Quelques temps de l’histoire d’Israël – 2/3

 

Sixième temps. 1968, découverte du site de Gamla sur le plateau du Golan, un second Massada en quelque sorte, mais plus ancien. Gamla renforce l’appréciation d’un Golan historiquement lié à la terre et au peuple d’Israël. Brièvement. La cité de Gamla est assiégée et attaquée par les légions de Titus et de Vespasien (67-68 ap. J.-C.). Lorsque les Romains parviennent à investir Gamla, le suicide est collectif ; on se jette par centaines dans le vide.

La découverte de Gamla n’a d’abord guère de retentissement car, suite à la victoire, l’année précédente, de la guerre des Six Jours, les regards sont tournés vers Massada qui vient d’ouvrir au grand public. Le processus d’appropriation de Gamla par les consciences israéliennes prendra un peu plus de trente ans. Gamla peut être comparé à Massada quant à l’âpreté de la résistance ; mais Gamla est plus que Massada car on y découvre de nombreuses synagogues et des objets de culte en quantité. Massada est un repère de Sicaires, Gamla est plus, Gamla est une ville défendue par ses habitants et, ainsi, tout Israël dans sa diversité, les religieux comme les non-religieux, peut s’identifier à eux. Massada fut le palais d’un roi iduméen (non-juif, Hérode) par la suite occupé par les Zélotes (qui maniaient avant tout le glaive et parfois contre les Juifs eux-mêmes), Gamla symbolise l’attachement à la piété juive.

 

Le site de Gamla, sur le Golan.

 

Les très nombreuses pièces de monnaie découvertes à Gamla rendent compte d’une conscience nationale très affirmée, avec à l’avers Pour la défense et au revers de Jérusalem. Avec ces pièces de monnaie, le Golan, espace stratégique, devient dans l’opinion publique israélienne ou, mieux dit, dans les consciences juives, le bouclier de Jérusalem, la Ville sainte. La découverte et la mise en valeur du site de Gamla confirme le plateau du Golan comme partie intégrante d’Eretz Israël, pour des raisons tactiques et stratégiques mais aussi pour des raisons politiques : le Golan fut bien le bouclier de Jérusalem et le redevenait deux mille ans après.

Septième temps. Printemps 1948, les troupes syriennes sont tenues en échec par les Juifs qui luttent à un contre dix à partir des kibboutzim fortifiés de la vallée du Hulé et des abords du lac de Tibériade. A l’automne 1948, les forces israéliennes lancent une contre-offensive qui oblige les Syriens à se retrancher sur les hauteurs du Golan. Ils y restent jusqu’à la signature de la convention d’armistice, le 20 juillet 1949. La Syrie médite son échec et décide d’en tirer le maximum d’avantages tant d’un point de vue offensif que défensif en aménageant cette barrière naturelle. Ainsi, de la crête dominant le lac de Tibériade et le Jourdain, l’artillerie syrienne peut frapper à sa guise les installations israéliennes en contrebas, tout en étant protégée. Par ailleurs, des unités de tireurs d’élite peuvent selon la politique du moment faire feu sur les kibboutzim frontaliers.

Cette tactique de harcèlement nécessite peu de moyens, tant en hommes qu’en matériel ; et Israël n’a que deux recours bien hasardeux pour répliquer. Premier recours : profiter d’un conflit généralisé (voir la guerre des Six Jours) pour conquérir le plateau. Or, au cours des années qui font suite à la guerre d’Indépendance (1948-1949), les États arabes font bloc et Israël ne bénéficie dans les années 1950-1960 que du soutien de la France qui ne cautionnerait certainement pas une expédition punitive susceptible de déclencher un conflit entre plusieurs États ; sans compter les conséquences politiques pour Israël qui pourraient être désastreuses. Second recours : l’aviation. Israël ne disposera d’une aviation digne de ce nom qu’au milieu des années 1950 et les frappes des chasseurs-bombardiers seront jugées disproportionnées. Israël est déjà bien isolé aux Nations unies et si ses frappes déclenchent un conflit, il en aura l’entière responsabilité. Damas peut donc poursuivre en toute quiétude son harcèlement, par ailleurs si peu coûteux, tout en espérant pousser Israël à la faute politique. Les troupes syriennes sont profondément retranchées et les radars syriens installés sur les hauteurs rendent relativement peu efficaces les frappes israéliennes. Ainsi durant dix-huit années d’activités militaires sur le plateau du Golan, l’avantage restera du côté des Syriens sans que ces derniers aient à faire beaucoup d’efforts.

Le plateau du Golan – la forteresse du Golan – ne tombera aux mains des Israéliens qu’en 1967, les 8 et 9 juin. Depuis, c’est Israël qui observe les Syriens, la plaine du Hauran qui mène à Damas. Ainsi l’attaque des blindés syriens le 6 octobre 1973 n’aura-t-elle pas l’effet de surprise escompté. Le Golan est formellement annexé le 14 décembre 1981 par la Knesset, une annexion confirmée le 26 janvier 1999, date à partir de laquelle une majorité non plus simple mais absolue et/ou une approbation par référendum est (sont) nécessaire(s) pour toute concession territoriale sur le plateau du Golan.

 

Une vue de la vallée du Jourdain

 

Huitième temps. L’importance géopolitique du Jourdain, en particulier pour Israël, est sans commune mesure avec son débit, relativement modeste. Le Jourdain fournit l’essentiel de l’eau du lac de Tibériade. Directement ou indirectement, le Jourdain constitue le tiers des ressources en eau d’Israël. Le Jourdain est aussi une frontière à valoriser. Au lendemain de la guerre des Six Jours, les gouvernements travaillistes favorisent des implantations dites stratégiques le long de la vallée du Jourdain : il s’agit d’établir une ligne de peuplement juif entre la Transjordanie et la Cisjordanie et de contrôler l’éventuel passage de combattants, ce cours d’eau étant aisément franchissable. A cette double mission tactique s’ajoute le pionniérisme. Les fondateurs et les occupants de ces implantations sont dans leur très grande majorité des laïcs et des travaillistes. La très faible présence arabe dans la vallée du Jourdain (même remarque concernant le plateau du Golan) valorise la présence juive (elle se dédie essentiellement à l’agriculture) qui ainsi peut être perçue comme pionnière plutôt que colonisatrice.

Le Jourdain est chargé en références bibliques – voir notamment la conquête de Canaan par les Hébreux. Et pour les partisans du Grand Israël, le Jourdain est revendiqué comme la frontière orientale de la souveraineté juive.

Neuvième temps. Les Nouveaux historiens ont commencé à faire parler d’eux suite aux accords d’Oslo en 1993 et les pourparlers qui s’en sont suivis. Leur caractéristique : déconstruire certains « mythes » fondateurs du sionisme. Benny Morris fut considéré comme leur chef de file. En 1987, dans « The Birth of the Palestinian Refugee Problem », il s’emploie à démontrer que la guerre d’Indépendance (1948-1949) a suscité le déplacement de populations arabes et que les Israéliens y ont commis de nombreuses exactions. En 1992, dans « The Making of the Arab-Israeli Conflict », Ilan Pappé affirme que les gouvernements israéliens ont systématiquement provoqué la guerre – toutes les guerres – contre les Arabes, à commencer par la guerre d’Indépendance. Je passe sur cette triste cohorte à laquelle on pourrait ajouter Simha Flapan, Tom Seguev, Baruch Kimmerling et quelques autres qui s’affairent à désigner le « péché originel » du sionisme : profiteur de la Shoah, fauteur de guerre et j’en passe.

 

Benny Morris (né en 1948)

 

Ces travaux rencontrent un franc succès médiatique, on s’en doute. Il y a d’innombrables meutes qui attendent qu’on leur jette Israël en pâture. Mais ces travaux ne rencontrent pas le même succès dans les milieux politiques et scientifiques. Au cours du (désastreux) processus d’Oslo, Israël a relativement bonne presse et aucun État arabe ne peut se présenter comme champion de la démocratie. En Israël même ces travaux sont relativement peu lus. De plus, coup de grâce, les antisionistes constatent à partir de novembre 2001 que Benny Morris, le plus en vogue des Nouveaux historiens, est non seulement resté sioniste mais qu’il juge que les Palestiniens (et, j’ajouterais-je, les Arabes dans leur ensemble) sont responsables de tous les échecs des tentatives de paix depuis les années 1930. Quant à l’aspect scientifique de la question, Ilan Pappé est pris en flagrant délit de mensonge en 1999. A l’université de Haïfa, l’un de ses étudiants, un certain Teddy Katz, soutient un mémoire de maîtrise en histoire qui traite d’exactions commises par une unité israélienne dans un village arabe en 1948. Des vétérans de cette unité l’attaquent en diffamation et l’étudiant finit par reconnaître qu’il a falsifié les enregistrements destinés à appuyer son mémoire. En 2002, ce dernier reconnaîtra avoir reçu un financement d’une organisation palestinienne afin de poursuivre son travail…

(à suivre)

Olivier Ypsilantis

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1 Response to Quelques temps de l’histoire d’Israël – 2/3

  1. Ivri says:

    Bonsoir,

    Merci beaucoup pour cette mise au net : avec les “nouveaux historiens”, nous sommes confrontés à un clan mafieux qui a fait du mensonge historique, de la distorsion systématique, une sorte de doctrine. L’affaire Theodor Katz en témoigne amplement. Ilan Pappé : un professeur de mort – si toutefois l’on considère que vie & vérité s’accordent.
    Shalom
    Ivri

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