En lisant Amos Yadlin interviewé par Dan Ravin.

 

Le général Amos Yadlin (né en 1951) fut directeur du Service de Renseignements militaires (Aman). J’ai eu connaissance de cette interview par le Forum de Zakhor-online, animé par Nina.

Première partie :

http://www.zakhor-online.com/forum/viewtopic.php?f=3&t=129&sid=62343b2940ae802ed564eadea0bb69b2

Deuxième partie :

http://www.zakhor-online.com/forum/viewtopic.php?f=3&t=130&sid=62343b2940ae802ed564eadea0bb69b2

Redisons-le à la suite d’Amos Yadlin : «Israël est un miracle tout à la fois culturel, social, économique et moral». La fondation ou, plutôt, la re-fondation d’Israël marque à mon sens des temps nouveaux (qui plongent leurs racines dans l’immensité humaine), un basculement d’optique qui interroge le monde et nous contraint à un choix radical. Et c’est bien ainsi.

Le général Amos Yadlin est né et a grandi dans le kibboutz de Hatzerim (Néguev) qu’il évoque avec émotion. J’ai passé quelque temps, au début des années 1980, dans deux kibboutz : l’un sur le Golan, l’autre à la frontière avec la Cisjordanie. Ma fille à son tour a séjourné, il y a peu, dans un kibboutz proche de la frontière libanaise. Ainsi ai-je pu prendre la mesure de l’évolution de ce monde en vingt-cinq ans. Je n’ai pas à juger l’évolution de la société israélienne que je respecte profondément, mais je déplore la disparition progressive de ces communautés fondatrices d’Israël.

Le dialogue avec les Arabes n’est possible que s’il est armé. C’est la puissance militaire  israélienne qui autorise le dialogue, il faut admettre ce constat si l’on ne souhaite pas la disparition de l’État d’Israël. Israël doit être préparé à la guerre, tant conventionnelle qu’asymétrique — une configuration imposée par le terrorisme. Plus que quiconque, l’Arabe respecte la force. D’aucuns me traiteront de chien raciste et de sioniste enragé, que m’importe !

Amos Yadlin esquisse une dénonciation discrète mais efficace de Yasser Arafat, le plus retors des responsables palestiniens, le maître d’œuvre de la duplicité radicale, le meurtrier et… le séducteur. Combien furent-ils à succomber à ses propos mielleux, à sa duplicité ? Combien furent-ils, à commencer par celui qui lui sauva la peau, en 1982, à Beyrouth, avec grand déploiement armé, sur terre et sur mer ? Et de hauts responsables de la Sainte Église catholique, apostolique et romaine, pour ne citer qu’elle, ne furent pas en reste avec sourires complices, courbettes et ronds de jambes.

Les quatre principaux défis qu’Israël doit relever : le programme nucléaire iranien, la résolution du conflit avec les Palestiniens, la menace balistique, la campagne de délégitimisation de l’État hébreu. Ce dernier danger me semble particulièrement grave (car terriblement insidieux) et je m’efforce de lutter contre avec mes faibles moyens. L’analyse de ces défis par le général Amos Yadlin suscite mon plein accord. Point essentiel (voir le deuxième défi) : «Il faut aussi que toute solution à la question des réfugiés arabes s’inscrive dans le nouvel État palestinien». D’éventuelles concessions sur la frontière ? A voir. Mais pas de concession au sujet de Jérusalem, contrairement à ce que laisse entendre Amos Yadlin. La délégitimisation d’Israël mobilise de nombreux activistes dans de nombreux pays, une mobilisation d’autant plus active que l’anti-sionisme ravigote l’antisémitisme et l’habille plus proprement ; par ailleurs, diverses gauches orphelines de leur Prolétariat ont consacré les Palestiniens «Damnés de la Terre». La lutte contre la délégitimisation d’Israël doit engager des moyens pluridisciplinaires et particulièrement bien organisés, des femmes et des hommes aux activités variées (diplomates, avocats, historiens, intellectuels, artistes, enseignants, etc.) qui, Juifs ou non-Juifs, se considèrent comme autant de combattants.

Le «Printemps arabe», une sympathique expression qui m’a fait d’emblée sourire, probablement parce que — on m’en excusera — je ne tiens pas les sociétés arabes en haute estime. Je ne sais si ce Printemps donnera des fleurs. Les Arabes ne nous ont pas habitué à de grandes choses depuis si longtemps. Pour l’heure, il est impératif que nous ne nous mêlions en rien de leurs affaires, et je reprends les propos d’Amos Yadlin. Il faut observer, sans un mot, en retrait.

En aparté. Les Américains ont préparé l’opinion à la deuxième Guerre du Golfe en répétant inlassablement que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. La France à présent engagée dans l’affaire libyenne joue plus finement, avec une hypocrisie difficilement contrôlable : elle est là-bas pour protéger les Libyens contre eux-mêmes. Il nous fallait échafauder un mensonge plus subtil que celui des Américains, un mensonge masqué derrière l’épaisse fumée des «bons sentiments» et de la «cause humanitaire». Il me semble que nous avons franchi un pas dans l’ignominie. A ce jeu, les mots ne signifieront bientôt plus rien ou, plus exactement, ils seront impitoyablement réversibles. L’immense trafic sur le langage initié par les totalitarismes du XXe siècle se poursuit, doucereusement et impitoyablement.

Mais j’en reviens à l’interview en question. Que penser des Palestiniens (Mahmoud Abbas en tête) qui s’emploient à déborder Israël — l’interlocuteur direct — en allant frapper à la porte de la communauté internationale et ses institutions (il est vrai largement gagnées à la cause palestinienne), en commençant par les Nations Unies ? Qu’ils sachent ces Palestiniens qu’ils ne pourront obtenir d’elles quoi que ce soit aussi longtemps qu’ils feront fi d’Israël et de sa sécurité.

Le «Printemps arabe» me trouve plutôt désabusé, je le redis. Les Arabes n’ont pas ma confiance. Leur mentalité est routinière et les intellectuels arabes ont généralement pris le chemin de l’exil, un exil volontiers intérieur : ils sont nombreux à écrire dans une langue autre que l’arabe (en anglais ou en français généralement) afin de ne pas subir l’étreinte de l’ochlocratie. Voir ce qu’écrit à ce sujet Michel Gurfinkiel.

Le «Printemps arabe» a été accompagné en sous-main par l’Occident. L’armée égyptienne a reçu des signaux forts de la part des Américains, d’où sa bienveillance. Ce «Printemps» peut réserver bien des surprises. «Il est tout à fait possible qu’après un printemps libéral et démocratique nous assistions à un été militaire et à un automne autocratique», ainsi que le signale Amos Yadlin.

Pour l’heure, l’une des préoccupations majeures — stratégiques — est, me semble-t-il, l’encerclement de l’Iran. Sur le moyen-long terme, toute une stratégie répond au souci d’isoler l’Iran et de détruire son régime par des voies périphériques. C’est en quelque sorte la stratégie prônée par Churchill contre l’Allemagne nazie : frapper le crocodile au ventre (en l’occurrence la Méditerranée) plutôt qu’à la gueule.

«Toutes ces révolutions arabes n’ont pas de leaders et nous ne savons pas qui sera au pouvoir, au terme du processus» déclare Amos Yadlin. Une fois encore, contentons-nous  donc d’observer. La Syrie ne va pas tarder à faire la une de l’actualité après la liquidation du régime de Kadhafi. Aux dernières nouvelles, les désertions dans l’armée de Bachar el-Assad semblent se multiplier. Ce dernier est un allié de l’Iran, un allié ambigu il est vrai ; et les rapports entre ces deux pays sont complexes, instables, susceptibles de retournements rapides. Que vaudra un changement de régime pour nous, pour Israël ? Jusqu’à ce jour, dans les opérations de répression, seules ont été engagées la Garde Républicaine et la IVe Division Blindée, appuyées par les services secrets et la shabbiha (les groupes paramilitaires). Le reste de l’armée (composé pour l’essentiel de sunnites) est jugé peu fiable par le régime qui préfère ne pas le solliciter. «La Syrie nous donne sans doute un aperçu de ce qui pourrait arriver en Iran» déclare l’ancien chef du Aman, une remarque qui va dans le sens de ce que j’observe depuis quelque temps. Mais s’il y a guerre civile en Iran, tout laisse supposer qu’elle sera d’une cruauté particulière, avec cette incrustation du pouvoir religieux — du pouvoir des mollahs — à tous les niveaux de la société, avec cette armée politique (les Gardiens de la Révolution islamique et les Basij, placés sous l’autorité de ces premiers) qui double l’armée régulière. Et pourtant, je dois dire que malgré cette peste inoculée par l’ayatollah Khomeini, je reste plus confiant en l’Iranien qu’en l’Arabe. Il me semble qu’une fois balayé ce régime de chancres, de fructueuses relations avec l’Occident devraient s’en suivre, plus particulièrement avec Israël. L’antisémitisme et l’anti-sionisme en Iran me semblent avoir moins de consistance — moins de substrat — que dans les pays arabes. Les insanités du régime envers Israël et les Juifs sont-elles partagées par le peuple ? Bien sûr, la calomnie laisse des traces, bien sûr. Mon appréciation de l’Iranien serait-elle béatement romantique ? Toute une génération a grandi sous le régime des ayatollah et il faudra du temps pour désencrasser les mentalités. Pourtant, je crois l’Iranien plus mobile que l’Arabe, plus doué pour la réflexion, probablement parce que le passé pré-islamique de ce premier est infiniment plus riche. Et je pourrais en revenir à cette notion de SUBSTRAT que je juge fondamentale. Qu’on se rassure, je ne prône pas la naïveté : le régime iranien doit être pour l’heure surveillé de près ; et tout doit être mis en œuvre pour affaiblir son programme nucléaire, des virus informatiques (souvenons-nous du Stuxnet) à l’assassinat ciblé des meilleurs scientifiques qui travaillent à ce programme, et plus si nécessaire.

Des inquiétudes au sujet du «Printemps arabe». Ci-joint, un article de Daniel Pipes publié en anglais sur son blog, le 25 août 2011 :

http://www.danielpipes.org/blog/2011/08/middle-eastern-upheavals-enter-round-two

Et sa traduction en français :

http://fr.danielpipes.org/blog/2011/08/bouleversements-moyen-orient-phase-deux

Enfin, j’invite ceux qui me lisent à consulter le site Internet de ce journaliste américain : DanielPipes.org (version originale, en anglais) et fr.DanielPipes.org (version française). Ci-joint, une notice biographique :

http://fr.danielpipes.org/bios/

La création d’un État palestinien ? Pourquoi pas ? Mais alors mettons les Arabes à contribution. Tenez, par exemple, la Transjordanie (l’actuelle Jordanie) pourrait offrir une petite portion de son vaste territoire peu peuplé (près de 90 000 km2 pour six millions d’habitants) tandis qu’Israël y accolerait un bon morceau de la Cisjordanie, sans toucher à Jérusalem et en préservant autant que possible les blocs d’implantations le long de la frontière qui ainsi seraient intégrés à l’État hébreu. Je suis un utopique, je le sais.

Le «Printemps arabe» ? Peut-être lâchera-t-on Israël et «les Juifs» pour un temps, eux qui servent si volontiers et depuis si longtemps de boucs-émissaires aux frustrés et à ceux qui les manipulent. En attendant, «Israël n’est pas le centre de gravité de ces événements et n’a pas besoin d’y participer» déclare Amos Yadlin. Je ne puis que renchérir. Pour parler plus prosaïquement : «Laissons pisser le mérinos !» Évitons de répondre aux provocations. Observons et taisons-nous. Et n’oublions pas : Ces révolutions sont des mouvements sans leader. Certains les envisagent comme une extension de la révolution islamique, d’autres comme une menace pour cette révolution. A suivre les yeux grands ouverts et, une fois encore, en silence.

Bachar el-Assad n’est pas l’ami d’Israël. Il reste cependant «le diable que nous connaissons» ainsi que le déclare Amos Yadlin. Toutefois, ajoute-t-il, sa chute devrait inaugurer une amélioration des relations avec Israël — en commençant par affaiblir l’axe Iran-Hezbollah —, compte tenu que les Frères musulmans ne représentent pas en Syrie une force politique de première importance. Il me semble par contre que le général Amos Yadlin sous-estime le risque d’une guerre civile dans ce pays.

Obama fut attendu comme le Messie. C’est aussi pourquoi il ne peut que décevoir. Ses déclarations et ses initiatives concernant Israël et le Proche-Orient relèvent de la mauvaise improvisation. Le bonhomme ne connaît guère les dossiers. Benyamin Netanyahu l’a remis à sa place assez superbement et j’ai applaudi. Toutefois, je ne puis taire que si je lis Guy Millière avec intérêt et que j’applaudis à sa défense d’Israël, je ne parviens pas à le suivre dans sa dénonciation d’Obama qui m’apparaît très brillante mais terriblement systématique. Je vois plutôt en Obama un bonhomme dépassé par les événements, un improvisateur bousculé de tous côtés. Le bonhomme n’est en rien ce démiurge que les mass-médias ont voulu nous servir.

J’apprends par la presse du jour, 31 août 2011, que le commandement militaire de Tripoli a été confié à Abdelhakim Belhadj (nom de guerre, «Abu Abdullah Assadaq») qui fut le chef du Libyan Islamic Fighting Group (LIFG), inclus dans la liste des organisations terroristes suite aux attentats du 11-S. Il faut étudier le passé de cet homme propulsé par le CNT. Mais il est vrai que les «repentis» (et supposons qu’il le soit) peuvent donner de très fidèles et très efficaces serviteurs de la nouvelle cause. A suivre et toujours en silence.

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