvre, tant par le gouvernement que l’état-major britanniques.

Dans les années 1945-1947, Londres finit par confier le dossier palestinien à une commission de l’O.N.U., l’United Nations Special Committee in Palestine. (U.N.S.C.O.P.) qui remet son rapport le 31 août 1947. Le 29 novembre de la même année, l’Assemblée générale adopte péniblement par la majorité requise des deux-tiers un plan de partition avec trois zones, un plan qui sera modifié suite à l’agression d’armées arabes coalisées et à la victoire israélienne.

 

 

En effet, le 14 mai 1948, les Britanniques quittent la Palestine et Israël déclare son indépendance. Les armées arabes attaquent aussitôt. A l’issue de la guerre qui s’en suit (mai 1948 – mars 1949), le tracé du plan de partage est sensiblement modifié, Israël gagne en superficie, et la résolution 181 qui avait été immédiatement acceptée par l’Organisation sioniste mondiale (O.S.M.) ne sera jamais appliquée.

A ce sujet, je conseille toujours aux antisionistes l’étude de l’histoire de la Palestine et sur la très longue durée. La défense du « Bien » ne doit pas servir de paravent à l’ignorance et la flemmardise. Si parmi les antisionistes quelques-uns ne sont pas antisémites, ils pourront éventuellement porter grâce à l’étude un regard plus profond et plus ample sur le sujet plutôt que de mâchouiller les vieux schémas de propagande.

Onzième temps. Le sionisme, mouvement de libération nationale du peuple juif, est devenu en France et plus généralement en Europe synonyme des plus sinistres inclinaisons. Ainsi que je l’ai répété, le sioniste est sans cesse sommé de s’expliquer tandis que l’antisioniste peut paresser dans sa chaise-longue. Le sioniste, et je ne force en rien la note, est soupçonné – voire accusé – de participer aux sacrifices d’enfants servis au moloch Israël. Rappelez-vous l’affaire Mohammed al-Durah. Elle flattait de vieilles et sinistres légendes concoctées dans le monde chrétien. Le Juif tueur d’enfants et le sioniste (juif ou non-juif) complice de ses crimes rituels.

Le sioniste est accusé d’être un ultra-sioniste (terme en lui-même inepte), soit ultranationaliste, fasciste, raciste anti-arabe, génocidaire, islamophobe (le grand mot qui aujourd’hui passe de bouche en bouche !) et j’en passe. Le sioniste est le membre d’un lobby qui cherche à dominer le monde ; il a remplacé le judéo-bolchévique. Il nourrit l’hydre qui étend ses têtes à la mâchoire meurtrière sur toute la planète. La droite faisait des cauchemars avec l’hydre judéo-bolchévique ; à présent la gauche en fait avec l’hydre sioniste, sans parler du Juif et l’argent symbolisé par Rothschild ; on n’en finira donc jamais ! Le réacteur nucléaire de l’antisionisme est alimenté par la mauvaise foi, la posture idéologique, la prétention morale, l’ignorance, la flemme, un sinistre vieux fond et il me semble que j’en oublie…

 

Yitzhak Shamir

 

Douzième temps. Yitzhak Shamir (1915-2012), quelques repaires biographiques. Né en Pologne. Très tôt convaincu par les thèses de Vladimir Zeev Jabotinsky, il adhère au Betar avant de rejoindre le Yishouv en 1935. Deux ans plus tard, il adhère à l’Irgoun qu’il quitte en 1940 pour le Lehi. Arrêté en 1941, il s’évade et, suite à l’assassinat d’Avraham Stern, il prend la direction du Lehi. Arrêté une seconde fois, il est banni en Érythrée ; mais peu après la proclamation de l’État d’Israël, il est de retour. En 1955, il est recruté par le Mossad. Il assume entre autres missions celle de s’occuper des Juifs d’U.R.S.S., alors interdits d’émigrer. En 1966, il entre à l’Hérout (ancêtre du Likoud). Il est élu député en 1973 et en 1977, suite à l’élection de Menahem Begin, il devient président de la Knesset. En tant que député, il s’abstient lors du vote entérinant les accords de Camp David qui prévoient la restitution de tout le Sinaï et le démantèlement des installations juives. En 1983, il succède à Menahem Begin et hormis la période de rotation avec Shimon Peres (1984-1986) il reste à son poste de Premier ministre jusqu’à la victoire d’Itzhak Rabin en 1992. Durant les sept années qu’il passe à la tête du gouvernement israélien, il s’emploie à confirmer la présence juive en Cisjordanie et à Gaza. Par ailleurs, il encourage l’immigration juive en Israël, surtout à partir de l’U.R.S.S. puis des États qui feront suite à sa dislocation. Il œuvre à compromettre toute négociation directe avec l’O.L.P. de Yasser Arafat ainsi qu’au renforcement des relations avec les États-Unis, en particulier au cours des années Reagan. Il décide à contre-cœur, mais d’abord par calcul politique, de ne pas riposter aux attaques irakiennes sur Israël en janvier-février 1991, contrariant ainsi les principes géostratégiques fondamentaux d’Israël ; mais cette absence de réaction sauve à coup sûr les États-Unis d’un effondrement de la coalition qui intègre notamment des États arabes – en effet, ces derniers auraient refusé de s’allier à Israël contre un autre État arabe.

Yitzhak Shamir n’a jamais bénéficié une aura particulière dans l’opinion de son pays. La ténacité de ce petit homme (il mesurait 1 m 52) fut pourtant inflexible. Sa foi en Israël (une foi politique) et en la destinée du peuple juif n’a jamais fléchi. Son optimisme fut activé dans les années qui firent suite à la chute de l’U.R.S.S. par une immigration massive de Juifs vers Israël. Les pressions diplomatiques ou populaires (comme l’Intifada) n’entamèrent pas sa carapace. Il restera l’homme d’une conviction dont l’axe pourrait se résumer ainsi : tous les Juifs du monde dans le Grand Israël.

Olivier Ypsilantis

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1 Response to Quelques temps de l’histoire d’Israël – 3/3

  1. Hanna says:

    Ces trois articles sont très clairs et très pédagogiques. Kol hakavod comme nous disons en hébreu (כל הכבוד)
    Bonne année 2021, amicalement
    Hanna

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