Quelques considérations économiques, encore – 8/9

 

“It is curious that people tend to regard government as a quasi-divine, selfless, Santa Claus organization. Government was constructed neither for ability nor for the exercise of loving care; government was built for the use of force and for necessarily demagogic appeals for votes. If individuals do not know their own interests in many cases, they are free to turn to private experts for guidance. It is absurd to say that they will be served better by a coercive, demagogic apparatus.” 

Murray N. Rothbard, “Power ans Market: Government and the Economy

 

Murray N. Rothbard (1926-1995)

 

L’État n’est pas moi, n’est pas vous, n’est pas nous. L’État est une organisation qui impose sa force dans un territoire défini, et par la violence s’il le faut. Il tire ses revenus exclusivement par la coercition. L’État est un prédateur qui impose sa « légitimité ». Prédateur de la propriété privée, exclusivement ; car l’État ne produit rien. C’est un prédateur déclaré légal par la caste (parasitaire) qui impose l’image qu’elle se fait d’elle-même, essentiellement par la persuasion en démocratie. Cette caste – ces parasites – sait ce qui est bon pour moi, pour vous, pour nous ; et elle prétend s’opposer à l’égoïsme puisqu’elle représente la majorité, et que s’opposer à la majorité est un crime de lèse-majesté – Sa Majesté la Majorité…

L’État empiète toujours plus sur l’individu et la sphère du privé dont il se nourrit. Et je redoute que l’actuelle pandémie ne soit un prétexte pour qu’il ne s’immisce partout et ne pervertisse tout. Il se préoccupe même de questions sociétales ce dont il devrait être radicalement exclu pour laisser la place à des associations libres de citoyens et, surtout, d’individus libres.

Profitez de vos vacances pour lire au moins un livre de Murray N. Rothbard, « Anatomy of the State » par exemple. Ça requinque comme une marche en montagne ou une baignade dans un lac, ça repose des ruminations étatiques, des chemins de boue empruntés par la majorité, des stabulations socialistes et de bien d’autres choses.

 

“In this century, the human race faces, once again, the virulent reign of the State—of the State now armed with the fruits of man’s creative powers, confiscated and perverted to its own aims. The last few centuries were times when men tried to place constitutional and other limits on the State, only to find that such limits, as with all other attempts, have failed. Of all the numerous forms that governments have taken over the centuries, of all the concepts and institutions that have been tried, none has succeeded in keeping the State in check. The problem of the State is evidently as far from solution as ever. Perhaps new paths of inquiry must be explored, if the successful, final solution of the State question is ever to be attained.” 

Murray N. Rothbard, “Anatomy of the  State

“It is infinitely better to rely on the pursuit of economic interest by landowners or street companies than to depend on the dubious “altruism” of bureaucrats and government officials.” 

Murray N. Rothbard, “For the New Liberty; The Libertarian Manifesto

 

Les difficultés que l’économie traverse depuis des années sont aggravées par le Coronavirus avec ces interventions intempestives des gouvernements depuis trop d’années. Nos difficultés auraient été moindres sans leurs interventions dans l’économie avec incitations hors de propos et réglementations tatillonnes, sans oublier ces déficits publics qui résultent de politiques budgétaires folles. La B.C.E. s’est d’ailleurs mise à encourager ces politiques par son programme d’achat massif d’obligations.

Nombre d’économistes jugent que pour bien se porter et se comporter une économie doit être soumise à un fort contrôle gouvernemental, l’harmonisation fiscale poussée au maximum, une inflation modérée et une politique d’endettement massif. C’est une doctrine qui conduit l’air de rien aux économies planifiées. Et je redoute que l’actuelle pandémie ne confirme cette tendance, une tendance qui lorsqu’elle franchit un certain seuil (vite atteint) se montre contre-performante. Certes, nous avons besoin de lois et de cadres légaux mais plutôt que d’accroître l’autorité des gouvernements, ils devraient la limiter et strictement. Tous les régimes diversement autoritaires ont diversement mené les pays à la ruine ou tout au moins à l’appauvrissement. La prospérité ne réside pas ailleurs que dans l’économie de marché et sa base, la responsabilité individuelle, la concurrence, l’entreprenariat.

Le système allemand de l’après-guerre devrait rester un modèle. Il aura permis la reconstruction d’un pays dévasté et un développement particulièrement soutenu. Ce système s’appuyait sur le principe d’un marché libre et le respect de la propriété privée. Le cadre légal définissait des paramètres plutôt souples et ouverts à tous, y compris les plus modestes. Mais, surtout, il limitait l’intervention du gouvernement : c’était l’Ordoliberalismus, un courant de pensée structuré dans les années 1930 à la « Freiburger Schule » et malheureusement oublié. Il faudrait que l’Europe en réactive les principes afin de stimuler la croissance et s’extraire de cette socialisation qui navre tout esprit libre et doté d’énergie et qui conduit les sociétés à la dépression. Et je précède la critique que je devine : l’argent du Plan Marshall a certes aidé l’Allemagne (pour ne citer qu’elle) mais c’est aussi et peut-être même d’abord l’énergie et la volonté des Allemands qui ont transformé l’Allemagne si rapidement.

 

Walter Eucken (1891-1950), le père de l’Ordoliberalismus

 

Il est agaçant pour qui s’est au moins un peu penché sur l’histoire de l’Europe contemporaine de lire ou d’entendre des analystes (qui n’ont d’analystes que le nom) comparer l’état actuel de l’Europe à ce qu’il était au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. Ce type de déclaration ne peut être que le fait de petits malins qui cherchent à faire le buzz et à accrocher le chaland ou bien de simples crétins qui dans leur confort ne peuvent imaginer ce qu’était l’Europe en 1945. Il existe pourtant d’excellents documentaires à ce sujet.

L’État ne peut pas tout, il faut même en attendre le moins possible en prenant soin de lui passer une solide chaîne autour du cou afin de limiter son aire. La bête a tôt fait de venir chez vous et prendre ses aises.

La période de l’après pandémie pourrait être l’occasion de se pencher sur l’Ordoliberalismus, d’étudier l’Allemagne de Konrad Adenauer et de Ludwig Erhard qui a élaboré sa politique économique avant la guerre, dans les années 1930 mais aussi dans l’exil, avec ces économistes qui avaient fui le Nationalsozialismus. Insistons, ce n’est pas seulement l’argent américain qui a fait de l’Allemagne ce qu’elle est devenue, c’est aussi et je dirais même d’abord la volonté et l’énergie des Allemands.

Je ne vois pas que l’Europe puisse s’en sortir si elle continue à se camer au crédit si généreusement fourni par la B.C.E. Mutualiser la dette nous est présentée comme un horizon indépassable ; mutualisons donc. Mais cessons de nous camer à la création monétaire artificielle par le rachat d’obligations d’État et d’obligations privées dégradées – voir la B.C.E. Par ailleurs, je ne vois plus aucune exigence posée en contrepartie : réduction des dépenses et des dettes publiques. Rien ! On flotte dans l’éther, camés.

Je ne vois pas d’autre porte de sortie à cette crise qu’une formidable libéralisation de l’économie en commençant par empêcher que le travail, l’effort, la créativité, l’investissement, l’épargne ne soient entravés et navrés par des charges fiscales sociales ou réglementaires excessives. Il faut un plan de libération, se libérer de l’État, ses projets de planification et son arsenal fiscal. Il est urgent de passer un collier à clous au cou de la bête afin de réduire son aire et l’empêcher de se goinfrer. Il faut en finir avec “the way of seizure of another’s goods or services by the use of force and violence”, il faut en finir avec “the method which Franz Oppenheimer termed “the political means” to wealth.”

 

“The great German sociologist Franz Oppenheimer pointed out that there are two mutually exclusive ways of acquiring wealth; one, the above way of production and exchange, he called the “economic means.” The other way is simpler in that it does not require productivity; it is the way of seizure of another’s goods or services by the use of force and violence. This is the method of one-sided confiscation, of theft of the property of others. This is the method which Franz Oppenheimer termed “the political means” to wealth.” 

 Murray N. Rothbard, “The Anatomy of the State

Olivier Ypsilantis

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